Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Pauvre Voltaire

L’Association internationale des éditeurs vient d’annoncer la signature d’un accord par lequel la compagnie Emirates Airline devient son transporteur officiel dans le cadre de son congrès à Lillehammer en mai 2020 et de séminaires à Marrakech et en Amérique latine.

Auparavant, Emirates Airline avait accordé une aide de 800 000 dollars à l’association pour des actions de développement de l’édition en Afrique.

L’association internationale est présidée par Hugo Setzer, un Mexicain, patron de la maison d’édition Manual Moderno et la vice-présidente, Bodour Al Qasimi est la présidente de Emirates Publishers Association, éditrice pour enfants (Kalimat Group) et fille de l’émir de Charjah. Cette dernière est appelée à succéder à Hugo Setzer lors du prochain congrès de l’association internationale à Lillehammer.

L’argent des Emirats coule donc à flot dans les caisses du groupement mondial des éditeurs. Sans état d’âme, alors que ses statuts prévoient la protection de l’édition, la sensibilisation de l’opinion au rôle de l’édition en tant que moteur du développement économique, culturel et social, ainsi que la lutte contre la censure, la liberté de publication et la promotion du droit d’auteur.

Les dollars des Emirats valent bien quelques entorses à ces grands principes.

Plus surprenant encore, l’IPA décerne le prix Voltaire, récompensant une personne ou une organisation pour son engagement en faveur de la liberté d’expression et la publication d’œuvres remettant en question la société et les régimes de leurs pays d’origine.

L’IPA s’est-elle assurée que Le Traité sur la tolérance, Mahomet, le Dictionnaire philosophique et quelques autres œuvres de Voltaire ne sont pas interdits dans les Emirats, voire dans les luxueux avions la compagnie ?

Sans commentaires. Pauvre Voltaire.

Pauvres et victimes

Un étudiant de 22 ans s’est immolé par le feu devant les bâtiments du CROUS à Lyon. Il a laissé une lettre dans laquelle il écrit :

« Aujourd’hui, je vais commettre l’irréparable (…) Cette année, faisant une troisième L2, je n’avais pas de bourses, et même quand j’en avais, 450 € par mois, est-ce suffisant pour vivre ? »

Ce garçon était un militant syndical ; il luttait, mais au bout de son combat, il a cédé pour commettre l’irréparable, un geste ultime dont il rend les politiciens responsables :

« J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué, en créant des incertitudes sur l’avenir de tous-tes ; j’accuse aussi Le Pen et les éditorialistes d’avoir créé des peurs plus que secondaires. »

Il a commis l’irréparable et son geste a été médiatisé, mais combien de victimes ce capitalisme-là fait-il chaque jour sans que les médias n’en parlent.

Aujourd’hui, il lutte contre la mort et son geste attire l’attention sur la situation d’une jeunesse sacrifiée, les lycéens qui après avoir échoué au bac n’ont toujours pas trouvé d’établissement pour redoubler, les bacheliers qui n’ont toujours pas reçu de proposition d’affectation (ou ceux qui ont été orientés vers des filières qu’ils ne souhaitaient pas) et de ceux qui, diplômés ou pas, ne connaissent que Pôle emploi.

L’étudiant lyonnais a accusé les éditorialistes. A juste titre. Chaque jour, sur des chaînes d’information en continu, les salauds ont micro ouvert quand les syndicalistes sont interdits.

Ainsi, la semaine dernière, dans l’émission de LCI 24h Pujadas, la chroniqueuse Julie Graziani, militante de la Manif pour tous et autres cénacles catholiques extrémistes, a pu déclarer en fustigeant une célibataire avec deux enfants vivant avec le SMIC, ayant eu l’outrecuidance d’interpeller Macron :

« C’est sûr qu’elle ne s’en sort pas à ce niveau là (…) Je ne connais pas son parcours de vie (…) Qu’est-ce qu’elle a fait pour se retrouver au SMIC  ? Est ce qu’elle a bien travaillé à l’école  ? Est-ce qu’elle a suivi des études  ? Puis si on est au SMIC, il ne faut peut-être pas divorcer non plus dans ces cas là (…) Quand on se rajoute des difficultés sur des difficultés et des boulets sur des boulets, on se retrouve dans des problèmes (…) Je ne dis pas que c’est forcément elle qui a divorcé. Peut-être que son mari l’a quitté (…) On assure ses arrières aussi (…) Il faut prendre sa vie en main. Il faut arrêter de se plaindre et il faut arrêter d’empiler les difficultés. »

Pujadas n’a pas eu un mot de réprobation. Normal, on était sur LCI, une chaîne Bouygues.

Le monde des riches, dorloté par Macron, ne peut pas comprendre la vie des pauvres. Le fossé est immense et il se creuse chaque jour davantage.

A Lyon, l’administration de l’université ignorait la situation de son étudiant ; à Paris, une chroniqueuse crache sur les pauvres. Le monde de Macron dans toute sa splendeur. Le monde de Macron dans tout son mépris pour la jeunesse et ceux qui n’ont rien.

L’incompétent diplômé et le 3 %

Le magazine L’Expansion-L’Express sort curieusement des archives une page d’histoire. Dans le quotidien La Tribune du 1er octobre 2010, un économiste, Guy Abeille, raconte comment il a été à l’origine d’un des fameux critères de Maastricht, fixant le déficit du budget d’un pays de l’Union européenne à 3 % de son PIB.

Son long récit, fort opportunément exhumé, laisse pantois.

Guy Abeille a été chargé de mission, non titulaire, au ministère des finances sous la présidence de Giscard d’Estaing ; il reste en poste après l’élection de François Mitterrand. Le budget pour 1981 fixé à 29 milliards de francs a dérapé ; avant l’élection présidentielle « le libéralisme de Giscard et de Barre s’est dénudé en libéralité. Deux mois plus tard, la première loi de finances rectificative socialiste en prendra acte, actualisant le déficit à 55 milliards. », écrit Guy Abeille.

Les demandes des ministres de Mitterrand pour répondre aux engagements de campagne risquent de faire exploser le déficit : « Il apparaît assez vite qu’on se dirige bon train vers un déficit du budget initial pour 1982 qui franchira le seuil, jusque là hors de portée mentale, des 100 milliards de francs, chiffre que les plus intrépides d’entre nous n’auraient même en secret pas osé murmurer. »

« C’est dans ces circonstances qu’un soir, tard, nous appelle Pierre Bilger (…) devenu le tout récent n°2 de la Direction du Budget (…) Donc nous voici convoqués, c’est à dire moi-même, et Roland de Villepin, cousin de Dominique, mon camarade de promotion et récent chef de bureau. »

Les deux économistes se voient confier une mission surprenante à la demande de Mitterrand, soucieux de « disposer d’une règle (…) qu’il aura beau jeu de brandir à la face des plus coriaces de ses visiteurs budgétivores », ses ministres.

