Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Relire Bourdieu

Pierre Bourdieu est décédé il y a vingt ans et telerama.fr a publié un entretien de François Granon avec le sociologue paru dans l’hebdomadaire le 15 février 1995. Fort opportunément.

Je reprends un court extrait du dialogue entre le chercheur et le journaliste pour son étonnante actualité.

« La politique policière du gouvernement français menace la démocratie, jusqu’ici protégée par le civisme républicain, et instaure des mœurs racistes à l’égard de tous ceux qui n’ont pas une tête, ou un patronyme, ou des ancêtres bien français. Les mesures prises à l’égard des étrangers menacent les traditions universalistes et internationalistes de la France. Elles réveillent, dans certaines catégories sociales, les dispositions latentes au racisme. Ce n’est même pas la peine de dire aux policiers « Contrôlez les gens en fonction du faciès » : il suffit de ne rien leur dire pour qu’ils le fassent. »

C’est toute l’œuvre de Pierre Bourdieu qu’il faut reprendre et reprendre, lire et relire pour s’imprégner de ses méthodes d’analyse du temps présent.

Les recueils de ses interventions et articles parus sous les titres de ‘’Sur la télévision’’, ‘’Contre-feux’’ et ‘’Contre-feux 2’’, par exemple, sont toujours d’une rare pertinence, même si à cette époque les réseaux dits sociaux n’existaient pas encore, pour comprendre la fabrique de l’information.

Panique électorale

Un vent de panique souffle autour du palais de l’Elysée à quelques semaines de l’élection présidentielle.

Entre le président qui veut emmerder les non vaccinés, le ministre de l’éducation nationale qui a réussi à mobiliser très fortement tous les enseignants, l’inflation qui ne faiblit pas et ravive les revendications salariales, les obstacles qui se dressent devant Emmanuel Macron sont de plus en plus incontrôlables. Le président et son gouvernement ne savent plus comment les contourner.

Ils ont pris conscience de la gravité de la situation (on peut au moins le croire et l’espérer), mais ils ne semblent pas en avoir pris toute la mesure.

Ils ont répondu à quelques revendications du corps enseignant (petitement), mais le compte n’y est pas. Ils ont également allégé les restrictions sanitaires pour répondre aux inquiétudes de l’ensemble des Français qui ne savent plus ce qui est interdit ou autorisé. En revanche, les négociations salariales ne sont pas à la hauteur des attentes des salariés, dont le pouvoir d’achat est gravement amputé, notamment par la flambée des cours de l’énergie, mais aussi de l’alimentation. Les hôpitaux sont saturés et les soignants au bord de l’asphyxie.

La France s’enlise dans une grave crise économique et sociale. Et c’est panique à bord !

Emmanuel Macron ne sait plus quelle mesure prendre pour apaiser les Français, à défaut de remettre la France à l’endroit.

Sa dernière trouvaille est d’une rare imbécillité : imposer à EDF, dont l’Etat est encore actionnaire, à vendre d’avantage d’électricité nucléaire à prix réduit à ses concurrents. Ou quand l’ultralibéralisme est devenu d’une sottise inouïe.

L’économiste Christophe Ramaux fait remarquer que les concurrents d’EDF « bénéficient de la rente accumulée par les investissements publics réalisés ces cinquante dernières années. Il s’agit d’une aberration complète. »

Le quotidien économique La Tribune annonce, lui, que la mesure imaginée par Bruno Le Maire va coûter au bas mot 8 milliards d’euros à EDF, dont le cours de l’action a chuté de 25 % à l’ouverture, 15 % à la clôture.

La ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, qui ne manque aucune occasion d’étaler sa bêtise, a osé remercier « EDF de faire cet effort pour l’intérêt général. Nous serons à leur côté pour les aider à passer cette difficulté. »

Ne croirons à cet engagement que ceux qui veulent bien y croire !

Le spectacle du grand bazar est d’une tristesse infinie.

Un monde de fous (2)

L’année 2021 a été un millésime d’anthologie pour les banquiers d’affaires, selon Le Monde. « Tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin (Voltaire, Candide). » Dans le monde de la finance, il n’y a pas de fin. L’année d’anthologie à peine effacée, le cabinet d’analyse et d’information économique IHS Markit (qui a fusionné avec Standard & Poor’s en 2020) annonce que l’année 2022 sera encore un bien meilleur millésime.

Pour IHS Markit donc, la distribution de dividendes devrait dépasser les 2000 milliards de dollars cette année et retrouver les niveaux d’avant la crise de 2008 (2094 milliards).

Les grands d’investissement comme Vanguard ou BlackRock sont ravis et tous les boursicoteurs du monde entier font la fête ; une fête permanente en somme.

Le monde de la finance n’arrête pas de battre des records : 1460 milliards de dividendes ont été distribués distribués en 2021, l’augmentation en 2022 sera dingue : environ 37 %.

La finance et les riches sont en extase, imperméable à la situation de milliards de femmes, d’hommes et d’enfants qui crèvent de faim sur la planète. La situation des pauvres n’est pas dans leurs préoccupations.

Les pauvres aussi battent des records : ils sont de plus en plus nombreux. Et les résultats extraordinaires ne ruissellent toujours pas !

Les dividendes vont couler à flot en raison des profits records des grands groupes et des grandes entreprises, au détriment des salaires et des conditions de travail. La finance dicte la loi du fric aux politiques, n’hésitant pas à délocaliser dans des pays à bas coûts et les pressant à réduire le statut social des salariés, etc. Je ne détaillerai pas ce qui est de mieux en mieux perçu par ceux qui n’ont rien.

L’information sur le nouveau record attendu des dividendes est connue le jour où sur les écrans français sort le film d’Emmanuel Carrère, Ouistreham, adapté du livre formidable de Florence Aubenas (Le Quai de Ouistreham), qui s’était travestie en femme de ménage, travailleuse précaire, sur les ferries du port de la cité du Calvados.

