Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Effervescence dans l’édition

L’OPA de Vivendi sur le groupe Lagardère ébranle le monde de l’édition en France et Vincent Bolloré a esquivé un possible veto de la Commission européenne à la fusion Editis-Hachette en annonçant la vente de sa filiale Editis. L’homme d’affaires breton est rusé et on peut imaginer qu’il va trouver ‘’la’’ solution lui permettant de ne pas perdre les maisons d’édition d’Editis, en évitant un débat sur la règlementation antitrust. Dans l’attente de jours meilleurs pour concentrer encore, sans entrave !

Aux Etats-Unis, le rachat de l’éditeur Simon & Schuster par Penguin Random House, filiale du groupe Bertelsmann et premier éditeur mondial, fait l’objet d’un procès très médiatisé à la suite de la réquisition du gouvernement américain qui s’oppose à cette méga-fusion. Le département de la justice a avancé le risque d’une « influence démesurée sur la nature des livres publiés et la rémunération de leurs auteurs ». Le gouvernement de Macron n’a pas cru bon de publier un communiqué en termes identiques en ce qui concerne la situation française.

Curieusement, Hachette Book Group, filiale américaine, a dénoncé la fusion après avoir longtemps espéré racheter Simon & Schuster. Plus curieux encore, les arguments de Penguin Random House devant le tribunal de Washington étaient parfaitement identiques à ceux de Vincent Bolloré devant la commission d’enquête du Sénat, minimisant la taille du groupe issu d’une fusion Editis-Hachette comparée à celle d’Amazon et arguant qu’il s’agissait d’une question de survie nécessaire face aux GAFAM. Le PDG de Simon & Schuster ajoutant qu’Amazon est sous-estimé en tant qu’éditeur, Vincent Bolloré déclarant, lui, que le géant Vivendi est un nain à côté des plateformes américaines.

Les industriels de la culture justifient ainsi, de chaque côté de l’Atlantique, la loi naturelle des concentrations, jugées nécessaires, et désignent un même danger, les GAFAM, selon la même logique d’un capitalisme où règne la loi de la jungle.

Dans les débats qui agitent le monde de l’édition, rares sont ceux qui parlent de liberté d’expression et de création, d’originalité et diversité, de pluralisme et, enfin, des auteurs.

A les croire, le monde l’édition, ici ou là-bas, est merveilleux ; ils nient la triste réalité de la paupérisation des auteurs, et le niveau des concentrations qui ont entraîné la disparition de nombreux ‘’petits’’ éditeurs osant faire paraître des livres que les grands groupes refusaient.

Un récent article publié par le site Actualitté a relayé la mésaventure des Contes italiens d’Italo Calvino, livre massacré par une traduction de piètre qualité en France ; le titre de l’article est sans ambiguïté : « Italo Calvino, victime de la financiarisation de l’édition ». Difficile dans ce cas de prétendre qu’Amazon est responsable.

Dans leur livre ‘’Dialektik der Aufklärung’’, paru en 1947, Theodor Adorno et Max Horkheimer avaient vu juste : « Les productions de l’esprit dans le style de l’industrie culturelle ne sont plus aussi des marchandises, mais le sont intégralement. »

Le cadre de Jean Cocteau

Une autre œuvre est incontournable à Milly-la-Forêt, la chapelle Saint-Blaise des Simples, modeste, plantée au milieu d’un petit jardin, à l’angle de plusieurs rues, elle se cache. Mais quelle petite merveille !

Jean Cocteau, génie de l’imaginaire, à la fois poète, écrivain, homme de théâtre, cinéaste (réalisateur de films sublimes comme La Belle et la Bête ou Orphée), peintre et dessinateur, avait découvert le charmant village de Milly-la-Forêt et vint y trouver refuge pour écrire en toute tranquillité (sa maison vaut aussi le détour).

Comme d’autres artistes, il a décoré la petite chapelle, seul témoignage d’une Maladrerie érigée par les Templiers au XIIe siècle. Il en a fait un vrai lieu de spiritualité ; il se dégage du minuscule bâtiment une quiétude et un calme favorable à une profonde réflexion.

Sur les murs, Cocteau a peint avec délicatesse les plantes médicinales qu’on peut retrouver dans le jardin qui l’entoure, à la manière d’un herbier ; tout ici respire l’humilité pour rappeler la mémoire des Simples. A côté du bénitier, il a apposé sa signature sous la célèbre silhouette du chat, symbole du diable et des sorcières.

Les vitraux, épurés, sont d’une rare beauté, de même que la résurrection du Christ, flanqués des soldats romains avachis qui l’avaient mis sur la croix.

Jean Cocteau a demandé à reposer dans ce modeste lieu qu’il avait magnifié et sur sa pierre tombale, il a fait graver ces simples mots : « Je reste avec vous », dignes du poète modeste, réservé, mais chaleureux qu’il était.

Un commentaire dit par Jean Marais accompagne très intelligemment la visite, rappelant que Cocteau avait trouvé là un cadre pour exprimer son talent créateur.

Bref, la chapelle de Cocteau réserve un moment de grâce.

Le Cyclop, art total

22,50 mètres de haut et 350 tonnes d’acier, un monstre monumental, qui emprunte à tous les arts, à toutes les écoles contemporaines irrévérencieuses et bourré de symboles pour contribuer à la critique de la société contemporaine ; voilà qui résume mal l’œuvre extravagante de l’inénarrable artiste suisse Jean Tinguely, érigée, clandestinement à l’origine, en plein milieu des arbres altiers, dans le bois dit des pauvres, sur le territoire de la commune de Milly-la-Forêt.

Jean Tinguely touchait au génie et son monstre de métal baptisé le Cyclop est génial. Il se regarde, on écoute ses bruitsmétalliques et on reste ébahi ; puis on l’admire et on veut comprendre ce qui revient au mouvement dada, à l’art brut, à l’art cinétique, au nouveau réalisme. Les guides ne sont pas de trop pour aider le visiteur à ‘’pénétrer’’ le grand œuvre de Tinguely, mais aussi d’une bande de copains, à commencer son épouse, Niki de Saint-Phalle, Daniel Spoerri, Bernhard Luginbühl, Rico Weber, car le Cyclop est aussi le fruit d’une grandiose œuvre collective d’artistes soucieux de bousculer les esprits, la société et ses travers, débutée en 1969, au sortir des grandes grèves de 1968.

Réalisé uniquement avec des matériaux de récupération, rebuts de notre société industrielle, y compris par un morceau de manche à air du Centre Pompidou ‘’volé’’ sur le chantier de sa construction (ces artistes-là osaient tout), le Cyclop n’a reçu l’aide d’aucun sponsor et il a fallu des années (25 au total) de persévérance pour venir à bout d’un projet fou, conçu au jour le jour, après des discussions qu’on imagine interminables entre tous les protagonistes.

Le monstre de ferraille (de béton et de verre sur le toboggan) interroge, provoque, surprend ; son oeil nous épie et nous oblige à pénétrer plus avant dans l’œuvre, unique en son genre dans le monde de la sculpture.

