Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Page d’histoire à Cannes

Cannes, son Festival, ses montées des marches par ses comédiens célèbres (ou pas), ses Palmes d’or. Cannes, centre du monde du cinéma pendant une quinzaine de jours, et symbole d’un cinéma français en danger.

Mais Cannes, c’est aussi une histoire.

Son festival a été voulu par Jean Zay, ministre de l’éducation nationale et des Beaux-Arts de juin 1936 à 1939, pour concurrencer la Mostra de Venise entre les mains des fascistes de Mussolini. La guerre stoppera l’initiative.

En 1947, dans un pays en reconstruction, doit renaître le Festival ; mais où ? Il a fallu construire un Palais des Festivals en hâte. Un court métrage, projeté le 15 mai, vient rappeler ce qui fut une épopée (le mot n’est pas trop fort), comme l’a rappelé Sophie Binet, présente à la projection : « Sans la CGT, le Festival de Cannes n’existerait probablement pas. Ce documentaire permet de remettre sur le devant de la scène cette histoire qui a été oubliée, invisibilisée aussi. Il montre que le festival est né aussi de la détermination et du syndicalisme de la CGT, de la classe ouvrière, qui a fait en sorte que ce soit une priorité à la sortie de la Seconde Guerre mondiale alors que le pays était ruiné, qu’on avait tout à reconstruire. »

Le 12 septembre, le maire de Cannes, le Résistant Raymond Picaud, entouré des ouvriers bénévoles et syndiqués à la CGT, pouvait monter les marches du Palais Croisette pour l’ouverture d’une compétition prestigieuse avec des films d’Edward Dmytryk, Henri Decoin, Jacques Becker, Ingmar Bergman, Jean Delannoy, René Clément ou encore Vincente Minelli, etc.

D’emblée, le Festival de Cannes était le rendez-vous le plus prestigieux du cinéma mondial.

Pourquoi la CGT ? Parce que, dans la foulée du programme du Conseil national de la Résistance, il fallait lutter contre le fascisme par la démocratisation de la culture et par son accès du plus grand nombre, pour éclairer les esprits.

C’est ainsi que l’histoire du Festival de Cannes croise celle de la CGT. Et cela méritait bien un hommage, celui que lui a rendu le court métrage ‘’Festival de Cannes 1947’’.  

Stopper Ben Gvir

L’extrême droite raciste est omniprésente partout, jusqu’en Israël. Dans ce pays, ses slogans criés (vociférés serait plus juste) lors de la ‘’marche des drapeaux’’ qui célèbre chaque année, le 14 mai, la réunification de Jérusalem en 1967, ont été plus symboliques qu’auparavant. 

La foule en liesse des militants scandant « Ben Gvir ! Ben Gvir ! », en soutien à leur leader, ministre de la sécurité, donnait le ton. Les reporters sur place ont rapporté que cette foule criait « Mort aux Arabes », « Que vos villages brûlent », « Vous vouliez un massacre, vous aurez une Nakba ». Sur les banderoles ou les tee-shirts, on pouvait lire : « Conquête, expulsion, colonisation » ou encore « Gaza est à nous pour toujours ».

Les extrémistes de ce peuple qui a connu la Shoah n’hésitent plus à revendiquer le nettoyage ethnique et le génocide au nom de leurs convictions religieuses, enseignées dans les yeshivas (les écoles juives suprémacistes). Les extrémistes, donc, n’hésitent plus à revendiquer leurs basses œuvres qui, ailleurs, tombent sous le coup de la justice (meurtres, destructions, génocide). Mais en Israël, le premier ministre, Benyamin Netanyahu apporte son soutien.

Comment est-ce possible ? Les Israéliens ne sont pas tous extrémistes, mais aujourd’hui, ceux-ci paradent impunément dans les rues de Jérusalem et multiplient les exactions. Les Arabes ont peur ; les Arabes sont exterminés ; les Arabes sont les victimes de plus grand génocide du 21e siècle.

Assistera-t-on à cette tuerie dans bouger, sans intervenir, sans rappeler l’histoire de l’holocauste aux Juifs d’aujourd’hui ?

Avant qu’il ne soit trop tard, imposons à nos dirigeants d’intervenir pour que cesse cette ignominie et poursuivons tous les Ben Gvir !

Plus jamais ça !

La liste des jeunes morts au travail s’allonge dangereusement. Le dernier en date âgé de 18 ans a succombé après une manœuvre de déchargement d’un motoculteur chez un pépiniériste à Orange (Vaucluse). En avril, c’était un jeune de 15 ans d’un lycée professionnel de Bagnols-sur-Cèze (Gard) qui, en stage d’observation de classe de seconde, était mort écrasé par un chariot élévateur.

On a recensé 1287 morts au travail en 2023 (810 accidents du travail reconnus), parmi lesquels les moins de 25 ans sont surreprésentés.

Ces tragédies ne doivent rien au hasard ; selon la CGT, « le choix a été fait, depuis 2022, d’augmenter les temps de présence des mineurs en entreprise sous prétexte d’améliorer l’orientation et l’insertion professionnelle : stage d’observation pour les élèves de 2e générale et technologique, aides financières massives pour développer à marche forcée l’apprentissage, parcours différenciés en terminale bac pro. » Les jeunes exécutent parfois des tâches dangereuses, les mettant devant des situations auxquelles ils ne sont pas préparés.

Le syndicat poursuit : « L’entreprise est un mauvais lieu de formation. D’une part, les stages et l’apprentissage sont discriminatoires dans la mesure où ils reproduisent les inégalités d’accès au marché de l’emploi. D’autre part, poussée par une logique de rentabilité, l’entreprise n’a pas le temps d’accompagner les jeunes : les stages d’observation deviennent rapidement des stages d’exécution de tâches, parfois dangereuses. »

Les décès de jeunes au travail soulignent la nécessité de renforcer la formation aux règles du droit du travail et de la sécurité, ainsi que de mettre en place des mesures de protection pour les jeunes en formation.