Il y a un monde entre ces femmes surexploitées, harassées, usées précocement, mais admirables et les financiers inhumains ; un monde fou et scandaleux.

Un monde de fous

La rubrique économie du quotidien vespéral, Le Monde, exulte :

« L’année 2021 restera un millésime d’anthologie pour les banquiers d’affaires. Pour la première fois, le marché mondial des fusions-acquisitions a passé la barre des 5 000 milliards de dollars (4 410 milliards d’euros), atteignant un montant total de 5 650 milliards de dollars selon Dealogic. Le précédent record de 4 550 milliards de dollars datait de 2007, année funeste. »

La France n’est pas restée en marge de cette fièvre concentrationnaire :

« Les ‘’deals’’ impliquant des entreprises tricolores ont atteint 133,6 milliards d’euros (+ 19 %), un record depuis 2006. »

Les fonds d’investissement sont les principaux acteurs du phénomène ; ils ont participé à 27 % des fusions-acquisitions, selon Dealogic, cité par Le Monde. Ils sont à la recherche permanente de dividendes importants au point d’être à la tête de sommes colossales qu’ils ne savent pas où investir. Ces sommes dormantes, appelées ‘’poudre sèche’’ (non investies elles ne rapportent pas), ont atteint plus de 2500 milliards de dollars ; ce qui fait dire à Florence Haas du cabinet Bredin Prat :

« Les fonds d’investissement ont réalisé des levées record et ont absolument besoin d’investir. Même si quelques actifs ont été retirés de la vente ces derniers mois car les valorisations proposées ont été jugées insuffisantes par les vendeurs dont les attentes de prix sont très élevées, un rythme soutenu de transactions devrait être maintenu en 2022. De nombreux processus vont d’ailleurs commencer en tout début d’année. »

Les grands groupes, les investisseurs et, donc, les riches ont traversé la pandémie du Covid19 sans encombre. Les affaires continuent. Très allègrement.

Imagine-t-on ce qu’on pourrait réaliser dans le monde avec une ‘’poudre sèche’’ de 2500 milliards de dollars ? Eradiquer la pauvreté, investir dans les pays émergents pour éviter l’exil de masse, vacciner dans tous les pays en libérant les brevets, etc.

Loin de tout cela, notre président de la République (qui, rappelons-le, ne voulait plus voir de sans-abri dès la première année de son quinquennat) préfère insulter les citoyens et les emmerder, s’en prendre aux libertés fondamentales, privatiser les services publics ou en réduire les budgets. Bref, assumer son ultra-libéralisme.

Le monde de la finance est fou ; citant toujours Dealogic, on apprend que « les recettes perçues pour conseiller un rachat ou garantir une augmentation de capital ont atteint un montant record de 128 milliards de dollars, en hausse de 39 %. »

Le système financier de l’ultra-libéralisme opère en boucle. Pour le bonheur de quelques milliardaires seulement. Scandaleux !

La gifle belge

Alexander De Croo, le premier ministre belge, est un libéral revendiqué ; au fond, son positionnement est proche de celui d’Emmanuel Macron. Cela ne l’a pas empêché d’adresser un camouflet au président de la République française.

Dans une interview donnée au quotidien Le Soir, il a exprimé son profond désaccord avec celui qui veut emmerder les non-vaccinés.

« Clairement, ce n’est pas mon vocabulaire », a-t-il déclaré. Puis il a ajouté : « Je pense pour ma part qu’il faut embêter le virus et pas embêter les gens (…) Je continue à penser qu’il vaut mieux convaincre des gens que les obliger. »

Pan, sur le bec, comme l’écrirait le Canard enchaîné !

A la tête d’une coalition de sept partis, le premier ministre belge marque effectivement et clairement son opposition à la politique de l’emmerdeur français ; il a même osé donner un conseil au petit Emmanuel en estimant qu’une « politique de division qui consisterait à aller embêter une partie de la population » pouvait être dangereuse et irresponsable.

Le président jupitérien de la France feindra sans doute d’ignorer les déclarations de ce présomptueux dirigeant belge, un petit pays d’un peu plus de 11 millions d’habitants au moment où, lui, du haut de sa grandeur occupe, pour six mois, la présidence du conseil des ministres de l’Europe.

Il n’empêche, ce petit pays a un premier ministre libéral, certes, mais digne et dont le bon sens vaut mieux que la prétendue super-intelligence de notre politicien gonflé d’orgueil et de vanité.

La France (en fait son président, seul) prétend donner la leçon à l’Europe entière, et même au monde ; les réflexions du premier ministre belge sont bien le signe de la perte de grandeur et d’influence de notre pays.

La flamme de la Liberté d’Auguste Bartholdi renvoie aux Lumières, mais aujourd’hui elle n’éclaire plus le monde !

Souvenir de Sidney Poitier

J’ai déjà évoqué le formidable foyer de culture du lycée Carnot à Dijon et, notamment, ce que je dois au ciné-club animé par un professeur de littérature (on disait français), Michel Cégretin.

J’avais ressenti une forte émotion à la projection du film Graine de violence de Richard Brooks (la programmation ne devait rien au hasard !). Pas seulement en entendant la musique de Bill Haley, Rock Around the Clock, dont a dit qu’il s’agissait de l’année zéro du rock, mais surtout en étant émerveillé par la performance d’un jeune acteur noir, Sidney Poitier (le lycéen), face à Glenn Ford (le professeur).

Graine de violence a contribué à forger ma prise de conscience politique ; comment ne pas être révolté devant le spectacle du racisme exacerbé d’une partie des enseignants, de la lutte de classe débouchant sur l’affrontement physique entre blancs et noirs dans un pays à la limite de l’apartheid.

Sidney Poitier m’avait alors fasciné ; il jouait juste, il jouait vrai. Il avait une présence lumineuse.

