La Chouette qui hioque

Mois : mars 2026

Apolline et les Noirs

Les journalistes ont-ils décidé d’engager un concours pour désigner l’auteur de la saillie la plus bête et de la plus immonde désinformation ? On pourrait le croire.

Après Nathalie Saint-Cricq et son Benito, c’est Apolline de Malherbe qui a postulé.

Apolline, la présentatrice de BFM TV, a reçu le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko et a osé lui demander abruptement à propos de sa commune : « Vous avez dit : c’est aussi la ville des Noirs ». Sauf que le nouvel édile n’a jamais prononcé ces paroles.

Aussi, sans se départir, il a rectifié ; il avait déclaré : « Saint-Denis est la ville des rois et du peuple vivant ».

La phrase avait été déformée sur les réseaux sociaux par l’extrême droite qui éructe et s’étouffe en voyant un maire noir élu dans la seconde ville d’Île-de-France.

Apolline de Malherbe a commis une faute très grave en ne vérifiant pas ses informations, ou plutôt en faisant une confiance aveugle à ces réseaux sociaux qui déversent le racisme le plus décomplexé à longueur de journées.

Il paraît que la journaliste s’est excusée plus tard. Trop tard. Sa véritable nature s’était exprimée en direct sur une chaîne propriété du milliardaire Rodolphe Saadé.

Que les médias se prêtent à ce jeu-là en dit long sur l’état de la démocratie française.

Nathalie et Benito

Quel soulagement de ne plus voir ni entendre Nathalie Saint-Cricq sur France 2 et franceinfo pendant une semaine !

Le nouveau directeur de l’information de France Télévisions, Philippe Corbé, a dû s’y résigner : sa saillie en direct sur le plateau de France 2 pendant la soirée des municipales a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Parlant à micro ouvert d’Eric Ciotti, elle l’a comparé à Benito Mussolini, le fasciste italien. L’éditorialiste et directrice des rédactions nationales du service public voulait faire un trait d’esprit. Quel ratage.

Ce n’est pas la première fois que Nathalie Saint-Cricq dérape ; elle réserve habituellement son animosité aux gens de gauche, accueillant les gens de droite avec plus d’empathie.

Mais qui a fait de cette piètre journaliste la directrice des rédactions nationales ? A-t-elle sanctionnée parce qu’elle a ridiculisé un politicien de droite ? Aurait-elle été sanctionnée de la même façon si sa saillie avait visé un politicien de gauche ?

Les occasions de relever son insupportable parti pris ont pourtant été nombreuses et répétées.  

Nathalie Saint-Cricq, à 63 ans, n’est pas une débutante ; sa carrière témoigne de ses promotions pour services rendus à la droite et c’est un trait d’esprit visant l’un de ses représentants qui lui vaut une sanction.

Peut-être y a-t-il une morale à cette histoire.

Relire Habermas

Mais pourquoi faut-il, parfois, que les mauvaises nouvelles s’accumulent. Les résultats des élections municipales interrogent l’état de la démocratie en France : le nombre de votants se situe à un niveau inquiétant et la gauche continue à s’affronter quand l’extrême droite, de Le Pen à Ciotti, engrange des scores encourageants (pour eux, mais pas pour le peuple) pour 2027 et l’élection présidentielle.

Nous avions la droite la plus bête du monde (elle se confond trop souvent avec celle du parti fondé par des nazis) ; aujourd’hui, nous avons la gauche la plus bête du monde, avec un PS écartelé entre les réformistes comme Hollande et les progressistes comme Faure, avec un Mélenchon, l’ex-ministre de Mitterrand, qui ressort les stratégies gauchistes de sa jeunesse. Leurs relations sont hélas déplorables.

Les résultats des municipales ont éclipsé le décès d’un très grand philosophe, Jürgen Habermas, dont l’influence a été considérable. Il était un intellectuel qui n’hésitait pas à se mêler aux débats publics et même à les susciter, comme en 2015 quand il a défendu le droit d’asile et appelé à s’opposer au populisme de droite et au nationalisme étroit.

