Entendre Marine Le Pen oser déclarer : « Maintenant c’est à Mediapart qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en Kevlar, parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent » est insupportable et inquiétant.
Lire que le coordinateur de la campagne de Flavio Bolsonaro, le sénateur Rogerio Marinho, profère des menaces à l’encontre des juges du Tribunal suprême fédéral du Brésil : « Lorsqu’il y aura un crime de responsabilité commis par la cour, le Sénat ne restera pas silencieux », est insupportable et inquiétant.
Entendre Marco Rubio, bras droit de Trump, menacer la Cour pénale internationale en déclarant que les Etats-Unis et leurs alliés pas un modèle du genre démocratique) Israël, Russie, Iran ou Qatar, poursuivront « leur campagne visant à démanteler la CPI brique par brique », est insupportable et inquiétant.
Lire que Donald Trump affirme qu’il est « temps pour l’Ukraine d’avoir un nouveau président », est insupportable et inquiétant.
Nous avons affaire à des monstres. Piétinant les fondements du droit national ou international. Qui osent remettre en cause les acquis sociaux ou les accords signés après la Seconde guerre mondiale, pour promouvoir le recours à la force armée, aux milices de sinistre mémoire.
Notre monde difficilement bâti après les monstruosités nazies s’effondre ; l’ONU est galvaudée ; la déclaration des droits de l’homme piétinée ; l’Organisation mondiale du commerce supplantée par les ‘’deals’’ imposés par Trump, le versatile. Et, devant ce chaos, l’Europe est étrangement absente pour défendre les valeurs, les principes et le droit, national et international.
Le temps est venu pour les citoyens de reprendre le pouvoir en chassant Trump, Netanyahu, Poutine, Bolsonaro, Milei, les ayatollahs d’Iran et combien d’autres.
Ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie n’est plus dans l’actualité ; le détroit d’Ormuz et la guerre en Ukraine, la colère des lycéens et l’augmentation du prix de l’essence font la ‘’une’’ des médias. Le génocide du peuple palestinien est occulté. Sauf dans quelques titres.
Arnaud Miguet, correspondant de France Télévisions à Jérusalem, a confié à Télérama : « Je crois qu’on n’a pas passé un sujet depuis cet été. Il y en aurait à faire tous les jours, que ce soit sur les frappes qui continuent, les bâtiments qui s’effondrent sur les gens, l’aide alimentaire qui peine à arriver… » Ses propos sont confirmés par un journaliste local, Fayez Aref Abu Khousa, qui déplore la situation : « « Avant, je faisais au moins six reportages par mois, là j’en ai fait seulement six en 2026. »
Les journalistes palestiniens côtoient l’horreur à chaque instant comme le confie Nabil Diab au magazine culturel : « J’ai couru en pleine nuit sous les bombes pour rejoindre un ami qui pouvait me donner du pain, j’ai dormi entre des cadavres, je me suis douché dans une morgue, j’ai fini par avoir plus peur de la vie que de la mort ».
Et quand ils témoignent, il leur est imposé une politique éditoriale incroyable : « On n’utilise les mots “génocide” ou “occupation” que dans les citations, raconte Adel Al-Zaanoun qui travaille pour l’AFP. Même chose pour le mot “terroriste”, utilisé par les officiels israéliens pour parler du Hamas. » Son collègue, Rami Abou Jamous, qui travaille pour TF1, France 24 et d’autres médias, confesse avoir été censuré : « Dans une vidéo, j’ai parlé de l’armée d’occupation. On m’a demandé de changer pour dire armée israélienne, ce que j’ai refusé. Le sujet n’est pas passé. »
Leurs conditions de vie et de travail sont précaires et dangereuses. Ils font preuve d’un courage extraordinaire et ils souhaitent, tous, voir les journalistes étrangers venir enfin pour témoigner de l’horreur occultée ; l’un d’eux l’a exprimé à Télérama : « Quand ils viendront, ils découvriront des millions d’histoires, et Israël ne pourra pas rétorquer qu’ils travaillent avec le Hamas. Ils écriront des reportages encore plus forts que les nôtres, et ils utiliseront des mots comme celui de “génocide” ».
Benyamin Netanyahu a gagné la bataille de l’information, pour l’instant. Seule la parole israélienne et la propagande peuvent s’exprimer. Les journalistes palestiniens, eux, font preuve d’un courage admirable en espérant gagner, finalement, la guerre médiatique.
Un lycéen amputé ; un autre éborgné. De nombreux blessés. Des centaines de jeunes inconnus des services de police interpellés. C’est le triste bilan des manifestations lycéennes.
Tout ce que peut répondre le gouvernement aux jeunes par la voix du sinistre ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, c’est : « Ma doctrine est claire : réaffirmer l’autorité de l’Etat et ne laisser aucune atteinte à la sécurité et à l’ordre publics sans réponse. Le principe, c’est l’intervention ; l’exception, c’est la non-intervention ».
La doctrine du ministre de l’intérieur depuis des décennies n’a pas varié : au nom de l’ordre public, on réprime tout mouvement social. En vertu de quoi, la force des armes parle.
Mais, quand un ministre parle d’ordre public sait-il que c’est en premier lieu son gouvernement qui sème le désordre en sacrifiant l’éducation nationale dans les banlieues ou dans les zones rurales. C’est lui et lui seul qui pousse la jeunesse à se rebeller contre un Etat à la solde des seules classes possédantes.
Professeurs méprisés et mal payés, non remplacés, réformes continuelles pouvant aller jusqu’à la création d’un filtre de classe, Parcoursup, établissements en ruine, souvent, tel est le quotidien des lycéens aujourd’hui.
Et pour seule réponse, la répression des forces dites de ‘’sécurité’’, le vote de lois répressives, quand la jeunesse ne demande qu’à étudier sereinement.
Devant les députés le 18 mai 2026, Laurent Nunez, toujours lui, avouait à propos du projet de loi Ripost : « Pour autant, par ce projet de loi, nous poursuivons une autre ambition que le seul choc d’autorité. En effet, les forces de sécurité, associées aux travaux préparatoires à ce projet de loi, ont mis en lumière certains besoins criants d’évolution de leurs moyens juridiques, techniques et procéduraux. On leur réclame toujours plus de sécurité : en parallèle, nous devons veiller à leur offrir les moyens efficaces de nos ambitions. » La loi scélérate a été votée.