« Il s’agit de faire vite, confesse Guy Abeille. Villepin et moi nous n’avons guère d’idée, et à vrai dire nulle théorie économique n’est là pour nous apporter le soutien de ses constructions, ou pour même orienter notre réflexion. »

La suite est hilarante :

« Pressés, en mal d’idée, mais conscients du garant de sérieux qu’apporte l’exhibition du PIB et de l’emprise que sur tout esprit un peu, mais pas trop, frotté d’économie exerce sa présence, nous fabriquons donc le ratio élémentaire déficit sur PIB, objet bien rond, jolie chimère (au sens premier du mot), conscients tout de même de faire, assez couverts par le statut que nous confèrent nos études, un peu joujou avec notre boîte à outil. Mais nous n’avons pas mieux. Ce sera ce ratio. Reste à le flanquer d’un taux. C’est affaire d’une seconde. Nous regardons quelle est la plus récente prévision de PIB projetée par l’INSEE pour 1982. Nous faisons entrer dans notre calculette le spectre des 100 milliards de déficit qui bouge sur notre bureau pour le budget en préparation. Le rapport des deux n’est pas loin de donner 3%. C’est bien, 3% ; ça n’a pas d’autre fondement que celui des circonstances, mais c’est bien. 1% serait maigre, et de toute façon insoutenable: on sait qu’on est déjà largement au delà, et qu’en éclats a volé magistralement ce seuil. 2% serait, en ces heures ardentes, inacceptable et contraignant, et donc vain ; et puis, comment dire, on sent que ce chiffre, 2% du PIB, aurait quelque chose de plat, et presque de fabriqué. Tandis que trois est un chiffre solide ; il a derrière lui d’illustres précédents (dont certains qu’on vénère). Surtout, sur la route des 100 milliards de francs de déficit, il marque la dernière frontière que nous sommes capables de concevoir (autre qu’en temps de guerre) à l’aune des déficits d’où nous venons et qui ont forgé notre horizon. Nous remontons chez Bilger avec notre 3% du PIB, dont nous sommes heureux, sans aller jusqu’à en être fiers. Et lui faisant valoir que, vu l’heure (ça, on ne le lui dit pas) et foi d’économistes, c’est ce qu’actuellement nous avons de plus sérieux, de plus fondé en magasin. En tout cas de plus présentable. Puis nous rentrons chez nous, vaquer. On sait ce qu’il en est advenu. »

Les 3 % deviennent la norme et se trouvera repris par le traité de Maastricht, une solution que les deux économistes n’auraient jamais envisagée. Guy Abeille, qui ne manque pas d’humour ose écrire :

« Le processus d’acculturation est maintenant achevé ; on a réussi à déporter le curseur : ce qui est raisonnable, ce n’est pas de voir dans le déficit un accident, peut-être nécessaire, mais qu’il faut corriger sans délai comme on soigne une blessure ; non, ce qui est décrété raisonnable c’est d’ajouter chaque année à la dette seulement une centaine de milliards (en francs 1982). C’est cela, désormais, qu’on appelle « maîtrise » : en dessous de 3% du PIB, dors tranquille citoyen, la dette se dilate, mais il ne se passe rien – quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt, dit le proverbe chinois ; quand le sage montre l’endettement, l’incompétent diplômé regarde le 3% du PIB. »

La chute de Guy Abeille ne manque pas de saveur non plus :

« Sans aucun contenu, et fruit des circonstances, d’un calcul à la demande monté faute de mieux un soir dans un bureau, le voilà paradigme : sur lui on ne s’interroge plus, il tombe sous le sens (à vrai dire très en dessous), c’est un critère vrai. Construction contingente du discours, autorité de la parole savante, l’évidence comme leurre ou le bocal de verre (celui dans lequel on s’agite, et parade, sans en voir les parois) : Michel Foucault aurait adoré. »

Comment prendre au sérieux le grand économiste élu président de la République après la lecture d’une telle confession du ‘’père’’ du fameux dogme des 3 %, brandi tous les jours pour serrer la vis des finances publiques, supprimer des postes d’enseignants, de personnels de santé, de pompiers et de bien d’autres.

Nous prendrait-il pour des veaux ?

En soutien à Benjamin Stora

Benjamin Stora, l’historien, a publié sur son blog un court texte à propos d’un article paru dans un hors-série de Valeurs actuelles d’octobre 2019 :

« Le numéro hors-série d’octobre 2019 de Valeurs actuelles sur « l’Algérie française » a consacré plusieurs pages à mon parcours sous le titre « Un historien officiel ». Cet article ne cite aucun titre de mes livres, et ne fait jamais référence (y compris pour les critiquer) aux thèmes de mes travaux comme l’histoire des juifs d’Algérie, l’histoire de Messali Hadj et la guerre des nationalistes algériens, ou encore l’histoire de François Mitterrand et des guillotinés à partir d’archives inédites, etc., etc.)… Mais il s’attarde sur d’autres aspects. Cet article est antisémite, voici pourquoi.

C’est le portrait d’un homme avide d’ambition et d’honneurs qui est ici dressé, hantant les couloirs du pouvoir, à la recherche de récompenses. C’est une description s’inscrivant dans la tradition classique antisémite des « juifs de cour » que l’on pouvait lire dans la presse d’extrême droite au moment de l’Affaire Dreyfus, par exemple à propos de Bernard Lazare.

C’est une attaque fondée sur une description de mon physique. Ma prise de poids, notion qui revient à trois reprises dans l’article, s’explique non par les épreuves traversées dans ma vie (la perte de ma fille victime d’un cancer, mes crises cardiaques, ou les violentes agressions venant du monde intégriste dans les années 1990), mais par ma progression dans les couloirs du pouvoir. Cette obsession sur mon poids suggère l’expression d’un enrichissement, qui peut également se lire dans la presse antisémite, appliquée par exemple à Adolphe Crémieux ou Léon Blum.

C’est une charge contre les intellectuels qui travaillent dans un cadre universitaire, donc qui fabriquent un « Système », et des histoires officielles. Là encore, la haine des intellectuels d’origine juive est une vieille recette, déjà appliquée à des hommes comme Jacques Attali (cité dans l’article).

A travers cet article d’un journaliste, ancien rédacteur en chef de Minute, on peut donc s’interroger sur la véritable nature de ce journal. »

Le torchon antisémite est exécrable et Benjamin Stora mérite tout notre soutien. Mais, après avoir lu la réponse, on ne peut pas s’empêcher de revenir sur la dizaine de pages d’interview que le président de la République a accordé à l’immonde magazine.

Emmanuel Macron ne pouvait pas ignorer à qui il s’adressait ; sa pensée était adaptée au public abonné à ce brûlot raciste. S’il avait tenu un discours inspiré par son maître Paul Ricoeur pour condamner les idées nauséeuses qui y sont étalées à longueur de colonnes, son interview aurait-elle eu la même place ? Aurait-elle été publiée ?

Emmanuel Macron est prêt à tout pour renouveler son bail à l’Elysée. Mais, comme l’écrit Le Monde : « Le jeu n’est pas sans risque. » Pour la démocratie.

Vivre en démocratie

Vivons-nous encore en démocratie, c’est-à-dire dans un régime où les élus sont respectueux du pouvoir du peuple et ne gouvernent pas en fonction de leurs intérêts de classe.

Vivons-nous encore en démocratie quand un président de la République, élu désormais directement par le peuple, se permet de renier ses déclarations et ses engagements et opère des changements de ligne politique radicaux en fonction des sondages et des perspectives électorales, mais surtout en fonction des exigences des pouvoirs économiques et financiers.

Vivons-nous encore en démocratie quand les déclarations d’un président de la République qui se prétend ni de droite, ni de gauche, va puiser son inspiration dans le programme d’un parti raciste et d’extrême droite qu’il prétendait combattre.

Notre démocratie sombre ‘’en même temps’’ dans la ploutocratie universelle et dans un nationalisme étroit dans un pays s’enfermant dans des frontières étanches, donnant au pays des Lumières les allures d’une forteresse assiégée où l’air est suffocant. La contradiction n’est qu’apparente et Macron l’assume.

Emmanuel Macron nous conduit vers le tout marché, celui auquel il cède tout, aujourd’hui la Française des Jeux, mais aussi l’énergie, les transports, la santé, l’école. Il n’est que le jouet d’un pouvoir triomphant, prétendument immuable et parfait, le pouvoir économique des multinationales, qui font, paraît-il, ruisseler l’argent qui fait le bonheur. Pas pour les chômeurs qui voient leurs droits laminés. Pas pour les pauvres qui, demain, seront encore plus pauvres. Mais pour les riches.

Emmanuel Macron assure au peuple qui veut le croire que le réfugié est la cause de ses maux ; il disperse les campements qui ont l’inconvénient de le ramener trop crument à la réalité.

