Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Menteurs planétaires

Biarritz transformée en bunker pour quoi ? Pour rien. Macron a prévenu, il n’y aura pas de déclaration commune, donc aucune mesure impérative. Le G7, depuis 40 ans, n’a jamais répondu aux promesses d’éradiquer la pauvreté, de réduire les inégalités et de prendre les mesures pour mettre un terme au réchauffement climatique.

Les sept chefs d’état ont voulu éviter une cacophonie comme en 2018 au Canada où Donald Trump avait refusé de signer un texte pourtant sans portée. Ce club des états nantis n’est pas représentative et n’a aucune légitimité. 

Le G7 2019 n’aura eu pour effet sur la marche du monde que de perturber la vie des Biarrots dans une ville fermée, contrôlée comme une cité en guerre sous le régime du couvre-feu et d’exaspérer tous les citoyens du monde en contemplant une cité vide, comme désertée. Macron, Trump et les autres ont peur; l’ex-socialiste Castaner a tenté de les rassurer en décrétant la mobilisation générale des forces de répression.

Il est presque heureux que ce G7 ne débouche sur une aucune décision, car que représentent-ils vraiment ces politiciens qui ont peur du peuple, s’enferment dans un palace luxueux et ne rendent pas compte de leurs discussions.

Comment rester sans réaction quand on voit poser les « élus du marché » (six hommes et une seule femme à la tête des états du G7, Angela Merkel) pour la photo officielle ; ces pyromanes, au sens propre et figuré, sèment le désastre écologique, social et économique sur toute la planète, exacerbant les tensions internationales, accentuant les inégalités, faisant main basse sur les richesses des autres pays dont ils disent, au mieux qu’ils sont émergents pour ne pas dire colonisés. A vouloir favoriser les riches qui les ont installé sur leur trône, ils en arrivent même à nier la catastrophe écologique qui fait brûler les forêts, fondre les glaciers et crever les paysans qui utilisent les pesticides. Le peuple est tenu à l’écart, mais pas les multinationales comme L’Oréal ou Natixis qui sponsorisent la rencontre.

Bolsonaro ne sera pas à Biarritz, mais il adopte le même mépris que ses semblables en insultant les organisations non gouvernementales, les accusant d’avoir allumé les feux qui ravagent la forêt amazonienne. A un degré moindre, il est vrai, que penser de Macron qui intime l’ordre aux préfets de poursuivre les maires osant prendre des arrêtés anti-pesticides, tout en multipliant les déclarations teintées d’écologie ?

D’autres sont exclus des très chères festivités de Biarritz, comme Poutine ou Erdogan, mais ils n’auraient pas fait tache dans le décor.

Tous sont d’invétérés menteurs, parfois enchanteurs, mais de plus en plus féroces avec les peuples.

Biarritz, capitale du mensonge planétaire ; la cité n’avait pas revendiqué ce titre. Parce que les peuples n’attendent plus rien des G7, G8 et autres prétendues rencontres au sommet. Ils savent qu’un autre monde est possible ; plus ces dirigeants se retranchent dans des palaces et des bunkers, plus les peuples prennent conscience qu’il faut en finir avec les menteurs.

En toute discrétion

Le Monde a consacré une (excellente) série de reportages d’été aux ultra-riches. Ou plutôt sur leur mode de vie. Il n’a pas été dit comment les riches sont devenus ultra-riches et comment ces potentats, toujours plus avides de pouvoirs et de richesses, ont acquis ces immenses fortunes quand une grande partie des habitants de la planète souffre et ne mange pas à sa faim.

Les grands spéculateurs, eux, sont discrets ; les grands moyens d’information aussi qui ne se penchent que rarement sur les moyens légaux, mais plus souvent illégaux permettant aux ultra-riches de dormir sur d’immenses fortunes, dont le nombre de zéro donne le vertige.

Ils ont à leur disposition ce qu’ils appellent l’ingénierie financière pour dissimuler leurs trafics en tout genre, trop souvent à la limite du blanchiment d’argent sale ou de l’escroquerie.

En France, les salariés de Whirlpool à Amiens sont à la recherche de 10 millions d’euros d’aides qui devaient servir à relancer une activité dans leur usine vidée par un groupe qui a déménagé en Pologne. Aux Etats-Unis, un analyste financier prétend, lui, que General Electric a dissimulé 38 milliards de dollars (34,2 milliards d’euros) de pertes dans ses comptes.

Assurément, il s’agit là de faits délictueux, rarement mis au jour et jamais jugés. En revanche, les salariés, eux, paient le prix fort en étant réduits au chômage. Le fameux marché ne réagit pas : il n’entend rien et ne voit rien. Il est muet.

Le fameux marché qui devait assurer le bonheur sur terre à tous, à toutes les familles, ne se soucie pas de la détresse de ceux qu’il a plongé dans la misère et l’inactivité, dans l’angoisse du lendemain qui pousse les plus fragiles au suicide et déstabilise les couples et leurs enfants.

Le fameux marché a le regard tourné vers la bourse et se délecte des résultats toujours plus étincelants des retours sur investissements.

Une société de gestion américaine, Janus Henderson Investors, vient de publier une étude qui va réjouir les ultra-riches et gonfler un peu plus leurs bas de laine. Au deuxième trimestre, les dividendes versés aux actionnaires dans le monde ont battu un record : 514 milliards de dollars, en augmentation de 1,1 %. En trois mois seulement !

Les ultra-riches français font encore mieux avec une progression de 5,3 % à 51 milliards de dollars. Les entreprises françaises sont ainsi sacrées championnes d’Europe ; elles font mieux que l’Allemagne où les dividendes versés aux actionnaires (38,5 milliards) sont en baisse de 11 %.

Cela n’empêchera pas Macron de demander encore plus de sacrifices aux salariés. 

Ces faits devraient susciter des débats dans tout le pays et surtout dans les grands médias. Mais rien.

