Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Haine et tolérance

Les lâches attaques à l’arme blanche près des anciens locaux de Charlie Hebdo vont encore attiser l’islamophobie sans discernement.

Il ne s’agit pas ici de justifier l’injustifiable et les actes ignobles de fous de Dieu ; sans doute des esprits faibles manipulés par des djihadistes pervers, eux-mêmes manipulés au plus haut niveau de certains Etats théocratiques, moyenâgeux, féroces et bourrés de pétrodollars. Il faut néanmoins remarquer que les ‘’attentats’’ sont désormais perpétrés par des hommes seuls à l’arme blanche preuve, heureusement, de l’affaiblissement politique des commanditaires.

Cela n’empêche pas, bien au contraire, les surenchères verbales dans nos pays pour dénoncer l’islamisation de l’Europe et réclamer le renforcement des lois liberticides. A les écouter, nous sommes en guerre, évidemment une guerre de religion, et ils appellent à la mobilisation, au nom des libertés, de la laïcité et de la République. Les chaînes d’information en continu alimentent ce climat délétère et d’anciens chefs de l’Etat profitent de l’occasion pour faire parler d’eux et dénoncer des ‘’attaques contre la République’’.

La justice tellement décriée a rappelé aujourd’hui, curieuse coïncidence, qu’on ne peut pas dire tout et n’importe quoi en condamnant Eric Zemmour (pour la deuxième fois) pour injure et provocation à la haine au cours d’un discours prononcé à la ‘’convention de la droite’’ organisé par l’entourage de Marion Maréchal en septembre 2019.

Les juges ont retenu que, « en distinguant parmi les Français l’ensemble des musulmans opposés aux ‘’Français de souche’’ et en les désignant, ainsi que les immigrés musulmans vivant en France, non seulement comme des criminels auteurs des attentats de 2015 mais comme d’anciens colonisés devenus colonisateurs », les propos de Zemmour « constituent une exhortation, tantôt implicite tantôt explicite, à la discrimination et à la haine à l’égard de la communauté musulmane et à sa religion. »

Les juges ont par ailleurs estimé que le discours avait été « préparé » et les mots « choisis ».

Une centaine de médias ont signé une tribune ‘’Ensemble, défendons la Liberté’’ dénonçant « des idéologies totalitaires nouvelles, prétendant parfois s’inspirer de textes religieux » et visant le seul islamisme religieux. A eux, dans leurs rédactions respectives de démontrer qu’ils défendent réellement « notre conception de la liberté d’exception, mais, bien au-delà, de la liberté de tous les citoyens français ». Or, c’est loin d’être le cas aujourd’hui, quand certains profitant de l’émotion, légitime, causée par des actes ignobles, appellent quasiment au pogrom de tous les Musulmans.

Toutes les libertés sont à défendre, aujourd’hui, dans les Etats totalitaires théocratiques, en premier lieu, en cessant de commercer avec eux et de leur vendre des armes et des technologies répressives. Puis, dans nos propres pays, il ne faudrait pas oublier que les libertés sont abimées et en voie de dangereux rétrécissement. Par les Zemmour et autres qui appellent au lynchage de ceux qui n’ont pas la peau blanche et ne croient pas au même dieu.

Dans une République laïque, il ne doit pas y avoir de place pour la haine ; cultivons la tolérance.

Le goût du vrai

« Le 5 avril dernier, alors qu’aucune étude thérapeutique n’avait encore eu le temps d’aboutir, Le Parisien publiait les résultats d’un sondage abracadabrantesque. A la question : « D’après vous, tel médicament est-il efficace contre le coronavirus ? », 59 % des personnes interrogées répondaient oui, 20 % non. Seuls 21 % des sondés déclaraient qu’ils ne savaient pas. L’immense majorité (80 %) affirmait don savoir ce que personne ne savait encore… »

Ce sondage (mais aussi le défilé des prétendus experts sur les plateaux de télévision) a énervé Etienne Klein. L’homme est un scientifique de haut niveau, directeur de recherche au CEA, et philosophe ; il est très médiatique : producteur de l’émission La conversation scientifique (France Culture), il intervient régulièrement dans Philosophie Magazine, Le Point ou Pour la Science et il est l’auteur d’une quarantaine d‘ouvrages. L’homme est brillant (trop peut-être) et dispersé ; est-ce cela qui lui a valu d’être accusé de plagiat six mois après son élection à la présidence de l’Institut des hautes études pour la science et la technologie ?

Le coronavirus et son traitement dans médias l’ont donc incité à publier un essai dans la collection Tracts (n° 17) de Gallimard, Le goût du vrai, dans lequel, prenant de la hauteur et du recul, il s’interroge sur les vérités scientifiques, sur leur relativité, mais aussi et surtout sur le narcissisme contemporain, l’idée de progrès supplantée par le terme d’innovation, sur la société qui secrète des croyances et des préjugés, sur le simplisme, sur le contexte des vérités scientifiques. Bref, c’est foisonnant de réflexions importantes, le tout en moins de 60 pages.

Etienne Klein apporte des éléments de débats pour mieux comprendre ce qui s’est passé pendant la pandémie du coronavirus.

Il prétend que, si, dans le sillage de Galilée et Descartes, « l’homme s’est progressivement autonomisé par rapport à l’univers qui l’entoure, jusqu’à se considérer, René Descartes aidant, comme un être d’antinature », « la pandémie de Covid-19 nous a montré que la nature conserve un pouvoir sur nous, un pouvoir impossible à contourner. »

Il nous appelle, en conclusion, à refonder l’idée de rationalité, « car tel est le paradoxe de l’être humain : s’il est le seul capable, par la science, de découvrir les lois dites ‘’de la nature’’, il n’en est pas pour autant un être d’antinature ».

L’essai est brillant ; l’appel urgent à entendre.

Deux hommes d’exception, un même combat

Jack Ralite et Marcel Trillat sont partis récemment, dans un espace court ; au fond trois ans d’intervalle, qu’est-ce au niveau de notre humanité ? 

Leurs combats ont beaucoup de choses en commun et il ne faut pas croire qu’il s’agit de ceux d’une génération dépassée. On doit en prendre la mesure aujourd’hui pour que leurs paroles, extraordinairement actuelles, continuent d’alimenter le débat d’une époque troublée. Quand la culture et le monde du spectacle sont menacés par le coronavirus, prétexte inédit et bienvenu pour un pouvoir politique qui taille dans les budgets non rentables selon son logiciel comptable, seulement comptable. Quand la télévision de service public est menacée au nom de la même notion de rentabilité.

Les coups de gueule de Ralite et Trillat, ceux de l’homme de toute la culture, avec un penchant pour le théâtre, et ceux de l’homme de télévision de service public, mais aussi de toute la télévision et de l’information, venaient éclairer le débat en dénonçant les arrière-pensées des fossoyeurs de la culture française.

Aux assises du service public en 1996, sur le thème de ‘’l’enseignement artistique est-il rentable ?’’, Jack Ralite avait dénoncé « un discours gestionnaire qui restreint la tâche de gouverner à l’ambition d’être un comptable supérieur. C’est l’économie cheval de Troie ! » Quelle lucidité.

