Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Le monde des ultra-riches

Le monde est fou ; je radote ? Peut-être pas autant que le lecteur le croit. Trump menace et enlève de supposés adversaires politiques ; Poutine et Netanyahu bombardent les Ukrainiens et les Palestiniens (et quelques autres) ; Marine Le Pen est à nouveau devant des juges qu’elle a vilipendé et insulté. Je pourrais allonger la liste des maux qui atteignent des pauvres peuples ou qui font leur quotidien.

Il est des faits dont on parle peu, mais qui, à terme, peuvent contribuer à changer la face du monde. Par exemple, la mise en vente de la Warner. La Warner, tout le monde a eu l’occasion de voir un de ses films, peu de monde sait ce qu’elle recouvre.

La Warner est l’une des plus prestigieuses majors de Hollywood, réalisant des films puis des émissions de télévision ; c’est aussi un label de musique. Ses activités ont largement contribué au ‘’soft power’’ des Etats-Unis.

Hollywood retient son souffle, car elle est à vendre et, comme l’écrivent Les Cahiers du cinéma : « deux ogres se la disputent. D’un côté Netflix, studio version XXIe siècle, qui ne se cache pas d’en finir avec les salles, en transformant les films en contenu et les spectateurs en consommateurs sédentaires. De l’autre côté, la Paramount, un studio encore plus ancien que la Warner mais détenu depuis cet été par Davis Ellison, proche de Donald Trump par son père Larry Ellison, deuxième plus grosse fortune mondiale. » Et les Cahiers du cinéma de s’alarmer : « Avec Netflix, l’immense catalogue Warner risque de tomber dans les limbes de la plateforme ; avec la Paramount, l’enjeu est plus politique, c’est celui d’une mainmise trumpiste sur les médias. La preuve : alors que Netflix fait plutôt figure d’opposant à la politique de Trump, ce dernier soutient ouvertement le rachat par Paramount, ainsi que des financiers d’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et du Qatar prêts à rajouter des milliards dans la balance. Dans les deux cas se joue un monopole dommageable pour l’avenir de la production et de la distribution, avec un marché du streaming avalant tout sur son passage. »

Les ultra-riches façonnent le monde pour préserver et étendre leur idéologie.

Dans quel monde risquons-nous de tomber ?

Avoir le sens de l’humour

C’est un petit livre (par la taille), mais un recueil qu’il faut lire, tant on y trouve matière à réflexion. Il a été édité par les Editions Chandeigne & Lima et a pour titre (non sans humour) : Fernando Pessoa – Gare à Salazar et pour sous-titre : Ecrits et poèmes sur la dictature. Ajoutons encore qu’il est bilingue.

Fernando Pessoa est un personnage singulier ; indépendant au point de vivre seul la majeure partie de son existence, finissant alcoolique et décédant d’une cirrhose.

Il a été proche du terrible dictateur Salazar avant de s’en éloigner et d’en être le pourfendeur. Il fut tout autant anti-communiste. Bref, un homme difficile à mettre dans une case bien définie. Mais il fut un grand auteur.

Les textes réunis dans ce livre couvrent une période de 1923 à 1935 ; la majorité d’entre eux sont de 1935. On y retrouve toutes les ambiguïtés de cet homme singulier et la verve d’un très grand auteur.

Parmi cette foison de courts textes, l’un a plus particulièrement attiré mon attention ; peut-être parce qu’il est titré Dictatures :

« La haine de l’individu, parce qu’elles sont ennemies de la liberté, et que la liberté, si elle n’est pas individuelle, n’est rien ; la haine de l’intelligence, parce que l’intelligence discute, et qu’elles ne veulent pas être discutées ; la haine de l’humour, parce qu’elles sont graves et tristes, et que l’humour est pour elles un ennemi personnel.

Tous les dictateurs sont dépourvus d’humour, car le sens de l’humour préserve l’hommes de cette confiance maniaque en lui-même qui le pousse à se proclamer dictateur. »

Ne retrouve-t-on pas dans ces lignes le portrait de quelques hommes de pouvoir, dictateurs assumés ou non, comme Trump, Poutine, Orban, Erdogan et d’autres ?

Et pendant ce temps-là…

Pendant que l’actualité se focalise sur le Venezuela, la sale guerre de Benyamin Netanyahu à Gaza continue à faire de nombreuses victimes. Dans un silence médiatique insupportable.

Les ultras continuent à étendre les colonies en Cisjordanie ; le gouvernement, lui, interdit toujours la présence des journalistes dans la bande de Gaza et, dernière décision honteuse, il a retiré à 37 ONG étrangères leur accréditation pour porter secours à des populations privées de tout bien de première nécessité.

Le chef de mission de Médecins sans frontières (MSF), Filipe Ribeiro, confie au Monde : « On voit se profiler un espace laissé à de nouvelles ONG, notamment évangéliques américaines, voire à des entreprises privées. Cela s’inscrit dans un contexte plus large, un environnement de plus en plus défavorable aux ONG, qu’elles soient internationales ou israéliennes, surtout lorsqu’elles prennent position sur des sujets sensibles. »

Les ONG évangéliques américaines sont des auxiliaires du président Trump. Voir dans leur présence à Gaza le résultat d’un accord entre Netanyahu et Trump est plus que plausible. Ces deux dangereux personnages s’entendent à merveille pour remodeler le Moyen Orient ; ils partagent la même idéologie belliciste, revancharde, obscurantiste. Le premier ministre israélien n’est, au fond, que l’exécutant des visées de Trump.

