Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Un Sénat idéologique ?

Le Sénat est un bastion de la droite, mais un bastion qui se radicalise de plus en plus. D’un même élan, toutes les composantes de cette droite réactionnaire entendent peser sur l’élection présidentielle.

Elles avaient créé une mission dite d’information sur les prélèvements obligatoires. Elles viennent de publier un rapport qui n’a plus rien d’informatif, mais qui se veut une « boîte à outils » à disposition des candidats. 

Ses préconisations sont si illibérales que le groupe du Parti socialiste s’est réveillé et dénoncé « l’instrumentalisation de ce rapport qui n’a en réalité qu’une finalité idéologique à quelques mois de l’élection présidentielle ». Est-ce possible ?

Le rapport donc plaide pour la suppression des impôts de production et l’abrogation de la surtaxe d’impôt sur les sociétés frappant les grands groupes.

C’est tout simplement le programme du Medef.

Par ailleurs, les sénateurs de la droite dure entendent réduire le poids des cotisations sociales par « l’introduction d’une part de TVA sociale et/ou un réalignement des différents taux de CSG ; et/ou une diminution des dépenses de la Sécurité sociale, dans le cadre d’une réforme des retraites pouvant inclure l’introduction progressive d’une part de capitalisation et l’allongement de la durée globale du travail au cours de la vie ; et/ou la réduction ou la suppression de dépenses fiscales telles que l’abattement de 10 % sur le montant des pensions et des retraites les plus importantes. » Pour être clair, le « ou » est vraiment superfétatoire.

Le Medef applaudit à tout rompre, François Hollande aussi, qui fait le tour des médias pour vanter les mérites de la TVA sociale et des retraites par capitalisation.

De Bolloré aux sénateurs de droite, c’est à qui fera les propositions les plus réactionnaires, les plus anti-sociales.

Le décor est planté pour la présidentielle et on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

Pauvre culture palestinienne

A quelques jours des prochaines élections, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, est en difficulté avec les extrémistes et fascistes.  Il multiplie donc les prises de position elles aussi extrêmes, bellicistes et génocidaires.

Il vient de déclarer clairement : « Nous contrôlons la zone. Nous ne nous retirerons pas. Nous restons sur cette ligne. Nous contrôlons 60% de la bande de Gaza et nous ne nous arrêterons pas, car nous éliminons, jour après jour, les terroristes qui nous menacent ».

Netanyahu bombarde et tue sans discernement des innocents.

Mais il ne fait pas que tuer. Les bombardements ont aussi comme mission de détruire les sites historiques et culturels de Gaza. Il vaut réduire Gaza à un tas de ruines en visant lieux de culte, cimetières, demeures historiques, marchés traditionnels, sites archéologiques, musées, bibliothèques et établissements d’enseignement historiques.

Le Centre Al Mezan pour les droit humains, une ONG avec statut spécial auprès de l’ONU, a recensé 226 sites détruits totalement ou partiellement.

Al Mezan parle, à juste titre, de génocide culturel dans un récent rapport : « La destruction matérielle à Gaza a des répercussions psychologiques et culturelles sur sa population (…) Gaza a subi un effondrement grave sur les plans social, éducatif, médical et infrastructurel, ce qui rend la reconstruction culturelle particulièrement difficile. La disparition d’artistes, d’écrivains, de journalistes et d’universitaires menace encore davantage la culture et l’identité palestiniennes contemporaines. Cette dévastation culturelle affaiblit les liens de la société palestinienne avec son passé et, par conséquent, sa capacité à se relever. » 

Le rapport décrit le schéma précis des attaques israéliennes, ciblant les sites historiques : « Dans un premier temps, [les forces israéliennes] ont bombardé les bâtiments environnants, causant des dégâts plus ou moins importants aux sites patrimoniaux situés à proximité. Cette étape a été suivie par le ciblage délibéré et direct de sites archéologiques et historiques emblématiques. Par la suite, après avoir mené des incursions terrestres à travers la bande de Gaza, elles ont commencé à raser et à ensevelir ces sites, puis ont rasé des quartiers historiques entiers, en particulier dans la ville de Gaza. »

Al Mezan dénonce le viol de l’article 53 des Conventions de Genève interdisant « tout acte d’hostilité dirigé contre des monuments historiques, des œuvres d’art ou des lieux de culte qui constituent le patrimoine culturel ou spirituel des peuples ».

Benyamin Netanyahu s’affranchit de toutes les conventions pour assurer sa réélection et maintenir son entente avec les fascistes comme Ben Gvir. Sans honte. Assuré que, au bout du compte, la mémoire collective du peuple palestinien sera effacée, que le sentiment d’appartenance du peuple palestinien à sa terre sera effacé, que ses symboles seront effacés.

Benyamin Netanyahu est un voyou qui semble agir en toute impunité, tant les Occidentaux font preuve de mansuétude envers les génocidaires. Honteux !

Le hold-up intellectuel et politique du Medef

Gabriel Zucman est un brillant économiste. Si brillant (et, surtout, si anti-libéral) que les chaînes du service public (radio et télévision) évitent de l’inviter. On lui préfère les ultra-libéraux. Au nom du pluralisme ?

Il délivre chaque semaine une analyse, elle aussi, bien entendu, particulièrement brillante. Aujourd’hui, celle-ci est d’une longueur inhabituelle pour ce blog, mais il m’est apparu nécessaire de la publier in extenso compte tenu de son importance et de la place que la ‘’TVA sociale’’ va prendre dans les débats de l’élection présidentielle. Ce texte mérite d’être popularisé pour éclairer les citoyens.

« Avec son projet de « TVA sociale » défendu par plusieurs candidats à l’élection présidentielle, le Medef propose une fuite en avant dans un modèle économique à bout de souffle et qui ne trouve plus guère de soutien intellectuel, même parmi les économistes les mieux disposés.

Lors des journées de rentrée du Medef qui se sont tenues à Paris les 26 et 27 août, le président de l’organisation patronale s’est livré à un plaidoyer en faveur de nouveaux allègements de cotisations sociales à hauteur de 60 milliards d’euros, qu’il propose de financer par une hausse de TVA. C’est le fameux projet de « TVA sociale », soutenu par plusieurs candidats à l’élection présidentielle, et qui risque de se trouver au cœur des débats lors des élections de 2027. Cela mérite donc que l’on s’y attarde.

Pour bien comprendre cette proposition, il faut d’abord la replacer dans le cadre de la politique fiscale et sociale suivie par les gouvernements français successifs depuis quatre décennies. Il faut surtout objectiver le projet de société global porté par le Medef : les groupes sociaux qu’il entend favoriser, ceux qu’il estime devoir faire des sacrifices, et la vision de l’organisation de la solidarité nationale qu’il porte.