Emmanuel Macron entretient la confusion dans les esprits et quelques égarés le suivent ; sur une chaîne de télévision on a pu entendre une chroniqueuse appeller les forces de l’ordre à tirer à balles réelles sur les fauteurs de troubles et les manifestants, ou une autre, sur une autre chaîne, affirmer que les pauvres au SMIC ne devraient pas divorcer. Plus extravagant encore, des citoyens de la commune la plus endettée et dont le maire est en prison lancent une souscription pour payer les 500 000 euros de caution de Patrick Balkany.

Doit-on rappeler à Emmanuel Macron que le peuple ne l’a pas élu pour nous entraîner dans ce monde nouveau-là. Que dans un pays de 66 millions d’habitants et de 47 millions de votants, il n’a recueilli que 8 millions de voix, soit environ 18 % de ceux qui se sont déplacés pour voter. Seulement.

La réalité est parfois cruelle et le résultat du suffrage aussi. Vivons-nous encore en démocratie au regard de ce qui précède ?

Quand la grogne monte et que la colère s’exprime, quand l’intérêt général est bafoué et que le peuple s’en rend compte le pouvoir économique dicte à Macron une contre-attaque, la seule réponse est sécuritaire ; elle est aussi dans les jeux du cirque, dans les jeux d’argent et dans la haine de l’autre.

Le peuple français aspire à vivre en démocratie, comme les peuples chilien, irakien, algérien, turc, palestinien, libanais, tunisien, grec, etc.

L’adieu aux lecteurs

Un septuagénaire est mort aujourd’hui par asphyxie. Un fait divers parmi d’autres. Dans l’indifférence générale, il a été accompagné à sa dernière demeure, le tribunal de commerce de Limoges, par ses amis fidèles.

Le septuagénaire s’appelait L’Echo du Centre ; c’était un quotidien lancé par le Parti communiste en 1943, pendant l’Occupation donc, qui diffusait dans cinq départements, la Haute-Vienne, la Corrèze, la Dordogne, l’Indre et la Creuse.

Sa dernière ‘’une’’, aujourd’hui, était barrée d’un énorme ‘’Adieu aux lecteurs’’ et de quelques lignes : « Asphyxié économiquement, votre journal n’aura pas survécu à la crise de la presse. » Elle rappelle hélas la ‘’une’’ d’un autre journal issu de la Résistance, Combat, qui avait titré le 30 août 1974 : « Silence, on coule ! », après 9376 éditions.

L’Echo du Centre, lui, aura connu 23040 éditions et il laisse derrière lui des lecteurs et des salariés désemparés.

Aujourd’hui, alors que les milliardaires ont fait main basse sur tous les grands médias et encadrent l’information, le gouvernement reste spectateur. Le pluralisme n’est pour lui qu’un mot vide de sens. Le nouveau monde de Macron s’accommode parfaitement de la pensée unique, libérale bien sûr.

Les organisations syndicales de journalistes restent, elles aussi, étrangement absentes. Certes, depuis plusieurs années, dans la presse on reçoit plus d’avis de décès que de faire-part de naissance. Mais l’évolution est inquiétante : la profession de journalistes était capable de réagir quand des titres disparaissaient, observant une grève nationale quand Paris-Jour cessait de paraître par exemple, ou quand Robert Hersant prenait le contrôle de Paris-Normandie.

Les prises de contrôle de Libération par Drahi, de Canal + par Bolloré, l’entrée de Kretinsky dans le capital du Monde, la vente des magazines de Lagardère ou de Mondadori n’ont pas suscité de réactions à la hauteur des enjeux.

L’Echo du Centre, lui, souffrait d’une tare originelle pour beaucoup de monde, parmi les politiques, les milieux économiques, les journalistes aussi, il était un quotidien appartenant au Parti communiste.

Seul ce Parti a tenu à bout de bras le pluralisme dans le centre de la France avec L’Echo du Centre, dans le Sud-Est avec La Marseillaise et au niveau national avec L’Humanité ; il n’en est guère récompensé ; et ceux qui pleurent ce mauvais coup porté à la démocratie sont infiniment moins nombreux que ceux qui vont fêter l’événement. Ceux-ci pensent même pouvoir s’exonérer d’un communiqué de circonstance. Leur mépris pour la démocratie et le pluralisme s’étale dans toute sa splendeur, sans vergogne.

Mais ils se trompent, la colère ne s’apaise pas.

Muriel Pénicaud dans le texte

La colère gronde ; elle ne s’est pas encore manifestée de façon organisée, elle est sourde, souterraine, mais bien présente dans de nombreuses professions.

La réforme de l’indemnisation du chômage ajoute à la colère. La fabrique de pauvres tourne à plein régime, comme celle des usines ou des magasins qui multiplient licenciements et prétendus départs volontaires.

En même temps, la fabrique des riches, quelques-uns, est de plus en plus radieuse ; les comptes dans les paradis fiscaux gonflent, comme un spi par gros temps. Elle fonctionne au même rythme que les cadences infernales (y compris les dimanches et jours fériés) imposées aux rescapés du travail.

Emmanuel Macron accuse les chômeurs qui, fainéants, ne veulent pas traverser la rue. Ils ne méritent aucune complaisance, punissons-les. Il ne le dit pas, mais il doit le penser : les chômeurs se complaisent à regarder les niaiseries de TF1 et les insanités de quelques débatteurs fascisants des chaînes d’information dite continue.

Macron ne connaît rien au monde du travail et aux pauvres ; mais qu’il ne se trompe pas : la colère gronde toujours, toujours aussi sourde et souterraine, toujours bien présente.

Les scribouillards attachés au président de la République et aux ministres sont invités à mettre leur talent à rédiger des argumentaires pour tenter de neutraliser la colère qui gronde.

La ministre dite du travail, Muriel Pénicaud, en a livré quelques éléments sur l’un de ses réseaux sociaux, appelé Twitter. Dans la nuit, à 4h 12 exactement, le 2 novembre (c’est un signe qu’il y a urgence), on peut en lire quatre :‪

1L’emploi repart, le chômage baisse. Après trente ans de chômage de masse, nos réformes montrent qu’il n’y a pas de fatalité: loi travail, apprentissage, formation, assurance chômage, soutien aux plus fragiles, un seul but: que chacun puisse vivre de son travail.

2Constitution de la République française: « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi ». Le travail émancipe, permet de gagner dignement sa vie, et crée du lien social. Améliorons l’accès à l’emploi et la qualité du travail, au cœur de notre société.

3 – L’Assurance chômage, c’est un filet de sécurité entre deux emplois. Le but est de retrouver un travail et de pouvoir évoluer. La réforme, c’est: + d’emploi et – de précarité. Nous assurons cette solidarité dans la durée en baissant sa dette qui est de 35 milliards d’€.

4 – 87% des embauches se font sur des contrats très courts. 70% des CDD durent 1 mois ou moins, 30% 1 jour ou moins. Ce n’est pas acceptable. La précarité des travailleurs les empêche de se loger, de faire des projets de vie. La réforme Assurance chômage responsabilise les employeurs. »

Les ministres osent tout ; c’est même à cela qu’on les reconnaît (merci Michel Audiard). Comme l’écrivait José Saramago, rapportant les propos d’un ministre portugais : « la politique est, en premier lieu, l’art de ne pas dire la vérité ».

Dans ces quelques lignes, Muriel Pénicaud dit tout et son contraire et ne dit pas la vérité. L’emploi repart ? La précarité galope. Améliorons l’emploi ? Les CDD de plus en plus nombreux empêchent les travailleurs de faire des projets de vie. La réforme, c’est plus d’emploi ? La liste des suppressions d’emplois se multiplie chaque jour. La solidarité passe par la réduction de la dette ? Donc faisons payer ceux qui n’ont aucune responsabilité dans la situation. La réforme responsabilise les employeurs ? Ceux-ci demandent au gouvernement d’aller plus loin et bloquent les salaires, ne veulent plus cotiser et n’offrent comme seule perspective que les contrats courts.