Il avait poursuivi en disant : « On voit bien que si on s’enferme dans l’entrée par l’argent la question de la rentabilité a vite fait de régler le problème. Mais si on entre par l’autre porte, c’est-à-dire par l’humain, l’homme, la femme, c’est tout autre chose. Alors, c’est l’aventure de l’esprit, c’est penser l’humain dans sa pluralité. » Argument imparable et définitif.

Marcel Trillat, lui, dénonçait dès 1971 : « La concurrence purement commerciale qui s’instaure entre les deux chaînes (et bientôt entre les trois) est utilisée pour attaquer l’audience des émissions d’information ». La stratégie, « une trahison », disait-il, n’avait qu’un visée, « la mainmise du pouvoir sur les actualités télévisées ».

C’est ce même discours gestionnaire qui est porté à un niveau inédit aujourd’hui par Emmanuel Macron, qui prétend réduire les lieux de culture au nom de la rentabilité et intime l’ordre à Delphine Ernotte de réduire le nombre de chaînes et jusqu’aux émissions.

Dans son discours de 1996, Jack Ralite avait dressé un constat se menant aussi au plan sémantique : « Le vocabulaire lui même évolue : on ne dit plus « œuvre », on dit « produit » ; on ne dit plus « public », on dit « client » ; on ne dit pas « organisation de la compréhension » (pour citer Maïakowsky), on dit « publicité » ; on ne dit plus « réalisateur », on dit « technicien de l’image » ; on ne dit plus « chercher ensemble » mais « concurrence ». Avec cette démarche, les comptes sont contre les contes ; ce qui est cherché, c’est le plus petit commun dénominateur, le produit fade, le prêt à porter, c’est l’apologie (comme dirait Hugo) du style « coucher de bonne heure  » ou (comme une poétesse russe) de « l’œuvre limonade « . C’est ça la rentabilité économique ! »

Il avait emprunté de très belles expressions à Luigi Nono, le musicien italien : « Il dit qu’il faut vivre avec des êtres incommodes, qu’il faut avoir l’écoute de l’autre, qu’il ne faut pas chercher l’unanimité, le succès, l’approbation, mais essayer d’entendre la diversité ; qu’il faut pénétrer lentement dans les phénomènes, qu’il faut constater que lorsque l’on parle ainsi, évidemment c’est un genre d’attitude qui ne correspond pas aux besoins du marché. » On les a accusé d’être des militants, ils n’étaient que des démocrates, vrais, au sens plein du mot.

Marcel Trillat, lui, a milité durant toute sa carrière pour les mêmes idéaux que son aîné ; pour l’homme de télévision, le service public est la propriété de la collectivité et doit être au service de la nation tout entière, ouvert à l’expression de toutes les tendances, politiques, syndicales, philosophiques et religieuses. Il rappelait toujours que l’information doit être présente partout et sous toutes ses formes dans tous les programmes, comme une composante essentielle de la culture et de la vie démocratique.

Les deux discours, celui de Ralite et celui de Trillat, se sont constamment croisés et sont étonnamment d’actualité ; tous les deux ont été durant toute leur vie fidèles à ces engagements indéfectibles. Sans compromission, sans reniement. Ils se sont rejoints dans un combat somme toute commun ; il doit rester le nôtre, comme il fut celui de Jean Vilar, qui, dès 1966, dans un appel mémorable déclarait : « Il faut soustraire la culture à l’emprise du profit. »

A Marcel Trillat, mon frère

Tu aurais pu vivre encore un peu/Mon fidèle ami mon copain mon frère/Au lieu de partir tout seul en croisière/Et de nous laisser comme chiens galeux

(Jean Ferrat, 1991)

Quand une autre fidèle amie, Michelle, m’a appelé hier pour me dire : « Marcel est mort », je suis resté abasourdi, et tout de suite une tristesse infinie m’a envahi. Depuis je suis inconsolable…

J’ai croisé ton chemin en 1968 quand, écarté de l’ORTF, tu avais créé, toi le communiste avec Roger Louis, le socialiste, le Centre de recherches sur l’éducation permanente et l’action culturelle (CREPAC) et une coopérative de production audiovisuelle, Scop-Colors, qui réalisait un magazine mensuel, Certifié exact.

Je militais aussi, comme toi, et jeune journaliste, j’éprouvais le besoin d’informer autrement. Adhérent du Cercle laïque dijonnais, j’avais organisé des soirées avec ton magazine sur le modèle des ciné-clubs. Sans beaucoup de succès, je dois le reconnaître. Sans doute Roger Louis avait-il raison quand il déclarait : « Si l’O.R.T.F. redevenait libre, nous pourrions travailler pour lui. Lui fournir des reportages. Mais il est hors de question que les journalistes reprennent leurs postes. De toute façon, il est à peu près certain que le public ne voudrait pas d’une télévision libre. Il a trop l’habitude de ce qu’elle est actuellement. Il ne reconnaîtrait plus sa drogue favorite ».

L’expérience a, hélas, tourné court.

Mais quelque temps plus tard, en novembre 1971, nous nous sommes retrouvés à Dourdan où notre syndicat, le SNJ-CGT, tenait son congrès. J’étais fier de m’asseoir à tes côtés.

Tu avais défendu une motion importante, ‘’L’ORTF doit être au service de la nation’’. Je l’ai conservée précieusement (et je la consulte encore) tout au long de mes mandats syndicaux, m’y référant constamment. Ta vision du service public était claire et reste, hélas, d’actualité.

Tu avais été élu membre du comité national de notre syndicat en 1969 ; je l’ai été en 1971. Tu ne peux pas imaginer mon bonheur de pouvoir siéger auprès de camarades comme toi.

J’ai eu l’occasion de travailler pour le journal des cadres de la CGT, Options, en 1978 que tu dirigeais ; envoyé spécial en Argentine pour le Mondial de football, j’avais écrit quelques papiers sur la situation dramatique du pays hôte dirigé par une junte militaire féroce et sanguinaire.

Tu as connu l’interdit professionnel pendant 13 ans. Il a fallu attendre l’élection de François Mitterrand en 1981 pour que tu sois réintégré et te voir diriger le service Société d’Antenne 2. La droite, de retour au pouvoir en 1986, ne pouvait pas supporter un journaliste libre ; tu as été évincé une nouvelle fois et envoyé comme correspondant permanent à Rome. Les ‘’camarades’’ socialistes ne se sont pas mieux conduits que la droite. Tu as été nommé directeur adjoint de l’information de France 2 en 1989 et écarté en 1991 pour être envoyé comme correspondant permanent à Moscou.

Tu as payé très cher ta conception d’une information non confisquée par un parti mais au service des citoyens ; à gauche comme à droite, le service public qui informe, instruit et divertit ne reste qu’un slogan de meeting électoral.

C’est au nom du respect du public que tu avais refusé de faire un reportage sur la profanation du cimetière juif de Carpentras en 1990 et dénoncé en direct la drôle de guerre du Golfe en 1991. Tu as payé cher ta probité et ta droiture, ta conception du journalisme. On reconnaissait ton professionnalisme, mais tes engagements étaient insupportables à une caste de politiciens habitués à être ‘‘servis’’ par des journalistes trop souvent aux ordres.

