Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

L’exemple iranien

Ils sont frères ennemis mais si farouchement opposés qu’ils ont entretenu des guerres sanglantes, faisant des millions de victimes au cours des siècles ;  ils traitent l’autre d’hérétique et chacune de leurs paroles déclenchent des controverses infinies ; bref, qu’ils soient catholiques, islamistes ou juifs, qu’ils croient en Dieu, Allah, Elohim, Yavhé ou Jéhovah, ils s’invectivent et dénoncent les blasphèmes pour mieux asservir les peuples.

Tous ont leurs fondamentalistes, très violents, toujours agressifs pour défendre des dogmes rétrogrades. Les guerres de religion n’appartiennent pas au passé, hélas, et les plus indécritables des croyants sont encore prêts à n’importe quoi pour entrer au paradis.

En Iran, les ayatollahs avaient imaginé et institué une police des mœurs, avec ses patrouilles où des femmes vêtues d’un tchador s’immisçaient dans les affaires privées, les fêtes de famille et tous les rassemblements sociaux pour imposer le port d’un voile dit islamique, avec force détails sur la façon de le porter selon les codes vestimentaires des seules femmes. Au nom d’Allah et du Coran, revu et interprété.

Le dieu de toutes les religions est un problème.

De jeunes femmes viennent de perdre la vie pour avoir voulu s’émanciper et c’est tout le régime des ayatollahs qui vacille. Ceux-ci ont fait annoncer par le procureur général iranien la suppression de la police des mœurs, mais il y a eu trop de mort et trop de répressions pour que les jeunes Iraniennes (et les jeunes Iraniens) s’en contentent. Le peuple d’un pays qui fut un berceau des civilisations ne veut plus des vieillards imposant leur lecture rétrograde de leur religion.

Cette rébellion de la jeunesse iranienne est réconfortante ; elle peut être un point de départ pour s’émanciper de toutes les religions récusant la laïcité des Etats. Et permettant chez nous de pourfendre ceux qui se revendiquent de l’héritage judéo-chrétien pour mieux entraver l’accueil de l’étranger.

A bas le libéralisme !

Selon la Commission de régulation de l’énergie, les concurrents d’EDF ont demandé que la société nationale leur livre plus d’électricité nucléaire à bas prix (et, surtout, moins chère que le coût de production), qu’ils revendront ensuite à leurs abonnés à un prix moins élevé que celle-ci.

Un esprit normalement constitué comprend qu’EDF vend de l’électricité à perte et permet à ses concurrents d’exister encore à coup de dumping. Quelle belle démonstration de l’ineptie de l’économie libérale et de l’incohérence des politiques de la Commission européenne !

La quantité d’électricité ‘’peu chère’’ vendue par EDF était limitée à 120 térawattheures (TWh) par an ; ce plafond a été relevé de 100 à 120 TWh le 1er avril dernier sur injonction de ministre de l’économie Bruno Le Maire qui souhaitait ainsi permettre de limiter l’augmentation du prix payé par les utilisateurs. Les abonnés aux concurrents d’EDF ont pu apprécier le résultat !

Aujourd’hui les concurrents d’EDF exigent la livraison de 148,30 TWh en 2023, soit 67,43% de sa production. Une perte de trésorerie estimée aux environs de 8 milliards d’euros par des dirigeants d’EDF qui éprouvent des difficultés à comprendre cette politique de ‘’gribouille’’ qui contraint une entreprise où l’Etat est actionnaire majoritaire à s’endetter davantage pour favoriser des entreprises privées au nom d’une concurrence libre et non faussée. En l’espèce, la concurrence n’est pas libre, mais elle est bel et bien faussée.

On ne comprend rien à ce jeu de la concurrence, mais, en revanche, on comprend aisément pourquoi nous sommes de plus en plus nombreux à nous écrier : « A bas le libéralisme ! » Macron et son gouvernement, eux, semblent très satisfaits ; mais ils n’entendent pas la colère qui gronde.

L’Europe craintive !

Margrethe Vestager Hansen est vice-présidente exécutive chargée de la politique de concurrence au sein de la Commission européenne. Elle est danoise et membre du parti social-libéral et, à ce titre, elle n’est pas une adversaire acharnée de la loi du marché, malgré des déclarations toujours véhémentes. Mais, fonction oblige, encore faut-il faire croire aux peuples européens que les instances bruxelloises veillent à leur bonheur et à leur bien-être.

En commentant la publication de l’enquête préliminaire à propos de l’OPA de Bolloré sur Lagardère, elle a avancé des arguments qui, en toute logique, devraient aboutir au refus de l’opération :

« Des marchés concurrentiels dans le secteur de l’édition de livres favorisent la diversité des idées. Ils permettent à chaque partie de la chaîne de valeur de prospérer, depuis la création de contenus jusqu’à la distribution. L’acquisition de Lagardère par Vivendi réunit deux éditeurs de premier plan de livres en langue française et de magazines grand public. L’opération doit donc faire l’objet d’un examen minutieux car elle pourrait réduire le choix et entraîner une hausse des prix, une accessibilité et une qualité réduites pour les lecteurs de livres en langue française et de certains magazines français. »

Paroles sensées, mais au-delà ?

L’enquête préliminaire a amené la Commission à émettre des ‘’craintes’’ de voir les éditeurs privés de sources de revenus essentielles pour soutenir leurs activités découlant de l’édition des auteurs les plus vendus, d’avoir un accès limité à des services essentiels pour la commercialisation et la distribution de leurs livres, et de voir librairies et lecteurs confrontés, respectivement, à des marges réduites et à une hausse des prix. En revanche, pas un mot sur la défense du pluralisme des idées !

La Commission a cru bon de relever que « l’opération, en combinant trois magazines « people » (Paris Match de Lagardère et Gala et Voici de Vivendi), puisse donner naissance à un leader puissant sur le marché. La Commission craint qu’une telle situation ne nuise à la qualité, à la diversité et aux prix, aux dépens des lecteurs de ce type de magazines. »

Crainte réelle, mais mineure si on la compare au désastre que pourrait engendrer la prise de contrôle d’Hachette par Bolloré ! La vice-présidente de la Commission n’a pas osé aborder les censures dont Bolloré est friand.