Les ultra-riches pourront continuer de se prélasser sur les leurs yachts démesurés, dans leurs châteaux somptueux, à dépenser des sommes folles pour assouvir leurs caprices les plus futiles, quand ceux qui travaillent pour eux regardent avec tristesse leur feuille de paie, constatant que leur travail est si mal récompensé, insuffisant pour vivre dignement.

Les politiciens dits libéraux et leurs médias étouffent ce qui devrait faire l’objet de débats dans toute la société. La plupart des ultra-riches sont des délinquants et devraient être poursuivis ; ils sont triomphants. Leurs agissements sont illégaux ou légaux mais opérés en toute discrétion ; ils ont l’assurance que le « business » va continuer impunément.

Un glacier a disparu

Le 18 août restera comme un jour sombre pour la planète. La première ministre islandaise, Katrin Jakobsdottir, a inauguré une plaque commémorative sur le site d’un glacier disparu, le Okjöfull. Celui-ci, d’une superficie de 16 km2 en 1890, ne recouvrait plus que 0,7 km2 en 2012 et a disparu en 2014.

Les chiffres sont effarants : les scientifiques estiment que l’Islande perd environ 11 milliards de tonnes de glace chaque année et, à ce rythme, pourrait avoir perdu ses 400 glaciers dans 200 ans. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), la planète pourrait, elle, perdre la moitié de ses glaciers d’ici 2100.

La situation est vraiment très inquiétante, non seulement en Islande mais pour toute la planète Terre. Le geste des politiques islandais est, lui, particulièrement important quand les Trump nient le réchauffement climatique ou quand les Macron se contentent de déclarations, jamais suivies de décisions.

Sur la plaque déposée sur le site, quelques mots : « Une lettre pour l’avenir » et une mention « 415 ppmCO2 », soit le niveau de dioxyde de carbone enregistré dans l’atmosphère en mai, un record.

Peut-être faudrait-il dupliquer la plaque, accompagnée des photos du site hier et aujourd’hui, pour interpeller ces politiciens pour qui la préservation du capitalisme passe avant l’avenir de notre planète. Et à Yannick Jadot qui continue à nier la responsabilité du système dans la dégradation de nos conditions de vie.

Pont-Aven, impressionnisme

L’impressionnisme, courant majeur de la peinture, ne s’est pas arrêté à Paul Gauguin, voire à Sérusier. Gauguin a, fort heureusement, fait école ; on regrettera que ses élèves soient trop méconnus (ou plutôt éclipsés par le maître et les effets de mode).

Le musée de Pont-Aven permet, chaque année, de sortir de l’anonymat quelques-uns de ceux qui se sont réclamés de ce courant. Et c’est heureux.

Un nouveau séjour (merveilleux) à la Grange du Minuellou chez Catherine et Michel (voir sur Internet les renseignements sur le lieu et ses offres) à quelques kilomètres de Pont-Aven, l’occasion était trop belle d’aller voir l’exposition temporaire 2019 consacrée à « L’impressionnisme d’après Pont-Aven » ; très différente de celle de 2018 autour du « Talisman » de Sérusier, elle présente les œuvres de quatre peintres, notamment, qui se sont départis des injonctions de Gauguin et de ses aplats.

Alors, les toiles de Henry Moret, Maxime Maufra, Gustave Loiseau et Ferdinand Loyen du Puigaudeau, accrochées selon quelques thèmes, témoignent d’un certain dépassement de l’impressionnisme, tout en restant fidèles aux couleurs chaudes et primaires de Gauguin. Henry Moret est sans doute celui des quatre qui est le plus flamboyant.

Les couleurs de l’océan et les rochers de Bretagne si changeants selon les conditions atmosphériques s’étalent sur les toiles et sont parfois très proches au point que l’identification de l’artiste devient hasardeuse.

Très pédagogique, l’exposition témoigne, une nouvelle fois, de l’importance du musée de Pont-Aven pour qui apprécie l’impressionnisme et sa place dans l’évolution de l’art pictural au tournant des XIXe et XXe siècles.

Et, décidément, la Bretagne a beaucoup, beaucoup de charmes.

Le modèle allemand à la une

Dans son édition datée du jeudi 15 août, le Monde titre en une « L’Allemagne menacée par la récession », le lendemain, elle titre encore sur nos voisins d’outre-Rhin : « En Allemagne, l’inquiétante montée des violences d’extrême droite ».

Le quotidien vespéral consacre son éditorial à la situation du pays dirigé par Angela Merkel : « Le risque d’une terreur brune ».

Le retournement à propos de la situation de l’Allemagne est spectaculaire ; hier, elle était considérée comme un modèle et nos brillants économistes alimentaient les commentaires des politiques en glorifiant le capitalisme rhénan. Aujourd’hui, le réveil est brutal : l’Allemagne ne va pas bien, malgré un taux de chômage en trompe-l’œil. Les groupes industriels sont en repli ; ils seraient affectés par la dégradation du commerce mondial, toujours selon le Monde.

Le Monde, donc, s’est penché sur l’économie d’un pays qu’il qualifie comme la plus puissante et motrice de la zone euro, et sur sa situation sociale. La détérioration de la situation sociale ne fait-elle pas le lit de l’extrême droite qui prend le prétexte de l’accueil de réfugiés pour multiplier les agressions non seulement d’immigrés, mais aussi, et c’est un fait nouveau, d’élus locaux.

La crise allemande est profonde ; les groupuscules néonazis y trouvent un terrain favorable à l’expression de leur idéologie nauséabonde et inquiétante.

La récession d’un pays vieillissant et la politique antisociale des gouvernements de coalition des partis de droite et du parti social-démocrate, depuis de nombreuses années, ont fait basculer de nombreux allemands appauvris et précarisés dans la haine de l’autre. Le parti AfD (Alternativ für Deutschland) y a trouvé un électorat acquis à sa cause, comme partout ailleurs en Europe où les mêmes politiques produisent les mêmes effets. Le parti xénophobe a ainsi pu faire élire près de 100 députés au Bundestag.