Les citoyens ont compris le discours ‘’musclé’’ et autoritaire de Macron quand il s’adresse aux gens qui n’ont rien. Ils ont compris les mensonges de Muriel Pénicaud. Mais, parlez toujours, Macron et Pénicaud, Blanquer et Buzyn, Darmanin et Le Maire, il y a une chose que vous ne pouvez pas contrôler, le bon sens du peuple.

Alors, sa colère pourrait exploser.

Erri De Luca et le best-seller

La société est en crise ; la littérature aussi.

Dans un monde où le fric est roi, les éditeurs sont à la recherche de ce qu’ils appellent best-sellers pour gonfler les profits et distribuer des dividendes à leurs actionnaires.

Best-sellers, ces deux mots accolés me hérissent, en premier lieu parce qu’il s’agit d’un anglicisme et parce qu’il est synonyme, chez les éditeurs, de succès commercial. Omettant de rappeler que la Bible ou Don Quichotte ont été de vrais best-sellers.

Les éditeurs sont assez pervers pour classer les livres selon le nombre d’exemplaires vendus et les recettes engendrées. Peu leur importe la qualité littéraire. Guillaume Musso, Marc Lévy et même Michel Houellebecq, les trois ‘’auteurs’’ préférés des maisons d’édition, m’indiffèrent et leur traitement m’exaspère. Après avoir lu une seule œuvre de ces boursouflures, j’ai abandonné. Livres faciles à lire sur la plage, dans le train ou le métro, et même au volant (dans les bouchons), revenant chaque année ou presque, bénéficiant de campagnes de lancement démesurées et d’expositions hors du commun dans les librairies et surtout dans les grandes surfaces, ils ne doivent échapper à personne.

Mais, ces best-sellers, qu’apportent-ils au lecteur ? Quelles réflexions alimentent-ils ? Ces livres sont creux, indigents et ne méritent qu’indifférence. Aussitôt lus, aussitôt oubliés.

La rentrée littéraire m’a sans doute indisposé jusqu’à la nausée. Guillaume Musso et sa ‘’Vie secrète des écrivains’’, Marc Lévy et ‘’Ghost in Love’’, comme Houellebecq avec son ‘’Sérotonine’’ en janvier dernier, ont encombré les rayons de livres. Ils ont éclipsé de merveilleuses œuvres, souvent absentes des rayons et qu’il faut commander pour pouvoir les savourer.

Les best-sellers doivent être faciles à lire et ils doivent satisfaire tous les lecteurs. Aberrant ! Littérature symbole d’une société de consommation et de commerce du vide !

C’est peut-être ce qui m’a poussé à relire un petit livre d’Erri De Luca, ‘’Acide, Arc-en-ciel’’, l’une des premières œuvres de l’auteur (1992). Un pur délice. Et pourtant il est aride et, surtout, il est difficile d’entrer dans les premières pages et dans le monde d’un authentique maître des mots.

Le narrateur d’Erri De Luca, ici, est un homme fragile, solitaire, qui s’apprête à mourir, affaibli. Alors il fait un retour sur sa vie et, notamment, sur les visites de trois amis qui l’ont marqué, un ancien révolutionnaire des Brigades rouges, un ancien missionnaire et un séducteur vagabond. Tous font le constat d’un échec de leur existence et Erri De Luca s’interroge (et nous avec) sur le sentiment d’inutilité de leur vie.

Peut-on pour autant parler du pessimisme de l’auteur, alors qu’il nous interpelle. Où va le monde ? Qu’est-ce que l’engagement ? Comment vivre sa foi ? Qu’est-ce que l’amour ? La violence est-elle vouée à l’échec ? Etc.

C’est écrit magnifiquement. Erri De Luca est un orfèvre des mots. On sort des 140 pages la tête remplie d’émotions, mais on se sent plus intelligent, plus homme. Avec le sentiment de ne pas avoir perdu son temps à lire.

Contrairement au vide ressenti après la lecture d’un prétendu best-seller.

Le voile du Sénat

Qu’est-ce que le Sénat ? Est-il au service du gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ? Assurément non.

L’argument selon lequel le Sénat, élu au suffrage indirect et représentant les collectivités territoriales, est aux antipodes du monde dit démocratique, m’apparaît aujourd’hui recevable après le vote intervenu hier soir. Le sénateur de droite n’a-t-il pas la fâcheuse tendance à considérer qu’il n’a pas de comptes à rendre au peuple qui ne l’élit pas. Il n’est pas proche du peuple ; l’est-il pour autant du local ? Est-il un contre-pouvoir à l’Assemblée nationale ?

Pour être au-dessus de tout soupçon, il devrait afficher une idéologie démocratique, le plaçant au-dessus des intérêts de classe d’élus locaux défendant les moins défendables des conservatismes, allergiques aux changements économiques, financiers, sociaux et culturels, bref des conservatismes arcboutés dans une défense de plus en plus délicate de l’ordre libéral et du nouveau monde de Macron.

Les sénateurs ont-ils encore l’intérêt général comme seule et unique boussole ? Hélas, non. La majorité du Sénat se singularise une nouvelle fois en tournant le dos aux problèmes qui minent le quotidien des Français en adoptant un projet de loi « tendant à assurer la neutralité religieuse des personnes concourant au service public de l’éducation », alors que tous les sondages convergent pour dire que la laïcité n’est pas la préoccupation du peuple.

Le projet de loi n’avait qu’une finalité, alimenter une campagne visant à instrumentaliser l’islam et le voile à des fins bassement électoralistes. Le président de la République lui-même parlant de société de vigilance puis s’exprimant dans le torchon d’extrême droite Valeurs actuelles pour parler de l’islam, le ministre de l’éducation nationale souhaitant que les enseignants signalent les enfants radicalisés ( !), le ministre de l’intérieur ciblant, lui, les signes de radicalisation des adultes, ont joint, hélas, leurs voix à une campagne nauséabonde à laquelle les élus du Rassemblement national de la famille Le Pen se sont empressés de se joindre pour ne pas être débordés sur leur extrême droite (si c’est possible). 

Les sénateurs des Républicains ont-ils mesuré la violence de leur projet de loi et les effets qu’il peut engendrer ? La réponse est venue, avant même le vote, de Bayonne où un ex-candidat du Front national est passé des paroles aux actes.

Aujourd’hui, après le vote, nous avons la réponse aux questions posées initialement. Les électeurs, c’est-à-dire le peuple, n’ont pas fait le choix de dresser certains citoyens contre d’autres, de ranimer les guerres de religion, mais de les entraîner vers le vivre-ensemble et vers la satisfaction de leurs besoins pour une vie harmonieuse et épanouie. Pour ne pas satisfaire leurs aspirations, les sénateurs ont détourné le débat de manière honteuse et jeté un voile sur le débat démocratique.

Les sénateurs auraient mieux utilisé leur vote en se penchant sur l’état de l’éducation nationale, sur l’état de notre système de santé, sur l’état du marché du travail, sur l’état des transports ferrés et routiers, sur l’état de la désertification rurale, autant de domaines où ils ont abandonné leur pouvoir politique au marché financier. Qui, lui, se porte très bien. Merci.

Le train pour Amiens

Emmanuel Macron affiche souvent un petit rictus, qu’on pourrait qualifier de circonstance ou de commercial. Car l’homme ne rit pas souvent. Habité par sa fonction, il cultive plutôt le genre sérieux et décidé ; son air grave, il le tient sans doute de sa formation à l’ENA. Chez ces gens-là, on ne rit pas, on affiche une gueule d’enterrement.