La Commission a donc décidé d’engager une enquête approfondie, tout en précisant non sans ironie, que celle-ci « ne préjuge pas de l’issue de la procédure ».

Bolloré a préparé la riposte ; il va balayer les craintes de la Commission du haut de son mépris et réussir son opération, avec l’aide de Macron, Sarkozy, etc., au nom de la création de champions nationaux pour concurrencer les méga-groupes américains.

Les craintes de Margrethe Vestager Hansen seront vite oubliées et les affaires pourront continuer à prospérer.

Ce qui est devant nous

L’institut d’études économiques Xerfi ne partage pas l’optimisme de façade du président de la République et de ses ministres ; dans une note publiée cette semaine, a contrario du discours ambiant, son directeur de la recherche, Olivier Passet, prévoit « la remontée inexorable du chômage en 2023 ».

Il constate, certes, « l’incroyable résistance de la dynamique de l’emploi (…) qui défie les pronostics ». Mais, pour Xerfi, « l’économie que nous commentons aujourd’hui vie en apesanteur, encore sous les effets des gigantesques plans de soutien mis en place en 2020 et 2021. » Ses économistes voient s’amonceller les nuages, « ce n’est que l’an prochain que ces inflexions vont mordre dur le crédit et la rentabilité des agents privés ».

« Ce qui est devant nous maintenant, c’est une double décélération des volumes et des prix. Et s’il y a une chose qui n’a pas changé à travers les crises, c’est l’objectif des plus grands comptes de maintenir leur rentabilité financière et de soutenir la valeur actionnariale via le rachat d’actions et le versement de dividendes. Et si les prix ne sont plus la variable d’ajustement, si les volumes ne bénéficient plus du même soutien public, la variable d’ajustement, c’est l’emploi et le report des pressions sur la sous-traitance. Les premières annonces de plans sociaux peuvent sembler à ce stade anecdotiques, cantonnées à quelques secteurs. Mais ce n’est qu’un début. L’effet domino ne fait que commencer. Et, avec lui, le mécanisme qui transforme le coup d’arrêt de la croissance en récession. »

Bref, les économistes sérieux ne partagent pas la vision des Macron, Le Maire et Attal. La potion va être sévère. Très sévère pour les classes laborieuses. Et la France va s’enliser un peu plus dans le chômage de masse quand le gouvernement réforme le système d’assurance-chômage, plutôt que de s’attaquer aux super-profits et aux dividendes.

La règle d’or de José Salgar

Gabriel Garcia Marquez a reçu le prix Nobel de littérature en 1982. Les plus jeunes générations savent-elles que Gabo, son surnom, a été aussi un très grand journaliste, débutant à El Heraldo, à El Espectador dans son pays, la Colombie, puis dans des journaux vénézueliens, enfin à El Païs, le grand quotidien de Madrid, avant de connaître la consécration !

Les éditions Grasset ont eu la riche idée de publier un recueil de ses écrits journalistiques sous le titre ‘’Le scandale du siècle’’, titre d’un ensemble de chroniques écrites à Rome pour El Espectador en 1955.

L’un des écrits, publié en 1983 dans le quotidien madrilène El Païs sous le titre ‘’Ce tableau d’affichage des actualités’’, court, raconte une expérience étonnante :

« Depuis la troisième décennie du XXe siècle, et pendant environ dix ans, il y eut à Bogota un journal qui ne devait pas avoir beaucoup de prédécesseurs dans le monde : c’était un tableau, pareil à ceux que l’on pouvait alors voir dans les écoles, où les nouvelles de dernière minute étaient écrites à la craie blanche, et que l’on affichait deux fois par jour sur le balcon d’El Espectador. Il dominait le croisement de l’avenue Jiménez de Quesada et de la 7e rue – qui fut considérée pendant des années comme le carrefour le plus important de Colombie -, l’endroit le plus couru de la ville, surtout aux heures où apparaissait le tableau des actualités : la douzième et la dix-septième. Le passage des tramways y devenait alors difficile, sinon impossible, à cause de la presse des passants, qui attendaient avec impatience. »

Gabo poursuit son article en racontant que la rédaction du tableau était confiée à « garçon de moins de vingt ans, destiné à devenir l’un des plus grands journalistes de Colombie sans être jamais allé plus loin que l’école primaire », José Salgar.

Le futur prix Nobel a appris, lui aussi, le journalisme ‘’sur le tas’’ en gardant précieusement le conseil du préposé au tableau :

« Quand je suis entré à la rédaction d’El Espectador en 1953, José Salgar, qui en était le rédacteur en chef impitoyable, m’a donné comme règle d’or du journalisme : « Tords le cou au cygne. » (Note : Va droit au but, pas de poésie ni de merveilleux, ne te prends pas pour Shakespeare, pas de chichis…) Pour un débutant de province tout disposé à risquer sa peau pour la littérature, cet ordre n’était pas loin de l’insulte. Mais le plus grand mérite de José Salgar a été de savoir commander sans blesser, parce qu’il ne le faisait pas avec une expression imposante, mais humble. Je ne saurais dire si je l’ai écouté ou pas, mais au lieu de me sentir offensé, je l’ai remercié pour ce conseil et, depuis, nous avons toujours été complices. »

Ce billet est dédié aux hiérarchies de rédactions, imposantes et blessantes et aux jeunes journalistes (aux plus âgés aussi) qui ont de plus en plus tendance à oublier cette règle d’or : « Tords le cou au cygne ».

