Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

La faute politique

Jean-Luc Mélenchon a accepté d’affronter Eric Zemmour sur BFMTV. Quelle faute politique ! On ne débat avec Zemmour, qui véhicule les thèses racistes et le fantasme du grand remplacement, attise les peurs vis-à-vis des exilés et des jeunes en affichant un mépris sans limite pour les pauvres. On dénonce ses propos et on dénonce les complaisances dont il bénéficie dans les médias.

Zemmour a été condamné pour ses propos à plusieurs reprises ; il est un délinquant dangereux et il n’est qu’une créature dont se délectent les médias accaparés par les milliardaires comme Bolloré pour faire de l’audience et faire prospérer les thèses les plus abjectes. Son exposition est sans limite, toujours bienveillante.

Qu’espère donc Mélenchon ? Mettre Zemmour en difficulté ? Peine perdue d’avance. Bénéficier d’une exposition, lui aussi, et d’une audience qui le referait remonter dans les sondages ? Peine perdue.

Chacun des deux protagonistes a choisi son thème : la moitié du débat sera consacré au fond de commerce de Zemmour, ‘’La France est-elle en danger ?’’ L’autre sera consacrée à la réduction de la fracture sociale. Le piège du trublion raciste s’est refermé sur Mélenchon.

Mélenchon a commis une grave faute politique. Une de plus. Il s’est auto-déclaré candidat à l’élection présidentielle en demandant aux autres formations de se rallier sans discussion. Mais, aujourd’hui, Il ne décolle pas dans les sondages et il enrage. Il est à la recherche d’un coup médiatique pour faire parler de lui. Pour autant, sortira-t-il  grandi de ce débat ?

Ian Brossat, adjoint au maire de Paris estime pour sa part : « On ne fait pas baisser l’extrême droite avec des coups médiatiques, mais par des actions sur le terrain, discrètes et concrètes ». Une élue socialiste, Lamais El Araje regrette, elle « que la tentation médiatique soit plus forte que la digue, le rempart républicain. »

Tout est dit.

Plus mégalomane que Mélenchon …

La bourse flambe

L’institut d’études spécialisé dans l’analyse économique Xerfi constate aujourd’hui que la bourse flambe, notamment aux Etats-Unis où « l’exubérance prend la forme la plus paroxystique ». Le mot est faible puisque « le S&P 500 qui avait déjà plus que doublé depuis ses pics d’avant crise des subprimes les surplombe à la mi-septembre de 186 %, s’approchant du triplement ».

Malgré la crise d’approvisionnement des matières premières, le fameux ‘’marché’’ est très optimiste. Il est porté essentiellement par les technologies de l’information, la santé et les plateformes de commerce numériques comme Amazon.

Xerfi nous apprend que « la crise suscite de nouvelles attentes sanitaires, une formidable diffusion d’innovations médicales, l’ARN messager notamment, dont les applications débordent sur de multiples champs thérapeutiques ». Dit autrement, la pandémie fait le bonheur des laboratoires privés qui ont largement bénéficié de la recherche publique et des aides gouvernementales. Qu’attend-on pour nationaliser les laboratoires ?

Xerfi répond à la question qu’il est désormais primordial de répondre : de quoi la bourse est-elle le nom ? Xerfi approte un éclairage : «  Derrière cet emballement, il y a les maîtres du jeu de la cote, les fonds de gestion d’actifs qui agissent pour le compte des grandes fortunes et des investisseurs institutionnels, sans porter le risque en propre. Ils ne se sont jamais aussi bien portés. Abreuvés de liquidités, leur collecte ne cesse d’augmenter et dans leur sillage leurs actifs sous gestion ont encore bondi à des niveaux toujours plus stratosphériques depuis la crise. De plus de 25% depuis la fin 2019 à la mi-2021 pour les 500 premiers fonds, dépassant la barre des 130 000 milliards de dollars. Les géants affirmant toujours leur ascendant — BlackRock, Vanguard, StateStreet, Fidelity — et dégageant une profitabilité record. Ces fonds, gardiens du temple, ont l’oreille des banquiers centraux. »

C’est bien ce monde des ultra-riches et des chiffres vertigineux qu’il faut briser. Pour que des gouvernements vraiment démocratiques retrouvent tout leur pouvoir de décision au service du peuple.

Ce n’est surtout pas ce que souhaite Macron, entièrement voué à la finance. Raison de plus pour changer de cap en redonnant aux citoyens le goût de la politique.

L’AFP se perd dans l’espace

L’AFP perd, elle aussi, ses repères et son éthique. Une de ses (longues) dépêches de la nuit nous apprend que « Les quatre premiers touristes spatiaux de SpaceX ont regagné la Terre samedi soir après avoir passé trois jours dans l’espace, couronnant de succès la première mission orbitale de l’Histoire n’ayant comporté aucun astronaute professionnel à bord. »

On est content pour eux.

L’AFP se croit obligée d’ajouter : « Le but affiché de la mission était de marquer un tournant dans la démocratisation de l’espace, en prouvant que le cosmos est aussi accessible à des équipages n’ayant pas été triés sur le volet et formés durant des années, comme le sont les astronautes. »

Démocratisation, c’est vite dit ; le mot, en l’occurrence, est inapproprié. Le vol a coûté, toujours selon l’agence, « des dizaines et des dizaines de millions de dollars à SpaceX (le prix exact n’a pas été révélé). » La somme est vertigineuse et fera rêver plus d’un Smicard qui, lui, ne part pas en vacances et ne rêve même pas de voyage dans l’espace quand il a recours aux associations caritatives pour donner à manger à ses enfants !

L’AFP se croit obligée de reprendre à son compte les termes des communiqués d’Elon Musk, le milliardaire patron de Tesla et SpaceX ; elle prétend que les quatre touristes ont récolté des données (rythme cardiaque, sommeil, saturation en oxygène dans le sang, capacités cognitives, etc.). Autant de justifications ridicules quand les astronautes, les vrais, ont réalisé de telles études depuis le début de l’aventure spatiale. Thomas Pesquet doit en rire quand, avec ceux qui l’accompagnent en ce moment dans la station internationale, il réalise des expériences autrement plus scientifiques aux retombées certaines.

Enfin, il faut noter que l’AFP n’a pas un mot pour dénoncer l’aberration écologique de ce vol, ni pour condamner la privatisation de l’espace par quelques milliardaires véreux.