Le constat de départ posé par Patrick Martin est bien connu : les entreprises françaises qu’il représente seraient écrasées par une lourde fiscalité qui entraverait leur développement. Ce refrain n’a pas changé depuis 40 ans, en dépit des transformations profondes qu’a pourtant connues notre pays. Rappelons donc les principales évolutions.

Pour commencer, le taux d’impôt sur les sociétés, qui est le principal impôt acquitté par les entreprises en France, est passé de 50 % en 1985 à 25 % en 2026. Il a été divisé par deux en une génération.

Dans le même temps, les grandes entreprises multinationales se sont mises à délocaliser une partie croissante de leurs bénéfices dans des paradis fiscaux, siphonnant les recettes publiques de la France.

Nous avons analysé le mois dernier un cas d’école, celui de TotalEnergies qui, bien qu’employant 37 000 salariés dans l’Hexagone, n’y enregistre aucun bénéfice et n’y paie donc pas d’impôt sur les sociétés.

La conséquence de tout cela ? Le taux effectif d’imposition des entreprises n’a certes pas baissé de moitié depuis les années 1980 (car des niches fiscales mitaient déjà l’impôt sur les sociétés dans ces années-là), mais il a lourdement chuté.

Ce sont les grandes entreprises qui ont profité à plein de cet effondrement — pas les PME, qui ne peuvent guère envoyer leurs profits à Singapour ou aux Bahamas. D’après l’Insee, le taux effectif d’imposition des grandes entreprises est passé de 19,3 % en 2016 à 14,3 % en 2022.

Le manque à gagner pour les finances publiques est considérable : de l’ordre de 20 milliards d’euros par an. C’est l’équivalent du budget de l’enseignement supérieur qui s’est volatilisé, en moins d’une décennie.

Et il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg. Car en parallèle de cette évolution, une autre, aux conséquences plus massives encore, a suivi son cours depuis trois décennies : la remise en cause de notre système de protection sociale né de la Seconde Guerre mondiale.

Pour le comprendre, il faut revenir sur ce qu’est une fiche de paie, car c’est ici que se révèle le projet global porté par le Medef depuis des années.

Une fiche de paie comporte trois montants : 

  1. Le salaire net : ce qui arrive sur le compte bancaire du salarié. 
  2. Le salaire brut, qui ajoute les cotisations dites salariales. 
  3. Le salaire « super-brut » : coût total pour l’employeur, qui ajoute les cotisations dites patronales.

Toutes ces cotisations, qu’elles soient salariales ou patronales, constituent un prélèvement sur les salaires : elles réduisent les montants qui atterrissent sur les comptes en banque des travailleurs, relativement aux montants versés par leurs employeurs.

Ces prélèvements financent la protection sociale : notre système de retraite, l’assurance maladie qui permet à tous les Français d’avoir accès à la santé, l’assurance chômage, les allocations familiales, etc.

Depuis les années 1990, le Medef s’est battu pour réduire ces cotisations sociales. Avec un immense succès : les exonérations de cotisations sociales atteignent désormais 90 milliards (!) d’euros par an, soit 3 % du PIB. Ces baisses de cotisations ont creusé un trou considérable dans nos finances publiques.

Elles ont également forcé notre Sécurité sociale à réduire son périmètre, laissant le champ libre aux assurances privées – j’y reviendrai.

Pour remporter cette victoire, le Medef a mobilisé une rhétorique trompeuse mais efficace : en renommant « charges » les cotisations sociales, en présentant comme un « fardeau » ces prélèvements qui permettent pourtant de financer des besoins vitaux – comme celui de se soigner ou d’élever des enfants –, en faisant accroire que l’employeur « supporterait » ces cotisations, alors qu’il s’agit du salaire mis de côté et socialisé par les travailleurs pour se protéger des aléas de l’existence.

Mais ce modèle est à bout de souffle. Les baisses de cotisations sociales ont atteint des montants tels qu’elles ne trouvent plus guère de soutien parmi les économistes, même les mieux disposés.

Antoine Bozio et Etienne Wasmer – deux économistes qu’on ne peut pas accuser de gauchisme – concluaient ainsi, dans un rapport commandé par le gouvernement en 2023, que ces exonérations avaient été beaucoup trop loin.

Pourtant, le Medef propose de remettre une pièce dans la machine. Les 90 milliards de baisses de cotisations ne suffisent pas : il faut y ajouter 60 milliards supplémentaires. Il faut encore « rapprocher le net du brut », d’après le Medef et certains candidats à l’élection présidentielle comme Gabriel Attal et Edouard Philippe qui le soutiennent.

Qu’attendre d’une telle politique ? Il y a trois possibilités.

Soit ces baisses supplémentaires de cotisations ne sont pas financées. Elles creuseraient alors encore plus nos déficits publics, déjà très élevés en raison de la baisse des recettes publiques depuis 2017.

Le déficit va en effet encore dépasser les 5 % du PIB en 2026, ce qui ne s’est jamais vu dans toute l’histoire de notre pays hors période de guerre, de grave crise économique ou de pandémie.

Deuxièmement, ces baisses de cotisations pourraient forcer la Sécurité sociale à réduire son champ d’intervention : hausse des franchises médicales, déremboursement de médicaments, hausse du « ticket modérateur » à l’hôpital, baisse des pensions de retraite, etc. Avec à la clé une détérioration de la protection des Français, ou bien (et les deux ne sont pas exclusifs) une extension du champ des assurances privées.

Dans ce cas de figure, au lieu de consacrer une partie de leur salaire au financement de la Sécurité sociale, les travailleurs paieraient une dîme à des compagnies d’assurance privées : complémentaire santé, épargne retraite, etc.

C’est le modèle américain que je connais bien, ayant vécu 10 ans aux Etats-Unis et produit différents travaux sur ces sujets. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ce modèle n’est pas probant, surtout en matière de santé : coûts prohibitifs, financement inique, inégalités majeures. 28 millions d’Américains n’ont pas accès à l’assurance santé.

Enfin le manque à gagner pourrait être compensé, comme le propose le Medef, par une hausse de TVA : c’est, donc, le fameux projet de « TVA sociale ».

Moins de cotisations sociales d’un côté, plus de TVA de l’autre : qui gagnerait et perdrait à ce jeu de bonneteau ? Voici ce que l’on peut en dire, à la lumière des meilleures études disponibles.

Une baisse des cotisations salariales ferait augmenter le salaire net des travailleurs concernés. Une baisse des cotisations patronales se traduirait en partie par des hausses de salaires nets, en partie par des hausses de profits pour les entreprises. La hausse de la TVA renchérirait le prix des biens à la consommation.