Tes qualités ont fini, cependant, par être reconnues quand, en 1996, tu as été élu président de la Société des journalistes de France 2, puis, en 2006, quand tu as siégé au conseil d’administration de France Télévisions, enfin, en 2007, quand la SCAM t’as décerné son Grand Prix pour l’ensemble de ton œuvre. Tu n’en tirais aucune vanité, mais j’était heureux pour toi.

Je n’omettrai pas de rappeler que ton documentaire, Silence dans la vallée (sans doute le plus abouti de tous), a été unanimement apprécié, y compris au MEDEF. Sa présidente, Laurence Parisot, t’avais même invité à venir débattre avec les patrons sur les mutations du capitalisme et notamment du capitalisme familial.

Quels pieds de nez aux censeurs qui ont gâché ta vie, ton talent et craché sur tes idées.

Marcel, tu laisses une œuvre de très grande qualité. Tu es resté fidèle à des idées et c’est au nom de cette fidélité que tu avais pris des distances avec le Parti communiste, sans renier notre idéal commun.

Fidèle aussi à la CGT, malgré tes déboires avec la direction confédérale à propos de la liberté de ton que tu avais voulu donner à Radio Lorraine Cœur d’acier. Tu n’as jamais refusé les sollicitations du syndicat pour être tête de liste aux élections à la commission de la carte d’identité des journalistes.

Et, aujourd’hui, j’ai un peu honte quand je lis les articles sur ta disparition ; tous saluent ta mémoire, tout en te qualifiant de journaliste militant. Comme s’il s’agissait d’un défaut irrémédiable. Ceux qui se couchent devant Macron, après s’être couché devant Sarkozy ou Hollande, ne changeront donc jamais ?

Aujourd’hui, je te pleure, Marcel.

Tu aurais pu vivre encore un peu/ Mon fidèle ami mon copain mon frère ; ta voix va nous manquer pour se battre encore et toujours pour les jours heureux.

Du journal télévisé

L’information a fait la ‘’une’’ de tous les médias : Jean-Pierre Pernaut va arrêter de présenter le journal de 13h de TF1. Avec un océan de commentaires obséquieux et franchouillards. Puis, on s’interrogea pour se demander pourquoi le présentateur inamovible avait précipité son annonce. A 70 ans, n’avait-il pas droit de faire enfin valoir ses droits à la retraite ?

Puis vint la question essentielle du moment : qui pour le remplacer ?

Parce que, aujourd’hui, le présentateur est plus important que l’information, son choix est essentiel.

Et ce fut une surprise : ce sera Marie-Sophie Lacarrau, transfuge du journal de 13h de France 2, qui, modernité oblige, s’est fendue d’un Tweet convenu :

« Quel honneur de rejoindre la rédaction de TF1 et de succéder à Jean-Pierre Pernaut ! Merci à Gilles Pelisson et à Thierry Thuillier pour leur confiance. J’ai hâte ! Merci aussi à la rédaction de France 2 et à France Télévisions pour ces très belles années. Je n’oublierai rien ! »

Lequel Thierry Thuillier s’est empressé d’affirmer que la remplaçante « incarnera le changement dans la continuité dans cette nouvelle page que la rédaction de TF1 s’apprête à écrire » ou encore « Je lui fais confiance pour continuer à développer le lien unique de ce rendez-vous avec le public, avec le professionnalisme qu’on lui connaît et sa personnalité chaleureuse.»

Un étudiant (aujourd’hui enseignant), Michel Le Guenic, avait disséqué le journal de 13 heures de TF1 en visionnant toutes les éditions pendant vingt-six semaines de juillet 2000 à janvier 2001 ; il en a tiré un livre dont le titre résume toute la philosophie du journaliste : ‘’Nos régions selon Jean-Pierre Pernaut, Pétainisme ou pittoresque ?’’ Télérama vient de nos rappeler opportunément ses conclusions :

« Michel Le Guenic conclut que, du 13 heures de TF1, suinte certes un ‘’national-traditionalisme’’ mais surtout que ce JT-là ‘’s’est arrêté avant la révolution industrielle’’ ! Et l’étudiant en histoire, spécialiste de la IIIe République, d’affirmer, exemples à l’appui, que ‘’le présentateur nous renvoie bien plus de cent ans en arrière, au moment de l’apogée de la culture paysanne’’. »

Bref, le journal de Jean-Pierre Pernaut est conservateur et réactionnaire, fustigeant les grèves et tous les mouvements sociaux. Sa conception de l’information relève de la mise en condition des masses laborieuses pour que rien ne change et pour que le groupe Bouygues puisse continuer à répartir des dividendes.

Marie-Sophie Lacarrau incarnera donc le changement dans la continuité, comme le dit Thierry Thuillier. Le journal de France 2 qu’elle présentait était exécrable et tombait dans les mêmes travers d’une information favorisant l’aseptisation des téléspectateurs sur un ton pleurnichard ; elle avait plus que de la proximité avec la conception de celui qu’elle va remplacer. Ce qui n’est pas à l’honneur du service public.

On pourra se consoler en se disant qu’on ne la verra plus sur France Télévisions. Mais, alors, qui, pour la remplacer ? Delphine Ernotte osera-t-elle prendre le contrepied de TF1 et proposer un journal intelligent, informant complètement les citoyens, traitant des informations essentielles plutôt que des faits divers sans recul, sans complaisance pour ceux qui gouvernent ?

A TF1, Marie-Sophie Lacarrau remplace Jean-Pierre Pernaut pour que rien ne change ; et à France 2, service public, se souciera-t-on plus de l’information et du citoyen que du casting ?

La honte

La Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et Unicef France ont publié le résultat d’une enquête dressant un constat terrible de la rentrée scolaire. 

L’Humanité, citant le document, relève que « sur 5.527 personnes en famille ayant composé le numéro d’appel d’urgence 115 en France métropolitaine dans la nuit du 1er au 2 septembre, 2.925 n’ont pas été hébergées faute de places en hébergement d’urgence ou d’accès aux logements sociaux ».

Ainsi, près de 3 000 personnes ont dormi dans la rue dans la nuit du 1erau 2 septembre ; parmi elles, 1 483 étaient des enfants de moins de 18 ans.

Le plan de relance du gouvernement, souligne le document, « contient une enveloppe de 100 millions d’euros pour l’hébergement, il ne prévoit pas de création de places supplémentaires pour les familles alors que la demande reste exponentielle ».

Emmanuel Macron avait déclaré le 27 juillet 2017 : « Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des hommes et des femmes dans la rue ». 

Aujourd’hui, j’ai honte.

Les tensions entre la Grèce et la Turquie sont fortes, attisées par les nationalistes, les médias et deux hommes corrompus, Erdogan et Mitsotakis, tentant de masquer leur politique antisociale.

Les peuples grecs et turcs souffrent, leurs économies sont à l’agonie.

La France ne tente pas d’apaiser les esprits, mais fait du commerce des armes. Elle va vendre 18 avions Rafale au pays le plus endetté de l’Union européenne, la Grèce.

Aujourd’hui, j’ai honte.

Nos dirigeants n’ont-ils pas de cœur ? Pas même un soupçon de morale ?