Information à froid

Le citoyen qui fait encore confiance au service public de France 2 et France 3 pour s’informer ne saura pas que Vincent Bolloré est en train de croquer le groupe Lagardère en rachetant les actions du fonds activiste Amber Capital, puis en lançant une OPA sur la totalité du capital.

Tous les quotidiens ont traité l’information (une double page dans le Monde !), toutes les radios et même toutes les chaînes de télévision. Sauf France 2 et France 3.

Je m’en suis étonné et j’ai pris la peine d’écrire au médiateur de France TV pour lui faire part de ma surprise, de mon irritation, mais surtout pour avoir des explications.

Celui-ci, Jérôme Cathala, est un journaliste chevronné (il a débuté sa carrière en 1986 à France 3 Ile-de-France), bardé de diplôme (licencié en droit et auditeur à l’Institut des hautes études de défense nationale, il a été étudiant au Centre de formation des journalistes, le CFJ). Bref, un journaliste de métier qui est resté fidèle au service public.

Pourtant sa réponse m’a sidéré ; après m’avoir remercié de ma vigilance, il m’a donc écrit (faute d’orthographe comprise) :

« Il se trouve que cette information n’a pas trouvée sa place hier dans le 20h de France 2 et le 19/20 de France 3 étant donné :

1/ l’intensité de l’actualité

2/ le fait qu’il s’agit pour l’instant d’une annonce, et non d’une OPA réalisée

3/ Enfin : franceinfo canal 27 a traité cette information

Je conclus en rappelant que les « appétits » de monsieur Bolloré pour différents médias ou entreprises sont régulièrement traités sur France Télévisions. A tel point qu’il lui est arrivé de traîner France Télévisions et des journalistes en justice…et à perdre d’ailleurs.

Nul doute que cette question, si elle devient réalité, sera traitée dans nos journaux et dans nos magazines. »

Il est surprenant que l’annonce de la prise de contrôle de Lagardère par Bolloré ne soit pas considérée comme une information importante et ne mérite même pas une simple annonce. Le médiateur renvoie à la réalisation effective de l’OPA, c’est-à-dire dans plusieurs mois, alors que Bolloré a déjà fait d’Europe1 une radio de la droite extrême, simple appendice de la scandaleuse CNews, en attendant de faire de même à Paris Match, Le Journal du Dimanche (JDD) et, sans doute, dans la quarantaine de maisons d’éditions d’Hachette.

France TV ignore peut-être que le troisième éditeur mondial de livres et le principal éditeur de livres scolaires en France vont être dirigés par un homme qui se réclame du catholicisme traditionnaliste et impose une ligne éditoriale anti-progressiste aux contenus de ses médias.

L’information chaude intéresse peu France TV, sauf celle de Stéphane Bern qui décline tous les villages, monuments, maisons, fermes préférés des Français dans des émissions larmoyantes et insipides, mais qui ont droit à un traitement dans les journaux télévisés. L’information sur l’OPA de Bolloré sera, peut-être, traitée à froid. Si l’actualité n’est pas trop intense.

Bref, la réponse de Jérôme Cathala est injurieuse. Pauvre service public.

Sur trois actualités

La gifle de l’Australie– Le procédé est certes cavalier ; le gouvernement australien dénonce un contrat pour la fourniture de sous-marins par la France six ans après sa signature. La réflexion a été lente. La gifle est retentissante car la situation est rare.

Macron et son gouvernement, au bord de la crise de nerfs, éructent. Ils le font savoir haut et fort.

Macron rêvait de grandeur, à hauteur de sa personnalité ; le réveil est douloureux. Il a enfin mesuré la place de sa petite personne et du mépris affiché par les trois protagonistes, Australie, Etats-Unis et Grande-Bretagne (on peut supposer que Boris Johnson rit sous cape du bon tour joué au président français).

Hélas, les seuls qui auront les joues rouges après la gifle seront les salariés des chantiers de Naval Group à Cherbourg, et leurs familles. Leurs rêves de vie tranquille vont laisser place aux cauchemars quand ils devront se rendre à Pôle Emploi !

Le scandale– La privatisation du secteur de l’énergie (EDF et GDF) devait bénéficier aux Français ; la concurrence devait faire baisser les prix de l’électricité et du gaz. Là aussi le pirage s’est vite dissipé, l’électricité a augmenté de 50 % et le gaz de 60 % en 10 ans, provoquant une précarité énergétique sans précédent.

Le gouvernement en période électorale a cru utile d’annoncer un chèque de 100 euros aux 6 millions de familles les plus nécessiteuses. Et après ? Diminuer les taxes (de plus en plus fortes) et de taxer les bénéfices colossaux des fournisseurs d’énergie ? Comment oser imaginer une telle perspective qui briserait les codes enseignés à l’ENA et dans les écoles de commerce ?

Plus prosaïquement, Macron va puiser 600 millions dans la caisse de nos impôts pour faire croire qu’il est sensible à la situation des pauvres et qu’il va soulager leurs charges. Les riches actionnaires ont eu des sueurs froides ; ils sont rassurés : les dividendes des entreprises d’énergie seront saufs. Brillante illustration du trop célèbre : ‘’profits privés, déficit public’’.

Le piège– Usines automobiles à l’arrêt, chantiers du bâtiment à l’arrêt ; d’autres secteurs connaissent le même régime en raison de la pénurie de matières premières. Comme pour la pandémie, Emmanuel Macron et son gouvernement ont été incapables d’anticiper la crise. Les relocalisations, elles, se font attendre. Le brillant économiste et locataire de l’Elysée est pris au piège de sa politique du marché qui régule tout.

Quant à François Bayrou, haut-commissaire au plan, il ne se hâte pas pour produire un schéma permettant à la France de recouvrer la maîtrise des productions les plus stratégiques.

Conclusions de ces trois actualités : rien ne va plus dans le royaume de Macronie.

Bollorisation de la France ?

C’est tout sauf une surprise, Vincent Bolloré va avaler Lagardère et il faut toute la fausse naïveté d’Arnaud Lagardère qui, dans un communiqué « se réjouit du projet d’investissement que souhaite réaliser Vivendi en acquérant la participation d’Amber Capital », pour se féliciter d’une opération financière typique du monde capitaliste d’aujourd’hui.