L’effet net de tout cela serait le suivant :

1) Pour les classes populaires et moyennes en emploi, l’effet net est neutre ou faible : la hausse de la TVA efface la hausse du salaire net. On reprend à la caisse du supermarché ce qui a été donné sur les feuilles de paie.

2) Pour les travailleurs à haut salaire et les actionnaires, qui ne consomment qu’une partie de leurs revenus, l’effet est positif : la hausse du salaire net et des profits dépasse la hausse de la TVA.

3) Enfin pour les personnes qui ne sont pas en emploi – retraités, chômeurs, allocataires du RSA, etc. – l’effet est très négatif : ces dernières subissent de plein fouet la hausse de la TVA, sans aucune compensation.

C’est donc cela la TVA dite « sociale » : redistribuer les revenus au profit des cadres supérieurs et des actionnaires, au détriment des plus démunis et des inactifs. Politique parfaitement inégalitaire, camouflée comme souvent sous une rhétorique trompeuse et une mise en œuvre pernicieuse.

Car cette politique revient précisément à faire baisser les prestations sociales (pensions de retraite, assurance chômage, RSA, etc.) sans le dire, tout en redistribuant les économies ainsi réalisées aux ménages les plus favorisés, sans le dire.

Dans son allocution au congrès de rentrée du Medef, Patrick Martin s’en est pris avec virulence au projet d’impôt plancher sur les ultra-riches, qualifié, sans argumentation particulière, de « hold-up intellectuel et politique ».

Il s’agit là d’un cas d’école de renversement de la réalité. Car vouloir mettre fin au privilège fiscal des milliardaires, qui paient proportionnellement deux fois moins d’impôts tous prélèvements compris que le Français moyen, n’est en rien un « hold-up ». En revanche, affaiblir nos finances publiques déjà exsangues, importer en France le modèle américain d’assurance privée, et redistribuer les revenus au détriment des plus démunis, voilà le véritable hold-up intellectuel et politique. »

Rien d’inéluctable

Le RN et l’extrême droite frappent à la porte et j’éprouve un sentiment lourd et douloureux : nombreux sont ceux qui, en France, ouvrent la porte en grand pour les accueillir. Certains, même, avec gourmandise.

J’ai éprouvé du réconfort en lisant l’entretien accordé par Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, au Monde.

Voilà une dirigeante syndicaliste qui mesure le danger et qui le nomme : « On a l’impression d’être dans la France de 1938, avec une immense torpeur. On est dans un contexte inédit, pour la première fois l’extrême droite peut prendre le pouvoir par les urnes. Et alors qu’on est dans cette situation, aux universités d’été du Medef, les candidats se sont focalisés sur Jean-Luc Mélenchon au lieu d’attaquer Marine Le Pen, qui était tranquille. »

Pour la CGT, en effet, « Le RN n’a pas changé. Marine Le Pen l’a redit. Sitôt arrivée au pouvoir, elle [ferait] un référendum constitutionnel pour faire rentrer la préférence nationale dans la Constitution… Un coup de force juridique pour instaurer une xénophobie d’Etat. La préférence nationale, ça s’appelle de l’apartheid ! Mais, aujourd’hui, le seul critère d’appréciation du patronat, c’est son intérêt financier. Honte à ceux dont l’argent est la seule boussole ! Je rappelle que l’extrême droite n’arrive jamais au pouvoir sans le soutien du capital. »

Elle enfonce le clou en ajoutant : « Une partie du patronat est en train de faire la courte échelle à l’extrême droite en la normalisant alors que l’enjeu est de tout faire pour empêcher son arrivée au pouvoir (…) Quand Patrick Martin dit qu’il ne sait pas si Marine Le Pen est d’extrême droite, c’est une faute morale historique. Cela confirme que, pour le Medef, il n’y a que l’argent qui compte. »

Le constat est terrible, mais nullement défaitiste. Pour la CGT, il est encore temps de tout faire pour empêcher la victoire du RN ; en effet, il n’y a rien d’inéluctable : « Notre stratégie, c’est de saturer le débat sur les questions sociales. Il faut transformer la colère en mobilisation. »

Il reste six mois pour refuser de se laisser entraîner dans un vote irréfléchi, un vote de contestation et faire confiance à l’intelligence collective.

Aux armes, citoyens

Vincent Bolloré jubile : il vient de racheter 90 % du capital de la revue Front populaire de Michel Onfray. Outre la prise de contrôle d’un titre chargé d’histoire, il fait de celui qui doit sa notoriété à ses combats contre Jean-Marie Le Pen dans les années 2000 un obligé, pour ne pas dire un salarié.

Désormais, les idées nauséabondes de Bolloré pourront s’épancher sans réserve dans un titre, Front populaire, qui a tant fait rêver et combattre le peuple ouvrier en 1936. Cruel destin.

Bolloré s’offre toutes les bassesses pourvu qu’elles servent son dessein d’un catholicisme rétrograde et illibéral, opposé au progrès social et anti-immigrants.

On peut croire que les ultra-réactionnaires sont déjà au pouvoir ; tout leur est permis. C’est ainsi que la direction de France Intervient d’annoncer à la rédaction qu’un directeur-adjoint de Valeurs actuelles est chargé d’un éditorial politique le dimanche matin. Charles Sapin, c’est son nom, a été multi-condamné par la justice pour des propos racistes et de provocation à la haine, et il est nommé au moment où on apprend que Thomas Legrand est écarté de la radio publique.

Le rapprochement des deux faits fait sens. Scandaleux.

La politique d’extrême droite jette le trouble dans le cerveau de certains syndicalistes.

La secrétaire générale de la fédération CFDT de la fonction publique, Marie Mennella, a écrit au ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, pour lui suggérer d’élargir la présomption de légitime défense aux policiers municipaux. C’est-à-dire d’élargir le champ d’application de la loi dite ‘’permis de tuer’’ à des fonctionnaires territoriaux.

A la direction de la CFDT, on est tourneboulé ; cette prise de position d’une responsable de fédération est en contradiction avec la position confédérale.

Marie Mennella a tout simplement repris la revendication historique du Rassemblement national (RN). Est-ce un hasard ou la démonstration que le RN a réussi à gangréner de trop nombreux esprits ?

L’extrême droite peaufine sa campagne d’intoxication et ses canaux d’intervention ; au même moment la gauche se déchire, rejette toute idée de candidat commun à l’élection présidentielle et fait la sourde oreille aux appels de Marine Tondelier.

Le Parti socialiste, lui, explose et les sociaux-démocrates se jettent dans les bras d’un Raphaël Glucksmann qui n’a pas renié son passé peu glorieux du côté d’Alternative libérale et du Cercle de l’Oratoire, deux mouvements franchement à droite.