‘’Big service public’’

Le documentaire ‘’Big Pharma, labos tout-puissants’’ diffusé par Arte le jour où Jean-Pierre Pernaut annonce son départ du journal de 13H de TF1 est un joli pied de nez, même s’il fut involontaire, à la télévision qui tente d’aseptiser les esprits.

Luc Hermann, son réalisateur, a enquêté pendant un an, sur un temps suffisamment long pour mettre au jour la recherche du profit par les plus grands laboratoires pharmaceutiques. Documentaire salutaire donc, comme devraient l’être tous les documentaires ; œuvre solide et intelligente à laquelle je reprocherai néanmoins quelques manques : le montant des profits de ces grands laboratoires (Pfizer, Novartis, Roche, Sanofi, Johnson & Johnson), les dividendes énormes distribués chaque année aux actionnaires, les délocalisations de la production des molécules en Asie et les pénuries de médicaments.

Le documentaire de Luc Hermann était d’une durée qui l’autorisait à évoquer aussi ces questions importantes.

Le réalisateur est à la tête d’une société de production, Premières lignes, qui fournit beaucoup de contenus au service public et il a confié à Télérama :

« Enquêter sur l’industrie pharmaceutique nécessite du temps – notre investigation s’est étalée sur une année, c’est l’avantage de travailler pour le service public ! »

Bel hommage au service public par le dirigeant d’uns société privée.

Les décrets de 1990, dits décrets Tasca (Catherine Tasca, socialiste, était alors ministre de la culture dans le gouvernement de Michel Rocard), ont fait obligation aux chaînes de service public de diffuser des œuvres produites par des sociétés de production indépendantes. Le nombre de sociétés a explosé et avec elles la précarité de l’emploi : elles emploient dix fois plus d’intermittents que de permanents ! Ces sociétés ont aussi et très souvent des obligations d’audience, avec les effets pervers qu’on connaît, et surtout des pressions pour diminuer les prix d’achat, sacrifiant ainsi à la durée des enquêtes, aux jours de tournage et de montage. Bref en sacrifiant la qualité.

L’hommage par Luc Hermann, représentant des indépendants, fait une étonnante démonstration de la supériorité du service public sur les prétendus indépendants. 

Seul le service public devrait être le garant d’émissions de qualité en permettant les enquêtes au long cours, le traitement de faits de société mettant en cause le système, bref d’une télévision qui informe, éduque et distrait. Vraiment et totalement.

Le service public de l’audiovisuel est malmené et s’aligne sur les chaînes privées et les sociétés de production indépendantes sont en voie de concentration, dominées par quelques grands groupes comme Mediawan (qui a absorbé la vingtaine de sociétés de production de Lagardère) ou Banijay (qui a racheté Endemol), etc.

Le documentaire de Luc Hermann n’est pas passé inaperçu quand les programmations se vautrent dans le superficiel, les séries américaines, les bêtisiers, les ‘’talks-shows’’ insipides dans lesquels les Hanouna, Praud ou Ruquier font étalage de toute la ‘’beaufitude’’ du monde.

Big Pharma a été un instant à part, sur une chaîne somme toute confidentielle, Arte. Hélas. Il reste un long chemin chemin à parcourir pour retrouver une télévision respectueuse des citoyens. Pour un ‘’big service public’’.

Voltaire, reviens !

Un agenda, très pertinent, circule sur les réseaux dits sociaux. Il recense quelques-unes des déclarations racistes qui ont fait l’actualité la semaine dernière.

J’y ai ajouté quelques précisions et commentaires pour les lecteurs qui auraient déjà oublié ce mal qui se répand de plus en plus ouvertement dans notre pays.

Lundi : un ministre de l’intérieur emprunte à l’extrême droite le concept d’ensauvagement (il s’agit de Gérald Darmanin, qui a milité successivement, mais toujours à droite, au RPR, à l’UMP, aux Républicains avant d’adhérer à La République en marche. Un beau parcours !).

Mardi : un journal d’extrême droite dessine une députée noire en esclave (Ce journal a pour titre Valeurs actuelles, c’est tout dire, et il appartient à Iskandar Safar, un affairiste milliardaire dont le nom apparaît dans les Panama Papers. Passage obligé pour tout détenteur de fortune).

Mercredi : un journaliste du dit journal d’extrême droite devient chef adjoint su service politique d’une grande radio nationale (Louis de Raguenel de Montmorel a été embauché comme adjoint de Michael Darmon par Europe 1, radio de Lagardère).

Jeudi : un ancien président associe le mot ‘’singes’’ au mot ‘’nègres’’ sur un plateau télé (L’ex-président au Karcher, Nicolas Sarkozy a fait le buzz sur TMC, dans l’émission Quotidien, animée par Yann Barthès qui n’a pas jugé bon de réagir et de condamner les propos).

Vendredi : une journaliste assimile une étudiante portant un foulard à une terroriste (Judith Waintraub est journaliste au Figaro Magazine, le journal qui appartient à l’industriel qui l’avait acheté pour véhiculer des ‘’idées saines’’).

Aujourd’hui, dans le pays des Lumières, les extrémistes de droite se lâchent et ne se retiennent plus.

Un nouveau Voltaire devra-t-il se mobiliser pour défendre ceux qui ont embrassé la religion islamiste, comme l’auteur du Traité sur la tolérance l’avait fait pour défendre Jean Calas ?

Henri Leclerc, avocat

C’est un avocat remarquable dont les plaidoiries enflammaient les prétoires et s’élevaient pour défendre les plus nobles causes. Avec un style incomparable, en employant les mots justes ; un style à l’opposé de celui d’un Dupond-Moretti tonitruant.

Pendant de très nombreuses années, il a été la voix des victimes injustement accusées, des exploités, paysans ou mineurs, des militants. Toujours fidèle aux justes causes. Henri Leclerc se portait toujours là où l’injustice faisait des dégâts irréparables et venait soutenir le faible contre le puissant.

A 86 ans, il n’est pas un vieillard cacochyme ; son œil pétille encore, son humour est encore ravageur. Sa langue parle clair. Il a écrit d’innombrables articles faisant émerger la complexité de notre société, ses turpitudes ; il a mis devant nos yeux toutes les violences d’un monde inégalitaire pour que les exploités prennent la pleine conscience de leurs chaînes et s’en défassent.

Il est de ces hommes simples (c’est-à-dire vrais et simplement honnêtes), d’une immense culture humaniste qui ont cherché à changer le monde. Pas à la place, mais avec ceux qui souffrent.

En cherchant un programme sur mon téléviseur, qui ne soit pas bêtifiant (et ce n’est pas facile aujourd’hui d’éviter Pascal Praud ou Cyril Hanouna, ou encore David Pujadas), je suis arrivé sur une inévitable émission où on débat de tout et de rien. Et, là, sublime bonheur, je suis tombé sur Henri Leclerc qui parlait clair. Lumineux.