La gauche française devrait relire l’œuvre de Habermas qui n’a cessé de vanter les mérites de la démocratie impliquant la mise en place d’espaces de délibération.

Assistant de Theodor Adorno à Francfort, il se détachera de son maître, même s’il conserve une proximité avec le marxisme. Il a influencé toute une génération d’étudiants, avant d’enseigner sa théorie de la communication et au débat dans l’espace public.

On peut être en désaccord avec la pensée d’Habermas, mais on ne peut nier son apport dans le débat d’aujourd’hui. La gauche française pourrait relire son œuvre ; elle y puiserait des raisons de débattre pour s’unir.

Grothendieck et l’étranger

Alexandre Grothendieck a été l’un des plus grands mathématiciens du siècle dernier ; refondateur de la géométrie algébrique, il a été couronné de la médaille Fields, le prix Nobel des mathématiciens, en 1966. Issu d’une famille juive (son père a été déporté à Auschwitz et tué par les nazis en 1942), Alexandre longtemps apatride a été naturalisé français en 1971.

Le 28 février 1978, il a été condamné à six mois de prison avec sursis et à mille francs d’amende par le tribunal correctionnel de Montpellier pour avoir reçu chez lui à Lodève, pendant plusieurs semaines, un moine bouddhiste japonais qui ne disposait pas d’un titre de séjour régulier.

C’était sous la présidence de Giscard d’Estaing, le gouvernement de Raymond Barre flanqué d’Alain Peyrefitte à la justice et Christian Bonnet à l’intérieur ; à cette époque, la police et les tribunaux avaient ressorti une ordonnance du 2 novembre 1945, promulguée « au lendemain de l’Occupation pour empêcher l’entrée et le séjour clandestin de criminels de guerre nazis ».

L’accusation, grotesque, était si choquante qu’Alexandre Grothendieck décida de plaider lui-même et de faire de son procès une tribune pour une France terre d’accueil pour les ‘’étrangers’’. Cette tribune est d’une telle actualité que la collection Tracts de Gallimard a jugé utile de la publier aujourd’hui.

On y puisera tous les arguments à opposer à la clique de droite et d’extrême droite qui voit dans ‘’l’étranger’’ un fauteur de troubles.

Devant le tribunal, Grothendieck a voulu « faire comprendre le climat d’insécurité qui entoure le séjour de l’étranger », car déclara-t-il « ce climat est soigneusement entretenu par bon nombre au sein des services de police en charge du renouvellement ou des demandes de titres de séjour ».

Grothendieck a plaidé coupable ; lui qui a été persécuté dans sa jeunesse, a été « la première personne poursuivie en vertu de cette article ». Poursuivi pour acte d’hospitalité, il a eu des phrases d’une grande humanité : « Je ne pourrais pas m’empêcher d’agir comme je l’ai fait et comme je le ferais encore si c’était à refaire (…) vis-à-vis de n’importe lequel des nombreux étrangers que j’ai eu le privilège de pouvoir aider d’une façon ou d’une autre (…) Peu importe que mon frère soit japonais ou français, arabe ou juif, et les tampons qui ornent son passeport. C’est dans cet esprit que j’ai été élevé par mes parents – et c’est pour ces raisons qu’ils sont chers à ma mémoire. Ils ont témoigné de cet esprit, jour après jour, à travers luttes et persécutions, comme citoyens et comme proscrits, dans les prisons, les camps de concentration et jusqu’à la mort. C’est ainsi qu’ils sont morts, c’est ainsi que je resterai, que je le veuille ou non, pour le temps qui me reste à vivre. Je n’y puis rien, et aucune ordonnance n’y pourra rien ».

 Devant ses juges, Grothendieck a été d’une grandiose éloquence. Ses juges, veules, l’ont néanmoins condamné en appliquant à la lettre une ordonnance odieuse. C’était dans l’air du temps ; cela l’est plus encore aujourd’hui avec les Retailleau, Darmanin, Bardella, Le Pen et combien d’autres. D’autres Grothendieck ont été condamnés pour avoir aidé des ‘’étrangers’’ affamés, fuyant leur pays pillé par les Occidentaux. Les textes ont changé, ils sont toujours aussi immondes et inhumains.