Ce lundi, à propos de « sa » réforme des retraites, il a abandonné son rictus pour prendre son air le plus méprisant (à l’égard des cheminots, en englobant tous les autres qui seraient tentés de les rejoindre dans la grève) pour déclarer sur RTL :

« Je veux aller au bout de cette réforme, je pense qu’elle est nécessaire pour le pays donc je la défendrai. Peut-être que ça me rendra impopulaire, peut-être que des gens dirontc’est insupportable, tout ça pour ça. Je ferai tout pour qu’il n’y ait pas ces blocages, je ferai tout pour qu’on soit en soutien de nos compatriotes qui seraient bloqués, mais je n’aurai aucune forme de faiblesse ou de complaisance. »

Toute ressemblance avec un autre comique de la même extraction ne serait que pure coïncidence.

Le 6 juillet 1995, à peine nommé premier ministre par Jacques Chirac, Alain Juppé, autre produit de cette école du rire qu’est l’ENA, déclarait, lui aussi vouloir réformer le pays en profondeur et réduire la fracture sociale promise par le président de la République.

Au journal de 20 heures de TF1, il parlait avec la même détermination que le président des riches aujourd’hui :

« Je reste droit dans mes bottes et je ferai mon travail. »

On a vu le résultat. Quelques mois plus tard, la grève des cheminots l’amenait à ranger sa réforme des retraites ; puis Chirac dissolvait l’Assemblée nationale et à l’issue des élections Juppé prenait le train pour Bordeaux.

Macron devrait réviser son histoire de France contemporaine ! Puis éviter les sentences définitives.

L’abandon de sa reforme des retraites ne serait pas interprétée comme une forme de faiblesse, mais bien comme une décision sage et intelligente. Et avec un sourire (un vrai), il n’aurait plus à s’inquiéter de son impopularité.

Et cela pourrait lui éviter de prendre le train pour Amiens !

Honteuse propagande

Le FMI avait alerté les prétendus ‘’grands’’ du monde libéral : tous les ingrédients sont réunis pour engendrer des révoltes populaires, dans de nombreux pays où le creusement des inégalités est tellement énorme qu’il est devenu insupportable.

Les révoltes ont éclaté au Liban, en Tunisie, au Maroc, en Algérie, au Chili, à Hong-Kong, en Irak. Dans d’autres pays, les grèves se multiplient comme en France avec les soignants, les pompiers, les cheminots, les salariés de la Réunion,…

La seule réponse de Macron et de ses plumitifs est de déclencher la peur. En ressortant l’anti-islamisme, l’immigré, la laïcité. 

Aussitôt oubliée la peu glorieuse affaire de l’arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès, les éditorialistes toujours aussi inspirés se sont rués sur l’affaire du voile de la mère d’un enfant en voyage scolaire au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté à Dijon.

Le Journal du Dimanche d’Arnaud Lagardère a pris le relais des prétendus débats sur les chaînes d’information. Aujourd’hui, après avoir titré sur « Islam et laïcité, ce que veulent les Français » (on admirera la modestie), il publie un sondage idoine de l’IFOP selon lequel « une grande majorité de la population souhaite une interdiction de plus en plus large des signes religieux ostensibles ».

Pour Hervé Gattegno, directeur des rédactions du JDD et de Paris Match, les Français seraient donc inquiets : « Pour 78% d’entre eux, le modèle français issu de la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’État est en danger. »

Bien sûr, l’IFOP a trouvé que pour 80 % des Français la question de la laïcité « se pose différemment s’agissant de la religion musulmane et 61% jugent même l’islam incompatible avec les valeurs de la société française. »

Voilà, c’est dit.

L’IFOP a été payée pour faire entendre cette musique ; Lagardère n’est pas déçu ! Faut-il lui rappeler que l’émir du Qatar est son premier actionnaire? Le fonds souverain avait volé à son secours dans une période délicate traversée par l’héritier du groupe. Les pétro-dollars sont compatibles avec les valeurs de la société Lagardère SCA, semble-t-il!

Quelle honte ! Ce type de sondage est odieux : on prétend interroger les Français et on leur fait dire ce que les éditorialistes ont envie d’entendre. On a oublié de dire que les esprits de ceux qui ont été interrogés ont été contaminés par les mêmes « grands » éditorialistes (grassement payés quand leurs journalistes sont précaires) qui se sont succédés tout au long de la semaine sur tous les plateaux de toutes les chaînes de radio et de télévision ? Service public compris.

Ces prétendus journalistes ont oublié de se mettre au service d’une information complète, vérifiée et mise en perspective pour se transformer en propagandiste anti-Arabe, anti-islamisme, avec des arguments à deux balles pour faire peur à celui qui n’a rien et qui rêve de se sortir de la misère. Ils sont prêts à tout pour sauver le soldat Macron et, surtout, son libéralisme, mais aussi pour faire le ‘’buzz’’ et faire monter l’Audimat.

Alors, Macron peut faire savoir qu’il prépare un plan contre la radicalisation ; le terrain est bien labouré et la semence est prête. Les libertés individuelles, dont la liberté religieuse, vont encore souffrir et les préjugés anti-Arabes vont pouvoir s’exprimer ; Zemmour pourra continuer à cracher son venin raciste en toute tranquillité, avec ou sans la famille Le Pen.

Les médias de la honte, propriété de quelques milliardaires sans scrupules, distillent la peur et la haine ; combattons-les tous ensemble.

Sauver l’hôpital public

Il arrive que le service public de la télévision réponde à ce qui est sa tâche initiale : informer, divertir, éduquer. Il arrive qu’il remplisse son rôle d’informateur indépendant, au risque de déplaire aux institutions.

C’est ce qui est arrivé hier soir avec la diffusion dans le cadre de l’émission Complément d’enquête d’un reportage d’Elizabeth Drévillon sous le titre ‘’Danger à l’hôpital : quand les médecins balancent’’.

Grand reporter, Elizabeth Drévillon continue à rechercher les dysfonctionnements de la société et des droits de l’homme. Dans ce nouveau reportage, elle nous a emmené dans les hôpitaux de Nice, de Nantes et de la Pitié-Salpêtrière à Paris pour témoigner de la grave situation des établissements publics.

Médecins, infirmiers et aides-soignants portent des accusations si fortes sur l’état de délabrement de notre système de santé publique que la ministre, Agnès Buzyn, a refusé de venir débattre après la diffusion. Sans doute préfère-t-elle aller sur France Inter où le tandem Demorand – Salamé ne la mettra pas en difficulté et ne la contraindra pas à reconnaître les méfaits de la politique de son ministère.

La politique du gouvernement actuel et de ses prédécesseurs avec la tarification aux actes, l’imposition de gestion sous le seul angle de la rentabilité, les blocages des salaires entraînant une pénurie de personnel (et les démissions) ou encore les fermetures de lits et l’absence d’entretien des locaux, a été mise au jour avec une rare énergie par la journaliste et les soignants dont on louera le constat sans langue de bois.

Le système français de santé publique a chuté de la première place mondiale à la vingtième selon le Lancet ; les médecins ont dénoncé la mise en danger des patients et la baisse du budget de l’hôpital public (plus de 7 milliards en dix ans !). Au grand désespoir des médecins, comme Sophie Crozier et Christophe Trojani qui portent un regard sans concession sur les conditions d’exercice de leur mission.

Après un tel réquisitoire, on comprend toute l’étendue du désarroi des personnels soignants, mais aussi une colère qui doit irriguer toute la société.

Tous les effets du libéralisme et de la politique de privatisation rampante des activités humaines pouvant générer des profits étaient réunis dans ce reportage qui aurait mérité d’être vu par le plus grand nombre et donc à une heure de grande diffusion et non à 23 heures.

Comment ne pas partager la colère des personnels des hôpitaux publics et comment ne pas rejoindre leurs combats ?

France 2, Jacques Cardoze et Elizabeth Drévillon méritent notre gratitude pour avoir osé montrer un reportage qui ne doit ni faire peur, ni résigner les citoyens, mais qui, bien au contraire, doit inciter à la lutte pour sortir du libéralisme et du ‘’tout fric’’ ambiant.

