Amélie de Montchalin est ministre chargée des comptes publics. Elle est insupportable de suffisance et d’optimisme. Elle parle sur un ton docte et assuré, appris sur les bancs de la Harvard Business School.

La dette de la France est dans le rouge, les services publics sont à l’agonie ; mais tout va bien : faites confiance au gouvernement. C’est en substance ce qu’elle a dit au cours de la matinale de TF1 :

« Je sens un grand climat de psychose dans le pays qui arrive parce que, d’un seul coup, il y aurait des annonces budgétaires. Je veux rassurer les Français. On a une boussole. » Sa déclaration est osée ; surtout, elle ne coûte rien à l’Etat dont la gouvernance vagabonde se résume pour l’instant à ne pas toucher aux grandes fortunes, mais à faire les poches des pauvres.

Je voudrais rappeler à la ministre des comptes publics ce qu’écrivait un jour d’octobre 1972 dans le dernier numéro des Lettres françaises, le grand poète Louis Aragon :

« Je ne connais rien de plus cruel en ce bas monde, que les optimistes de décision. Ce sont des êtres d’une méchanceté tapageuse, et dont on jurerait qu’ils se sont donné pour mission d’imposer le règne aveugle de la sottise. »

Sottise en effet que la déclaration d’Amélie de Montchalin. Elle cultive le contentement de soi qui nous assourdit ; n’a-t-elle pas lu le rapport de la commission sénatoriale sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises et à leurs sous-traitants ? C’est à croire et c’est affligeant.

Mme de Montchalin a tracé quelques pistes d’économies, comme une augmentation de la TVA ou de la CSG, puis les retraites, puis les dons aux associations. Elle a pioché dans la bible de l’ultralibéralisme.

Les deux sénateurs de la commission d’enquête, eux, ont fait 26 propositions pour faire des économies sur les aides aux grandes entreprises, chiffrées selon eux à 211 milliards en 2023, soit 5 fois les économies recherchées de 40 milliards.

La boussole de l’exaspérante Amélie n’indique pas cette direction. Elle serait la seule qui pourrait rendre les Français un peu plus optimistes. Au lieu de cela, Amélie claironne stupidement, méprisant les citoyens, qui finiront bien par trouver plus de force pour lui reprendre sa boussole.