Il émane de cet oeil l’esprit de dérision de ses concepteurs ; il force à sourire et à rire. Mais il ne s’agit pas d’un rire gratuit ; il entraîne une profonde réflexion, absolument nécessaire sur la place de l’art dans la société quand la financiarisation tend vers l’uniformisation des toutes les formes de l’expression artistique. Aucun détail n’est gratuit ; un wagon de marchandise, hissé au troisième étage, a pris place dans l’œuvre pour accueillir un hommage aux déportés d’une autre artiste suisse, Eva Aeppli, la première épouse de Tinguely. Arman, Soto ou encore César ont trouvé également une place dans ce qu’on peut voir aussi comme un musée, sans oublier un hommage à Yves Klein, l’ami de toujours, au sommet de l’œuvre.

Ultime pied de nez de Jean Tinguely, une fois terminé, le Cyclop a été cédé à l’Etat et c’est François Mitterrand qui en fera l’inauguration le 24 mai 1994. Hélas, le génial suisse n’assista pas à la scène qui n’a sans doute pas manqué pas de piquant, il était mort trois ans plus tôt. Nul doute qu’il aurait apprécié.

Gabriel Attal nous embrouille

Gabriel Attal est un jeune homme bien né, comme il est coutume de dire pour les enfants des classes aisées. Son parcours politique est paraît-il sans faute ; à 33 ans, il a été successivement conseiller municipal de Vanves, député, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’éducation nationale, puis du premier ministre (porte-parole du gouvernement) et, aujourd’hui, ministre délégué chargé des comptes publics.

Où s’arrêtera donc celui qui a trahi la gauche, passant du parti socialiste (tendance Dominique Strauss-Kahn) à la République en marche sans état d’âme ?

Il vient de donner une interview au quotidien économique Les Echos, dans laquelle il fait l’étalage à la fois de son obéissance sans borne aux dogmes de celui qui l’a fait ministre et de son manque d’humour. L’exercice n’y prêtait guère quand il s’agissait de commenter les grandes lignes d’un budget d’un Etat lourdement affecté par la crise sanitaire et les effets de la guerre en Ukraine. 

On ne s’étonne pas si ses réponses sont 100 % pur jus macronien, mais elles sont un peu nébuleuses et à la limite du grotesque. Le jeune ministre n’hésite pas à prétendre que le projet de budget pour 2023 connaîtra une diminution de 2,5 % (une façon de suggérer qu’on gère bien le pays et qu’on reste soucieux de satisfaire les dogmes européens) tout en permettant une hausse inédite de 11,4 % des ministères de l’éducation, du travail et des solidarités, puis une augmentation de 6,1 milliards des budgets de la défense, de l’intérieur, de la justice et des affaires étrangères. Quant aux ministères de la transition environnementale, de la cohésion des territoires et de l’agriculture, ils verront, eux, leur enveloppe augmenter de 3,3 milliards.

Si je sais encore compter, le total des augmentations atteindra le montant rondelet de 20,8 milliards. Gabriel Attal se moque-t-il du monde ? Comment concilier baisse du budget de 2,5 % et augmentations conséquentes pour la dizaine de ministères les plus importants ?

Quand le journaliste des Echos demande où seront les chantiers d’économies, Gabriel Attal répond sans vergogne : réforme des retraites et assurance-chômage, alors que les dotations de l’Etat aux collectivités territoriales seront ‘’stabilisées’’. Ou le ministre des comptes publics ne sait pas compter et se permet de dire n’importe quoi, ou retraités et chômeurs seront réduits à la mendicité. Le roi Ubu règne-t-il à l’Elysée ?

Gabriel Attal embrouille le débat en affirmant que la santé (et notamment l’hôpital) sera prioritaire mais que les dépenses (votées dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, PLFSS) doivent baisser de 0,4 % par an pendant tout le quinquennat au nom du pacte de stabilité ! Etrange !

Bref, le discours de Gabriel Attal est incompréhensible ; peut-être que le jeune homme bien né qui n’a pas fréquenté l’ENA comme Emmanuel Macron et ses conseillers, n’a pas bien intégrés leurs subtilités et leurs mensonges.

Le ministre des comptes publics a encore besoin des quelques leçons d’économie que Strauss-Kahn n’a pas eu le temps de lui donner. Le jeune Rastignac de la macronie a encore beaucoup à apprendre ; on attend avec impatience les mises au point de l’omniprésent Bruno Le Maire, qui ne tardera pas à réagir pour montrer qui est le vrai (et seul) ministre des finances.

Sauver le cinéma !

Le 3 juin dernier, en recevant les organisateurs de la Trackmania Cup, compétition de jeu vidéo (ou e-sport), Emmanuel Macron a prononcé un discours qui a rempli d’effroi le monde du cinéma en quelques phrases : 

 « Vous avez dit, on veut des salles, on veut des stades, etc. Banco ! Mais il y a des tas de synergies à avoir avec le sport, avec la culture. On a des stades qui existent. On a des salles de cinéma qu’il faut réinventer ; complètement parce que le modèle est en train de changer. Les usages changent. Et donc, il ne faut pas rester tous bloqués en se disant, on va toujours aller voir un film, ce n’est pas à vos générations que je vais dire qu’on ne regarde plus le cinéma, les séries de la même façon qu’il y a même 5 ans, ou avant le Covid. On a des structures qui existent, qu’il faut complètement réinventer avec l’e-sport. »

Les salles de cinéma se sont vidées après leur fermeture pour cause de crise sanitaire et, depuis la levée des contraintes, elles n’ont pas retrouvé tout leur public. Le cinéma traverse une crise sans précédent dont les nouveaux investisseurs et les plateformes numériques sont largement responsables. Assurément, les compétitions de e-sport ne sauveront pas le cinéma ; le président de la République vient de condamner la fréquentation des salles et de renvoyer les jeunes devant leurs mobiles.

La recherche du ‘’blockbuster’’, film d’action à grand spectacle, précédée d’une campagne ‘’marketing’’ démesurée et accompagnée du lancement de produits dérivés, menace le cinéma d’auteur ou de genre, dont la France peut s’enorgueillir d’être le dernier producteur (au moins en Europe).

Les financiers ont pris le pouvoir dans l’industrie du cinéma et imposent leurs lois, celles du retour sur investissement, où l’art compte peu.

C’est dans ce contexte qu’on apprend que la Warner a décidé de ne pas distribuer une superproduction réalisée par les Belges Billal Fallah et Adil El Arbi, Batgirl.

Sa réalisation a déjà coûté entre 70 et 90 millions de dollars et le film restera dans sa boîte. Il ne sera ni visible en salle, ni diffusé sur les plateformes de streaming (par abonnement) de la Warner, HBO Max.

Les deux réalisateurs sont désespérés et une pétition est lancée.

Les raisons de cette ‘’censure’’ restent mystérieuses et incompréhensibles ; les dirigeants de Warner s’écharpent autour de la question de l’avenir du cinéma en salle ou en streaming. Mais cela n’explique pas tout.