La situation de l’Allemagne est d’autant plus inquiétante, qu’elle apparaît encore comme « le » modèle européen et qu’elle avait, jusque là, réussi à juguler le retour de la « bête immonde ».

Les violences d’extrême droite en Allemagne interpellent tous les progressistes de l’Europe entière ; les résultats électoraux de l’AfD interpellent tous les dirigeants politiques de l’Europe entière.

Alors, ne doit-on pas avoir une réaction à hauteur de la situation en rejetant définitivement et fortement « le » modèle allemand et tourner le dos à un capitalisme, fut-il rhénan, qui prépare des jours sombres (bruns en l’occurrence) aux pays qui ne voudraient pas opérer leur révolution ?

Du surréalisme en radio

France Inter, radio de service public, prendrait-elle les auditeurs pour des demeurés et des ignares ? Le « grand entretien » a franchi un nouvel échelon dans la mauvaise foi et dans le parti pris insupportable.

Pierre Weill, qui remplace Nicolas Demorand pendant la période d’été, avait invité deux économistes pour parler économie (ça tombe bien) après la publication des chiffres du chômage en France au deuxième trimestre.

Pierre Weill ne s’était pas trompé : Gilbert Cette et Stéphane Carcillo sont deux économistes très libéraux, choisis parmi ceux qui sont sur toutes les antennes de radio et sur toutes les chaînes de télévision pour faire l’éloge du libéralisme.

Faut-il être étonné que les deux invités se soient félicités de la (très légère) décrue du chômage (0,2 %, officiellement), en attribuant les mérites aux mesures qui ont entraîné des reculs sociaux insupportables.

La ficelle était grosse. Les auditeurs ont réagi et, moment surréaliste, Pierre Weill s’est adressé à Gilbert Cette et Stéphane Carcillo en des termes inouïs :

« Vous êtes deux économistes pro-Macron et vous en faites l’éloge ce matin. Quel est votre positionnement par rapport au pouvoir ? »

Comment deux économistes pro-Macron, faisant l’loge du président de la République en toute circonstance, auraient-ils pu exprimer la moindre critique à propos de la politique actuelle ? Pierre Weill s’est pris les pieds dans le tapis en tentant de justifier le choix de ses invités auprès d’auditeurs en colère. 

Pierre Weill, vieux routier de la radio (depuis 1972), pouvait-il ignorer que Gilbert Cette avait soutenu le candidat Macron dans une tribune publiée dans le Monde en avril 2017, qu’il a fait carrière à la Banque de France, et que Stéphane Carcillo est membre du Cercle des économistes, prônant un libéralisme exacerbé et qu’il est employé à l’OCDE ?

Une radio de service public digne de ce nom aurait invité un économiste atterré pour donner la réplique à l’un des deux invités. Mais il est à croire que les économistes atterrés sont interdits d’antenne. Pour ne pas déplaire à Macron ?

En réponse à Pierre Weill, Gilbert Cette a eu cette réponse également surréaliste :

« Ecoutez ; moi j’essaie de faire mon travail d’économiste en conscience. »

En toute conscience libérale, s’entend.

Et d’ajouter :

« Je partage avec une grande majorité d’économistes les réformes engagées qui vont dans le bon sens… »

Tout est dit puisque la grande majorité des économistes sont d’accord avec Macron !

Il est exact que de nombreux économistes ont élaboré une théorie économique à prétention scientifique, mais Gilbert Cette feint d’ignorer que ses préceptes ont été invalidés. Néanmoins leur hégémonie s’est répandue dans tous les milieux, notamment celui du monde universitaire. Ils sont arrogants et rejettent violemment ceux qui ne partagent leur croyance dans les vertus du marché dérégulé et qui dénoncent les politiques plongeant le plus grand nombre dans l’austérité et l’économie dans la récession.

Pierre Weill (mais surtout France Inter) est leur relais sur les ondes publiques. L’émission de ce matin a réservé un moment surréaliste, mais habituel.

Où est l’Europe ?

En Italie, Matteo Salvini vient de dévoiler sa stratégie de conquête du pouvoir dans une interview au quotidien de droite Il Giornale. Il rencontrera dans les prochaines heures Silvio Berlusconi et Giorgia Meloni, la présidente du parti de l’ultra-droite, Frères d’Italie, pour leur proposer un pacte électoral.

Le Mouvement 5étoiles (M5S) de Beppe Grillo et de Luigi Di Maio semble découvrir la dangerosité de Salvini et n’a pas trouvé d’autre réponse à lui opposer que de vouloir créer un « front républicain » avec le Parti démocrate notamment, pour, dit-il, empêcher les « barbares » d’accèder au pouvoir. La formule est audacieuse puisque le M5S leur a fait la courte échelle. Matteo Renzi et Enrico Letta du Parti démocrate, frétillant à l’idée de revenir au pouvoir, ont déclaré soutenir l’initiative.

Salvini en rit encore et il a beau jeu de dénoncer les magouilles et manœuvres de palais ! Il est applaudi par de très (trop) nombreux Italiens qui n’en peuvent plus de ces politiciens de peu de scrupules et n’hésitent plus à se tourner vers l’extrême-droite. Même si elle avoue être prête à s’allier avec une droite encore plus extrême, les Frères d’Italie.

Les Italiens peuvent donc basculer vers un pouvoir ouvertement fasciste, raciste et antisocial, insolent même, en rejetant des politiciens caricaturaux, qui les ont plongé dans la pauvreté et la récession, qui ont sombré dans la gestion du capitalisme sauvage, après avoir tout promis et rien remis en question.

Sans doute seront-ils abusés par Salvini, comme ils l’ont été par Berlusconi, mais ils sont prêts à croire encore à l’homme providentiel tant ils sont révulsés par les partis qui se réclament de la démocratie.