Il est de plus en plus urgent d’adopter les mesures de protection des salariés et particulièrement des jeunes pour que le travail ne tue plus.

Voilà un autre chantier auquel le gouvernement de Macon évite de se frotter sous la pression des patrons pour lesquels les vies des salariés ne comptent guère.

Alors, il faut relever le défi : plus jamais ça ? Chiche.

Un avertissement de plus

Il est très inquiétant d’entendre et de lire dans tous les médias que le RN est aux portes du pouvoir. Mais, en même temps, il est bon de prendre conscience du danger. Surtout au moment où la gauche se déchire et multiplie les annonces de candidats à la présidentielle.

De nombreuses voix se lèvent pour lancer des avertissements et appellent à l’union de toutes les forces antifascistes. L’Humanité a publié un très bel entretien avec la présidente de la Ligue des droits de l’homme (LDH) ; Nathalie Tahio, dont la vie a été marquée par le racisme et la colonisation en Kanaky, lance à son tour un avertissement en répondant à la question : « Si le RN arrive au pouvoir, aura-t-il les mains libres pour développer sa politique d’extrême droite » :

« Oui, il y a beaucoup de choses qu’il pourra faire, et notamment son fameux « projet de loi référendaire » qui institutionnaliserait « la priorité nationale », car il est déjà certain que le Conseil constitutionnel ne s’y opposera pas. Nous n’avons pas grand-chose comme garde-fous. Pendant longtemps, nous avons vécu dans l’idée qu’il y avait un approfondissement de l’État de droit. Aujourd’hui, nous sommes en marche arrière à cause de choix politiques. Certains politiciens jouent sur le terrain du RN pour gagner des voix et parfois partagent sincèrement leurs idées, alors que les médias d’extrême droite diffusent déjà leurs thèmes à grande échelle dans la société. Moi, j’ose me référer à la radio des Mille Collines, qui a préparé le génocide des Tutsis. Comment imaginer que ces médias de la haine n’auront pas d’effets ? En France, des gens sont déjà menacés, voire tués pour ce qu’ils sont. En affaiblissant l’État de droit et la démocratie, un tremplin a été construit pour le RN. »

Face à ce danger, les citoyens de gauche attendent un sursaut et une candidature commune. Pour cela, il est indispensable de mettre de côté ses ‘’egos surdimensionnés’’, ses querelles de personne, ses différences (sans doute moins importantes que déclarées) ou ses claquements de portes théâtrales.

Les avertissements ne peuvent pas rester sans réponse. Les citoyens vous le demandent, politiciens qui vous réclamez de gauche !

Une voix d’Israël

La guerre contre l’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz, ainsi que les bombardements du Liban ont eu pour effet de faire passer au second plan la situation à Gaza et en Cisjordanie.

Les choix éditoriaux sont frustrants.

De même, les enquêtes sur l’état de l’opinion israélienne ne sont guère analysées. Tous les Israéliens ne sont pas derrière Benyamin Netanyahu. Mais qu’en sait-on ?

On peut se féliciter de lire des témoignages qui peuvent réconcilier avec l’Etat d’israël en marquant ses distances avec son gouvernement.

Dans sa dernière livraison, Télérama est allé à la rencontre de Hagai Levi, un créateur de série, qui vient d’adapter le journal de cette intellectuelle juive assassinée en 1943 à Auschwitz, Etty Hillesum.

Son témoignage de citoyen israélien est important. Ainsi, il déclare à propos des otages du 7 octobre 2023 : « Ceux qui ne se battaient pas pour ramener les otages étaient à la tête du pays ». Et il poursuit : « Israël est un pays qui se réveille chaque matin plein de haine. Moi aussi, je l’étais, contre le gouvernement. J’ai senti les effets de ce poison dans ma chair, cela annihile ce que vous êtes. »

Plus loin,on ressent son désespoir quand il avoue après le bombardement du Liban dans la « nuit infâme » du 30 mars : « Israël est devenu une machine à tuer. » Pourquoi ? Il a une réponse définitive : « 90 % des Juifs religieux sont pour Netanyahu. Les ultra-orthodoxes n’ont pas levé le petit doigt pour nous aider avec les otages, parce qu’ils n’étaient pas des leurs. Quant aux sionistes religieux, ils étaient délibérément prêts à les sacrifier. »

Il a été profondément touché par les exactions des colons en Cisjordanie et il avoue que à propos de celle dont il adapte le journal, « Si Etty était parmi nous aujourd’hui, je crois savoir où elle serait : au côté des villageois sans défense, persécutés, expulsés, assassinés. »

Témoignage courageux quand on vit en Israël ; d’autant plus que c’est ce genre de témoignages, critiques envers la politique du gouvernement Netanyahu, que Mme Caroline Yadan, députée française du groupe macroniste Renaissance, voudrait ne plus lire, ni entendre et donc interdire aussi dans notre pays.

8 mai 1945

Cette date du 8 mai 1945 a une place à part dans l’histoire de la France. Elle marque la victoire contre le nazisme et sa ‘’solution finale’’ d’extermination de toutes les personnes se réclamant (ou pas) de la religion juive ou des ascendances portant un nom d’origine juive.

La guerre fut longue et atroce. Plus, sans doute, que d’autres : les nazis, fanatisés par Hitler, ont fait preuve de la pire des cruautés avec ses camps d’extermination.

Si les Juifs ont été persécutés, ils ne furent pas les seules victimes ; homosexuels, tziganes, communistes ont payé cher eux aussi ce régime sanglant.

Mais le 8 mai 1945 marque aussi le début de la rébellion des Algériens contre le régime colonial. Ce jour-là, à Sétif, la population s’est levée pour la reconnaissance de ses droits et l’autonomie politique. Une foule de 10 000 personnes a brandi le drapeau algérien (interdit) pour la première fois.

Armée française et milices de colons ont, elles aussi, fait preuve d’une cruauté incroyable : exécutions sommaires, bombardements de villages, arrestations massives ont fait au bas mot entre 5000 et 20000 victimes.