Le magazine américain Variety a avancé une hypothèse plausible, rapportée par Télérama ; la raison de la non distribution serait purement financière : « L’abandon en rase campagne de Batgirl, mais aussi celui du long métrage d’animation Scoob ! : Holiday Haunt annoncé également en début de semaine alors qu’il était quasi terminé, pourrait permettre à Warner Bros Discovery de bénéficier d’une déduction fiscale importante, finalement plus avantageuse que l’exploitation commerciale des deux films. Il n’y a pas de petit profit… »

Aujourd’hui, il est une tâche urgente de sauver le cinéma en l’extirpant des griffes des purs financiers et de lui rendre toute sa dimension de 7e art. En revanche démontrer à Emmanuel Macron que l’e-sport ne doit pas prendre la place du cinéma dans les salles sera ardu ! Quant à lui faire admettre qu’il faut absolument maintenir le système d’aides qui a permis au cinéma français d’être ce qu’il est encore, sera une tâche titanesque.

Sauver le cinéma en vaut la peine !

Déroutants Etats-Unis

L’image que l’on peut avoir des Etats-Unis se brouille.

A observer Joe Biden (bientôt 80 ans) marchant à petits pas, un peu chancelant, et se satisfaisant de la mort du chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, à Kaboul, puis à regarder l’arrivée à Taïwan de Nancy Pelosi (82 ans), un peu ridicule avec son tailleur rose et ses talons de 10 centimètres, on est éberlué. La première économie mondiale, qui se veut résolument moderne, ne peut-elle s’affranchir de la gérontocratie ?

Il faut ajouter que les deux dirigeants démocrates ne sont pas les représentants du progrès social ou de la coexistence pacifique entre les peuples. Avec eux les Etats-Unis restent les ‘’gendarmes du monde’’, avec tout ce que cela suppose comme interventions hasardeuses, voire criminelles, dans les affaires intérieures de nombreux pays. Ils semblent figés dans leurs dogmes.

On sait aussi que Biden a été choisi par les démocrates pour faire barrage aux authentiques progressistes autour de Bernie Sanders lors des dernières élections présidentielles et que le vieux routier de la politique n’apporterait aucune amélioration au sort des laissés pour compte du pays du business.

Il y a de fortes probabilités que les élections de mi-mandat en novembre prochain se solderont pas une défaite pour Biden et Pelosi.

Et ce pays qui irrite, souvent, n’en finit pas de nous surprendre : le référendum proposé aux électeurs du très réactionnaire état du Midwest, le Kansas (Le droit à l’avortement devrait-il être supprimé au Kansas ?), a vu la très large victoire des partisans du droit à l’IVG. Alors que cet Etat de 3 millions d’habitants avait voté à plus de 56 % en faveur de Trump en 2020, les électeurs ont approuvé à plus de 59 % le maintien du droit à l’avortement.

Le résultat est un signe fort adressé par la population du Kansas aux électeurs des autres états qui sont appelés, eux aussi, à s’exprimer dans les prochaines semaines sur la même question.

Les femmes américaines, au moins sur la question de leur droit fondamental à disposer de leur corps, viennent de prouver qu’elles sont moins réactionnaires que les politiques et que les hommes. Ont-elles lu le poète, Louis Aragon, affirmant que la femme est l’avenir de l’homme ?

L’évitement du salaire (suite)

Bruno Le Maire nie la réalité ; il serait préférable de dire qu’il la travestit. Quand les bénéfices des grands groupes explosent et rendent possible les augmentations de salaires et les contributions exceptionnelles, le ministre de l’économie s’oppose à toutes les mesures qui pourraient relancer la consommation et, par voie de conséquence, l’économie.

Devant le Sénat, avec suffisance, il a déclaré que « quand on est le pays le plus taxé de tous les pays européens, on ne rajoute pas une taxe supplémentaire à toutes les taxes qui existent déjà ». Remarque osée quand on sait que Total et d’autres ont vu leurs chiffres d’affaires doubler.

Mais Le Maire manie l’insulte en qualifiant la proposition de taxer les superprofits de « réflexe pavlovien de la taxe ». L’insulte est l’expression des réflexes de classe des ministres de droite !

Bruno Le Maire ne brille pas par son intelligence, mais il a des conseillers (l’Elysée aussi) qui ont des idées diaboliques. On peut les mesurer au travers de la proposition (adoptée par toute la droite et l’extrême droite) d’abandon des RTT par les salariés.

La mesure revient à s’affranchir de la durée légale du travail jusqu’à fin 2023 (avant son abandon total ensuite ?) ; en outre, avec le dispositif actuel, un salarié outrepassant la durée légale du travail voit ses heures supplémentaires majorées de 25 %, mais les heures de RTT vendues ne le seront qu’à hauteur de 10 %. 

Travailler plus pour gagner plus, le slogan n’est plus d’actualité ; il est remplacé, sans l’avouer par travailler plus pour gagner moins.

Hier, un salarié appelé à travailler et à abandonner un ou plusieurs jours de RTT voyait ses heures supplémentaires soumises aux cotisations sociales ; désormais le rachat des RTT n’est plus soumis à cotisations.

Au total, les patrons sont les seuls bénéficiaires de ce qui a été présenté comme un coup de pouce au pouvoir d’achat. Le gouvernement renforce l’évitement du salaire et la nécessaire réforme de la Sécurité sociale avec la bénédiction de toute la droite réunie.

L’opération est diabolique et n’a pu naître que dans des esprits pervers. Diabolique, vous dis-je !

Les pensées d’un républicain américain

En lisant les phrases ci-dessous, on frémit. Celui qui les a prononcées était apparemment dans un état normal, même si on peut douter de sa faculté de jugement et de son QI.

Donc, lisons :

« Notre Amérique est fière d’être une nation pro-vie (…) Comment se fait-il que les femmes qui ont le moins de chances de tomber enceintes soient celles qui se soucient le plus de l’avortement ? (…) Personne ne veut vous faire un enfant si vous êtes moche ! (…) Elles font genre 1,57 mètre, 158 kilos ; et elles sont du genre : “Donnez-moi mon avortement, ou je vais me lever et protester et défiler.” Défiler ? Il y en a quelques-unes qui ont besoin de se mettre à marcher, en effet. Genre une heure par jour. Remuez ces bras. Faites circuler le sang. Et ajoutez une salade peut-être dans le mélange. »

Un seul qualificatif convient, abject !

L’imbécile qui a osé est un élu républicain de Floride, Matt Gaetz, avocat de profession, mais surtout dangereux politicien. Chrétien évangéliste baptiste, ami de Donald Trump (mais fallait-il le préciser ?), il s’exprimait devant un parterre d’étudiants de droite qui l’ont applaudi à tout rompre ; notre crétin absolu ne manque pas de culot, il s’est vanté que son discours a été plus apprécié que celui de son maître, Trump, lui aussi présent. 