Aujourd’hui, on mesure toute l’ambition d’un gouvernement aux abois, incapable de prendre les mesures pour réduire la dette, augmenter le pouvoir d’achat et, donc, répondre à la colère des jeunes : offrir à la police les moyens d’assurer toujours plus de sécurité, la sécurité capitaliste des milliardaires.
Le capital est à bout de souffle et plus il s’embourbe, plus il réprime ; une seule réponse à cet état de fait : changer radicalement de politique dès 2027 avec un candidat unique de la gauche.
C’est possible ; c’est nécessaire. Pour répondre à la jeunesse.
Charles Baudelaire a célébré l’âme du vin et eu des mots ailés pour ceux qui le font :
« Je sais combien il faut, sur la colline en flamme / De peine, de sueur et de soleil cuisant / Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme »
Mais c’était dans les Fleurs du mal, il y a très longtemps. Aujourd’hui, l’âme du vin a été captée par des industriels bourrés de fric et qui font des grands crus des produits à cash, réservés à une élite.
On ne vendange plus en famille ou avec les amis ; les industriels bourrés de fric ont introduit leurs méthodes industrielles. On ne vendange plus en famille, donc, on sous-traite la main d’œuvre à bas coût et on sous-traite à de nouveaux exploiteurs d’êtres humains, des immigrés, de préférence non déclarés ou avec de faux papiers.
Le Bien Public, journal local, a enquêté : « Pendant 10 jours en août, ils ont coupé du raisin pour les plus beaux domaines des côtes de Beaune et de Nuits. Mais aujourd’hui, ils sont une centaine de vendangeurs à ne toujours pas avoir été payés. Le prestataire et son sous-traitant, qui ont fait appel à eux, se renvoient la balle. »
Et d’avouer : « C’est une honte pour la Bourgogne ! Derrière les vins prestigieux des côtes de Nuits et de Beaune, il y a toute une chaîne de travailleurs. A commencer par ceux qui ramassent le précieux raisin. »
Ces travailleurs piétinés, outragés, qui attendent encore leur maigre salaire, sont Marocains, Soudanais ou Afghans. Evidemment.
Ils ont été ‘’embauchés’’ (une centaine, donc) par un sous-traitant qui renvoie la balle au propriétaire des vignes. Bref, un montage classique de l’esclavage moderne. Et une pratique utilisée partout où le raisin donne naissance à des grands crus.
Dans leurs somptueuses demeures parisiennes, les propriétaires des grands crus chantent à leur tour l’âme du vin, de ‘’leurs’’ grands crus. Sans une pensée pour les esclaves qui ont vendangé leurs raisins, mais avec un mépris abyssal. Sans respect pour la peine, la sueur et le soleil cuisant qui rend les vendanges harassantes.
Le vin a perdu son âme quand les vignes sont tombées, elles aussi, sous le contrôle de la finance et des industriels comme Arnault, Pinault et autres milliardaires.
Comment qualifier un Etat qui pratique encore la peine de mort ? Comment qualifier un Etat qui pratique encore la peine de mort pour les femmes ? Comment qualifier un Etat qui laisse une femme, condamnée à mort à 18 ans, pendant 32 ans dans le couloir de la mort, où les conditions de détention sont particulièrement cruelles ? Comment qualifier un Etat qui injecte, 32 ans plus tard, deux doses létales de pentobarbital frelaté n’entraînant pas la mort mais laisse la femme de 50 ans aujourd’hui agoniser dans un hôpital ?
C’est l’histoire abominable qui vient d’être infligée à Christa Pika dans le Tennessee, aux Etats-Unis.
Cet épisode insupportable en 2026 illustre la situation aux Etats-Unis sous la présidence du détraqué Donald Trump. Car l’exécutif n’est pas innocent dans cette triste affaire : la Cour suprême, composée majoritairement de juges nommés par le président, avait autorisé l’exécution de Christa Pike.
Trump si prompt à réagir sur son réseau social est resté muet. On doute néanmoins qu’il se soit indigné de ce ‘’raté’’, lui qui veut rétablir la peine de mort partout.
Et, avec ça, il y a encore des citoyens du monde à vénérer les Etats-Unis !
La liste des méfaits contre la culture de maires issus du RN s’allonge dangereusement. L’une, cependant, me touche particulièrement : à Elne, près de Perpignan, le cinéma René Vautier a été débaptisé pour prendre le nom de ‘’La Bobine illibérienne’’.
Le maire Steve Fortel justifie grossièrement ce changement de nom : « « Je ne veux pas faire de politique avec la culture et René Vautier, encore une fois avec tout le respect que j’ai pour les engagements qui sont les siens, c’est un homme marqué politiquement. » Quel prétexte fallacieux et honteux !
La fille de René Vautier a déploré cette décision en déclarant : « C’est effacer le nom d’un cinéaste dont toute l’œuvre fut précisément consacrée à la liberté de création ».
René était un ami très cher. J’éprouvais toujours un grand plaisir et beaucoup de fierté à échanger, parfois longuement, avec lui.
René a été Résistant à 16 ans et, à ce titre, il a reçu la Croix de guerre 1939-1945 à 18 ans. Toute sa vie, il est resté Résistant ; son œuvre cinématographique en témoigne, au-delà de l’admirable Avoir vingt ans dans les Aurès (prix de la critique du Festival de Cannes en 1972). Il avait tant de choses à partager et à transmettre aux nouvelles générations pour que personne n’oublie le passé.
Ses films ont combattu le capitalisme, le colonialisme, la guerre d’Algérie, le racisme, l’apartheid et l’extrême droite. Et c’est bien ce passé d’un combattant pour la fraternité et la liberté qui, aujourd’hui, à Elne est effacé par un maire d’extrême droite de la pire espèce.J’éprouve une grande et infinie tristesse après avoir pris connaissance de cet outrage à René. Le maire d’Elne ne mérite que mépris. Et, à René Vautier, nous devons de continuer à lutter pour vaincre racistes et réactionnaires
Pendant quatre longues journées, avachi devant son téléviseur à suivre les chaînes de France Télévisions, il était difficile d’ignorer que le pape était en France.
Messes à Paris à Notre-Dame ou place de la Concorde, Lourdes, Metz, veillée au Stade de France, discours à l’UNESCO ou à Metz, déambulations en papamobile, suivi pas à pas dans les rues ou sur les routes des aéroports, tout a été retransmis en direct par le service public.
Ce service public d’un Etat laïc était entièrement à disposition pour transmettre une campagne de marketing de l’Eglise catho digne de celle de Céline Dion.