S’ils sont pathétiques, leur monde est tragique.

L’enlèvement de Maduro

L’enlèvement de Nicolas Maduro par les sbires de Donald Trump a fait l’objet de nombreux commentaires sur les chaînes de télévision ; mais aucune n’en a traité les véritables motivations. Les commentateurs ont parlé de la doctrine Monroe et de son corollaire Roosevelt ou encore de plan Condor, mais en passant à côté de l’essentiel.

Gabriel Zucman, le brillant économiste, a donné les clés pour comprendre dans sa newsletter. Je crois utile de relayer son article, clair et limpide.

« On ne peut pas comprendre l’enlèvement de Nicolas Maduro si l’on ignore les masses financières colossales associées à un changement de régime à Caracas.

Il ne s’agit pas de minorer les aspects idéologiques ou géopolitiques de l’intervention américaine – réaffirmer la doctrine Monroe, asseoir des sphères d’influence impériales.

Mais c’est bien le pétrole qui constitue le mobile essentiel de ce coup de force : l’accaparement et l’extraction des plus importantes réserves d’or noir du monde, longtemps exploitées avec une profitabilité inouïe par les multinationales américaines et leurs actionnaires.

Maduro était un dictateur brutal et corrompu, mais Trump s’entend très bien avec de nombreux dictateurs brutaux et corrompus, cela ne génère chez lui nulle hostilité.

L’objectif principal de l’expédition trumpiste est ailleurs : reprendre l’exploitation de la manne pétrolière vénézuélienne au profit des grandes fortunes américaines, exploitation qui avait atteint un premier paroxysme dans les années 1950, pendant cet « âge d’or » mythifié par le mouvement MAGA.

Si l’on veut comprendre l’ambition de la Maison Blanche, c’est sur cette histoire peu connue qu’il faut revenir : celle d’un extractivisme international poussé à son paroxysme, dont Trump cherche à écrire aujourd’hui un nouveau chapitre qui, s’il y parvient, pourrait s’avérer plus extrême encore.

La production pétrolière vénézuélienne commence dans les années 1910 par un vice fondateur : le pétrole est pour ainsi dire donné aux majors étrangères.

Le dictateur Juan Vicente Gomez accorde des concessions extraordinairement généreuses aux multinationales américaines et britanniques, qui y développent rapidement la production.

Dès 1929, Caracas pèse pour plus de 10 % de la production d’or noir de la planète et en est le premier exportateur mondial.

Initialement, Britanniques et Américains se partagent le gâteau. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les seconds finissent par rafler la mise. Le Venezuela devient le premier réceptacle des investissements internationaux américains, et sa première source de profits étrangers.

Il faut bien prendre la mesure des richesses ainsi extraites du Venezuela par les Etats-Unis au mitan du 20e siècle.

En 1957, au sommet de cet extractivisme transfrontière, les profits enregistrés par les majors américaines au Venezuela sont du même ordre de grandeur que l’ensemble des bénéfices réalisés par toutes les multinationales américaines – tous secteurs confondus – dans tous les autres pays d’Amérique latine et tous les pays d’Europe continentale confondus !

L’équivalent de 12 % du produit intérieur net vénézuélien – c’est-à-dire de la valeur de tous les biens et services produits chaque année dans le pays – va aux actionnaires américains. Soit à peu près autant que ce que touche la classe populaire du Venezuela, les 50 % les plus pauvres du pays.

Le PIB du Venezuela augmente, mais au profit des grandes fortunes états-uniennes qui encaissent les dividendes et des employés américains bien payés.

Le Venezuela abrite en effet au début des années 1960 la plus grande communauté d’expatriés américains. Ces derniers y vivent dans des enclaves qui leur sont réservées, dotées d’hôpitaux flambants neufs et de terrains de baseball luxuriants.

C’est « l’âge d’or » auquel le pouvoir trumpiste souhaite revenir. Un partage de la rente pétrolière qu’on peut difficilement imaginer plus injuste et inégalitaire.

C’est aussi un modèle de développement foncièrement instable, qui ne peut susciter que des réactions violentes.

Car comment accepter que les revenus versés aux actionnaires étrangers soient du même ordre de grandeur que ceux touchés par la moitié de la population locale ?

Jusqu’aux années 1950, dans la foulée de Gomez, les différents régimes au pouvoir à Caracas préfèrent choyer les capitaux internationaux, maintenant une fiscalité légère, se pliant aux désidératas des majors, s’enrichissant souvent au passage.

À partir des années 1960, comme dans le reste de l’Amérique latine, les gouvernements successifs vont essayer de négocier des conditions financières plus équilibrées.

Le Venezuela prend la tête de ce mouvement. C’est un homme politique vénézuélien, Juan Pablo Pérez Alfonzo, qui se trouve derrière la création de l’OPEP (Organisation des pays producteurs de pétrole) en 1960. Le pays prend les rênes du mouvement pour faire advenir un « nouvel ordre économique international », exiger une réécriture des règles du commerce mondial.