Graine de violence l’avait consacré et son autorité ne l’avait plus jamais quittée.

Il allait devenir un symbole de la lutte du peuple noir et pauvre des Etats-Unis ; son combat allait bientôt rejoindre celui du mouvement des droits civiques aux côtés de Martin Luther King. Il n’a jamais cessé la lutte pour l’égalité entre tous les hommes, quelle que soit la couleur de leur peau, en se servant de sa notoriété de façon intelligente mais déterminée.

J’ai alors suivi sa carrière avec attention. Car, il est de ces hommes qui ne laissent personne indifférent.

Graine de violence et Sidney Poitier sont restés gravés dans ma mémoire. Aujourd’hui, je suis triste en apprenant le décès du premier acteur noir oscarisé.

L’emmerdeur

Emmanuel Macron dit vouloir emmerder les non-vaccinés et il se prend les pieds dans le tapis. Car, ne manie pas l’injure qui veut.

Avec le ci-devant président de la République l’injure est de la basse politique politicienne, une basse manœuvre à mettre au compte de sa stratégie pour l’élection présidentielle. Aussi minable que celle de Trump ; la violence physique en moins, la violence symbolique des mots en plus.

S’il débute sa campagne de la sorte, c’est qu’il est à bout de souffle et tente de détourner l’attention des électeurs. Pari réussi dans un premier temps avec la complicité de la majorité des éditorialistes : ils n’ont retenu que cette petite phrase et alimenté la polémique dans laquelle se complaisent ses adversaires de droite. 

Car, dans le journal de son ami Bernard Arnault, Macron s’en prend aux non-vaccinés, exonérant les désinformateurs patentés mais aussi la politique tortueuse d’un président qui tente ainsi d’évacuer ses énormes responsabilités. Qui a désorganisé l’hôpital ? Qui s’est opposé à la levée des brevets sur les vaccins ? La liste est longue des méfaits de son ultra-libéralisme.

Macron veut emmerder les non-vaccinés, mais dans son interview de complaisance, ils ne sont pas les seuls à devoir s’attendre à être emmerdés, comme les enseignants, dont il prétend vouloir repenser la fonction, le temps de travail et les obligations de service, au nom d’un système qu’il juge trop rigide.

Il veut encore s’en prendre aux retraités, aux chômeurs, aux chercheurs, aux services publics, etc. La liste est très longue de ceux qui, demain, s’il est réélu, seront emmerdés.

Macron, abandonnant sa posture jupitérienne, a utilisé pour la première fois l’injure scatologique, après s’être essayé à d’autres registres d’injures, ciblant toujours les gueux qualifiés tour à tour d’analphabètes, de fainéants, de manifestants irresponsables, de Gaulois réfractaires aux réformes, de régicides ; arrêtons-là la litanie des insultes qui en disent long sur le mépris de classe du président des riches. Une posture qui sied bien à un emmerdeur.

Emmanuel Macron l’emmerdeur !

Les Tontons flinguent toujours

Le Corniaud, La Grande vadrouille, Les Tontons flingueurs, on ne compte plus le nombre de leurs rediffusions sur les différentes chaînes de télévision. Obnubilés par l’Audimat, les programmateurs tombent dans la facilité et s’assurent une confortable ‘’part de marché’’, quand d’excellents films ne sont jamais diffusés. Ainsi va la (pauvre) télévision soumise à la course à l’audience.

On a donc vu Les tontons flingueurs et sa désopilante scène de beuverie une nouvelle fois hier soir sur France 2. Le film de Georges Lautner doit beaucoup aux acteurs (Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, entre autres) et aux dialogues de Michel Audiard, au meilleur de sa forme. Confessons-le, la parodie du film policier est digne d’une certaine idée du cinéma français.

Sa sortie en 1963 avait été boudée par le public (qui s’est bien rattrapé depuis en assurant son succès à la télévision !) et par les Cahiers du cinéma. Jacques Doniol-Valcroze, Jean-Luc Godard, François Truffaut ou Jacques Rivette en étaient encore les principaux collaborateurs et dédaignaient le cinéma de Lautner (et de bien d’autres). Les réalisateurs de la Nouvelle vague avait un talent fou ; ils ont dépoussiéré le cinéma, mais, diable, qu’ils étaient sectaires !

Néanmoins, dans le numéro 152 des Cahiers à la couverture jaune, ils n’avaient pas eu de mots trop durs pour les Tontons flingueurs, même s’ils ne lui avaient consacré que deux lignes dans la rubrique ‘’Films sortis à Paris du 27 novembre 1963 au 7 janvier 1964’’, à la fin de la revue :

« Sympathique mise en boîte de films pantouflards enfilés en série par Gabin (Audiard s’est défoulé…). Travail rôdé, acteurs au poil, mais Lautner abuse du ton parodique mis au point depuis Le Monocle. Des éclairs de méchanceté bien venus indiquent, peut-être, sa vraie voie. »

On a connu Les Cahiers plus méchants et plus caustiques ; dans le même numéro, ils n’ont, par exemple, que mépris pour La Cuisine au beurre de Gilles Grangier :

« Dans la tradition du chef : le ménage à trois, sauce Pagnol. Mais le beurre est rance. »

Le public, lui, a fini par faire un triomphe aux Tontons flingueurs. Au fond, il a bien raison. Ce n’est pas du mauvais cinéma ; les acteurs sont épatants, les dialogues hilarants et on passe un bon moment devant son petit écran.

On aimerait que les chaînes fassent preuve de plus d’audace dans le choix des films, même si les Tontons flinguent toujours.

Progrès social

Où l’on reparle d’un télétravail bien encadré… Non, ce n’est pas en France, mais au Portugal.