Il s’agissait pour les autorités françaises et pour les colons d’étouffer toute velléité d’indépendance.

L’Algérie s’enfoncera dans la guerre plus encore en 1954 jusqu’aux accords d’Evian en 1962.

Le 8 mai 1945 n’a pas la même résonnance d’un côté de la Méditerranée et de l’autre. Si, à Paris, on exultait à la liberté retrouvée, à Sétif on pleurait les morts.

Le nazisme a été long à vaincre, le colonialisme aussi. Ils ont semé la mort, par centaines de milliers et, aujourd’hui, il y a encore des nostalgiques. Notamment dans les rangs d’un parti qui se prétend rassemblement et national et qui se voit déjà aux portes du pouvoir comme Hitler en 1932.

Il ne faut pas oublier le 8 mai 1945 ; il faut entretenir la mémoire. Surtout, avant chaque échéance électorale. Il arrive parfois que l’histoire se répète.

Bercy vend la mèche !

Le ministère de l’économie et des finances vient de publier des statistiques qui en disent beaucoup sur la politique fiscale d’Emmanuel Macron.

Selon Bercy, 46 % des foyers fiscaux ont été imposables en 2025 (contre 43 % en 2016), soit 900 000 nouveaux foyers fiscaux. Et, parmi les 19 millions de foyers concernés, on ne trouve pas les ultra-riches qui ont bénéficié des mesures fiscales voulues par le président d’une République de moins en moins égalitaire. Si bien qu’un économiste, Camille Landais, peut rappeler que l’impôt « souffre toujours d’une accumulation invraisemblable de règles complexes et de dispositifs dérogatoires, et remplit de moins en moins son rôle de correction des inégalités pour les très hauts revenus. Les très riches le contournent de manière de plus en plus agressive, notamment [par] les holdings. »

Récemment il a été révélé que 13 000 millionnaires ne paient pas d’impôt sur le revenu, mais Bercy ne peut pas cacher que 900 000 foyers supplémentaires en ont payé en 2025.

Les propositions visant à taxer les riches, de la taxe Zucman à l’étude publiée par Attac (A la recherche de l’impôt perdu) et les revendications des syndicats dont celles de la CGT, n’ont jamais été autant d’actualité.

« Face à la progression des propositions de justice fiscale, ces oppositions s’expriment de plus en plus vivement pour défendre leurs intérêts, au point d’employer des discours et récits caricaturaux, voire de s’inscrire dans la droite ligne de l’idéologie et de la stratégie trumpistes qualifiant ces propositions d’extrêmes ou dangereuses. », écrit Attac, qui poursuit : « mieux imposer les ultrariches ne suffira pas pour répondre aux défis sociaux, environnementaux et économiques de la période. En France, le taux de pauvreté atteint un triste record historique, alors que le nombre de milliardaires s’est notoirement accru. Les inégalités de revenus, de patrimoine, sociales, territoriales ou encore culturelles augmentent. La dette publique est instrumentalisée par les gouvernements successifs pour diminuer davantage les dépenses publiques plutôt que de revenir sur les baisses de prélèvements obligatoires qui ont creusé la dette de 308 milliards d’euros depuis 20181. Le consentement à l’impôt se dilue sur fond de crise démocratique. Enfin, le mur climatique est juste devant nous. Il faut certes mieux taxer les riches, mais également faire payer leur juste part d’impôts aux entreprises, et notamment aux multinationales qui délocalisent artificiellement leurs profits dans des paradis fiscaux. Il faut également un meilleur partage de la valeur ajoutée afin de mieux rémunérer le travail, à rebours de la tendance à la financiarisation du capitalisme. »

La taxe Zucman est de plus en plus urgente à poser et à adopter.

Les médias français sont-ils racistes ?

Bonne question posée par Pascale Colisson dans un article du site La Conversation. La chercheuse tente d’apporter des réponses après que le nouveau maire de Saint-Denis ait été victime de propos racistes : au-delà de ces attaques récentes, il est essentiel d’interroger les stéréotypes qui imprègnent la culture médiatique dominante, écrit-elle en préambule.

Pourquoi, dit-elle, « si certains propos, véhiculés consciemment par une parole d’extrême droite, cristallisent le débat, cela ne doit pas occulter le fait que ces biais racistes s’invitent depuis toujours, sous une forme plus ou moins consciente, dans les productions médiatiques. »

Elle reprend les études du sociologue Samuel Bouron, pour qui « l’extrême droite diffuse ses idées en jouant sur la culture du buzz et la captation des affects, mais aussi sur les contraintes journalistiques en détournant leurs normes. Une stratégie portée par la recherche de l’audience fondée sur l’économie de l’attention et la surmédiatisation de certains faits, en particulier les faits divers contribuant à la fabrique de paniques morales »

Pascale Colisson relève une récurrence dans le domaine du sport, selon laquelle « les Noirs ont un corps, les Blancs ont un cerveau ». Elle relève aussi « la place prépondérante donnée aux fait divers violents lorsque les médias traitent des quartiers défavorisés de banlieue. »

La composition des rédactions, souligne-t-elle, pose question. Elle ajoute que « la question du racisme et des stéréotypes dans les médias relève de causes multifactorielles, qui participent à la perpétuation d’un modèle dominant des récits. Le chemin est encore long et il commence par le fait de sortir d’une forme de déni, à tous les niveaux de l’organisation. »

Le chemin est effectivement encore long avant de voir les médias traiter la société dans toute sa diversité. Mais la tâche est à la fois nécessaire et exaltante pour combattre les idées racistes de l’extrême droite et de ceux qui lorgnent de plus en plus vers elle.

Vive le 1er mai

Je m’étais promis de ne pas écrire le 1er mai en solidarité avec ceux qui manifestent ce jour-là, avec ceux qui luttent pour leur dignité de salarié.