Ce processus culmine dans la nationalisation, en 1976, des actifs d’ExxonMobil, Shell et Chevron au Venezuela.

Donald Trump a 30 ans. Il ne cesse aujourd’hui de dénoncer ce « vol ». Et ne cache guère son objectif principal : revenir aux conditions léonines de la période 1920-1960.

S’il y parvient, on peut envisager un doublement voire un triplement des profits de l’industrie pétrolière américaine, l’un des plus gros financeurs de Trump et du parti républicain.

Les réserves d’or noir du Venezuela sont en effet considérables : les plus importantes du monde. Et elles sont quasi-inexploitées, la production s’étant effondrée en raison de la mauvaise gestion du régime chaviste et du durcissement des sanctions américaines en 2017.

Les enjeux financiers sont d’autant plus importants que les prix du pétrole sont plus élevés que dans les années 1950. Si Trump parvenait à rétablir les conditions financières qui prévalaient au milieu du 20e siècle, la manne captée par les majors américaines et leurs propriétaires en serait augmentée d’autant.

Quand Trump dit qu’il veut « gouverner » le Venezuela, c’est là son projet.

Pour fixer un ordre de grandeur, les profits d’Aramco – le principal producteur de pétrole d’Arabie saoudite, pays qui abrite les deuxièmes plus grandes réserves d’or noir – se sont élevés ces dernières années à $100-$150 milliards par an.

$100 à $150 milliards par an : c’est la somme en jeu, aujourd’hui, derrière l’enlèvement de Maduro. »

Un voeu : dire non !

Le changement de millésime est, par tradition, le moment de faire des vœux. Assez rarement réalisés. Soit.

Tout au long de 2025, j’ai relevé toutes les vicissitudes d’un monde en régression, en voie de droitisation. Les réactionnaires ici, les libertariens là fêtent leurs victoires. Rien n’est cependant inéluctable.

Il me revient en mémoire des lignes lues dans Libération il y a quelques mois seulement sous la plume d’Adrien Naselli parlant des travaux d’Asma Mhalla.

A propos de la crise en France, il était noté que Les Etats-Unis et la Chine « se disputent le prochain ordre mondial » et « cela explique en partie la crise dans laquelle s’enlise la France, puisque les ‘’Big Tech’’ deviennent l’infrastructure de l’Etat américain et que nous sommes en cours de vassalisation par les Etats-Unis à travers les réseaux technologiques. Dans ce nouveau monde, la rupture entre Musk et Trump l’été dernier n’a que peu d’importance puisque l’architecture de ce nouveau système politique à deux têtes n’a pas bougé d’un iota et que la dictature du flux est installée. A cet égard, la stratégie de saturation cognitive fut simple mais efficace : polariser, hystériser, saturer les cerveaux de contenus toujours plus outranciers pour que le seuil de l’acceptabilité s’abaisse. Dès lors, on peut faire accepter n’importe quoi à n’importe qui. »

Pour sortir de cette situation, « il faut absolument domestiquer son usage de la technologie, en faire une hygiène cognitive (…)  Pour cela, la question du réel, du lien physique et affectif avec les gens est primordiale. La fraternité, l’altérité, les livres, les cafés sont des antidotes puissants pour que les cerveaux respirent. Cela semble simpliste mais une balade, une conversation dans la rue et les cafés, en levant la tête de son écran, sont devenus aujourd’hui des actes politiques premiers. Et puis un jour, dire non. Dire non pour penser par soi-même, pour se réhabituer à tenir debout intérieurement, pour réhabiter le monde. »

C’est ce que je souhaite pour 2026 : dire non.

Du droit à l’information

On n’ignore plus rien de Brigitte Bardot. Jusqu’à l’ivresse. L’extrême droite en fait son porte drapeau. Les chaînes de télévision se joignent à elle.

Je ne me mêlerai pas à eux ; je considère BB comme une comédienne sans talent, une piètre chanteuse ; mais surtout, je déteste la citoyenne qui a été condamnée cinq fois pour incitation à la haine raciale.

Les chaînes de télévision ont donné la priorité à l’information ‘’people’’ quand, partout dans le monde, la jeunesse se soulève contre les politiques néolibérales, la précarité, la corruption et la confiscation du pouvoir par des politiciens corrompus.

Les chaînes de télévision ont donné la priorité à l’information ’’people’ quand, en Cisjordanie les colons israéliens continuent férocement leur politique coloniale, quand les militaires américains bombardent des navires dans la mer des Caraïbes, et au Mali de supposés islamistes, etc.

Le monde est soumis aux intempéries, entraînant le mort de nombreuses personnes. Et Trump prétend en finir avec la guerre en Ukraine quand ses ‘’hommes d’affaires’’ américains vont faire allégeance à Poutine et signer des accords commerciaux avec leurs semblables russes.

Les médias n’en font guère état. BB est morte. Et tout est dit.

Ces choix en disent long sur l’état de soumission des médias aux intérêts des oligarques de tous les pays. Il est urgent de reconquérir le droit à l’information.

Le Père Noël et Bibendum

C’est la belle histoire de Noël. Michelin a annoncé avoir remboursé une aide de l’Etat de 4,3 millions d’euros, attribuée au titre du crédit d’impôt.

