Le choix de Rachida Dati pour occuper le fauteuil de ministre de la culture, rue de Valois, avait fait l’objet de nombreuses interrogations. Quoi ? Michel Barnier avait-il donc si peu de sollicitude pour la culture ? Quoi ? François Bayrou avait-il cédé à l’impétrante, si tendue vers la succession d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris ? Ou faut-il tirer la conclusion que la culture est sacrifiée ?

Rachida Dati compte si peu dans ce gouvernement où les priorités sont laissées à la droite extrême des Retailleau et Darmanin, qu’elle a vu son projet de budget à nouveau raboté par Bercy devant le Sénat. Contrairement à son engagement de préserver les crédits, la ministre a dû défendre un amendement du gouvernement actant une baisse de 130,5 millions de son enveloppe, dont 41,9 millions pour la création et 33 millions pour la ‘’transmission des savoirs et la démocratisation de la culture’’. La ministre devra faire passer les coupes sombres dans l’audiovisuel public, le patrimoine, le Pass Culture, etc.

L’Etat se désengage et compte sur le mécénat et le partenariat privé ; Rachida Dati ne dit rien, ne proteste pas ; elle applique. Pauvre ministère.

Faut-il rappeler à celle qui va incarner la mort de la culture, les discours d’André Malraux en octobre 1963 au Québec :

« La culture est l’héritage de la noblesse du monde. La seule force que nous ayons en face de l’élément de la nuit, c’est précisément tout ce qui, en nous, échappe à la mort. Et en définitive, la définition de l’œuvre d’art, c’est ce qui a échappé à la mort. Comprenez bien, jeunesse canadienne, que le destin de l’esprit dans le monde entier va se jouer maintenant, dans les vingt ou les trente prochaines années : ou bien, la civilisation acceptera de n’être pas autre chose que stimulus réflexe. Avec l’idée que ce qui fut loisir de la société bourgeoise, sera loisir de la société prolétarienne. Auquel cas, ce par quoi l’homme est homme, peut parfaitement disparaître ou s’amenuiser de telle façon que la civilisation change de nature. Ou bien, au contraire, ceux qui ont devant l’esprit la responsabilité qui est la vôtre, puisque vous êtes dans cette maison. Ceux-là auront compris qu’ils sont garants et témoins de la grandeur humaine et que c’est dans leurs pauvres mains que se trouve le destin du monde. »

Malraux était, lui, un authentique homme de culture et un ministre de De Gaulle, dont le parti politique de Rachida Dati se réclame encore.

L’héritage a été oublié. Pauvre culture !