Le Parlement a voté un projet de loi gouvernemental encadrant le travail en distanciel, comme on le dit aussi. Au Portugal donc, il est fait interdiction pour l’encadrement et l’employeur de contacter les salariés hors de heures légales. Les salariés se voient reconnaître le droit à la déconnexion et au respect de la vie privée. Sauf en cas de force majeure. Les salariés en télétravail se voient néanmoins dans l’obligation de prendre contact avec l’entreprise tous les deux mois ; il s’agit ainsi de lutter contre l’isolement et de conserver des liens avec les collègues de travail.  

La loi prévoit également la compensation des frais engagés par les salariés (facture d’électricité, d’entretien du matériel et de connexion) et l’égalité salariale entre salariés en présentiel et en distanciel.

Les infractions constatées pourront donner lieu à des amendes pouvant aller jusqu’à 9 600 euros.

Quels candidats à la présidentielle française oseront reprendre à leur compte la loi portugaise ? Le droit du travail peut encore évoluer dans le sens du progrès social, n’en déplaise au Medef et aux suppôts de l’ultra-libéralisme.

Robert Walser, l’écouteur

« La musique est pour moi ce qu’il y a de plus délicieux au monde » ; la phrase a été écrite par l’un des plus délicieux écrivains suisses de langue allemande. Pour moi aussi la musique est ce qu’il y a de plus délicieux. Il était donc fatal que son recueil de courts textes réunis sous le titre « Ce que je peux dire de mieux sur la musique » finisse dans ma bibliothèque.

Les éditions Zoé ont sélectionné une soixantaine de textes et poèmes délicieux (au risque assumé de la répétition), évidemment, qui nous emmènent dans le monde musical de Robert Walser, Mozart, bien sûr, mais aussi Rameau, Chopin, Paganini, Satie, à l’opéra ou sur les pas d’un accordéoniste ou d’un jeune joueur de luth.

La magie opère et Robert Walser nous enchante avec des mots justes et beaux, doux et émouvants. Les initiateurs du livre disent de Robert Walser qu’il était le ‘’plus doué des écouteurs’’ et que la musicalité de son style frappait déjà ses contemporains.

Je me replonge dans le livre après avoir écouté le concert du nouvel an à la Fenice sur Arte. Et je me reprends à goûter des moments délicieux (encore). Ceux de l’écoute et ceux de la lecture.

Je relis de très belles phrases dans un des textes de Walser, daté de 1901, intitulé Luth, où l’écrivain parle d’un jeune garçon qui joue de cet instrument avec grâce : « Le petit garçon est artiste, le souvenir est son instrument, la nuit, son espace, le rêve, son temps ; et les sons auxquels il donne vie sont ses ardents serviteurs, qui parlent de lui à toutes les oreilles ouvertes en ce monde. Je suis tout oreilles. Je ne suis plus que cela, une oreille indiciblement émue. »

Il y a donc encore de la place pour la beauté et l’émotion pure en ce monde si cruel !

Michel et Bruno, deux copains

Qu’est-il arrivé à Ariane Chemin, grand reporter au Monde ? Elle signe un article sous le titre ‘’Grâce à Michel Houellebecq, l’autre rentrée de Bruno Le Maire’’, dont on ne sait pas si on doit le lire au premier ou au second degré (voire au troisième ou quatrième).

Pour ma part, je me demande qui a bien pu laisser publier cet article. On peut y lire, par exemple :

« Le ministre de l’économie, piqué de littérature, ne cache pas sa fierté d’avoir inspiré cet écrivain qui le campe en présidentiable sincère et surdoué dans son dernier roman, ‘’Anéantir’’. »

Comme il ne s’agit pas pour la journaliste (chevronnée) de faire la promotion du livre de Michel Houellebecq avec lequel elle a eu quelques démêlés judiciaires après la publication d’une enquête en six volets en 2015, s’agit-il alors de se payer la tête du ministre de l’économie et des finances ?

On peut le supposer en lisant encore ceci : 

« On pourrait presque parler d’un hold-up. En pleine campagne présidentielle, Bruno Le Maire fait sa rentrée de janvier de manière très… décalée. Une rentrée littéraire, mais pas comme auteur attendu (…) C’est en héros romanesque que le patron de Bercy effectue ce retour de vacances triomphant. Dans la petite comédie humaine de Michel Houellebecq (qui place Balzac au-dessus de tous) manquait la figure d’un ministre. C’est chose faite avec son dernier roman, livre puissant et triste qui paraîtra le 7 janvier chez Flammarion. Bruno Le Maire sert de modèle à l’un des principaux protagonistes d’Anéantir, Bruno Juge (presque un nom balzacien). Quel beau cadeau de Noël pour un ministre qui se pique de littérature (« Richelieu écrivait en agissant »), et aime tant fréquenter les écrivains (« Jean-Christophe Rufin, Sylvain Tesson, Philip Roth quand il était vivant, Marie Darrieussecq… ») ! Le 22 décembre, dans son bureau de Bercy, ses joues semblent encore plus roses qu’à l’ordinaire. « Se retrouver ainsi dans ce qui est peut-être le plus grand roman de Michel… » 

La chute de l’article est dans le même ton et on atteint au sommet de la flagornerie :

« Vertigineuse mise en abyme dont Bruno Le Maire s’étourdit presque, tant il est convaincu que le Prix Goncourt n’a pas bâti ce « jeu de miroirs » par hasard. « Vraiment, c’est quelque chose de très troublant de devenir le personnage d’un auteur qui marquera le XXIe siècle littéraire comme Proust et Céline en leur temps, confie-t-il. Michel d’ailleurs mérite le Nobel… » 

Toujours selon Ariane Chemin, les deux hommes, l’écrivain et son modèle, sont de vieux copains et les renvois d’ascenseurs seraient donc dans la nature des choses. Houellebecq dépeint son ministre de modèle comme « un type bien », austère, bosseur, « surdoué », pédagogue, jamais « cynique » (contrairement au Président), capable de réciter des vers de Musset dans le texte et en pleine nuit. Et présidentiable. »

L’écrivain et son modèle se fréquentent et fréquentent les mêmes milieux réactionnaires ; Ariane Chemin ne passe pas sous silence qu’ils ont animé « lors d’une soirée épique sur la piste du Cirque d’hiver, au printemps 2019, un show sur l’Europe organisé par les jeunes catholiques traditionalistes des Eveilleurs d’espérance et l’hebdomadaire Valeurs actuelles. »

Détail qui suffit à lui-même pour se détourner des deux compères et combattre leurs idées rances et nauséabondes.

