Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Napoléon et Napoléon le petit

Emmanuel Macron a choisi : il commémore la mort de Napoléon plutôt que le Commune. A chacun ses valeurs. Son entourage tente de faire diversion en précisant benoitement que commémorer n’est pas célébrer. Foutaise.

Le discours du président de la République a une haute portée symbolique, deux jours après la Journée mondiale de la liberté de la presse pour laquelle il s’est contenté d’un court message de soutien aux journalistes. Les lois liberticides de son quinquennat ne l’autorisaient guère à faire plus.

Dans son discours il a oublié de rappeler que Napoléon a été le pire ennemi des journalistes. Après le coup d’Etat du 18 Brumaire (9 novembre 1799), il déclarait : « Si je lâche la bride à la presse, je ne resterai pas trois mois au pouvoir. »

Dès les premiers jours du Consulat, un décret du 27 Nivôse An VIII (17 janvier 1800) supprimait soixante-treize journaux du département de la Seine, et en limitait le nombre à onze (il sera réduit à quatre en 1810), rétablissait l’autorisation préalable, abolie en 1789, et instaurait la censure. Puis il autorisa un seul journal par département.

Avec Napoléon, tous les moyens d’expression furent l’objet de contrôles stricts, tatillons et les procédures se multiplièrent pour faire taire ceux qui osaient la moindre critique.

Emmanuel Macron n’aura pas un mot pour évoquer la situation de la presse sous le règne de Napoléon ; peut-être parce que toute ressemblance avec la situation actuelle n’est sans doute pas fortuite !

Si Napoléon a gommé rageusement les libertés instaurées par la Révolution, Macron, lui, est en train de gommer l’esprit des Ordonnances de 1944 sur la presse.

Le pouvoir vertical applique décidément toujours les mêmes recettes pour se maintenir au pouvoir.

Le caillou de Biden

En octobre 2017, Emmanuel Macron déclarait avec une belle assurance du haut de sa suffisance que « pour que notre société aille mieux, il faut des gens qui réussissent (…) Je ne crois pas au ruissellement, mais je crois à la cordée (…) Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c’est toute la cordée qui dégringole. »

Donc, Emmanuel Macron ne croit pas au ruissellement et on est censé le croire. Mais cette théorie est celle qu’il a mise en œuvre : suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, prélèvement forfaitaire unique sur les dividendes, allégement de l’impôt sur les sociétés, etc.

Les économistes venant au soutien du président des riches étaient aux anges et soutenaient que plus les riches ont d’argent, plus elles investissent et créent des emplois. Nicolas Bouzou, économiste ultralibéral pur jus, présent dans tous les grands médias affirmait que « par exemple, un ingénieur en intelligence artificielle chez Google sera certes très bien payé, mais il va consommer au restaurant, dans des hôtels, il va avoir des employés de maison. Ça crée donc des emplois moins qualifiés. On estime que concernant l’économie du numérique aux Etats-Unis, un emploi à forte valeur ajoutée entraîne la création de quatre emplois moins qualifiés. »

Bref, il est dans la nature des choses qu’il y ait sur terre des maîtres et des esclaves.

L’argument est d’un simplisme déroutant. Et il n’a jamais été prouvé ; au contraire, les inégalités ne cessent de se creuser et le nombre de pauvres ne cesse de croître.

Et voilà qu’un président des Etats-Unis, surnommé l’endormi par son prédécesseur, vient de se distinguer en déclarant que « La théorie du ruissellement n’a jamais fonctionné » et en prenant diverses mesures opposées à celles que défendent à l’unisson Macron, Le Maire et tous les économistes gravitant dans leur orbite.

Joe Biden vient de jeter un caillou sur le premier de cordée de la France startup nation ; il n’en sera jamais assez remercié. Toute la cordée ne dégringolera pas (pour les pauvres, c’est déjà fait), mais le premier assurément. Rendez-vous en 2022.

Bolloré, c’est du brutal

Il n’est pas incongru de parler de Vincent Bolloré le jour de la fête du travail, journée internationale de solidarité de tous les exploités. Il est le symbole du capitaliste qui rêve d’un monde sans protection sociale.

Vincent Bolloré est un fieffé exploiteur, tyrannique et sans aucun sentiment pour ceux qui triment pour lui permettre d’amasser les milliards, avec lesquels ils rachètent tout ce dont il a une envie insatiable. Sous toutes les latitudes.

Il n’aime pas qu’on évoque ses affaires africaines, par exemple, et n’hésite pas à poursuivre ceux qui dénoncent ses pratiques féodales. Dans ses chaînes de télévision il ne se comporte pas mieux.

Après avoir fait le ménage à iTélé (rebaptisée CNews), il réitère à Canal+. Après les licenciements de Sébastien Thoen et Stéphane Guy, ce sont cinq journalistes du service des sports de la chaîne cryptée qui sont sous le coup d’un licenciement.

Cette vague vise à ‘’sanctionner’’ sans preuve ceux qui ont dénoncé le harceleur Pierre Menès, l’ami de la famille, ou apporté leur solidarité aux premières victimes. La sanction est suprême : c’est directement la porte, même si la salarié fait condamner le grand exécuteur aux prud’hommes. Peu importe, le coût n’est pas dissuasif pour un milliardaire.

Dans les chaînes de Bolloré, donc, on ignore superbement les dérapages ou les condamnations des Zemmour, Praud, Menès, Hanouna, mais pas contestations des salariés. Etonnant ? Non, la réponse à la question est à lire dans mon dernier livre, ‘’Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit’’ et, plus particulièrement, au chapitre « Le ‘’final cut’’ de Bolloré ». Edifiant.

Où il est prouvé que Bolloré ne connaît ni la fête du travail, ni la solidarité, ni les syndicats, ni la dignité des salariés.

Il faudra sans doute encore beaucoup de manifestations du 1ermai pour faire plier ce patron brutal et ses sbires, aux agissements moyenâgeux.

Le petit Emmanuel est en campagne

Emmanuel Macron est déjà en campagne pour la présidentielle de 2022 ; elle s’annonce rude cette campagne tant les Français sont excédés par l’homme qui sait tout et décide de tout. Tout seul.

Il a délaissé l’intervention télévisée pour la presse écrite, d’abord le quotidien du libéralisme sans entrave, L’Opinion, puis les quotidiens régionaux, convoqués à l’Elysée pour rapporter la pensée complexe à propos du déconfinement.