Et Grothendieck restera, lui, non seulement un génie des mathématiques, mais un honnête homme, tellement humain.

(Plaidoirie sur le délit d’hospitalité – 1978 – Préfaces de Giorgio Agamben et Hervé Le Tellier, Tracts Gallimard, 63 pages, 3,90 €)

Le bracelet du petit Nicolas

Nicolas Sarkozy a bien des soucis en ce moment avec la justice. Comme sa petite copine Rachida.

Tous les deux encombrent les salles d’audience, tellement ils sont cités dans de nombreuses ‘’affaires’’. Et tout ne se passe pas bien pour eux.

Le tribunal correctionnel de Paris vient de refuser au petit Nicolas une confusion des peines dans les dossiers Bismuth et Bygmalion.

Le tribunal a considéré que sa condamnation dans l’affaire du financement illégal de sa campagne de 2012 n’est pas considérée comme purgée du fait de son port de bracelet électronique dans l’affaire des écoutes (Bismuth).

Il devra sans doute porter un nouveau bracelet pendant six mois. Une habitude. Il peut éructer, insulter les juges, proférer des insultes, mentir honteusement, rien n’y fait : les juges jugent en toute indépendance. 

Un jugement prononcé, le petit Nicolas n’en a pas fini pour autant avec la justice ; il doit encore comparaître en appel dans quelques jours dans l’affaire du supposé financement libyen de sa campagne de 2007, pour lequel il a déjà purgé trois semaines de prison à la Santé.

Le petit Nicolas et Rachida Dati ont de sérieux problèmes d’argent ! Et de bracelet, électronique pour l’un et en or pour l’autre.

Ils devraient se rappeler cette citation savoureuse de Chirac : « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ».

Les malheurs de Rachida

Qu’un journaliste ose créer un site baptisé wikidati, qui recense les douze affaires judiciaires visant Rachida Dati, est plutôt drôle. Que la candidate à la mairie de Paris n’apprécie pas, on s’en doute.

Pourquoi un tel site ? Son créateur, Kevin Gernier, employé de l’ONG Transparency International, n’a pas hésité à l’expliquer dès les premières lignes : « Si le grand public a généralement la connaissance de l’existence d’accusations graves la visant, il reste difficile de s’y retrouver parmi ces dernières tant le nombre d’articles de presse consacré à ses affaires est grand et parfois uniquement accessible aux abonnés. »

Les réseaux sociaux n’ont pas que des défauts !

Rachida Dati est pugnace ; elle est prête à tout nier, même l’évidence et les preuves.

C’est ainsi que trois heures et demie après la mise en ligne, le directeur de campagne de l’ex-ministre a saisi le site hébergeur d’une demande de « dépublication immédiate ». Faux, dit Rachida Dati, mais le site brandit une capture d’écran du mail envoyé par le directeur de campagne à OVH, l’hébergeur, où il est écrit : « nous vous demandons de procéder au retrait de ce site dans les meilleurs délais. »

Rachida Dati ose tout. Même l’impossible.

Un front anti-Trump

Pedro Sanchez, le premier ministre espagnol parle fort et a refusé à Donald Trump l’utilisation de deux bases militaires en Andalousie pour les opérations contre l’Iran. Le président américain, égal à lui-même, l’a injurié et a brandi des menaces comme la suspension des échanges commerciaux entre les deux pays.

La réponse de Pedro Sanchez a été cinglante : « Non à la guerre ! », ajoutant : « Non à la faillite du droit international. Non à l’idée que le monde ne puisse résoudre ses problèmes qu’à coups de bombes. Et, enfin, non à la répétition des erreurs du passé » (en référence à la guerre en Irak).

Pedro Sanchez a condamné fermement le régime iranien « qui réprime et tue brutalement ses citoyens, en particulier les femmes » et appelé à une solution diplomatique. En conclusion d’une brève allocution, il a déclaré : « Certains diront que c’est naïf. Ce qui est naïf, c’est de croire que la violence est la solution, ou de penser qu’un suivisme aveugle et servile est une forme de leadership ».