Article étonnant et déplacé dans un journal comme Le Monde quand de multiples faits, tus aujourd’hui, auraient mérité d’être traités.

Ainsi va Le Monde ; ainsi hiérarchise-t-il l’information ! Car l’histoire des deux copains, Michel et Bruno, on s’en fout !

L’Europe sponsorisée

Ah ! Qu’il est fier le président de la République française ; il va gravir un échelon dans la hiérarchie en devenant le 1er janvier et pour six mois (sauf cas de non réélection) le président du Conseil de l’Union européenne. En année électorale, il compte sur ce titre ronflant pour améliorer son image et glaner quelques voix supplémentaires.

Il est fier, mais est-ce sérieux ? A l’écouter, il serait le président de l’Europe (comme Valéry Giscard d’Estaing l’avait rêvé avant lui), mais il n’est qu’un roitelet : il ne présidera, durant six mois seulement, que l’une des trois institutions de l’Union européenne avec la Commission et le Parlement. A la tête de la Commission, Ursula von der Leyen revendique elle aussi le rôle de présidente de l’Europe ; de quoi alimenter quelques brouilles avec Macron l’orgueilleux et quelques problèmes protocolaires dont tout le monde se moque. Sauf les intéressés.

D’autres présidents que Macron ont présidé ce Conseil, De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac et Sarkozy ; autant de présidences qui n’ont pas marqué les esprits. Le petit Emmanuel devrait revenir à plus de modestie. Mais en est-il capable ?

La présidence française n’a cependant pas fini de faire parler d’elle. Comme ses devancières, elle a reconduit le recours aux groupes privés pour son financement. Renault et Stellantis mettront 220 véhicules électriques et hybrides à sa disposition pour transporter les délégations.

Imagine-t-on De Gaulle faisant appel aux sponsors ? Macron, comme Sarkozy avant lui, ont succombé à la pression des lobbys et des grands groupes pour financer les activités de la présidence. Certes, d’autres ont fait pire en faisant appel à Coca-Cola (la Roumanie), Microsoft (Finlande), Air Malta, des groupes pétroliers, ou encore Audi, BMW, Mercedes.

L’Observatoire des multinationales a dénoncé le scandale : « Le sponsoring privé des présidences de l’UE offre à des entreprises comme Renault ou Coca-Cola un accès privilégié aux décideurs, pour mieux faire passer leurs idées et leurs priorités et imposer leur agenda politique. »

Et de rappeler que des mesures sont envisagées pour limiter les émissions de CO2 de leurs véhicules SUV et que les constructeurs automobiles ont été poursuivis dans le cadre du ‘’dieselgate’’. Le sponsoring pourra aider à rétablir son image et, surtout, à faire pression pour sauver ses SUV !

Tout cela fait désordre ; cela n’empêche pas une fondation (Robert Schuman) d’écrire : « La présence des groupes d’intérêt n’est pas nouvelle. Leur rôle est incontestable. La complexité et la mutation des modes de prise de décision communautaire, la multiplication des instances, (…) la technicité des dossiers, sont aujourd’hui plus qu’auparavant favorables à la présence de tels groupes d’intérêts ».

La directrice de l’ONG Foodwatch qui était intervenue pour demander à la France de refuser les sponsors, a dénoncé la situation : « Il n’est absolument pas anodin pour la France d’associer une marque d’entreprise à une présidence au plus haut niveau des institutions de l’Union européenneTout risque de conflit d’intérêt au plus haut niveau de l’Europe est à proscrire. C’est une question de principe, une ligne rouge non négociable. » Elle n’a pas été entendue par un président au service des grands groupes.

On ne s’étonne plus des connivences entre politiques et grandes entreprises. L’ex-premier ministre, François Fillon ne vient-il pas de rejoindre le conseil d’administration du groupe russe de pétrochimie, Sibur, dirigé par un ami de Poutine.

Avant lui, Tony Blair, Gerhard Schröder, José Manuel Barroso et d’autres, ont rejoint de grandes banques américaines ou des groupes pétroliers et donnent des conseils à des gouvernements du Moyen Orient, etc.

Macron ne se distingue pas de ces hommes politiques corrompus, qui entretiennent la confusion entre intérêts publics et intérêts privés, la marque indélébile du pouvoir néolibéral.

Encore une chose à ne pas oublier en avril prochain !

Le record du CAC 40

Je ne sais pas si son quotidien économique, par un effet psychanalytique, traduit la pensée profonde de Bernard Arnault, mais les Echos s’extasient, se félicitent, exultent, jubilent et, proches du délire, encensent l’ultra-libéralisme triomphant : le CAC 40 bat son record historique !

Le plumitif de service aux ordres du milliardaire écrit : « Il y a comme un air de fête sur les marchés en cette fin d’année. » Il explique : « Les indices boursiers sont repartis à l’assaut de leurs records en décembre, faisant fi de la déferlante Omicron. »

Les soignants dans les hôpitaux, eux, ne font pas la fête ; ils sont exténués et tirent le signal d’alarme une nouvelle fois. Les intermittents du spectacle eux non plus n’applaudissent pas aux annonces d’un gouvernement englué dans une politique favorisant l’économie au détriment de la santé, plus attentif à « ceux qui réussissent » qu’à « ceux qui n’ont rien ». Petits artisans, petits commerçants sont parfois à l’agonie.