Le personnage de Léon XIV est ambigu ; on appréciera ses paroles pour la paix ou pour l’aide à apporter aux migrants, mais il a été digne des réacs les plus réacs en condamnant l’avortement ou l’euthanasie. Il est par ailleurs resté sur une réserve incroyable à propos des violences sexuelles dans son Eglise. Les journalistes de France Télévisions n’ont cependant jamais relevé les ambiguïtés du souverain pontife.
Les journalistes du service public, donc, se sont comportés comme de dignes communicants du pape, façon Pascal Praud, en ayant invité les égéries de la calotte comme Sophie de Ravinel et d’autres.
Les principes professionnels de distanciation ? Oubliés. On peut espérer que le Vatican a accordé aux journalistes jouant du superlatif une bénédiction gratuite. Ou une confession dès le mardi matin pour leur permettre de retrouver leur esprit critique tant ils avaient laissé la place au spectacle et à la béatitude.
Léon XIV est reparti dans son micro-Etat, au milieu d’une Curie où l’habitude est de s’écharper ; les églises vont à nouveau se vider. Pas sûr que les efforts de la campagne de marketing des cathos, réacs ou pas, se traduisent par un regain de la foi chrétienne quand la France est plongée dans une crise inédite.
Le MEDEF s’affiche de plus en plus ouvertement avec le RN. Après un déjeuner avec Marine Le Pen et un grand dîner avec Jordan Bardella à l’invitation des grands dirigeants de l’économie française, puis un nouveau déjeuner du bureau exécutif de l’instance patronale avec le même Jordan Bardella, le patron des patrons, Patrick Martin a exprimé son inquiétude de voir CGT et CFDT « se politiser à outrance ».
En cause, les prises de position des deux centrales syndicales visant le RN et la proximité du MEDEF avec un parti raciste, réactionnaire et anti-social.
Quand le patronat donne des leçons aux syndicats, c’est qu’il veut les entraîner sur le chemin de la cogestion. Surtout en période de crise.
Sophie Binet, secrétaire de la CGT, avait déjà interpellé le MEDEF, lui reprochant notamment de ne regarder que le programme économique du RN. Plus récemment, elle avait apostrophé le dirigeant patronal : « Quand Patrick Martin dit qu’il ne sait pas si Marine Le Pen est d’extrême droite, c’est une faute morale historique. Cela confirme que, pour le Medef, il n’y a que l’argent qui compte. » Et de rappeler à ceux qui cherchent à affaiblir les syndicats que la CGT a toujours placé la défense des valeurs démocratiques en tête de ses revendications.
L’éventuelle arrivée au pouvoir de Marine Le Pen mobilise CGT et CFDT, pas le patronat à entendre les réflexions époustouflantes de Patrick Martin : « Ça n’est pas notre sujet. On n’est pas là pour ça. ». Comme si les choix économiques étaient séparables des choix politiques.
Ce ne sont pas les organisations syndicales qui jettent une « ombre suspecte sur la démocratie sociale », mais bien le MEDEF qui a choisi sans ambiguïté la régression sociale et l’autoritarisme du RN. Que le patronat se rapproche ouvertement d’un parti fondé par des nazis et qui a toujours prôné, entre autres, la préférence nationale, est inquiétant à la veille d’élections cruciales pour une France démocratique et de progrès social.
Quand le MEDEF esquisse une valse avec le RN, les épisodes les plus sombres de la France nous reviennent en mémoire. De nombreux militants de la CGT y ont perdu leur vie après déportations et tortures…
Charles Sapin, valetaille de Valeurs actuelles multipliant les ‘’unes’’ racistes, ose se comparer à la bête du Gévaudan, dans un long message où il déverse toute sa morgue pour dire qu’il ne pourra pas lire ses éditoriaux sur France Inter. Le mythe de la bête a duré et inspiré de très nombreux ouvrages et même le cinéma. Charles Sapin, lui, tombera vite dans les poubelles de l’histoire.
Dans son message, il éructe et vilipende les « assauts de syndicats tout-puissants » à Radio France, « l’ouïe fine des cortèges ‘’antifascistes’’ », « cette brillante innovation démocratique : la censure préventive ». Bref, il a plongé sa plume serve dans la logorrhée d’extrême droite la plus basique, la plus exécrable.
Pourquoi tant de phrases aussi médiocres si « mon cas personnel importe peu ». Sinon saisir une nouvelle occasion pour fustiger « des forces anti-républicaines, jusque dans le temple qu’est France Inter ».
Il se dit victime de délit d’opinion quand le racisme inhérent à Valeurs actuelles lui a valu de multiples condamnations. Il déplore que la direction de Radio France « ait décidé d’ainsi rendre les armes », quand c’est justement ce qu’il nomme une « minorité radicalisée » (mais une majorité d’opinion) qui a contraint Sibyle Veil à préserver le pluralisme de France Inter. Merci à ceux qui ont osé dénoncer ce qui aurait été une défaite du droit à être informé justement et complètement, quand la sphère dirigeante de la station avait failli.
L’extrême droite affiche toujours la question du pluralisme pour justifier ses demandes réitérées d’être traitée comme les autres courants d’idées et la nomination de Charles Sapin n’était que la suite logique du rapport Alloncle.
La bête du Gévaudan, version 2026, peut éructer, il n’y aura pas de ‘’mandement de l’évêque de Mende’’ pour appeler les foules à punir les vrais démocrates qui militent pour un journalisme fort et indépendant.
Acteurs, auteurs, réalisateurs, techniciens intermittents et producteurs, réunis à La Rochelle pour le festival de la fiction audiovisuelle, ont lancé un cri d’alarme. Toute la filière est en crise. En cause, la concurrence des plateformes de streaming au détriment des chaînes, la baisse des investissements des principaux diffuseurs (France TV et TF1), faute de crédits suffisants, la diminution drastique des jours de tournage, etc.
Un producteur indépendant a pu annoncer sans être contredit que « le gouvernement est en train de préparer le premier plan social de la production, alors que c’est un secteur qui marche », un plan qui pourrait menacer 17000 à 18000 intermittents du spectacle.
Devant des professionnels inquiets, Martin Ajdari, président de l’ARCOM, s’est voulu rassurant et s’est félicité que Netflix soit devenu désormais le premier financeur privé de la création en 2025.
Toutefois, il a dû reconnaître qu’un euro investi par une plateforme comme Netflix « ce n’est pas exactement la même chose qu’un euro investi par France Télévisions, TF1 ou Canal+ ».
