Emmanuel Macron pérore à la Sorbonne et annonce que la France va débloquer 100 millions d’euros pour attirer les chercheurs étrangers en France. Il a reçu l’appui de son amie Ursula von der Leyen qui, elle, annonce le déblocage de 500 millions pour les années 2025-2027.
De qui se moque le président de la République quand il prétend vouloir accueillir les chercheurs américains ?
Il est allé faire les fonds de tiroir du programme d’investissement public France 2030 et il a encore trouvé des crédits non affectés pour faire une annonce qui résonne comme une fausse nouvelle. Les enseignants-chercheurs ne décolèrent pas : leur budget a été amputé de 600 millions en en 2024, de 950 millions en 2025, puis, par décret le 25 avril de 493,3 millions en autorisations d’engagement et de 386,8 millions en crédits de paiement.
De qui se moque le président de la République en osant annoncer un déblocage de 100 millions ? Cherchons l’erreur.
Les organisations syndicales d’enseignants-chercheurs (FSU, CGT, Sud, FO, UNEF et FSE) ont vivement réagi dans un communiqué commun dans lequel on peut lire :
« La solidarité envers la communauté de recherche mondiale s’impose et il est indispensable de pouvoir accueillir ces collègues tout comme celles et ceux empêché·es de travailler ou persécuté·es dans leur pays, quel qu’il soit. Dans ce contexte, la mise en place d’une plateforme “Choose France for Science”, annoncée par le président de la République française, en réponse à la situation des chercheur·es aux Etats-Unis est choquante, voire indécente. Indécente, car la politique du président Macron depuis 2017 a considérablement affaibli l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) en France non seulement par un sous-financement chronique, des regroupements forcés et un pilotage accru, mais aussi par des atteintes quasi incessantes à la liberté académique : attaques sans fondement de la ministre Frédérique Vidal contre les sciences humaines et sociales, supposées gangrénées par de supposés chercheur·ses « wokistes » ou « islamo-gauchiste », sanctions disciplinaires contre des chercheur·ses qui ont exprimé leur solidarité au peuple palestinien, interdiction de conférences et de séminaires sur la situation à Gaza dans les universités de Lille, Lyon, Bordeaux, etc. S’y ajoutent les dispositions des Zones à Régime Restrictif (ZRR), qui conduisent à des dérives inquiétantes sur les libertés (dont celle de publication) et les recrutements sous couvert de sécurité nationale. »
Les organisations syndicales dénoncent l’asséchement des finances publiques de la recherche et des annonces qui « ne visent qu’à redorer leur image (des gouvernants) à peu de frais ».
Qui peut croire à l’arrivée de chercheurs américains quand les salaires sont notoirement inférieurs dans les labos français, quand le nombre des personnels est en baisse continue (et le recours accentué aux vacataires précaires) et les locaux dans un état de délabrement inquiétant.
En outre la solidarité de Macron et de son gouvernement est à géométrie variable. Le président trouve quelques millions pour accueillir les chercheurs fuyant Donald Trump, mais quand un pauvre immigré du Mali, Aboubakar Cissé, est assassiné dans une mosquée, les réactions se font attendre. Le ministre de l’intérieur ne réagit que tardivement, après avoir été justement critiqué pour son immobilisme. Il préfère mettre la dernière main à une circulaire renforçant les conditions de naturalisation.
Ses choix sont inquiétants.
Ceux du président de la République le sont également, quand il veut voler au secours des chercheurs vilipendés par Trump, mais qui se satisfait de l’expansion du désert médical partout en France.
Bref, il faut se méfier des effets d’annonce et de la politique de communication de l’Elysée et lutter pour imposer une véritable solidarité envers tous les persécutés, chercheurs ou immigrés.