Seuls les riches feront la fête pour le passage de la nouvelle année ; les gueux ne mangeront pas tous à leur faim pour le réveillon. En revanche, Les Echos avancent que « l’explosion du nombre de contaminations dans le monde n’a de toute évidence pas entamé l’appétit des investisseurs pour le risque, même si les volumes restent limités en cette période de fêtes. »

Le CAC 40, donc, a bondi de 29,3 % depuis le 1er janvier, malgré le ralentissement de la production économique puis son rebond. Les marchés sont insensibles à la misère humaine qui ne cesse de battre, elle aussi, des records. Les riches regardent les milliards accumulés et restent sourds aux revendications salariales qui s’expriment partout. Ils restent sereins : ils sont entendus par Emmanuel Macron et Les Echos vendent la mèche : « Il faut dire que les mesures prises pour contenir l’épidémie ne semblent pas de nature à remettre en cause la dynamique économique. »

Le CAC 40 pourra donc continuer à battre son record.

Combien de temps la fête durera-t-elle chez les riches, les actionnaires du CAC 40 ; il semble qu’un vent de fronde et de revendications se lève. Enfin.

Duda et Macron

Le président polonais Andrzej Duda a mis son veto à une loi votée le 17 décembre dernier, limitant les participations des entreprises non européennes dans les médias de son pays.

La loi visait précisément la chaîne TVN24, propriété du groupe américain Discovery, très critique, et c’est surprenant, vis-à-vis du gouvernement et du parti Droit et Justice, le PIS.

Les restrictions des libertés fondamentales s’accélèrent en Pologne, la mise au pas des médias rejoignant la mise au pas de la justice. Le tribunal constitutionnel de Varsovie a contesté récemment la primauté du droit européen sur le droit national.

Les démocrates polonais (il sont encore nombreux) étaient descendus dans la rue pour contester ces atteintes à la liberté, ce qui a sans doute encouragé le président Duda à prendre sa décision ; encore faut-il relativiser cette dose de courage, sachant que le président américain a exercé une forte pression sur son homologue au nom de la solidarité des états membres de l’Otan, alors que les tensions sont fortes entre l’organisation atlantique et la Russie.

Néanmoins, ici, en France, on appréciera le geste du président polonais s’opposant à une loi liberticide sur les médias quand Emmanuel Macron multiplie, lui, les lois liberticides ou reste spectateur devant la démonstration de force de Vincent Bolloré, prenant le pouvoir dans le groupe Lagardère et transformant ses médias en autant de caisses de résonnance pour le fasciste Eric Zemmour.

Il faut remonter à la cohabitation Mitterrand-Chirac pour voir un président mettre son veto à une loi. Depuis la modification de la chronologie des élections présidentielle et législatives, le président peut compter désormais sur une majorité durant tout son mandat. Emmanuel Macron y a trouvé un terrain favorable à l’exercice d’un pouvoir absolu et autoritaire. Comme Le PIS.

Les situations ne sont pas identiques en Pologne et en France, le PIS est plus brutal que le pouvoir jupitérien, mais les institutions de la Ve République menacent gravement les libertés fondamentales. Si les moyens mis en œuvre pour réduire les libertés ne sont pas identiques, les finalités sont les mêmes : réduire la démocratie à une vitrine et étouffer les critiques pour favoriser les plus riches et leurs entreprises.

Mourir à Calais

Les associations humanitaires dénoncent et condamnent depuis des années et des mois, « la dégradation des conditions de vie des personnes exilées à Calais, alors que le harcèlement dont elles font l’objet est quotidien et que la violence exercée par l’Etat est toujours plus forte, Philippe. » Trois membres de ces associations admirables qui apportent leur soutien aux exilés, Philippe, Anaïs et Ludovic ont entamé une grève de la faim depuis le 11 octobre devant l’église Saint-Pierre de Calais.

« Nous assistons quotidiennement, écrivent-elles, à des formes de violences psychologiques et physiques à l’encontre des personnes exilées : expulsions toutes les 48h voire quotidiennes ; confiscation et destruction des effets personnels ; multiplication des arrêtés anti-distribution de nourriture et d’eau ; humiliations ; coups et blessures de la part des forces de l’ordre… Et l’escalade de la violence ne s’arrête pas. Il y deux semaines, des nouvelles mesures ont été mises en place. A quatre reprises, l’État a posé des rochers sur un lieu de distribution de Coquelles empêchant tout accès aux associations pour distribuer des denrées de première nécessité aux personnes exilées. Des interdictions se sont multipliées ensuite sur l’ensemble des lieux de vie des personnes, rendant illégales toutes distributions. »

Pétition, largement relayée, et grève de la faim ne font pas bouger les représentants de l’Etat. Ceux-ci restent sourds à leurs demandes : « Suspension des expulsions quotidiennes et des démantèlements de campements durant la trêve hivernale ; arrêt de la confiscation des tentes et des effets personnels des personnes exilées ; ouverture d’un dialogue citoyen raisonné entre autorités publiques et associations non mandatées par l’État, portant sur l’ouverture et la localisation de points de distribution de tous les biens nécessaires au maintien de la santé des personnes exilées. »

La situation à Calais (et ailleurs) est intolérable ; et rares sont les candidats à la présidence de la République à condamner la politique actuelle de rejet de l’autre, alimentée par Le Pen, Zemmour ou Pécresse ; au contraire. Ils sont sourds aux appels, y compris à celui du pape François.

Le prétendu président ni de droite, ni de gauche, élevé dans les meilleures écoles catholiques d’Amiens, disciple d’un philosophe, Paul Ricoeur, qui se réclamait du christianisme social (même s’il eut un bref passage chez les pétainistes) est le maître d’œuvre de cette politique d’une violence inouïe à l’égard des exilés. Il ne renie rien et prône toujours plus de fermeté au sein de l’Europe pour fermer les frontières. Sans vergogne. 

