J’ai visité Auschwitz il y a très longtemps. En sortant de cet enfer, j’étais bouleversé. Je le suis encore. Le cauchemar me hante. Souvent. Il est difficile d’encaisser un tel choc visuel et d’imaginer toutes les souffrances des martyrs, juifs, communistes, tziganes, homosexuels, enfants, adultes, vieillards, femmes et hommes que les nazis qualifiaient de ‘’Untermenschen’’ pour justifier l’injustifiable. La ‘’solution finale’’ ? Peut-on être à ce point pervers pour l’imaginer et la mettre à exécution ?
Je suis encore taraudé par Socrate et Platon déclarant que « nul n’est méchant volontairement » ou par Descartes qui a écrit dans le Discours de la méthode : « le pêcheur est un ignorant », et dans ses Méditations métaphysiques : « La volonté s’égare fort aisément, et choisit le mal pour le bien, le faux pour le vrai ». Le doute n’a jamais fini de m’interpeller. Et quand je lis les œuvres de l’un ou de l’autre, je ne peux m’empêcher de penser à Auschwitz. Peut-on tout expliquer ainsi ?
Alors, je relis aussi Victor Hugo qui, dans Les Quatre Vents de l’esprit, écrit ces vers admirables :
« Honte au vivant timide, au passant inutile/ Eunuque qui lui-même abdique et se mutile/ Qui voit le devoir et le fuit/ Et ne s’y jette pas la tête la première/ Et n’ose pas ouvrir la porte de lumière/ Et fermer la porte de nuit (…) Non, non ! il faut briser le poteau du supplice/ Qui, pouvant empêcher, laisse faire, est complice/ Abstention, complicité. »
Je maudis le pape Pie XII qui s’est tu. J’ai également relu le livre de Rolf Hochhuth, le Vicaire, qui fustige ce souverain pontife qui, en s’abstenant, s’est comporté comme un complice du génocide et d’Hitler et de la Shoah.
Auschwitz et les autres camps d’extermination, rappelons-nous. Toujours. N’oublions jamais ce cauchemar. Tous les jours et, surtout, le jour du vote.