Quand on saura qu’en 2020 il a soutenu un groupe ouvertement néofasciste, les Proud Boys et qu’en 2021 il a soutenu que les assaillants du Capitole étaient des ‘’antifas’’ ; Matt Gaetz n’a pas dérapé, mais il a vraiment livré le fond d’une pensée du même niveau que celle de Trump, proche du néant et nauséabonde.

Que le peuple américain ait élu de tels personnages est inquiétant. Que, parmi les élus français, certains puisent leurs idées outre-Atlantique, auprès de fêlés du bocal, prêts à tout, ne rend pas optimiste.

Une tequila, oui, mais en Lalique !

La tequila est, paraît-il, très tendance parmi les riches. L’alcool d’agave, cultivée au Mexique, a perdu sa mauvaise réputation et, prétend L’Express, « au-delà des cocktails, elle se consomme de plus en plus pure, avec ou sans glace, et trouve sa place sur les tables et dans les clubs privés les plus prisés ». L’information ne pouvait pas être tue !

Que les riches s’arsouillent avec de la tequila ou avec d’autres boissons fortement alcoolisées, intéresse peu ceux qui n’ont rien à manger le midi, le soir et même le matin. Mais le Gotha, lui, ne doit rien ignorer des rites de son milieu.

De même, que quelques milliardaires s’affrontent pour contrôler le marché de la tequila est une information essentielle, en raison des répercussions politiques de ce combat de Titans.

Bernard Arnault, l’empereur mondial du luxe, a investi ce nouveau marché, qui, on s’en doute, sera juteux. Associé à une riche famille mexicaine, Gallardo, il a donc lancé la marque de tequila Volcan de Mi Tierra. Le patron de la co-entreprise, Julien Morel, un LVMH-boy a pu déclarer : « La tequila bénéficie d’une très forte croissance dans le monde, par le biais d’une premiumisation (sic) continue de son offre. Après un lancement réussi aux États-Unis et au Mexique, nous sommes ravis de proposer Volcan de Mi Tierra sur de nouveaux marchés, et démontrer ce que la tequila est capable d’offrir en termes de goût et de qualité. » Il doit être admis que les riches ont du goût !

L’autre grand groupe mondial des spiritueux, Bacardi, groupe familial fondé à Cuba, célèbre pour son rhum, mais aussi et surtout pour avoir commandité des tentatives d’assassinat de Fidel Castro et Che Guevarra, a racheté la marque Patron en 2018.

Aujourd’hui, Bacardi fait un pied de nez à Bernard Arnault en le devançant sur le terrain du super-luxe. La marque américaine vient de lancer sa Série 3, c’est-à-dire une vulgaire tequila, certes, mais dans une carafe d’exception façonnée à la main dans la cristallerie Lalique à Wingen-sur-Moder en Alsace. Edition limitée assurée à 299 exemplaires, au prix de 7440 euros.

Bernard Arnault est sans doute dépité de n’y avoir pas pensé. On attend sa réaction ; qu’un groupe américain puisse lui faire de l’ombre avec une bouteille en cristal français, façonnée en France, est insupportable.

Le diable s’habille en Lalique et le monde du luxe et des nuits chaudes en est tout tourneboulé.

Immense et indécent !

Le théâtre est en crise, comme le cinéma ; les salles peinent à se remplir et n’ont pas renoué avec le niveau de fréquentation d’avant la crise sanitaire.

L’Association pour le soutien du théâtre privé (ASTP) a commandé une enquête sur ‘’les Français et leur perception du théâtre’’ pour tenter de comprendre les causes de la baisse de fréquentation.

On passera sur les détails de cette étude pour n’en retenir qu’une conclusion : le prix des places est jugé trop cher arrive en tête des raisons avancées par les sondés.

C’est tout sauf une surprise. Aujourd’hui, le pouvoir d’achat des Français subit une sévère agression que le président de la République et son gouvernement ne traitent que par des mesures aléatoires, des primes, des primes, des primes, excluant les augmentations de salaires.

Les Français sont inquiets et réduisent les budgets considérés comme moins essentiels que d’autres ; il est navrant de constater que le budget de la culture est le premier sacrifié, mais, ô, combien compréhensible !

En tempsd e crise, on a encore plus besoin de culture.

Pendant que le peuple se serre la ceinture, les riches, eux, font la fête (LVMH a vu ses bénéfices bondir de 23 % au premier semestre) et sont à la fête (Total, lui, a dégagé un profit de 18,5 milliards d’euros au cours de la même période, soit une hausse de 200 % par rapport à 2021).

L’argent coule à flot chez les plus riches et les dividendes gonflent démusérement, pendant que le Parlement et le gouvernement refusent de taxer les super-profits.

Le monde de la culture n’a pas fini de souffrir ; le commerce aussi.

L’égoïsme des riches est comme les profits immense et indécent.

La honte

Mohammed ben Salmane est à l’Elysée, palais de la République. Reçu avec tous les honneurs dûs aux hôtes de marque et pour un dîner officiel.

Comment cela peut-il advenir dans une démocratie qui affiche la Liberté, l’Egalité et la Fraternité aux frontons de ses bâtiments ? Comment recevoir le prince d’un monde moyenâgeux, reconnu comme l’assassin d’un journaliste, Jamal Khashoggi ; comment serrer la main du dirigeant d’un régime répressif envers les opposants et les homosexuels, refusant les droits les plus élémentaires aux femmes, pratiquant encore la lapidation et la peine de mort. Le pire régime qui soit aujourd’hui et qui se permet d’intervenir militairement dans un pays frontalier, le Yémen, y semant la mort et la misère avec des armes françaises ?

Mohammed ben Salmane est l’un des dirigeants les plus détestables de la planète, un dirigeant sanguinaire, encourageant la pratique de la torture et de l’assassinat au nom de ses croyances, un être infâme, considéré comme un paria il y a encore quelques semaines.

Aucun pardon n’était possible. Tous les honneurs lui sont rendus. Par Biden et par Macron, participant à une réhabilitation honteuse d’un prince du pétrole qui doit bien rire sous son keffieh taché du sang de ses opposants.

L’odeur du pétrole a-t-elle complétement anesthésié les dirigeants de ceux qui craignent pour leur approvisionnement en carburant et en gaz ? Poutine est-il moins fréquentable que ben Salmane ? Faut-il s’associer à un meurtrier pour faire plier l’étrangleur de l’Ukraine ?

Le fait est aujourd’hui que les défenseurs de la liberté, attendant beaucoup de la fraternité, éprouvent des sentiments de colère ; ceux qui ont cru à la République et à une façon de vivre dans le respect des droits de l’Homme, cru en la justice, sont trahis.

C’est en croyant aux droits de l’Homme et en usant de son droit de critique que Jamal Khashoggi a été exécuté de façon atroce par les sbires de Mohammed ben Salmane. Aucune réhabilitation n’est donc possible, ni ici, ni ailleurs. 

Où est l’essentiel ?

Les informations se bousculent et les questions essentielles qui définissent toute organisation sociale sont passées sous silence.

