En 2004 ou 2005 (un siècle aujourd’hui ou presque), José Saramago, prix Nobel de littérature, avait accordé un long entretien au Nouvel Observateur (devenu Nouvel Obs). Il était interrogé sur son dernier livre, La Lucidité.
Le journaliste lui avait alors demandé ce qui, dans le monde d’aujourd’hui, le scandalise le plus. Saramago avait eu cette réponse qui résonne étrangement aujourd’hui :
« Un tas de choses. Une parmi d’autres : la drogue et les narcotrafics. Avec tous les satellites que nous avons, on sait où sont les centres de production, naturels et synthétiques. Alors qu’est-ce qu’on fait ? On incarcère un camelot, un vendeur de cocaïne. Bien. Mais si on pouvait dévoiler les complicités de la banque, et de certains pays, ce serait plus efficace. Si nous devons combattre un dragon, il ne faut pas se contenter de lui couper les ongles de temps en temps. Si vous voulez réellement l’éliminer, il faut lui couper la tête. Il y a une permissivité, une indifférence qui me scandalisent, oui. On peut se droguer ; depuis toujours, l’homme a pris des drogues. Mais la drogue est aujourd’hui une menace sociale terrible, et rien n’est fait. »
Plus de vingt ans plus tard, la lutte contre le narcotrafic a-t-elle vraiment changé, alors que les drogues pourrissent nos sociétés ?
José Saramago faisait preuve d’une étonnante lucidité.