Les Italiens, au fond, se comportent comme les Hongrois, les Estoniens, les Polonais les Autrichiens, et d’autres, qui ont porté, avant eux, l’extrême-droite au pouvoir.

Les politiciens de toute l’Europe restent sans réaction et ne pensent qu’à se partager les postes à Bruxelles et à Strasbourg. Ils sont responsables de cette marée brune qui déferle inexorablement sur le vieux continent en réaction aux effets sur la vie quotidienne de leurs Traités de Maastricht, de Lisbonne, de Nice ou d’Amsterdam.

Les peuples européens ont besoin de voix fortes, progressistes, pour opérer une catharsis collective et entreprendre une révolution copernicienne. Celles-ci ne peuvent venir que de la gauche radicale unie pour renouer avec l’esprit des Lumières, de Goethe, de Verdi.

Mais, aujourd’hui, hélas la perspective semble encore lointaine. Où est l’Europe qui devait assurer le bonheur à l’ensemble des citoyens ?

Erdogan, infâme et intouchable ?

La compétition est rude entre tous les dictateurs de la planète, lancés dans une politique répressive et obscurantiste inouïe.

Quand Bolsonaro s’oppose au transfert de Lula dans une prison de Sao Paulo, Recep Tayyip Erdogan, lui, fait encore détruire des livres.

Son ministre vient de communiquer un chiffre effrayant : en l’espace de trois ans, ce sont 301 878 livres scolaires de mathématiques qui ont été détruits sous les prétextes les plus imbéciles. On remarquera qu’il tient une comptabilité minutieuse de ses méfaits, comme les nazis tenaient la comptabilité des Juifs exterminés. Abject !

Auparavant, ce sont 1,8 million de livres scolaires qui avaient été retirés des classes de sixième au prétexte qu’ils mentionnaient la Pennsylvanie, l’Etat américain où se serait réfugié Fethullah Gülen, accusé d’avoir commandité le coup d’état manqué contre Erdogan. La bêtise n’a pas de limite.

S’en prendre au savoir, à l’enseignement et à l’intelligence est la marque de tous les dictateurs. Aujourd’hui comme hier.

En Turquie, la question est particulièrement sensible, le Pen Club venant de révéler que, depuis le coup d’état manqué, 200 médias ont disparu, 80 journalistes sont encore en prison et 5822 enseignants-chercheurs ont été radiés de 118 universités.

La communauté internationale, de Trump à Poutine en passant par Macron, ne dit mot et laisse se perpétrer ces crimes contre un peuple turc qui souffre terriblement, mais qui n’a pas abandonné la lutte en infligeant des revers électoraux à Erdogan à Ankara et Istanbul récemment.

Le mutisme de Macron est insupportable et en dit long sur le prétendu humanisme du président de la République forgé aux côtés de Paul Ricoeur.

Les Turcs attendaient sans doute une autre attitude et une condamnation ferme des pratiques d’Erdogan, assortie de sanctions comme celles qui sont appliquées à d’autres régimes autoritaires.

Macron s’expliquera-t-il un jour sur la mansuétude dont jouit le dictateur d’Istanbul ?

Le fascisme de Jair Bolsonaro en acte

Jair Bolsonaro a été élu président du Brésil, mais qui osera dire et écrire que le vote des brésiliens a été démocratique. Le complot des nostalgiques de la dictature militaire n’a reculé devant aucun mensonge pour éliminer le candidat Lula et discréditer le Parti des travailleurs, favoris du scrutin.

Le candidat Jair Bolsonaro a multiplié les provocations, accumulé les petites phrases racistes, mysogines, homophobes. Il s’était en quelque sorte lancé dans une surenchère avec Trump, une compétition qui n’a eu ni vainqueur, ni vaincu, les deux hommes étant autant détestable et honteux.

Bolsonaro hait la presse, n’hésitant pas, comme Trump, à insulter les journalistes et à mettre en doute les informations. Alors, comme tout bon fasciste, il vient de prendre un décret pour se venger en s’en prenant aux finances de la presse écrite.

Le décret exonère les entreprises cotées en bourse de l’obligation de publier leurs résultats dans les journaux sous forme de publicité.

Bolsonaro visait particulièrement le quotidien économique Valor Economico, au prétexte que le quotidien aurait fait campagne contre lui après la publication de deux interviews du candidat. Le président élu ment en toute conscience, Valor Economico n’ayant publié aucune interview du candidat pendant la campagne malgré des demandes insistantes.

Bolsonaro utilise les armes expérimentées par les dictateurs de tous les pays en s’en prenant aux libertés fondamentales et notamment à la presse et à la liberté d’information.

Mensonge toujours de Bolsonaro à propos de la déforestation en Amazonie. Selon l’Institut national de recherche spatiale, en juillet 2254 kilomètres carrés de forêt ont été détruites, contre 596,6 en juillet 2018 (+ 278 %). En un an, ce sont 6833 kilomètres carrés qui ont été déforestés, soit une augmentation de 40 %.

Les chiffres accablants déplaisent à Bolsonaro ? Il  accuse le directeur de l’INPE de fournir des chiffres mensongers « pour faire le jeu des ONG » et il le limoge au prétexte que les données ne correspondent pas à la réalité et portent préjudice à l’image du Brésil.

Pauvre Brésil. Pauvres Brésiliens.

Arrêtons-les !

Le 6 août 1945 le monde basculait dans une nouvelle ère, terrible et terrifiante : le possible anéantissement de toute vie sur la planète.

Une seule bombe lâchée au-dessus la ville japonaise d’Hiroshima avait fait des dizaines de milliers victimes et quasiment anéanti la ville de 350 000 habitants ; les radiations ont fait des dégâts irréversibles.

Et voici qu’aujourd’hui deux fous, chefs de deux superpuissances, les Etats-Unis et la Russie, se lancent dans une course mortifère à l’armement nucléaire de nouvelle génération toujours plus puissant, engloutissant des sommes vertigineuses qui seraient mieux utilisées à éradiquer la pauvreté, y compris dans leurs pays respectifs. Le danger est là, à notre porte, et d’autres qu’eux, à un degré moindre, tentent de les imiter, la France en première ligne.