Les exilés ne doivent plus mourir à Calais.

N’oublions pas !

C’était le 23 décembre 1951, les curés de Dijon publiaient un communiqué ahurissant, expliquant pourquoi ils avaient brûlé le Père Noël : « Pour nous, chrétiens, la fête de Noël doit rester la fête anniversaire de la naissance du Sauveur », ajoutant : « Le Père Noël a été sacrifié en holocauste. A la vérité, le mensonge ne peut éveiller le sentiment religieux chez l’enfant. »

En cette date anniversaire, un professeur d’histoire contemporaine à l’université de Dijon, Philippe Poirrier, rappelle que « le porte-parole de l’épiscopat a appuyé cette action symbolique sans ambiguïté. » L’édition de France-Soir du 24 décembre 1951 avait publié la déclaration du même porte-parole : « Le Père Noël et le sapin se sont introduits dans les écoles publiques alors qu’ils sont la réminiscence de cérémonies païennes qui n’ont rien de chrétiennes tandis que, au nom d’une laïcité outrancière, la crèche est scrupuleusement bannie des mêmes écoles. »

Toute ressemblance avec les déclarations des catholiques intégristes et autres réactionnaires d’extrême droite (incluant une partie des Républicains), souvent supporters acharnés de Zemmour, Le Pen ou Valérie Pécresse, à propos de la laïcité et de l’école publique ne sont donc pas fortuites.

Le Père Noël n’est plus leur seul ennemi ; ils ont une aversion prononcée pour les réfugiés, notamment ceux qui se réclament de l’islam, mais aussi pour toute idée progressiste, tout ce qui relève des services publics, particulièrement l’école laïque.

N’oublions pas que le Bien Public, le quotidien réactionnaire, avait lui aussi applaudi et fait sa ‘’une’’ sur l’événement, du ‘’pain béni’’ pour faire de l’audience, comme CNews fait le buzz avec Zemmour.

La bête immonde rôde à nouveau en France, qui voit des usurpateurs et des hérétiques partout, des ennemis dans ceux qui ne sont nés français, un péché immonde dans le droit à l’avortement pour les femmes, etc.

N’oublions pas. N’oublions rien.

Le Guépard

Dans l’admirable film de Luchino Visconti, Palme d’or à Cannes en 1963, les ‘’guépards’’ sont les nobles qui, après le débarquement des hommes de Garibaldi en Sicile, prennent conscience que leur règne est proche de la fin.

Aujourd’hui, le ‘’Guépard’’ est le nom de baptême du nouvel hélicoptère de l’aviation qui va remplacer les Gazelle, Alouette, Dauphin, Fennec et autres Panther. Décidément, les militaires français sont portés sur les animaux sauvages !

Le ministère de la défense a signé une commande à Airbus pour la fourniture de 169 de ce nouvel appareil (« dont les 30 premiers en tranche ferme », précise un communiqué), pour un montant de 10 milliards d’euros. Une somme importante !

Le quotidien patronal Les Echos ajoute que le contrat comprend la « fourniture du système de soutien et de formation » et « le maintien en condition opérationnelle pendant dix ans » du Guépard, version militarisée d’un appareil civil. A ce prix-là, c’est bien le moins qu’on peut attendre du fournisseur…

Le chiffre de 169 appareils interpelle lui aussi ; leurs missions également. L’armée française a-t-elle vraiment besoin de nouveaux hélicoptères semeurs de morts ? Pour quels théâtres d’opération ?

Avec Emmanuel Macron, la France a retrouvé un esprit guerrier et multiplie les ventes d’armes au moment où la planète a besoin de paix pour éradiquer la misère et sauver son climat. L’argent coule à flot quand il s’agit de l’armée. Plus que pour les services de santé, pour l’enseignement, la recherche, l’accueil des réfugiés, etc.

Macron ne semble pas avoir compris qu’il est de la race des guépards de Visconti et que les peuples n’en peuvent plus de sa politique néolibérale, belliqueuse et porteuse de recul de civilisation.

Bientôt (mais quand ?), il faudra bien que les populations reprennent le pouvoir et bannissent la guerre. Sans Garibaldi, ni ses Chemises rouges, mais avec un bulletin de vote.

Comediante ! Tragediante !

Pour la Lettre A, une publication généralement très bien informée, l’accélération de la reprise du groupe Lagardère par Vivendi serait quasiment réglée. Si Vincent Bolloré se précipite, sans attendre les autorisations des autorités européenne et française, c’est qu’il est sûr de son coup ; un coup à la Bolloré pour éviter d’avoir des pans d’activités à céder pour cause de position dominante.

Il veut être le seul décideur et le maître du temps !

Il s’attribuerait la totalité du groupe Hachette, plus prestigieux que son propre groupe d’édition, Editis. Hachette est le troisième éditeur mondial de livres, avec des perspectives de rachats, et un chiffre d’affaires de 2,4 milliards d’euros en 2020. Le chiffre d’affaires d’Editis (725 millions) est trois fois moins élevé et, surtout, l’implantation internationale d’Hachette est sans commune mesure avec celle d’Editis.

Quoi faire alors d’Editis ? Le céder à Joseph Oughourlian, le patron du fonds d’investissement Amber Capital, qui a été un allié ô combien utile au raid de Vincent Bolloré sur Lagardère. Il s’agit d’un très beau cadeau de Bolloré à celui avec lequel il est désormais en affaire.

Joseph Oughourlian, homme d’affaires d’origine libano-américaine, est devenu le principal actionnaire (29,84 %) du groupe espagnol Prisa propriétaire du  prestigieux quotidien El Pais, de revues et de chaînes de télévision et de radio. Et, preuve que les deux hommes sont de fieffés amis, Oughourlian a fait entrer Vivendi (donc Bolloré) dans le capital de Prisa en janvier 2021 à hauteur de 7,6 % du capital (9,93 % aujourd’hui).