Dans L’Opinion financée entre autres par Bernard Arnault, il a osé une sentence qui se veut définitive : « Notre Nation peut prendre toute sa part à l’invention du monde qui vient. » Un peu irréaliste et présomptueux quand même.

Il s’est déclaré « optimiste de la volonté », espérant que d’ici à 2025, les jeunes auront trouvé du travail et toute leur place dans la société, dans « un nouveau modèle productif plus écologique et numérique » et un « nouveau modèle de protection sociale ».

Imaginant que les jeunes auront du mal à suivre un tel discours, il a nuancé en déclarant que ses objectifs« peuvent sembler lointains alors que nous venons tout juste d’acter un calendrier très progressif de réouverture du pays », mais il les estime à portée de main, évidemment grâce aux « réformes engagées depuis quatre ans ».

Dans son interview à la presse régionale, il est resté plus technique pour annoncer les mesures qu’il avait prises.

Tous les patrons des quotidiens régionaux ont dépêché leurs journalistes de confiance pour recueillir la parole divine de Zeus. Celui-ci les a d’ailleurs choyé en leur accordant un supplément sous forme d’une courte vidéo à mettre sur leur site, présentée par les moins regardants comme une exclusivité.

Il y a deux ans, Le Télégramme et la Voix du Nord avaient refusé une opération identique de Macron. Aujourd’hui, il n’en manquait pas un. La pratique est inconnue dans des pays comme l’Allemagne et Angela Merkel se garderait aussi bien de convoquer les journalistes que de contrôler le contenu de ce qui a été retenu par les collègues d’outre-Rhin.

Mais en France, où la presse est hyper-concentrée, les journalistes sont tenus en laisse. C’est ce phénomène que je décrypte dans mon dernier livre (qui vient de sortir aux Editions Maïa), « Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit ».

Je renvoie mes lecteurs au chapitre : Un journaliste est-il libre dans la France de Macron ?

Quand Lagardère rit, les salariés pleurent

L’Elysée continue à retenir son souffle après l’annonce de l’abandon du statut de commandite par le groupe Lagardère pour celui de société anonyme. Certes, Vincent Bolloré n’a pas (encore) mis la main sur Europe 1 en pleine période électorale ; mais il s’agit d’une simple illusion. Dans une société anonyme, le premier actionnaire (26 % pour Bolloré) a un vrai pouvoir d’influence, surtout quand il est épaulé par deux autres poids lourds, Amber Capital (20 %) et la fonds souverain du Qatar (13 %).

Des informations commencent à filtrer : des synergies seraient déjà envisagées entre la radio Lagardère et les chaînes de télévision Bolloré. Emmanuel Macron doit avoir des sueurs froides. Imaginer Zemmour et Praud sur Europe 1, le président vertical n’ose y croire !

Dans l’opération à plusieurs centaines de millions d’euros, tout le monde n’est pas sorti gagnant, à commencer par les salariés. Ceux d’Europe 1, par exemple, ont été priés de se déclarer volontaires pour quitter la radio qui sombre. D’autres suivront. En revanche, le patron, Arnaud Lagardère, a bien négocié et il a su préserver son emploi : son poste de Pdg lui est assuré pour 6 ans et en contrepartie du changement de statut du groupe, il recevra 10 millions d’actions à 22 euros. Ainsi il deviendra actionnaire à hauteur de 14 % au lieu de 7,6 % aujourd’hui ; de quoi doubler ses dividendes.

Le monde des médias est impitoyable, mais pas pour tous. Les milliardaires savent préserver leurs intérêts, même dans le cas où ils ont conduit leur groupe à la catastrophe.

Quant à l’information elle est maltraitée par les mêmes qui ont passé des « menottes de l’esprit » » à leurs journalistes.

Pour comprendre comment se fabrique l’information à l’ère des Bolloré et Lagardère, on peut utilement se reporter à mon dernier livre, « Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit » (Editions Maïa, 19 €). C’est édifiant.

Salauds d’pauvres !

Le nombre de sans abri, sans travail, sans papier augmente chaque jour et la pandémie du coronavirus a amplifié le phénomène.

Mais les pauvres sans rien insupportent ce président de la République qui avait promis qu’à la fin de sa première année de mandat il n’y aurait plus de citoyens couchant dehors.

Il n’est pas étonnant que les pauvres sans abri cherchent un toit. Que leur offre-t-on comme solution alternative ? Mais, voilà que ce gouvernement des riches vient de faire voter une loi qui en fait des criminels. Un collectif de 34 associations et syndicats a publié un communiqué à ce sujet :

«La loi “sécurité globale”, validée par le parlement le 15 avril dernier, précarise et criminalise davantage les personnes sans-logis qui occupent ou se maintiennent dans des locaux vacants sans titre locatif. Loin de ne protéger que le domicile des habitant·e·s, l’article 1er bis A sanctionne désormais l’occupation de locaux vacants, professionnels, commerciaux, agricoles ou industriels.De surcroît, il inflige trois ans de prison et 45 000 euros d’amendeà ces personnes en situation de précarité, triplant les peines à leur encontre, alors même que le Conseil constitutionnel avait censuré cette disposition de la récente loi ASAP.Enfin cet article autorise la police municipale, pourtant dénuée de tout pouvoir d’enquête, à retenir les occupants, jusqu’à l’arrivée d’un agent de police judiciaire ou à les lui livrer. Outre les personnes sans logis, les habitant·e·s de bidonvilles, les squatteurs, les locataires non déclarés… sont aussi visées les occupations ponctuelles militantes ou syndicales. »

Ce pouvoir vertical n’aime pas les pauvres et sa répression accrue à chaque nouvelle loi masque mal son incapacité à mettre en place une politique publique du logement digne de ce nom.

En conclusion, le communiqué rappelle que « Laisser un bien immobilier vacant dans ce contexte de crise du logement et sanitaire est un abus de droit de propriété. »

Macron, obnubilé par sa réélection en 2022, tourne de plus en plus ouvertement le dos aux pauvres pour se rapprocher dangereusement de cette droite xénophobe de nantis et des suppôts de la droite dure proche de Marine Le Pen.

Ferme ta gueule, Luc Ferry

Luc Ferry est un parfait imbécile et un goujat. Il vient encore de le prouver dans l’émission Passage des arts diffusée sur France 5 et présentée par Claire Chazal.