Les deux fous sont capables de tout ; ils jouent un jeu dangereux et entraînent derrière eux des roitelets qui les singent, comme Emmanuel Macron.

La culture de la paix est mal en point et la course à la puissance militaire absolue détourne les dizaines de milliards qui devraient être consacrés à la Culture émancipatrice.

Le 8 août 1945, Albert Camus dénonça dans son éditorial de Combat le traitement journalistique de l’utilisation de l’arme nucléaire sur Hiroshima avec la virulence qui convenait et les mots qu’il fallait :

« Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase: la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. 

En attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d’aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d’idéalisme impénitent, ne songera à s’en étonner. »

Que dire, aujourd’hui, du traitement des politiques mortelles de Trump et Poutine, sinon qu’elle est indigente et qu’elle ressemble étrangement à celle de 1945.

Aujourd’hui plus qu’hier encore, les citoyens de tous les pays doivent se lever pour dénoncer et contrarier les ambitions des va-t-en-guerre et mettre un terme à la course à l’armement nucléaire.

Nous ferons nôtre la conclusion d’Albert Camus :

« Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison. » 

Cavalleria rusticana à Matera et sur Arte : magnifique

Piero Mascagni, le compositeur de l’opéra Cavalleria rusticana, n’avait sans doute pas imaginé que son œuvre serait représentée un jour en plein air et retransmise en direct à la télévision. Et à Matera, la cité sublime du Mezzogiorno.

Le décor, déjà utilisé par Pasolini pour son film L’évangile selon saint Matthieu, avec ses maisons troglodytes, sa Piazza San Pietro Caveoso, ses murs de pierres chaudes, a sublimé la partition et le miracle à été total : un spectacle grandiose, agrémenté de quelques vues aériennes de la ville grâce aux drones.

L’opéra de Mascagni est considéré à juste titre comme un chef d’œuvre absolu en Italie, mettant en scène la lutte du bien et du mal (symbolisée par de très belles marionnettes géantes), un drame de la jalousie entre des paysans laborieux, des petites gens comme la région du Sud aride et pauvre en connaît encore.

Tous se sont élevés à la hauteur de l’événement : le chef d’orchestre Juraj Valcuha et ses instrumentistes du Teatro San Carlo de Naples, les interprètes et, notamment, Veronica Simeoni, déambulant entre les spectateurs, sans oublier les chœurs.

On a souvent dit que la télévision, c’est d’abord le direct. Hier soir, Arte l’a prouvé en réussissant à faire de sa retransmission un des grands moments de cette année.

La tâche était délicate de filmer un opéra en pleine ville, au milieu des spectateurs, et de restituer toute la sensibilité des voix des solistes. Arte a tenu son pari et réhabilité le direct, magnifié l’opéra de Mascagni et magnifié la cité de Matera. Un grand moment de pure poésie, de musique magnifique, d’intelligence et de culture. Un moment de rêve dans un monde de plus en plus difficile à vivre.

Seule, la chaîne franco-allemande, associée à l’Italie, pouvait réaliser ce moment. Et on peut rêver à d’autres instants de grâce si les services publics de toute l’Europe pouvaient collaborer pour le meilleur et abandonner les séries américaines.

Réponses cinglantes

La visite de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale a fait éructer quelques députés. L’un a osé comparer la jeune Suédoise à un gourou apocalyptique, un autre de prophétesse en culotte courte. 

Affligeant de bêtise.

Greta Thunberg, du haut de ses 16 ans, a donné une leçon d’intelligence à ces imbéciles en costume :

« Certaines personnes ont décidé de ne pas venir à cette réunion. Ce n’est pas grave. Après tout, nous ne sommes jamais que des enfants, vous n’avez pas le devoir de nous écouter. En revanche, vous avez le devoir d’écouter les scientifiques, c’est tout ce que nous vous demandons. »

Et comme l’écrirait le Canard enchaîné : pan sur le bec.

Emmanuel Macron, lui, n’avait pas jugé bon de rencontrer la jeune militante. Il avait fait lire un message :

« Merci beaucoup. Ne lâchez rien. Continuez à vous mobiliser. Vous nous donnez de l’espoir pour notre action. »

Mais Greta, toujours du haut de ses 16 ans, a eu également une réponse cinglante en direction du président de la République ; elle a compris que celui-ci ne met pas ses paroles en actes :

« Vous n’avez pas bien compris ce que nous faisons. A la place de nous dire merci, faites quelques chose »

La jeune militante a recalé l’énarque ; visiblement, Greta n’avait pas apprécié que, le même jour, l’Assemblée nationale la reçoive et vote le fameux traité CETA avec le Canada.

Les frontières de la démocratie

Donald Trump, Jair Bolsonaro, Viktor Orban, Recep Tayyip Erdogan, Kim Jung-Un, Boris Johnson, Vladimir Poutine, Benyamin Netanyahou, Mateusz Moriawiecki, Rodrigo Duterte, Matteo Salvini, et Emmanuel Macron…

Brrr… L’énoncé de leurs seuls noms fait frémir.

Où est, aujourd’hui, la frontière entre démocratie, fascisme, régime autoritaire et policier ? La réponse n’est pas aisée à la lumière des actes, lois, décrets, ordonnances qui viennent bousculer les citoyens dans leur vie quotidienne, sociale, économique ou éducative et rendre la vie plus précaire et difficile pour les pauvres et plus florissante pour les riches. Tous rabâchent en effet la même chose : leurs décisions étaient contenues dans leurs programmes ; les peuples ne les avaient-ils pas lus ?

Ces politiciens ont été élus, pas toujours démocratiquement, mais élus (parfois de façon confortable) par des peuples souverains dont on dit qu’ils sont informés, sensés et prudents.

