Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

L’information selon Vincent Bolloré

Vincent Bolloré est devenu le premier actionnaire du groupe Lagardère, invité par Nicolas Sarkozy à aider l’héritier, Arnaud, endetté et incapable de se dépêtrer du harcèlement de fonds dits activistes, contestant sa gérance.

Vincent Bolloré n’est pas encore installé dans les bureaux de sa nouvelle proie qu’il fait déjà le ménage à Europe 1, où il a réussi à déclencher la première grève de l’histoire de cette radio.

Les méthodes Bolloré ne sont pas nouvelles ; Canal+ et iTélé (devenue CNews) en ont goûté les joies avant Europe1. J’en ai témoigné dans mon dernier livre, ‘’Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit. On peut lire en effet :

« Vincent Bolloré est réputé brutal, ses sbires aussi qui ne le déçoivent jamais. Avec sa morgue habituelle, il déclarait dans la Tribuneen 2007 : « Dans mes médias, j’ai le ‘’final cut’’. » On notera, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, qu’il emploie un possessif pour parler de ‘’ses’’ médias.

Direct Matinpuis plus récemment à i-Télé, rebaptisée CNews, Bolloré a confié la direction à un homme aussi brutal que lui (décidément c’est une qualité nécessaire pour accéder aux postes de direction !); ainsi le milliardaire breton n’a plus à intervenir lui-même sur les contenus, Serge Nedjar veille sur tout. A Canal+ et même à Comédie+ (…)

La chaîne i-Télé, autre propriété du groupe, donne un autre exemple de l’interventionnisme et de la brutalité de Bolloré et de ses lieutenants. La situation s’étant vite dégradée au sein de la chaîne, en 2016 la société des journalistes dans une lettre à la rédaction appelait les journalistes à voter une motion de défiance. Dans celle-ci, la SDJ rapportait des négociations et échanges surréalistes à propos des programmes avec Serge Nedjar : « Non, il n’y aura pas de discussions. Et je vais vous dire une chose, il n’y aura rien à discuter parce que vous ferez ce qu’on vous dit de faire. » Puis, pour se faire bien comprendre il administra une leçon de journalisme selon le groupe Bolloré à son auditoire : « Le journalisme comme vous le faites, je l’ai vu dans la presse écrite. A la moindre occasion quand on parlait d’argent, ils posaient les stylos et aujourd’hui ces journalistes, ils sont au chômage. Vos scrupules sont des débats dépassés et quand je vois des gens comme vous, ça ne me donne pas envie. » (…)

Dans ses médias, le propriétaire a effectivement le ‘’final cut’’ ; on ne compte plus les entraves à l’information : reportages en Afrique caviardés, couverture du procès des dirigeants de France Telecom surveillés de près, sujet sur le pavé lancé par un policier sur des manifestants au printemps 2019 passé à la trappe. C’est le quotidien des journalistes qui doivent ‘’faire ce qu’on leur dit de faire’’ ! La rédaction de CNewsest caporalisée.

Dans certaines rédactions comme celle-ci, le journalisme c’est se soumettre à la finance et à la publicité ou partir et aller grossir la plus grosse rédaction de France, celle de Pôle emploi. 

Tous les milliardaires qui ont investi dans les médias en France et ailleurs n’éprouvent que du mépris pour les journalistes ; ils n’apprécient que les plumes serves. Ils ne sont hélas pas les seuls à insulter la profession et ils n’ont pas le monopole de la petite phrase assassine pour ceux qui ont fait le choix d’informer des citoyens, refusant de se transformer en attrape-pub, en relais des informations touchant au vedettes de l’actualité, le monde ‘’people’’, ou encore en metteurs en formes des communiqués des agences de communication (quand ils en ont le temps ou quand on leur en laisse le loisir). »

Ces extraits éclairent le conflit en cours à Europe 1. Mais dans mon livre on peut en apprendre davantage encore sur la ‘’fabrique de l’information’’ dans la France de Macron. Un enjeu idéologique, financier et, pour tout dire, un problème de liberté d’expression et d’information.

Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit, Editions Maïa, 19 €.

La honte

Quentin Müller est un journaliste spécialisé dans la situation des pays du golfe arabo-persique. Sur son compte Twitter il vient d’annoncer l’assassinat par les talibans d’un ex-auxiliaire de l’armée française en Afghanistan ; il s’appelait Basir Jan ; il est tombé sous les balles des talibans à Maydan Shahr, dans la province de Vardak, au sud de Kaboul.

Ils sont 800 comme Basir Jan à avoir été employés comme interprètes par les troupes françaises entre 2001 et 2012. Quentin Müller (avec Brice Andlauer) avait témoigné de la détresse de ces traducteurs (tarjuman en langue dari) après le départ de nos troupes dans un livre, ‘’Tarjuman, une trahison française’’; le gouvernement refusant de les accueillir et de leur d’accorder des visas.

Une mission d’enquête parlementaire avait conclu que les ex-auxiliaires de l’armée française n’étaient nullement en danger. Selon l’un des députés, Jean-Claude Larsonneur (LaREM), ils étaient même traités de menteurs et d’opportunistes. Dans le rapport parlementaire, on peut lire que « les dossiers constitués reposent, dans la très grande majorité des cas, sur des allégations fallacieuses ou des fraudes. Les talibans n’ont jamais officiellement exprimé de menaces à l’encontre de ceux ayant travaillé ou travaillent encore au profit d’autres contingents étrangers. »

On appréciera la phrase « les talibans n’ont jamais officiellement exprimés de menaces » ; dans ce pays bouleversé par des années de guerre, que peut valoir ce ‘’officiellement’’ ?

Quentin Müller nous apprend que Basir Jan avait 34 ans, une épouse et cinq enfants. Aujourd’hui orphelins. Et il rappelle que « dans L’Express, j’avais décrit comment le ministère de la défense se pliait en 4 avec une armée de juristes pour décrédibiliser chaque dossier d’auxiliaires afghans devant le Conseil d’Etat. Question d’économies… Car rapatrier une famille ça leur coûte. »

Le journaliste ajoute que le Conseil d’Etat « avait jugé qu’un traitement en urgence de son dossier n’était pas nécessaire ‘’pour défaut de menace réelle et sérieuse’’… »

La honte envahit ceux qui considèrent avoir une dette envers ces ‘’auxiliaires’’ de l’armée française, mais pas les responsables politiques, qui osent affirmer que les ex-employés de la France ne sont pas aussi vertueux qu’on veut bien le dire.

La patrie des droits de l’homme est gravement malade.

Trouble dans l’opinion

La démocratie est en état d’alerte quand, pour deux types d’élections locales (régionales et départementales), le taux d’abstention est à un niveau aussi élevé (proche de 70 %) que celui d’hier.

