A quoi reconnaît-on un système politique de droite ? A son manque d’imagination et à son esprit revanchard, à son mépris pour le peuple et l’accaparement des richesses par quelques-uns. Un beau programme, illustré par quelques exemples récents.

Pour combler la dette abyssale, résultat de la politique financière favorable aux seuls riches, le gouvernement de droite pure et dure (Bayrou-Retailleau-Darmanin et quelques autres) a ressorti l’idée de la TVA (prétendument) sociale, imaginée en 1954 par un Polytechnicien, Maurice Lauré, et étendue au commerce par Giscard d’Estaing en 1966. Il s’agit, surtout, pour la clique de Macron de s’émanciper du financement de la protection (authentiquement) sociale par des cotisations sur les salaires, supportées par employeurs et salariés.

La date de la renaissance de cette TVA anti-sociale ne doit rien au hasard : on célèbre le 80e anniversaire de la Sécurité sociale, imaginée par le Conseil national de la Résistance. Président, gouvernement et patronat, main dans la main, ont préparé leur plan avec minutie, depuis 80 ans. En matière de droit social, ils sont opiniâtres.

Les financiers applaudissent à cette idée géniale : ils préparent les fonds de pension par capitalisation.

Et, pour tenter d’éviter les explosions elles aussi sociales, ils mentent avec l’aplomb qu’on leur connaît, nous annonçant pour demain le plein emploi et les beaux jours. Du Trump ou presque.

Les ringards de droite (ils sont hélas très nombreux et ils se partagent les postes de pouvoir avec un appétit d’ogre) ont d’autres idées dans tous les domaines. Par exemple, pour l’enseignement.

C’est ainsi que le rectorat de Dijon vient d’avoir une idée aussi géniale que la TVA sociale : on manque de professeurs de français ? Qu’à cela ne tienne, on va demander aux profs des autres spécialités d’assurer les cours pourvu qu’ils aient suivi « des études littéraires à un moment donné de leur parcours » (sic).

Il faut au moins être recteur (et de droite) pour avoir une aussi bonne idée.

Le rectorat de Dijon a pris soin de préciser dans sa circulaire que les inspecteurs pédagogiques auront un entretien de trente minutes avec les volontaires, avec pour consigne de « garder à l’esprit qu’ils ne sont pas spécialistes de la discipline et se trouvent dans une démarche d’ouverture à un nouveau champ disciplinaire et de formation ». C’est évident, l’urgence commande.

Le rectorat de Dijon (qui n’a pas agi sans l’accord de la ministre, Elisabeth Borne) a réinventé la polyvalence et, à terme, le professeur unique. Revalorisation des salaires et dégradation des conditions de travail sont du même coup passées sous silence. Parents, élèves et syndicats d’enseignants n’admirent pas le degré d’imagination déployé par ce pouvoir corrompu ? C’est à n’y rien comprendre.

L’explosion (authentiquement et massivement) sociale n’est peut-être pas très loin.