Bref, si la France est malade de son économie, de sa politique libérale et rétrograde, les extrémistes de droite, eux, profitent de l’aubaine pour amplifier leurs interventions. Cependant, de nombreux citoyens se mobilisent (sans attendre les politiciens d’une gauche déboussolée) en dénonçant les dangers ; le mouvement s’organise, disparate, certes, mais profond. Les meilleures armes sont celles de l’esprit.

Tout espoir n’est pas perdu.

Traduction et traduction

Je reviens à l’Odyssée de Christophe Nolan ou plutôt à la critique d’Emily Wilson dont j’ai parlé plus haut. Un détail m’a intrigué. La traductrice britannique de l’œuvre d’Homère écrit à propos de Christopher Nolan : « In at least one interview, he cited my version of the first line of the poem: “Tell me about a complicated man »; à traduire par « Dans au moins une interview, il a cité ma version du premier vers du poème : « Parlez-moi d’un homme complexe. »

La phrase m’a intrigué, car je n’avais pas le souvenir d’avoir lu exactement la même chose dans le Tout Homère d’Albin Michel et les Belles Lettres.

Je me suis donc reporté à la traduction des hellénistes français qui proposent effectivement une autre phrase : « C’est l’Homme aux mille tours, Muse, qu’il me faut dire, Celui qui tant erra quand, de Troade, il eut pillé la ville sainte, … »

Dès le premier vers de l’Odyssée, les traducteurs ont fait le choix d’un ton différent ; l’un plus contemporain, l’autre plus poétique et, surtout, plus proche de l’œuvre d’Homère, destinée à être chantée par des aédes.

Voilà qui me rappelle un autre exemple de polémique à propos de traduction ; elle concerne le chef d’œuvre d’Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer. 

Pendant près de 60 ans, le lecteur fervent du prix Nobel américain a dû se contenter de la traduction approximative du monarchiste et homme d’extrême droite Jean Dutourd. Quelle idée de confier la traduction d’une œuvre d’Hemingway à un auteur si différent du baroudeur américain !

Pour lui, dès 1955, les deux premières phrases sont : « Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau, qui pêchait au milieu du Gulf-Stream. En quatre-vingt-quatre jours, il n’avait pas pris un poisson. » En revanche, une nouvelle traduction de Philippe Jaworsky, pour Gallimard en 2017, rétablit enfin les mots et le style d’Hemingway : « C’était un vieil homme qui pêchait seul sur une barque dans le Gulf-Stream et en quatre-vingt-quatre jours il n’avait par attrapé un seul poisson. »

La différence est notable ; Jean Dutourd plonge le lecteur dans un conte, comme si Le vieil homme et la mer était réservé à un public jeune (contresens idiot) quand Philippe Jaworsky le plonge d’emblée dans un récit passionnant.

D’hier à aujourd’hui, on n’a pas fini de discuter des approches de la traduction des œuvres littéraires.

L’Odyssée de Christopher Nolan

Coïncidence, restons sur Télérama. La ‘’rubrique’’ (si on peut dire) La phrase (en gros caractères) interpelle le lecteur : « J’aurais honte d’avoir écrit la moindre phrase de ce scénario ». Signé : « Emily Wilson, traductrice de la version britannique de l’Odyssée dont s’est inspiré Christopher Nolan pour son film. Propos publiés dans la London Review of Books du 13 août 2026. »

En une seule phrase est-il possible que cette Emily Wilson puisse descendre en flammes le film de Nolan.

La curiosité m’a entraîné à rechercher sur Internet le site de la prestigieuse revue et l’article de ‘’la phrase’’ définitive. Puis de rechercher des renseignements sur cette Emily Wilson, une parfaite inconnue pour moi (et pour de nombreux lecteurs de Télérama, je suppose).

Emily Wilson est une universitaire anglo-américaine, enseignante à l’université de Pennsylvanie, où elle vit avec ses trois filles. Emily est également traductrice, de Sénèque et d’Euripide, mais aussi la première femme à traduire l’Odyssée en anglais.

La lecture de son très long article dans la London Review of Books est passionnante. Ses critiques sont acerbes et ne laissent aucun détail dans l’ombre. Et, effectivement, elle a bien écrit qu’elle aurait « honte d’avoir écrit la moindre phrase de ce scénario ».

Mais Emily ne s’arrête pas à cette seule critique ; elle reconnaît que « L’adaptation cinématographique par Christopher Nolan du poème antique d’Homère, un film d’action à 250 millions de dollars, est un divertissement idéal pour échapper à la chaleur étouffante pendant quelques heures » (Le film dure près de 3 heures). Elle dit même que « mes adolescents ont passé un excellent moment (…) C’est un spectacle audiovisuel familial, à l’image d’un feu d’artifice grandiose du 4 juillet ».

Cela dit, les critiques fusent : « L’Odyssée de Nolan est dépourvue de nombreux éléments qui font la grandeur du poème. Elle n’offre rien de convaincant sur le temps, la mémoire, l’histoire, la guerre, ni sur le lien entre le retour glorieux d’un guerrier et la vie de sa famille, de ses adversaires, de ses camarades, de ses amis et de ses voisins. Elle manque de profondeur psychologique, émotionnelle, politique et éthique. Sa structure narrative est artificielle. L’écriture est affreuse. Aucun des personnages n’a de motivation crédible pour ses actions ou ses paroles. Il n’y a pas de scènes de sexe, et toute la nourriture a l’air repoussante. »

Tout au long des 10 pages de l’article, Emily Wilson dissèque tous les personnages du film et elle critique même le choix du lieu de tournage, le Sahara occidental « normalisant ainsi la violence continue contre le peuple sahraoui autochtone ».

Pour conclure cet article fulgurant, Emily Wilson reconnaît que « À l’ère du streaming, cette épopée ramène les spectateurs dans les salles obscures. À une époque où l’alphabétisation est en déclin et où l’on annonce la « mort des humanités », les traductions de l’Odyssée, dont la mienne, s’arrachent. Certains de ceux qui achètent le livre ou vont voir Tom Holland au cinéma se tourneront peut-être vers l’étude du grec ancien. Le film convaincra peut-être quelques responsables d’universités de ne pas supprimer leurs départements de littérature, de langues et d’histoire. Nolan, qui a étudié l’anglais à l’University College London – où l’Odyssée figure toujours au programme de première année comme texte fondamental – fait tout son possible pour redonner le goût de la lecture au grand public, et je lui en suis reconnaissant. »

Autre coïncidence, je relis en ce moment le ‘’Tout Homère’’ (1250 pages) édité par Albin Michel et Les Belles Lettres et publié en 2019 avec les contributions d’une quinzaine d’hellénistes réputés. Lecture passionnante et jubilatoire qu’Emily Wilson ne renierait pas ; mais la traductrice m’a convaincu : je n’irai pas voir l’Odyssée de Christopher Nolan.