Qui est responsable d’un fait aussi inquiétant ?

Les jeunes qui ne votent pas ? Les instituts de sondage qui se trompent lourdement ? Le Covid19 ? Le beau temps retrouvé ?

Le niveau d’argumentation des médias et des politiciens est proche du zéro absolu. N’ont-ils pas vu, les uns et les autres, que les deux types d’élections sont incompréhensibles : modalités de scrutins différents, le même jour, pour des territoires différents et, souvent, en décalage avec les lieux de la vie quotidienne.

Mais, surtout, ces élections ont vu des partis se présenter ici avec d’autres partis sur un programme, auxquels ils s’opposaient là avec un autre programme. Le brouillage était évident pour des électeurs en recherche de repères.

Le macronisme, ni de droite, ni de gauche, paraît-il, a fait le reste en déboussolant particulièrement les plus jeunes et les moins avisés des citoyens.

Au bout du compte, ces élections sont le reflet de la décomposition du paysage politique, qui se traduit par un rejet aussi massif de l’offre par des élus et candidats qui ne savent plus (ou ne veulent plus) répondre à l’attente de citoyens dont les préoccupations quotidiennes sont ignorées superbement.

Et la gauche ne se comporte pas tellement mieux que la droite !

Pour Asli Erdogan

Asli Erdogan est une Turque, physicienne, anthropologue, immense écrivaine, journaliste et militante des droits de l’Homme (et de la femme). Ses parents ont été torturés et emprisonnés dans les années 1980 et 1990 et elle, la physicienne surdouée, ancienne chercheuse au CERN à Genève, connaît les mêmes situations, poursuivie par la haine du dictateur Recep Tayyip Erdogan, pour qui tout intellectuel défenseur des libertés est un terroriste.

Arrêtée le 16 août 2016 et incarcérée pendant plus de quatre mois pour la publication d’articles considérés comme des textes de propagande pour le parti pro-kurde PKK, Asli Erdogan a été jugée en février 2020 et acquittée, le tribunal considérant que les charges retenues étaient sans fondement.

Le dictateur a la défaite cruelle : un tribunal aux ordres a annulé l’acquittement le 10 juin et un nouveau procès se profile, alors qu’Asli Erdogan, réfugiée en Allemagne et protégée par la police allemande, a une santé chancelante. Elle éprouve de très grandes difficultés pour écrire : « C’est comme si la langue turque avait l’odeur de la prison, pour moi. C’est comme si j’avais été exilée de ma langue naturelle, c’est très étrange, comme si notre relation était brisée. »

Tous les démocrates doivent apporter leur solidarité à Asli Erdogan et dénoncer Emmanuel Macron qui a rencontré le dictateur en marge du sommet de l’OTAN à Bruxelles, le président français ayant osé déclarer : « Nous avons l’un et l’autre acté qu’il était nécessaire de tout faire pour pouvoir travailler ensemble. »

On n’avance pas avec un dictateur, on le combat. Peut-être est-ce trop demander à un président qui est de la même promotion à l’ENA que l’ambassadeur de Turquie, Alo Onaner (les deux hommes se tutoient).

En solidarité, je me permets de publier ici l’un des articles qui avait été retenu par la justice turque pour poursuivre Asli Erdogan. Il date de 2016, il est très beau et il doit aider à lutter contre toutes les dictatures présentes ou à venir. Ici ou là.

Journal du fascisme : Aujourd’hui 

Un jour sans commencement ni fin, un jour de plus… comme une virgule placée au hasard entre deux longues phrases, entre le passé et le présent, et qui attend en silence à son point d’accroche… deux immenses phrases monotones qui se répètent l’une l’autre… sans dire comment elles sont arrivées là, comment elles se sont égarées sans retour, ni pourquoi elles se perdront encore, une fois de plus… Sans rien laisser paraître du fait qu’elles n’arriveront jamais… Deux mots pris dans des filets dérivant à la surface trouble de ce qu’on appelle la vie, et que tu as tirés hors des brumes infinies qui voilent la côte et les eaux. Et qui résonnent dans le vide, faisant éclater le rire énorme de l’infini, à vous en écraser les tympans… le “passé” qu’à mains nues tu as arraché aux ténèbres des roches et des profondeurs, mais sans pouvoir l’amener à la surface, et qui s’écoule hors de tes doigts gelés, ton seul passé, une boue muette et glacée… Mais juste là, comme une armée dont les baïonnettes scintilleraient au soleil de l’autre côté du fleuve, le “futur”, prêt à fondre sur la rive opposée… Et les secondes, les jours, aujourd’hui, qui s’écoulent hors de lui, comme ruisselant par une brèche qui n’aurait pas été comblée… La vie, qui ressemble à une plaie dont la douleur éclate quand elle se referme, ou peut-être la pure et simple absence de cette vie dont la présence ne se manifeste que dans la douleur… 

Jours de crime… Cruauté, larmes et sang. Mots qui désormais ne sont plus ceux des “thèmes” des marches oubliées, légendes et “grands récits” que personne n’est plus obligé de lire, ou au contraire ceux des “sujets” mille fois vus, lus et relus des informations, mais des mots qui étranglent et obscurcissent l’horizon du réel, révélant les lueurs, les ombres et les cou- leurs de notre vie quotidienne… comme si nous avions encore tant de mots à dire mais plus de voix pour le faire. Comme si cette voix qui résonne dans le vide, pourtant avide de raconter, d’expliquer et d’énoncer, n’était plus la nôtre, comme si désormais, même le silence qui s’est substitué à tous ces cris bien réels que nous n’avons su pousser, ne nous appartenait plus… nos poignées de main plus molles et plus brèves, en un tournemain nous construisons des phrases familières, et plus vite encore nous les tendons… Sans cesse à répéter, du mieux que nous pouvons et à la moindre occasion, que “nous avons vécu des jours terribles”, nous le répétons et nous nous consolons. Nos cris “nous existons, nous sommes là” se perdent en échos toujours plus lointains, se perdent et demeurent sans réponse. Les uns les autres, comme des poupées de porcelaine fraîchement repeintes, nous tendons notre visage le plus dur, mais il semble que per- sonne ne sache plus nous regarder au fond des yeux… pleins de la lassitude de ceux qui ont déjà tout vu, les regards se perdent au loin, apathiques, interdits, incrédules… Le miroir nous les renvoie chaque fois plus arides, plus inhumains… des yeux vides et morts, des mots vides et froids, des cœurs morts de froid… comme si se refusait à prendre forme ce mauvais sosie de nous mêmes, pourtant doté de ce visage que nous renvoyons à notre propre passé et que nous présentons au futur, comme si on l’avait troqué contre une espèce de néant… Et ces jours nous les quittons tout doucement, comme on s’enfuit dans un couloir d’hôpital sur la pointe des pieds… Comme si nous marchions dans une interminable aube grise, dans les brumes, dans un purgatoire, dans un réduit élastique comme la langue, comme si nous marchions dans un lieu désormais hors de portée de tous les appels et de tous les cris. 