Refusons de crever

Crever (et non mourir) dans un camion, sans doute après une longue agonie, quoi de plus atroce ! Quoi de plus inhumain dans un siècle qui se veut évolué !

Des réfugiés, femmes, hommes et adolescents, ont crevé comme des bêtes après avoir parcouru des milliers de kilomètres. Ô honte, ils ont crevé là où ils rêvaient de vivre dignement.

On ne saura sans doute jamais quel fut leur périple pour arriver aux portes de Londres, les cadavres sont muets.

Ils rejoignent les milliers de morts, souvent sans nom, qui ont crevé en Méditerranée ou en Libye ou ailleurs, parce qu’ils voulaient vivre tout simplement. Ils sont morts parce que les gouvernements occidentaux ont érigé des murs au sens propre ou au sens figuré pour préserver, disent-ils, les racines chrétiennes de nos pays. Et au nom de la sécurité de populations ubérisées ou au chômage pour lesquelles ils n’ont que mépris et ne veulent pas voir ; populations à qui on rabote les aides sociales et les services publics, y compris celui de la santé.

Ceux qui refusent l’inhumanité sont poursuivis comme des délinquants.

Les mots manquent pour dire toute l’horreur de la situation d’un monde, où les bruits de bottes sont de plus en plus effrayants et assourdissants.

Nos gouvernants et les chaînes de télévision à leur solde mêlent leurs voix pour dresser les gens de peu contre les immigrés et les réfugiés. Zemmour et Finkielkraut ont micro ouvert, comme toute la famille Le Pen. Mais, plus grave, des ministres déversent les mêmes discours, comme ce Jean-Michel Blanquer, indigne ministre de l’éducation, pourtant élevé dans les meilleurs établissements catholiques (sans doute a-t-il raté quelques leçons de catéchisme où Dieu et son fils appellent à la solidarité avec tous les pauvres).

Nos dirigeants éclairés qui font donner les forces dites de l’ordre, avec férocité et une rare brutalité, contre les cohortes de ceux qui refusent ce monde-là, tentent de détourner l’attention pendant qu’ils cassent tout ce qui avait fait de la France un modèle en matière sociale.

Quand les médias parlent des migrants en les accusant d’être des fauteurs d’insécurité, ils font voter des lois de régression.

Le dernier exemple en date est particulièrement affligeant ; il s’agit du principe historique de compensation des exonérations de cotisations à la Sécurité sociale à l’initiative du gouvernement. Les députés de la majorité rejoints par la droite ont voté la non-compensation par les finances publiques et le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, n’y voit aucune remise en cause du fonctionnement de la Sécurité sociale, alors que l’opération la privera de 2,8 milliards d’euros.

Ce gouvernement qui rabote toutes les aides sociales va-t-il amener les pauvres de France à émigrer à leur tour dans les pays plus accueillants, comme ceux qui ont crevé dans le camion anglais ?

La colère gronde comme à la Réunion, où Macron a été accueilli par une grève générale. Mais le président des riches continue à jouer les matamores et à se comporter avec dédain envers ses sujets. Pourtant il est mal en point pour en être réduit à aller chercher l’un des représentants les plus abjects de l’ancien monde, Thierry Breton, pour la Commission européenne.

Les réfugiés, les chômeurs et les pauvres n’ont rien de bon à attendre de tels dirigeants.

C’est avec beaucoup d’émotions que je dresse ce sinistre constat. Le cri des peuples doit encore s’élever et les consciences doivent se réveiller en vue d’une action civique de la plus grande ampleur possible pour renverser ce prétendu nouveau monde devenant chaque jour plus agressif. Il faut refuser de crever, ici ou dans un camion.

La voix nécessaire de Simon Abkarian

Simon Abkarian, acteur, dramaturge et metteur en scène, est un homme-monde. Né à Gonesse, il vit son enfance au Liban avant de fuir la guerre et s’installer à Los Angeles avant de revenir à Paris en 1985 et d’entrer dans la compagnie du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine.

L’homme a du talent ; il tourne avec les plus grands réalisateurs, Cédric Klapisch, Michel Deville, Robert Guédiguian. Tony Gatlif. Il joue sur scène Euripide, Eschyle, Shakespeare, Ramuz ou Elfriede Jelinek et reçoit le Molière du comédien en 2001 pour son interprétation de ‘’Une bête sur la lune’’ de Richard Kalinoski. 

Il est également dramaturge et metteur en scène. Avec le même bonheur. Mais en restant cependant un homme discret et trop méconnu du grand public.

Sa dernière pièce, ‘’Electre des bas-fonds’’ (jouée actuellement au Théâtre du Soleil), revisite l’Antiquité et Eschyle pour parler (et de quelle manière) de notre monde.

Ce parfait honnête homme, révolté, s’est confié à L’Humanité Dimanche. J’ai retenu quelques extraits de sa brillante interview, passionnante.

«  Une certaine France en veut aux rappeurs, s’inquiète parce qu’ils accaparent la parole, donc une arme qui peut être subversive. Car le dernier champ de bataille est l’imaginaire. Certains se demandent comment arriver à occuper l’esprit des gens. Par exemple, Macron fait tout pour avoir Le Pen en finale pour dire : ‘’C’est moi ou le diable.’’ Ce n’est pas une élection joyeuse, pleine d’espoir, de lumière et d’inventivité mais une élection régressive basée sur la peur de l’autre. »

‘La violence physique des rues est à la hauteur de la violence sournoise que les gens subissent de plein fouet. Rien n’a été fait pour l’apaiser. Pendant 25 ans, on a fait monter le fait ethnique et racial pour masquer le fait social. »

« Les problèmes de la France viennent-ils de l’islam ? Les problèmes de la France viennent du capital. On connaît l’histoire. On cherche quelqu’un à mettre sur le billot du grand cirque sacrificiel pour donner aux autres le temps de faire leur business. »

« Il faut remettre au centre la laïcité et dézinguer la domination et l’adoration absolue de l’argent. »

A la question de savoir dans quelle mesure ‘’Electre des bas-fonds’’ est une pièce sur les victimes collatérales, Simon Abkarian a une réponse abrupte :

« Il n’y a pas de victimes collatérales. Ce terme est une invention pour atténuer la conscience des gens. Je parle de victimes oubliées (…) On ne dit jamais la souffrance des petits, des insignifiés et des insignifiants (…) C’est un concept de riches, de puissants, pour atténuer la saloperie à laquelle ils participent. (…) Autour d’actes barbares, on invente une sémantique pour invisibiliser les gens. Les mots sont fabriqués pour plastifier la souffrance. »

Simon Abkarian parle vrai, parle fort et reste fidèle à une conception du monde humaniste, à hauteur des hommes et des femmes en proie à la folie des dominants.

Il est heureux que des voix comme la sienne puisse encore s’exprimer par la création artistique.

Stratégie du mensonge

Ce dimanche pluvieux d’automne apporte une bonne nouvelle : alors que la France s’enfonce dans la grisaille et que la République laïque semble vaciller sous les assauts de quelques politicards racistes, rêvant de brandir des têtes d’islamistes au bout d’une pique, le quotidien économique (mais surtout libéral et patronal) publie un article surprenant de sa part.

Sous le titre « Le débat sur l’immigration calmé par les chiffres », Eric Le Boucher reprend les conclusions d’un rapport de France Stratégie publié en juillet qui « permet de sortir des fantasmes liés à la politique migratoire. Les immigrés coûtent très peu aux finances publiques. Et l’effet sur la croissance par tête est positif à long terme ».