En effet, le nombre de jours de tournage des plateformes américaines est inférieur, les œuvres sont définies dans des studios par des équipes très formatées et idéologiquement asservies, et, enfin, d’une stratégie économique guidée par la seule rentabilité financière. Il a pu ajouter que les conditions sociales en France et aux Etats-Unis n’ont également rien de commun.
Si les règles de concurrence ne sont pas modifiées, la fiction française sera rapidement en faillite pour le plus grand bonheur de Netflix, Disney ou Prime Video. Pour le plus grand malheur de l’exception culturelle française.
Le Festival de La Rochelle a eu raison de s’alarmer ; hélas, le budget préparé par Sébastien Lecornu ne viendra pas rassurer les professionnels de l’audiovisuel ; bien au contraire.
La seule solution pour la filière audiovisuelle n’est-elle pas de rejoindre les mouvements de contestation qui grandissent aujourd’hui en France ?
Emmanuel Macron, ci-devant président de la République, et son premier ministre, exécutant de ses basses œuvres, vont laisser la France dans un piteux état, avec une dette énorme, un chômage en hausse, un pouvoir d’achat en baisse. La colère gronde dans le peuple. Néanmoins, on peut s’interroger : la colère se traduira-t-elle en votes favorables à une quasi ‘’révolution’’ du système libéral ? Rien n’est assuré, d’autant plus que la gauche se chamaille vertement.
L’extrême droite, elle, est à la pointe de la bataille idéologique pour défendre un système à bout de souffle mais qui creuse les inégalités. Sur un fond de racisme (très) inquiétant.
Les racistes ne manquent donc aucune occasion pour avancer leurs idées nauséabondes dans le débat public.
Eric Zemmour, multi-condamné pour provocation à la discrimination raciale, à la haine raciale, à la haine religieuse, à la haine contre les migrants, pour diffamation, injure à caractère raciste, etc. est le parfait exemple de l’immense mansuétude des médias vis-à-vis des ultra-réactionnaires. Zemmour saute sur toutes les occasions ; il vient d’insulter Kylian Mbappé en direct sur BFM TV, sans que les journalistes ne l’interrompent ; ceux-ci sont à la recherche de ‘’bons clients’’ pour créer du ‘’buzz’’ et donc de l’audience, Zemmour en est un. Peu leur importe que les saillies des racistes relèvent de la justice.
Quant à Zemmour, ses condamnations sont une occasion de faire parler de lui. Les chaînes sont ses alliées et donc condamnables comme lui.
Il y a réellement un danger raciste en France aujourd’hui.
La ville de Carcassonne, qui a élu un maire du RN au printemps, en est la plus terrible illustration. Trois événements en apportent hélas la preuve. Un aumônier militaire a fustigé les gauchistes appelés à respirer par le nez et dénoncé « ceux qui mangent de la graine ». Il a prêché le retour des croisades devant un parterre hilare de soldats d’un régiment de paras.
Qu’attend le Vatican pour excommunier cet odieux personnage ?
Quelques jours plus tôt, était dévoilée une vidéo dans laquelle un policier municipal tenait des propos racistes, homophobes et complotistes. Puis, plus tard, c’était un agent de la police nationale qui, devant les caméras, jetait violemment à terre un jeune sans-abri.
Le danger raciste est partout et la parole raciste se libère comme jamais. Pas seulement à Carcassonne.
Les médias ont une large part de responsabilité dans la montée du racisme, de l’homophobie en banalisant les voix d’extrême droite. C’est pourquoi les recrutements de journalistes issus de publications immondes par le service public, radio et télévision, comme Charles Sapin ou Eugénie Bastié, sont autant de provocations. C’est pourquoi les invitations répétées dans les émissions des Zemmour, Onfray, Ménard, Finkielkraut, Houellebecq, Elisabeth Lévy, etc. participent à la banalisation des idées de la droite extrême.
Les démocrates ne doivent rien attendre de Macron, Lecornu, ou des Retailleau, Wauquiez, et encore moins de Le Pen, etc. C’est donc au peuple de dénoncer ce racisme sans limite et de retrouver la voie de la fraternité, celle qui figure sur tous les frontons des établissements publics.
Le gouvernement est à la recherche de 6 milliards d’euros d’économies pour le budget 2027. Depuis quelques jours, les ministres martèlent que les retraités devront accepter de faire un effort de solidarité comme pour mieux faire accepter désindexation des pensions et/ou suppression de l’abattement fiscal de 10% pour frais professionnels. Ces diverses mesures, ça tombe bien, permettraient de trouver ces fameux 6 milliards.
La campagne est grossièrement orchestrée par le premier ministre Sébastien Lecornu, dont les arguments justifiant de faire les poches aux retraités sont obsessionnels.
Les retraités, eux, organisent la rébellion et eux aussi ont des arguments. Ils ont trouvé un inattendu allié, ça ne s’invente pas, dans une étude publiée par un gestionnaire d’actifs, Janus Henderson Investors, dans laquelle il est révélé que les principales sociétés cotées en France ont distribué 70,4 milliards de dollars (environ 61 milliards d’euros) à leurs actionnaires au seul deuxième trimestre 2026. La France est ainsi première en Europe, devant l’Allemagne (51,3 milliards de dollars), l’Italie (17,5 milliards) et l’Espagne (13,2 milliards), et deuxième derrière les Etats-Unis (177,2 milliards) au niveau mondial.
Une ponction de 10 % sur ces dividendes serait indolore pour les actionnaires et permettrait de satisfaire un gouvernement à la recherche des 6 milliards. D’autant plus que les fameux rachats d’actions, qui consistent à utiliser des bénéfices pour acquérir ses propres titres – une autre façon de choyer ses actionnaires en augmentant la valeur des actions restantes –, ont bondi de 26,8 %, à 572 milliards de dollars.
Bref, le néfaste président de la République, en cours de congédiement, pourrait ressortir son argument du ruissellement pour justifier une légère ponction de 10% sur les dividendes du second trimestre 2026 à la grande satisfaction des retraités.
Quand un pouvoir politique a des œillères ultra-libérales, il s’en prend toujours aux plus faibles, c’est-à-dire à ceux qui ont travaillé toute une vie, pour préserver les milliards des gros actionnaires amassés dans des paradis fiscaux.
Le gouvernement israélien d’extrême droite doit compter aujourd’hui avec les voix d’une opposition qu’il n’arrive pas à museler totalement.
Deux événements viennent de l’ébranler récemment.
Quand le remarquable documentaire Naza sur la guerre à Gaza, réalisé par deux Israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, s’est vu décerner le Prix du Jury à la Mostra de Venise, la salle s’est levée et a ovationné les deux auteurs.