Le réveil de Samuel Gontier

Il me manquait : Samuel Gontier, le chroniqueur de Télérama (rubrique En différé), était en vacances. Sa rentrée ne passe pas inaperçue, surtout à la rédaction de France 2. Il s’est penché sur les journaux télévisés de la chaîne et son billet a réveillé mes neurones endormis par la canicule.

Le journaliste a remarqué en introduction que : « Faits divers en pagaille, balivernes technologiques, publireportage obséquieux, tourisme inconséquent et micros-trottoirs à foison : sur France 2, les journaux rivalisent de vacuité pendant l’été. »

Vacuité, c’est le moins qu’on puisse dire. Il passe en revue tous les sujets dits ‘’marronniers’’ habituels, mais il a réservé le meilleur à la fin de sa chronique. Qu’on en juge :

« Pour conclure, « un peu de fraîcheur. Direction la Côte d’Ivoire et la basilique Notre-Dame-de-la-Paix à Yamoussoukro. Sous son immense coupole, il fait 22 degrés seulement ». Contre, à l’extérieur, « 30 à 35 degrés toute l’année, précise un reporteur. Les fidèles en profitent pour prier au frais ». « C’est la fraîcheur de Dieu », assure l’un d’eux. Et celle « des kilomètres de machineries et de tuyaux » en sous-sol, « un système de refroidissement unique au monde qui utilise 24 000 mètres cubes d’eau, très gourmand en électricité ». Alléluia, « les fidèles dansent, mais pas une goutte de sueur. Il y a même une soufflerie intégrée dans les dossiers des sièges », admire le reporteur. Il évoque la construction « voulue par le président Félix Houphouët-Boigny » à la fin des années 1980 de cette « réplique de Saint-Pierre de Rome », « au milieu de nulle part ou presque ». Pas tout à fait : Yamoussoukro est le village natal du dictateur, où ila englouti une fortune pour édifier sa basilique, au point de contrarier le Vatican. Même si, finalement, « le pape Jean-Paul II en personne est venu consacrer l’édifice en 1990. Jacques Chirac était au premier rang ». Ainsi que Jacques Foccart, l’homme des basses œuvres de la Françafrique. Le reporteur célèbre « la plus grande superficie de vitraux au monde » et « des milliers de mètres carrés de marbre », insiste sur « le petit miracle de la fraîcheur dans ce lieu saint ». À la prochaine canicule, réservez un vol pour prendre le frais à Yamoussoukro. »

Faut-il s’inquiéter de ces moments de laisser-aller du service public ? Sans doute. Pourtant, il ne faudrait pas se tromper, droite, extrême droite et même centre, ne sont pas étrangers à ces errements. Ils sont le résultat des attaques permanentes contre le service public, son indépendance, son pluralisme, à coups de commission d’enquête et de restrictions budgétaires.

Samuel Gontier nous a réveillé et nous invite à refuser la bataille médiatique de Bolloré. L’audiovisuel public n’a jamais été autant nécessaire qu’aujourd’hui et plus encore que demain. Alors, continuons le combat.

Tan que Samuel Gontier peut écrire pour le fustiger, c’est que le service public est encore là. Demain, il sera trop tard.

Le cas Ben Gvir

Itamar Ben Gvir est ministre de la sécurité nationale israélien ; il est surtout un suprémaciste auquel Benyamin Netanyahu n’ose pas s’opposer pour éviter de finir ses jours en prison. 

Ben Gvir est surtout un être abject, dont le racisme envers le peuple palestinien dépasse l’entendement.

Il vient de s’illustrer une nouvelle fois au prétexte d’une prétendue baisse des opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza :

« Je pense que des éliminations ciblées devraient être menées. Chaque nuit à Gaza en descendre 30 ou 40. Pas seulement ceux qui te mettent en danger à ce moment-là. Non, il y a là-bas des gens qui ne devraient pas être en vie, qui ne méritent pas de vivre. Je leur fais déjà un compliment en les qualifiant d’êtres humains. Ce ne sont même pas des êtres humains. »

Il a osé ajouter : « Je considère que toute la bande de Gaza nous appartient. »

Dans une démocratie, un tel homme n’aurait jamais dû devenir ministre ; mais en Israël, aujourd’hui, le racisme n’est plus un crime, c’est devenu la norme vis-à-vis des pauvres Palestiniens. Le silence de Netanyahu n’en apporte-t-il pas la preuve ?

Quand les démocraties (ou prétendues telles) agiront-elles pour stopper ces assassins qui autorisent les crimes quotidiens non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie.

Il faut stopper le génocide des Palestiniens ; il faut juger un gouvernement israélien engagé dans la surenchère mortifère et répondre à l’appel de ses victimes car Ben Gvir n’est pas un malade, isolé dans son pays et dans son pouvoir.

Pour la Palestine et son peuple

Vincent Lemire, historien, signe une remarquable tribune dans le Monde : « En Cisjordanie, c’est bien l’inaction des gouvernements occidentaux qui permet à la violence de se déchaîner ».

Elle doit être relayée pour participer, chacun à son niveau, au mouvement  de fond visant à stopper le génocide du peuple palestinien.

Elle mériterait d’être reprise en totalité ; j’en ai choisi des extraits :