Comme on aurait aimé entendre ces phrases dans la déclaration solennelle mais creuse d’Emmanuel Macron, se gardant de condamner l’intervention israélo-américaine. Pour finir par impliquer la France dans l’impasse dangereuse de la guerre.

Par ailleurs, 35 représentants d’Etats d’Amérique, d’Afrique, d’Asie et d’Europe, constituant le Groupe de La Haye, viennent de se réunir d’urgence sur la situation en Palestine.

Le choix de La Haye n’est pas innocent, il est le siège des institutions de droit international. Parmi les pays adhérents, on retrouve l’Espagne, la Suisse, la Suède, le Danemark, la Norvège, aux côtés de la Chine, du Brésil, du Chili, de Cuba, de l’Uruguay, de l’Egypte, de la Malaisie, de l’Indonésie, du Qatar, de l’Arabie saoudite, de l’Algérie, de la Tunisie. Il est co-présidé par la Colombie et l’Afrique du Sud.

Curieusement, l’existence même du Groupe de La Haye est inconnue des médias. Ses prises de position sont ignorées et, évidemment, on n’y retrouve pas la France dans la liste des pays membres.

L’adhésion de la France, pays des droits de l’homme et l’un des fondateurs de l’ONU, à un front anti-Trump serait pourtant naturelle et digne de son passé. Chirac et de Villepin, eux, avaient osé s’opposer à l’intervention en Irak.

Le suivisme atlantiste aveugle d’Emmanuel Macron ne grandit pas son quinquennat.

Vu des Etats-Unis

Donald Trump, le va-t-en-guerre en Iran, rencontre d’énormes difficultés pour convaincre les Américains. La revue Jacobin, sous la plume de Branko Marketic, analyse les événements avec lucidité et il est apparu intéressant d’en publier l’article paru sous le titre ‘’Donald Trump, belliciste en chef’’, in extenso.

« Les États-Unis attaquent l’Iran parce que Donald Trump était déterminé à nous entraîner dans une guerre coûte que coûte, malgré ses affirmations répétées qu’il ferait exactement le contraire.

Et ils l’ont fait. De toutes les guerres stupides et inutiles menées par les États-Unis au Moyen-Orient, celle lancée aujourd’hui contre l’Iran restera sans doute la plus absurde. Cette guerre aurait pu être évitée ; même celui qui la mène semble ignorer ses propres motivations.

Bien sûr, c’est Trump qui a déclenché cette guerre. Trump, le « pacificateur ». Trump, le « négociateur en chef ». Trump, dont l’ascension politique s’est construite sur la dénonciation de la guerre destructrice de George W. Bush en Irak ; Trump qui n’a cessé de prédire que son adversaire politique déclencherait une guerre contre l’Iran. Durant tout son mandat, Trump a fait exactement le contraire de ce qu’il avait promis, que ce soit en bafouant la liberté d’expression et en renforçant la censure d’internet, ou en démantelant Medicaid et la sécurité sociale et en augmentant le coût de la vie. Il peut désormais ajouter à cette liste l’implication des États-Unis dans une nouvelle guerre sanglante au Moyen-Orient, un affront de plus aux électeurs qui, même s’ils n’approuvaient pas tout ce que le président a dit ou défendu, croyaient sincèrement qu’il tiendrait au moins cette promesse.

Soyons clairs : les États-Unis sont dans cette guerre parce que Trump était déterminé à y entraîner le pays coûte que coûte. Quelques heures seulement avant que Trump ne lance ses attaques, le ministre des affaires étrangères d’Oman, qui menait la médiation lors des négociations de la dernière chance sur un accord nucléaire (qui se sont tenues la veille), a révélé les concessions considérables faites par les Iraniens : non seulement ils ont accepté de ne pas constituer de stock d’uranium, rendant impossible la fabrication d’une bombe, mais ils ont également accepté de diluer l’uranium qu’ils détiennent actuellement et de se soumettre à une vérification complète par les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Ces concessions auraient largement dépassé celles obtenues par Barack Obama dans l’accord avec l’Iran, et elles s’accompagnaient d’une promesse explicite : l’Iran ne posséderait jamais l’arme nucléaire – une promesse que ses dirigeants ont constamment répétée au cours des dernières décennies, et encore à maintes reprises la semaine dernière.