Il a parlé de l’infantilisation des Français par nos gouvernants, sans éclat de voix, mais avec des mots justes, à propos de l’épidémie du coronavirus. Et je me suis rappelé ces quelques phrases de son discours prononcé à l’occasion du centenaire de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) en 1998 dont il était alors le président :

« Ils sont toujours là, nos vieux adversaires. Nous les connaissons bien. Ils s’appellent l’arbitraire qui menace les libertés, l’intolérance qui détruit la fraternité, le racisme qui nie l’égalité, l’individualisme qui tue le citoyen. Elle est toujours présente, la misère, cette insulte à la dignité. Et devant nous dressés, tous les pouvoirs dont on abuse, les conservatismes qui empêchent de rêver l’avenir, les puissances économiques qui préféreront toujours la conclusion d’un marché au respect d’un principe. »

Constat terrible. Vingt-deux ans plus tard, hélas, l’état de la société n’a pas changé ; malgré Henri Leclerc et d’autres les relations sociales semblent s’être figées ; pis, elles se sont dégradées.

Mais comme Stéphane Hessel, l’avocat nous invite à nous indigner encore, à lutter pour briser la mécanique des inégalités et du désespoir.

Europe 1 a choisi son camp

Arnaud Lagardère a recruté Louis de Raguenel de Montmorel comme adjoint au chef de la rubrique politique de sa radio Europe 1 en pleine déconfiture.

La rédaction s’est inquiétée et a protesté contre la venue de l’ex-rédacteur en chef de la feuille d’extrême droite Valeurs actuelles.

Le choix de Lagardère est étonnant ; ce n’est pas de ce genre de recrue dont a besoin Europe 1 pour retrouver une audience en berne. Louis de Raguenel est clivant ; son recrutement est donc bien un choix politique. Il est la parfaite illustration de la mainmise des Lagardère, Arnault, Niel, Drahi, Kretinsky, Dassault sur les médias pour préparer les prochaines échéances électorales. Le problème dépasse donc la cas de celui qui, militant de l’UMP et proche de la Droite forte, militant contre le mariage pour tous, a été le responsable numérique du ministre de l’intérieur, Claude Guéant, puis le chef du groupe Nouvelles technologies et veille au cabinet du directeur général de la Police nationale, avant de se reconvertir dans le journalisme outrancier et réactionnaire.

Lagardère n’ignorait rien du personnage ; il l’a recruté alors que de nombreux journalistes intègres sont écartés des rédactions pour leurs opinions supposées et connaissent l’interdit professionnel. J’aurais aimé entendre la rédaction d’Europe 1 placer le débat sur ce terrain au lieu de dénoncer la personnalité de Louis de Raguenel, même si je n’éprouve aucune sympathie pour lui et surtout pour ses idées.

Le nouveau chef-adjoint du service politique d’Europe 1 est donc réactionnaire et il est un militant qui, devenu journaliste, s’est distingué par ses articles partisans. C’est son droit de citoyen. Mais qu’il soit recruté sur ses valeurs est scandaleux quand tant d’autres sont ‘’placardisés » pour ne pas se comporter en militant de droite mais en journalistes.

Louis, Marie, Cyril, Servane de Raguenel de Montmorel (33 ans) a prouvé à Valeurs actuelles toute l’étendue de ses idées nauséabondes, qu’il a puisées dans sa famille bretonne de noblesse subsistante et dans sa scolarité. Fils d’Arnaud de Raguenel de Montmorel et d’Isabelle de Secondat de Montesquieu, il n’a fréquenté que des établissements catholiques (pour certains intégristes), fuyant les écoles publiques et le peuple. 

Si on ne peut pas le rendre responsable de ses parents, on ne peut pas constater chez lui une volonté de s’extraire des relents de l’Ancien Régime pour adopter une attitude moderne et progressiste. Même les prénoms de ses quatre enfants sont symptomatiques de son attachement à la tradition chrétienne la plus rétrograde (Sixte, Azélie, Théophile et Félix).

Bref, Europe 1 a choisi un responsable engagé très à droite, qui avait interviewé Emmanuel Macron pour Valeurs actuelles. La radio de Lagardère est donc désormais un média militant. Ouvertement.

Aux fous !

Le camp de réfugiés de l’île de Lesbos, la Californie, la forêt amazonienne brûlent. Beyrouth est dévastée, le Biélorussie et la Turquie répriment leurs opposants. Des centaines d’espèces animales disparaissent de la terre. La pauvreté et les inégalités progressent partout. Bref, notre vieille terre est bien malade, victime de la folie des hommes.

Quelques grands patrons assoiffés de dividendes et de retour sur investissement ont des préoccupations égoïstes, leurs comptes en banques, les concentrations au nom de ce qu’ils ont qualifié de taille critique.

Ils manipulent l’information, mais aussi les gouvernements. Ils attisent les tensions entre Etats, au Moyen-Orient, en Méditerranée, en Asie, en Amérique du Sud et jusqu’en Europe. Les conflits régionaux peuvent à tout moment dégénérer en guerre.

Bref, le système capitaliste mène la terre à la catastrophe environnementale et sociale.

C’est le moment choisi par un député norvégien, Christian Tybring-Gjedde, pour proposer l’un des échantillons les plus caricaturaux des milliardaires, devenu président des Etats-Unis, au prix Nobel de la Paix 2021.

Donald Trump, qui gouverne la première puissance mondiale par Twitter, l’a remercié chaleureusement, on s’en doute ; alors qu’il est en chute libre dans les sondages, il se réconforte comme il peut.

Trump avait tendu la perche au député norvégien en déclarant en 2019 :

« Je pourrais obtenir le prix Nobel de la paix pour beaucoup de choses s’ils l’attribuaient de manière honnête, mais ce n’est pas le cas. »

Les membres du prix Nobel apprécieront.

On ne sera pas étonné outre mesure de la proposition du député norvégien quand on saura qu’il est un membre du parti d’extrême-droite, le Parti du Progrès, et qu’il se distingue régulièrement par ses positions anti-immigrés, anti-islamistes et son aversion pour l’Europe. Il se définit aussi comme un soutien inconditionnel à Vladimir Poutine (le soutenant après l’annexion de la Crimée) et à Trump. Défenseur farouche d’Israël et de Netanyahou, il s’était vu interdire l’entrée dans la bande de Gaza.

Le personnage est peu ragoûtant ; son racisme est insupportable. Ses proximités idéologiques avec Trump sont si évidentes que la proposition de décerner le prix Nobel de la Paix à l’imbécile qui trône à la Maison Blanche ne pouvait émaner que d’un si triste personnage.

Au-delà de l’anecdote, on peut s’interroger : les électeurs américains ont élu un idiot inculte comme président et les Norvégiens un autre idiot comme député. En toute connaissance de cause.

Si la terre est en danger, la démocratie est abimée.

L’arme de l’ensauvagement

Emmanuel Macron et son gouvernement-croupion se penchent sur notre sécurité ; depuis que le ministre de l’intérieur a découvert que la France s’ensauvage, tous les rouages de l’exécutif s’évertuent à rassurer ceux qui sont persuadés de vivre dans un coupe-gorge.

Tous les médias se sont emparés du sujet et multiplient les reportages. Résultat : les images, vues en boucle, visent à accréditer les thèses qui, curieusement, sont identiques de Macron à Marine Le Pen, en passant même par François Hollande.

Il ne manque que la voix de Samia Ghali, la sénatrice de Marseille qui en appelait à l’armée pour rétablir l’ordre dans la cité phocéenne.