Vincent Bolloré sera bien le seul à pouvoir se réjouir. Avec cette OPA à vil prix, il réalise son ambition de prendre le contrôle du troisième éditeur mondial de livres, d’un des leaders des boutiques d’aéroport et de quelques médias pour environ 600 millions d’euros, alors qu’il va récupérer près de 6 milliards en introduisant en bourse le pôle musical de Vivendi, Universal Music Group.

La disparition du groupe Lagardère au profit du groupe Bolloré répond aux vœux des néolibéraux de constituer des géants pour s’opposer aux groupes américains. Jean-Luc Lagardère en rêvait, Bolloré l’a fait, avec les bénédictions de Nicolas Sarkozy, ami de Bolloré et administrateur du groupe Lagardère, de Bernard Arnault qui va réaliser une belle opération financière en monnayant les 10 % du capital du groupe et avec le soutien d’un fonds activiste Amber Capital qui a aidé les précédents à déstabiliser Arnaud Lagardère.

Le monde de la finance n’a aucun état d’âme et les coups bas entre ‘’amis’’ font partie d’un jeu de Monopoly répugnant à coups de milliards.

Si Arnaud Lagardère se réjouit et si Vincent Bolloré triomphe, les auteurs de livres font grise mine. La ‘’bollorisation’’ du monde de l’édition, sur le modèle de Cnews et d’Europe1, risque d’être fatale à la liberté de création et au pluralisme.

Le très réactionnaire Vincent Bolloré et son confesseur, l’abbé traditionnaliste Gabriel Grimaud, vont-ils faire peser sur la France un climat réactionnaire digne de la Pologne et de la Hongrie ?

Le monde de la finance étend chaque jour ses pouvoirs et Emmanuel Macron assiste, ébloui, aux manœuvres des ‘’grands entrepreneurs’’, ceux qu’il reçoit à Versailles chaque année ; il fait preuve de plus de célérité pour dégainer des lois dirigées contre le monde du travail et contre les libertés que pour faire adopter des textes contre les concentrations.

La ‘’bollorisation’’ des esprits n’est pas une fatalité ; les citoyens doivent reprendre l’initiative pour imposer un authentique régime démocratique au service de l’humain.

La ministre et les artistes

On avait perdu Roselyne Bachelot ; depuis plusieurs mois elle restait muette, alors que les salles de spectacle rouvrent, que les cinémas se remplissent à nouveau et que les artistes retrouvent le public. Mais, chut ! Roselyne dont on dit qu’elle est ministre de la culture, ne se manifestait pas.

Et, patatras, voilà qu’elle vient de recouvrer la parole et de dévoiler sa vraie nature. Invitée à s’exprimer longuement (plus d’une heure et demie d’entretien) sur France Culture à propos de la reprise de la vie culturelle, elle affirme :

« Mais ça ne compte pas pour les artistes, les syndicats. »

Elle n’en est pas à sa première insulte en direction des artistes ; elle avait déjà osé déclarer en mai dernier :

« Quant au reste, régler les conflits qu’il y a entre les artistes-auteurs, je préférerais régler les conflits territoriaux en mer de Chine, ce serait plus simple pour moi. »

Certes, les milieux culturels n’avaient plus d’illusion et se savaient abandonnés par la prétendue ministre de la culture d’un gouvernement sans politique culturelle, mais ils n’avaient jamais été insultés de la sorte.

Peut-on conseiller à Mme Bachelot de relire les paroles de Jean-Paul Belmondo, qui, comme président du SFA-CGT, affirmait que les artistes « ont besoin d’être syndiqués et de se battre pour la vie ».

La ministre s’est rangée sans réticence derrière un président de la République qui considère que la culture n’est pas essentielle. Honte à elle !

Les journalistes et la bataille du rail

Les médias de l’Hexagone, y compris ceux du service public, en adoration devant les bienfaits du libéralisme ? C’est un truisme. Il n’y a pas que France Inter et son ‘’éditorialiste économique’’ Dominique Seux (que l’on voit et entend sur des nombreuses chaînes et même chez son employeur, Les Echos de Bernard Arnault, grâce à une extraordinaire don d’ubiquité) à vanter la doctrine de la libre concurrence et de la libre entreprise sans entrave, semant et creusant les inégalités pour le bonheur d’un petit nombre de milliardaires.

Après l’attribution de la desserte ferroviaire entre Marseille et Nice à Transdev, les chantres médiatiques du libéralisme ont donc entonné le même refrain à la gloire du privé contre cet archaïsme que serait la SNCF.

Samuel Gontier de Télérama, qui décrypte les informations sur toutes les chaînes, est en quelque sorte l’antidote à la potion de Dominique Seux. Sa dernière chronique est un modèle qui devrait être étudié dans toutes les écoles de journalisme (on peut encore rêver) :

« Grande première sur les rails »,trompette Gilles Bouleau sur TF1. « C’est une petite révolution dans le monde ferroviaire », avertit Carole Gaessler sur France 3. « Il vient de se passer quelque chose d’inédit sur les rails de France »,prévient Adeline François sur BFMTV.« Pour la première fois depuis plus de quatre-vingts ans, la SNCF va perdre le monopole du transport de voyageurs », détaille Gilles Bouleau. « En France, pour la première fois, la Région Paca compte confier la liaison Marseille-Nice à Transdev à partir de 2025 »,précise Anne-Sophie Lapix sur France 2… Mercredi dernier, « la première Région à ouvrir ses lignes à la concurrence »est au menu des JT, qui privilégient les reportages, et de BFMTV, qui préfère l’analyse de ses experts des chroniques éco. Mais la conclusion est la même : le transfert au privé va améliorer le service. »

On remarque l’unité de ton.

Le décryptage de samuel Gontier est fouillé ; il note l’audace de TF1 pour qui l’obsession des grèves est permanente :

« TF1 ne prend pas même la peinede s’intéresser aux conséquences sociales de cette privatisation, se contentant de solliciter une experte pour vanter qu’« une fois à bord, il y aura selon cette experte d’autres innovations pour les voyageurs ». La rédactrice en chef deLa Vie du rail annonce« des automates à bord des trains. Les agents vont devenir multitâches, les contrôleurs pourront vendre des billets ».Et leur formation ? Et leurs conditions de travail ? Et leur salaire ? Mystère. Ce qui préoccupe surtout TF1, c’est :« Y aura-t-il moins de grèves ? C’est en tout cas ce qui a été observé sur la seule ligne privée de France, entre Carhaix et Paimpol. » Vivement que tous les services publics soient privatisés afin que le droit de grève cesse d’être utilisé. »

Les journalistes se réjouissent et les usagers sont également invités à se réjouir du service plus ambitieux de Transdev, avec deux fois plus de train par jour pour le même prix (Les dirigeants de la SNCF sont donc soit des profiteurs, soit des incapables).