« Trois mots surgissent pour décrire les sentiments qui nous assaillent face au nettoyage ethnique en cours en Palestine : le dégoût, la colère et la honte. Le dégoût, d’abord, face à l’horreur des scènes de pillage et de meurtre qui se sont multipliées en Cisjordanie ces deux derniers mois, dans le silence de la communauté internationale (…) Chaque année, au cœur de l’été, quand les diplomates occidentaux sont en congé, la souffrance des Palestiniens redouble, dans un mutisme assourdissant. Pendant les vacances, les massacres continuent. Cet été atteint des sommets, au point que même l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Mike Huckabee, s’en est ému. Alors que, depuis dimanche 9 août, des colons ont installé leurs tentes dans la cour de maisons palestiniennes à Qusra, y enfermant 15 personnes – dont des enfants – privées d’eau, d’électricité, de nourriture et de médicaments, M. Huckabee a dénoncé, jeudi 13 août, un « acte de terreur » (…) Le deuxième sentiment qui surgit, c’est la colère, parce que ces scènes d’une violence écœurante sont tout sauf des dérapages isolés. Elles participent d’une stratégie de terreur désormais assumée par les colons et couverte par l’armée (…) Notre ressenti ne nous trompe pas : nous assistons, sidérés, à un déchaînement de violence absolument inédit (…) Après le dégoût et la colère, c’est la honte qui nous envahit. Le mot est fort, mais il est aujourd’hui fréquemment utilisé par les Israéliens eux-mêmes. Tamir Pardo, ancien directeur du Mossad de 2011 à 2016, déclarait, en avril, après avoir visité des villages palestiniens attaqués : « Ma mère a survécu à la Shoah, et ce que j’ai vu m’a rappelé ce qui est arrivé aux juifs au siècle dernier. Ce que j’ai vu m’a fait honte d’être juif. » Cependant, il n’y a aucune raison pour que la honte repose sur les seules consciences juives et israéliennes, car c’est bien l’inaction des gouvernements occidentaux qui permet à cette violence de se déchaîner (…) Sans remonter aux origines du conflit, on doit constater qu’Emmanuel Macron est tout particulièrement comptable de la situation actuelle, car c’est lui qui, il y a un an, a pris la tête d’une initiative diplomatique ayant abouti à la reconnaissance de l’Etat de Palestine par plusieurs membres du G7 et du Conseil de sécurité de l’ONU. Peut-on reconnaître un Etat et laisser ses citoyens se faire assassiner ? Cette reconnaissance était-elle donc un geste sans lendemain, pour solde de tout compte ? Cet été, à quel moment a-t-on entendu l’exécutif français évoquer la situation en Israël et en Palestine ? (…) Il faut que la France se joigne aux pays qui demandent la suspension du volet commercial de cet accord [la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Slovénie et la Suède] au titre de son article 2 sur le respect des droits humains.

Il faut aussi s’adresser directement aux électeurs israéliens. Aujourd’hui, tous bénéficient d’une exemption de visa dans l’espace Schengen, y compris les soldats coupables de crimes de guerre, tandis que de plus en plus de chercheurs et de journalistes européens sont refoulés aux frontières d’Israël (…) Enfin, dans la perspective des élections législatives palestiniennes de novembre et de la présidentielle de début 2027, la France doit prendre la tête d’une coalition internationale pour réclamer la libération du grand favori des sondages, le leader du Fatah, Marwan Barghouti, détenu en Israël depuis 2002. Sans lui, ces élections seront nulles et non avenues, car vidées de toute signification. Aucune chance que cette demande soit suivie d’effet avec le gouvernement suprémaciste au pouvoir en Israël. Mais, si les Israéliens choisissent d’échapper à l’abîme en octobre, la future coalition aura à cœur de renouer avec ses partenaires européens. L’exigence d’une libération de Marwan Barghouti devra alors être une condition minimale pour relancer le dialogue. Le dégoût, la colère et la honte nourrissent la déploration et la défiance. Il faut de toute urgence en faire un levier d’action. »

Merci M. Lemire pour cette tribune qui doit dessiller les yeux de ceux qui ne veulent rien voir, rien entendre, rien faire pour un peuple en voie d’extermination par quelques suprémacistes juifs, qui renient leur histoire.

Les méfaits de la canicule

Les politiques souffrent de la canicule et, à les écouter, les dégâts sur leurs facultés mentales s’aggravent.

Donald Trump, dont l’état inquiétait gravement, est le plus touché : après avoir menacé l’Iran de destruction totale (avant de se rétracter) il vient de s’en prendre à un allié, le sultanat d’Oman, en termes grossiers : « Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule. » Une saillie digne du personnage.

En revanche, il ne dit mot sur les exactions des Israéliens en Cisjordanie, à Gaza ou au Liban. Ses neurones atteints provoquent chez lui des pertes de mémoire.

En France, quand la forêt brûle (et avec elle des villages), le président s’en va à Brégançon faire du jet-ski. Quel mépris. Il laisse ses ministres et, parmi eux, le premier, affronter la colère bien justifiée des citoyens qui ont tout perdu dans ces incendies.

Sébastien Lecornu a été hué à Le Plogue par des habitants exaspérés et c’est le moment choisi par Macron pour faire ‘’fuiter’’ son choix pour la prochaine élection présidentielle, à savoir le valeureux Lecornu. Quel flair politique. 

Nul doute que cette candidature fera l’unanimité chez les pompiers, les agriculteurs, les soignants, les enseignants, etc. après les annonces de rabotages des pensions de retraites, de l’augmentation des impôts et de la discussion pour revoir une politique sociale trop généreuse.

Quant à Marine Le Pen, la candidate condamnée par la justice, elle ressort son projet de révision de la Constitution pour renvoyer les immigrés dans leurs pays d’origine et renforcer les mesures policières et judiciaires, alors que la France attend des mesures écologiques pour stopper le réchauffement climatique.

C’est à croire que les dirigeants de la planète se sont trop exposés au soleil et que leurs facultés cognitives ont été altérées par la canicule pour être ainsi hors-sol.

Les veaux devenus adultes

Charles De Gaulle a souvent répété que « les Français sont des veaux. » Preuve de sa suffisance et, on peut le dire, de son mépris pour le peuple.

Plus de cinquante plus tard, les petits héritiers du général n’ont pas varié : ils n’éprouvent de sympathie que pour les ultra-riches.

C’est le sentiment que j’éprouve quand je lis dans les gazettes les propositions de l’inspection des finances (IGF) et de l’inspection des affaires sociales (IGAS) adressées au gouvernement pour faire des économies sur les politiques familiales. Tout y passe : aide personnalisée au logement (APL), allocations familiales, impôts, retraites doivent être réformées et font partie de dix « mesures d’efficience prioritaires » à mettre en œuvre dès 2027.

La manœuvre est grossière : on demande un rapport à la haute administration dont on connaît par avance les propositions ; ainsi le gouvernement peut de cacher derrière un rapport qui apparaît comme irréfutable.

Dans le viseur du pouvoir macroniste également, les compléments de revenus versés à certains fonctionnaires. Quand la grogne de la fonction publique monte et demande des revalorisations de salaires, président et ministres laissent à croire que les dits fonctionnaires sont des privilégiés et bénéficient de primes et indemnités de toutes sortes.

Autrement dit, nos gouvernants d’aujourd’hui pensent comme De Gaulle, mais évitent de la proclamer trop fort.

Les revendications des agriculteurs, éleveurs, maraîchers, pompiers, enseignants, étudiants, soignants et salariés du privé se ressemblent. Preuves qu’ils ne sont pas des veaux, ils savent que l’argent coule à flot chez les ultra-riches qui ne paient pas d’impôts, mais bénéficient de multiples aides de l’Etat. Ils ont lu les libelles de Gabriel Zucman, de l’Observatoire des multinationales, etc. 

Il arrive un jour où les veaux deviennent adultes ; De Gaulle en a fait la cruelle expérience (pour lui). Et si c’était au tour de Macron (et du patronat) de devoir affronter la révolte des veaux, devenus de féroces taureaux.