Cette somme qui devait permettre de relancer une usine en France (finalement fermée) avait été utilisée pour équiper des usines à l’étranger.

La commission d’enquête sénatoriale demandée par le communiste Fabien Gay avait découvert que les aides publiques aux grandes entreprises représentaient quand même 211 milliards, sans contrôle. Dont les 4,3 millions attribués à Bibendum. Une goutte d’eau.

Le geste de Michelin n’est pas spontané.

Fabien Gay s’était engagé, lui, à faire revenir le pactole dans les caisses de l’Etat et de lutter pour mettre en place un système d’attribution transparent et de contrôle permanent. Le geste de Bibendum n’est qu’un début et, comme on dit à gauche, ‘’continuons le combat’’.

C’est la première fois qu’un grand groupe du CAC 40 rend de l’argent public. Le geste de Michelin prouve qu’il est possible de réviser les dispositions fiscales dont bénéficient les grands groupes. Il n’est pas anodin que le fabricant de pneus prenne une telle décision, qui, soyons rassuré, ne le met nullement en difficulté.

Le premier geste doit être suivi d’autres, car le remboursement de 4,3 millions est peu au regard des sommes indûment attribuées, et ce que peut faire Michelin peut être fait par d’autres.

Quand le Père Noël prend les habits de Bibendum, c’est qu’il y a de petites victoires qui en appellent d’autres.

La solidarité en acte

Jean-François Cort, président de Médecins du monde, a la parole rare ; il n’est pas ‘’l’invité permanent des plateaux de télévision. La situation requiert de la part de tous les médecins bénévoles des interventions permanentes.

Alors quand le docteur Corty s’exprime, c’est que la situation est très grave. A la veille de Noël, il a déclaré : « C’est près de 350 000 personnes qui vivent à la rue, 4 millions de personnes qui sont mal logées au total, soit une augmentation de 150% en dix ans (…) De plus en plus de personnes vivent dans la rue avec des tableaux cliniques et des maladies chroniques qui sont difficiles à suivre dans ces conditions. »

Les négociations sur le budget de l’Etat ou de la Sécurité sociale l’ont amené à s’exprimé. Jean-François Corty estime en effet que « ce n’est pas à cause des patients si notre système de santé est en difficulté ». Lui, au contraire plaide pour un accès aux soins universel et durable, alors que « la précarité s’accentue, et que les chiffres sont là pour le prouver ».

Son cri d’alarme sera entendu par quelques-uns, mais pas par le Rassemblement national et ses alliés, par Retailleau et bien d’autres (y compris le président de la République qui ne voulait plus de SDF dans la rue) pour qui les pauvres sont pauvres et sont appelés à le rester ; les précaires doivent rester encore plus précaires et les immigrés renvoyés dans leurs pays.

Heureusement qu’il y a encore des humanistes dans notre pays pour fustiger leur politique néolibérale.

Le Roy le veult

Preuve que nous ne sommes plus vraiment dans une démocratie, Emmanuel Macron vient de déclarer à Abou Dhabi : « J’ai décidé de doter la France d’un nouveau porte-avions ».

Peu de temps avant son départ de l’Elysée (moins de 18 mois), alors que la France n’a pas de budget et que sa dette n’en finit pas de gonfler (près de 3500 milliards), le président se permet de gaspiller l’argent en faisant les poches des citoyens (à l’exception des ultra-riches).

La situation est ubuesque ; on pourrait en rire si la situation n’était pas aussi dramatique. Macron, comme d’habitude, a ignoré le Parlement.  Plus scandaleux encore, il n’a pas un mot pour ces dizaines de fermetures d’usines, ces milliers qui perdent leur emploi en cette fin d’année. Il n’a pas un mot pour les enseignants, les soignants, les métallos, mais son épouse parle peut-être pour lui en traitant des féministes de ‘’sales connes’’.

Le dédain et l’insulte sont la marque du couple présidentiel. Hier, ou presque, c’est lui qui traitait les ouvrières d’un abattoir d’analphabètes. 

Bref, nous vivons dans un drôle de monde, avec un tel président, hors-sol comme on dit.

En 1789, c’était : « Le Roy le veult », aujourd’hui, c’est « J’ai décidé ».

Ce mépris pour les citoyens, on sait comment cela s’est terminé.

On tue

Le mercredi 17 décembre, l’armée américaine a annoncé avoir détruit un bateau lié au trafic de drogue dans la mer des Caraïbes : « Au total, quatre narcoterroristes ont été tués ». L’opération a été menée comme les précédentes dans les eaux internationales, si bien que le bilan, depuis le mois de septembre, est d’une centaine de supposés narcotrafiquants tués par l’armée de Trump. Sans preuves.

Le président américain s’enorgueillit de ce bilan et en profite pour annoncer l’envoi de troupes en Equateur.

L’ONU s’offusque de cette politique, Trump regarde ailleurs et poursuit sa prétendue opération contre le trafic de drogues, accusant Nicolas Maduro d’être à la tête d’un réseau.

Trump joue les shérifs et réhabilite les tueries du Far West, en toute impunité.