En vain. Trump a passé la semaine à mentir en affirmant que les Iraniens refusaient de prendre cet engagement, et dans l’une de ses dernières déclarations publiques avant de déclencher la guerre, il a déploré leur prétendue incapacité à progresser suffisamment dans les négociations. Trump avait un accord à sa disposition s’il le souhaitait, un accord dont il aurait pu se vanter toute sa vie comme étant meilleur que celui d’Obama. Mais il n’en voulait pas.

Il n’existe aucune vision où cette guerre serve les intérêts des États-Unis. La vie de milliers de soldats américains est désormais en danger, tandis que plusieurs bases américaines dans les pays voisins du Golfe ont déjà été attaquées en représailles par des drones et des missiles iraniens, alors que le conflit s’est considérablement intensifié et a touché des États voisins en moins d’une demi-journée. Tout porte à croire que l’Iran compte mettre à exécution sa menace de fermer le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, ce qui, au mieux, ferait exploser les prix pour les consommateurs et aggraverait la crise du logement aux États-Unis que Trump ignore déjà, et au pire, déclencherait une récession mondiale.

Et pour quoi faire ? L’Iran, encerclé, isolé et lointain, ne représente aucune menace sérieuse pour les Américains, qui vivent à des milliers de kilomètres et sont protégés par une armée dont le budget est environ quarante fois supérieur à celui que l’Iran a récemment consacré à ses propres forces armées. En réalité, maintenant que la guerre a enfin éclaté, les faucons bellicistes admettent volontiers que l’Iran est militairement largement surpassé par les États-Unis. C’est précisément pourquoi les États-Unis et Israël ont pu impunément lancer attaque après attaque non provoquée contre ce pays au cours de la dernière décennie, ne subissant que des représailles théâtrales qui, jusqu’à l’année dernière, étaient soigneusement orchestrées et annoncées à l’avance pour permettre au régime de sauver la face tout en évitant une guerre qu’ils ne souhaitaient pas mener.

L’Iran n’a aucun moyen d’attaquer sérieusement le territoire continental américain, peu importe combien de fois Trump et ses sbires mentent à ce sujet, et ne possède aucune des armes de destruction massive (ADM) qui, tout comme lors de la guerre frauduleuse de George W. Bush en Irak, sont aujourd’hui invoquées paresseusement pour justifier ce conflit. En réalité, l’Iran n’est que le dernier d’une série d’États relativement faibles et dépourvus d’armes de destruction massive à être devenus des cibles prioritaires de Washington pour un changement de régime au XXIe siècle. Parmi ces pays figurent l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et, plus récemment, le Venezuela et Cuba. Pendant ce temps, la Corée du Nord, lourdement armée, reste à l’abri des attaques américaines et Trump adresse des lettres d’éloges à son dirigeant. À l’instar de ces autres pays, l’Iran n’est pas attaqué parce qu’il représente une menace pour les États-Unis ; il est attaqué précisément parce qu’il n’en représente pas une.

C’est pourquoi Trump et tous les autres néoconservateurs qui réclament cette guerre ont multiplié les justifications pour attaquer le pays cette année. Vous souvenez-vous, en janvier, lorsque Trump affirmait que le gouvernement iranien devait être renversé pour protéger les courageux civils iraniens tués par ce même gouvernement ? Aujourd’hui, la logique est inversée : l’armée américaine doit tuer ces mêmes civils iraniens pour renverser le gouvernement.

L’Iran n’est pas attaqué parce qu’il représente une menace pour les États-Unis ; il est attaqué précisément parce qu’il n’en représente pas une. Pourquoi faut-il renverser le régime iranien ? L’an dernier, c’était son programme d’enrichissement nucléaire, que Trump prétendait avoir détruit lors de sa première intervention militaire en juin dernier. Le mois dernier, c’était l’arsenal non nucléaire iranien, notamment son stock de missiles balistiques. La semaine dernière, Trump a de nouveau martelé le problème de l’enrichissement nucléaire, jusqu’à ce matin où il a décidé qu’il cherchait en réalité à instaurer la démocratie en Iran – une mission qu’il a rapidement accomplie en bombardant une école primaire et en tuant près d’une centaine de fillettes.