Mais trop c’est trop. Les puissances d’argent et leurs fidèles alliés dans les gouvernements font preuve de trop d’arrogance et multiplient les guerres pour défendre leurs privilèges.

En France, les députés qui se réclament encore de Macron sont repartis en guerre contre le 1er mai, jour férié, non travaillé et payé. Plutôt que de s’en prendre aux bénéfices monstrueux et hallucinants de TotalEnergie qui dépassent l’entendement au mépris de ceux qui regardent à faire le plein du réservoir de leur voiture. Plutôt que de s’en prendre aux salaires indécents des patrons, comme celui de M6 qui s’est augmenté de 20 % quand il prétend ne pas pouvoir augmenter les rémunérations de ses salariés.

Les ultra-riches ont toutes les audaces.

A l’image de Donald Trump qui continue sa sale guerre au Moyen Orient, avec le soutien de Netanyahu, en s’affranchissant de l’avis du congrès américain. Le roi Trump décide seul et foule aux pieds la démocratie.

En Europe, on ne fait pas mieux, l’accord de l’UE avec le Mercosur sera mis en œuvre avant même que le Parlement soit consulté.

Bref, on pourrait multiplier les exemples. Arrêtons-là les méfaits du capitalisme financier de plus en plus détestables.

Vive le 1er mai, son muguet et ses manifestations ; amplifions les combats unitaires.

Vive le service public, monsieur

Qui aurait osé programmer la diffusion (et la coproduction) d’un opéra brésilien, I-Juca Pirama (Celui qui doit mourir), sinon le service public de la télévision ?

France 4 l’a fait et c’était un enchantement.

Inspiré d’un poème de Gonçalves Dias, sur un livret de Paulo Coelho et une musique de Gilberto Gil, cet opéra avait été créé pour être présenté en clôture de la COP30 sur les changements climatiques. Spectacle éco-poétique, il mêle musique, chant, danse, projections audiovisuelles et rituels d’origine indigène. Plus encore, il fait côtoyer artiste professionnels et peuple indigène Huni Kui de l’état d’Acre.

L’œuvre s’ouvre sur un prologue en projection vidéo, tourné en Amazonie, où Gilberto Gil incarne Croá, le troubadour des peuples autochtones, interprétant un chant inédit sur les incendies, et Paulo Coelho, interprétant Gonçalves Dias, se métamorphosant en Esprit de la Terre. Il s’agit, on l’aura compris, d’un récit philosophique sur l’univers des indigènes d’Amazonie.

Après avoir vu ses terres dévastées par les colons portugais, le jeune guerrier I-Juca Pirama, dernier survivant de sa tribu, part en quête de nouveaux territoires et d’un sens à son existence. Capturé par les Timbira, il est condamné au sacrifice, mais son courage et sa dignité transforment ses bourreaux. Entre le devoir du guerrier et l’instinct de survie, I-Juca est confronté au conflit entre honneur et nécessité.

L’histoire se déroule entre deux époques : l’ancienne, racontée par Gonçalves Dias, et l’époque moderne, où de nouveaux incendies et la dévastation contraignent l’I-Juca contemporain à revivre sa quête de sens et d’appartenance. Son parcours reflète le destin d’un peuple en exil sur sa propre terre et le cri de la forêt blessée.

Jaci, une jeune et fragile Timbira, fascinée par l’I-Juca des temps ancestraux, renaît donc à l’époque moderne en tant que sa propre descendante, une journaliste qui interviewe l’I-Juca contemporain sur les terres dévastées par les incendies. Un puissant antidote, cependant, résiste à la progression de la destruction : la force des rêves et la technique ancestrale pour les concrétiser. Ainsi, le mythe renaît au présent, nous rappelant que la terre, même blessée, continue de rêver à travers ses enfants.

La musique de Gilberto Gil (descendant d’esclave fut ministre de la culture de Lula de 2003 à 2008) est sublime. Elle participe à une sorte de communion avec les interprètes.

Cet opéra fut un très grand moment de télévision de service public ; un de ces moments dont l’inénarrable député Charles Alloncle veut nous priver. Honte à lui.

Et vive le service public, monsieur.

La valse du RN avec le MEDEF

Le RN de Marine Le Pen et Jordan Bardella tombe le masque. Nombreux sont ceux qui croient encore naïvement que le parti fondé par des nazis est devenu fréquentable et qu’il a la fibre sociale, en se posant comme l’ardent défenseur des petites gens.

Quand Jordan Bardella au sortir des agapes avec les plus hauts représentants du patronat, a déclaré qu’il fallait « libérer l’entreprise française des normes » et qu’une « réforme du cadre législatif était nécessaire », on aurait pu mettre ces petites phrases au compte d’un repas trop arrosé et d’une euphorie communicative.

Mais le même jour, le tandem de choc du RN a cosigné une lettre qui ne laisse plus aucun doute sur sa véritable idéologie. 

Les deux dirigeants écrivent en effet aux « principales fédérations patronales » : « Dans le cadre de la préparation des échéances électorales majeures de 2027, nous souhaitons vous associer à notre réflexion visant à identifier et à lever les verrous normatifs qui freinent le développement économique de la France ».

Pour faire simple, le RN avoue rechercher un consensus avec le patronat. Pas avec les syndicats.

Ces grands démocrates vont plus loin dans leur missive en dévoilant leur méthode de gouvernement : « Notre objectif est d’élaborer un grand projet d’ordonnance de simplification, qui sera publié, dès le début du mandat, afin de libérer l’économie française de ces entraves coûteuses et d’accompagner la relance de la production ».

Un grand projet d’ordonnance au mépris du Parlement, même si la majorité est de droite et d’extrême droite, voilà un grand dessein de remise en cause du code du travail, notamment du contrat de travail ou des négociations paritaires (y compris pour la fixation du montant du SMIC) et des libertés fondamentales comme le droit de grève, par exemple. Retailleau, Wauquiez, Philippe, Attal peuvent copier sans problème.