Infatué, celui qui a été ministre de l’éducation nationale était interrogé à propos de l’art contemporain, il a eu ces réponses étourdissantes :

« Ce n’est pas que je ne suis pas absolument fan, c’est que je déteste ça !Je pense que c’est à 99% une monstruosité de snobisme. Les gens sont obligés de dire que c’est grandiose parce que cela coûte très cher et qu’ils sont bluffés par le pognon. C’est tout !Quand on voit une espèce de truc ridicule de Jeff Koons, Balloon Dog, qui se vend 53 millions de dollars, les types se disent : Ah bah, si je ne trouve pas ça admirable, c’est que je suis un con ! Il faut dire la vérité là-dessus. Ça se vend très cher, donc ça impressionne les blaireaux. C’est l’art capitaliste, disait Schumpeter. »

Luc Ferry, donc, est un parfait imbécile mais il est d’une grossièreté abyssale à l’encontre de ceux qui savent apprécier dans l’art contemporain d’authentiques artistes et créateurs. L’art contemporain ne se résume pas à Jeff Koons.

Quant aux blaireaux, il est très probable que Luc Ferry en fréquente quelques-uns.

En 2011, sur France Inter, François Morel avait invectivé le philosophe en charentaises en termes crus. Ils sont curieusement bienvenus après la prestation de celui qui ne fait pas la différence entre œuvre d’art et art dégénéré :

« Arrête de te regarder dans le miroir de ta vanité. Arrête de t’enivrer au son de ta propre voix. Arrête. Tu te contemples, tu te jauges, tu t’admires, et devant ton portrait, tu es excité comme un directeur du FMI devant une femme de chambre guinéenne. Ferme ta gueule, Luc Ferry, s’il te plaît, ferme ta gueule » 

Les nostalgiques du putsch

La date n’a pas été choisie par hasard : il y a tout juste 60 ans, le 22 avril 1961, quatre généraux, Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller, déclenchaient un putsch à Alger ; il a tout juste 19 ans, le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen se qualifiait pour le second tour de l’élection présidentielle.

Le support n’a pas été choisi par hasard : Valeurs actuelles est ‘’le magazine de la droite qui s’assume’’, une droite qui s’assume à la droite de la droite la plus extrême.

Il n’y a donc aucun hasard dans les choix de vingt généraux à la retraite de publier une tribune en forme de lettre adressée au président de la République, aux ministres et aux parlementaires dans un magazine ouvertement raciste, auquel Emmanuel Macron et quelques ministres n’hésitent pas à s’exprimer dans de longues interviews.

Le choix de la date et des mots est un appel sans nuance à la sédition : se disant excédés par les ‘’louvoiements’’ et les ‘’silences coupables’’ face aux ‘’délitements’’, ils brandissent ‘l’intervention de nos camarades d’active dans une protection de nos valeurs traditionnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national’’. Ils brandissent aussi la perspective de ‘’la guerre civile’’ qu’ils disent vouloir conjurer, mais qu’ils attisent.

La situation est grave ; les vingt généraux en rébellion se nourrissent des thèmes des extrêmes droites de toujours et de la logorrhée des fascistes, recherchant des appuis chez les catholiques intégristes, comme le cardinal Mercier, primat de Belgique. Marine Le Pen, oubliant sa nouvelle posture ‘’dédiabolisée’’, a retrouvé les accents de son père pour proposer une alliance électorale aux factieux.

On attend encore une réaction du président de la République, de la ministre des armées, du ministre de l’intérieur, du ministre de la justice et du ministre des affaires étrangères pour condamner l’initiative, poursuivre les signataires devant les tribunaux, au motif que, dans une République, c’est la politique qui définit le rôle de l’armée. Non l’inverse. Mais ni l’Elysée, ni Matignon, personne ne s’élève contre cet appel à l’insurrection contre les fondements de la République.

Pour rappeler que sur les drapeaux républicains, ce n’est pas Honneur et Patrie qui est écrit en lettres d’or, mais la devise de la République, Liberté, Egalité, Fraternité.

Les républicains, héritiers de la Révolution, doivent se lever contre ces nostalgiques du putsch d’Alger, par respect pour ceux qui ont lutté pour défendre les vraies valeurs républicaines dans toutes les circonstances, à l’opposé de ces factieux qui traînent derrière eux toutes les heures sombres du pays.

Coopération et fraternité humaine

La mission de Thomas Pesquet dans la station spatiale internationale, ISS, est un beau condensé des énormes possibilités scientifiques offertes aux hommes sur notre planète, quand ils consentent à dépasser leurs oppositions pour faire cause commune.

La station spatiale, le plus grand objet placé en orbite terrestre, est le résultat d’une coopération russo-amécaine, à partir de segments de la station Mir et d’un segment de la NASA, avec la participation de trois agences spatiales européenne, japonaise et canadienne.

Elle est occupée en permanence par des équipages internationaux, composés d’Américains, de Russes, mais aussi d’Européens, de Japonais, de Canadiens ; ceux-ci ont également accueilli des Italiens, des Allemands un Belge, un Espagnol, un Brésilien, un Iranien, un Malaisien, un Coréen, un Hongrois, un Suédois, un Danois, un Britannique, un Emirati. Que la terre est belle vue de l’espace !

A bord, on ne parle plus de guerre, de conflits d’intérêts nationaux et territoriaux. Les hommes sont réunis pour un même but.

L’image diffusée en direct de l’accueil réservé par les occupants de la station (les quatre Américains, Shannon Walker, Victor Glover, Michael Hopkins et Mark Vande Hei, les deux Russes, Oleg Novitskiy et Pyotr Dubrovnik, et du Japonais Soichi Noguichi) aux quatre petits nouveaux (le Français Thomas Pesquet, le Japonais Akihiko Hoshide et les deux Américains Megan McArthur et Shane Kimbrough) était radieuse et rafraîchissante, mais aussi tout un symbole de cette fraternité de tous les hommes au-delà de leur couleur de peau, leurs origines, leurs croyances, le système politique de leur pays respectif. On a ressenti une amitié non feinte pour le progrès humain, la recherche scientifique et spatiale.

Quel coup de pied au cul des Trump, Poutine, Macron, Darmanin, Netanyahou, Orban, Bolsonaro, Le Pen, etc., distillant des discours nationalistes, racistes parfois ! 

L’image était belle ; néanmoins, elle est peut-être l’une des dernières à pouvoir réunir sur un même cliché ces scientifiques, mêlés sans ordre de préséance et venus d’horizons si différents. Le véhicule spatial Crew Dragon qui a emmené Thomas Pesquet et ses trois compagnons a été développé par la société SpaceX, entreprise privée, créée en 2002 par Elon Musk, le patron milliardaire des automobiles Tesla. C’est la première fois que l’exploration spatiale est privatisée.