L’écrasante pesanteur de vivre et d’écrire en ces jours où des hommes – dont des blessés, des enfants – sont brûlés vifs dans les caves où ils sont assiégés… L’atroce pesanteur des mots qui se substituent à la vie, et du silence qui enveloppe ces mots… Gouffre abyssal, omniprésent, dans le passé, le futur, aujourd’hui… Nous avons beau détourner les yeux, à cette profondeur démesurée, le gouffre ne distingue plus nos regards des leurs. Dans le silence des phrases et des récits dont le sujet s’est égaré, dans le silence éternel de toutes ces vies et histoires amputées, il scrute, il attend, et dans l’infini brouillard, marche sur nous. 

Un jour viendra peut-être où, regardant en arrière, nous dirons que “le fascisme c’était vraiment bien !”, recouvrant d’une couche de peinture fraîche les cicatrices profondes qui émaillent le visage d’une poupée de porcelaine…

Après la Start-up Nation, le Scale-up Europe

Les analystes des discours publics ont remarqué que le mot ‘’progrès’’ (et tout ce qu’il sous-tend pour les citoyens) a disparu du vocabulaire des technocrates néo-libéraux ; aujourd’hui on innove. L’innovation est à la ‘’une’’. Uber précarise l’emploi, mais la plateforme innove. Amazon refuse que ses salariés se syndiquent et revendiquent des progrès sociaux, mais elle innove en lançant Prime Vidéo.

Bref, on innove partout à coups de rabots sur les acquis sociaux et on accroît les inégalités.

Emmanuel Macron, jeune manager dynamique, ni de droite, ni de gauche, innove en permanence ; nous ne sommes plus en République mais dans une Start-up Nation, en anglais pour faire encore plus innovant.

Mais, quand le discours commence à être éculé, Macron innove encore. La Start-up Nation est un espace trop étroit pour un tel génie de l’innovation, alors il vient d’organiser à l’Elysée un événement baptisé ‘’Scale-up Europe’’ (qu’on peut traduire par ‘’Elargir ou renforcer l’Europe’’), en présence d’entrepreneurs du numérique, d’investisseurs et d’une dizaine de ministres venus de tout le continent.

Le but de l’innovation : organiser la riposte face aux géants du numérique américains et, surtout, créer des champions européens, un argument déjà utilisé par Nicolas Sarkozy. Macron a repris un discours identique à celui de l’ex-président à talonette : « Nous devons construire un écosystème et des champions européens plus forts, et les entrepreneurs doivent pousser les gouvernements à être plus efficaces. »

On a compris le discours : les entreprises du numérique peuvent compter sur le gouvernement pour les abreuver d’aides en tous genres, en vue d’aboutir à la création de 25 licornes en 2025 (contre 15 aujourd’hui).

Licorne, encore un mot qui fait innovant ; il a émergé en 2013 dans le vocabulaire technocratique pour désigner les start-up des nouvelles technologies, atteignant une valorisation boursière d’1 milliard de dollars et dont le potentiel de croissance semble illimité grâce aux levées de fonds.

Macron en attend la création d’emplois, sans en donner ni le chiffre, ni le statut. Un pari fou (mais électoraliste) quand on sait comment se comportent les patrons de start-up avec leurs salariés.

Le Scale-up Europe, ça fait innovant, mais pour le progrès social, il est préférable de s’en remettre à la lutte syndicale.

Talents gâchés

Le football a envahi l’espace public et, surtout, les médias de masse, éclipsant les élections départementales et régionales. Jeux du cirque pour le bon peuple, invité à s’éloigner de la vie politique ?

Malgré ces restrictions, on peut aimer le football, le vrai ; pas celui de Didier Deschamps. Dire qu’on rejette un football en bleu de chauffe n’est pas la chose la plus facile quand la recherche de la victoire (surtout sur le voisin allemand) est placée au-dessus de tout et déclenche l’euphorie des supporters.

Le football est un jeu simple faisant appel à l’intelligence et à la créativité ; la notion de plaisir devrait y être essentielle. Je ne sais pas si le revenant Karim Benzema a pris beaucoup de plaisir à Munich quand l’équipe a passé son temps à défendre, après qu’un défenseur allemand eut marqué un but contre son camp.

L’équipe de Didier Deschamps s’est mise en danger en abandonnant le ballon aux Allemands ; il y eut quelques moments critiques devant la cage d’Hugo Lloris et l’équipe de France ne doit son salut qu’à la maladresse des attaquants adverses.

Karim Benzema, mais aussi Kylian Mbappé, ont beaucoup couru dans le vide. En revanche, Paul Pogba a été lumineux, tentant d’éclairer le jeu de son équipe. En vain. Ses gestes sont magnifiques, sa présence physique impressionnante. Que de talents gâchés.

Assurément, ces joueurs-là méritent de pratiquer dans un système où leurs talents conjugués pourraient enfin s’exprimer pleinement. Et leur procurer du plaisir.

Mais Didier Deschamps et les 15 millions de téléspectateurs sont satisfaits du résultat. Alors, prôner un autre football, c’est prêcher dans un désert.

Le capitalisme pollue

Une nouvelle usine Lubrizol flambe : après Rouen en 2019, c’est au tour de la ville de Rockton dans l’Illinois (à 130 km de Chicago) de connaître les méfaits des usines du groupe de produits chimiques qui polluent.

Les effets du feu à Rockton sont aussi dangereux qu’à Rouen ; ils ont amené les autorités à ordonner l’évacuation d’un quartier. La Rock River, un cours d’eau qui traverse le site, a été placée sous surveillance.

En France, la Corse est victime du dégazage d’un paquebot et tente de nettoyer ses plages ; mais les médias oublient de mentionner que la faune et la flore marines sont dangereusement impactées par la marée noire.

Et, plus au nord, c’est la baie de Saint-Brieuc qui regarde avec anxiété une fuite survenue sur un navire de forage dans le cadre d’un projet de parc de 62 éoliennes de la société Ailes marines, filiale du groupe espagnol Iberdrola. La nappe d’huile mesure 16 km de long et 2,8 km de large. Un détail sans doute pour le pollueur, un navire, le Aeolus, appartenant à la société néerlandaise de dragage Van Oord. Ce nom est méconnu pour le grand public, mais la société a acquis une notoriété en prenant part à des chantiers grandioses : l’île palmier de Dubaï, un aéroport sur l’eau à Osaka, parmi les plus célèbres.