Le Tour de France a pris fin hier sur les Champs Elysées ; cette année, comme les précédentes, les foules étaient immenses sur les routes pour voir et applaudir des cyclistes qui font (bien) le spectacle, mais aussi une caravane publicitaire, essentielle, elle, à l’organisateur.

Les spectateurs sont admiratifs et oublient une question essentielle : comment font-ils pour aller aussi vite, toujours plus vite, pendant 3400 kilomètres ? Le dopage gangrène tout les sports (ou à peu près) mais il est interdit d’en parler. Seuls quelques esprits pervers osent s’interroger sur les performances impressionnantes de quelques non spécialistes de la montagne dans l’ascension des cols.

L’acquisition des droits de retransmission des uns et les intérêts financiers des autres engendrent une singulière omerta. « The Show must go on » disent les Britanniques !

Qu’une équipe de France de volley-ball remporte la Ligue des nations un an après après avoir été championne olympique n’est pas jugé essentiel par les commentateurs sportifs ; la victoire sur les Etats-Unis est ignorée, quand le moindre geste du footballeur Neymar fait gloser toutes les salles de rédaction.

Que les escrimeurs français reviennent des championnats du monde du Caire avec 8 médailles dont 4 en or et une première place au classement des nations, les grands médias ne jugent pas utile d’en parler.

Que la France se contente d’une seule médaille aux championnats du monde d’athlétisme à Eugène, aux USA, n’est pas jugé important, encore moins essentiel. Les pauvres athlétes sont laissés à l’abandon par un gouvernement qui a oublié d’avoir une politique en matière de sport !

Mais le président de la République n’oublie pas d’aller suivre une étape du Tour de France et de se faire admirer, toutes vitres ouvertes et sourire commercial de circonstance, dans la voiture de l’organisateur, pour ne pas passer inaperçu.

La proximité avec le peuple n’est que symbolique ; car pendant que les foules sont agglutinées sur la route du Tour, l’Assemblée nationale continue ses basses œuvres de casse des acquis sociaux ; la SNCF brade ses filiales pour renflouer sa trésorerie, le fonds américain KKR finalise le rachat du principal groupe de cliniques en France, Ramsay Santé, Gérald Darmanin expulse les ‘’étrangers délinquants’’, même innocentés, les pompiers luttent à armes inégales avec les feux de forêts, faute de moyens suffisants, la junte birmane exécute les opposants, la Tunisie vote et tremble à l’idée de laisser les pleins pouvoirs à un dictateur.

Le Tour de France et quelques autres faits servent de paravent à l’essentiel, mais il n’est pas assuré que toutes les foules du bord des routes (et celles des bouchons de la route des vacances) aient oublié l’essentiel, à savoir leur pouvoir d’achat, leur emploi, l’inflation, le prix du litre de l’essence à la pompe, le manque de professeurs pour les enfants dès la rentrée, de médecins et d’infirmiers, les oubliés de ‘’Parcoursup’’, etc.

Les politiques n’oublient pas l’essentiel ; le peuple bronze mais rien ne lui échappe. Il a un cerveau qui lui a fait prendre toute la mesure de la gravissime crise économique et financière qui sème la misère dans le monde.

S’il a pris un peu de plaisir sur le bord des routes, dans une communion païenne annuelle, s’il n’a pas encore la réponse à l’angoissante question de la solution à apporter aux convulsions du libéralisme et des nouvelles voies à ouvrir pour éradiquer les désastres, il a pris conscience qu’il ne tient qu’à lui de renverser le cours des choses. Pour retrouver l’essentiel.

Relire Camus

La lecture des quotidiens, l’écoute de la radio et le regard porté sur les journaux télévisés m’affligent chaque jour davantage. Et je me plais à relire les Actuelles d’Albert Camus et, particulièrement, ses éditoriaux de Combat au sortir de la guerre.

Le 8 septembre 1944, il écrivait très justement : « La conception que la presse française se fait de l’information pourrait être meilleure, nous l’avons déjà dit. On veut informer vite au lieu d’informer bien. La vérité n’y gagne pas. »

Quelques jours plus tôt, ses mots étaient durs pour condamner la presse d’avant guerre : « L’appétit de l’argent et l’indifférence aux choses de la grandeur avaient opéré en même temps pour donner à la France une presse qui, à de rares exceptions près, n’avait d’autre but que de grandir la puissance de quelques-uns et d’autre effet que d’avilir la moralité de tous. Il n’a donc pas été difficile à cette presse de devenir ce qu’elle a été de 1940 à 1944, c’est-à-dire la honte de ce pays. »

Que penserait Albert Camus de l’information délivrée par les médias ? Sans doute serait-il d’une infinie tristesse et rempli d’amertume en contemplant le désastre d’une presse muselée par les milliardaires qui, comme Bolloré ou Arnault, ont fait main basse sur l’information et d’un service public attendant d’être vendu au privé.

L’Assemblée nationale continue d’appliquer les dogmes néo-libéraux à l’économie et à détruire les acquis sociaux : les salariés sont priés de travailler plus pour améliorer leur pouvoir d’achat en vendant leurs RTT (un recul de plus de 20 ans) et en faisant plus d’heures supplémentaires (l’exonération fiscale va passer de 5000 à 7500 euros).

Les députés godillots d’Emmanuel Macron sont rejoints par les fascistes et la droite dure (Les Républicains) pour voter la réouverture de la centrale à charbon de Saint-Avold ou la timide et insuffisante révision de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH), qui contraint EDF à vendre sa production à ses concurrents à un prix inférieur à son coût de production.

Que dit la presse française ? L’essentiel, c’est-à-dire qu’elle relate les faits, bruts, mais sans mise en perpsective. Albert Camus militait pour un journalisme critique et pour un « commentaire politique et moral de l’actualité », toutes choses qui ont disparu.

La dédiabolisation de la présidente du parti fasciste, aussi, pourrait faire l’objet de commentaires. Pourquoi ne pas rappeler que Steve Bannon, mis en cause dans les attaques du Capitole et reconnu coupable d’entrave au Congrès, conseillant à Donald Trump de concentrer sa stratégie de mise en cause de l’élection de Biden sur la journée du 6 janvier 2021 (et déclarant la veille : « Tout l’enfer va se déchaîner demain »), fut l’invité vedette du congrès du Front national à Lille en mars 2018, éructant, entre autres : « Laissez-vous appeler racistes, xénophobes, portez-le comme un badge d’honneur ». Pourquoi ne pas rappeler que la candidate à la présidence de la République a été reçue avec les honneurs habituellement réservés aux chefs d’Etat en octobre 2021 par Viktor Orban à Budapest (avec tapis rouge, escorte policière, déjeuner privé et conférence de presse commune). L’ultra-réactionnaire dirigeant hongrois décrétant que Marine Le Pen était « incontournable » avant de lui apporter tout son soutien. Pourquoi ne pas rappeler que la même Marine Le Pen a des liens très étroits avec Vladimir Poutine, avouant entre autres : « Je ne cache pas que, dans une certaine mesure, j’admire Vladimir Poutine ». Reçue à plusieurs reprises à la Douma puis au Kremlin, elle osait déclarer le 8 février dernier : « Je ne crois pas du tout que la Russie ait le souhait d’envahir l’Ukraine ».