Il ne faut donc pas attendre de lui qu’il condamne les tueries en Cisjordanie, en Ukraine, en Afrique et ailleurs. La plus grande puissance planétaire et son génial président donnent l’exemple de cette époque sans ordre public, l’époque des hors-la-loi armés, des bons blancs contre les méchants Peaux-Rouges.

La politique de Trump n’est pas du cinéma ; aujourd’hui on tue.

Elle est pas belle la civilisation selon les milliardaires et du locataire de la Maison Blanche ?

Attention, danger

La Commission européenne vient de repousser l’interdiction de vendre des voitures thermiques neuves à partir de 2035. Cette mesure s’ajoute à d’autres décisions affaiblissant le ‘’pacte vert’’. On s’attend aussi à ce que les gouvernements donnent l’autorisation à Ursula von der Leyen de signer le Mercosur.

Autant de victoires pour les pollueurs, les lobbies, les grands groupes industriels, ainsi que pour Emmanuel Macron dont on connaît la profonde aversion pour l’écologie et la proximité avec les dirigeants des oligopoles.

Par un pur hasard, j’ai retrouvé un numéro du Monde daté du 28 décembre 1988 ; deux titres de la rubrique ‘’Sciences et médecine’’ ont attiré mon attention : Terre : l’effet de serre’’ et ‘’Planète en danger’’. Déjà.

La Commission européenne a-t-elle conscience de la gravité des décisions qu’elle vient de prendre ?

Dans ‘’Planète en danger’’, on pouvait lire : « En France, ceux qui sonnent le tocsin à ce propos sont considérés comme des fous ou de doux rêveurs, bref des ‘’écolos’’ qui prennent plaisir à gâcher la quiétude des autres. » Emmanuel Macron, lui, les traite d’amishs.

Dans ‘’Terre : l’effet de serre’’, on pouvait lire : « Notre Terre est ‘’une’’. Elle est un monde clos, c’est-à-dire que les équilibres – ou plutôt les déséquilibres oscillant autour de valeurs moyennes – sont essentiels au développement et même à la survie de l’humanité : de faibles changements des températures et des précipitations pourraient suffire, en effet, à bouleverser la production agricole et à faire monter le niveau général des mers. » Donald Trump, lui, nie encore l’évidence.

Les doux rêveurs écolos et les scientifiques ont tiré le signal d’alarme. Mais le capitalisme n’entend rien quand on veut s’en prendre à ses modes de production et à ses profits. Et il s’impose aux politiques qui leur doivent tout.

C’était en 1988 ; c’est hier et c’est hélas la réalité aujourd’hui.

Cœur noir

Silvia Avallone, je l’ai déjà écrit, est l’une de mes autrices préférées. Son sens de la narration, sur fond de chronique sociale, est intelligent. Dans son dernier roman, Cœur noir, elle excelle également dans le suspense avec la rencontre de deux êtres marqués par la solitude et un lourd secret de drame familial. Elle sait donc se renouveler sans abdiquer ce qui a fait qu’elle est une autrice hors du commun.

Ce qui, chez d’autres, aurait viré rapidement à la romance, devient une histoire formidable ; les deux protagonistes tombent amoureux, mais Silvia Avallone sait en faire un des ressorts de sa description de la vie aujourd’hui, de ses drames, de ses joies, dans ses rires, dans ses larmes.

Leur secret respectif se dévoilera au fil des pages ; l’autrice se révèle aussi maîtresse dans leur dévoilement progressif. Histoire d’amour ? Pas seulement ; histoire de la vie quotidienne de deux personnages qui ne savent plus s’ils ont été acteurs responsables de leurs actes ou victimes des événements qui ont marqué leur adolescence.

Leur rencontre les entraînera finalement à avouer leur lourd secret et à permettre leur rédemption. Le beau roman de Silvia Avallone pose beaucoup de questions, notamment sur la résilience, sur cette société qui n’aime pas les marginaux, sur le pardon, etc.

Il y a des pages sublimes dans ce roman, très bien écrit (comme à l’habitude chez Silvia Avallone). D’autres moins. Mais on s’attache aux personnages de Bruno et Emilia, comme on s’était attaché aux précédents.

Décidément, Silvia Avallone est une des meilleures autrices de la littérature italienne d’aujourd’hui.

Financiarisation du football

Le football se joue aujourd’hui autant avec un ballon qu’avec le fric. Le plus bel exemple, en France, en est le PSG, propriété du fonds d’investissement du Qatar, QSI.

La Fédération internationale et son président Gianni Infantino viennent de donner un coup d’accélérateur à la prise du pouvoir par l’argent-roi.

Il a déjà permis à 48 équipes (au lieu de 36) de participer à la prochaine Coupe du monde, organisée aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, augmentant ainsi le nombre de rencontres et donc de retransmissions télévisées et de messages publicitaires. Aujourd’hui, il détourne l’une des revendications des joueurs appelés à jouer autour de midi en plein été, à savoir pouvoir s’hydrater en arrêtant les rencontres pour ce qui a été baptisé ‘’pause fraîcheur’’. Infantino a autorisé ce découpage des rencontres en quatre, comme au basket-ball, permettant ainsi la diffusion de nouveaux spots publicitaires.

La démarche est diabolique.