Infantino, encore

Gianni Infantino n’en finit pas de meubler l’actualité.

Après son séjour au Maroc aux côtés du roi, il s’est rendu à Cali pour la cérémonie d’investiture du nouveau président de la Colombie, Abelardo de la Espriella. En soi, la nouvelle est surprenante ; jamais un président de la Fédération internationale de football n’a été invité à une telle manifestation. Alors, pourquoi cette grande première ? Sans doute parce que le nouveau président colombien est un représentant de l’extrême droite, mais aussi un ami de Donald Trump.

Infantino n’a pas mesuré à quel point il est sous le feu des critiques ; sa présence à Cali est décriée.

D’autres griefs lui sont adressés, malgré ses dénégations. Il serait impliqué dans une affaire où il aurait versé une indemnité de départ à 6 chiffres à une employée de l’UEFA avec laquelle il entretenait une relation durant son mandat de secrétaire général de la fédération européenne. En outre, l’organisation aurait pris à sa charge les frais des études de conversion de l’intéressée.

Le dossier d’accusation de Gianni Infantino prend de l’ampleur.

Les footballeurs amateurs qui ont du mal à se payer des équipements et des ballons apprécieront les largesses d’Infantino, président de tous les footballeurs.

Le retour des nationalisations

Le Monde constate « le retour des nationalisations d’entreprises » et précise en sous-titre que « un grand nombre d’Etats tentent de reprendre le contrôle de secteurs jugés essentiels à leur souveraineté ».

Les raisons de ce retour en arrière salutaire, le Monde est allé le chercher en Inde, où, constate un chroniqueur, « « la gestion des services publics par le privé semble avoir échoué, et l’opinion publique est désormais largement favorable à ce que les Etats en reprennent le contrôle ». Le journaliste du Monde ajoute que « l’Inde a découvert, quatre décennies plus tard, que le secteur privé ne garantissait pas, à lui seul, la transparence ou l’efficacité, avec des affaires de manipulation de cours boursiers secouant régulièrement ses marchés financiers. » Découverte tardive, puisqu’il s’agit de la maladie originelle du capitalisme. 

Si les Etats-Unis de Trump ne restent pas en marge de ce courant, l’exemple le plus symbolique, le quotidien le trouve en Grande-Bretagne où le sidérurgiste British Steel, nationalisé par la trop célèbre Margaret Thatcher en 1988, vient d’être renationalisé le 16 juillet dernier, « pour garantir l’avenir de la production d’acier au Royaume-Uni, protéger des emplois qualifiés et préserver une capacité nationale vitale ». Le nouveau premier ministre, Andy Burnham, a même évoqué la reprise de contrôle de l’eau, du logement, de l’énergie et des transports. 

En Italie aussi, Arcelor Mittal a été placé sous tutelle, rappelle le quotidien vespéral. Il n’y a donc que la France où Macron, Lecornu, la droite et l’extrême droite font front commun pour ne pas nationaliser la branche française d’Arcelor Mittal. Au risque de voir le groupe disparaître de l’Hexagone.

Avons-nous, en France, le président, le gouvernement et les partis de droite les plus bêtes du monde ? La réponse est dans la question !

Le coût de la vie augmente, le chômage remonte sérieusement, la dette enfle, le bâtiment est à l’agonie, comme l’agriculture. Et la forêt brûle. Le constat mériterait une réflexion approfondie sur les mesures à adopter d’urgence pour que le pays retrouve son dynamisme en produisant des richesses, avec un contrat social progressiste (dont des salaires revalorisés et égaux pour toutes et tous).

Se détourner de ce mouvement mondial n’est pas un signe de grande intelligence. Ceux qui gouvernent la France aujourd’hui font la preuve de leur volonté de ne pas changer de politique économique pour le plus grand profit des grands groupes. Quitte à abandonner son peuple dans une misère galopante.

En fait

La langue française est une langue vivante ; c’est-à-dire qu’elle s’enrichit chaque jour de mots nouveaux ou d’expressions nouvelles. Les mots nouveaux en chassent d’autres, tombant en désuétude ; on ne parle plus aujourd’hui comme on parlait du temps de Molière. C’est heureux ; cependant la langue française reste belle.

La langue française a aussi des modes ; il suffit qu’un groupe utilise une expression pour qu’elle soit reprise très largement. Il a suffi que les météorologues emploient les mots de ‘’dôme de chaleur’’ pour qu’ils soient largement relayés, (notamment par journalistes météo sur les chaînes de télévision) sans en donner les explications scientifiques. Alors, va pour dôme de chaleur, ressassé chaque jour.

Il faut une période relativement récente où on utilisait la préposition ‘’voilà’’ à tout propos (et hors de sa signification), puis Emmanuel Macron a mis l’expression ‘’et donc’’ (sans virgule) à la mode en l’utilisant largement dans ses discours.

Aujourd’hui, c’est la locution adverbiale ‘’en fait’’ qui fait fureur (jusqu’à l’exaspération).

En se plongeant dans le dictionnaire de l’Académie française, on apprend qu’il s’agit d’un tic de langage :

« La locution adverbiale En fait signifie « réellement, vraiment » et « contrairement aux apparences » : c’est le sens qu’elle a dans des phrases comme « Il est en fait maître du pays » ou « La Confédération helvétique est en fait une fédération ». Un regrettable tic de langage se répand qui consiste à l’employer en lieu et place de la conjonction de coordination mais, voire à employer les deux à la fois. Il convient d’éviter cette confusion et de conserver à la locution en fait son sens plein. »

Il n’y a rien de pire que les tics de langage. Alors, essayons de les abandonner. Sans remettre en cause la vitalité de la langue française.

Infantino et l’ubérisation

Gianni Infantino est obséquieux avec les gens de pouvoir ; on l’avait vu décerner avec empressement un prix de la FIFA pour la paix à un Donald Trump qui n’en demandait pas tant, puis s’afficher avec le Guignol de la Maison Blanche lors de la remise de la coupe du monde de football.

Et voilà qu’il récidive à l’occasion de la Fête du Trône, où il a déclaré que le Maroc est le plus beau pays du monde, au moment même où 60 000 jeunes Marocains tentaient d’accoster à Ceuta pour fuir un régime dictatorial où la pauvreté est extrême. Infantino pratique l’art du contre-pied, à moins qu’il ne s’agisse plutôt d’une dose d’imbécillité rarement atteinte par un personnage de haut rang. 

On attendait un peu plus de retenue d’un président désavoué par les fédérations nationales du football, européennes, asiatiques ou américaines.

Gianni Infantino n’emprunte sans doute pas les lignes aériennes d’easyjet, sinon il aurait évité une nouvelle bévue.