Samuel Gontier est curieux ; il a cherché et a découvert le subterfuge que les grands journalistes des chaînes privées comme publiques n’ont pas voulu voir :

« En réalité, le doublement du nombre de dessertes ne doit rien aux bonnes grâces de Transdev. Cette condition figurait dans l’appel d’offres soumis par le conseil régional. Tous les candidats à l’exploitation de la ligne ont donc chacun proposé deux fois plus de trains quotidiens… De l’art d’attribuer au privé un mérite qui revient à la collectivité publique – laquelle mobilise une belle hypocrisie pour le cacher. En prenant le train de sa communication, toutes les chaînes ont déraillé. »

Le déraillement n’a pas fait de victimes car, dans les chaînes, le mensonge ou la ‘’fake news’’ n’est plus une faute professionnelle. Tout au contraire, toute désinformation, si elle préserve le libéralisme, est autorisée.

Joueurs en bleu de chauffe

Les Jeux olympiques de Tokyo ont été dominés pour les équipes de France de sport collectif, handball (femmes et hommes), basket-ball (femmes et hommes), volley-ball (hommes), rugby à 7 (femmes). Ces six équipes ont remporté trois médailles d’or, deux médailles d’argent et une de bronze. Le bilan est époustouflant.

Le palmarès est flatteur pour ces sports, pour les entraîneurs et surtout pour les joueuses et les joueurs. A Tokyo, on les a vu joyeux, riant et mis ainsi dans les meilleures conditions pour exprimer leur formidable talent.

Voilà qui contraste avec les équipes de France de football. On voit sur le terrain des joueuses et des joueurs la mine renfrognée, nerveux et tendus ; ils pratiquent leur passion mais les conditions dans lesquelles on les enferme semble leur enlever tout enthousiasme, alors qu’il faut aussi de l’enthousiasme (associé au talent) pour battre l’adversaire. L’équipe de France de Didier Deschamps piétine alors qu’avant le championnat d’Europe disputé cet été, on lui prédisait la victoire finale et on manquait de qualificatifs pour vanter les meilleurs joueurs du monde.

La Suisse a ramené les laudateurs sur terre et a plongé les joueurs en plein désarroi. Didier Deschamps est mis en accusation ; il le mérite, mais est-il le seul responsable du fiasco d’une équipe, vitrine d’un sport où le fric a tout changé, y compris les styles de jeu. Aujourd’hui, toute défaite peut représenter une catastrophe économique pour les instances dirigeantes.

Didier Deschamps a emmené l’équipe de France à la victoire en Coupe du monde en 2018, mais les lendemains ne chantent plus. Une nouvelle génération de joueurs surdoués semble sacrifiée, comme d’autres avant elle.

Les sélectionneurs successifs de l’équipe de France, tous choisis sous l’impulsion d’une Direction technique nationale (DTN) qui privilégie un football défensif, ont étouffés le potentiel créatif des footballeurs de l’élite : d’Henri Guérin à Didier Deschamps, en passant par Georges Boulogne (le pire), Stefan Kovacs, Gérard Houllier, Aimé Jacquet, Roger Lemerre, et Raymond Domonech.

Un seul avait compris le football et redonné à l’équipe de France la joie de jouer, Michel Hidalgo, qui se situait dans la lignée d’Albert Batteux, Jean Snella ou José Arribas. Le football pratiqué par l’équipe de Michel Platini était joyeux, créatif et beau à regarder.

On se prend à rêver de voir Kylian Mbappé, Paul Pogba, Karim Benzema, Ngolo Kanté, Kingsley Coman, etc. enfin libérés de leur bleu de chauffe imposé par un sélectionneur rigide.

France 2 et Israël

L’évasion de six Palestiniens de la prison de haute sécurité de Gilboa est un sérieux camouflet pour Israël et un beau pied de nez adressé par un peuple vit un véritable calvaire depuis trop longtemps.

L’évasion par un tunnel creusé en plusieurs années est digne des meilleurs scénarios de cinéma. Il est vécu comme une humiliation par le gouvernement hébreu, qui en matière d’humiliation des Palestiniens a administré la preuve de tout son savoir-faire depuis le début de son occupation scandaleuse des territoires palestiniens. Ulcéré, le pouvoir israélien accuse les six évadés de crimes liés à la sécurité, qualificatif suffisamment vague pour permettre d’incarcérer tous les opposants à la colonisation. Le premier ministre Naftali Bennett est atterré et évite de dévoiler l’identité des ex-prisonniers des geôles dégradantes de Gilboa.

On connaît seulement les noms de deux d’entre eux, Zakaria al-Zoubeidi, membre de la branche armée du Fatah du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, et Mahmoud Abdullah Ardah.

En France, les médias, y compris ceux du service public ont présenté al-Zoubeidi comme l’ennemi public n°1, relayant la propagande sioniste. La présentation a fait réagir Charles Enderlin qui a fait remarquer à juste titre : « France 2 qui n’a plus de correspondant à Jérusalem a diffusé un sujet sur l‘évasion des 6 palestiniens, bourré d’inexactitudes. Dommage pour le service public. »

Dommage surtout pour les citoyens désinformés !

Après le départ à la retraite de celui qui a été correspondant permanent de France 2 à Jérusalem pendant plus de 30 ans, France 2 a-t-elle décidé de relayer les services de propagande israéliens ?

Sur ordre de qui et pourquoi ? Les missions du service public continueront-elles encore longtemps d’être bafouées ?

Le solidaire

Jean-Paul Belmondo aurait-il apprécié tous les hommages qui lui sont rendus aujourd’hui, notamment sur toutes les chaînes de télévision ? Je ne répondrai pas à sa place. En revanche, je trouve que le flot de reportages qui lui ont été consacrés est symptomatique de la place donnée à la ‘’peopolisation’ de l’information et à la désinformation.

On a vanté à juste titre sa cordialité, sa simplicité et sa popularité. Mais on a oublié de dire que si Bébel a fait des films populaires (et jamais vulgaires), il a également tourné de très grands films avec de grands réalisateurs, Carné, Allégret, Peter Brook, Vittorio de Sica, Lattuada, Bolognini, Melville, Godard, Lubitsch, etc.