Les Français constatent, eux, un autre désastre, celui qui touche à l’emploi : en six mois, de janvier à juin, l’INSEE a totalisé la perte de 715 000 postes de travail, qui entraînent autant de situations dramatiques pour les familles touchées par les licenciements. Et quand Macron et ses ministres parlent de rebond, l’institut constate que les prétendus nouveaux emplois créés sont des contrats d’intérim et des contrats à durée déterminée, donc des emplois précaires.

Les économistes les plus sérieux (pas les inspirateurs de la politique de Macron) font un autre constat : la situation n’a pas affolé la Bourse.

Le cabinet Xerfi avance même que « la loi d’airain de la gouvernance actionnariale exerce sa tutelle sur les équipes dirigeantes avec la même constance qu’il y a 15 ans. Il suffit de regarder le ROE des entreprises américaines sur longue période. Choc après choc le fameux seuil des 15 % continue à jouer la même force d’attraction… peu importe que tous les autres rendements s’effondrent. »

Pour les fonds d’investissement, la crise ? Quelle crise ? Les dividendes doivent continuer à tomber, toujours aussi scandaleux. Les salariés seront les victimes de ce que le même cabinet Xerfi qualifie de logiques d’ajustements, évidemment qualifiées de nécessaires pour maintenir les mêmes dividendes.

Les sous-traitants et toutes les PME sont les prochaines victimes des prédateurs de la finance ; les salariés ont anticipé la situation et épargné, au grand désespoir de Bruno Le Maire. Les Français, dans leur majorité, ont fait le lien entre la situation de l’emploi et la prétendue insécurité.

Le monde d’après sera nécessairement revendicatif ; alors, pour Macron aux ordres des marchés et du Medef, il est plus urgent de légiférer sur la sécurité que sur l’emploi. Quand la colère sociale gronde, on ressort l’ensauvagement.

Révisionnisme

Macron le petit a Commémoré solennellement la République le 4 septembre au Panthéon. Quelle lecture de l’histoire de France ! Ce faisant il a tiré un trait sur la Révolution, qui, après avoir aboli la monarchie constitutionnelle le 21 septembre 1792, décida de dater l’an I de la République le lendemain et de déclarer la République ‘’une et indivisible’’ trois jours plus tard, le 25 septembre.

En septembre, il y avait donc trois dates disponibles pour une commémoration de la République, la vraie, issue du processus révolutionnaire de 1789.

Justifier le choix du 4 septembre, date de naissance de la IIIe République, au motif que Gambetta était ‘’sang mêlé’’ relève d’une vision étroite et d’une volonté politique. Une manipulation grossière en fait.

Macron le petit a également osé reprendre à son compte la réflexion de l’abbé Grégoire constatant que le français est ‘’l’idiome de la liberté’’; l’emprunt est significatif du double langage présidentiel. Le peuple n’a pas oublié que le président qualifie notre pays de ‘’’startup nation’’ ; la référence à l’abbé révolutionnaire est donc grotesque dans sa bouche. Le lecteur avisé aura noté que le président parle le franglais avec avidité.

Quel culot de parler des libertés les libertés fondamentales sont foulées au pied en permanence et quand le ministre de l’intérieur parle d’ensauvagement de la société pour justifier le recours à toute répression.

Enfin qu’Emmanuel Macron, nostalgique du Roi, célèbre la naissance de la République suscite des interrogations. Le même président n’a-t-il pas dit :

« Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. »

Le macronisme peut dire tout et son contraire. Sans vergogne.

De certaines célébrations au révisionnisme, il n’y a parfois qu’un pas !

Pauvre République abimée par Macron le petit.

Gabo, ce merveilleux journaliste

Seuls les spécialistes du cyclisme connaissent le nom de Ramon Hoyos ; il s’agit pourtant d’une légende du cyclisme colombien. Le vainqueur du Tour de France en 2013 et 2015, Nairo Quintana, dit de lui qu’il est un héros national.

En revanche, nombreux sont ceux qui connaissent Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature en 1982 et auteur de tant de romans merveilleux, Cent ans de solitude, Chronique d’une mort annoncée, L’amour au temps du choléra, L’automne du patriarche, La Mala Hora, Les funérailles de la Grande Mémé, de nouvelles, de contes, de récits. Œuvre monumentale d’un immense conteur, puisant son inspiration dans les mythes populaires, le folklore et la vie quotidienne des peuples sud-américains. Il mêle réalisme et merveilleux et participe à ce courant sud-américain du réalisme magique.

On sait sans doute moins que Gabo a commencé sa carrière en 1948 à 21 ans comme journaliste aux quotidiens El Universal, El Heraldo et El Espectador. C’est ce dernier journal qui l’enverra faire un reportage sur Ramon Hoyos en 1955. Le deux hommes ne se connaissaient pas et pourtant la connivence sera immédiate ; Gabo s’installera chez le coureur pendant cinq jours et interrogera son héros à raison de cinq heures par jour. Le résultat de la rencontre entre les deux hommes, quatorze articles, étant publié sous la forme d’un feuilleton.

Et quel résultat ! Le portrait de Ramon Hoyos est du grand journalisme, tel qu’on aimerait en lire plus souvent. A la fois intimiste et rigoureux, précis et humain. Rien ne nous échappe, la psychologie de l’homme et du coureur, son approche de la compétition et de la douleur, la vie quotidienne de la Colombie des années 1950. Rien n’est laissé dans l’ombre. A cette époque, le journaliste pouvait prendre le temps d’approfondir son travail de recherche de l’information.

La forme du récit innove aussi : chaque article est scindé en deux parties. Dans la première, Gabo s’efface derrière Ramon Hoyos parlant à la première personne, puis Le journaliste reprend la main avec ce qu’il a appelé « note du rédacteur ». Jubilatoire.

Un vrai chef d’œuvre du journalisme et de la littérature. Où l’on comprend mieux Gabo quand il déclarait avoir été journaliste toute sa vie, même en écrivant ses romans, « résultat de nombreuses enquêtes, de vérifications d’informations et de rigueur historique, de fidélité aux faits ». Il avouait même que ses romans au fond sont « des grands reportages romancés ou fantastiques ».

L’éditeur so lonely a eu l’heureuse idée de ramasser les quatorze articles et les cinquante-deux feuillets du reportage de Gabriel Garcia Marquez dans un livre qui apporte un éclairage sur toute l’œuvre de l’immense écrivain colombien. A lire absolument (surtout par les journalistes).

Le triple champion dévoile ses secrets, 175 pages, 17,90 € (so lonely, avec Marabout).

Plan de relance de la lutte

David Graeber, l’économiste et anarchiste américain qui avait dénoncé les Bullshits Jobs (les boulots de cons), est décédé. On aurait aimé connaître son sentiment sur le plan de relance de Macron. Il est hélas parti trop tôt.

Les économistes les moins anarchistes et qui ne se reconnaissent pas dans toutes les positions de David Graeber sont néanmoins très critiques. La relance ne sera pas au rendez-vous quand tout ira dans les caisses des grandes entreprises et sûrement pas dans celles de ceux qui n’ont déjà rien.

La relance ne sera pas celle de la consommation, malgré les exhortations de Bruno Le Maire, incitant les Français à dépenser leurs économies.