Le ministre de la culture, Miki Zohar, l’ancien ministre de la défense, Avigdor Lieberman, et même l’armée ont, eux, éructé et usé d’épithètes honteux pour condamner un film méprisable, un tissu de diffamations et de calomnies. Ils ont cru bon d’ajouter que la Mostra n’était qu’un festival woke et antisémite. Les dirigeants israéliens sont méprisables.
Au plus fort de la polémique, une ONG de défense des droits humains, B’Tselem, a publié une enquête dans laquelle elle dénonce une politique d’apartheid, de régime d’oppression, et meut en cause le suprémacisme juif en Cisjordanie occupée.
B’Tselem dénonce les violences des colons juifs et un système politique visant à détruire la capacité du peuple palestinien à exister.
Une fois encore, droite et extrême droite se mobilisent pour dénoncer les enquêtes de B’Tselem et l’empêcher de les publier.
Si l’opinion internationale se mobilise et dénonce, elle aussi, le régime d’apartheid et les violences à Gaza et en Cisjordanie, l’opinion israélienne, elle, est anesthésiée : « Tout est fait pour nous inciter à ne pas regarder la réalité en face », a déclaré Yuval Abraham en recevant son prix à Venise. Raison supplémentaire pour contraindre les dirigeants du monde à boycotter Israël et à relayer les voix différentes.
Benyamin Netanyahu ment quand il prétend ne viser que le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban faisant des centaines de victimes innocentes ; il ment quand il assure ne pas avoir été averti de l’attaque du 7 octobre 2023.
La direction de Radio France ment quand elle prétend que l’arrivée de Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs actuelles, sur France Inter est compatible avec les valeurs de pluralisme du service public.
La direction de France Télévisions ment quand elle supprime de sa plateforme la carte blanche donnée à Adèle Haenel en conclusion de La Grande Librairie au prétexte que la prise de position de la comédienne sur le génocide en Palestine n’a pas pu être contrebalancé par plusieurs points de vue imposés par son cahier des charges.
On pourrait ajouter quelques autres mensonges et dresser un inventaire à la Prévert de l’art du mensonge aujourd’hui.
Un ajout tout de même, parce qu’il est trop énorme, celui de Donald Trump s’engageant à verser 5000 dollars à chaque citoyen américain majeur en cas de victoire des républicains lors des ‘’midterms’’.
Quand je m’interroge sur la vie politique et que je cède à la colère ou au désespoir, je me replonge dans les œuvres de José Saramago. J’ai retrouvé un texte de 2008 dans lequel il écrit :
« Il y a quelque temps, un politicien portugais, qui avait alors des responsabilités au gouvernement, a déclaré à qui voulait l’entendre que la politique est, en premier lieu, l’art de ne pas dire la vérité. Le pire, c’est qu’après qu’il eut dit cela, pas un seul politicien, que je sache, de la gauche à la droite, n’est venu le corriger en disant que, non monsieur, la vérité devra être l’objectif unique et ultime de la politique. Pour la simple raison que ce n’est qu’ainsi que les deux pourront être sauvées : la vérité par la politique, la politique par la vérité. »
C’est fou que la lecture de Saramago arrive à me réconcilier avec la politique et à me faire honnir ces politiciens qui ne connaissent que le mensonge.
Le Sénat est un bastion de la droite, mais un bastion qui se radicalise de plus en plus. D’un même élan, toutes les composantes de cette droite réactionnaire entendent peser sur l’élection présidentielle.
Elles avaient créé une mission dite d’information sur les prélèvements obligatoires. Elles viennent de publier un rapport qui n’a plus rien d’informatif, mais qui se veut une « boîte à outils » à disposition des candidats.
Ses préconisations sont si illibérales que le groupe du Parti socialiste s’est réveillé et dénoncé « l’instrumentalisation de ce rapport qui n’a en réalité qu’une finalité idéologique à quelques mois de l’élection présidentielle ». Est-ce possible ?
Le rapport donc plaide pour la suppression des impôts de production et l’abrogation de la surtaxe d’impôt sur les sociétés frappant les grands groupes.
C’est tout simplement le programme du Medef.
Par ailleurs, les sénateurs de la droite dure entendent réduire le poids des cotisations sociales par « l’introduction d’une part de TVA sociale et/ou un réalignement des différents taux de CSG ; et/ou une diminution des dépenses de la Sécurité sociale, dans le cadre d’une réforme des retraites pouvant inclure l’introduction progressive d’une part de capitalisation et l’allongement de la durée globale du travail au cours de la vie ; et/ou la réduction ou la suppression de dépenses fiscales telles que l’abattement de 10 % sur le montant des pensions et des retraites les plus importantes. » Pour être clair, le « ou » est vraiment superfétatoire.
Le Medef applaudit à tout rompre, François Hollande aussi, qui fait le tour des médias pour vanter les mérites de la TVA sociale et des retraites par capitalisation.
De Bolloré aux sénateurs de droite, c’est à qui fera les propositions les plus réactionnaires, les plus anti-sociales.
Le décor est planté pour la présidentielle et on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.
A quelques jours des prochaines élections, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, est en difficulté avec les extrémistes et fascistes. Il multiplie donc les prises de position elles aussi extrêmes, bellicistes et génocidaires.
Il vient de déclarer clairement : « Nous contrôlons la zone. Nous ne nous retirerons pas. Nous restons sur cette ligne. Nous contrôlons 60% de la bande de Gaza et nous ne nous arrêterons pas, car nous éliminons, jour après jour, les terroristes qui nous menacent ».
Netanyahu bombarde et tue sans discernement des innocents.
Mais il ne fait pas que tuer. Les bombardements ont aussi comme mission de détruire les sites historiques et culturels de Gaza. Il vaut réduire Gaza à un tas de ruines en visant lieux de culte, cimetières, demeures historiques, marchés traditionnels, sites archéologiques, musées, bibliothèques et établissements d’enseignement historiques.
Le Centre Al Mezan pour les droit humains, une ONG avec statut spécial auprès de l’ONU, a recensé 226 sites détruits totalement ou partiellement.