Les élections de ces hommes (à noter que, parmi eux, ne figure aucune femme) interpellent sur la façon dont fonctionne la politique dans des pays divers, certes, mais désormais suffisamment aguerris pour faire un choix utile et intelligent.

Pour certains d’entre eux, le racisme et l’homophobie, l’ignorance et la grossièreté, étaient notoires, de même que leurs pratiques délictueuses. On dit des peuples qu’ils sont sages ; ont-ils voté par inclination ou par inadvertance, par rejet des autres candidats ou par adhésion aux thèses développées par des hommes dont on connaît pourtant les penchants antidémocratiques ?

On peut avancer sans être contredit que les peuples n’ont pas été pris au dépourvu.

Faut-il en tirer la conclusion que l’indignation devant le spectacle affligeant et quotidien de la scène politique, ici et là, n’est partagée que par quelques vieux soldats du pouvoir par le peuple et pour le peuple, inadaptés dans un nouveau monde où l’individualisme et l’égoïsme au nom desquels les réfugiés, victimes de leurs phobies sont rejetés, a banni la sagesse, la solidarité et jusqu’au mot même de démocratie ?

Les situations sont complexes mais tragiques et il faut être d’un optimisme incommensurable pour supporter les mensonges, par ‘’tweets’’ ou par l’intermédiaire de rapports, de ces guignols fous et dangereux, entourés d’une cour mafieuse de nantis encore plus dangereuse qu’eux (ils sont, faut-il le rappeler, les produits d’un système). Et pour espérer des jours meilleurs, des lendemains qui chantent, une démocratie vraie et totale.

Et pour ne pas croire à un second mandat de Trump, de Macron, de Bolsonaro, et une nouvelle et énième élection truquée pour Netanyahou, Poutine, Orban et les autres.

La retraite des veaux illettrés

De Gaulle avait comparé les Français à des veaux. En juin 1940 à Londres, à l’hôtel Connaught, son fils l’avait entendu prononcer un jugement sans appel : « Ce sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n’ont que ce qu’ils méritent. »

Sans doute inspiré par un de ses glorieux prédécesseurs et par les veaux, Emmanuel Macron a étalé son mépris de classe sur Europe 1 en septembre 2014 en prenant l’exemple des salariés des abattoirs de Gad, licenciés et en difficulté pour retrouver un emploi : « Il y a dans cette société une majorité de femmes, pour beaucoup illettrées. »

Décidément les veaux occupent une place importante dans le langage imagé de nos présidents.

En lisant et en écoutant les commentaires de nos gouvernants à propos de la réforme des retraites, en lisant et en écoutant le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye, un politicien estampillé ‘’droite dure’’ depuis longtemps, me reviennent aussitôt à l’esprit les saillies de De Gaulle et de Macron.

Nous serions des veaux illettrés, pour ne pas comprendre que la réforme des retraites est absolument nécessaire, plus simple, plus lisible, plus moderne. Toujours plus…

Il n’y aurait que les mauvais esprits de la CGT (tous des veaux) pour trouver qu’il s’agit d’un projet de régression sociale, injuste et individualiste. Dicté par le MEDEF.

Nos brillants dirigeants peuvent nous abreuver de mots ronflants, parlant d’âge pivot, de décote, de surcote, de règle d’or, de trajectoire financière du système, de solde cumulé positif ou nul par périodes de cinq années, de levier de pilotage, de notion de durée d’assurance s’effaçant derrière celle de points acquis, nous avons bien compris, contrairement à ce qu’ils espèrent, que leur système dit universel n’est qu’une façon de laminer la retraite solidaire par répartition, de dérouler le tapis rouge aux compagnies d’assurance privées, de satisfaire les exigences des grands patrons et de réduire le montant des pensions tout en travaillant plus longtemps.

Nous sommes peut-être des veaux et nous sommes sans doute illettrés, mais qu’ils prennent garde : nous avons parfaitement compris la politique antisociale de Jupiter et nous aspirons à une vie meilleure et apaisée après une vie de dur labeur.

Nous méritons mieux que cette fumisterie de réforme.

Le train ne siffle plus

Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, avait récemment tenté de rassurer : « Il roulera la semaine prochaine et aussi longtemps qu’il y aura des marchandises à transporter ».

Elle parlait alors du fameux ‘’train primeur’’, transportant quotidiennement fruits et légumes entre la plateforme de Perpignan au marché de Rungis.

Lundi dernier, si les fruits et légumes ont été livrés sur les quais de la plateforme ferroviaire, ils ont été embarqués dans des camions et le ‘train primeur’’ a circulé à vide.

Un syndicaliste CGT, un mauvais esprit selon les critères de Jupiter, a dénoncé « un jeu de dupe ». Les marchandises à transporter dont parlait la ministre ? Il n’y en a plus pour la SNCF mais pour les routiers. Il ne reste plus qu’à supprimer la ligne de fret. Diabolique !

La nouvelle ministre de l’écologie va-t-elle contrarier la ministre des transports en décidant de rétablir le ‘’train primeur’’. Pourra-t-elle débloquer des crédits pour moderniser rail, rame et plateforme au nom de la lutte contre le réchauffement climatique et limitera-t-elle le transport routier qu’elle vient de renforcer ? L’écologie s’imposera-t-elle au tout-routier ?

On peut en douter ; l’écologie n’est plus une priorité depuis qu’elle a perdu un ministre d’état pour un vulgaire maroquin et un surcroît de charges pour un ministère des transports qui a contribué à casser la SNCF et le statut des cheminots au nom du libéralisme.

Le train sifflera-t-il encore trois fois ?

Un défi pour Mme Borne qui, rappelons-le, avait pantouflé en 2007-2008 chez Eiffage comme directrice des concessions ; or Eiffage avait obtenu le 13 décembre 2005 la concession des 2082 km du réseau des autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR et AREA et viaduc de Millau).

Après les homards de François de Rugy, les autoroutes d’Elisabeth Borne ?