Gianni Infantino règne, hélas, en despote sur la FIFA. Il a même multiplié les gestes d’allégeance à Donald Trump. Il lui a décerné dans des conditions ténébreuses et mystérieuses le Premier Prix de la Paix de la FIFA dans le Bureau Ovale de la Maison Blanche ; la ‘’cérémonie’’ était grotesque et Trump franchement ému. On ne sait pas si ce prix l’a consolé de son échec au prix Nobel de la Paix.

Le président américain est totalement ignorant des choses du football ; sa dernière trouvaille, exiger des visiteurs étrangers exemptés de visas qu’ils fournissent l’historique de leur activité sur les réseaux sociaux et numéros de téléphone des cinq dernières années, ainsi que noms, dates et lieux de naissance des parents, a déjà rafraîchi les supporters des pays soumis à ce régime d’inquisition. Mais cela ne semble pas avoir troublé Gianni Infantino.

L’argent des sponsors et les droits de retransmission compenseront largement l’absence de supporters dans les stades américains. Le football selon Infantino peut se jouer sans spectateurs, l’argent coule à flot.

A n’importe quel prix !

Pour une télévision (vraiment) pluraliste

Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions, a répondu aux questions des journalistes du Figaro avant d’être auditionnée par la commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public de l’Assemblée nationale.

Elle s’est tout d’abord défendue des accusations portées par les médias de Bolloré en affirmant : « Nous ne sommes pas contre CNews. Je n’ai jamais plaidé pour sa fermetureSimplement, nous ne faisons pas le même travail. Nous ne cherchons pas à fabriquer de l’opinion, simplement à informer, c’est le devoir du service public. »

On n’en attendait pas moins de la part d’une présidente qui a été reconduite à la tête du service public.

En revanche, ses propos suivants sont ahurissants : « Il y a aujourd’hui des chaînes d’opinion, il faut arrêter de tourner autour du potPourquoi ne pas accepter, comme dans la presse, qu’il existe des titres de sensibilités politiques de gauche, du centre, de droite, d’extrême gauche ou d’extrême droite ? Cela fonctionne très bien. Cette évolution correspond à une transformation de la société. Appliquer la règle du pluralisme dit “externe” à la télévision serait plus clair pour le public. On saurait d’où chacun parle. »

Mme Ernotte Cunci a tort et, en tant que spécialiste de l’audiovisuel, elle sait pourquoi. La grille d’une chaîne de télévision coûte très cher et tous les courants de pensée ne sont pas en capacité de supporter de tels coûts. En revanche, les coûts de fabrication de la presse écrite sont moins élevés ; néanmoins, l’Etat participe au maintien du pluralisme en attribuant des aides à la presse (sur lesquelles les critiques sont hélas nombreuses).

De plus, les fréquences radioélectriques étant limitées, toutes les familles de pensée ne peuvent pas avoir accès aux canaux existants. C’est pourquoi le Conseil constitutionnel a rappelé que « le respect du pluralisme (…) condition de la démocratie » suppose que les chaînes de télévision s’engagent à assurer l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinions, ainsi que l’indépendance de l’information.

Si les chaînes du groupe Bolloré se permettent de fouler aux pieds leurs engagements, c’est en raison d’un dysfonctionnement de l’ARCOM. La présidente de France Télévisions sait tout cela ; c’est pourquoi ses déclarations au Figaro font courir un risque de renforcer la détermination du magnat breton de convertir davantage ses chaînes en pourfendeur du pluralisme, de la laïcité, de la recherche scientifique, de la démocratie et de la République.

Mme Ernotte Cunci ne parle pas à tort et à travers ; on peut en conclure qu’il se trame des scénarios dangereux dans les couloirs du pouvoir.

Laïcité et liberté

Ligue des droits de l’homme, Ligue de l’enseignement, Union rationaliste, Solidarité laïque, Libre pensée et Vigie de la laïcité ont signé une tribune à l’occasion du 120e anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, exhortant les citoyens à retrouver le sens de la laïcité et à combattre pour une laïcité de liberté.

Leur tribune, après avoir rappelé que la loi du 9 décembre 1905 « trouve son origine dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 », redit que la loi « consacre d’abord la liberté de conscience, considérée dans sa double dimension individuelle et collective. », avant de constater que « Or, au cours des trois dernières décennies, le régime de laïcité a subi un dévoiement de ses principes originels : il était hier un dispositif de protection de la liberté individuelle ; il est devenu un appareil de défense de la prétendue « identité nationale ». « A la laïcité de l’autonomie s’est substituée celle de la surveillance. Le refus d’accepter l’ouverture de la société actuelle à la pluralité de ses composantes culturelles a conduit à une instrumentalisation de la laïcité – contrant ainsi l’éthique universaliste de la République, et révélant une conception identitaire, et parfois ethnique, de la nation. Ce nouveau modèle a pris une nouvelle forme juridique, à travers une succession de lois et de règlements qui ont trouvé leur consécration limitative dans la loi du 24 août 2021 visant à ‘’conforter le respect des principes de la République’’ ».