Le comité départemental des pêches des Côtes d’Armor a dénoncé les conditions de réalisation du chantier : « La baie de Saint-Brieuc n’est pas un laboratoire à ciel ouvert où des industriels viendraient tester des outils et polluer l’environnement marin (…) Nous ne sommes pas contre les énergies renouvelables, mais contre cette manière d’implanter le parc. »

Il ne s’agit là que de trois exemples de pollutions dues aux activités des oligopoles contrôlés par des financiers, pour lesquels les profits sont la seule boussole.

Le cas le plus typique est celui de Lubrizol, contrôlé par la société holding de l’un des hommes les plus riches du monde, Warren Buffett, Berkshire Hathaway. L’empire du milliardaire touche à tous les domaines d’activités, y compris le monde de l’assurance. Ainsi l’usine Lubrizol de Rouen était assurée par une de ses innombrables filiales.

Ces ‘’accidents’’ à répétition ne sont visiblement pas un handicap pour Berkshire Hathaway : depuis le début de l’année le cours de son action a grimpé de plus de 20 % à plus de 400 000 dollars, un chiffre que les systèmes informatiques du Nasdaq (la bourse de New York) ne peuvent pas afficher ! Warren Buffett, 90 ans, jubile et compte ses milliards quand les pauvres comptent leurs maigres euros.

Ceux qui pensent que le respect de la nature est envisageable dans notre système en seront pour leurs frais : le capitalisme pollue.

CNews, chaîne de propagande

Il n’y a rien de bien nouveau derrière ce titre ; écrire que CNews est une chaîne de propagande n’étonne plus personne, cela se vérifie au quotidien. C’est en quelque sorte enfoncer une porte ouverte.

En revanche, il est important de noter que le pauvre CSA vient de prendre une décision qui révèle que pour la période du 10 au 28 mai dernier la chaîne de Vincent Bolloré a invité à 9 reprises le candidat du Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen et l’a présenté comme tel. Le Conseil  aussi que « l’examen des séquences fait également apparaître qu’il s’est exprimé, contrairement à ce que soutient l’éditeur, sur des thématiques majeures de la campagne (…) telles que la sécurité publique » pendant une « durée globale d’environ une heure ».

Le CSA se fourvoie en oubliant de mentionner que les questions de sécurité publique ne sont en aucun cas un domaine relevant de la compétence des régions.

Il a noté que CNews « n’a déclaré que 7 minutes environ du temps de sa couverture de l’actualité liée aux élections régionales ». Mais, que croyez-vous que fit le CSA pour sanctionner ce mensonge grossier et ce flagrant délit ? Il a adressé une simple « mise en demeure de se conformer, à l’avenir (…) au principe de pluralisme politique ».

Bolloré, Praud, Dassier ou encore Zemmour doivent trembler de peur !

Alors, oui, pauvre CSA, dont les moyens d’intervention sont aussi peu contraignants ; la présente décision est d’un ridicule achevé.

D’une part, le CSA a écarté toute suspension de diffusion et d’amende ; d’autre part, la mise en demeure ne vise que l’avenir ; enfin, aucune mise en cause personnelle des responsables des émissions et de la direction de la chaîne n’a été actée.

La décision vaut pour Vincent Bolloré encouragement à poursuivre sa politique de transformation de CNews en FoxNews et à ses concurrents de se placer sur le même créneau idéologique de propagande pour des raisons d’audience.

La libération des médias, elle, attendra.

La gifle

Le paysage politique n’est pas beau à voir ; l’agressivité et la violence sont partout, dans tout l’espace social, comme si les hommes politiques étaient revenus à l’état de nature, passant de l’insulte aux coups.

Le climat est inquiétant. Si on se pose la question : « Où est la gauche ? », on ne se pose plus la question : « Où est l’extrême droite ? », elle est présente partout, jusque dans les discours (ou les Tweets ridicules) de ceux qui osent se prétendre ‘’ni de droite, ni de gauche’’, ministres, candidats à un maroquin dans un gouvernement de Marine Le Pen ou de Macron (peu importe le chef), politiciens en mal de reconnaissance publique et même président de la République.

Le débat d’idées a atteint le degré le plus abject de l’insignifiance ; l’agora est un ring sur lequel on échange des gifles ou de la farine.

L’extrême droite exulte ; télévisions, journaux ouvrent en permanence micros et colonnes à sa rhétorique nauséeuse et liberticide. Les réseaux dits sociaux se font le relais de la haine, jusque dans des vidéos appelant au meurtre.

On ne s’étonne même plus que le président de la République se fasse gifler ; ils sont nombreux à prétendre qu’il la méritait bien cette gifle d’un royaliste, alors qu’elle est le symbole d’une violence entretenue et d’un glissement vers le néant de la politique.

En revanche, cette semaine, un ministre, un gouvernement et un président de la République (le même que celui qui a été giflé par un facho) et le dangereux préfet de Paris ont reçu une gifle qui mérite d’être fêtée : le Conseil d’Etat a jugé illégaux plusieurs dispositions de la fameuse loi du 16 septembre 2020, dite Schéma national du maintien de l’ordre (SNMO). Victoire mémorable pour les organisations syndicales et de défense des libertés.

Parmi les points annulés, on retiendra que, « en l’absence de conditions précises, l’encerclement des manifestants est illégal » ; que « les journalistes n’ont pas à quitter les lieux lorsqu’un attroupement est dispersé » ; que « le ministre de l’intérieur ne peut pas imposer des conditions au port de protections par les journalistes » ; enfin que « le canal d’information dédié aux journalistes ne peut être réservé aux seuls accrédités ».

Le Conseil d’Etat vient d’infliger un nouveau camouflet (le quatrième en quelques mois) à ceux qui préparent les lois les plus liberticides qu’on puisse imaginer pour préparer le terrain à l’extrême droite.

On s’en réjouit ; mais de toutes ces lois rédigées à la hâte par des imbéciles à chaque occasion ou après chaque fait divers, à des fins de communication et votées sans broncher par des députés godillots, il reste toujours quelques articles restreignant les libertés ou déchirant le pacte social.

La gauche ne pourra pas toujours se réfugier derrière le droit et le Conseil d’Etat ; elle doit réagir et retrouver le chemin du combat politique pour mettre fin au néolibéralisme et à l’extrême droite. Les journalistes, eux, ont à se battre contre des hiérarchies relayant avec délectation les discours fascisants ou même carrément fascistes de quelques éditorialistes ou intervenants en mission.

La gifle du Conseil d’Etat n’est pas une fin, mais un début. Sinon, c’est la catastrophe de la peste brune qui nous est promise.

Alerte à la peste brune !

Hier, je rappelais que la peste brune faisait peser un grave danger sur la démocratie et sur notre peuple. Hélas, en voici une autre preuve.