Les copains des copains

Frédéric Michel, le nouveau responsable de la communication d’Emmanuel Macron, ex-directeur d’affaires de News Corp, le groupe de médias du sulfureux Rupert Murdoch, a eu carte blanche pour, dit-on, ‘’compléter l’équipe de communication élyséenne’’. Le président de la République ne sera pas déçu des choix de son ‘’sherpa’’ : pour deux postes prétendument stratégiques, le directeur de cabinet de l’ex-professeur de lettres du lycéen Macron et de conseillère à la communication pour l’international, les deux élus sont deux personnages issus de la droite dure.

Jean Spiri, 40 ans, le nouveau directeur de cabinet de Brigitte Trogneux (de quel droit a-t-elle un cabinet ? Ce n’est pas elle qui a été élue !), est un politicien de bas étage, proche de Xavier Bertrand, élu sous l’étiquette Les Républicains puis ‘’divers droite’’ à Courbevoie, conseiller régional sur la liste de Valérie Pécresse, ami des sbires de Bolloré. Bref, un homme assurément ni à gauche, ni à gauche, mais à droite toute.

Pour la communication et la stratégie internationale du président, Frédéric Michel a fait appel à Anastasia Colosimo, 32 ans, et fille de Jean-François Colosimo, un théologien orthodoxe, directeur des éditions du Cerf, proches de l’extrême droite. Elle-même est proche des souverainistes et de Sarah Knafo, l’ex-directrice de campagne et compagne d’Eric Zemmour. Elle s’est signalée en déclarant en décembre 2021 sur le plateau de LCI que le refoulement des non-vaccinés à l’hôpital « serait un bon moyen de sélection naturelle ». Honteux ! Le Monde rapporte qu’elle assure vouloir « porter les valeurs de la France à l’international ». Tout un programme de la droite proche de l’extrême ; le rapprochement avec Giorgia Meloni est en bonne voie !

Ainsi l’Elysée s’ancre toujours plus à droite. Comme le président d’une République qui n’en finit pas de traîner des casseroles derrière lui. Aujourd’hui, les casseroles s’appellent McKinsey. Demain, qui ?

Et Marine Le Pen voit l’horizon se dégager dans la perspective de 2027.

Copains et coquins

Emmanuel Macron n’est peut-être pas aussi égoïste qu’on le dit ; il sait récompenser ses amis plus malchanceux que lui. On me rétorquera que cela ne lui coûte rien, c’est le contribuable qui paie, mais le geste est la preuve d’une reconnaissance sans faille (ou d’un besoin de ménager l’avenir ?).

Mais de quoi s’agit-il ? Le dernier conseil des ministres a entériné la nomination d’Amélie de Montchalin en tant qu’ambassadrice auprès de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), où elle remplacera Muriel Pénicaud. Le même Conseil a officialisé ce qu’on savait déjà, à savoir que Jean Castex est nommé président de la RATP.

D’autres ex-ministres n’ont pas eu à se plaindre du renvoi d’ascenseur du président de la République. Christophe Castaner, ex-socialiste, a été le mieux récompensé avec la présidence du conseil d’administration du tunnel sous le Mont-Blanc et le conseil de surveillance du port de Marseille. Brigitte Bourguignon, elle, devient inspectrice générale des affaires sociales (IGAS), et Jean-Michel Blanquer (qui n’a pas laissé de bons souvenirs lors de son passage au ministère de l’éducation nationale) sévira encore dans l’enseignement en tant que professeur de droit public à l’université Paris-Assas (tout en continuant à diriger sa société-conseil). Quant à Emmanuelle Wargon, elle s’est retrouvée à la direction de la Commission de régulation de l’énergie.

Agnès Buzyn avait été recasée à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et on parle de sa collègue Florence Parly à la présidence d’Air France. Sylvie Goulard, elle, avait été nommée sous-gouverneure de la Banque de France.

Brune Poirson, qui avait atterri dans le groupe hôtelier Accor, s’était vue confier une mission sur le développement durable.

La liste de ceux qui n’ont même pas eu besoin de traverser la rue pour retrouver une sinécure est longue, très longue. On peut être battu aux élections ou évincé du gouvernement, la cellule emploi de l’Elysée, sur laquelle veille le président en personne, s’occupe de votre avenir (de préférence grassement rémunéré).

La République des copains et des coquins n’est pas morte.

Lire et relire Luis Sepulveda

Daniel Mordzinski est un photographe ou plutôt un artiste. Surnommé le ‘’photographe des écrivains’’ et né à Buenos-Aires, il s’est spécialisé dans les clichés des auteurs ibéro-américains.

Il est devenu un ami intime de l’auteur chilien Luis Sepulveda et de son épouse, Carmen Yanez ; Luis et Carmen, appelés Lucho et Pelusa par leurs amis, ont été des militants communistes et, à ce titre, ont connu les geôles de Pinochet et l’exil. Douloureux.

Daniel Mordzinski a voulu rendre hommage à Lucho, emporté par le Covid en 2020 ; il a rassemblé dans ‘’Un doute et une certitude’ (Editions Métailié), des textes inédits de son ami et il les a illustrés avec ses photos, pour assouvir son « besoin de mettre un point final à ce deuil ». Le livre est beau, émouvant et rappelle quel immense écrivain était Lucho ; il vient également rappeler qu’il faut aussi un grand journaliste, qui a couru la pige avant de devenir un auteur reconnu. Mais, jamais, Lucho n’a oublié les conditions d’exercice du journalisme de ses débuts : il a écrit, dans la préface de ‘’Dernières nouvelles du Sud’’ (2012) :

« L’idée de ce livre est née un après-midi de 1996, en buvant du maté à Paris. Avec Daniel Mordzinski, mon socio (terme qui désigne un ami, un camarade, un coéquiper, NdT) dans tout ce qui va suivre, nous avions envie de dépasser la relation d’éternel concubinage texte-photo qui nous avait amenés à faire des reportages à travers le vaste monde pour des revues et des journaux. Il s’agissait toujours de commandes dont la longueur et le nombre de photos étaient prévus d’avance et qui, au moment d’être publiées, étaient souvent assujetties à des volontés oscillant entre le politiquement correct et la peur de perdre son travail. La censure moderne exercée non par la crainte du chômage mais par celle d’être ‘’exclu du marché’’ n’interdit pas, elle biffe, coupe, ‘’édite’’ au nom d’une lâche circonspection, d’une prudence pusillanime. »

Quelques années plus tard, la censure moderne décrite par Lucho n’a pas varié. Et les journalistes rémunérés à la pige sont toujours soumis aux mêmes ‘’lois’’ des hiérarchies asservies dans les rédactions.