Elon Musk n’a jamais caché sa volonté de coloniser l’espace, lune et Mars, pour y faire du business et de gros profits, avec toutes les dérives imaginables de la financiarisation d’une activité développée par des fonds publics. Et sur laquelle le monde de la finance lorgne de plus en plus.

Valérie Pécresse ment

Valérie Pécresse est en campagne pour sa réélection à la présidence de la région Île-de-France et tous les moyens sont bons, y compris les mensonges, sur son compte Twitter.

Le 20 avril, elle a osé écrire : « Un procureur ne peut pas dire à des criminels qui voulaient brûler vif des policiers qu’ils sont ‘’une chance pour la France’’. La justice a été défaillante car elle n’a pas pris la mesure de l’atrocité de ce qui s’est passé à Viry-Châtillon. Il fallait des peines exemplaires ! »

Les deux phrases sont mensongères et insultantes pour les magistrats. Heureusement pour les citoyens, certains magistrats ont encore l’indépendance de la justice chevillée au corps et la procureure générale de la cour d’appel, Mme Catherine Champrenault, a vivement condamné les propos de celle qui se verrait bien candidate à l’Elysée après avoir conservé son fauteuil en Île-de-France.

La procureure générale a publié le communiqué suivant :

« Le verdict rendu dans l’affaire dite de ‘’Viry-Châtillon’’ a entraîné certains commentaires qui m’amènent à apporter des précisions, dans le respect des articles 14 et 20 de l’Ordonnance n° 45-174 du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante, qui prohibent toute publication du compte rendu des débats des cours d’assises des mineurs dans la presse ou de quelque manière que ce soit.

Le parquet général a soutenu l’accusation après avoir fait appel du verdict de première instance et requis des peines de12 à 25 ans de réclusion criminelle à l’encontre des accusés.

L’imputation à l’avocat génal de propos erronés me conduit à devoir les restituer avec exactitude.

D’une part, le magistrat soutenant l’accusation n’a jamais exprimé son ‘’empathie’’ à l’égard des accusés.

D’autre part, au stade des réquisitions sur les peines, l’avocat général a enjoint les accusés à ‘’se respecter eux-mêmes en assumant leur responsabilité pénal pour s’amender et construire un nouveau parcours de vie en respectant leur entourage. Assumer ses actes et devenir un homme donc. Pour ce faire il s’agira bien de briser cette loi du silence, cette omerta génératrice de violence dont vous avez été les auteurs ce 8 octobre 2016, en dialoguant, en échangeant, en parlant, non pas pour propager des rumeurs ou parler seulement entre vous, mais avec les autres, tous les autres, au-delà de la rue de la Serpente et de la Grande Borne, avec tous les citoyens venus d’horizons différents et qui font la richesse de notre pays, dont vous êtes, ne vous en déplaise, aussi les enfants.’’

La déformation publique, parcellaire et trompeuse des propos d’un magistrat, par des personnes manifestement animées d’une intention de nuire et dont certains n’ont pas assisté aux débats, constitue une nouvelle tentative de déstabilisation de l’institution judiciaire.

Je tiens à assurer toute ma confiance aux avocats généraux de mon parquet, dont la liberté de parole est garantie par l’article 33 du code de procédure pénal, et à saluer leur engagement pour veiller quotidiennement à l’application de la loi au nom de l’intérêt général. »

La réponse est cinglante, même si elle est mesurée et très circonstanciée.

Où il est prouvé que Valérie Pécresse a menti à des fins politiciennes, une fois encore, quand les élus devraient donner l’exemple du respect de la justice et de la chose publique.

Ce camouflet envoyé par la procureure générale aura-t-il des effets sur le comportement de Valérie Pécresse ? On peut en douter. En politicienne de droite, elle ne relèvera pas et passera à autre chose. L’un de mes auteurs préférés, José Saramago, avait dénoncé la posture des politiciens : « Il y a quelque temps, un politicien portugais, qui avait alors des responsabilités au gouvernement, a déclaré à qui voulait l’entendre que la politique est, en premier lieu, l’art de ne pas dire la vérité. Le pire, c’est qu’après qu’il eut dit cela, pas un seul politicien, que je sache, de la gauche à la droite, n’est venu le corriger en disant que, non monsieur, la vérité devra être l’objectif unique et ultime de la politique. Pour la simple raison que ce n’est qu’ainsi que les deux pourront être sauvées : la vérité par la politique, la politique par la vérité. »

Sans commentaire !

Les chômeurs, ces privilégiés !

Les jours d’après seront catastrophiques pour les gueux (quand les ultra-riches continuent de s’enrichir de manière éhontée) s’ils ne se mobilisent pas. Gouvernement et patronat, eux, sont sur le pied de guerre, préparant des plans qui laisseront la perspective des jours heureux à l’état de rêve lointain.

Bruno Le Maire est le maître d’œuvre quand Emmanuel Macron est le décideur. Nathalie Samson, journaliste de L’Express, lève un coin du voile d’un plan gouvernemental quasiment secret tellement il est explosif : « Il y a des signes qui ne trompent pas. Début février, Bercy a signé un contrat avec une vingtaine de cabinets de conseil spécialisés dans les restructurations (audit financier, recherche de financements et de repreneurs…). L’objectif ? Aider l’exécutif à gérer la vague de faillites qui va forcément déferler à mesure que les systèmes de perfusion seront progressivement débranchés. Un an après le début de la crise sanitaire, les défaillances d’entreprises sont au plus bas, mais la fermeture guette les plus fragiles, résume la dernière étude Altares, qui relève que, dans huit cas sur dix, ce sont des liquidations directes. Du jamais vu en vingt ans. 127 000 entreprises pourraient mettre la clé sous la porte d’ici à la fin 2022, d’après Euler Hermes. »

Si les cabinets de conseil missionnés par Bruno Le Maire sont aussi efficaces que McKinsey l’a été pour gérer la pandémie, le risque est grand !

Les faillites d’entreprises vont plonger des milliers de salariés dans un chômage de plus en plus massif. Notre système social a encore quelques atouts pour amortir la catastrophe, notamment la garantie des salaires et le privilège des créances salariales, prioritaire sur les autres. Mais, cet atout, le plus avancé en Europe, risque de voler en éclat d’ici au mois de juin.

Une directive européenne dite ‘’restructuration et insolvabilité’’ adoptée le 20 juin 2019 doit être transposée dans un délai de deux ans. Mais cette  transposition doit intervenir non pas après un débat parlementaire mais par voie d’ordonnance du gouvernement, conseillé par la vingtaine de cabinets conseils missionnés par Bruno Le Maire.