On revient toujours à Albert Camus : que penserait-il de ses consoeurs et confrères journalistes qui ont la mémoire si courte qu’ils omettent de livrer un commentaire un peu percutant sur les liens passés et proches de la dirigeante d’un parti ami des hommes politiques les plus sanguinaires, ennemis farouches de la liberté. La seule chose qui importe c’est sa dédiabolisation et l’envoi de 89 députés à l’Assemblée !

Quand les journalistes se libéreront-ils de menottes de l’esprit que les milliardaires leur ont passé pour revenir aux fondamentaux de l’information due au public dans une démocratie digne de ce nom ?

Quand Rachel Keke intervient

Elle n’a pas pu faire capoter l’évitement du salaire, mais elle a fait une intervention qui marquera l’histoire du Palais-Bourbon. Alors que les députés s’apprêtaient à voter le projet de loi sur le pouvoir d’achat présenté comme un moyen de lutter contre l’inflation galopante, Rachel Keke Raïssa les a vertement interpellé :

« J’aimerais savoir dans cet hémicycle qui a déjà touché 800 euros ? Qui a déjà touché 900 euros ? 1 000 euros ?  Personne ! Je suis élue députée, et je découvre un truc horrible. Vous méprisez les métiers essentiels, vous méprisez ceux qui servent la France. Quand vous arrivez dans les restaurants pour manger, quand vous allez au Monoprix, vous êtes heureux. Réfléchissez. »

Rachel Keke est une femme qui sait ce que signifie d’être miséreux ; elle a lutté toute sa vie pour faire reconnaître sa dignité. Elle a commencé à travailler (durement) à 16 ans et, au terme d’une grêve qui a débuté le 17 juillet 2019 et qui a duré 22 mois aux Batignolles, avec les autres femmes de chambre et le soutien de la CGT, elle a réussi à faire plier le groupe hôtelier Ibis. L’hémicycle ne l’intimide pas ; elle parle avec cette intelligence que les patrons et les élus de droite et d’extrême droite dénient aux Français de peu ou que Macron qualifie d’analphabètes.

Rachel Keke a dénoncé le contenu du projet de loi et elle a demandé aux députés qui allaient voter la loi de réfléchir. Comme elle l’a fait, elle, en parfaite députée et en votant en conscience.

Hélas, la réflexion des élus de droite et d’extrême droite, réunis dans un même élan, s’arrête aux intérêts de classe qu’ils ont mission de défendre coûte que coûte, à l’image d’une Marine Le Pen, qui n’a jamais connu les fins de mois difficiles dans le Parc de Montretout à Saint-Cloud. La patronne du parti fasciste a prétendu se mettre à la disposition des Français et défendre les plus pauvres ; elle aurait pu applaudir l’intervention de Rachel Keke et intervenir pour la soutenir. Elle a montré son vrai visage en votant avec le parti de Macron et les Républicains. Le RN et les autres sont démasqués. Rachel Keke a mis en évidence leur mépris.

On peut rêver du jour où d’autres Rachel Keke siégeront à la place des valets du capitalisme le plus sordide. Celui qui prétend défaire les acquis du Conseil national de la Résistance (CNR) et tous les conquis de la classe ouvrière.

Evitement du salaire

Michaël Zemmour, économiste au Centre d’économie de la Sorbonne, maître de conférences à l’université Paris-I et chercheur au Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques de Sciences Po, a publié une intéressante tribune dans Le Monde de ce soir.

En plein débat à l’Assemblée nationale, Michaël Zemmour éclaire les effets pervers du projet de loi sur le pouvoir d’achat. L’économiste écrit donc :

« La participation et la « prime Macron » ont comme point commun qu’ils sont des dispositifs d’évitement du salaire. Ces versements augmentent le revenu immédiat des salariés sans leur offrir aucune garantie : ils ne sont pas pris en compte dans le calcul des droits des salariés tels que le chômage, la retraite, les congés maternité ou maladie (…) Ces dispositifs de contournement du salaire (qui incluent l’épargne salariale, de même que les retraites et complémentaires santé d’entreprise) ne sont pas nouveaux, mais ont été renforcés récemment par la loi Pacte. Ils constituent une perte annuelle de recettes importante estimée en 2020 à 9 milliards d’euros pour la seule Sécurité sociale (…) On assiste ainsi, depuis le « travailler plus pour gagner plus » porté par Nicolas Sarkozy, à une politique de désocialisation du revenu : les gouvernements multiplient les dispositifs de définancement de la protection sociale. Simultanément, les mêmes acteurs poussent un agenda de réformes diminuant les prestations pour cause de « caisses vides » (…) On pourrait penser qu’agissant ainsi le gouvernement répond à une demande majoritaire concernant le pouvoir d’achat. C’est pourtant loin d’être le cas : dans le baromètre annuel de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, en 2021, comme les années précédentes, plus de trois personnes interrogées sur quatre se disent opposées à une baisse des prélèvements obligatoires si celle-ci est associée à une baisse des droits sociaux. Simplement, l’arbitrage sur la scène politique n’est jamais affiché aussi frontalement : dans un premier temps, on présente une « hausse de pouvoir d’achat » financée par une prime exonérée. Et dans un second temps, on expose la baisse des prestations sociales comme une impérieuse nécessité (…) Il ne s’agit pas là d’une machination obscure, mais d’une stratégie de réforme documentée : la baisse des prestations sociales n’est jamais populaire en soi, en revanche l’équilibre nécessaire des comptes sociaux est un argument massue qui fonctionne à merveille dans le débat public (…) Le cas présent n’est pas unique, ni même le plus important. Il est cependant exemplaire, car le même gouvernement, dans l’intervalle de quelques semaines, va priver l’Etat et la Sécurité sociale de quelques milliards d’euros de recettes, avant de proposer une réforme des retraites – en invoquant notamment la nécessaire stabilité des comptes. »

Pas obscure la machination ? Voire. Elle est parfaitement claire. Le patronat ne s’y est pas trompé en adhèrant avec enthousiasme au projet de loi. Quand Emmanuel Macron prétend donner du pouvoir d’achat aux salariés, c’est autant d’arguments pour s’opposer à toute augmentation dans les entreprises.

Bruno Le Maire s’est autorisé à ajouter une dose de cynisme (habituel chez lui) dans tout l’argumentaire en priant ‘’celles qui le peuvent’’ d’augmenter les salaires. La petite phrase est reprise par les médias (c’est le but), mais aucunement par des entreprises autistes. Avant qu’elles passent aux actes, il faut généralement un mouvement de grève, parfois très long, pour amener les patrons à la table des négociations avec les syndicats.

Tout ce beau monde ment ; tout ce beau monde prend les salariés pour des gogos ; tout ce beau monde a des réflexes de classe quand il s’agit de reprendre les acquis sociaux pour augmenter les dividendes !