Bebel n’était pas que l’acrobate et le cascadeur des films d’action comme L’homme de Rio. Il a également exprimé tout son talent au théâtre, notamment dans les classiques.

Surtout, on a complètement occulté ses engagements fidèles, et notamment qu’il fut le président du Syndicat français des acteurs (SFA) affilié à la CGT de 1963 à 1966, comme si, aujourd’hui, cette appartenance était honteuse.

Bébel n’avait pas honte ; il osait même déclarer en septembre 1965 pour sa rélection à la tête du syndicat :

« Si nous faisons tous partie de la CGT, c’est parce que c’est le seul syndicat qui nous soutienne. »

Il n’avait pas oublié que le film Les copains du dimanche, œuvre de commande de la CGT, réalisé par Henri Aisner, lui avait servi de rampe de lancement. En 1964, dans la Vie ouvrière, Jean-Paul Belmondo avait expliqué les raisons de son engagement au SFA-CGT :

« C’est un syndicat comme les autres. Je sais que vous allez penser aux vedettes, aux gros cachets… Nous sommes quoi, une dizaine peut-être ? N’en parlons pas, car là il ne s’agit plus à proprement parler de notre métier d’acteur. Nous sommes traités à ce niveau non pas comme des comédiens, mais comme des marques de pâte dentifrice. Ce n’est pas ça le spectacle. Le spectacle, ce sont les quelque vingt mille comédiens, acteurs de cinéma, de théâtre, de télé, qui travaillent quand on veut bien leur en donner l’occasion et dont beaucoup ont bien du mal à vivre de leur métier, ce métier qu’ils ont choisi et qu’ils aiment. Et ceux-là, je vous assure, ils ont besoin d’être syndiqués et de se battre pour la vie. J’ai des tas d’amis qui travaillent trois mois par an et moins parfois. Mais il faut manger pendant douze mois. Les sources d’emploi, voilà le problème. »

Ces quelques lignes sont toujours, hélas, d’une brûlante actualité, surtout quand le gouvernement veut revenir sur le régime des intermittents.

Devenu une star adulée, Jean-Paul Belmondo n’avait renié ni ses engagements, ni sa solidarité envers sa profession. Chapeau !

Silence ! On ferme

Sans bruit, dans l’indifférence des médias, malgré les dépêches de l’AFP, les magasins du Printemps de Strasbourg, Metz, Le Havre et Paris-Place d’Italie baisseront le rideau le 30 octobre prochain.

Des affiches ornent les vitrines : ‘’- 70 %’’, ‘’Articles ni repris, ni échangés’’. Certaines marques ont déjà enlevé leur stand. Le personnel est suffoqué, abattu et s’apprête à aller pointer à Pôle emploi.

Les syndicats, la CGT majoritaire en premier lieu, ont été moins surpris ; en 2013 quand le fonds du Qatar, Divine Investments SA, avait racheté la chaîne riche de 16 magasins en France, et après que la nouvelle direction eut expliqué que le Printemps se positionnait désormais sur le très haut de gamme et privilégiait les marques rares, les représentants du personnel avaient émis des doutes. Le délégué central avait même ajouté : « Le groupe Printemps n’est pas propriétaire des murs de ses magasins de province et il n’est pas certain que les investisseurs qataris aient le souhait de conserver ce réseau en l’état. »

Ce qui devait arriver arriva, le chiffre d’affaires s’est effondré. Résultat : les qataris ont décidé de fermer 4 des 16 magasins, les moins rentables dans un premier temps. Silence ! On ferme. Les employés à la rue.Au Qatar, on affiche un royal mépris pour les petites gens (on l’a vu sur les chantiers des stades en construction pour la coupe du monde de football de 2022). 

La patronne du fonds Divine Investments SA (ou DISA) est la fille de la seconde épouse du cheikh Hamad ben Khalifa al Thani et la sœur de l’actuel émir, Tamim ben Hamad al Thani. Donc, Hind bint Hamad al Thani, 35 ans, est diplômée de l’université College de Londres et d’HEC à Doha. Durant ses études, elle a appris les bonnes manières du capitalisme et, surtout, comme localiser ses activités dans les paradis fiscaux pour gagner toujours plus d’argent (Le Grand Duché du Luxembourg accorde des avantages fiscaux importants aux sociétés qui y installent leur siège, sous forme de ce qu’on appelle les rescrits fiscaux).

Au Qatar, on se réclame des principes de l’islam et des prescriptions sévères du Coran, mais pour les affaires avec l’Occident, on préfère les règles du capitalisme pur et dur. On reste sourd aux préceptes du Prophète !

Si, on peut !

Vincent Rémy est journaliste à Télérama ; il n’a pu retenir sa colère devant le pitoyable spectacle offert par les politiques venus parader (et chercher quelques voix à l’approche des élections) à la tribune du congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Il a qualifié ce spectacle de barnum institutionnel.

Je partage sa colère et, aussitôt, je relaie un extrait de sa chronique :

« Arrêtons-nous un moment devant un de ces gigantesques champs de maïs qui prolifèrent en France, destinés à l’alimentation animale – donc aux steaks qu’on peut acheter en se rendant en voiture dans une zone commerciale, entre deux ronds-points et trois zones logistiques. Écoutons le silence de ce champ. Aucune chance d’y entendre la moindre mésange ni le moindre chardonneret, les insectes ne sont pas là non plus, et n’allons pas inspecter le sous-sol, pas de risque d’y trouver un ver de terre. Le glyphosate fait son boulot. « La vie sauvage » a disparu. On ne peut pas « renverser le modèle du jour au lendemain », n’est-ce pas ? On ne peut pas non plus se passer d’importer du soja d’Amazonie pour nourrir « le minerai animal » des élevages concentrationnaires de Bretagne qui font fleurir les algues vertes ? On ne peut pas limiter notre empreinte carbone ? Si, on peut. En refusant ce que deux chercheurs allemands appellent « le mode de vie impérial ». En réfléchissant à chacun de nos actes de consommation. En s’engageant et en choisissant des représentants politiques qui pensent que, oui, on peut. »

Certes, nous pouvons nous engager individuellement, mais nous savons bien que l’enjeu dépasse nos petits intérêts égoïstes. Et que nous avons un bulletin de vote pour choisir nos représentants politiques qui vaut bien plus que nos gestes du quotidien. Car tous nos bulletins, ensemble, ont un poids considérable.