Le MEDEF, lui, a déjà indiqué que la garantie des salaires était trop généreuse et que le ‘’privilège des salariés’’ était exorbitant. La directive ne dit pas autre chose : c’est le fondement même de l’AGS (Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés, alimenté par une contribution patronale et géré uniquement par les patrons) qui est en grand danger.

L’institut Thomas More, ni syndical, ni révolutionnaire, mais libéral a fait part de ses craintes : « Dans le contexte difficile qui s’annonce, c’est un précieux outil à préserver. Le projet de réforme actuellement en discussion au ministère de la Justice, qui impacterait immanquablement le régime, est donc inquiétant et difficilement compréhensible… »

Macron, Le Maire, Dupont-Moretti et les autres se rangeront-ils encore une fois derrière les injonctions des grands patrons pour plonger les victimes du libéralisme davantage dans la misère, au risque de s’exposer à une explosion sociale, telle que l’institut en question semble le redouter ?

L’âme du vin

« Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,

De peine, de sueur et de soleil cuisant

Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ;

Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

« Car j’éprouve une joie immense quand je tombe

Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,

Et sa chaude poitrine est une douce tombe

Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux. »

(Extrait des Fleurs du mal, L’âme du vin, Charles Baudelaire)

Ce ne sont pas les gosiers d’hommes usés qui pourront s’emplir de joie en buvant le produit de la vente aux enchères dimanche à Genève de la collection de grands crus de La Romanée de la Maison Bouchard Père & Fils de Beaune !

La bouteille la plus chère de la vente, datant de 1865 a été adjugée 182 600 euros et le lot le plus cher, 12 bouteilles également de 1865, a atteint 1,76 million, soit près de 147 000 euros quand même.

Au total les 1 819 bouteilles, 106 magnums et un jéroboam, soit 1926 flacons ont été vendus 8,7 millions d’euros (soit une moyenne de plus de 4500 euros) !

La Romanée est la plus petite appellation d’origine contrôlée du monde avec 85 ares de superficie, produisant, les bonnes années, environ 3600 bouteilles ; le climat comme on désigne désormais les parcelles d’un terroir viticole associé au cépage et au savoir-faire, est entourée d’autres grands noms du vin bourguignon, Romanée Conti, Richebourg ou encore La Tâche.

Les ultra-riches et les hyper-riches sont friands de ces grands crus, pas seulement pour en savourer l’âme (la qualité des flacons de 1865 n’est pas assurée). Ils ne savent plus comment étaler leurs richesses, comme Mohamed ben Salmane, achetant le faux Léonard de Vinci, Gloria Mundi, pour en faire le tableau le plus cher du monde. Ils affichent ainsi leur morgue, plutôt que leur intelligence.

Ils n’ont que mépris pour la peine et la sueur de ceux qui ont engendrés la vie du vin pour lui donner une âme. Il n’est pas assuré qu’ils sauront apprécier le résultat du travail millénaire conjoint des pauvres vignerons qui ont usé leur dos sur les ceps et de la nature si généreuse quand on la respecte.

Des enseignants, pas des policiers

Emmanuel Macron ne se trompe pas dans le choix de ses interlocuteurs et des médias relayant l’honneur de relayer ses pensées complexes.

Il a donc choisi Le Figaro, de la famille Dasault, pour annoncer que son objectif de créer 10 000 emplois de policiers et gendarmes pendant son quinquennat serait tenu ; il a affirmé que « chaque circonscription de police aura plus de policiers à la fin du quinquennat qu’au début, sans exception », ajoutant que «chaque Français verra plus de bleu sur le terrain en 2022 qu’en 2017. Ça rassure les gens, ça dissuade les délinquants ».

On se savait en guerre contre le coronavirus, mais il semble que nous sommes également en guerre contre l’insécurité puisqu’il annonce la création d’une « école de guerre avec de la formation continue » pour les policiers. Jeunes des banlieues pauvres, tremblez !

Emmanuel Macron inscrit ces décisions dans le cadre de la loi dite de ‘’sécurité globale’’ en confirmant la création d’une réserve de 30 000 hommes dans la police.

Les policiers, plus nombreux demain qu’aujourd’hui vont se sentir protégés ; Emmanuel Macron a aussi confié au Figaro : « Il n’y a pas de violence systémique de la police, c’est faux; il n’y a pas de racisme systémique de la police, c’est faux, pas plus qu’il n’y en a dans la gendarmerie ou au sein de l’État. »

Ceux qui pouvaient encore penser que le président de la République n’épousait pas toutes les provocations de son ministre de l’intérieur en seront pour leurs frais. Sa prise de position ne diffère en rien de celles de Gérald Darmanin.

Emmanuel Macron a moins de considération pour les enseignants, à qui on supprime des postes.

Pourrait-on lui rappeler la phrase célèbre dont on ne sait pas qui l’a prononcée, Victor Hugo ou un autre (peu importe) : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons. » Mais, autre conscience, Jean Jaurès l’avait reprise à son compte sous une autre forme : « Construire des écoles, c’est abattre les murs des prisons. »

Les œuvres des grandes consciences ne sont pas au programme de l’ENA !

Le prince Philip et les TPE

Le pouvoir vertical d’Emmanuel Macron ne souffre d’aucune contestation ; Jupiter décide de tout et ignore les corps intermédiaires, notamment les organisations syndicales qui s’opposent fermement à la casse du code du travail, au bradage de pans entiers de notre industrie, à l’agonie du système de santé, à la mise à mort de l’enseignement public et de la recherche, à l’étouffement de la culture et aux atteintes inédites des libertés fondamentales.

C’est dans ce contexte qu’a eu lieu l’élection dans les TPE, c’est-à-dire les très petites entreprises de moins de 11 salariés. La CGT accuse : « Rien n’aura été épargné aux salariés des TPE dans cette élection, seuls 265 762 d’entre eux (sur 4 885 330 inscrits) auront surmonté tous les obstacles pour voter (…)La liberté d’expression de ces salariés aura été mise à mal, en premier lieu par le gouvernement qui n’a pas été à la hauteur des enjeux de cette élection (trois modifications de la date du scrutin, des difficultés d’acheminement du matériel de vote, une communication quasi absente,…), ce qui a largement entravé une campagne déjà très impactée par le contexte sanitaire. »

Que la CGT dont on annonce régulièrement l’effondrement reste largement en tête de cette élection avec 26,21 % des voix avec une progression de 1,19 % est un événement important. D’autant plus que, dans le même temps, la CFDT, choyée par Macron et le patronat, reste devancée de 10 % (16,46 % et une progression de 0,97 %), talonnée par l’UNSA (15,89 %).