Le RN, dans un élan enthousiaste qui lui fait croire à une victoire assurée, en dit plus long sur son programme que jamais. Il tombe vraiment le masque et se range clairement du côté du grand capital.

Le MEDEF et les grands oligarques n’en attendaient pas moins, mais ils ont l’habitude d’avancer plus discrètement. Certains d’entre eux se gardent bien de faire étalage de leur satisfaction. Trop tard, le RN a tombé superbement le masque. Les stratégies se sont dévoilées.

Pendant ce temps-là, la gauche se déchire et détourne la tête quand on lui parle du danger représenté par le RN et le grand patronat.

Culot monstre et forfaiture

On lui donnerait le ‘’bon dieu sans confession’’ au premier ministre de la France. Ce n’est qu’une posture, car il a un culot monstre.

Il a suffi d’une rencontre avec les boulangers et fleuristes, tôt le matin, pour le faire changer d’avis à propos de l’ouverture de ces commerces le 1er mai. Quelques heures plus tard, sans vergogne, il publiait un communiqué pour annoncer « son intention de présenter dans les prochains jours un projet de loi visant à autoriser l’ouverture des boulangers-pâtissiers artisanaux et des artisans fleuristes le 1er mai ».

Ainsi, un premier ministre renie sa parole, après avoir retiré un premier projet de loi. Mais, surtout, un premier ministre d’une prétendue démocratie gouverne désormais par voie de communiqué. La colère gronde du côté des organisations syndicales.

Plus fort encore, avant même que le projet de loi (qui ne serait applicable que le 1er mai 2027) soit déposé, il dit dans son communiqué : « S’agissant du 1er mai 2026, le Gouvernement appelle toutes les parties prenantes au pragmatisme et à la modération pour permettre un fonctionnement apaisé des boulangeries-pâtisseries et des fleuristes artisanaux ce jour-là. Les services de l’Etat vont recevoir des instructions pour que les artisans de ces deux secteurs ne souffrent d’aucune conséquence d’une ouverture le 1er mai 2026 dans les règles fixées par la future loi. »

Le pragmatisme et la modération, Lecornu utilise des mots dont il ne semble pas maîtriser vraiment la définition. Les portes de l’Hôtel de Matignon sont grandes ouvertes au patronat et, ensemble, on légifère au mépris des élus.

Un premier ministre de Macron peut donc se permettre d’appliquer une loi avant même d’être déposée, débattue et soumise au vote du Parlement. En outre, il appelle « les services de l’Etat » à outrepasser la loi encore en vigueur.

Cela ne s’appelle-t-il pas forfaiture ?

Le ‘’bon dieu sans confession’’ s’est transformé en diable par un simple communiqué. Il fallait oser, Sébastien Lecornu l’a fait. Fidèle en cela à son idéologie de droite qui puise son inspiration dans les rangs extrémistes, de plus en plus fachos et antisociaux.

Dîners en ville avec le RN

Les patrons aiment les ‘’dîners en ville’’, dans les meilleurs restaurants, cela va de soi.

On fait ripaille, on boit les meilleurs vins, on remplit son carnet d’adresses. Mais pas que cela : on se tape sur le ventre entre deux plats et on s’échange les astuces les plus crasses pour contourner le droit du travail (et mettre au pas ces médiocres syndicats) et éviter les impôts avec les montages financiers ‘’offshore’’.

Au cours de ces agapes on n’a pas un mot pour les pauvres qui n’ont pas même un quignon de pain pour dîner.

Récemment, le gratin du CAC40 a festoyé avec Marine Le Pen dans le restaurant Drouant (où l’académie Goncourt attribue son prix littéraire). Une première pour l’organisation patronale car, jusque-là, l’ancienne présidente du MEDEF, Laurence Parisot, avait tenu le Front national à distance. Le nouveau président, Patrick Martin, n’a pas les mêmes retenues. D’ailleurs, après la fille du fondateur du parti frontiste, les patrons recevront Jordan Bardella.

Le président du RN sera bien entouré par Bernard Arnault (LVMH), Patrick Pouyanné (TotalEnergies), Sébastien Bazin (Accor), Jean-Dominique Senard (Renault), Catherine McGregor (Engie), Thomas Buberl et Henri de Castries (Axa), Cyrille Bolloré (le fils de), ou encore Paul Hermelin (Capgemini).

Ces relations du patronat avec le RN sont assumées et ne font que légitimer, s’il en était encore besoin, le parti raciste, anti-social, ami de Viktor Orban (entre autres).

Le RN se réjouit de ces rencontres avec la gratin patronal comme le rapporte Les Echos, propriété de Bernard Arnault : « Les patrons sont rationnels, ils acceptent de nous rencontrer car il y a désormais un scénario où nous arrivons au pouvoir », estime François Durvye, qui vient de quitter la direction du fonds d’investissement du milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin pour devenir conseiller spécial de Jordan Bardella, précisément pour faire le lien avec les milieux d’affaires. »

Les voix discordantes sont peu nombreuses. C’est pourquoi il faut se féliciter de la prise de position du patron de la MAIF, Pascal Demurger, qui, dans une tribune publiée par Le Monde, écrit : « Autrefois unanimement distants, de plus en plus de chefs d’entreprise franchissent désormais la ligne et répondent aux sollicitations de leaders du RN, trop heureux de recevoir, à chacune de ces rencontres, une marque supplémentaire de respectabilité. La justification est toujours la même : le souci de « former » ce parti, compte tenu de son inexpérience et de la faiblesse de son programme économique, dans l’hypothèse d’une victoire électorale à la présidentielle. »

Il ajoute : « C’est pourtant une erreur tactique autant qu’une illusion politique. Ce rapprochement sert avant tout les intérêts d’un parti qui a un besoin vital de renforcer sa culture économique et de consolider ses réseaux pour asseoir sa légitimité. Cette dynamique lui confère ainsi une respectabilité et une crédibilité technique longtemps inexistantes aux yeux de l’opinion et entraîne le risque d’accélérer sa victoire. Il est ensuite illusoire de penser pouvoir influer sur une idéologie aussi radicale. L’exemple trumpiste, de l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021 aux atteintes constantes à l’Etat de droit, nous montre que le risque est réel qu’une accession au pouvoir du RN ne soit pas seulement une parenthèse, mais bien une rupture. »

Pascal Demurger, en conclusion, appelle les patrons à la clairvoyance et à la résistance, en se préservant de toute compromission. Il est peut-être encore assez tôt pour décommander la rencontre avec Jordan Bardella. On ne pactise pas avec le diable.