L’insulte permanente à l’intelligence

Ceux qu’on appelle la classe politique et sa déclinaison médiatique ont effectué une rentrée très électorale. Le ton a été donné par le président de la République à Marseille.

Emmanuel Macron profite de sa position et des finances de l’Etat pour aller déverser un pognon de dingue à Marseille. Les Marseillais n’ont pas réagi avec enthousiasme ; on leur a déjà tant promis et le généreux donateur est tellement dévalué…

Il ne suffit pas d’avoir de l’argent pour séduire l’électorat des quartiers nord de la cité phocéenne ; dans le même temps, il faut éviter les faux-pas (très calculés pour flatter les sentiments les plus bas). Et Macron est un devenu un spécialiste dans le genre, comme d’embrasser dans une séquence audiovisuelle un clin d’œil à un duo débile, Mcfly et Carlito, et un hommage à Samuel Paty, le professeur assassiné et décapité par un fou de dieu.

Puis, comme si cela ne lui suffisait pas, le président a repris les insultes de son ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, en déclarant : « Nous serions ou aveugles ou naïfs de penser que la totalité des allocations servent à acheter des fournitures scolaires. »

Les pauvres ont apprécié la saillie présidentielle !

Les enseignants ont eu droit eux aussi à l’insulte présidentielle ; Emmanuel Macron a ressorti sa provocation favorite et annoncé vouloir faire de Marseille un laboratoire : dans 50 écoles, les directeurs auront la liberté de choix des enseignants. Il a lourdement insisté en justifiant la mesure « pour être sûr qu’ils sont plinement motivés, qu’ils adhèrent au projet ». Goguenard, il a avoué que son projet est « plein de gros mots pour beaucoup de gens ».

A Marseille, il ne pouvait pas oublier son aversion pour les fonctionnaires et il a fustigé leur trop grand nombre. Un geste normal pour celui qui supprime les emplois par vagues entières dans les hôpitaux, dans l’enseignement, à l’inspection du travail, à la Poste, à la SNCF, etc.

L’insulte est la seconde nature du président.

Auparavant, un ancien premier ministre, qui ne sait plus où il habite aujourd’hui (Paris, Barcelone, Evry ?), a ajouté une pincée d’ignominie aux propos de celui qu’il adule aujourd’hui : « Il y a un échec collectif, et cela veut dire qu’à Marseille, il faut tout reprendre à zéro. Ce qu’on appelle les banlieues, en Ile-de-France, sont au cœur de la ville, marquées par la pauvreté, les inégalités, la violence et l’insécurité. C’est à dire que, là bas, il faut tout raser. »

Manuel Valls inaugurait ainsi sa récente promotion de chroniqueurs sur BFM TV de la plus infâme des façons ; il a été aussitôt dénoncé par des citoyens qui n’ont pas la mémoire courte. L’un a rappelé que, en 1943, après l’odieuse rafle du Vieux Port de Marseille par les nazis et la police française, le quartier avait été rasé. Un autre lui a infligé un énorme en  camouflet en avançant deux hypothèses : « 1. Valls connaissait cet événement, et il a parlé en connaissance de cause. 2. Il ne le connaissait pas. Plus vraisemblable vu son inculture. L’hypothèse 2 en dirait long: une certaine pensée débouche sur certaines solutions. »

Ce ne sont que les premières salves d’arguments ; on attend les prochaines qui risquent de ne pas voler plus haut pour mieux masquer la vacuité des programmes des candidats de la droite la plus bête du monde, mais la plus dangereuse.

La comédie de Marseille

Emmanuel Macron n’est pas parti en villégiature à Marseille, mais en campagne électorale, avec beaucoup d’argent.

Il a semble-t-il oublié qu’on ne rétablit pas une situation aussi dégradée que celle de la cité phocéenne seulement avec de l’argent, quand cette situation est le fruit d’une même politique de l’Etat et du précédent maire, Jean-Claude Gaudin, le néolibéralisme.

La gestion des affaires municipales en matière d’enseignement et de logement par le maire de droite a été catastrophique ; mais la diminution constante des dotations de l’Etat aux communes, les suppressions de postes dans l’enseignement, dans la police, dans les tribunaux, la politique des gouvernements successifs en matière économique ont amplifié la crise. Marseille n’est pas un cas isolé, même s’il est emblématique d’une désatreuse politique de la ville.

Au passage, on remarquera que le président de la République n’a pas ressorti de ses tiroirs le rapport Borloo. Au mieux, il est à Marseille pour poser un cautère sur une jambe de bois.

L’argent que Macron va distribuer à Marseille à grands renforts de discours toujours aussi insupportables de condescendance, ne va même pas compenser ce qu’il avait pris d’une main quand il était ministre de François Hollande et qu’il a continué à conserver pour le redistribuer aux grandes entreprises.

A y regarder de près, cette redistribution de crédits est une insulte aux Français. Macron détourne leur attention en multipliant des actions dignes des bonnes œuvres caritatives et, surtout, en détournant l’argent d’une politique plus globale, celle que préconisait Jean-Louis Borloo. Combien d’autres villes et de banlieues souhaiteraient recevoir non pas l’aumône, mais une juste répartition des crédits d’une vraie politique de la ville, éradiquant les ghettos de pauvres, une juste politique industrielle dans tous les territoires par une relance équilibrée (tournant le dos aux délocalisations), etc.

Mais que fait donc François Bayrou, haut-commissaire au plan ?

Alors, Macron à Marseille, il s’agit d’un pur acte de communication électoraliste et une parodie de comédie politicienne. La visite à Marseille ne relève pas le crédit d’un homme incapable de se départir du libéralisme.

Demorand et Salamé, hélas (suite)

Le fameux pluralisme promis par le duo de choc de France Inter attendra encore. Cependant, on y a cru, un court instant à l’annonce du nom de l’invitée de la nouvelle rubrique ‘’En toute subjectivité’’. Cécile Duflot a parlé du climat et de la lâcheté des politiques, des banques qui continuent à financer les énergies fossiles, etc. Mais son intervention n’a duré que trois petites minutes.