La Conférence des écoles de journalisme a organisé le 4 octobre dernier, les Etats généraux de la formation et de l’emploi des jeunes journalistes avec l’objectif « d’améliorer les conditions d’entrée dans le métier des jeunes journalistes » mais aussi « de renforcer le dialogue entre les étudiant.es, les jeunes diplômé.es et les rédactions, afin de réduire l’écart entre leurs attentes et la réalité de l’exercice du métier de journaliste. » En oubliant (mais est-ce un oubli ?) de remettre en cause les pratiques des hiérarchies. C’est donc aux journalistes, pigistes ou pas, de se plier à la censure et de rapporter une information aseptisée.

Les organisateurs n’ont sans doute pas lu Luis Sepulveda !

Le grand mensonge

On nous ment ! Emmanuel Macron nous ment ; ses ministres nous mentent. Le mensonge est érigé en système de gouvernement : quand le président prétend qu’il suffit de traverser la rue pour trouver du travail ; quand Elisabeth Borne estime que les règles d’indemnisation du chômage n’incitent pas assez à la reprise d’un emploi ; quand Bruno Le Maire affirme que nos compatriotes ne peuvent pas comprendre qu’avec autant de postes vacants, on soit à 7 % de chômage ; quand Olivier Dussopt ose déclarer que quand ça va bien, on durcit les règles, quand ça va mal, on les assouplit.

Notre président et nos ministres ne sont pas d’infâmes crétins ; ils savent que le nombre de chômeurs est bien supérieur aux 7% qu’ils annoncent. Ils oublient que les chiffres sont différents d‘un bassin d’emploi à un autre et que de nombreux privés d’emploi ne font même plus les démarches nécessaires à leur inscription à Pôle emploi pour bénéficier des indemnités de remplacement.

Nos gouvernants, qui ne sont donc pas d’infâmes crétins mentent en toute connaissance de cause pour réformer le système d’indemnisation du chômage en faisant des économies sur le dos des pauvres, pour orienter ces économies vers les aides aux entreprises.

Un homme se dit fier d’avoir été le rapporteur de la loi scélérate sur l’assurance-chômage, Marc Ferracci, dont le grand-père a été responsable du Parti communiste en Corse et son père, Pierre, dirigeant du cabinet Alpha, dont la filiale Secafi est proche de la CGT. Honte à lui !

Marc Ferracci, donc, est un intime d’Emmanuel Macron ; il a été son témoin lors de son mariage avec Brigitte Trogneux et, inversement, Macron a été témoin de Marc Ferracci lors de son mariage avec Sophie Gagnant, avocate d’affaires. Il a renié tous les combats et idéaux de sa famille.

Tout ce beau monde, qui cultive l’entre-soi, sait que l’assurance-chômage aura un excédent de 4 milliards cette année et qu’il sera identique dans les années à venir et que rien ne peut justifier la réforme, sinon une volonté de casser le système social hérité de la Libération et de la Résistance.

Le mensonge est insupportable ; le mépris de la caste des nantis est insupportable. La vie chère, les coupures d’électricité, le coût de l’énergie, les hôpitaux qui craquent, comme les établissements scolaires, comme la justice, comme les transports, ça suffit !

La France s’enlise et devient un pays de seconde zone, un pays en voie de sous-développement. Et ils continuent de mentir. Jusqu’à quand ?

Mélanges vénéneux

Pascal Chevalier et Gautier Normand sont des noms qui ne parlent pas au ‘’grand public’’. Et pourtant !

Ces deux hommes se sont rencontrés en 2021 et, en dix ans, ils ont constitué le premier groupe de presse magazine en France, prenant le relais du groupe Lagardère qui s’est délesté de l’écrit en quelques années.

Les deux aventuriers ont racheté d’abord Marie-France au groupe Marie-Claire Album, puis une dizaine de titres à Lagardère, les magazines du groupe Mondadori en France, des sites puis des jeux vidéo. Puis ils ont mise en œuvre une philosophie exprimée d’une phrase laconique : « Je pense que régie publicitaire et rédaction doivent être fusionnées. » Sans que l’ARCOM ne juge utile de réagir.

De nombreux journalistes ont fui un groupe qui pratique aussi effrontément le mélange des genres. Les deux patrons n’en demandaient pas tant : ils ont remplacé les journalistes par des producteurs de contenus, c’est-à-dire des publi-reportages qui n’ont plus rien de journalistique.

Les patrons de médias français s’adressent à eux quand ils veulent se débarrasser d’activités dont ils estiment qu’elles ne sont plus assez rentables. Reworld Media est la poubelle des médias. Peu leur importe que les règles ethiques soient bafouées.

La dernière acquisition en date de Reworld Media, le groupe Unify racheté à TF1, qui recèle des sites prestigieux comme Doctissimo, Le Marmitton, aufeminin.com, mais aussi un site de jeu, Gamekult.

La réaction des journalistes de Gamekult a été mûrement réfléchie : les 9 journalistes en CDI et 17 des 19 journalistes rémunérés à la pige ont claqué la porte, imitant des salariés des autres activités.

Restera-t-il encore des journalistes demain dans les médias contrôlés par des patrons aussi peu scrupuleux que Bolloré, Chevalier ou Normand ?

Il serait peut-être temps de légiférer pour éviter les mélanges vénéneux de l’information et de la publicité.

Le système Hanouna-Bolloré

Nos voisins suisses du canton de Genève, si proches de nous, regardent beaucoup les chaînes de la télévision française. On se demande bien pourquoi ; ils ont une RTS (radio télévision suisse) de qualité.