On ne haît pas le Juif, Madame

Caroline Yadan est avocate et élue députée depuis juillet 2023, représentante des Français établis hors de France en 2024 (Israël, Italie, Turquie, Grèce, Chypre, Malte, etc.) ; elle a pris ses distances avec Macron après la reconnaissance de l’Etat palestinien par la France.

Elle a déposé un projet de loi qui « prétend lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ».

Une pétition contre ce projet de loi a recueilli à l’heure où j’écris ce billet plus de 708 000 signatures sur la plateforme de l’Assemblée nationale. Voilà qui mériterait d’être largement commenté et pris en compte.

Les signataires ont entériné les motifs d’opposition de la pétition qui dit : « lorsque l’on lit l’exposé des motifs, on remarque un amalgame entre l’antisémitisme et la critique d’Israël (antisionisme). On peut lire par exemple : « Cette haine de l’État d’Israël est aujourd’hui consubstantielle à la haine des Juifs. L’appel à la destruction de cet État, parce qu’il forme un collectif de citoyens juifs, est une manière détournée de s’attaquer à la communauté juive dans son ensemble. » Cet amalgame opéré par Caroline Yadan n’est pas innocent. En effet, en 2025, un tribunal correctionnel a relaxé une personne accusée d’antisémitisme pour avoir soutenu la cause palestinienne. Ce même tribunal a énoncé : “La référence à Israël ou au sionisme, défini comme un mouvement politique et religieux visant à l’établissement puis à la consolidation d’un État juif en Palestine, ne peut, à elle seule, être interprétée comme visant la communauté juive dans son ensemble”. On peut donc craindre que ce projet de loi ne cherche à contrer ces relaxes et à obliger les juges à opérer cet amalgame entre antisémitisme et antisionisme afin de faire taire toute critique contre Israël. »

Les auteurs de la pétition, tout en rappelant qu’il faut lutter de toutes nos forces contre l’antisémitisme, comme contre toutes les autres discriminations, jugent cet amalgame scandaleux pour trois raisons :

« – Il représente un réel danger pour la liberté d’expression, en muselant tout soutien à la cause palestinienne. Si ce projet de loi devait être voté, des slogans pacifistes comme « l’égalité et la liberté pour tous de la mer au Jourdain » pourraient faire l’objet de condamnations judiciaires. Le travail des journalistes et des chercheur.e.s pourrait également s’en retrouver censuré.

– Il appuie indirectement la colonisation de la Palestine par Israël, illégale au regard du droit international.

– Il dessert la lutte contre l’antisémitisme en assimilant les Juives et les Juifs à la politique de Benjamin Netanyahou alors que nombre d’entre elleux critiquent ouvertement (et à juste titre) cette politique mortifère. »

Malgré le nombre impressionnant de signatures, la commission des lois de l’Assemblée nationale a décidé de classer la pétition ce même jour ; une insulte aux plus de 700 000 signataires et un déni de démocratie.

Caroline Yadan apporte un soutien inconditionnel à Israël et à ses ‘’faucons’’, se comportant comme l’une de ses courroies d’influence. Elle s’est d’ailleurs distinguée en multipliant les attaques contre les journalistes auteurs de reportages consacrés aux massacres de Palestiniens à Gaza, les diatribes contre les organisations humanitaires, notamment Amnesty International ou contre Francesca Albanese, rapporteur spécial de l’ONU sur les territoires palestiniens.

Caroline Yadan est une provocatrice, mais surtout une militante venant en soutien inconditionnel du gouvernement de Netanyahu. Faut-il lui préciser que ceux qui dénoncent les actes délictueux du gouvernement d’Israël n’ont pas la haine du Juif comme elle le prétend. Il y a encore des citoyens capables de raisonner et de faire la distinction. C’est ce que cette députée ne veut pas entendre.

Faire taire le fou qui parle

Le fou parle fut une revue intelligente, trop tôt arrêtée par ses initiateurs, dont Roland Topor.

Aujourd’hui, le fou parle n’est plus la revue mentionnée ci-dessus, mais le titre d’une simple et courte chronique publiée sur ce blog pour dénoncer les coups de folie et les divagations du président des Etats-Unis. Vous voyez de qui je veux parler : tout le monde l’aura reconnu.

Toujours en quelques mots, tellement son vocabulaire est réduit, le fou a parlé du pape, Léon XIV : « Je ne suis pas un grand fan du pape Léon. C’est quelqu’un de très progressiste, et c’est un homme qui ne croit pas à la lutte contre la criminalité. »

Progressiste, le fou a lâché le gros mot à ses yeux. C’est idiot. Mais peut-on s’étonner de la part de ce milliardaire bouffi d’orgueil qui parle comme il écrit en quelques mots sur son réseau social.

A ces inepties, le pape, Américain lui aussi, a répondu vertement : « Je n’ai ni peur de l’administration de Trump, ni de dire le message de l’Evangile.  C’est ce que je crois être appelé à faire et ce que l’Eglise est appelée à faire. Je n’ai pas l’intention d’entrer dans un débat avec lui. Le message a toujours été le même : promouvoir la paix, je le dis pour tous les leaders du monde, pas uniquement pour lui, nous cherchons toujours à en finir avec les guerres et à promouvoir la paix et la réconciliation. Je ne fais pas partie des politiciens, nous ne regardons pas la politique étrangère comme il appelle ça avec la même perspective que lui ».