En revanche, l’invité du fameux ‘’grand entretien’’ était le président du Sénat, Gérard Larcher. Un homme politique de droite, de la trempe de ceux qui font dire à Natacha Polony que la rentrée se fait sans idées neuves. Idées rances plutôt mais qui lui valent quand même près de 25 minutes d’antennes.

Alors, après Bruno Le Maire, hier, Gérard Larcher aujourd’hui, la coupe du pluralisme est pleine. Sans oublier Dominique Seux qui a enfoncé le clou de la rigueur, se désolant du maintien de la taxe d’habitation et déplorant « qu’aucune de ces dépenses(du plan de relance, NDLR) n’est financée par une recette quelconque. Ce sont des emprunts et nous raisonnons comme si le prix du milliard d’euros était égal à zéro. »

Le 7/9 toujours aussi affligeant !

Jeux du cirque et icônes

Eric Woerth espère-t-il rester dans l’histoire en proposant que les propriétaires de résidences secondaires aient un droit de vote double aux élections municipales ? Cette idée est sa dernière trouvaille pour, à la fois, faire parler de lui et affirmer la primauté de la classe des possédants.

Plusieurs fois ministre, député, conseiller régional et maire de Chantilly (un refuge contre la promiscuité des pauvres), l’ami des ultra-riches a, rappelons-le, été mis en examen dans l’affaire du financement libyen de la campagne de Sarkozy.

Eric Woerth, donc, veut rétablir un succédané de suffrage censitaire selon lequel seuls les citoyens payant des impôts sont autorisés à voter.

L’homme le plus riche de France, Bernard Arnault qui possède l’ancien hôtel particulier de Jean-Luc Lagardère à Paris (2000 m2 quand même), un château à Clairefontaine dans les Yvelines et une luxueuse villa dans la copropriété des Parcs, réservée aux milliardaires, à Saint-Tropez, pourra-t-il voter trois fois ? 

Eric Woerth a justifié sa proposition en déclarant :« Renforcer la démocratie, c’est aussi faire évoluer nos modes de participation ». Réflexion d’une stupidité insondable et d’un mépris abyssal pour ceux qui n’ont même pas un appartement où se loger !

Mais où Eric Woerth puise-t-il ses idées ? Peut-être chez Adolphe Thiers qui, en 1870, avait envisagé de réintroduire une forme du suffrage censitaire en annulant le décret de 1848 instaurant le suffrage universel (mais pour les hommes seulement, les femmes devant attendre 1944 pour pouvoir voter). Thiers, l’anti-communard, voulait alors ‘’encadrer le vote du peuple’’. Eric Woerth, émule de Thiers ? La droite ne nous étonne même plus en convoquant les plus réactionnaires figures du pays.

Le peuple, lui, se détourne des urnes en contemplant le triste spectacle des politiciens comme Eric Woerth. Et se retourne vers les jeux du cirque. Hélas.

Ces jeux du cirque ont leur journal, L‘Equipe.

Le quotidien sportif est en transe depuis que Lionel Messi a été acheté par les dirigeants qataris du Paris-Saint-Germain.

Aujourd’hui, le footballeur surdoué a droit à la ‘’une’’ avec un titre ronflant et fondamentalement idiot : « Leo 1er, un roi à Reims ». Il a même droit à un éditorial enflammé de Yohann Hautbois qui ose écrire :

« En fin de journée, dans la lumière dorée d’un stade Auguste-Delaune aussi fébrile qu’impatient de savoir su cela valait vraiment le coup de craquer le Livret A du petit dernier (la réponse est oui), « IL » s’avancera sur la pelouse, porté par nos attentes et nos murmures, enfin sous nos yeux de reporter privilégié. »

Notre journaliste s’est-il seulement rendu compte de la bêtise de sa prose (qui se veut poétique) et de l’insulte faite à ses lecteurs : comment oser écrire que le père a eu raison de ‘’craquer’’ le Livret A du petit dernier pour aller voir jouer Messi ? Sinon en se faisant le complice de ceux qui veulent voir le peuple sombrer dans l’adoration des icônes !

Hautbois rejoint Woerth dans l’ignominie et L’Equipe fait un choix de classe, elle aussi.

L’époque est sombre !

L’exil ou la mort

En Afghanistan, c’est le chaos. Avec ses victimes innombrables qui ne demandaient qu’à vivre dans un pays enfin apaisé. Avec ceux qui restent et sombrent dans la peur.

Les Occidentaux fuient, même pas honteux, après avoir préparé le terrain au retour de la barbarie. Ils laissent derrière eux un pays exsangue, en faillite économique, en proie (déjà) aux affrontements entre talibans et djihadistes pour le contrôle de l’opium (dont le pays est le premier producteur mondial) et de ses revenus.

Les Afghans fuient leur pays pour éviter de retomber dans la charia comme il y a vingt ans. Mais les Occidentaux en refusant de remplir leur devoir humanitaire se comportent scandaleusement.

Un professeur de littérature générale de l’université Aix-Marseille, Alexis Nuselovici (alias Alexis Nouss), vient de publier un ouvrage, ‘’Droit d’exil. Pour une politisation de la question migratoire’’ (Editions MIX), dans lequel j’ai puisé l’extrait ci-dessous :

« Le migrant d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier, travailleur algérien ou immigré polonais. Il n’est pas que migrant, agent d’un processus global, il est aussi exilé, acteur de son histoire et de la nôtre. Comme pour tout processus de connaissance, nommer précisément les choses constitue une étape initiale indispensable. Or, une crise de la nomination est venue animer un débat terminologique sur la désignation des migrants qui arrivent en Europe – à ne plus nommer ainsi : cessons de les nommer migrants, ce sont des réfugiés.

Le raisonnement veut que les migrants quittent leur lieu de naissance ou de résidence pour trouver de meilleures conditions de vie et que, par conséquent, nommer tous ceux qui arrivent aujourd’hui en Europe des « migrants » gomme la guerre, l’oppression, la persécution qui ont fait fuir ceux qui ont droit à l’asile et au statut de réfugié. L’argument, de plus, se renforce lorsque la France, par exemple, veut accepter les réfugiés (politiques) et rejeter les migrants (économiques).