Al Mezan parle, à juste titre, de génocide culturel dans un récent rapport : « La destruction matérielle à Gaza a des répercussions psychologiques et culturelles sur sa population (…) Gaza a subi un effondrement grave sur les plans social, éducatif, médical et infrastructurel, ce qui rend la reconstruction culturelle particulièrement difficile. La disparition d’artistes, d’écrivains, de journalistes et d’universitaires menace encore davantage la culture et l’identité palestiniennes contemporaines. Cette dévastation culturelle affaiblit les liens de la société palestinienne avec son passé et, par conséquent, sa capacité à se relever. »
Le rapport décrit le schéma précis des attaques israéliennes, ciblant les sites historiques : « Dans un premier temps, [les forces israéliennes] ont bombardé les bâtiments environnants, causant des dégâts plus ou moins importants aux sites patrimoniaux situés à proximité. Cette étape a été suivie par le ciblage délibéré et direct de sites archéologiques et historiques emblématiques. Par la suite, après avoir mené des incursions terrestres à travers la bande de Gaza, elles ont commencé à raser et à ensevelir ces sites, puis ont rasé des quartiers historiques entiers, en particulier dans la ville de Gaza. »
Al Mezan dénonce le viol de l’article 53 des Conventions de Genève interdisant « tout acte d’hostilité dirigé contre des monuments historiques, des œuvres d’art ou des lieux de culte qui constituent le patrimoine culturel ou spirituel des peuples ».
Benyamin Netanyahu s’affranchit de toutes les conventions pour assurer sa réélection et maintenir son entente avec les fascistes comme Ben Gvir. Sans honte. Assuré que, au bout du compte, la mémoire collective du peuple palestinien sera effacée, que le sentiment d’appartenance du peuple palestinien à sa terre sera effacé, que ses symboles seront effacés.
Benyamin Netanyahu est un voyou qui semble agir en toute impunité, tant les Occidentaux font preuve de mansuétude envers les génocidaires. Honteux !
Gabriel Zucman est un brillant économiste. Si brillant (et, surtout, si anti-libéral) que les chaînes du service public (radio et télévision) évitent de l’inviter. On lui préfère les ultra-libéraux. Au nom du pluralisme ?
Il délivre chaque semaine une analyse, elle aussi, bien entendu, particulièrement brillante. Aujourd’hui, celle-ci est d’une longueur inhabituelle pour ce blog, mais il m’est apparu nécessaire de la publier in extenso compte tenu de son importance et de la place que la ‘’TVA sociale’’ va prendre dans les débats de l’élection présidentielle. Ce texte mérite d’être popularisé pour éclairer les citoyens.
« Avec son projet de « TVA sociale » défendu par plusieurs candidats à l’élection présidentielle, le Medef propose une fuite en avant dans un modèle économique à bout de souffle et qui ne trouve plus guère de soutien intellectuel, même parmi les économistes les mieux disposés.
Lors des journées de rentrée du Medef qui se sont tenues à Paris les 26 et 27 août, le président de l’organisation patronale s’est livré à un plaidoyer en faveur de nouveaux allègements de cotisations sociales à hauteur de 60 milliards d’euros, qu’il propose de financer par une hausse de TVA. C’est le fameux projet de « TVA sociale », soutenu par plusieurs candidats à l’élection présidentielle, et qui risque de se trouver au cœur des débats lors des élections de 2027. Cela mérite donc que l’on s’y attarde.
Pour bien comprendre cette proposition, il faut d’abord la replacer dans le cadre de la politique fiscale et sociale suivie par les gouvernements français successifs depuis quatre décennies. Il faut surtout objectiver le projet de société global porté par le Medef : les groupes sociaux qu’il entend favoriser, ceux qu’il estime devoir faire des sacrifices, et la vision de l’organisation de la solidarité nationale qu’il porte.
Le constat de départ posé par Patrick Martin est bien connu : les entreprises françaises qu’il représente seraient écrasées par une lourde fiscalité qui entraverait leur développement. Ce refrain n’a pas changé depuis 40 ans, en dépit des transformations profondes qu’a pourtant connues notre pays. Rappelons donc les principales évolutions.
Pour commencer, le taux d’impôt sur les sociétés, qui est le principal impôt acquitté par les entreprises en France, est passé de 50 % en 1985 à 25 % en 2026. Il a été divisé par deux en une génération.
Dans le même temps, les grandes entreprises multinationales se sont mises à délocaliser une partie croissante de leurs bénéfices dans des paradis fiscaux, siphonnant les recettes publiques de la France.
Nous avons analysé le mois dernier un cas d’école, celui de TotalEnergies qui, bien qu’employant 37 000 salariés dans l’Hexagone, n’y enregistre aucun bénéfice et n’y paie donc pas d’impôt sur les sociétés.
La conséquence de tout cela ? Le taux effectif d’imposition des entreprises n’a certes pas baissé de moitié depuis les années 1980 (car des niches fiscales mitaient déjà l’impôt sur les sociétés dans ces années-là), mais il a lourdement chuté.
Ce sont les grandes entreprises qui ont profité à plein de cet effondrement — pas les PME, qui ne peuvent guère envoyer leurs profits à Singapour ou aux Bahamas. D’après l’Insee, le taux effectif d’imposition des grandes entreprises est passé de 19,3 % en 2016 à 14,3 % en 2022.
Le manque à gagner pour les finances publiques est considérable : de l’ordre de 20 milliards d’euros par an. C’est l’équivalent du budget de l’enseignement supérieur qui s’est volatilisé, en moins d’une décennie.
Et il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg. Car en parallèle de cette évolution, une autre, aux conséquences plus massives encore, a suivi son cours depuis trois décennies : la remise en cause de notre système de protection sociale né de la Seconde Guerre mondiale.
Pour le comprendre, il faut revenir sur ce qu’est une fiche de paie, car c’est ici que se révèle le projet global porté par le Medef depuis des années.
Une fiche de paie comporte trois montants :
Le salaire net : ce qui arrive sur le compte bancaire du salarié.
Le salaire brut, qui ajoute les cotisations dites salariales.
Le salaire « super-brut » : coût total pour l’employeur, qui ajoute les cotisations dites patronales.
Toutes ces cotisations, qu’elles soient salariales ou patronales, constituent un prélèvement sur les salaires : elles réduisent les montants qui atterrissent sur les comptes en banque des travailleurs, relativement aux montants versés par leurs employeurs.
Ces prélèvements financent la protection sociale : notre système de retraite, l’assurance maladie qui permet à tous les Français d’avoir accès à la santé, l’assurance chômage, les allocations familiales, etc.
Depuis les années 1990, le Medef s’est battu pour réduire ces cotisations sociales. Avec un immense succès : les exonérations de cotisations sociales atteignent désormais 90 milliards (!) d’euros par an, soit 3 % du PIB. Ces baisses de cotisations ont creusé un trou considérable dans nos finances publiques.