Les grandes entreprises ne sont pas menacées à court terme ; les économistes ont constaté que leurs encours de liquidité ont atteint des niveaux record qui les mettent à l’abri. En revanche, faute d’une réelle relance de la consommation par une hausse des salaires et d’une apathie des patrons qui ont gelé investissements, embauches (mais pas les suppressions d’emplois) et qui privilégient les aides gouvernementales et les baisses d’impôt (comme l’impôt de production), l’activité va rester atone et provoquer, plus tard, une crise grave et des faillites.

Macron reste Macron, fidèle à sa politique en faveur des actionnaires. Abandonnant les gens qui n’ont rien. Ceux-ci resteront cantonnés dans les ‘’Bullshits Jobs’’ et la misère.

Le capitalisme reste le capitalisme, violent pour les derniers de cordée, mais généreux pour les actionnaires.

Réveiller le peuple pour l’amener à contester le système, David Graeber avait commencé la tâche à Wall Street. Il n’y a rien de plus urgent que de continuer son œuvre. Avec les syndicats combatifs, avec les partis de la vraie gauche, avec les Economistes atterrés, avec les ONG, pour sortir du désespoir ambiant et regarder vers des jours heureux.

Confusion et vérité

Le monde s’enlise dans la confusion. Partout et en tout. Entretenue par des dirigeants politiques et économiques de plus en plus contestés par des peuples appauvris et malmenés. Y a-t-il un seul pays où le mot démocratie a encore une signification ? Triste spectacle !

A la veille de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, par exemple, Donald Trump donne le ton en stigmatisant ses compatriotes qui manifestent pour dénoncer les crimes des policiers ; il les considère comme des terroristes et n’éprouve aucun sentiment envers les pauvres victimes. A la peau noire, bien sûr.

Aussitôt, il est imité, y compris en France, où le ministre de l’intérieur ose parler de l’ensauvagement de la France quand rien ne vient étayer son affirmation. Le mot, emprunté à Marine Le Pen, est repris à satiété par d’autres ministres. Le premier d’entre eux, Jean Castex, n’a pas condamné le petit Darmanin, contredit par le ministre de la justice, mais il a fermé le ban. Simplement, sans qu’Eric Dupont-Moretti n’ose répliquer. Scandaleux.

Rares sont ceux, qui, de la gauche à la droite, se sont exprimés pour dénoncer le premier flic de France : la question de l’insécurité est devenue un tel argument électoral pour tenter de capter un électorat mis en condition que ceux qui condamnent des propos scandaleux le font avec modération.

Les politiques ont ouvert les vannes et les médias se sont emparés, eux aussi, de la question. Le moindre fait divers est surexploité ; les images de violences sont montrées en boucle et deviennent virales, comme on le dit aujourd’hui. Pascal Praud, Eric Zemmour, David Pujadas, Laurence Ferrari, Michel Onfray, André Bercoff, Philippe Bilger, Darius Rochebin peuvent déverser le poison d’extrême droite en toute tranquillité et ils ne s’en privent pas. Ils sont les porte-voix (et rien que cela) de politiciens qui se vautrent dans la fange. L’information est dévoyée ; l’audience assurée.

Le président de la République prête, lui aussi, sa voix à cette chorale des menteurs invétérés qui n’en finissent pas d’emprunter les idées nauséabondes de la famille Le Pen.

A l’étranger, Emmanuel Macron sème la même confusion. Au Liban, il se comporte comme un donneur d’ordre. Même le Monde se voit obligé de reconnaître qu’il donne l’impression d’avoir mis le pays du cèdre sous tutelle. Il se présente comme le défenseur du peuple, mais soutient un nouveau premier ministre qui ne s’est jamais manifesté comme un pourfendeur de la corruption endémique des partis religieux. Macron feint d’ignorer la colère du peuple et se présente, selon l’expression de Pierre Barbancey, dans L’Humanité, comme le petit père des peuples libanais.

Emmanuel Macron se complaît à semer la confusion dans les esprits sur tous les sujets ; il prétend faire une politique en faveur de l’écologie et il autorise l’utilisation des néonicotinoïdes par les producteurs de betteraves (et qui demain ?), la chasse à la glu, etc. Et cela ne semble pas gêner outre mesure Barbara Pompili, trop heureuse d’occuper un ministère de l’écologie sans aucune marge de manœuvre et entièrement soumis aux décisions du chef vertical. Elle a quitté l’habit vert.

Quant aux écologistes, ils se battent pour savoir qui sera leur champion en 2022 : Yannick Jadot ou Eric Piolle, Eric Piolle ou Yannick Jadot ? Et avec quels soutiens ? Le député européen Yannick Jadot est passé maître dans la manipulation et la confusion. Quand dit-il la vérité ? Devant les patrons réunis pour l’Université d’été du MEDEF quand il se prononce pour un capitalisme européen, pour un parti vert ni de droite, ni de gauche et n’excluant pas des alliances avec la droite ? Ou, devant les socialistes, quand il affirme, la main sur le cœur, que la gauche est sa famille et que l’écologie est irriguée par les valeurs et les principes de gauche?

Quand sonnera-t-on la fin de l’ère de la confusion pour rétablir l’ère de la vérité, l’objectif ultime de la démocratie, donc de la politique ?

Guillaume Corneille, sa vie, son œuvre

Guillaume Cornelis, alias Corneille, est un peintre hélas trop méconnu et le musée de Pont-Aven, dont on ne vantera jamais assez l’excellent travail, permet, enfin, de retracer toute son œuvre. Riche et multiple.

Riche de toutes ses rencontres, de tous ses voyages en Europe, au Mexique, en Afrique et à Pont-Aven ou Beg-Meil.

Multiple parce qu’il a participé (activement) au groupe Cobra, puis découvert l’abstraction et Picasso, s’est inspiré de dessins d’enfants, avant de revenir à la figuration, s’extasier devant la richesse de l’art mexicain, puis de l’art africain. Mais, par dessus tout, Corneille a toujours considéré Paul Gauguin comme son maître. Ses séjours à Pont-Aven et à Beg-Meil relèvent en quelque sorte du pèlerinage.

L’exposition, très pédagogique, permet de découvrir toutes les époques d’un artiste qui, quel que soit le mouvement auquel il faisait référence a su dompter les couleurs les plus chaudes pour exprimer une imagination débordante.

La dernière période de Corneille est tournée vers les oiseaux et les fleurs, peintures d’un monde merveilleux, luxuriant, paradisiaque, dans une débauche de couleurs où dominent notamment les rouges éclatants.

Corneille, trop méconnu certes ; c’est le lot de nombreux artistes qui sont éclipsés par quelques stars dont les expositions drainent les foules. Le musée de Pont-Aven ne joue pas dans ce registre-là et c’est une chance.

Dix ans après sa mort, Corneille sort de l’anonymat.

La preuve par Coman

On avait déjà sorti les drapeaux et préparé les feux d’artifice ; sans doute aussi la réception à l’Elysée.

Le Bayern de Munich a fait tout annuler.

L’ode aux vainqueurs s’est transformée en lamentations des pleureuses.

Le PSG, donc, a perdu la finale de la coupe des clubs champions de football face aux Allemands du Bayern de Munich. Victoire méritée d’une équipe solide et, on l’avait oublié, aussi talentueuse que celle du PSG.