Unis par la détresse, les réfugiés seraient tous ceux qui ont fui les conditions d’une vie impossible et ce départ involontaire fait partie de leur identité. À ce titre, qu’ils fuient la guerre ou la misère importe peu, distinction proscrite au demeurant par la Convention de Genève de 1951. Loin d’une lâcheté, leur fuite affirme la noblesse humaine qu’ils n’acceptent pas de voir niée en eux. S’ils fuient afin de vivre, leur refuser l’asile, même sous la forme d’une simple dénomination, équivaut à adopter une complicité passive avec ceux qui les ont poussé à la fuite. Être réfugié signifie d’abord être lorsqu’un sujet fuit la menace du non-être. L’exil ou la mort. »

Les dirigeants occidentaux, plus soucieux de flatter les plus bas instincts de leur électorat que de faire œuvre d’humanité, ne liront pas cet ouvrage. Ils n’écouteront pas plus ces phrases de Nouss :

« Ne pas accueillir l’arrivant par devoir moral ou politique ou par intérêt mais parce que nous partageons une même condition de vivant, un même habitat sur terre. Un lieu ne garantit pas plus une appartenance qu’une identité – on habite le monde, le monde nous habite : « Casa mia, casa tua » disent les Italiens, « Casa nostra, casa vostra », disent les Espagnols. »

Nouss fait référence à ‘’l’humaine condition’’ qui « de Montaigne à Hannah Arendt, a inspiré les luttes d’émancipation en sollicitant la conscience née d’une appartenance commune » ; il évoque alors les ‘’exils de proximité’’ « qui devraient éveiller la sensibilité aux migrations venues de loin. L’entendre et le comprendre veille à l’exercice d’une démocratie qui ne connaît de frontières, internes ou externes, que pour savoir, lorsqu’il le faut, les ouvrir et accueillir l’autre. »

Après avoir entendu les dirigeants occidentaux, de Biden à Macron en passant par Merkel, peut-on croire encore que nous vivons dans des démocraties.

Entre l’exil et la mort, ils ont choisi.

Pauvres Afghans !

Quelques vérités de Bruno Dumont

Le dernier film de Bruno Dumont, France, a déchaîné les passions à Cannes (où il a été hué après sa projection). Aujourd’hui, le réalisateur qui se dit en guerre contre « la bienséance, la bien-pensance, le bien-disant » alimente les chroniques ; il a touché juste et Léa Seydoux avec lui.

J’ai relevé quelques phrases dans les interviews que Bruno Dumont a données à Télérama et à L’Humanité, qui donnent vraiment envie de voir le film, ancré dans la réalité d’aujourd’hui.

« France est une journaliste star qui n’est ni bonne ni mauvaise, c’est “un demi-clair matin”,pour reprendre l’expression de Charles Péguy. Elle vit dans un milieu devenu mythologique, un monde clos, une bulle étanche, coupée de la réalité. Elle est un agent du système dont elle profite, mais elle s’éveille. »

« Le danger des médias et des réseaux sociaux, c’est qu’ils sont tous en train d’alimenter une sorte de pureté absolument dangereuse. Sondagière, catégorisante et moralisante. »

« Je ne condamne pas le numérique en soi, je condamne l’emploi qu’on en fait. Idem pour la télé, il faudrait qu’elle retrouve sa mission première : informer, éduquer, divertir… Il faut aujourd’hui voir la misère culturelle, dans certains territoires, c’est dramatique. » (Télérama)

« C’est un milieu qui est devenu ce qu’il est en s’inventant lui-même avec lâcheté, un monde qui s’est formé selon la pensée numérique la plus épouvantable qui nous conduit à être, à fonctionner en simplifiant les choses, en les réduisant, et surtout en les disproportionnant. Le problème des journalistes, à l’image de mon héroïne, France de Meurs, interprétée par Léa Seydoux, est que la hiérarchie des informations n’existe plus dans le monde qui est le leur. Leur conscience professionnelle est noyée dans l’obligation de rentabilité. Je ne doute pas du fait qu’ils soient des gens bien, mais le milieu industriel dans lequel ils évoluent est un lieu tragique. » (L’Humanité)

Le milieu industriel des médias est effectivement tragique ! France est son antidote.

Bêtise absolue

Il est des jours où la honte vous submerge. Le monde est malade. Des gens crèvent dans la misère, abandonnés par tous, en Haïti, en Afghanistan, en Afrique, en Asie, en Amérique et même en Europe, en France. Le capitalisme secrète la pauvreté pour alimenter quelques poignées de milliardaires égoïstes et calculateurs ; les gens de pouvoir, eux, sont aux ordres de ces semeurs de troubles, climatiques et territoriaux.

Dans ce contexte comment ne pas être sensible aux déclarations de Bruno Dumont, à propos de son film, France, satire d’un certain journalisme, qui sort demain : « Je me moque d’un métier qui a pris une forme assez artificielle. Ce sont des gens très intelligents, qui mettent leur intelligence au service d’une vision étriquée du monde. » Et comment ne pas évoquer l’artificialité des médias en regardant la nouvelle émission d’Estelle Denis à la fois sur la radio RMC et sur la chaîne RMC Story, Estelle Midi, qui porte fièrement une devise racoleuse : « On ne va pas se mentir ».

Estelle Denis prétend « débattre ensemble sur des sujets qui font votre quotidien, de l’actualité qui vous hérisse ou qui au contraire vous transporte ». Et elle donne une tribune à un journaliste gastronomique pour débattre de l’allocation de rentrée. Ce beauf absolu, mari actuel de Natacha Polony, la directrice de la rédaction de Marianne, a parfaitement joué son rôle en assénant : « Dans certaines familles, on attend cette prime pour acheter tout sauf des fournitures scolaires. »

Beauf absolu pour qui les pauvres, les salauds de pauvres, ne méritent pas cette allocation de misère.

Donc, Estelle Denis a invité Périco Légasse, habitué de telles saillies dégueulasses, pour ce qu’il est et pour faire du ‘’buzz’’.

Bruno Dumont dit à propos du personnage de France, journaliste superstar : « Je pense qu’elle est malheureuse de faire ce qu’elle fait mais qu’elle le fait. C’est un personnage tragique car elle en prend conscience, c’est un éveil. » En revanche, je ne pense pas qu’Estelle Denis ait pris conscience de l’insulte faite aux pauvres de Périco Légasse, compte tenu de son mutisme.

Que RMC et RMC Story singent CNews, LCI et BFM réunis en dit long sur ce qu’est devenu un système médiatique qui se vautre dans la bêtise et dans l’insulte. Le honte me monte au front et m’ébranle jusqu’au fond de mon âme de journaliste soucieux du public et du citoyen.

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