Le quotidien de Bernard Arnault ne nous avait pas habitué à prendre le contrepied des discours ressassés par Emmanuel Macron et les membres de son gouvernement, des tombereaux d’arguments scandaleux de la famille Le Pen et de ses acolytes comme Zemmour, Odoul, Tegnér et consorts pour qui un signe égal est placé entre immigré et délinquance, entre réfugié et islamiste, entre travailleur sans papier et coût pour la société.

Les Echos ose écrire :

« Que sait-on vraiment, au-delà des préjugés et des fantasmes, de l’immigration ? Au moment où le président de la République rouvre le débat, il faut se reporter à la précieuse étude publiée par France Stratégie en juillet, forte de chiffres, riche d’analyses et toute en nuances. »

Et de poursuivre que l’immigration compte en réalité peu dans un pays comme la France :

« Elle n’a qu’un effet marginal sur le chômage et les salaires, elle coûte très peu aux finances publiques et au total elle n’influe que faiblement sur la croissance. Il faut espérer qu’un débat présidentiel ainsi nourri de tels constats puisse sortir du fouillis, nous faire entrer dans la pensée complexe, celle que préconise Edgar Morin, et de faire retomber la chaleur. »

Il y a hélas fort à parier que les politiciens continueront à mentir pour détourner l’attention de la masse des citoyens, au moment où les conflits se multiplient pour dénoncer la mise à l’encan de notre modèle social.

Le discours du gouvernement est double ; d’un côté, il tente de rassurer, de l’autre il envoie les Blanquer et Castaner brandir le voile en prétendant que le danger d’une guerre civile est pour demain.

Les discours sur la laïcité « abimée » sont l’expression d’esprits pervers ou doués d’une intelligence médiocre ; ils jouent sur l’ignorance abyssale des réalités des citoyens. Quant à la droite extrême, elle déverse sa pure bêtise pour faire fructifier son fond de commerce électoral ; elle ment comme elle a toujours menti pour contaminer les esprits.

Le rapport de France Stratégie doit être brandi pour faire émerger leurs mensonges et leur demander des comptes.

Pauvres Kurdes

Pauvres Kurdes ! Les laissera-t-on exterminer par le dictateur turc Erdogan ? Mais aussi au nom des intérêts stratégiques de Trump, Poutine, Macron et quelques autres, comme l’OTAN ? Au nom des intérêts de quelques grands pétroliers soutenus par les prétendues grandes puissances ?

Erdogan, au plus mal en Turquie, a sorti l’arme du nationalisme exacerbé pour tenter de regagner du terrain dans les sondages. Il tue des Kurdes au prétexte qu’ils sont Kurdes et prétendument terroristes (ça me rappelle quelque chose).

Erdogan est prêt à renouveler le génocide arménien si personne ne l’arrête ; hélas, il est affligeant de constater que Trump, Poutine et Macron ne font rien pour stopper son bras meurtrier. Ce ne sont pas des lettres, des communiqués ou des coups de téléphone qui peuvent arrêter les dramatiques desseins d’un fou de Dieu !

Les atrocités commises par les troupes turques vont hélas se dérouler sans témoins, comme le rapport Le Monde, dont les envoyés spéciaux ont du se résoudre à quitter les zones de combat, pour la plus grande joie d’Erdogan qui va pouvoir tuer sans retenue.

Avant leur départ, les journalistes du quotidien vespéral ont rendu hommage aux Kurdes, ces prétendus terroristes : « Depuis 2015, le nord-est de la Syrie, contrôlé par les Forces démocratiques syriennes (FDS), à dominante kurde, était le dernier endroit du pays où il était possible pour des journalistes étrangers de travailler dans une relative liberté et sans risque sécuritaire majeur. »

Les Kurdes laissent les journalistes rendre compte et faire leur travail, Erdogan, lui, emprisonne les journalistes, turcs, kurdes et même étrangers qui osent témoigner et formuler des critiques à l’encontre de sa politique sanguinaire.

Les Kurdes, hommes et femmes (courageuses femmes kurdes) ont déjà payé un lourd tribut à la lutte contre l’obscurantisme de l’Etat islamique ; ne les laissons pas assassiner par Erdogan.

Combats de tous les instants

Le président de la République si arrogant traverse une zone de grosses turbulences, sans pour autant perdre de sa morgue.

Les ennuis du petit Macron ont débuté quand sa petite protégée, Sylvie Goulard, a été jugée inapte à la fonction de commissaire européenne par le Parlement européen. Plus grave, deux faits divers ont montré les limites communicationnelles de ses ministres et, surtout, les dangers encourus par tous à la suite des mesures d’austérité, d’une part, et des cadeaux faits aux multinationales, d’autre part. L’explosion de l’usine Lubrizol à Rouen et le lâche assassinat de quatre policiers au sein même de la préfecture de police de Paris mettent au jour le manque de moyens des services publics et l’affaiblissement des normes de sécurité. Au bout du compte, c’est toute la politique de Macron qui est en cause ; elle provoque des dégâts dans tous les rouages de la société.

Le Conseil constitutionnel a ajouté une once de discrédit à cette politique en annulant la hausse scandaleuse des frais d’inscription dans les facultés, allant même jusqu’à consacrer le principe de gratuité de l’enseignement supérieur public.

En matière de politique étrangère, ensuite, il est empêtré dans le conflit en territoire syrien où il a abandonné les Kurdes. La prétendue suspension des ventes d’armes à Erdogan n’apparaît en effet que comme une mesure de façade, car tous les contrats en cours seront honorés. En Syrie, donc, Erdogan assassine des démocrates kurdes, des civils et même des journalistes avec des armes françaises.

En pleine débâcle, celui qui est entré par effraction à l’Elysée ressort l’islamophobie au travers d’un prétendu débat au Parlement.

Il a lâché ses chevau-légers, invités à donner de la voix ; ce qu’ils ont fait avec application et un zèle tout militaire, n’hésitant pas à reprendre la logorrhée abjecte de Le Pen.

Darmanin et Blanquer se sont particulièrement distingués au cours du week-end, riche en interventions politique dans les médias.

Le premier a cru bon d’affirmer : « Le problème aujourd’hui, c’est que des petites filles sont déscolarisées. Elles ne vont ni à l’école de la République ni dans des écoles privées sous contrat. Il faut s’assurer que tous les enfants suivent une scolarité qui ne soit pas un embrigadement religieux. » 

Le second, piqué au vif et voulant sans doute faire mieux et plus odieux que son jeune collègue, a poussé le bouchon encore plus loin : « On voit parfois des petits garçons refusant de tenir la main à une petite fille, si ça débouche sur un problème plus grave, on le signale. »

Darmanin et Blanquer parlant sur le même registre que l’élu de Bourgogne-Franche-Comté Julien Odoul à Dijon, c’est juste effarant. Jusqu’à la nausée.

Les surenchères auxquelles se livrent le président de la république et son entourage ne mérite que mépris. Elles sont le signe de son affaiblissement sur le plan institutionnel, économique et idéologique. Et, comme Erdogan, il sombre dans l’odieux.

Dans la situation présente, rien ne peut être abandonné et les combats doivent être de tous les instants, sans concession.

C’est pas moi, c’est la police

Il est assez incroyable que les médias français ne tirent pas les leçons de leur emballement dans l’affaire Dupont de Ligonnès et ne s’excusent pas outre mesure auprès des citoyens et de l’homme qu’ils ont tenté de faire passer pour l’assassin de sa famille à Nantes.

Tous tentent de faire porter la responsabilité de cette énorme faute professionnelle à la police.

Une lecture attentive du communiqué de la police de Glasgow apporte cependant la preuve d’une retenue, habituelle dans ce milieu :

«A man was arrested at Glasgow Airport & remains in police custody in connection with a European Arrest Warrant issued by the French Authorities. Inquiries are ongoing to confirm his identity & we continue to liaise with our colleagues in the relevant agencies.»(« Un homme a été arrêté à l’aéroport de Glasgow et reste en garde à vue dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen émis par les autorités françaises. Des enquêtes sont en cours pour confirmer son identité et nous continuons à assurer la liaison avec nos collègues des agences concernées. »)

Il n’est nullement question de Xavier Dupont de Ligonnès.