Pour un vraie fête nationale

Le 14 juillet 2019, c’est-à-dire 230 ans après la prise de la Bastille par le peuple de Paris, la signification profonde de la fête nationale a été profondément dénaturée plus encore que les années précédentes. On a parlé d’hommage aux armées, aux soldats blessés, de concorde nationale, mais jamais du premier acte de la Révolution française.

En histoire, on pourrait parler de révisionnisme.

Le 14 juillet 1789, ce sont des milliers de Parisiens qui convergent d’abord vers les Invalides pour prendre les fusils, puis vers la Bastille (symbole de l’arbitraire) pour faire main basse sur les munitions. Mais c’est surtout une révolte contre l’absolutisme et l’arbitraire, contre les privilèges, contre la misère, contre la rumeur d’une répression par l’entourage de Louis XVI visant les députés des Etats Généraux réunis à Versailles.

Ces révoltes ont une résonnance particulière aujourd’hui, dans un contexte de crise politique et économique, de chômage de masse, de misère pour les millions de citoyens vivant sous le seuil de pauvreté, mal logés et sans papiers, de révélations quasi quotidiennes de privilèges répétés, etc.

Emmanuel Macron lui-même symbolise un pouvoir autiste, que l’organisation d’un prétendu ’’grand débat’’ n’a pas contribué à faire oublier. Ses petites phrases contre les gens qui n’ont rien et qui ne sont rien, par leur répétition, ont créé un malaise profond dans la société. On lui reproche sa suffisance, mais aussi son gouvernement de la France par ordonnances, à la façon des édits royaux.

On lui reproche aussi ses comparaisons avec Jupiter et une déclaration au journal Le 1 du 8 juillet 2015 le poursuit encore :

« La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. On le voit bien avec l’interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au coeur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Tout s’est construit sur ce malentendu. »

C’est à la lumière de cette déclaration et des analyses de la situation de la France qu’on peut expliquer cette volonté assumée de détourner, aujourd’hui, les symboles du 14 juillet 1789.

Emmanuel Macron prétend écrire une nouvelle page de l’histoire de la France quand il ne fait que gérer les privilèges des ultra-riches et des multinationales. Que sauver le capitalisme sauvage.

La lutte contre le pouvoir de Macron ne pourra pas ignorer la question de la réhabilitation du 14 juillet, premier acte de la glorieuse Révolution française.

La paix plutôt que la guerre

Vendredi à Cherbourg pour le lancement du nouveau sous-marin nucléaire français, le Suffren ; samedi à Paris, à l’hôtel de Brienne à l’occasion d’un discours aux armées, annonçant la création d’un commandement ‘’spatial’’ au sein d’une l’armée de l’air qui deviendra une armée de l’air et de l’espace ; dimanche, à Paris pour un défilé militaire à l’occasion de la fête nationale, placée sous le signe de l’Europe de la défense ; Emmanuel Macron est décidément un chef de guerre.

Flatter le sentiment national en pleine crise économique et politique (notamment avec les affaires de Rugy), appeler à la cohésion nationale et rendre hommage aux morts et blessé (c’est bon pour la séquence émotion), le nouveau monde de Macron n’a rien à envier à ses prédécesseurs. Il fait même plus ; on peut même dire qu’il en fait des tonnes, comme on le dit plus crument.

S’il flatte les armées et ses fiers soldats en réaffirmant haut et fort qu’il veillera personnellement à l’application de la loi de programmation militaire (coût estimé actuellement à 59 milliards quand même !), ‘’en même temps’’ il est d’une insolence rare vis-à-vis des professions médicales (et notamment des urgentistes), des enseignants, des chômeurs, c’est-à-dire de beaucoup de citoyens, qui, eux, attendent des coups de pouce moins onéreux budgétaires pour mieux soigner, pour mieux enseigner, ou simplement pour avoir le droit de travailler.

En revanche, pour les militaires, Emmanuel Macron annonce comme une provocation que « l’effort budgétaire sera tenu. »

D’autres avant lui, aux Etats-Unis, ont lancé la notion de ‘’guerre des étoiles’’ ; aujourd’hui, le président de la République s’y rallie pour satisfaire son ego jupitérien.

Pour remplir toutes les annonces faites au cours de ces trois rendez-vous, les 59 milliards seront largement insuffisants ; d’ailleurs Macron a annoncé que « de nouveaux investissements indispensables seront décidés. »

A Cherbourg, le président chef de guerre a réaffirmé vouloir assumer « notre statut de grande puissance ». Comme si une grande puissance ne pouvait être que militaire, plutôt que le résultat d’investissements dans la recherche scientifique, dans la politique éducative, intellectuelle et artistique.

Contrairement à Georges Brassens qui, le 14 juillet, restait dans son lit douillet, il faut se lever contre cette politique de matamore et rejoindre les luttes des hospitaliers, des enseignants, des créateurs et des pacifistes.

Le Requiem de Mozart

Ils s’appellent Romeo Castellucci et Raphaël Pichon. Le premier est metteur en scène (et plasticien), le second est chef d’orchestre (et patron de l’Ensemble Pygmalion). Ils ont enchanté le Festival d’Aix-en-Provence et la soirée d’Arte avec le Requiem de Mozart. Un exploit rare.

Les deux hommes ont fait œuvre de création avec une extraordinaire originalité. Ils ont fait du Requiem, autrement dit une messe des morts, un spectacle (avec des séquences dansées) et un hymne à la vie et au renouveau. Ils ont mis le spectateur en condition en faisant précéder la partition de Mozart d’un chant grégorien sublime interprété a capella par les seules choristes femmes puis un chant maçonnique interprété, lui, par les seuls hommes. Une entrée en matière déroutante mais sublime tant les deux chœurs étaient parfaits. Les choristes dansent aussi, dès le début de la partition de Mozart ; danses (sublimes) qui empruntent costumes et gestes au folklore.