Les fachos se sentent pousser des ailes et ils osent tout, quand Emmanuel Macron ne dit rien d’une vidéo appelant au meurtre, ne dit rien quand des généraux félons appellent à la sédition, ne dit rien quand un ministre de l’intérieur vient soutenir des syndicats de policiers mettant en cause la justice devant l’Assemblée nationale.

Le groupuscule d’extrême droite Génération identitaire, dissous le 3 mars, relève déjà la tête et ose se baptiser Association de soutien aux lanceurs d’alerte (ASLA), entretenant la confusion pour tenter d’éviter le risque d’être poursuivi pour reconstitution de ligue dissoute.

Dans sa déclaration préfectorale, l’ASLA prétend vouloir « soutenir moralement, matériellement et financièrement les lanceurs d’alerte ». Tous ? Sans doute pas ceux qui dénoncent la chasse aux immigrés, aux profits des oligopoles financiers. Le site de Télérama révèle que l’un des dirigeants de ce groupuscule s’exprimant dans L’Incorrect, le journal de la mouvance de Marion Maréchal, promet de « révéler toutes les censures sur l’immigration et l’islamisation ». C’est clair et les dirigeants n’ont pas tardé à dévoiler leurs véritables ‘’missions’’ au nom des valeurs traditionnelles de la droite la lus réactionnaire.

Jean-Philippe Foegle, coordinateur de la Maison des lanceurs d’alerte, est atterré mais reconnaît que « Ce n’est guère surprenant, dans la mesure où cela fait plusieurs mois que Damien Rieu, le leader de ce groupuscule, se définit lui-même comme lanceur d’alerte. Il s’agit néanmoins d’une manœuvre détestable : après sa dissolution, ce groupuscule va utiliser à des fins politiques le crédit du terme de lanceur d’alerte pour redorer son propre blason, au détriment de celle et ceux qui perdent leur emploi et leur santé pour avoir agi dans l’intérêt général. C’est abject. »

La coprésidente de la même Maison, Nadège Buquet, dénonce le brouillage des codes pour « rendre acceptable et commun un discours qui, pourtant, est d’une extrême violence sur le fond. »

Les vrais lanceurs d’alerte ont été poursuivis, souvent condamnés et même emprisonnés. Leurs ‘’crimes’’ n’étaient ni racistes, ni anti-islamistes ; ils dénonçaient les turpitudes du système capitaliste. Rien à voir avec les identitaires, donc, qui usurpent une lutte citoyenne.

Qu’attend le gouvernement pour mettre en œuvre la loi de reconstitution de ligue dissoute et pour protéger les vrais lanceurs d’alerte ?

La pandémie brune

Eric Zemmour trouve un certain Papacito sympathique et intelligent ; il parle à propos de sa vidéo de dérision et du « fameux esprit Canal ».

Eric Zemmour ne s’émeut pas d’entendre l’individu affirmer :« On fusille pendant des semaines des millions de salopes, on coupe les subventions à Libé et autres collabos à base de procès et humiliations publiques, puis on renoue avec la France d’avant 1789 (…) Si tuer 20 000 journalistes sauve 70 millions de Français, il ne faut plus hésiter. »

Eric Zemmour, jamais avare de paroles, franchit ainsi la ligne rouge qui le sépare des terroristes d’extrême droite. Car, Papacito appelle au meurtre, d’abord des communistes et des insoumis, mais qui d’autre après ?

Les journalistes, en général, n’ont pas eu le courage de dénoncer ces ‘’agités du bocal’’, Emmanuel Macron non plus, qui porte une lourde responsabilité dans la pandémie brune qui se répand dans notre société.

Faut-il rappeler la montée de la peste brune hier de l’autre côté du Rhin ? Et se souvenir de la réplique de Brecht dans sa pièce Le Résistible Ascension d’Arturo Ui : « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ».

Aujourd’hui, c’est la démocratie qui est en grand danger et ils sont trop nombreux qui ne disent rien, ne font rien et qui, au contraire, par leurs actes et leurs déclarations font le lit du terrorisme d’extrême droite. 

Le prétendu islamo-gauchisme et les thèmes de l’insécurité apportée sous leur semelle par les immigrés alimentent les Zemmour et Papacito, et préparent l’élection de Marine Le Pen, qui n’en demandait pas tant pour se présenter en démocrate.

Il est urgent pour la gauche de se ressaisir et de préparer les prochaines échéances en s’unissant face au péril brun. Il est temps que chacun mette son ego de côté, plutôt que d’assister au duel mortifère annoncé Macron – Le Pen. Il est temps d’appeler le peuple à passer à l’action pour couvrir les bruits des Zemmour, Papacito, Praud, Valeurs actuelles et autres Dieudonné et réhabiliter la France de 1789 et celle de 1945.

CNews s’affiche

On ne peut pas éviter la dernière campagne de publicité pour la chaîne CNews ; elle est présente sur 7900 panneaux dans toute la France.

Trois slogans sont déclinés : ‘’La liberté d’opinion est-elle une espèce en voie de disparition ?’’, ‘’Pourquoi faudrait-il qu’on soit tous d’accord ?’’ et ‘’C’est en confrontant les opinions qu’on s’en fait une’’.

La chaîne de Vincent Bolloré (qui a fait appel à une autre filiale du groupe, l’agence BETC du groupe Havas) ne manque pas de culot.

CNews ne cultive pas la liberté d’opinion quand elle licencie les journalistes qui ont osé émettre des critiques. CNews est la chaîne où seuls ceux qui sont d’accord avec Pascal Praud, Eric Zemmour ou Aymeric Pourbaix (directeur de publication de La France Catholique) ont accès à l’antenne. CNews ne confronte pas les opinions mais fait de la propagande pour les idées nauséeuses de la fachosphère et des populistes de la droite extrême.

Mais Vincent Bolloré a toutes les audaces, notamment celle de sa classe des nantis et des milliardaires qui n’ont que mépris pour le peuple ; ‘’sa’’ chaîne fait la promotion de ses idées.

CNews n’informe pas, mais est un outil de propagande à coups de millions, injectés par le réactionnaire industriel breton, qui ignore le mot pluralisme.

Darmanin veille sur tout

Humensis est un éditeur qui se prétend indépendant, mais dont l’actionnaire très majoritaire est le réassureur dirigé par Denis Kessler, l’ex-numéro 2 du MEDEF et pourfendeur des acquis du Conseil national de la Résistance (CNR).

Humensis est présidé par Jean-Claude Seys (qui a fait carrière dans l’assurance et dans la banque) et dirigé par Frédéric Mériot (lui aussi passé par le monde de l’assurance). La maison est née de la fusion des éditions Belin et des PUF et, aujourd’hui, elle accueille onze marques telles Que sais-je ?, les Editions de l’Equateur et les Editions de l’Observatoire.

