La littérature réserve de sublimes rencontres provoquant parfois des fulgurances. José Saramago, le prix Nobel portugais, m’a fait découvrir un auteur, portugais lui aussi, qui m’a aussitôt marqué profondément ; son nom : José-Maria Eça de Queiroz. Je lui ai déjà emprunté des citations dans ce blog.

La situation actuelle m’a renvoyé une nouvelle fois à lui ; dans Les Maia (1888), il écrit donc : « La politique ? Cela était devenu moralement et physiquement répugnant, depuis que les affaires avaient attaqué le constitutionnalisme comme une sorte de phylloxéra ! Les politiciens ne sont plus aujourd’hui que des pantins qui font des gestes et prennent des attitudes parce que par-derrière deux ou trois financiers tirent les ficelles. »

C’est le récent vote du Sénat, retoquant la ‘’taxe Zucman’’, visant à imposer le patrimoine des ultra-riches (c’est-à-dire 1800 foyers seulement) à hauteur de 2 % qui m’a ramené vers Eça de Queiroz. Les sénateurs ont vu rouge, se sont égosillés en dénonçant un impôt confiscatoire (sic), un motif d’exil fiscal et, surtout, son caractère inconstitutionnel. La belle affaire.

Le vote des sénateurs (de droite) a soulevé bien des indignations, dont celles d’économistes, sérieux et très compétents en matière de patrimoine et de justice fiscale. Le gouvernement, lui aussi très à droite, a salué le vote de la Chambre haute.

Ceux que Eça de Queiroz a qualifié à la fin du XIXe siècle de pantins ont ressorti les vieilles lunes, la TVA sociale et les retraites par capitalisation, c’est-à-dire ces mesures antisociales préconisées par ‘’les deux ou trois financiers qui tirent les ficelles’’.

Si Eça de Queiroz était encore parmi nous, observateur de ce monde qui nous gouverne, il aurait encore des mots très durs à son encontre. Le peuple est maltraité, invité à s’endormir devant les écrans (numériques ou pas) déversant l’intolérance irrationnelle, la violence en tant que système de relations et le mensonge comme auxiliaire de la gouvernance.

Quels citoyens sommes-nous devenus pour accepter de voter pour de tels pantins, en leur confiant les clés de tout l’espace social qu’ils défigurent chaque jour davantage ?

L’état du monde exige que nous relevions la tête tous ensemble pour dénoncer la vaste escroquerie pandémique de la finance et de ceux qui la servent. Et pour cela, imaginons comme Eça de Queiroz une gauche unie qui pense et qui agit pour le peuple.