Mais s’ils regardent souvent de l’autre côté de la frontière, ils le font avec un bel esprit critique. Les dernières provocations ordurières de Hanouna ont fait l’objet d’un éditorial de ‘’La Tribune de Genève’’ du 15 novembre, particulièrement intelligent et brillant, sous le titre ‘’Le peuple mérite mieux que Hanouna’’.

La journaliste, auteur de cet article, Sonia Imseng, me pardonnera sans doute de le publier in extenso.

« Cyril Hanouna a franchi un nouveau pas dans la provocation en insultant un élu. Même s’il raffole de ces polémiques, il ne faut pas détourner les yeux face à cette violence télévisuelle.

Face à la violence, il est souvent difficile de ne pas détourner les yeux. Mais que faire quand elle se trouve sur votre écran à l’heure de grandes écoutes ? « Tocard, espèce d’abruti, t’es qu’une merde », ces insultes ont été proférées jeudi passé par Cyril Hanouna au député de La France insoumise Louis Boyard.

Ces échanges virulents ne sont pas rares, c’est même ce qui fait vivre l’émission « Touche pas à mon poste ». À chaque clash, de nouvelles limites se franchissent avec cette fois un élu qui est pris à partie. « Si tu es député, c’est grâce à nous », lui a balancé l’animateur, se plaçant comme toujours en fervent défenseur du peuple. Mais la population ne mériterait-elle pas d’être représentée par quelqu’un qui n’utilise pas la haine et le buzz comme principal fonds de commerce ?

Dans « TPMP », il faut en découdre, provoquer. On n’y invite pas que les élites, mais aussi bien des « gilets jaunes », des politiciens d’extrême droite, M. et Mme Tout-le-monde, en passant par des antivaccins. Certes, toutes ces opinions radicales et opposées peuvent donner l’impression d’une pluralité d’opinions. Mais le résultat est autre : les arguments des invités se retrouvent inaudibles, car leur présence ne sert qu’à nourrir la machine à scandales.

Il est juste de s’attaquer à l’élitisme. Là où le génie de Cyril Hanouna surgit effrontément, c’est qu’il réussit à nous faire oublier qu’en tant que millionnaire il fait partie intégrante de cette caste, n’hésitant pas une seconde à défendre son patron, le milliardaire Vincent Bolloré.

Ce n’est pas la dernière polémique autour de ce fascinant personnage. Nous pourrions agir avec impulsivité – comme « Baba » – et éteindre son poste. Et si la meilleure arme était de décortiquer le système Hanouna ? Quand le masque tombe, le charme se rompt. »

Honte à Hanouna ; on eût préféré que les quotidiens suisses vantassent la qualité des émissions des chaînes françaises.

Orgueil mal placé

Le quotidien économique Les Echos, propriété de Bernard Arnault exulte : «La Bourse de Paris peut ainsi s’enorgueillir d’être désormais la plus grande en Europe. » Toujours selon le journal : « La capitalisation totale des sociétés cotées à Paris a dépassé pour la première fois celle de la City de Londres. Une conséquence du Brexit, mais aussi un reflet du dynamisme des champions français de la Bourse, à commencer par le secteur du luxe, principal moteur du CAC 40. »

Nul doute qu’on a sabré le champagne (offert par le milliardaire qui contrôle les marques Moët et Chandon, Dom Pérignon, Veuve Cliquot, Krug, Mercier, Ruinart Armand de Brignac) à la rédaction ; d’autant que les motifs de satisfaction du patron se cumulent : « Le champion mondial du luxe, LVMH, est devenu en février 2021 la plus grande société cotée en Europe. Le groupe affiche aujourd’hui une capitalisation de 350 milliards d’euros, contre moins de 70 milliards en juin 2016. » Etourdissant !

Les brumes de l’alcool ou l’enthousiasme des annonces ont amené les plumitifs des Echos à passer sous silence la publication le même jour du ‘’Véritable bilan annuel du CAC40’’ établi par l’Observatoire des multinationales (ODM).

Celui-ci a bien noté que LVMH est bien la première capitalisation du CAC40, mais elle la chiffre à 328 milliards. Arnault a-t-il dissimulé 22 milliards ou s’agit-il d’une erreur de calcul de l’ODM ?

L’ODM n’a pas la même lecture des bilans que le journal de LVMH ; il note en effet que « c’est oublier que l’économie d’un pays ne saurait être réduite à ses plus grandes entreprises devenues des ‘’multinationales’’, même si celles-ci, indéniablement, ne cessent de prendre plus de poids. Il y a les petites et moyennes entreprises, dont le destin est souvent lié pour le meilleur et pour le pire à celui des grandes – en tant que fournisseurs, sous-traitants ou prestataires. Le lien entre les grandes entreprises françaises et le tissu économique dans son ensemble est réputé plus distendu en France que dans d’autres pays, notamment l’Allemagne, en raison de leurs stratégies de long terme de délocalisation et d’investissement à l’étranger. Il y a aussi l’ensemble du secteur public ou à but non lucratif, confronté à l’emprise croissante des grands groupes. »

L’ODM dénonce l’explosion des dividendes et rachats d’actions du CAC40, et constate que « noyé dans les profits, le CAC40 n’a pas choisi de les utiliser d’abord pour investir dans la transition, créer de l’emploi ou augmenter les salaires, mais a une nouvelle fois priorisé ses actionnaires. » Il a constaté notamment que les dividendes votés aux assemblées générales 2022 des groupes du CAC40 s’élèvent à 57,5 milliards d’euros, soit une augmentation de 32 % par rapport à 2020.

Les Echos ont oublié de noter que le groupe de leur patron, Bernard Arnault est le premier bénéficiaire de dividendes sur les profits 2021, soit la bagatelle de 2,41 milliards devant le fonds BlackRock avec plus de 2,03 milliards.