La confédération de Montreuil ne se satisfait pas du résultat : « Les salariés des TPE ont choisi la CGT et son syndicalisme de proposition, de contestation, de revendication, de lutte et de négociation (…) Pour autant, personne ne peut se réjouir d’un si faible taux de participation. »

Un scrutin qui concerne 4,880 millions de salariés est un fait social important ; les médias (comme Macron) l’ont quasiment ignoré, comme ils ont passé sous silence les résultats. Ah ! Si la CGT avait été devancée par la CFDT, les médias se seraient alors déchaînés. Le décès du prince Philip a occulté la vie sociale jusqu’en France, avec Bern en première ligne.

Macron et les médias ont des priorités qui échappent aux Français !

PS : Pour comprendre le mécanisme de la fabrication de l’information en France aujourd’hui, on peut se reporter à mon dernier livre, ‘’Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit’’ (Editions Maïa). En vente dans toutes les bonnes libraires (19 euros).

Les Dix Glorieuses, vraiment ?

Jean Viard est sociologue ; très éloigné des positions de Pierre Bourdieu. Mais ne dit-on pas qu’il faut de tout pour faire un monde !

Il est très médiatique, intervenant aussi bien sur le service public (France Inter) que sur les chaînes privées (LCI de Bouygues). Directeur de recherche au CNRS, au CEVIPOF, centre de recherche politique de Sciences Po, il a appelé à voter Ségolène Royal en 2007 pour rejoindre dix ans plus tard Emmanuel Macron et La République en marche. Il franchi un pas dans le positionnement politique en se présentant aux législatives dans le Vaucluse, où il a été battu par le Républicain Julien Auber.

Interrogé dans L’Express, il y fait des remarques que j’estime idiotes et inquiétantes. Par exemple, celle-ci dont les rapprochements sont osés : « Pour la première fois dans l’Histoire, cinq milliards d’humains ont mené un combat contre un ennemi commun. C’est gigantesque ! Ce combat, de surcroît, peut être à ce jour qualifié de victorieux : avec des millions de morts et de malades, certes, mais sans doute 50 à 100 millions de vies sauvées. Et nous avons choisi de casser l’économie pour « sauver les vieux », pourtant improductifs, ce qui est extraordinaire. On impute généralement à Hitler 50 millions de morts. Ici, on a le même ordre de grandeur, mais inversé ! »

Ou encore : « La lecture, les séries, la télé, les radios ont fortement progressé au détriment du spectacle vivant et du cinéma. Cela provoque des souffrances et des résistances, dans un milieu culturel peu numérisé. A tort. Les matchs de foot ont lieu sans public, mais rares sont les pièces de théâtre sans spectateurs car les artistes disent : « Sans public, on ne peut pas jouer. » Mais si ! Je donne des conférences depuis mon bureau. C’est triste, mais cela fonctionne. Cela veut dire que, désormais, il faudra systématiquement penser présentiel et numérique. »

Et au journaliste qui lui demande s’il est optimiste ou pessimiste, il répond : « Plutôt optimiste ! Les sorties de crise sont des moments de libération de l’énergie. Nous ne vivons pas une guerre mais une tragédie inouïe et une révolution culturelle. La post-pandémie peut ressembler à ce que l’on a connu à la Libération, avec une soif de vie, une folle envie de bouger, de créer, de danser, de sortir, d’innover… Nous allons sans doute vers les Dix Glorieuses, comme il y a eu après-guerre les Trente Glorieuses. Nos sociétés peuvent retrouver une dynamique où l’idée d’un commun à construire prendra le dessus sur nos postures victimaires. Chacun de nous s’est auto-réformé. »

Est-ce sérieux quand on sait que les grands patrons profitent de la situation pour ‘’dégraisser’’ leurs effectifs, fermer les usines et que les petits vont souffrir pour simplement survivre (ou fermer). Les libérations d’énergie ne se décrètent pas, elles se construisent autour des syndicats et du mouvement social. Tout ce que le copain de Jean Viard, c’est-à-dire le président de la République, continue à ignorer, à affaiblir et à casser pour conforter l’optimisme des ultra-libéraux.

On peut être directeur de recherche au CNRS et se tromper. Lourdement.

Cruauté, vanité et diplomatie

On savait depuis l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite que Mohammed ben Salmane est un monstre de cruauté (ce qui n’a pas empêché Emmanuel Macron de le recevoir pour signer des contrats militaires). Depuis la diffusion du documentaire d’Antoine Vitkine, ‘’La stupéfiante affaire du dernier Vinci’’, on sait aussi qu’il est un être d’une vanité incommensurable et d’une bêtise abyssale.

L’œuvre d’Antoine Vitkine nous a appris que c’est ce MBS, comme il est surnommé, a acquis pour 450 millions un tableau, ‘’Salvator Mundi’’, attribué à Léonard de Vinci, en faisant le tableau le plus cher du monde.

L’histoire ne s’arrête pas là. Il apparaît de plus en plus sûrement que le tableau n’est pas de Léonard de Vinci, mais de peintres de son atelier.

A l’origine, ‘’Salvator Mundi’’ avait été acheté 1175 dollars par un marchand d’art new yorkais en 2005. Les dessous, peu reluisants des marchands d’art et des société de vente aux enchères internationales (Sotheby’s, aujourd’hui propriété de Patrick Drahi et Christie’s, propriété de François Pinault) ont transformé la croûte sans valeur en une œuvre au prix ahurissant, sûrs d’attirer les hyper-riches.

Dmitri Rybolovlev, oligarque russo-chypriote proche de Trump et propriétaire du club de football de l’AS Monaco, l’avait acquis en 2013 pour 127 millions de dollars par l’intermédiaire d’un marchand d’art suisse, Yves Bouvier, chez Sotheby’s. Découvrant qu’il avait été trompé sur la marchandise, il avait remise le tableau en vente.

C’est ainsi que, quatre ans plus tard, MBS l’achète 450 millions de dollars chez Christie’s, alors que l’authenticité du tableau est de plus en plus contestée.