Elles ont également forcé notre Sécurité sociale à réduire son périmètre, laissant le champ libre aux assurances privées – j’y reviendrai.
Pour remporter cette victoire, le Medef a mobilisé une rhétorique trompeuse mais efficace : en renommant « charges » les cotisations sociales, en présentant comme un « fardeau » ces prélèvements qui permettent pourtant de financer des besoins vitaux – comme celui de se soigner ou d’élever des enfants –, en faisant accroire que l’employeur « supporterait » ces cotisations, alors qu’il s’agit du salaire mis de côté et socialisé par les travailleurs pour se protéger des aléas de l’existence.
Mais ce modèle est à bout de souffle. Les baisses de cotisations sociales ont atteint des montants tels qu’elles ne trouvent plus guère de soutien parmi les économistes, même les mieux disposés.
Antoine Bozio et Etienne Wasmer – deux économistes qu’on ne peut pas accuser de gauchisme – concluaient ainsi, dans un rapport commandé par le gouvernement en 2023, que ces exonérations avaient été beaucoup trop loin.
Pourtant, le Medef propose de remettre une pièce dans la machine. Les 90 milliards de baisses de cotisations ne suffisent pas : il faut y ajouter 60 milliards supplémentaires. Il faut encore « rapprocher le net du brut », d’après le Medef et certains candidats à l’élection présidentielle comme Gabriel Attal et Edouard Philippe qui le soutiennent.
Qu’attendre d’une telle politique ? Il y a trois possibilités.
Soit ces baisses supplémentaires de cotisations ne sont pas financées. Elles creuseraient alors encore plus nos déficits publics, déjà très élevés en raison de la baisse des recettes publiques depuis 2017.
Le déficit va en effet encore dépasser les 5 % du PIB en 2026, ce qui ne s’est jamais vu dans toute l’histoire de notre pays hors période de guerre, de grave crise économique ou de pandémie.
Deuxièmement, ces baisses de cotisations pourraient forcer la Sécurité sociale à réduire son champ d’intervention : hausse des franchises médicales, déremboursement de médicaments, hausse du « ticket modérateur » à l’hôpital, baisse des pensions de retraite, etc. Avec à la clé une détérioration de la protection des Français, ou bien (et les deux ne sont pas exclusifs) une extension du champ des assurances privées.
Dans ce cas de figure, au lieu de consacrer une partie de leur salaire au financement de la Sécurité sociale, les travailleurs paieraient une dîme à des compagnies d’assurance privées : complémentaire santé, épargne retraite, etc.
C’est le modèle américain que je connais bien, ayant vécu 10 ans aux Etats-Unis et produit différents travaux sur ces sujets. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ce modèle n’est pas probant, surtout en matière de santé : coûts prohibitifs, financement inique, inégalités majeures. 28 millions d’Américains n’ont pas accès à l’assurance santé.
Enfin le manque à gagner pourrait être compensé, comme le propose le Medef, par une hausse de TVA : c’est, donc, le fameux projet de « TVA sociale ».
Moins de cotisations sociales d’un côté, plus de TVA de l’autre : qui gagnerait et perdrait à ce jeu de bonneteau ? Voici ce que l’on peut en dire, à la lumière des meilleures études disponibles.
Une baisse des cotisations salariales ferait augmenter le salaire net des travailleurs concernés. Une baisse des cotisations patronales se traduirait en partie par des hausses de salaires nets, en partie par des hausses de profits pour les entreprises. La hausse de la TVA renchérirait le prix des biens à la consommation.
L’effet net de tout cela serait le suivant :
1) Pour les classes populaires et moyennes en emploi, l’effet net est neutre ou faible : la hausse de la TVA efface la hausse du salaire net. On reprend à la caisse du supermarché ce qui a été donné sur les feuilles de paie.
2) Pour les travailleurs à haut salaire et les actionnaires, qui ne consomment qu’une partie de leurs revenus, l’effet est positif : la hausse du salaire net et des profits dépasse la hausse de la TVA.
3) Enfin pour les personnes qui ne sont pas en emploi – retraités, chômeurs, allocataires du RSA, etc. – l’effet est très négatif : ces dernières subissent de plein fouet la hausse de la TVA, sans aucune compensation.
C’est donc cela la TVA dite « sociale » : redistribuer les revenus au profit des cadres supérieurs et des actionnaires, au détriment des plus démunis et des inactifs. Politique parfaitement inégalitaire, camouflée comme souvent sous une rhétorique trompeuse et une mise en œuvre pernicieuse.
Car cette politique revient précisément à faire baisser les prestations sociales (pensions de retraite, assurance chômage, RSA, etc.) sans le dire, tout en redistribuant les économies ainsi réalisées aux ménages les plus favorisés, sans le dire.
Dans son allocution au congrès de rentrée du Medef, Patrick Martin s’en est pris avec virulence au projet d’impôt plancher sur les ultra-riches, qualifié, sans argumentation particulière, de « hold-up intellectuel et politique ».
Il s’agit là d’un cas d’école de renversement de la réalité. Car vouloir mettre fin au privilège fiscal des milliardaires, qui paient proportionnellement deux fois moins d’impôts tous prélèvements compris que le Français moyen, n’est en rien un « hold-up ».En revanche, affaiblir nos finances publiques déjà exsangues, importer en France le modèle américain d’assurance privée, et redistribuer les revenus au détriment des plus démunis, voilà le véritable hold-up intellectuel et politique. »
Le RN et l’extrême droite frappent à la porte et j’éprouve un sentiment lourd et douloureux : nombreux sont ceux qui, en France, ouvrent la porte en grand pour les accueillir. Certains, même, avec gourmandise.
J’ai éprouvé du réconfort en lisant l’entretien accordé par Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, au Monde.