Léon XIV a cloué le bec à Donald Trump, ci-devant président des Etats-Unis (hélas !), en des termes qui rappellent ceux du premier ministre espagnol Pedro Sanchez.

On aimerait que d’autres politiciens joignent leurs voix à ces deux hommes qui ne craignent pas ce fou qui parle à tort et à travers, qui sème la guerre, qui s’en prend à tous les immigrés et qui veut nous ramener plusieurs siècles en arrière.

Oui, le fou parle, mais il faut oser le faire taire.

Où vont les profits de la guerre ?

Dans son billet hebdomadaire, l’économiste Gabriel Zucman s’interroge : Où vont les profits de la guerre ? Mais s’il s’interroge, il apporte aussi des réponses, évidemment iconoclastes pour les médias aux mains des pouvoirs. Autrement dit, le citoyen n’a pas à savoir.

Zucman fait d’abord un constat : « Avec l’envolée des prix du pétrole, les bénéfices des sociétés extractives explosent et finissent recyclés dans les paradis fiscaux. Mais il n’est pas trop tard pour taxer efficacement les profiteurs de guerre. »

Pourquoi et comment ? Là encore, Zucman dévoile les mécanismes : « À partir des années 1980, les compagnies pétrolières, ces grandes multinationales du 20e siècle, mirent tout leur pouvoir derrière un projet de réécriture des règles du jeu économique international, qui devait assurer leur prospérité. »

C’est ainsi que les compagnies pétrolières américaines qui payaient 65 % d’impôts sur leurs bénéfices avant 1974, ont fait baisser les taux à 37 % en 2023. Et, dit l’économiste, les superprofits d’aujourd’hui vont de cacher dans les paradis fiscaux.

Il ajoute que « Concrètement, là où 90% de la rente pétrolière se voyait socialisée dans les années 1970, les deux tiers de cette dernière atterrissent dans la poche des actionnaires aujourd’hui. »

Zucman enfonce le clou : « Paradoxe accablant : alors qu’il n’a jamais été aussi urgent d’arrêter l’extraction d’énergie fossile au profit de sources décarbonées, les profits que les acteurs économiques privés peuvent tirer de cette activité n’ont jamais été aussi fabuleux. « Quand les prix du pétrole augmentent, nous nous faisons beaucoup d’argent » a déclaré benoîtement Donald Trump en mars. Par « nous » il faut bien sûr comprendre les sociétés pétrolières (qui comptent parmi les principaux financeurs de sa campagne) et les ménages les plus aisés (détenteurs d’actions). »

L’économiste appelle donc les gouvernements à faire un choix politique : imposer les superprofits mondiaux des entreprises extractives et non ce qu’elles prétendent réaliser en France. Il ajoute : « D’autres solutions sont envisageables, comme imposer les augmentations de capitalisation boursière en lieu et place des superprofits, comme nous l’avions proposé avec mes collègues de l’Observatoire européen de la fiscalité (devenu depuis Observatoire international de la fiscalité) en 2022. »

Gabriel Zucman doit être entendu et relayé politiquement pour que, comme il l’écrit dans sa conclusion, « comme leurs prédécesseurs du 20e siècle, les profiteurs de guerre doivent payer ».

Chiche ! Dans un pays endetté comme la France, cela soulagerait d’autant les ponctions effectuées sur les moins riches et les pauvres.

Louis Bielle-Biarrey

Louis Bielle-Biarrey est le jeune joueur (pas encore 23 ans) qui m’a réconcilié avec le rugby. Réconcilié ? Oui, parce que je déplorais que ce sport sombre totalement dans le contact entre joueurs au physique impressionnant, provoquant de plus de plus de blessures graves.

Entendons-nous bien, le rugby reste un sport de contact, mais on avait tendance à oublier qu’il était aussi un sport d’évitement où de nombreux joueurs français excellaient pour éviter d’être plaqués par les adversaires.

L’évitement, donc, exige des qualités d’intelligence, faites de feintes, de changements de direction et, surtout, d’anticipation, c’est-à-dire d’une compréhension du jeu immédiate et rapide. Louis Bielle-Biarrey a des jambes de feu : non seulement il court (très) vite, mais il voit aussi plus vite que ses adversaires le mouvement qui les déséquilibrera.

Ce sont toutes les qualités que Louis Bielle-Biarrey possède au plus haut niveau. Ses dribbles et ses feintes désorientent les plus valeureux adversaires. Quand il a le ballon en main, il éclaire le jeu ; quand il est parti dans un sprint échevelé pour marquer un essai, il est capable de multiplier les feintes pour éliminer l’adversaire.

Louis Bielle-Biarrey n’est pas un gringalet (il mesure 1,84 m), mais il a réhabilité l’intelligence du jeu de rugby. On ne s’étonne plus en le voyant marquer essai sur essai dans son club de Bordeaux-Bègles ou avec l’équipe de France en revenant aux fondamentaux d’un jeu qui évoluait vers un affrontement entre gaillards d’1,90 m, pesant 100 kilos.

On admire ses courses, ses feintes et son sens du vrai jeu de rugby. Avec lui, le rugby retrouve toute sa beauté.

Le chef-d’œuvre socialiste

C’est un rapport bouleversant que vient de publier une équipe pluridisciplinaire sur les caractéristiques socio-démographiques et les conditions de travail des livreurs de plateformes numériques à Paris et à Bordeaux.

On y apprend que sur les 1004 livreurs interrogés « 98,8 % sont des hommes et 81,4 % ont moins de 35 ans. 98,7 % sont nés à l’étranger et 64,4 % sont sans titre de séjour. 42,5 % ont connu au moins une journée sans repas au cours des 12 derniers mois.