Mais, dans le milieu du marché de l’art, les voyous côtoient les hyper-riches et tout ce beau monde patauge dans les énormes arrangements et les combines pour faire monter les prix, sans vergogne, étalant leur manque de culture et leur immense fortune. Antoine Vitkine avoue dans Télérama : « J’ai été estomaqué en découvrant le marketing hallucinant et tapageur déployé par Christie’s pour faire monter les enchères. Et que dire de la vidéo de ces visages émus aux larmes devant le tableau ? Même Leonardo Di Caprio a été sollicité pour l’occasion ! On parle tout de même d’un tableau du patrimoine de la Renaissance… traité tel un banal objet. »

La France ne se sort pas grandie de l’histoire d’un tableau faussement attribué à Vinci. Antoine Viykine rapporte sur France Culture à propos de la demande de MBS d’exposer le ‘’Salvator Mindi’’ lors de l’exposition consacrée à Léonard de Vinci : « Je démontre et je révèle d’ailleurs pour la première fois à l’échelle mondiale que c’est le président de la République, Emmanuel Macron qui doit arbitrer un débat qui oppose d’une part le Louvre et d’autre part, les ministères des Affaires étrangères et de la Culture sur le fait d’accorder à MBS ce qu’il demande. La réponse est négative. Cela a lieu à la fin du mois de septembre 2019. L’exposition s’ouvre en octobre et c’est en décembre qu’aurait donc été publié un fascicule rapportant une expertise des experts, des historiens de l’art du Louvre démontrant que le tableau est un tableau autographe et qu’il n’y a aucun problème avec le tableau ou pas beaucoup de problèmes. Ce fameux rapport, le Louvre, évidemment, refuse d’en parler. Le Louvre est gêné par quelque chose qui est très simple. C’est que l’expertise dont on parle, que rapporte le New York Times, est la propriété du commanditaire : Mohammed Ben Salmane. Le Louvre est donc juge et partie. Quand on juge, on doit être au minimum neutre. Le Louvre ne peut pas être neutre. Les intérêts du Louvre avec l’Arabie Saoudite sont avérés et se chiffrent à plusieurs dizaines de millions d’euros. »

Le documentariste ajoute : « La presse mondiale d’ailleurs, qui a répercuté et qui a médiatisé mon film, a eu parfois des titres totalement délirants comme « MBS a acheté un faux Vinci ». On a l’impression qu’il a acheté une œuvre de faussaire. Le tableau est au cœur de négociations entre Paris et Riyad : il fait l’objet de négociations permanentes. Les enjeux financiers, politiques et diplomatiques polluent l’expertise et donc la vérité scientifique qui devrait émerger. »

Où il est prouvé que le fric des hyper-riches pollue tout !

Grandes manœuvres

Le dépeçage du groupe Lagardère SCA entre dans sa phase ultime et Arnaud Lagardère a répondu de la pire des façons à un communiqué de l’intersyndicale sous le titre ‘’Arnaud Lagardère, où êtes-vous ? Que faites-vous ?’’.

L’héritier a chargé Constance Benqué, présidente de Lagardère Publicité, présidente de l’ex-pôle féminin haut-de-gamme et, enfin, présidente de Lagardère News (ouf !), d’annoncer un projet de rupture conventionnelle collective, qui, prétend-elle, sera entièrement fondé sur le volontariat.

Le projet prévoit le départ d’une quarantaine de salariés (sur un peu plus de 300), dès le mois de juin. Le délai n’est pas seulement dicté par la situation économique de la chaîne Europe 1, dont l’audience est en chute libre depuis plusieurs années, mais plutôt par la date de l’assemblée générale du groupe, le 14 juin.

Cela signifie que les négociations entre Lagardère, Bernard Arnault et Vincent Bolloré sont désormais entrées dans le dur et que des décisions importantes doivent être annoncées avant l’assemblée des actionnaires. Donc prochainement.

Le ‘’dégraissage’’ des effectifs d’Europe 1 répond sans doute à un diktat de Bolloré ; il est le prélude à l’annonce prochaine de sa cession au patron de Vivendi, qui a imposé ses conditions en terme d’emplois : ce n’est pas lui qui licenciera les pauvres salariés de la radio, mais cet incapable d’Arnaud Lagardère.

Vincent Bolloré est toujours aussi machiavélique et odieux !

Son arrivée à Europe 1, si elle se confirme, risque d’entraîner plus d’une quarantaine de départs ; les rumeurs laissent entendre que la radio multiplierait les synergies avec CNews, la chaîne des Zemmour, Praud, Aymeric Pourbaix, Morandini, Ménès, Dassier, etc. Les journalistes de la radio ne semblent pas enthousiastes à l’idée de côtoyer ces tristes bonimenteurs de la droite extrême.

Pis, la purge administrée par Bolloré à Canal+, où cinq salariés du service des sports sont convoqués à un entretien préalable à un licenciement, n’est pas pour rassurer ceux d’Europe 1. La gestion des personnels par la peur est la marque indélébile de Bolloré. Sa brutalité n’est pas compatible avec le journalisme (comme avec les autres personnels d’ailleurs), mais elle continue à faire des dégâts dans les rédactions qu’il contrôle.

L’inquiétude gagne tous les médias ; les concentrations des médias entre les mains du seigneur d’Ergué-Gabéric, le catholique intégriste, sont telles que tous les journalistes et tous les salariés des médias se sentent aujourd’hui concernés. Surtout devant l’inaction du gouvernement et de la ministre de la culture.

Si la soif de grandeur de Bolloré est incommensurable, il faut dire aussi que les patrons incompétents comme Arnaud Lagardère lui déroulent le tapis.

Florilège de la crétinerie ambiante

Alain Duhamel a 80 ans et il donne la leçon en permanence. Mais comment a-t-il osé dire récemment que « la transgression grave du carnaval de Marseille est un signal que le seuil de tolérance aux épreuves est dépassé aujourd’hui en France. » quand il est contraint d’avouer avoir déjeuné dans un restaurant clandestin avec Brice Hortefeux, prétendant qu’il s’agissait d’un repas de travail ?

Alain Duhamel affirme que la France n’aime pas les riches (qu’en sait-il donc ?), mais, lui, qui aime-t-il ? Il ose dire n’importe quoi, mais il commente la vie politique depuis plus de 50 ans en rabâchant les mêmes antiennes

Les médias réactionnaires qui n’aiment pas les pauvres ont les intervenants qu’ils méritent.

Aurore Bergé, députée, dit n’importe quoi, elle aussi. Celle qui a été surnommée la girouette pour son parcours qui l’a conduite à soutenir Sarkozy, Fillon, Juppé et, désormais, Macron, vient de déclarer, péremptoire : « Donc pour défendre l’Observatoire de la laïcité et ceux qui l’ont dévoyé de son objet, on s’appuie sur des organisations qui combattent le projet de loi confortant nos principes républicains et laïques ».