Après avoir noté que près de la moitié des groupes du CAC40 (16 sur 40) sont liés à de grandes fortunes, l’ODM révèle que 16 familles ont touché 5,8 milliards, mais que la contribution fiscale des groupes semble croître bien moins rapidement que leurs profits et dividendes, notant que « on ne sait même pas quelle proportion de leurs impôts revient à la France », mais que « 14,3 % de l’ensemble des filiales du CAC40 sont localisées dans des paradis fiscaux. En nombre abslu, Engie, LVMH et le Crédit agricole sont les groupes du CAC40 possédant le plus de filiales dans ces territoires fiscalement accommodants. »

Toutes ces informations (et bien d’autres) n’étant pas traitées par Les Echos, il est vivement recommandé de lire le bilan de l’ODM sur son site ! On y trouve plus d’informations qu’en lisant le quotidien de Bernard Arnault à l’orgueil mal placé.

Discours et réalité

Le 7 novembre dernier à Charm el-Cheikh, dans son discours devant les délégués de la COP27, Emmanuel Macron a déclaré : « La France soutient l’interdiction de toute exploitation des grands fonds marins. J’assume cette position. Je la porterai dans les enceintes internationales. »

Dont acte. Les grands fonds marins qui regorgent de ressources, nickel, cobalt, manganèse ou encore cuivre, font saliver les multinationales. Elles ont hâte d’exploiter les gisements des métaux nécessaires à la fabrication des batteries, sans se soucier des atteintes environnementales sur les fonds marins.

L’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), organisme sous le contrôle de l’ONU, est censée encadrer, dans un premier temps, l’exploration puis, dans un deuxième temps, autoriser l’exploitation industrielle des ressources dans les eaux internationales (la moitié du globe), en respectant ce qui est considéré comme un ‘’bien public mondial’’. On peut se demander quels sont ses pouvoirs.

Si Macron s’est prononcé pour l’interdiction de l’exploitation des fonds marins, le groupe canadien The Metals Company, associé à deux alliances industrielles européennes, l’a pris de cours puisqu’elle a obtenu l’accord pour un projet pilote d’exploitation minière en haute mer, entre Hawaï et le Mexique. Les lobbies se moquent éperdument des injonctions, un peu tardives de Macron.

D’ailleurs, on ne sait plus quelle est la position officielle de la France, celle des déclarations de Macron à Lisbonne puis à Charm el-Cheikh ou celle d’une circulaire du 5 mai 2021 du premier ministre de l’époque, Jean Castex, adressée à sept de ses ministres dans laquelle la France n’envisage pas de préserver les fonds marins, mais, au contraire, de les exploiter. La circulaire, présentée comme une première feuille de route d’un plan programmé pour dix ans, prévoit dans sa priorité numéro 2 « d’amplifier et partager les efforts de protection des fonds marins dans le cadre d’une stratégie de sauvegarde de ces écosystèmes et de poursuite d’une stratégie d’exploration et d’exploitation durable de leurs ressources ». En langage clair, on essaiera de protéger les fonds marins, mais on exploitera leurs richesses durablement.

Il y a un monde entre les grandes déclarations enflammées devant les instances internationales et les réalités politiques cachées dans une circulaire qui n’a pas fait l’objet de beaucoup de publicité. On comprend pourquoi.

Ce n’est pas encore sous ce quinquennat que l’environnement sera enfin protégé, sur terre comme sous les océans !

Ce rugby trop violent

Le rugby qu’on aime, c’est un sport d’évitement et de grandes chevauchées, et le rugby tel qu’il est, c’est un sport d’affrontements rudes et de combats physiques violents. Et dangereux. On en a eu une démonstration samedi au cours de la rencontre opposant l’équipe de France à celle d’Afrique du Sud. Si la France a gagné, je ne crois pas que le rugby, lui, y a gagné malgré les spectateurs exultant de joie.

On a eu à déplorer de trop nombreuses blessures, comme celle de Jonathan Danty victime d’un coup de tête du Sud-africain Pieter-Steph Du Toit. Le joueur tricolore souffre d’une fracture du plancher orbital, témoin de la violence du choc.

On a eu à déplorer plusieurs ko et cinq commotions cérébrales. C’est trop, beaucoup trop pour rendre ce sport attractif.

Il y a longtemps que les équipes de l’hémisphère nord, Nouvelle-Zélande, Australie et Afrique du Sud ont considérablement ‘’durci’’ leur approche du jeu ; elles dominaient la scène internationale. L’Europe a pris le même tournant beaucoup plus récemment et, désormais, les équipes européennes luttent à armes égales. Tout en jouant avec la santé des joueurs.

On peut avoir peur d’assister à la Coupe du monde de la violence en 2023 en France. Avec une répétition de rencontres à quelques jours d’intervalle pour les meilleurs joueurs, soumettant les organismes à (trop) rude épreuve.

Les instances internationales, World Rugby, devraient s’emparer du sujet et ne pas se contenter de ‘’mesurettes’’ (carton jaune et carton rouge, sortie du terrain des joueurs victimes de commotions et interdiction de rejouer avant un délai de 7 ou 12 jours en fonction de la gravité du choc). Si le rugby doit rester un sport de contact, il est urgent de revenir à la notion d’évitement et d’imaginer des sanctions plus lourdes pour les auteurs de violences physiques. Il s’agit d’enseigner une autre vision du rugby et de le sortir lui aussi de l’emprise du fric et du spectacle digne des gladiateurs.

World Rugby en est-il capable. On peut en douter, tant le spectacle du haut niveau attire des spectateurs avides de sensations fortes.

Main basse sur l’art

On peut croire que les ultrariches adorent les œuvres d’art ; ils se précipitent dans toutes les ventes aux enchères pour acheter qui un Picasso, qui un Seurat, qui un Mondrian. Certains comme Bernard Arnault ou François Pinault étalent leurs collections, mais la majorité des ultrariches enferment leurs collections dans des coffres, à l’abri de tous les regards. Les sociologues ont expliqué leurs motivations et les causes de cette fièvre de l’art contemporain : affirmer leur position sociale dominante et leur volonté de puissance.