Au fond, tout cela est anecdotique au vu de ce que nous vivons en ce moment sur une terre qui n’en peut plus du capitalisme. Mais cette défaite de l’équipe composée par le Qatar est un échec pour l’argent-roi. Mince consolation.

L’entraîneur portugais José Mourinho l’avait dit avant la rencontre : investir autant d’argent en recrutements des meilleurs étrangers pour ne pas gagner est un échec. Pour le football-business.

Et il y a une morale à cette histoire : le seul but marqué au cours de cette rencontre est l’œuvre d’un jeune Français, Kingsley Coman (bravo à lui), formé au PSG, que les dirigeants qataris n’ont pas jugé suffisamment bon pour jouer avec leur équipe.

Autre morale : quand le PSG se tourne essentiellement vers l’Amérique du Sud pour son recrutement, le Bayern, lui, se tourne vers la France ; quatre de ses joueurs sont venus de Paris, donc, mais aussi de Lyon ou de Lille.

Le ballon de football ne tourne plus rond ; le fric a tout perverti.

Causes toujours

Emmanuel Macron n’est pas en vacances au fort de Brégançon et il le fait savoir. Il travaille et ses ministres aussi. Jamais le mois d’août n’avait été autant marqué par des interventions de l’exécutif ‘’sur le terrain’’.

Le président de la République et les ministres se montrent, mais pour quoi ? Les opérations de communication se succèdent ; les conseillers à l’Elysée et à Matignon, eux, n’ont pas droit aux vacances, même à Brégançon. Ils sont fort occupés à préparer les interventions sur tous les fronts de la crise, avec l’explosion du chômage et la réforme de son indemnisation toujours repoussée, avec la crise sanitaire et de nouvelles grèves des soignants, avec les inquiétudes des enseignants avant une rentrée mal préparée et incertaine, avec le plan de relance qui peine à décoller, avec les crises au Liban, au Mali, en Méditerranée où Erdogan fait de la provocation, en Biélorussie ou Loukachenko est poussé dehors…

Le social n’est pas la priorité d’un président qui n’a aucune empathie pour ceux qui n’ont rien.

Il l’a prouvé en faisant annoncer que les mutuelles se verraient appliquer une contribution exceptionnelle pour, prétendument, boucher le trou de la Sécurité sociale, au prétexte qu’elles auraient fait des économies de remboursement à leurs adhérents en raison du report de nombreuses interventions chirurgicales. Macron va donc faire les poches des salariés cotisants, sans négociation ; c’est plus facile que de mettre les riches et les multinationales à contribution. Politique de classe.

Macron fait communiquer sur les nouvelles dispositions concernant les travailleurs détachés entrées en vigueur le 1eraoût. Il a été donné consigne de mettre en avant une « victoire européenne d’Emmanuel Macron ». Selon le ministère du travail, « le principe d’égalité de traitement est désormais affirmé : à travail égal, rémunération égale. »

En lisant attentivement l’ordonnance de transposition de la directive européenne, la victoire est toute relative et maintient de nombreuses lacunes dans les régles. Le dumping social en Europe se porte bien.

L’ordonnance de transposition de la directive ne concerne pas les chauffeurs routiers, par exemple. Quant à l’égalité salariale, elle était déjà prévue par la précédente directive de 1996, mais jamais appliquée. Les cotisations sociales et les remboursements des frais de séjour (logement, repas, transport) restent ceux du pays d’origine : en Roumanie, par exemple, le gouvernement a abaissé les cotisations patronales de 35 % à 2,25 %. Les indemnités de logement ne sont que de 15 euros et celles des repas à 5 euros et marquent une régression.

Enfin, quand la ministre ose prétendre que l’inspection du travail disposera de moyens efficaces pour sanctionner les fraudes, travailleurs non déclarés, rémunération en dessous des conventions collectives, heures supplémentaires à répétition et non payées, elle ment quand on sait que les effectifs de contrôle sont en diminution constante chaque année.

L’Europe sociale n’avance pas, elle recule. Pour le plus grand profit des patrons.

Il ne suffit pas de parler, il faut agir. Mais Macron, lui, cause.

Panem et circenses

Juvénal avait déjà constaté le déclin de l’empire romain quand il écrivit sa Satire X et utilisé une expression appelée à traverser les siècles. Jeux du cirque en 2020, c’est football, football, et encore football. Un beau sport, populaire, aux règles simples, mais aujourd’hui entre les mains des riches (on y revient) comme source de profit, politique et économique.

L’équipe du Paris-Saint-Germain fait rêver, paraît-il. Les pétrodollars de Qatar ont attiré les meilleurs joueurs du monde pour gagner ‘’la’’ coupe d’Europe et asseoir la notoriété de l’émirat. Sa qualification pour la finale est l’information du jour ; personne ne peut et ne doit ignorer l’événement qualifié d’exploit historique. Les journalistes, mes confrères (les femmes étant tenues à l’écart des rubriques sportives), usent et abusent des qualificatifs les plus ronflants. Et gonflants, quand la misère du monde s’étale devant nos yeux. On ne s’étonnera pas de voir le quotidien économique Les Echos qualifier la victoire parisienne de « revanche des investisseurs qataris » ; n’ont-ils pas englouti, sans compter, des milliards pour faire du PSG le « cinquième club le plus riche du monde » ; cela suffit au journal de Bernard Arnault pour être digne d’intérêt. A défaut d’enquêter sur les conditions de travail des immigrés sur les chantiers des stades, et ailleurs.

Exploit et cocorico ? 

Le cocorico est peut-être superflu après avoir pris connaissance de la composition de l’équipe dite parisienne : sur les 15 joueurs qui ont pris part à la demi-finale contre Leipzig, on ne trouve que deux Français ; en revanche, on dénombre 4 Espagnols, 3 Brésiliens, 2 Argentins, 2 Allemands, 1 Italien et 1 Camerounais.

Le cosmopolitisme de l’équipe est certes un beau pied de nez aux nationalistes, aux racistes qui voient dans l’autre le mal absolu, aux suprémacistes et à Marine Le Pen (et aux supporters qui se réclament d’elle), mais il est le symbole du sport-business, où la recherche du profit entraîne à des dépenses scandaleuses dans l’achat de joueurs censés faire rêver et gagner, à coups de transferts aux montants exorbitants.

L’équipe dite parisienne, donc, est à l’image des autres, toujours les mêmes, qui se disputent chaque année les plus beaux trophées. L’équipe allemande de Leipzig, par exemple, était encore plus cosmopolite que le PSG ; les 15 joueurs alignés hier soir étaient de 10 nationalités différentes et un seul joueur était allemand. Mais, cocorico, on trouvait 3 Français parmi les 15 (Faut-il aller en Allemagne quand on est Français pour jouer au plus haut niveau ?). Dans cette véritable sélection, on trouvait 2 Autrichiens, 2 Espagnols et 2 Hongrois et 1 représentant de 5 autres pays : Slovénie, Danemark, Suède, République tchèque et Etats-Unis.

Panem et circenses ? On y revient encore et toujours. Surtout quand la crise est profonde et le peuple affamé, non seulement de pain, mais de justice sociale.

Quand le capitalisme est en déclin, il n’invente rien ; il s’inspire des empereurs romains. Aussi longtemps ?

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