Les gazettes nous informent que la compagnie britannique à bas coût, immatriculée à Jersey, a ouvert récemment une nouvelle base au Maroc, en se détournant du droit européen pour optimiser ses marges, donc ses bénéfices. Les pilotes, une soixantaine, se voient imposer des contrats d’auto-entrepreneurs, ‘’recrutés’’ par une société sous-traitante, Storm Aviation, basée, elle, en Irlande.

Les syndicats de pilotes ont dénoncé ce montage qui, disent-ils, « reporte sur les pilotes les risques sociaux et financiers tout en conservant un contrôle opérationnel ».

Le Maroc est vraiment le plus beau pays du monde pour les capitalistes. Quant à Infantino, il n’a aucun avis ni sur la pauvreté, ni sur les pratiques des compagnie low cost au Maroc.

Sur la crise de Ceuta

Le roi du Maroc, Mohammed VI, a célébré la Fête du Trône à M’diq, station chic sur les bords de la Méditerranée devant un parterre de dignitaires et de personnalités, y compris l’inénarrable Gianni Infantino qui a cru intelligent de vanter « le plus beau pays du monde ».

Au même moment, à quelques kilomètres de M’diq, 50 000 jeunes Marocains se jetaient à l’eau pour tenter de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta. Ce qui fait écrire au Monde : « la réalité a fini par rattraper la monarchie marocaine et sa célébration annuelle – la Fête du trône –, sans que ni le palais royal ni le gouvernement réagissent officiellement. Vendredi, les conseillers du monarque, ses ministres, l’armée et les représentants de toutes les régions du royaume ont prêté allégeance à Mohammed VI, comme si de rien n’était. Autour de Ceuta, le décompte de ceux qui sont morts en mer ne cesse pourtant d’augmenter, le nombre de noyés atteignant au moins 34, selon un dernier bilan des autorités locales, vendredi soir. »

Dans un éditorial, le quotidien vespéral dénonce responsables politiques de droite et d’extrême droite qui « se sont précipités sur les images provenant de l’enclave espagnole située au nord du Maroc pour dénoncer l’imminence d’une vague migratoire et le danger que faisait peser la politique du gouvernement de Pedro Sanchez sur l’Europe. Sans jamais s’embarrasser des faits. » Et de poursuivre : « La crise de Ceuta a ainsi été le révélateur d’un réflexe d’instrumentalisation et de division, là où la gravité et la réalité de la question de l’immigration exigeraient au contraire solidarité et unité. La mutation d’un monde caractérisé par la circulation effrénée des biens et les déplacements de populations provoqués par les guerres, les crises économiques et les effets du dérèglement climatique, de même que la réalité des « hivers » démographiques occidentaux, font que ce sujet va continuer à tarauder les opinions pour longtemps. Raison de plus pour tenter d’y répondre par la raison et le sang-froid plutôt que par une hystérisation populiste qui ne conduit nulle part. »

Honte à ceux qui, aux côtés de Giorgia Meloni, refusent de condamner « les inégalités, l’absence de justice et le trop peu de libertés individuelles qui sont pointés du doigt. » Honte aux médias qui refusent de voir au-delà des faits et se joignent à l’extrême droite.

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« TotalEnergies vient d’enregistrer 11,2 milliards de dollars de profits au cours des 6 premiers mois de 2026, soit une hausse de 72% sur un an, profitant à plein de l’envolée des prix du pétrole consécutive à la guerre en Iran. Alors que le débat sur ses maigres contributions fiscales s’intensifie – TotalEnergies ne paie pas ou presque d’impôt sur les sociétés en France – l’entreprise vient de publier un communiqué affirmant qu’elle ne délocalise pas ses profits dans des paradis fiscaux. »

Gabriel Zucman est économiste, professeur à l’École normale supérieure et à l’Université de Berkeley (Californie). Il dirige l’Observatoire international de la fiscalité. Ses recherches portent sur l’accumulation, la répartition et la taxation des fortunes, dans une perspective historique et mondiale.

Il publie une newsletter hebdomadaire dans laquelle il fait œuvre pédagogique pour dénoncer, notamment, tous les artifices des grandes comme TotalEnergie pour ne pas payer d’impôts en France. Ici, je n’en publie que l’introduction.

Mieux comprendre les finances publiques, l’évasion fiscale, les paradis fiscaux et l’enrichissement des milliardaires grâce à Gabriel Zucman, c’est gratuit et passionnant.

Pour s’abonner, une seule adresse : gabrielzucman@substack.com

Les corrompus

L’ami de Trump, Gianni Infantino, a le sens des affaires et d’une certaine forme d’amitié. Il vient d’avouer qu’il avait le projet de vendre des parts de la Coupe de football de football à des investisseurs privés. Et, comme par hasard, le principal investisseur n’est autre que le frère du gendre de Trump.

On savait la famille Trump portée sur la prévarication, mais que le président de la FIFA se joigne à ses affaires délictueuses est osé.

La fronde s’organise ; en effet, vendre la Coupe du monde à des fonds privés, avides de dividendes, est un projet lourd de dangers.

On comprend mieux aujourd’hui les attitudes d’Infantino en direction de Trump avant et durant le déroulement de la compétition. Les deux hommes, aussi corrompus l’un que l’autres, se sont rejoints pour accaparer le jeu de football et en faire une machine à cash.

Décidément, la planète doit s’extirper du monde de la finance. Vite.

Les girouettes

Mathieu Lefèvre est ministre délégué à la transition écologique. Ah, bon ! On l’a peu entendu jusque-là. Mais les feux dantesques lui ont permis de se montrer ; il a perdu une occasion de se taire.

Sur Franceinfo, le 28 juillet, le prétendu ministre ose déclarer en direction de ceux qui critiquent le manque de moyens des pompiers : « Les mêmes qui ont refusé de voter les augmentations budgétaires viennent aujourd’hui dire qu’elles ne sont pas assez importantes. »

Le prétendu ministre, donc, a sans doute ‘’oublié’’ qu’il a été député et qu’en commission des finances le 21 octobre 2022 il avait rejeté un amendement visant à octroyer des moyens supplémentaires aux soldats du feu.

Au cours de la même séance de la commission des finances, le député macroniste Thomas Cazenave (qui n’était pas encore maire de Bordeaux) avait alors rejoint le ministre délégué pour refuser toute augmentation du budget.

Ce deux hommes, élus du peuple, ont un curieux sens des affaires publiques et, surtout, un manque certain de flair et de prévoyance.

Aujourd’hui, ils sont rattrapés par les feux de forêts et tentent de donner des leçons en pratiquant le mensonge. Heureusement, les débats parlementaires sont archivés pour démentir leur posture actuelle.

Le vent attise les feux et fait tourner les girouettes.

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