Les Editions de l’Equateur devaient publier un album de bande dessinée de l’auteur et illustrateur Remedium, pseudonyme d’un professeur des écoles. Le titre, ‘’Cas de force majeure’’, et son sous-titre, ‘’Histoire de violences policières ordinaires’’, ne laissaient planer aucun doute sur le contenu. Mais Remedium avait reçu le bon à tirer et l’imprimeur le document final, quand la filiale d’Humensis a changé brusquement d’avis et refusé l’édition de l’album, au prétexte qu’il contenait un portrait de Gérald Darmanin qui tombait sous le coup de la diffamation.

L’éditeur a proposé de modifier le passage concernant Darmanin, ce que Remedium a refusé.

L’histoire pourrait s’arrêter là, mais, en cherchant plus loin, on s’aperçoit que la filiale d’Humensis, les Editions de l’Observatoire, est l’éditeur du livre de Gérald Darmanin, Le séparatisme islamiste, Manifeste pour la laïcité. Elle a aussi édité Sarkozy, Bayrou, Tapie, Carlos Ghosn, Luc Ferry et même Mélenchon. 

Muriel Beyer, directrice adjointe d’Humensis et patronne des Editions de l’Observatoire, présente Gérald Darmanin comme son ‘’super pote’’.

Kessler, Seys et Beyer ont vu rouge quand ils ont été informés que Gérald Darmanin était qualifié dans les bulles de la BD de « ministre de l’intérieur bouffi d’ambition et de haine de l’autre » ou encore que « son cynisme politique est déjà rôdé et le petit Gérald, devenu grand, a bien appris de son mentor : comme lui, il use de propos racistes, homophobes et phallocrates. »

Entre Hachette, Editis et des ‘’indépendants’’ comme Humensis, il va être difficile pour des auteurs libres et rebelles de se faire éditer. Avec eux, nul besoin de censure, le refus d’éditer est assuré.

Quant à Darmanin, premier flic de France, il veille sur tout et il a des oreilles partout, même chez les éditeurs indépendants

Le pauv’con et le tordu

L’histoire commence le 23 février 2008, au Salon de l’agriculture. Un visiteur refuse de lui serrer la main et lui décoche : « Ah ! Non, touche-moi pas, tu me salis ! » Nicolas Sarkozy lui réplique alors le célèbre : « Casse-toi, pauv’con ! »

L’histoire se répète le 3 juin 2021, mais loin de Paris, à Martel dans le Lot. Un habitant déçu (et retraité) a osé l’apostropher : « J’ai voté pour vous en 2017, au premier et deuxième tour. Mais je ne voterai plus pour vousIl y a beaucoup de choses que vous avez dit que vous n’avez pas fait. »

Mais, visiblement, Emmanuel Macron ne supporte pas la contradiction. Sur un ton qui se voulait ironique il a rétorqué : « J’ai fait ce que j’ai ditNe me reprochez pas d’avoir fait ce que j’ai dit. Et en plus, je l’ai corrigé en votre faveur, vous êtes quand même gonfléJ’ai pris une décision qui était conforme au programme, vous étiez perdant. Vous gueulez. On la corrige. Et maintenant vous me dites ‘’je suis pas content de ce que vous avez fait’’, vous êtes tordu ! »

L’échange a été un peu plus urbain, mais si peu ! Le tordu fort en gueule de Macron restera dans la mémoire collective comme le pauv’con de Sarkozy. Le parallèle entre les deux présidents autoritaires est saisissant et les deux épisodes viennent illustrer leur inaptitude à converser avec le peuple de France ; les insultes ne sont jamais bien loin.

Le pauv’con et le tordu gonflé se souviendront dans moins d’un an de leur rencontre avec un président arrogant. Ils ne seront pas les seuls, les ouvrières illettrées des abattoirs bretons Gad ont encore en mémoire l’insulte de celui qui n’était encore que ministre de l’économie.

Ah ! Le mépris des riches…

Les francs-maçons et la Commune

On sait que le président de la République a rendu hommage à la mémoire de Napoléon aux Invalides, mais s’est abstenu d’honorer la Commune de Paris.

Il faut croire que les francs-maçons du Grand Orient de France ont été tellement choqués par l’attitude d’Emmanuel Macron qu’ils ont chargé leur grand maître, Georges Sérignac, de publier une tribune libre dans le Monde.

Le Grand Orient (GODF), lui, rend hommage chaque année aux Communards ; pour ce mouvement d’idées, la Commune a été un idéal et un combat et les communards des héros et des héroïnes.

Dans sa tribune Georges Sérignac rappelle que ce soulèvement du peuple de Paris visait à une « société plus juste, plus fraternelle ». Il souligne que « conclusion tragique de la ‘’semaine sanglante’’, cette infamie reste emblématique de la violence dont est capable le pouvoir quand il n’a plus que la force des armes pour seul recours face à la remise en cause de l’ordre qu’il veut imposer. »

Toute ressemblance avec la situation actuelle marquée par une avalanche de lois liberticides et de répressions des manifestations par les forces de l’ordre du préfet Lallemant n’est pas fortuite !

Le grand maître n’oublie pas de rappeler que la Commune « décréta la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la suppression du budget des cultes, la laïcisation des services publics, et notamment des hôpitaux. Elle instaura les bases de l’école laïque, instituant la gratuité, le droit pour les filles à l’instruction laïque et à la formation professionnelle, créant les premières écoles primaires de filles ». Il note aussi que la Commune, « c’est aussi l’égalité des salaires, le droit au divorce pour les femmes, l’égalité entre enfants légitimes et naturels, épouses et concubines, et l’abolition de la prostitution. On lui connaît de nombreux autres projets. »

La conclusion de Georges Sérignac tombe comme un couperet pour Emmanuel Macron : « Si l’Histoire est mémoire et souvenir, elle est aussi espoir. Les républicains sincères ne peuvent oublier les héros de la Commune, non pas seulement le jour d’un hommage, mais à chaque instant de leur engagement. »

Est-ce à dire que la président de la République n’est plus un républicain sincère ? Est-ce à dire que les idéaux des Communards ne sont plus d’actualité dans une société gangrénée par les inégalités croissantes et la pauvreté endémique ?

Les francs-maçons du Grand Orient rejoignent ceux qui luttent pour sortir le pays de sa situation actuelle.

Raoul Sangla

Raoul Sangla est mort. La nouvelle me plonge dans une tristesse infinie. L’homme était exquis, chaleureux, mais il avait aussi des convictions fortes.