Oughourlian n’est que le faux nez de Bolloré qui, en entrant dans le capital de Prisa, s’ouvre le marché hispanophone pour la diffusion de ses contenus audiovisuels.

Bolloré avait également bénéficié de la complicité d’Oughourlian dans un autre dossier, celui qui avait permis au premier de prendre le contrôle de Gameloft en 2016.

Les connivences entre les deux hommes ne sont donc ni de circonstances, ni une nouveauté. Arnaud Lagardère et son entourage n’ont rien vu venir quand le tandem l’a déstabilisé et l’a fait vaciller. Un tel niveau d’incompétence est grave, mais, en ce qui concerne l’héritier de Jean-Luc Lagardère, il n’est plus surprenant, tant il a fait preuve de désintérêt pour l’avenir du groupe dont il avait la charge depuis son entrée en fonction en 2003.

Quant au tandem Bolloré – Oughourlian, quelle démonstration des mœurs malsaines et sordides du monde des affaires. On n’applaudira ni à sa victoire, ni à sa stratégie démoniaque. On reprendra seulement l’expression attribuée au pape Pie VII à propos de Napoléon : « Comediante ! Tragediante ! »

L’union à gauche pour oublier Pinochet

Quelle bonne nouvelle ! Gabriel Boric vient d’entrer dans l’histoire du Chili en remportant une victoire écrasante à la présidence du pays. Avec lui, c’est le retour de la gauche au palais de la Moneda, mais surtout à la démocratie.

Son adversaire au second tour de l’élection, José Antonio Kast, un nostalgique de Pinochet, a été largement devancé de 12 % des votants. Au fond, on ne s’en étonnera guère quand on se rappelle que le résultat du référendum d’octobre 2020 avait démontré la volonté des Chiliens d’en finir avec la dictature en se prononçant pour une nouvelle constitution : 78 % des votants s’étaient prononcés pour balayer un texte hérité du sanguinaire Pinochet.

Gabriel Boric est jeune (35 ans) ; son père est issu d’une famille d’origine croate, installée au Chili depuis la fin du XIXe siècle. Sa mère, elle, est d’origine espagnole. Il a effectué des études de droit et a été le leader de la Fédération des étudiants, avant de militer au sein du mouvement Gauche autonome et d’être élu député pour le parti Convergence sociale.

Gabriel Boric a remporté une primaire au sein des partis de gauche et il l’a emporté avec 60,42 % des voix devant le candidat communiste, Daniel Jadue (39,58 %)

Il a promis des réformes fondamentales, annonçant même vouloir faire du Chili le tombeau du néolibéralisme. Parmi les premières mesures annoncées, la suppression des retraites à capitalisation individuelle privée et l’instauration d’un régime public et autonome. Puis, un système de santé universel. Gabriel Boric entend également taxer les plus grandes fortunes, augmenter le salaire minimum et réduire la semaine de travail. Autant de mesures qui devraient être au centre de la campagne présidentielle en France pour faire échec aux funestes visées d’Emmanuel Macron et des candidats de droite et d’extrême droite.

La gauche est revenue au pouvoir au Chili en ne présentant qu’un candidat (qui a fait le plein des voix de tous les partis)

Hier soir, après la proclamation des résultats, le peuple de Santiago en liesse est descendu dans la rue et a repris les chants de luttes et, notamment, le célèbre « El Pueblo unido, jamas sera vencido », comme un message adressé à tous les peuples victimes du néolibéralisme sur la planète. Y compris en France, où la pluralité des candidats, désespérante, assure le succès à la droite ou à l’extrême droite.  

L’espoir habite à nouveau le peuple chilien. Gabriel Boric a fait des promesses ; espérons qu’il les tiendra pour faire oublier vraiment Pinochet.

Est-il si difficile d’imiter l’exemple chilien en France ?

Prière adressée à Dieu

Peut-on tout dire quand on participe à la campagne électorale pour la présidence de la République ? A la lecture de quelques déclarations, je suis stupéfié et certaines petites phrases me rappellent une saillie de François Morel sur France Inter parlant de Luc Ferry : « Comment peut être aussi intelligent et aussi con ? »

Valérie Pécresse est une personne bien née et intelligente, mais comment a-t-elle pu déclarer sur France 3 : 

« Moi je vais vous dire, si être Français c’est ne plus avoir de sapin de Noël, c’est ne plus manger de foie gras, c’est ne plus avoir la chance d’élire Miss France et de voir des filles belles et intelligentes une fois par an et ne plus avoir le tour de France… »

Valérie Pécresse, née Roux, a été élevée dans les meilleures écoles catholiques, Sainte-Marie de Neuilly et Sainte-Geneviève de Versailles, ceci explique peut-être cela. C’est-à-dire un mépris de classe inculqué par sa famille responsable de son éducation ; père dirigeant de Bolloré Telecom, mari, Jérôme, homme d’affaires et Pdg de General Electric Renewable Energy, qui s’est illustré par un plan de licenciement de 800 salariés en 2016, etc.

J’ai particulièrement apprécié la répartie de Clémentine Autain en réponse à celle qui fut à trois reprises ministre de Nicolas Sarkozy :

« La France, c’est Liberté, Égalité, Fraternité et pas sapin de Noël, foie gras et Miss France. »

Sans omettre de signaler à la présidente de la région Ile-de-France, que tous les Français n’auront pas les moyens de manger du foie gras à Noël ou d’avoir un sapin. On fera également remarquer à la ‘’bourge’’ versaillaise que sa conception de la culture et du divertissement, ramenée à Miss France et au Tour de France, est indécente et même une insulte à tous les artistes qui ont fait ou font que la France a été et reste encore le pays des Lumières.

Je suis parfaitement agnostique mais si j’avais une prière à lui adresser, je demanderais à Dieu : « Faites que Valérie Pécresse ne soit jamais élue présidente de la République. »

Ainsi soit-il !

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