Les signataires dénoncent la ‘’nouvelle laïcité’’ qui a réduit la sphère de la liberté : « En agitant le chiffon rouge du « séparatisme », en faisant valoir auprès de certains de nos compatriotes leur « devoir d’émancipation », en se faisant en cela le gardien des bons comportements, l’Etat est entré dans des domaines qu’il laissait jusque-là entièrement libres. Il intervient ainsi en réglementant le port du vêtement. Il soumet les collectivités locales à des contrôles inédits sur les questions religieuses et convictionnelles. Il réduit le champ d’autonomie à la fois des associations cultuelles et des associations ordinaires. Malgré le principe de séparation, la loi du 24 août 2021 va ainsi jusqu’à offrir la possibilité aux préfets de refuser à certaines la qualité d’associations cultuelles, les obligeant par ailleurs à de lourdes démarches administratives, renouvelables tous les cinq ans, qui menacent leur pérennité. »

Les organisations fixent trois objectifs : refaire droit à la liberté de conscience, reconstruire l’indépendance de la sphère politique, enfin, renouer avec l’idée de droit social, rappelant fort opportunément que : « il ne peut y avoir de réelle liberté indépendamment de l’amélioration des conditions matérielles dans lesquelles se déploient les existences individuelles. »

Le texte de cette tribune est publié à un moment où les forces obscurantistes n’ont jamais été aussi présentes et agressives, avec des relais jusqu’au gouvernement. Il est donc d’autant plus nécessaire de s’opposer à l’obscurantisme et de ne rien lui céder.

Les nouveaux croisés

Les Bruno Retailleau, Pierre-Edouard Stérin font école : c’est le Monde qui nous apprend que « Des calvaires, récemment installés sur le domaine public de communes dans les Alpes-Maritimes, les Hautes-Alpes et en Corse, parfois avec le concours de mouvements identitaires, réveillent de vieux antagonismes liés à l’application de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. »

Le curé de la paroisse de Saint-Jeannet, le père Guy Largillière s’en émeut : « On assiste au retour d’un christianisme identitaire. Des gens rêvent d’un passé qui n’existe plus. L’Eglise a été très puissante, elle ne l’est plus, et c’est très bien ainsi. »

Guy Largillière doit prendre garde ; avec de telles remarques, il risque l’excommunication de la part des fous de Dieu qui, effectivement, rêvent d’un passé qui n’existe plus. Mais rêvent-ils seulement ? Ils sont très actifs, parfois violents et ils préparent l’avènement, non pas de Dieu, mais d’un pouvoir blanc, masculiniste, obscurantiste ; ils travaillent au rapprochement des droites et de l’extrême droite.

Il serait suicidaire de croire qu’ils ne présentent aucun danger pour la démocratie, pour la laïcité et le progrès social.

Ils sont partout et leur engagement réactionnaire leur ouvre toutes les portes des médias, majoritairement détenus par des milliardaires sans scrupules, mais pas sans foi, à l’image de Vincent Bolloré, Pierre-Edouard Stérin, Bernard Arnault, etc.

Alexandre Devecchio, le journaliste qu’on peut voir ou entendre ou lire dans tous les médias, du Figaro, à Europe 1, en passant par LCP-Assemblée nationale (et son émission Controverse), sur Sud-Radio,etc., a choisi Europe 1, par exemple, pour voler au secours de Bernard Arnault et dénoncer l’émission Cash Investigation (France 2), où il a pu déclarer : « La gauche est anti-riche depuis très longtemps, mais elle est de plus en plus anti-France. Et je crois que le fait qu’il [Bernard Arnault] soit en plus un emblème de la France les dérange. Ils veulent décidément détruire tout ce qui fait la grandeur de ce pays. »

L’extrême droite est en guerre contre la gauche, le progrès social et ce que Devecchio a qualifié « d’immigration désintégrée ».

Ces réactionnaires font courir un grave danger au pays de la liberté. Les oppositions à ces fous est insuffisante ; elles doivent gagner numériquement mais aussi en actions, comme l’ont fait des centaines de syndicalistes du spectacle le 4 décembre dernier, mobilisés pour entraver la Nuit du bien commun de Paris, organisé aux Folies Bergère (propriété de Bolloré) par Stérin.

Les ‘’croisés’’ ne vont plus guerroyer en Terre sainte comme au Moyen Âge ; aujourd’hui, c’est en France qu’ils ont décidé d’imposer leur régime et leur foi, avec des moyens considérables.

Alors ? On riposte ?

L’arroseur arrosé

D’accord, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ; mais, parfois, il y a des retournements de situation qui ne grandissent pas les intéressés.

Le 1er mars 2017, le candidat Emmanuel Macron avait reçu un œuf sur la tête en plein Salon de l’agriculture. Le futur président avait alors parlé de folklore. Les rieurs, eux, étaient nombreux à se gausser de la péripétie. Parmi eux, Jordan Bardella qui, voulant manier l’humour avait publié sur Twitter (pas encore X) : « Quoi de n-œuf @Emmanuel Macron. » Un jeu de mots digne du parti raciste.

Aujourd’hui, c’est le jeune loup du parti de Marine Le Pen qui a reçu un œuf sur la tête au cours d’une séance de dédicace. En revanche, il n’a pas parlé de folklore et le lanceur d’œuf sera jugé.

Bardella, chevelure toujours parfaitement gominée, a pris un ton sévère pour se déclarer « extrêmement inquiet de voir un climat de plus en plus violent s’installer dans notre pays, une brutalisation du débat démocratique », accusant au passage l’extrême gauche et le mouvement de Mélenchon.