En termes de statut dans l’emploi, aucun des livreurs enquêtés n’est salarié, et 73,5 % sont « locataires » de compte et versent en moyenne 528 euros par mois à une tierce personne « propriétaire » du compte. 91,2 % des livreurs enquêtés sans titre de séjour ne souhaiteraient pas continuer la livraison à temps plein si leur situation était régularisée. Le profil des personnes enquêtées diffère entre les deux villes. Les livreurs parisiens sont plus âgés, ont plus souvent accédé aux études supérieures et sont plus souvent sans titre de séjour. Plus de 30 % des livreurs interrogés à Paris sont d’origine asiatique, contre moins de 1 % à Bordeaux. »

Les livreurs interrogés effectuent en moyenne 413 livraisons par mois, parcourent 833 kilomètres, effectuent 63 heures par semaine, pour un salaire moyen de 1480 €, soit 5,83 € par heure ou 4,55 € par course. Un travail de forçat !

Autant dire que leur état de santé est alarmant et que ces nouveaux exploités, majoritairement immigrés (et, pour certains, sans papiers) ne mangent pas correctement (quand ils mangent), un comble pour des livreurs de repas. 

Scandaleux quand les leaders du ‘’marché’’, Uber East et Deliveroo, font des bénéfices énormes, sans que rien ne soit vraiment illégal. En effet, c’est la création du statut d’auto-entrepreneur par la loi Novelli en 2008, qui a facilité son usage par les plateformes dans la loi du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et permis cette hyper-flexibilisation du marché du travail.

Il n’est pas inutile de préciser que la loi de 2016, dite loi El Khomri, œuvre d’un gouvernement qui se prétendait socialiste dirigé par Manuel Valls, a été paraphée par un président de la République, François Hollande., qui ose encore se présenter à des élections.

L’ubérisation du travail produit aujourd’hui de travailleurs en mauvaise santé, surexploités, dont les droits sociaux sont piétinés au nom de la modernité.

Il s’agit, dit le rapport, « d’une nouvelle forme de travail à la tâche » sans droits sociaux (congés maladie, congés payés, retraites, etc.). Autrement dit un retour au salariat du 19e siècle pour les plus grands profits de multinationales.

Le rapport est bienvenu ; il doit être popularisé, car la nouvelle forme de surexploitation s’étend inexorablement dans d’autres tâches que la livraison de repas.

(La plateformisation de l’économie face aux inégalités sociales de santé : le cas des coursiers des plateformes numériques, Etude Santé-Course, avril 2026, consultable sur le site ird.fr)

Folie, barbarie, apartheid, …

Chaque jour qui passe me semble plus cruel que le précédent. Un climat de folie, de barbarie et d’apartheid souffle dans tous les pays (ou presque).

Et ce climat sème la mort. Au Liban où les bombardements israéliens viennent de faire sept victimes, s’ajoutant au millier recensé par le gouvernement. En Ukraine, où les missiles (ou drones) russes n’en finissent pas d’allonger le nombre incroyable de victimes, comme à Kherson. A Gravelines, oui, ici en France, ou plutôt au large de la commune, où deux migrants tentant de gagner la Grande-Bretagne ont péri en mer (le décompte macabre n’est même plus mesurable).

Il s’agit d’un jour ‘’ordinaire’’. Des morts sont sans doute à ajouter à la liste de la folie des hommes et de leurs comportements belliqueux.

La société est gangrénée. Comment expliquer autrement le meurtre d’un couple de retraités à leur domicile dans un village des Ardennes. Les assassins présumés ont 15 et 16 ans. Faut-il s’en étonner quand la barbarie s’étale dans tous les médias qui en raffolent. La mort d’un homme ou d’une femme (ou de dizaines ou centaines) n’est qu’un fait divers. Rien de plus. Les médias passeront à d’autres faits divers demain.

Les gouvernements réactionnaires ou fascisants en rajoutent ; ainsi en Israël, le parlement a rétabli la peine de mort ou la prison à vie pour les seuls prétendus ‘’terroristes palestiniens’’, sans droit de grâce, ni remise de peine pour la plus grande joie des membres des partis religieux qui ont fêté l’événement comme une victoire en gesticulant, hilares, un verre à la main.

C’est la renaissance de l’apartheid que nous pensions vaincu après la sortie de prison de Nelson Mandela.

Bref, la folie gagne du terrain, la barbarie se répand inexorablement et l’apartheid renaît de ses cendres.

C’est désespérant. Mais il ne faut surtout pas sombrer dans le défaitisme ; il faut relever la tête et lutter pour un vrai renouveau démocratique et décréter la paix sur terre.

Un simple décret

L’Institut national de la consommation (INC), liquidé. Sa revue ‘’60 millions de consommateurs’’, mise en vente. Son émission de télévision’’Consomag’’, disparue des grilles du service public. Et pour réaliser la mise à mort du consumérisme, il a suffi d’un simple décret publié le dimanche 29 mars au Journal officiel.

L’INC, établissement public sous l’autorité du ministère de l’économie, avait été créé en 1966 ; son magazine a soulevé bien des scandales liés à la consommation, dont celui des poupées sexuelles à caractère pédopornographique de Shein.

Sa liberté d’investigation et ses révélations li avaient attiré de nombreuses inimitiés du côté des industriels et des trusts de la chimie (notamment les fournisseurs de pesticides.

L’INC a été à plusieurs reprises mis en cause par la Cour des comptes, volant au secours d’un Etat obéissant aux exigences du patronat. Merci pour les salariés.

On a dû sabrer le champagne au siège du patronat des fabricants de pesticides, mais pas seulement. Preuve que ce gouvernement (et pis, tout ce régime) est frelaté. Il a trouvé une nouvelle source d’économie ; tant pis pour les consommateurs qui n’auront plus cet Institut pour dénoncer toutes les dérives des industriels et qui seront privés de leur magazine pour être informés.

Une simple signature au bas d’un décret, sans doute relu et corrigé par les bénéficiaires, c’est simple et sans risque, alors que les industriels du pétrole et de la pétrochimie ponctionnent les poches des Français et, parfois, les empoisonnent.

Avec ce régime, un scandale chasse l’autre. Grâce à un simple décret. 

Elle est pas belle la démocratie ?

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