Voilà une dirigeante syndicaliste qui mesure le danger et qui le nomme : « On a l’impression d’être dans la France de 1938, avec une immense torpeur. On est dans un contexte inédit, pour la première fois l’extrême droite peut prendre le pouvoir par les urnes. Et alors qu’on est dans cette situation, aux universités d’été du Medef, les candidats se sont focalisés sur Jean-Luc Mélenchon au lieu d’attaquer Marine Le Pen, qui était tranquille. »
Pour la CGT, en effet, « Le RN n’a pas changé. Marine Le Pen l’a redit. Sitôt arrivée au pouvoir, elle [ferait] un référendum constitutionnel pour faire rentrer la préférence nationale dans la Constitution… Un coup de force juridique pour instaurer une xénophobie d’Etat. La préférence nationale, ça s’appelle de l’apartheid ! Mais, aujourd’hui, le seul critère d’appréciation du patronat, c’est son intérêt financier. Honte à ceux dont l’argent est la seule boussole ! Je rappelle que l’extrême droite n’arrive jamais au pouvoir sans le soutien du capital. »
Elle enfonce le clou en ajoutant : « Une partie du patronat est en train de faire la courte échelle à l’extrême droite en la normalisant alors que l’enjeu est de tout faire pour empêcher son arrivée au pouvoir (…) Quand Patrick Martin dit qu’il ne sait pas si Marine Le Pen est d’extrême droite, c’est une faute morale historique. Cela confirme que, pour le Medef, il n’y a que l’argent qui compte. »
Le constat est terrible, mais nullement défaitiste. Pour la CGT, il est encore temps de tout faire pour empêcher la victoire du RN ; en effet, il n’y a rien d’inéluctable : « Notre stratégie, c’est de saturer le débat sur les questions sociales. Il faut transformer la colère en mobilisation. »
Il reste six mois pour refuser de se laisser entraîner dans un vote irréfléchi, un vote de contestation et faire confiance à l’intelligence collective.
Vincent Bolloré jubile : il vient de racheter 90 % du capital de la revue Front populaire de Michel Onfray. Outre la prise de contrôle d’un titre chargé d’histoire, il fait de celui qui doit sa notoriété à ses combats contre Jean-Marie Le Pen dans les années 2000 un obligé, pour ne pas dire un salarié.
Désormais, les idées nauséabondes de Bolloré pourront s’épancher sans réserve dans un titre, Front populaire, qui a tant fait rêver et combattre le peuple ouvrier en 1936. Cruel destin.
Bolloré s’offre toutes les bassesses pourvu qu’elles servent son dessein d’un catholicisme rétrograde et illibéral, opposé au progrès social et anti-immigrants.
On peut croire que les ultra-réactionnaires sont déjà au pouvoir ; tout leur est permis. C’est ainsi que la direction de France Intervient d’annoncer à la rédaction qu’un directeur-adjoint de Valeurs actuelles est chargé d’un éditorial politique le dimanche matin. Charles Sapin, c’est son nom, a été multi-condamné par la justice pour des propos racistes et de provocation à la haine, et il est nommé au moment où on apprend que Thomas Legrand est écarté de la radio publique.
Le rapprochement des deux faits fait sens. Scandaleux.
La politique d’extrême droite jette le trouble dans le cerveau de certains syndicalistes.
La secrétaire générale de la fédération CFDT de la fonction publique, Marie Mennella, a écrit au ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, pour lui suggérer d’élargir la présomption de légitime défense aux policiers municipaux. C’est-à-dire d’élargir le champ d’application de la loi dite ‘’permis de tuer’’ à des fonctionnaires territoriaux.
A la direction de la CFDT, on est tourneboulé ; cette prise de position d’une responsable de fédération est en contradiction avec la position confédérale.
Marie Mennella a tout simplement repris la revendication historique du Rassemblement national (RN). Est-ce un hasard ou la démonstration que le RN a réussi à gangréner de trop nombreux esprits ?
L’extrême droite peaufine sa campagne d’intoxication et ses canaux d’intervention ; au même moment la gauche se déchire, rejette toute idée de candidat commun à l’élection présidentielle et fait la sourde oreille aux appels de Marine Tondelier.
Le Parti socialiste, lui, explose et les sociaux-démocrates se jettent dans les bras d’un Raphaël Glucksmann qui n’a pas renié son passé peu glorieux du côté d’Alternative libérale et du Cercle de l’Oratoire, deux mouvements franchement à droite.
Bref, si la France est malade de son économie, de sa politique libérale et rétrograde, les extrémistes de droite, eux, profitent de l’aubaine pour amplifier leurs interventions. Cependant, de nombreux citoyens se mobilisent (sans attendre les politiciens d’une gauche déboussolée) en dénonçant les dangers ; le mouvement s’organise, disparate, certes, mais profond. Les meilleures armes sont celles de l’esprit.
Je reviens à l’Odyssée de Christophe Nolan ou plutôt à la critique d’Emily Wilson dont j’ai parlé plus haut. Un détail m’a intrigué. La traductrice britannique de l’œuvre d’Homère écrit à propos de Christopher Nolan : « In at least one interview, he cited my version of the first line of the poem: “Tell me about a complicated man »; à traduire par « Dans au moins une interview, il a cité ma version du premier vers du poème : « Parlez-moi d’un homme complexe. »
La phrase m’a intrigué, car je n’avais pas le souvenir d’avoir lu exactement la même chose dans le Tout Homère d’Albin Michel et les Belles Lettres.
Je me suis donc reporté à la traduction des hellénistes français qui proposent effectivement une autre phrase : « C’est l’Homme aux mille tours, Muse, qu’il me faut dire, Celui qui tant erra quand, de Troade, il eut pillé la ville sainte, … »
Dès le premier vers de l’Odyssée, les traducteurs ont fait le choix d’un ton différent ; l’un plus contemporain, l’autre plus poétique et, surtout, plus proche de l’œuvre d’Homère, destinée à être chantée par des aédes.
Voilà qui me rappelle un autre exemple de polémique à propos de traduction ; elle concerne le chef d’œuvre d’Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer.
Pendant près de 60 ans, le lecteur fervent du prix Nobel américain a dû se contenter de la traduction approximative du monarchiste et homme d’extrême droite Jean Dutourd. Quelle idée de confier la traduction d’une œuvre d’Hemingway à un auteur si différent du baroudeur américain !
Pour lui, dès 1955, les deux premières phrases sont : « Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau, qui pêchait au milieu du Gulf-Stream. En quatre-vingt-quatre jours, il n’avait pas pris un poisson. » En revanche, une nouvelle traduction de Philippe Jaworsky, pour Gallimard en 2017, rétablit enfin les mots et le style d’Hemingway : « C’était un vieil homme qui pêchait seul sur une barque dans le Gulf-Stream et en quatre-vingt-quatre jours il n’avait par attrapé un seul poisson. »
La différence est notable ; Jean Dutourd plonge le lecteur dans un conte, comme si Le vieil homme et la mer était réservé à un public jeune (contresens idiot) quand Philippe Jaworsky le plonge d’emblée dans un récit passionnant.
D’hier à aujourd’hui, on n’a pas fini de discuter des approches de la traduction des œuvres littéraires.