Sauver les services publics

C’est tout à fait inhabituel dans ce blog, aujourd’hui je relaie le communiqué de 91 organisations (syndicales, politiques, associatives) engagées depuis plusieurs années dans la ‘’Convergence des services publics’’ et la campagne ‘’Un nouvel élan pour nos services publics’’. 

Parce que la situation est grave et que nul, aujourd’hui, ne peut rester au bord de la route en attendant des jours meilleurs. Il y a 12 ans déjà Stéphane Hessel lançait un appel dans un petit livre, ‘’Indignez-vous !’’ (Indigène Editions), dans lequel il prônait « l’insurrection pacifique » en rejoignant les réseaux de résistance des syndicats et associations, large collectif pour sauver les services publics.

« Faudra-t-il être riche à l’avenir pour se faire soigner, éduquer ses enfants,
affronter le réchauffement climatique ? 

À la campagne et à la ville, en métropole et en Outre-Mer, la pandémie a démontré, comme à chaque crise, l’absolue nécessité de disposer de services publics correctement dotés sur l’ensemble de notre territoire, d’une sécurité sociale solide, et d’agents publics qui ont les moyens de réaliser leurs missions au service de l’ensemble de la société. 

La baisse des impôts et la diminution du déficit et de la dette publique qui constituent le cœur du discours et de la politique portés par l’exécutif, relèvent d’un choix économique et politique qui est une grave faute historique. 

Ce mauvais choix historique et politique se manifeste dans un programme qui pousse sans cesse au démantèlement des services publics, alors que ces derniers sont un élément important de réduction des inégalités, d’inclusion sociale. Ils permettent d’agir sur le long terme pour l’intérêt général. Au moment où ils sont plus que jamais nécessaires pour répondre aux besoins de la population et assurer une nécessaire et juste transition écologique, cette volonté d’affaiblir les services publics revient à augmenter ces inégalités. Ainsi, partout où les services publics reculent, partout où les populations ont le sentiment que la puissance publique les abandonne, on constate la progression de l’extrême-droite. 

Économiquement, ce ne sont pas les mesures ponctuelles pour le pouvoir d’achat annoncées qui permettront de compenser l’inflation de cette année et de répondre aux besoins de la population. Face aux nuages qui s’amoncèlent, proposer des chèques cadeaux au lieu de développer les services publics, c’est choisir d’accepter que le salaire ne suffise plus pour vivre. Ce n’est pas non plus ainsi qu’on luttera contre le risque de récession économique lié à une baisse de pouvoir d’achat de l’immense majorité de la population. 

Le gouvernement choisit la charité pour continuer à justifier les cadeaux aux plus riches : aucune des mesures annoncées ne conduit réellement à soutenir le service public et à amplifier les solidarités nationales et locales. Pire, leur déstructuration et la diminution des moyens humains et matériels va continuer, dans tous les secteurs : santé, transports, audiovisuel, poste, énergie, éducation, culture, … Et en même temps se poursuit la casse de la Sécurité Sociale et son endettement forcé. 

Il est nécessaire et urgent que le débat public porte sur les moyens et les objectifs des politiques publiques et de leur maîtrise, l’aménagement du territoire, l’augmentation générale des rémunérations, des salaires, des retraites et des pensions, l’amélioration des conditions de travail et de vie, la réorientation de la numérisation des services publics. Et ce afin de remplacer la recherche effrénée du moindre coût et du profit par un objectif central : la couverture des besoins de l’ensemble de la population au nom de l’intérêt général. 

Il est urgent de faire des services publics et de la fonction publique des outils au service de la mise en œuvre d’une autre logique de développement, de l’égalité, du plein emploi, articulant la reconquête et la transformation de l’appareil productif et une juste transition écologique. 

C’est une exigence qui doit s’exprimer le plus largement possible : 

C’est pourquoi 90 organisations syndicales, associatives et politiques convergent pour appeler les usagers, les personnels, les élus et leurs organisations à se mobiliser pour donner un nouvel élan pour nos services publics.

Usagers, citoyens, salariés, personnels et élus, nous devons nous mobiliser pour la défense, le développement et la démocratisation de nos services publics et de notre sécurité sociale. 

Nous lançons donc ce jour une campagne pérenne avec d’ores et déjà une date de mobilisation à dimension nationale programmée les 12, 13 et 14 mai 2023 à Lure (Haute-Saône). »

Quand la terre brûle !

Jacques Chirac n’a pas dit que des petites phrases osées que l’actuel président de la République se croit autorisé à reprendre à son compte à propos de ses liens avec les patrons de la plateforme Uber.

Jacques Chirac avait eu le courage de dire non aux Américains et de refuser d’intervenir militairement en Irak. Il avait eu la lucidité de déclarer que la terre brûle. Bon, d’accord, on attend encore les actes pour lutter contre le réchauffement climatique et la terre continue à brûler ; plus dramatiquement encore.

Les incendies en cours en Gironde et, désormais, dans les Landes ne sont que le nouveau symptôme d’une catastrophe irréversible tant l’inaction des politiques libérales est insupportable.

Les feux de forêt dans le Sud-ouest progressent faute de moyens de lutte en matériel et en hommes, mais ils sont aussi le résultat de l’abandon de la filière de récolte de la résine et de l’exploitation du bois, autant que d’un manque d’entretien des sous-bois.

Le problème est semblable dans toutes les forêts. L’ONF, déjà exsangue, est même menacée.

Le réchauffement climatique a d’autres conséquences dont on ne parle pas. Devant le manque d’eau, EDF a réduit la production d’électricité de ses usines hydro-électriques dans le Sud-Est (Durance et Verdon) de 60 % pour préserver l’irrigation agricole et l’alimentation en eau potable, alors que, partout, les centrales nucléaires ont, elles aussi, diminué leur production. Il n’est pas facile de faire un tri parmi les urgences.

Devant le manque de précipitations, de nombreuses sources de montagne sont taries, contraignant des éleveurs à abandonner le pâturage et à réduire leurs revenus.

Ce ne sont que quelques exemples.

Le réchauffement climatique a des effets trop souvent tus, mais bien réels et alarmants. Mais on ne peut plus taire la catastrophe économique et sociale qui s’accentue et s’ajoute aux autres méfaits du libéralisme comme la désindustrialisation et les délocalisations destinées à servir des dividendes à quelques milliardaires.

Emmanuel Macron n’entend personne, ni le Haut Conseil pour le climat, ni les partis qui militent pour un développement soucieux de l’environnement et du climat, ni les associations, ni les chercheurs du GIEC. Combien de catastrophes faudra-il encore subir pour qu’il en prenne la mesure ?

On s’abstiendra quand même de s’écrier : « Chirac ! Reviens, ils sont fous. »

Méthode Coué

Le directeur de la rédaction de La Tribune ne manque pas d’humour pour terminer son billet hebdomadaire par : « Inflation, récession, sobriété, en attendant de voir si le pire est à venir, passons un bel été ! »

Je ne sais pas si lui passera un bel été (mais on lui souhaite, charité bien ordonnée commence par soi-même, si j’en crois ce vieux proverbe médiéval), maiq, pour les Français, l’été est déjà difficile après avoir entendu le président de la République le 14 juillet et en faisant fi des menaces sur la rentrée.