Ensuite, le procureur de Nantes en charge du dossier a fait preuve de la même prudence.

Les médias et le Parisien le premier ont relayés les informations d’un policier. Et, pour, prétendument, vérifier l’information selon laquelle il s’agissait de Dupont de Ligonnès, ils ont téléphoné (tous) à divers membres, ‘’hauts placés’’ diront certains, de cette même source.

Vérifier une information d’origine policière auprès de policiers, fussent-ils cinq, est-ce sérieux ? Une vérification se fait auprès de diverses sources (procureurs, avocats, témoins quand il y en a).

Plutôt que de planter des caméras devant la prétendue maison de Dupont de Ligonnès à Limay, les envoyés très spéciaux auraient pu recueillir les témoignages des voisins, qui, tous, ont apporté les preuves qu’il ne pouvait pas s’agir de l’homme recherché.

La profession de journaliste est prise une nouvelle fois en flagrant délit de manque de professionnalisme, au prétexte que le temps médiatique est plus rapide que celui de la police ou de la justice.

Le résultat de toutes les dérives était prévisible et d’autres scandales se reproduiront su les journalistes ne veulent pas faire la critique de la fabrique de l’information.

PS: Le quotidien Midi Libre a franchi les limites de l’intolérable en publiant en  »une » dimanche la photo de l’homme arrêté à Glasgow aux côtés de celle de Xavier Dupont de Ligonnès. Et, pour se donner bonne conscience, le journal a titré: L’erreur. Il n’y a pas de mot pour qualifier la publication de la photo d’un homme étranger à toute l’affaire et qui a demandé qu’on le laisse tranquille.

Midi Libre? Simplement honteux.

Lazareff et Audouard d’aujourd’hui

Vérification faite par la police, Guy Joao, modeste citoyen de Limay, n’était pas Xavier Dupont de Ligonnès.

Les caméras, les micros et les stylos peuvent être rangés et les envoyés spéciaux à Glasgow, à Limay et à Nantes rentrer dans leurs rédactions.

Le « scoop » du Parisien et repris par tous les médias s’est vite transformé en fausse information et a fait pschitt.

Aussitôt l’erreur avérée, on attendait que les médias présentent des excuses aux téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs. Aucun n’a eu la décence de reconnaître son emballement et son manque de vérification des informations.

Cet épisode qui rappelle, hélas, l’affaire du faux charnier de Timisoara, ne grandit pas la profession de journaliste. Le respect dû aux citoyens ? Oublié, foulé aux pieds.

Au-delà du cas présent, il faut s’interroger sur le comportement moutonnier de tous les médias et sur la fabrique de l’information. Sur le poids de la recherche du sensationnel imposée par les milliardaires détenteurs des grands médias pour qui l’information est un produit comme les autres, devant générer des profits.

Hier, la presse n’était pas plus irréprochable. Pierre Lazareff, considéré comme un journaliste modèle, ne se grandissait pourtant pas en disant avec beaucoup d’aplomb : « Les deux mamelles du journaliste moderne sont l’information et le démenti. » Il était au même niveau de cynisme qu’Yvan Audouard quand celui-ci disait : « Une information plus un démenti, cela fait deux informations pour le prix d’une. »

Bref, la presse française est toujours malade et la guérison n’est pas encore pour demain. Car que croyez-vous qui arrivât après le dévoilement de la fausse information ! Les médias n’ont pas déprogrammé les reportages sur cette sordide affaire. Elle déclenche encore des émotions, alors c’est tout bon pour l’audience. Peu importe si les flots de reportages n’apportent aucune information nouvelle et si Dupont de Ligonnès est toujours introuvable.

Pierre Lazareff et Yvan Audouard peuvent reposer en paix, la profession les honore chaque jour davantage !

Montaigne et Macron

Emmanuel Macron l’arrogant président de la République a pris comme un boomerang le vote du Parlement européen refusant la candidature de Sylvie Goulard aux côtés de la bourgeoise Ursula von der Leyen à la Commission.

La claque est sévère et Macron éructe ; il est furieux. Lui qui est si fier de lui et exècre ceux qui osent lui résister, a aussitôt cherché à trouver un réconfort. L’occasion était belle : devant un auditoire de centaines de patrons participant au forum annuel de la Banque pour l’investissement (Bpifrance), il s’est laissé aller en leur annonçant de nouvelles baisses d’impôts.

Il les aime les patrons ce président des riches. Il les a déjà choyé en baissant l’impôt sur les sociétés, les taxes sur l’intéressement et la fiscalité du capital. Ce n’est pas suffisant.

Ils savent le président à leur écoute, les patrons ne se gênent donc pas pour demander plus. Encore et toujours. Ils ont chargé le fameux Institut Montaigne de démontrer qu’ils croulaient encore sous les impôts dits de production, c’est-à-dire la cotisation foncière des entreprises (CFE), la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S), la taxe sur le foncier bâti et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE).

L’Institut Montaigne, où l’on retrouve toutes les plus grandes entreprises (176 cotisants), y compris Uber et Servier, Bolloré et Bouygues, LVMH et Nestlé, IBM et L’Oréal, Microsoft et UBS, Google et Vinci, ces multinationales qui servent des dividendes faramineux à leurs actionnaires, a rédigé une étude sur mesure, intitulée ‘’Taxes de production : préservons les entreprises dans les territoires’’.

Les conclusions de l’Institut sont évidemment sans surprise : « Une politique de reconquête de la base productive française passe par l’allègement de la fiscalité de production. Afin de réduire le désavantage compétitif qui pèse sur les entreprises implantées dans l’Hexagone, il convient de baisser de moitié la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB), soit 6,5 milliards d’euros ; de supprimer les fiscalités sectorielles de production, soit 4,9 milliards d’euros ; et de supprimer la contribution sociale de la solidarité des sociétés (C3S), soit 3,8 milliards d’euros. Ce choc fiscal de l’ordre de 15,2 milliards d’euros serait financé par des efforts équilibrés entre les entreprises, les consommateurs et les pouvoirs publics. »

Le discours de Macron était mâché ; les applaudissements assurés. De quoi réconforter un président sonné et malmené à Bruxelles.

Donc, il a pu s’écrier : « La prochaine étape c’est la baisse des impôts de production. Mais elle ira avec une prochaine étape d’économie de dépenses publiques, des économies au bon rythme, qui ne fragilisent pas les plus faibles ».

Quand l’Institut Montaigne parle d’efforts équilibrés, argument repris par Macron, il faut entendre moins de services publics, moins de couvertures sociales, des salaires bloqués, plus d’emplois précaires et, au bout, une récession due à la diminution de la consommation.

Selon l’AFP, « Le chef de l’Etat a aussi encouragé les entrepreneurs à le citer pour demander au fisc, à l’inspection du travail ou à l’Urssaf à  bénéficier du « droit à l’erreur » pour éviter d’être sanctionné dès le premier manquement. « Vous pouvez le dire de ma part : quand quelqu’un arrive et pour la première fois vous met la douille, vous dit je vous mets tout de suite les pénalités plein pot, vous pourrez lui dire, j’ai vu le président de la République, il nous a dit qu’il y a le droit à l’erreur ! », a-t-il lancé. S’ils ne sont pas au courant vous m’écrivez ! » et « ce sera corrigé! »

L’assistance, d’abord ébahie d’entendre une telle recommandation, a applaudit à tout rompre.

Ah ! Il les aime ses patrons notre président de la République. Il baisse leurs impôts et ils peuvent même tricher. Une fois. Et si les méchants fonctionnaires les épinglent, lui, Emmanuel Macron, réglera le problème et effacera les amendes.

C’est ça le nouveau monde ?

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