La raison importe peu, et Trump et sa clique de bellicistes ne se donnent même pas la peine de faire semblant du contraire. Lors d’une réunion de haut niveau sur la sécurité nationale il y a deux semaines, Trump aurait demandé l’avis de son directeur de la CIA et du chef d’état-major des armées sur la stratégie américaine globale en Iran, oubliant apparemment que c’est le président qui définit la stratégie et que les hauts gradés militaires ne font que la mettre en œuvre. En d’autres termes, Trump n’a aucune idée de ce qu’il cherche réellement à accomplir, comme en témoignent déjà ses justifications changeantes, son approche schizophrénique des négociations et le fait qu’il évoque déjà des « portes de sortie ».

À qui profite donc cette situation ? La réponse est évidente : à une direction israélienne assoiffée de guerre, de plus en plus influencée par un fantasme néo-biblique démentiel, celui d’utiliser les États-Unis pour réduire le Moyen-Orient en cendres et annexer le reste. Comme l’a rapporté CNN, la guerre a été lancée à la veille de la fête juive de Pourim, qui s’inspire d’un récit biblique de la menace que représente l’Iran contemporain, une menace à laquelle le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fait abondamment référence dans sa déclaration sur les attaques d’aujourd’hui.

Des responsables israéliens ont déclaré à Reuters qu’Israël planifiait cette guerre depuis des mois et que la date hautement symbolique du conflit avait été choisie il y a plusieurs semaines (une information mystérieusement supprimée du rapport depuis, sans explication). Si cela s’avère exact, cela suggère que la diplomatie américaine de la semaine dernière n’était qu’une mascarade et qu’il s’agit bel et bien d’une guerre israélienne, confiée aux Américains qui vont se battre et mourir pour elle. Benjamin Netanyahu tente d’entraîner les États-Unis dans ce conflit depuis plus de trente ans, y compris à plusieurs reprises lorsque Joe Biden, affaibli et malade, était au pouvoir. Pourtant, ce n’est qu’avec l’arrivée au pouvoir de Trump que son vœu a été exaucé, faisant de lui un paillasson encore plus facile à fouler aux pieds des Israéliens.

Suite aux informations faisant état de la mort de l’ayatollah Khamenei et d’autres hauts responsables iraniens, Trump tentera probablement de revendiquer une victoire rapide, voire de s’en servir pour se désengager de la guerre qu’il a déclenchée. Ce sera sans doute plus facile à dire qu’à faire. Chaque autre vide de pouvoir créé par les États-Unis au Moyen-Orient a dégénéré en guerre civile et en anarchie, et même la CIA avait prédit que le successeur de Khamenei serait un régime encore plus intransigeant, dirigé par des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique.

Une autre possibilité, l’effondrement total du gouvernement iranien, pourrait engendrer un chaos sans précédent, à l’instar de celui qu’a connu la Libye, mais à une échelle encore plus vaste, faisant du pays un terreau fertile et un refuge pour les militants. Dans les deux cas, Trump et Washington seraient confrontés à un choix : soit impliquer davantage les États-Unis et risquer un enlisement pour garantir une transition favorable aux intérêts américains, soit se retirer et laisser les choses suivre leur cours, ce qui pourrait engendrer de futures menaces contre les bases américaines et Israël – et potentiellement entraîner un retour des États-Unis dans le conflit. Trump a lancé cette guerre suite au succès de l’enlèvement de Nicolás Maduro, mais il s’agit d’une opération très différente contre un pays très différent.

Nous ignorons ce que l’avenir nous réserve, et Trump l’ignore lui-même, même s’il espère pouvoir se retirer rapidement et discrètement des événements qu’il a déclenchés. Une chose est sûre : Trump est loin d’être le fléau des néoconservateurs, comme ses plus fervents partisans l’espéraient et le croyaient. Trump est le néoconservateur en chef. »

Loin de la guerre ?

