Le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, vient de demander la démission de la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, Francesca Albanese. Celle-ci aurait tenu des propos outranciers et coupables, « qui visent non pas le gouvernement israélien, dont il est permis de critiquer la politique, mais Israël en tant que peuple et en tant que nation, ce qui est absolument inacceptable. »
Un ministre éminent, porte-parole d’Emmanuel Macron, a osé colporter des informations fausses émanant de lobbies israéliens ; en effet, Francesca Albanese a relevé dans L’Humanité deux accusations fausses : « Je trouve choquant que cette violente attaque soit l’œuvre d’un des membres les plus importants du gouvernement français, le ministre des Affaires étrangères. La polémique porte sur ce que j’aurais dit et le lieu où je l’aurais dit. Étant en déplacement, j’ai envoyé une vidéo préenregistrée de mon intervention au forum de Doha pour un atelier qui comprenait des universitaires, des juristes, dont l’ancienne procureure de la Cour pénale internationale Fatou Bensouda. La première déclaration du ministre devant le Parlement qui évoque que je me trouvais sur place aux côtés d’un ministre iranien et d’un représentant du Hamas est fausse. La deuxième accusation porte sur une phrase que je n’ai pas prononcée. Devant ce mensonge, j’ai rendu public l’enregistrement en entier. Comme à chacune de mes interventions, je déclare qu’Israël est un État qui commet des crimes de guerre, de génocide et d’apartheid. Après cet énoncé, j’ai expliqué que notre ennemi commun en tant qu’humanité c’était le système qui a permis le génocide, y compris le capital financier qui l’a soutenu, les algorithmes qui ont été contrôlés de façon à dénigrer les Palestiniens et le discours politique qui a défendu l’État d’Israël et son armée. »
La rapporteuse de l’ONU ne manque pas d’humour (tout en restant grave) et réclame réparation de la part de Jean-Noël Barrot : « En tant qu’experte des Nations unies, je dois prendre des mesures pour me protéger. Peut-être que le ministre a commis une négligence, peut-être a-t-il cru le président du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) et Caroline Yadan ? Mais comme il s’est trompé, et c’est humain, il peut corriger ses propos. J’attends donc au minimum une rectification. Cette situation est une manière de mettre en cause le messager pour ne pas s’occuper du message. Je ne peux pas laisser passer de tels procédés car le ministre a questionné mon indépendance. Il a demandé ma démission sans justification et sans preuves. Pire, il m’a accusé d’avoir comparé Israël au IIIe Reich. C’est faux. Il a affirmé que j’avais justifié les attaques du 7 octobre. C’est encore faux. Il faut savoir que cette polémique et le faux montage viennent d’une organisation qui est basée à Genève et qui est connue pour ses propos diffamatoires à l’encontre de personnes ou d’organisations qui osent critiquer l’État d’Israël. John Dugard, Richard Falk, Michael Lynk, tous mes prédécesseurs, ont été accusés d’antisémitisme et de soutenir le terrorisme. »
Jean-Noël Barrot n’en fera rien (ce gouvernement manie les fake news avec constance) et les médias d’habitude si prompts à dénoncer les fausses nouvelles restent étrangement muets. Surprenant ? Non.