Patrick Drahi n’y a pas échappé ; il a réussi en quelques années à constituer une collection de 200 œuvres de cinq Picasso, onze Magritte, huit Chagall, un Modigliani, un Bacon, des sculptures de Rodin et de Giacometti, entre autres. Le tout entreposé, paraît-il dans des demeures privées du port franc de Genève ou les entrepôts de Sotheby’s, propriété de Drahi depuis 2019. Le Monde a dévoilé que ces œuvres étaient détenues par une des sociétés portant les investissements privés du milliardaire, Before SA, domiciliée au Luxembourg.

Cela vaut de nouveaux ennuis fiscaux à Patrick Drahi pour avoir ‘’déplacé’’ sa collection à Saint-Vincent-et-les-Grenadines dans les Caraïbes pour échapper à l’impôt au Luxembourg (qui a fait évoluer sa législation après les révélations des LuxLeaks). Décidément, les riches osent tout !

Le cofondateur de Microsoft, Paul Allen (décédé en 2018) avait amassé, lui, 155 chefs d’œuvre. Avant sa mort, il avait demandé de vendre sa collection aux enchères par Christie’s (propriété de François Pinault) et de verser le produit de cette vente à des organisations caritatives. Celles-ci se partageront donc le montant record des ventes aux enchères : 1,62 milliards de dollars ! Cinq œuvres ont été acquises pour plus de 100 millions de dollars : Les Poseuses ensemble. Petite version, deGeorges Seurat (149,2 millions), La Montagne Sainte-Victoire,de Paul Cézanne(137,7 millions), Verger avec cyprès,deVincent Van Gogh (117,1 millions),Maternité II, de Paul Gauguin (105,7 millions) et Birch Forest,de Gustav Klimt (104,5millions). Le Waterloo Bridge, temps couvert de Claude Monet n’a atteint que 64,5 millions de dollars !

On ne connaît pas le nom de nouveaux propriétaires ; ils n’osent pas se montrer et les tableaux, chefs-d’œuvre de la peinture contemporaine, seront soigneusement entreposés dans des lieux sûrs. A l’abri des regards des authentiques amateurs d’art.

Les ultrariches font main basse sur tout ce qui peut affirmer leur position sociale, pendant que la majorité des humains a faim. Monde pourri par le fric !

Léa Salamé, femme puissante !

Léa Salamé est partout, le matin sur France Inter (à 7h50 et à 8h25), sur France 2 avec sa nouvelle émission Quelle époque ! et avec des émissions prétendument citoyennes comme Aux arbres citoyens ! Bref, pas un jour sans ‘’la’’ Salamé.

Quelle omniscience ! Passant d’une émission d’information, le 7/9.30 de France Inter (où elle s’entretient aussi bien avec des artistes, des auteurs, des politiques de préférence de droite, des ‘’people’’), à un ‘’talk-show’’ lénifiant, mais qui doit faire du ‘’buzz’’ pour exister, à une ‘’émission-événement’’ où on mélange allégrement stars du show-business, politiques, scientifiques (un court instant comme alibis).

L’omniprésence de Léa Salamé est insupportable ; mais elle plaît à Delphine Ernotte, la patronne de France Télévisions, qui n’a pas hésité à parler de « ces trois femmes formidables de France Télévisions » en citant Léa Salamé, bien sûr, mais aussi Anne-Sophie Lapix et Caroline Roux. Merci pour les autres, moins exposées et donc oubliées.

A se multiplier et à confondre information, divertissement et interviews de révérence, Léa Salamé n’est pas crédible, cependant sa tête continue d’enfler, d’enfler encore. La petite fille née dans la haute bourgeoisie libanaise et éduquée à la prestigieuse Ecole alsacienne, est insupportable.

Elle m’a rappelé cette phrase entendue dans le film de Jean Yanne, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972) : « Cette manière d’élever le journalisme à la hauteur d’un spectacle permet à ses promoteurs de laisser croire qu’ils ont du talent. »

Rien à ajouter !

Valérie Pécresse, la vénéneuse

Le score pitoyable de Valérie Pécresse à l’élection présidentielle a été ressenti par l’intéressée comme un camouflet et un désaveu ; mais ‘’la bête n’est pas morte’’ et elle sévit encore.

Après avoir fait adopter en 2007 une loi relative ‘’aux libertés et responsabilité des universités’’, qui, en donnant les pleins pouvoirs aux présidents, a accéléré l’éclatement du service public d’enseignement supérieur (vieux rêve des libéraux), la présidente de la région d’Ile-de-France s’attaque aujourd’hui aux lycées parisiens. Avant d’autres ?

Au nom d’une restructuration, elle a annoncé la fermeture de 7 lycées parisiens dès la rentrée 2023 et de 2 autres à la rentrée 2024 ; évidemment, est-on tenté de dire, ce sont les lycées professionnels qui sont les premiers visés (6 sur les 7), ceux qui accueillent les enfants des classes populaires, question de choix idéologique de l’ancienne élève des établissements cathos les plus huppés. Les élèves seront répartis dans des établissements différents, le plus souvent très éloignés de leur domicile. La bourgeoise de Versailles a reçu le renfort du rectorat de Paris, donc d’Emmanuel Macron.

L’une y voit des perspectives d’opérations immobilières et l’occasion de faire des économies (sur le dos des enfants de la République) et l’autre y voit un bon moyen pour offrir l’enseignement professionnel aux patrons en privilégiant l’apprentissage qui sera transféré du ministère de l’éducation au ministère du travail.

Pécresse et Macron marchent main dans la main, comme un vieux couple de réactionnaires qu’ils sont, prêts à tout pour faire plaisir aux ultralibéraux.

Mais, Pécresse voit encore plus loin. Elle vient d’annoncer la création d’une mutuelle pour les Franciliens défavorisés. L’initiative aurait été louable si l’ensemble des mutuelles n’était pas dévoyé pour faire le bonheur des assurances privées. D’ailleurs, le projet de Pécresse fait une place à Axa. Curieux, non ?