Tête haute et toute honte bue, il a cru intelligent de rajouter : « A chaque fois qu’un adversaire a été attaqué, je me suis toujours exprimé pour prendre sa défense car je ne supporte pas la violence. »

Propre sur lui, Bardella, mais mémoire courte.

Quand Sophie se sent injuriée

Sophie de Menthon a vécu (77 ans quand même !), mais elle préside encore une organisation patronale qui se dit éthique. Elle revendique le franc-parler et elle l’a pratiqué à de nombreuses reprises.

Elle a eu le culot de trouver ‘’sympa’’ pour une femme de se faire siffler dans la rue. Bonjour la délicatesse et le respect.

Quand Dominique Strauss-Kahn a eu des démêlés avec la police américaine, elle a eu encore le culot de dire à propos de Nafissatou Diallo : « C’est ce qu’il lui est arrivé de mieux ». Cette saillie lui avait valu d’être évincée de l’émission Les Grandes gueules sur RMC.

Elle avait également justifié l’emploi fictif de Pénélope Fillon, jugeant nécessaire de « boucler artificiellement les fins de mois ou d’arrondir le budget familial ». Toujours aussi culottée Sophie de Menthon !

A défaut d’avoir des occasions de faire parler d’elle, voilà qu’elle a porté plainte contre Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, qui, sur RTL, avait qualifié les patrons de « rats qui quittent le navire », dont « le seul objectif est l’appât du gain ».

Sophie de Menthon estime ces propos « particulièrement injurieux », portant sur les patrons un « jugement de valeur négatif qui entache nécessairement leur honneur et leur réputation ».

En matière d’injures, Sophie de Menthon est une authentique spécialiste ; pourtant ses injures, autrement plus salaces, ne l’ont jamais amenées devant un juge.

La patronne qui se drape aujourd’hui dans la dignité ne se trompe pas d’adversaire ; en digne politicienne proche de l’extrême droite (elle pige à Valeurs actuelles) elle poursuit la secrétaire de la CGT. Elle n’a pas perdu son instinct de classe et son mépris pour les travailleurs.

Les patrons et les patronnes osent tout ; c’est même à ça qu’on les reconnaît, comme le notait Michel Audiard dans la célèbre réplique des Tontons flingueurs.

Nicolas vide le lave-vaisselle

Dans une chronique au Monde, Guillemette Faure s’en prend à Nicolas Sarkozy. De (très) belle manière. Bravo.

Son libelle commence ainsi :

« Dostoïevski avait écrit Le Joueur en vingt-sept jours. Jack Kerouac a gratté son célèbre Sur la route en trois semaines. Georges Simenon, lui, dégainait un Maigret en une dizaine de jours, plus trois pour les relectures. L’ancien président Nicolas Sarkozy vient de pulvériser leurs records, annonçant l’arrivée en librairie des 216 pages de son Journal d’un prisonnier (Fayard) le 10 décembre, soit cinquante jours après le début de sa détention. Incarcération, temps d’écriture, d’édition et d’imprimerie compris. »

Comme elle l’écrit quelques lignes plus loin, « L’ancien président inaugure un nouveau genre, spécial sortie de prison. »

La chroniqueuse a eu l’idée lumineuse d’allé voir sur les réseaux sociaux et a relevé les remarques les plus drôles (façon de se payer la tête du petit Nicolas) ; j’en ai retenu une qui prouve que, devant la goujaterie, il y a encore de la place pour l’humour : « Il fait 20 jours de prison et il en fait un livre. C’est comme si je sortais un essai féministe parce que j’ai vidé le lave-vaisselle. »

Sarkozy et son éditeur, Vincent Bolloré, n’ont aucune fierté ; ils sont prêts à tout dans ce monde pourri ! Mais l’esprit gaulois souffle encore.

Quel cinéma !

Le scénario a été souvent repris au cinéma : des détenus scient les barreaux de la cellule avec une lime, nouent leurs draps pour franchir le mur d’enceinte de la prison et s’évadent.

Mais c’était le scénario du cinéma en noir et blanc, de ces films policiers intelligents qui, déjà, dénonçaient les conditions carcérales.

En lisant les conditions d’évasion de deux détenus de la prison de Dijon, j’ai cru revoir l’évasion de Gu (Lino Ventura) au début de ce qui est sans doute le meilleur film de Jean-Pierre Melville, Le deuxième souffle. C’était en 1966.

Depuis, les taulards ont changé leurs méthodes d’évasion, jusqu’à utiliser un hélicoptère, une prise d’assaut à coups d’explosifs, les déguisements, etc.

Ce retour à des méthodes anciennes pose des questions sur la situation des prisons françaises. Surtout quand on ajoute que les fugitifs de Dijon sont sortis par la porte d’entrée principale de la prison.

Les prisons, justement, sont surchargées et ne respectent plus les droits de l’homme. Les matons ont dénoncé les conditions de détention.

On savait que l’école, l’hôpital, les transports, bref tous les services publics, étaient à l’agonie avec des personnels désabusés.

L’évasion de Dijon vient de nous rappeler ce triste bilan de la France de 2025 et ce n’est plus du cinéma.

« Articles précédents