Les bombes ravagent le Moyen Orient ; Etats-Unis et Israël, d’un côté, Iran et milices pro-iraniennes au Liban sont dans la surenchère pour tout détruire et semer la mort.

Quelle connerie, la guerre !

Portons-nous sur un autre problème, celui de la domination des mathématiques dans notre système scolaire. Un chercheur, Grégoire Genest, dénonce un mal profond dans une tribune dans le Monde et le Monde de l’éducation.

Il porte un jugement sévère sur ce système français qui « ne forme pas une population mathématiquement compétente. Il sélectionne une aristocratie restreinte et abandonne le reste. Quelque 29 % de nos élèves n’atteignent pas le seuil minimal de compétence en mathématiques, tandis que seulement 7 % excellent aux niveaux les plus élevés – moins que la moyenne de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (9 %). L’écart entre élèves favorisés et défavorisés nous place parmi les pays les plus inégalitaires. Le problème n’est pas que les mathématiques servent de critère de sélection. Le problème est qu’elles sont devenues le seul signal standardisé disponible pour évaluer le potentiel intellectuel. Cette domination ne résulte pas d’une supériorité intrinsèque, mais de l’absence de tout signal concurrent plus prédictif. »

Faut-il être plus clair.

Avant d’esquisser quelques mesures correctives, il ajoute : « En transformant les mathématiques en instrument de sélection sociale plutôt qu’en bien commun intellectuel, nous créons les conditions de leur rejet. Chaque lycéen qui abandonne la spécialité se forge une identité contre elle. »

Il conclut par une condamnation du système scolaire en dénonçant l’instrumentalisation des mathématiques : « Nous avons construit un système incapable d’atteindre ses propres objectifs. Nous ne produisons ni une élite mathématique plus large que nos voisins ni une population aux compétences de base solides. Nous produisons ce que produit toute aristocratie : beaucoup d’exclus, quelques privilégiés et une légitimation pseudo-méritocratique de l’ordre établi. »

Imparable ! Mais, en grattant un peu plus la question, est-on si loin des motivations de la sale guerre d’Iran et de la volonté de quelques dirigeants d’imposer un seul modèle ? 

Des voix contre Trump

Donald Trump a des coups de colère terribles et une ambition démesurée. 

Humilié de n’avoir pas reçu le Prix Nobel de la Paix, il prétend faire la guerre partout pour délivrer un message du plus puissant pays de la planète.

En septembre, son 200e décret depuis son installation à Maison Blanche rebaptisait le ministère de la défense (Department of Defense) en ministère de la guerre (Department of War). Il prétendait envoyer au monde un message de force. En toute modestie. Le changement sémantique n’est pas anodin.

En janvier, il partait en guerre contre l’ONU qui, selon lui, ne l’a jamais aidé, en créant un Conseil de la paix (Board of Peace), affichant clairement son intention de remplacer l’organisation fondée après la Deuxième guerre mondiale. Il avait pris soin de rédiger sa charte et d’imposer sa nomination de président à vie, seule personne habilitée à adopter des résolutions ou des initiatives en son nom et d’opposer un veto. Il a fait partager son ego : une soixantaine de chefs d’Etat ou de gouvernements ont rejoint l’initiative de Trump.

Alors, aujourd’hui, faut-il s’étonner de le voir enlever Nicolas Maduro à Caracas, de menacer Cuba, la Colombie, et d’autres pays ? Faut-il s’étonner de le voir intervenir dans une opération aventureuse (et incertaine), mais meurtrière, en Iran.

En difficulté au sein même des Etats-Unis, il se lance dans des opérations dont le candidat Trump prétendait qu’il ne les renouvellerait pas.

Le président Trump et son entourage sont dangereux et inquiétants. Face à lui, l’Europe tergiverse au nom de l’atlantisme et d’un monde libre (qui l’est de moins en moins).

Des voix, ici et ailleurs, doivent se lever pour mettre Trump et sa clique obscurantiste au ban des nations. Avant qu’il ne soit trop tard.