Il est l’un de ceux qui avaient bâti une télévision française intelligente qui éduquait, informait et distrayait, notamment avec Stellio Lorenzi, Jean-Marie Drot et combien d’autres.

On se rappellera avec émotion de Discorama, l’émission présentée par Denise Glaser, où Raoul avait innové en montrant les équipes techniques au travail, non par coquetterie, mais pour montrer que la télévision est un travail d’équipe. Autrement dit, il avait une conception opposée à celle de la télévision d’aujourd’hui où les présentateurs sont des stars qui éclipsent ceux qui fabriquent les émissions.

Il avait défini ‘’sa’’ télévision par une formule choc « une télévision qui se mêle de ceux qui la regardent et de ce qui les regarde ». C’est fort de sa conviction qu’il avait imaginé une journal sur Antenne 2, baptisé Journal d’en France, où l’équipe allait dans les quartiers et faisait intervenir les citoyens. C’en était trop pour un pouvoir voulant contrôler toute l’information : le Journal d’en France, hebdomadaire, n’a connu que onze éditions entre septembre 1981 et février 1982. Trois fois hélas !

Raoul Sangla imagina aussi un journal tout en images, sans présentateur. Donc sans star du style de Poivre d’Arvor ou Ockrent. Le projet avait mis en émoi ceux qui ambitionnaient de se montrer à m’écran. Le projet n’a évidemment jamais vu le jour !

Raoul Sangla a été directeur de la Maison de la culture de Nanterre (de 1978 à 1981) puis, après 1984, il a travaillé à la création de télévisions locales.

Il laisse une œuvre immense et riche, à l’image de celle de son ami Marcel Trillat, récemment décédé lui aussi.

On comprend mal qu’aucun hommage ne lui ait été rendu par les chaînes de télévision (et même par les autres médias). Peut-être dérange-t-il encore ?

Nous, ses amis et camarades, nous ne l’oublierons pas.

La bête immonde ici et là

Les 31 mai et 1erjuin 1921, Tulsa dans l’Oklahoma était le théâtre d’un véritable massacre raciste. Des dizaines, des centaines de Noirs étaient massacrés, lynchés, leurs maisons et leurs églises saccagées et incendiées par des Blancs hystériques.

Aucun assassin blanc n’a été ni poursuivi, ni jugé. Aucune victime noire n’a été indemnisée ; en revanche de nombreux habitants noirs ont été condamnés.

Le président Joe Biden est aujourd’hui à Tulsa pour commémorer ce triste épisode du racisme au quotidien, l’un des plus symboliques, qu’aient connu les Etats-Unis.

La bête immonde continue à faire des victimes de l’autre côté de l’Atlantique, la mort de George Floyd le 25 mai 2020 à Minneapolis, dans le Minnesota, vient, hélas, de nous le rappeler.

Mais, en France aussi, le racisme connaît une embellie, avec les discours de plus en plus virulents contre tous les immigrés, notamment Arabes, présentés sans nuances comme des fauteurs d’agressions et de troubles.

Les populations noires ne sont pas épargnées, comme en témoigne l’agression raciste dont a été victime un livreur à Cergy. Les insultes, ‘’sale Noir’’ ou ‘’pendant 800 ans on vous a vendu comme du bétail’’, ont accompagné les coups. Certes, la justice est saisie, mais on aurait aimé entendre un président de la République et son gouvernement, d’habitude prompts à réagir après le moindre fait divers sans connotation raciste.

Se taire, c’est encourager le Rassemblement national et tous les racistes. C’est aussi inciter les plus fous à franchir le pas pour organiser des actes irréversibles.

La bête immonde, Joe Biden a décidé de s’y attaquer en se rendant à Tulsa et en promettant des mesures, pendant qu’Emmanuel Macron, lui, ne dit mot.

Journalistes, taisez-vous !

Hubert Védrine est un parfait représentant de la ‘’gauche caviar’’. Haut fonctionnaire, il est membre du Parti socialiste et a, derrière lui, une longue carrière politique, secrétaire général de l’Elysée et ministre des affaires étrangères notamment. Il préside l’Institut François Mitterrand et il est membre du club Le Siècle. Sa biographie mentionne aussi qu’il est administrateur du groupe de Bernard Arnault, LVMH, et qu’il a siégé au conseil consultatif de la banque d’affaires américaine Moelis & Company.

Il vient de se signaler en récusant les accusations contre le rôle de la France dans le génocide rwandais de 1994. Mais, ô honte, il a choisi la revue d’extrême droite, Eléments pour s’épancher. L’ancien diplomate qui connaît le sens et la force des mots a dérapé. On lui reconnaîtra le droit de se défendre et d’affirmer : « Je pense sincèrement que les accusations contre la France au Rwanda sont une des plus grandes fake news lancées contre notre pays depuis les intox de la guerre froide (…) Il s’est trouvé dans le monde médiatique, intellectuel, et à gauche particulièrement, des gens qui se sont laissé séduire par cette thèse hallucinante. » Mais Hubert Védrine s’égare en parlant de fake news et se défend très maladroitement. Pour renforcer son argumentaire, il s’en prend directement au Monde qui, selon lui, « pendant quinze ans, n’a jamais donné une seule fois la parole à des auteurs qui défendent une autre thèse  que celle en cours à Kigali. »

Mais le plus ignoble est à venir :

« Le Rwanda est devenu le prétexte pour tous les gauchistes de la place de Paris de régler leurs comptes avec François Mitterrand, la Ve République, la France comme puissance. Cette violence se libère aujourd’hui parce que ces têtes folles étaient auparavant tenues par le Parti communiste, puis englobées dans la stratégie Mitterrand. Mais, aujourd’hui, plus rien ne les retient. Ce débat empoisonné est un bon révélateur du degré de masochisme atteint dans pays. »

Le ‘’tous gauchistes’’ est un slogan éculé, M. l’ancien ministre !

Hubert Védrine a une idée fulgurante pour expliquer le faisceau d’accusations portées à l’encontre de l’action de la France :

« Si les journaux étaient tenus comme autrefois, ça ne durerait pas une minute. »

Une idée que ne renierait pas Marine Le Pen. Si on suit l’ancien ministre qui va cachetonner chez Bernard Arnault, il faut faire taire les journalistes. Comme le fait Vincent Bolloré dans ses médias. Est-ce de cela dont on parle aux fameux dîners du Siècle ?

Odieux, mais digne de cette presse d’extrême droite qui recueille avec délectation les borborygmes d’Hubert Védrine.

Le fric et le football

Regardons en face : le football est à l’image de la société, gangréné par le fric. Et, pour tout dire, bien malade. Une fois encore, la finale de la Coupe d’Europe de football s’est terminée par une victoire par un tout petit but, après une rencontre de petite qualité, mais, parfois, d’une grande violence.