Il fallait avoir une bonne dose de culot (ou de morgue de classe) pour oser affirmer que les Français ont accordé leur confiance et validé le programme du candidat Macron. Les réalités socio-économiques l’ont rattrapé, mais ce sont les Français qui vont en subir les conséquences : inflation galopante et salaires à la traîne, sobriété énergétique et prix qui flambent, chasse au gaspi et centrales nucléaires à l’arrêt, fausse reprise de l’emploi et révision à la baisse de l’indemnisation du chômage, mal-être au travail et allongement de la durée d’activité, transition écologique à la traîne et forêts qui partent en fumée, etc. Prévert, reviens !

Emmanuel Macron désavoué par une majorité de Français s’acharne à vouloir mettre en œuvre une politique du tout-libéral mortifère. L’épisode électoral n’a-t-il donc rien changé dans la réflexion de notre président ?

Philippe Mabille a sans doute raison de souhaiter un bel été aux Français car la rentrée va être assurément troublée et dure pour ceux qui n’ont rien ou peu de choses. Il n’est pas sûr que le peuple accepte de travailler plus et plus longtemps pour des salaires de misère.

La méthode Coué du président toujours plus à droite n’est qu’illusion ; la réalité du porte-monnaie vide saura le lui rappeler. Les Français qui n’ont plus rien à perdre sont tellement imprévisibles depuis les ‘’gilets jaunes’’.

Le tract

Le tract distribué ce matin dans ma boîte aux lettres m’a interpellé ; il faut le lire en détail pour vraiment comprendre de quoi il s’agit.

Le logo de l’émetteur ne dit rien : I@D. Le slogan est plus étonnant : ‘’Pour rencontrer un conseiller immobilier, prenez un RDV, pas un RTT’’. Un astérisque placé derrière le mot ‘’conseiller’’ peut passer inaperçu, mais le renvoi en pied de page éclaire tout : ‘’Tous les conseillers IAD sont des agents commerciaux indépendants (sans détention de fonds) de la SAS I@DFrance ’’.

Ah ! La belle arnaque.

I@D est une agence immobilière, dont on ne verra jamais de vitrine. Les conseillers travaillent à leur domicile, sans salaire fixe ; ils touchent 69 % de la commission d’agence (peu élevée, car ses promoteurs se vantent d’honoraires ‘’adaptés grâce à des frais de structure réduits’’), mais ils doivent payer un pack mensuel de 163 euros pour l’utilisation des logiciels et la diffusion des annonces sur les portails immobiliers.

Le tract ne tarit pas d’éloges sur I@D, notamment ‘’ça fait du bien à l’immobilier’’. Aux initiateurs de l’agence immobilière qui a puisé l’idée de dématérialiser les annonces sur Amazon et autres plateformes numériques, sans doute, mais les conseillers ne feront jamais fortune.

Le tract ne dit pas que les conseillers sont ubérisés, mais que l’entreprise est florissante : elle a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 270 millions d’euros en 2020 et se développe allégrement à l’international.

’Etre conseiller immobilier chez I@D, c’est être son propre patron et ne pas avoir d’horaires imposés. Nous sommes donc 100 % disponibles pour vous’’, clame le tract. Il aurait été justifié de préciser que le conseiller n’a pas d’horaires, certes, mais surtout pas de droits sociaux.

Sur le site de l’entreprise, on peut lire que « I@D vous assure une large diffusion de vos annonces sur les principaux portails immobiliers nationaux, régionaux et internationaux. I@D a également négocié un certain nombre de crédits leboncoin et de boosts Seloger inclus dans votre eBouquet, ainsi que des tarifs avantageux pour les conseillers souhaitant en acheter davantage. » Pour vendre un appartement ou une maison, le conseiller doit payer des annonces supplémentaires sur les sites spécialisés. A ses frais.

Il est difficile de trouver un emploi, un vrai, tant l’ubérisation gagne du terrain. Et de ce problème-là, les deux prétendues journalistes (Anne-Laure Coudray et Caroline Roux) qui ont assuré la promotion d’Emmanuel Macron en ce 14 juillet depuis les jardins de l’Elysée, n’en ont pas parlé, ignorant superbement les sujets qui fâchent. Histoire de ne pas gâcher cette fête nationale, ponctuée par un défilé belliciste.

Fange politicienne

L’actuel président de la République (on ne doit pas oublier son nom, Emmanuel Macron) se prétend éminent, et à l’intelligence supérieure ; à l’en croire, il est le grand penseur politique actuel, en France, en Europe et même dans le monde, celui qui a su ne pas se faire écraser la main par Donald Trump. Il aurait ‘’révolutionné’’ le paysage politique en dépassant les clivages gauche-droite.

Il est en permanence en représentation ; bavard, il dispense à tout instant l’oral de l’ENA, sur tous les sujets. Bref, il est omniscient.

Voulant tout ‘’réformer’’, il voulait mettre fin aux pouvoirs de l’Assemblée nationale et du Sénat, où les débats interminables lui sont insupportables ; les ministres aussi ont été mis au pas et doivent demander l’autorisation pour s’exprimer, sous peine de s’attirer des remontrances et, parfois, des mises à pied, sans état d’âme.

Quand un consortium international de journalistes ose dévoiler quelques turpitudes et des conciliabules avec les pires patrons que la terre puisse imaginer, notre éminent homme d’Etat se fâche, arrogant comme à son habitude, et réagit en tentant de manier l’ironie. Exercice délicat pour qui n’a ni humour, ni esprit de dérision. Il n’a ni la malice de Mitterrand, ni la dérision de Chirac et ses saillies déchaînent les commentaires outragés.

A propos de ses liens avec Uber, quand il déclare : « Je suis très fier de ce que j’ai fait, du combat que j’ai mené (…)  Je le referais demain et après-demain (…) Je conçois tout à fait qu’on veuille s’attaquer à ma pomme, ça fait cinq ans et demi. Très sincèrement, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. », on peut et se doit d’être offusqués. C’est un brigandage. Pour lui, les rendez-vous secrets, les opérations de lobbying auprès des autres ministres, rien de plus démocratique ! Emmanuel Macron a une définition très particulière du pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Et quand on remarque que le dossier des ‘’Uber Files’’ revient dans le gouvenrement au ministre délégué à la transition numérique, Jean-Noël Barrot, dont la sœur cadette, Hélène Barrot, est directrice de la communication de l’entreprise technologique américaine pour l’Europe de l’Ouest, la seule réponse consiste à dire que le ministre devra se tenir à distance. Peut-on le croire ? Peut-on prendre cette mise à l’écart au sérieux.

N’oublions jamais le nom du président de la République, il se prétend éminent, mais il patauge dans une fange politicienne, qui a largement alimenté le boycott des urnes récemment. Quant à ceux qui l’ont élu, ils ne sont pas sérieux. Hélas.

Il porte une lourde responsabilité !

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