Si la représentation débute par la mort d’une vieille dame, disparaissant dans un lit sans fond, le Requiem se termine par la présence d’un bébé, seul sur scène, qui pleure et joue. La vie continue, et, ainsi, s’explique que sur le fond de scène défile durant toute la représentation comme un inventaire toutes les fins que nous avons connues et que nous connaissons encore. Les fins, certes, mais aussi les renouveaux.

L’orchestre a su se hisser au niveau de ces chœurs, des solistes et d’un enfant, Chadi Lazreq de la maîtrise des Hauts-de-Seine, époustouflant de justesse et d’émotion.

Evidemment, tous les intégristes catholiques éructent devant un spectacle comme celui-ci. Ils crient à la dénaturation du Requiem et au sacrilège.

C’est plutôt bon signe.

Et merci à Arte d’avoir osé programmer ce spectacle ; il n’y a que cette chaîne pour le faire.

Quand l’argent ruisselle ou pas

La société capitaliste est malade ; malade de l’argent, de ceux qui en veulent toujours plus, c’est-à-dire des actionnaires avides de dividendes à deux chiffres.

Les salariés de Conforama, durement touchés hier et abattus aujourd’hui. Quand le directeur général pensait satisfaire ses actionnaires avec la fermeture de 32 magasins et la suppression de 1900 emplois, le conseil d’administration, lui, veut fermer 44 boutiques de plus et ne s’étend pas sur le nombre de salariés à envoyer pointer à Pôle emploi.

Tout est ‘’vérolé’’ par le fric dans notre société ! Même (et surtout) le sport, ou plutôt certains sports comme le football, colonisés par les grandes fortunes.

Arnaud Lagardère vient de faire savoir qu’il était en train d’évaluer les offres de rachat de sa branche Lagardère Sports & Management. Parmi les postulants, un groupe américain, Wasserman Media Group, fondé en 1998 et déjà l’un des acteurs les plus rentables du secteur.

La firme de Los Angeles est citée comme étant la division football la plus puissante du monde (Parmi ses ‘’clients’’, deux joueuses sacrées championnes du monde avec l’équipe des Etats-Unis la semaine dernière à Lyon, à savoir Megan Rapinoe et Alex Morgan, les deux opposantes virulentes à Trump).

Les chiffres actuels ne sont pas connus, mais il y a deux ans le groupe Wasserman avait transféré des joueurs pour un montant de 3,7 milliards et empoché des commissions à hauteur de 175 millions.

Wasserman a un intérêt tout particulier à transférer le plus grand nombre de joueurs chaque année pour grossir le montant de ses commissions et son chiffre d’affaires. Pas sûr que ce soit toujours dans l’intérêt à long terme des sportifs qui se muent en machines à cash et deviennent une marchandise comme les autres. A vendre aux plus offrants. Et, évidemment, Wasserman vise les meilleurs à transférer le plus souvent possible dans les clubs les plus riches. Les coéquipiers moins prestigieux (mais sans lesquels, les vedettes ne peuvent pas jouer) sont ignorés.

On ne s’étonnera donc pas de l’inflation du montant des transferts de sportifs.

Le sport, une industrie comme les autres ? Pour Wasserman, sûrement. Pour les sportifs, cela est moins évident. Pour la philosophie sportive, pas du tout.

Les équipes se transforment, elles aussi, en machines à fric, avec d’énormes disparités (qui se creusent davantage chaque année) entre clubs riches (propriété de grandes fortunes) et clubs pauvres.

La situation entraîne une rivalité malsaine entre joueurs vedettes et ‘’porteurs de ballon’’ chargés de mettre leurs coéquipiers en situation de briller. Le système engendre un individualisme, incompatible avec la pratique des sports collectifs, et rend de plus en plus délicat le travail de l’entraîneur.

Si l’argent ruisselle, le sport n’y gagne rien.

Dans cette société du fric-roi, seuls les actionnaires de Conforma et Wasserman y gagnent.

Un monde fou, fou, fou

Un (sinistre) ministre de l’éducation nationale, démolisseur en chef du service public, qui dénature le baccalauréat pour ne pas céder aux revendications des enseignants s’opposant à une série de mesures dangereuses.

Un (sinistre) président des Etats-Unis qui jette de l’huile sur le feu et multiplie les provocations à l’encontre de l’Iran des peu sympathiques ayatollahs (accusés par Le Monde de faire monter la tension !).

Un père de famille qui meurt devant les yeux de ses enfants et de son épouse à la suite d’une expulsion musclée.

Des (sinistres) multinationales qui organisent la pénurie de médicaments en France au profit d’autres pays pour gonfler les dividendes de leurs actionnaires.

Un (sinistre) ministre de l’intérieur italien qui éructe et jette les humanitaires en prison.

Des femmes (jeunes) assassinées par leurs conjoints ou leurs concubins et une secrétaire d’état qui n’a d’autre réponse que la réunion d’un Grenelle consacré aux violences conjugales, alors qu’il faudrait faire le bilan d’une dizaine de lois votées depuis la fin des années 1990.

Un (sinistre) président de la République qui se déclare écologiste en chef et ose signer des accords avec le Canada (CETA) et quatre pays d’Amérique du Sud (Mercosur) faisant peser des dangers sur la santé alimentaire.

Inventaire à la Prévert ? Hélas !

Et un quotidien qui se prétend de référence qui ose écrire que la Grèce se normalise parce qu’elle a donné la majorité au parti de ceux qui ont plongé le pays dans le chaos. Pour Le Monde, le résultat des élections est doublement rassurant en s’inscrivant résolument dans le cadre de l’Union européenne.

Le nouveau premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, a été l’un des artisans de la crise économique avec toute sa famille, son père et sa sœur, entre autres, tous ministres.

Le Monde omet de signaler que son parti, Nouvelle Démocratie a obtenu la majorité absolue à la Vouli avec les voix de l’extrême-droit d’Aube dorée.

Et Le Monde ose titrer son éditorial : « La Grèce, un pays normal ».

J’enrage.

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