La finale était ‘’anglaise’’, à écouter les spécialistes 100 % british ; elle opposait Chelsea, le club de Londres, à Manchester City, une cité industrielle au nord-ouest de Londres qui a perdu ses industries pour devenir un important pôle financier, semant la misère dans de nombreux quartiers.

Au-delà du ballon rond, la rencontre opposait deux propriétaires non britanniques, à la tête d’immenses fortunes. Le Chelsea FC est l’une des activités parmi des centaines d’autres de l’oligarque russo-israélien Roman Abramovitch, quand City est la vitrine d’un autre oligarque, Khaldoon Al Mubarak, venu, lui, des Emirats arabes unis et contrôlant le Groupe uni d’Abu Dabi.

Les deux clubs opposés hier soir ont leur siège en Angleterre, mais les équipes sont très internationales ; sur les 30 joueurs ayant participé à la rencontre (titulaires et remplaçants), on a dénombré 15 nationalités différentes (européennes, brésiliennes, argentines, africaines ou encore nord-américaines). Les joueurs anglais étaient peu nombreux, 3 à Chelsea et 4 à Manchester.

La victoire de Chelsea ne doit donc pas grand-chose au football anglais et ne démontre en rien ses qualités et sa bonne santé.

Les oligarques gèrent leurs clubs comme ils gèrent leurs affaires, à coups de millions quand il ne s’agit pas de milliards ; leurs entraîneurs ont une obligation de résultats immédiats à la hauteur des investissements. En France, le PSG contrôlé par le Qatar a adopté les mêmes méthodes et présente une véritable sélection des meilleurs joueurs.

Mais l’argent ne rend pas nécessairement intelligent, ce serait absurde de le penser ; les résultats ne s’achètent pas quand le ballon peut avoir des rebonds imprévisibles ; à l’issue d’une rencontre, il y a un vainqueur et un vaincu. Les oligarques n’aiment pas être du côté des vaincus, ils n’hésitent pas à couper les têtes en cas de revers.

C’est l’aventure qui est arrivée à l’entraîneur de Chelsea, Thomas Tuchel, chassé et licencié par les Qataris du PSG à Noël et aussitôt recruté par le club londonien. Cinq mois plus tard, il remporte la Coupe d’Europe. Thiago Silva, le défenseur central du club londonien, avait dû quitter Paris en juillet dernier, jugé insuffisamment compétitif et trop âgé. Il avait rejoint lui aussi Chelsea.

Les deux hommes tenaient leur revanche, en forme de désaveu envers la politique des qataris du PSG !

Après avoir dépensé un fric fou, Roman Abramovitch se frotte les mains et plastronne. Nasser al-Khelaïfi, le président du PSG, fait grise mine après sa déconvenue en Coupe d’Europe et la perte du titre de champion de France. Son investissement de 222 millions d’euros en 2017 dans la ‘’star’’ brésilienne, Neymar, est raté. Mais il va continuer à sortir ses pétrodollars pour gagner.

Pendant ce temps-là, des milliers d’ouvriers immigrés trouvent la mort sur les chantiers de construction des stades du Qatar.

Le football, comme la société est malade du fric. Les oligarques ‘’font joujou’’ avec les footballeurs, leurs salariés sont maltraités. Tant qu’il y aura des oligarques rendus fous par l’argent qu’ils brassent, il sera difficile d’envisager une amélioration effective et substantielle de nos conditions de vie et un progrès de l’humanité

La crise ? Quelle crise ? (suite)

L’Observatoire des multinationales est une association réalisant des études et des investigations sur les activités des entreprises multinationales françaises ; elle décrypte l’actualité économique. Elle est associée à la Fondation suisse Charles Léopold Mayer, de tendance social-démocrate qui « soutient par ses dons des mouvements et des organisations de la société civile dans leurs actions de plaidoyer en faveur d’une transition sociale et écologique ».

L’Observatoire vient de publier une remarquable étude intitulée « Allo, Bercy ? Pas d’aides publiques aux grandes entreprises sans conditions », qu’on peut consulter sur son site

On peut y lire que « en pleine pandémie et alors que 100% de ses membres touchent des aides publiques liées au COVID19, le CAC40 réussit l’incroyable performance de verser près de 51 milliards d’euros à ses actionnaires (+22%), soit l’équivalent de 140% des profits qu’il a réalisés en 2020. BlackRock et les grandes familles capitalistes françaises en sont les grands bénéficiaires, avec le soutien tacite de l’État français qui touche lui aussi une part de ces dividendes. »

On y apprend que Total, par exemple, a versé 7,615 milliards d’euros en dividendes et rachats d’actions au titre de l’année 2020 payés en 2021. Total est le champion toutes catégories, devançant Sanofi (4,818 milliards), Axa (3,716 milliards), LVMH (3,041 milliards), etc.

Le principal bénéficiaire de cette généreuse distribution de dividendes est le fonds BlackRock, qui, présent dans la quasi-totalité des grandes entreprises françaises, a touché 1,1686 milliards en 2021 au titre de 2020. Mais, l’Observatoire révèle que l’Etat français a touché, lui, 1,618 milliards, plus que le groupe de Bernard Arnault avec 1,465 milliards ou le groupe Bolloré avec 759 millions.

L’Observatoire note aussi que « plus de 80% des groupes du CAC40 ayant recours au chômage partiel ont versé un dividende en 2020 ou 2021, y compris des groupes soupçonnés d’en avoir abusé. Dans le même temps, le CAC40 prévoit de supprimer 62 486 emplois dans le monde et 29 681 en France. Les actionnaires du CAC40 reçoivent l’équivalent de 815 000 euros par emploi supprimé. Qu’ils aient continué à verser de généreux dividendes malgré la crise sanitaire (Danone, Sanofi, Total) ou qu’ils aient dû être sauvés à grand renfort de milliards d’euros par les pouvoirs publics (Renault, Safran), les piliers du CAC40 se rejoignent dans la même stratégie de long terme de réduction de leurs effectifs, notamment en France. »

L’Observatoire relève que « avec 155 milliards d’euros débloqués pour soutenir les entreprises entre mars et décembre 2020, la France est, selon les données publiées par la Commission européenne, championne d’Europe en la matière. Ces 155 milliards viennent s’ajouter aux 150 milliards d’aides aux entreprises déjà en place avant la pandémie. » 

Mais il dénonce que ces aides ont été distribuées « sans conditionnalité sociale, écologique et fiscale digne de ce nom.  Plus d’un an après le début de la pandémie, rien ne justifie que ni le législateur ni le citoyen ne sache précisément qui a bénéficié, et pour quel montant, de l’argent public. »

Alors, la crise ? Quelle crise ? Les citoyens ne sont pas destinés à toujours observer la valse des milliards.

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