Valérie Pécresse, désavouée par les électeurs, prend modèle sur Emmanuel Macron : quel que soit le résultat des élections, les privatisations et les mesures ultralibérales sont leur boussole et ils ne dévient pas de leur projet en faveur des milieux financiers.

Les intendants du patronat et de l’ultralibéralisme sont à l’œuvre. Sans état d’âme.

Polytechnique vendu !

L’association ‘’Polytechnique n’est pas à vendre’’ a perdu la première manche de son combat contre LVMH. Le conseil d’administration de l’école a validé le projet de création d’un laboratoire de recherche du groupe d’industrie du luxe sur son campus en lui vendant un terrain de 30 000 mètres carrés.

Bernard Arnault prétend édifier un bâtiment de 22 000 mètres carrés pour y accueillir 300 chercheurs. Le milliardaire a avancé un coût de 100 millions d’euros pour l’ensemble de l’opération. Une goutte d’eau pour la troisième fortune mondiale, qui réalise son rêve de s’installer sur le campus de Polytechnique.

Les opposants (association ‘’Polytechnique n’est pas à vendre’’ et étudiants) ont l’intention de saisir la justice pour faire échec au projet ; ils sont encouragés par le résultat du vote ; sur les 24 administrateurs appelés à se prononcer, 4 ont voté contre et 1 s’est abstenu : habituellement, les résolutions sont adoptées à l’unanimité.

Néanmoins, l’épisode est significatif du climat idéologique de la période, où les ultra-riches se permettent tout, en multipliant les opérations de lobbying à coups de millions. Rien ne doit et ne peut s’opposer à leurs caprices d’enfants gâtés, méprisant ceux qui n’ont rien. Quant aux écoles, y compris les plus prestigieuses comme Polytechnique, victimes de la politique gouvernementale en matière d’enseignement et de recherche d’assèchement des crédits alloués, sont parfois prêtes à s’allier avec les bailleurs de fonds les plus diaboliques pour continuer à exercer pleinement leur rôle.

Seule (mince) consolation : les étudiants de Polytechnique, issus surtout des classes favorisées, se sont élevés majoritairement contre le projet de LVMH. Bernard Arnault a néanmoins réussi là où le groupe Total (proposant un contrat de 3,8 millions d’euros pour financer une chaire de recherche et la construction d’un bâtiment dédié aux nouvelles énergies et aux sciences des données) avait échoué. Ce sont les étudiants, déjà, qui avaient amené Patrick Pouyanné à renoncer à son projet, en dénonçant une stratégie d’influence du groupe sur les cerveaux des futurs cadres de la nation.

Les grandes écoles et même certaines universités multiplient les liens avec les grands groupés privés, Sciences Po, l’Ecole des Ponts et Chaussées, l’Ecole centrale, etc. Il s’agit d’une guerre idéologique visant à rallier les futurs cadres à l’ultralibéralisme.

Polytechnique n’est pas à vendre ; celle des étudiants non plus.

Au fou !

Elon Musk a fini par assouvir son dernier caprice, à savoir le rachat de Twitter pour 44 milliards de dollars. Si les actionnaires se frottent les mains, la moitié des 7500 salariés pleurent. La moitié d’entre eux ont été virés par un simple message au cours de la nuit.

La loi du fric a tranché et Musk l’applique sans réserve. On mesurera la folie de ce champion de la nouvelle industrie quand on saura qu’il a dépensé 44 milliards pour racheter une activité non rentable depuis son lancement en 2006 ; elle n’a dégagé ses premiers profits (modestes) qu’en 2018. Et, évidemment, ce sont les salariés qui vont jouer les variables d’ajustement. Virés par Internet !

Ah, qu’elle est belle la démocratie américaine !

Mais l’agité du bocal a dû être rappelé à la raison par ses banquiers et il s’est ravisé. Après avoir licencié des services entiers et des techniciens considérés comme essentiels à la bonne marche du réseau dit social, il a intimé l’ordre de rappeler des ‘’licenciés par erreurs’’ et des ingénieurs nécessaires aux projets en développement. Les responsables n’ont pas eu plus de temps pour rappeler quelques poignées de licenciés qu’ils n’en avaient eu pour les jeter dehors.

C’est comme ça chez Musk : on agit et on réfléchit après. Il paraît que notre homme est un génie. 

Le même jour, il a décidé de retarder le lancement de l’application de certification payante des comptes.

Le mépris de cet homme est insondable. Il a émis le vœu d’envoyer des hommes vivre sur Mars ; qu’il y aille. Vite, et, surtout, qu’il y reste.

Musk fait-il école ? On apprend que Meta (ex-Facebook et Instagram) aussi va lancer un ‘’plan massif de licenciements’’. Les 87 000 salariés du groupe sont inquiets, car selon le Wall Street Journal, il pourrait s’agir du plus vaste plan de licenciement des technologies étatsuniennes.

Les patrons de la ‘’tech américaine’’ sont fous !

A Emmanuel Macron

Je recherchais, en vain, une épigraphe, lue il y a quelques années. Elle me semblait particulièrement appropriée à la situation politique que nous vivons aujourd’hui.

Eureka ! Je l’ai enfin retrouvée en fouillant ma bibliothèque dans le recueil des conférences données en 2007 à l’université de Toronto par Alberto Manguel, écrivain, traducteur et critique argentino-canadien, homme de culture remarquable.

Ainsi, cette phrase qui me hantait était l’épigraphe de La Cité des mots, parue chez Actes Sud en janvier 2009. Alberto Manguel l’a trouvée dans l’œuvre d’un écrivain irlando-britannique, William Hazlitt, Political Essays, with Sketches of Public Characters (1819).

« Aimer la liberté, c’est aimer les autres ; aimer le pouvoir, c’est s’aimer soi-même. »

Sans commentaires, n’est-ce pas ?

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