Dans son délire, elle accuse la LDH, La CGT, le Syndicat des avocats de France, les partis politiques de gauche, la FSU, etc., d’être opposés aux principes républicains.

A-t-elle mesuré l’idiotie d’une telle affirmation !

Aurore Bergé était moins péremptoire sur la question de la laïcité (et sur d’autres) quand elle militait avec Jean-Frédéric Poisson en 2009 au Parti chrétien-démocrate, l’ex-parti de Christine Boutin, ultraréactionnaire.

Sans doute n’a-t-elle pas lu une tribune parue dans Libération où des universitaires, chercheurs et chercheuses de 17 pays apportaient leur solidarité à l’Observatoire et écrivaient que « des menaces de non-renouvellement pèsent actuellement sur l’équipe dirigeante de l’Observatoire et nous en sommes d’autant plus inquiets que cela s’inscrit dans un contexte international de développement d’autoritarismes politiques. Nous considérons que, si cette mesure se confirmait, l’image de la France auprès de l’élite intellectuelle de nos pays en serait affectée. Une semblable décision pourrait faire penser que la peur prend le pas sur le respect des principes essentiels des droits humains. Nous tenons donc à manifester notre entière solidarité avec l’Observatoire de la laïcité et notre souhait ardent qu’il puisse poursuivre une mission dont nous sommes, tout comme de nombreux Français, les bénéficiaires. »

Autre Guignol, Guillaume Bigot, un obscur conseiller de Pasqua et de Chevènement, qui se répand sur de nombreux médias.

Il vient de montrer toute sa crétinerie en déclarant sur CNews, la chaîne Bolloré : « Il faut dire aux Algériens : nous, Français, sommes fiers d’avoir été colonisés par Rome. Vous, Algériens, devriez être fiers d’avoir été colonisés par la France. »

Il s’est également signalé en écrivant, en contestant avoir réclamé le rétablissement du bagne : « J’ai recommandé d’ouvrir un centre de détention sur les îles Kerguelen afin d’y isoler les individus condamnés pour terrorisme islamique et de maintenir sur place ceux qui n’auront pas renoncé à leur fanatisme au terme de leur peine. »

Le personnage travestit l’Histoire de France sans vergogne.

Ce florilège est représentatif du niveau du débat politique dans lequel la France s’enlise aujourd’hui. La liste des idées nauséabondes de la droite la plus bête du monde pourrait s’allonger jusqu’à l’infini. Hélas.

Un prince est mort

Le prince Philip est mort et les médias français y voient aussitôt une aubaine pour détourner l’attention des téléspectateurs, émotion garantie. A commencer par TF1 qui titre : La reine Elisabeth perd son ‘’roc’’, puis France 2 où Laurent Delahousse s’est assuré la présence de Stéphane Bern pour commenter ce qui à leurs yeux est un événement planétaire.

Pour s’informer en conservant un esprit critique, il faut comprendre comment les médias ‘’fabriquent’’ l’information. Et lire mon dernier livre : ‘’Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit’’ (Editions Maïa).

En voici deux extraits pour comprendre les raisons de l’omniprésence de l’information concernant les ‘’people’’, les prétendu ‘’grands de ce monde’’ :

« Tous les milliardaires qui ont investi dans les médias en France et ailleurs n’éprouvent que du mépris pour les journalistes ; ils n’apprécient que les plumes serves. Ils ne sont hélas pas les seuls à insulter la profession et ils n’ont pas le monopole de la petite phrase assassine pour ceux qui ont fait le choix d’informer des citoyens, refusant de se transformer en attrape-pub, en relais des informations touchant au vedettes de l’actualité, le monde ‘’people’’, ou encore en metteurs en formes des communiqués des agences de communication (quand ils en ont le temps ou quand on leur en laisse le loisir). »

« On peut donc se poser sempiternellement les mêmes questions : objective l’information ? Neutres les médias ? Equilibrés les temps de parole entre libéraux et opposants ? Pluralistes les débats ? Hiérarchisée l’information selon les seuls principes professionnels ? Hiérarchisée l’information quand le priorité est donnée aux faits divers ou aux personnalités de l’actualité, les people ? Sérieuses les méthodes de recherche de l’information ? »

Le contrepoison est en vente dans toutes les bonnes librairies, à la FNAC et chez l’éditeur (port gratuit) à l’adresse suivante :

Pourquoi l’ENA ?

Emmanuel Macron, dans sa solitude de l’Elysée, vient d’annoncer la suppression de l’Ecole nationale d’administration (ENA). Les communicants de la présidence de la République lui ont conseillé un nouveau coup de publicité, en pleine polémique sur les festins clandestins, en pleine polémique sur la gestion de la pandémie et de la campagne de vaccination, en pleine polémique sur la crise économique et la réforme de l’indemnisation du chômage, etc.

Un coup de pub largement relayé par les médias, toujours à la solde de Jupiter ; la campagne va durer quelques jours, avant de céder la place à une autre.

Coup de pub ? Pas seulement.

L’image de l’ENA est écornée et Macron détourne l’attention sur les véritables raisons de sa décision. Anicet Le Pors, ancien ministre de la fonction publique, confie aujourd’hui dans L’Humanité qu’il s’agit d’une décision démagogique destinée « à faire diversion à la réforme de la fonction publique. L’idée est de tout changer pour que rien ne change au niveau de la fabrication des castes. » Il ajoute : « Je crois qu’il est à un degré de vanité tel qu’il refuse d’être le produit d’une cause identifiable, aussi prestigieuse soit-elle. »

Anicet Le Pors rappelle également « qu’à gauche, on a longtemps vu dans l’ENA une manière d’être progressiste par rapport au système de recrutement népotique qui existait avant. »

La création de l’ENA avait été préparée par une Mission provisoire de réforme de l’administration, dirigée par Maurice Thorez, vice-président du conseil des ministres et secrétaire général du Parti communiste et c’est lui qui, après la démission de De Gaulle en janvier 1946, mènera à son terme la réforme de l’administration et l’élaboration du statut de la fonction publique ; la direction provisoire de l’ENA étant confiée alors à Michel Debré.

Est-ce cela, aussi, que veut effacer Macron ? Tout en préparant sa loi de transformation de la fonction publique pour mettre au pas (libéral) tous les fonctionnaires ?

Sans doute et on peut être inquiet du résultat.

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