Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Fuir d’un pays à l’autre…

Quelques heures seulement avant de ne plus être ministre, Gérald Darmanin a publié au Journal officiel huit nouveaux décrets d’application de la loi immigration. Il n’est pas nécessaire de préciser que les textes sont encore plus répressifs.

Marine Le Pen n’aura pas besoin de légiférer si, par malheur, elle arrive à s’emparer de l’Elysée en 2027. C’est-à-dire demain. Darmanin et Macron ont fait le travail. Merci.

Devant ce spectacle désolant de l’idéologie raciste en action, j’ai rouvert un livre d’Alberto Manguel, écrivain argentin naturalisé canadien, La Cité des mots, dans lequel l’auteur révèle une réflexion d’Alfred Döblin, médecin militaire dans l’armée allemande avant de devenir écrivain :

« Lorsqu’un confrère écrivain qui était demeuré en Allemagne durant les années de nazisme accusa ceux qui étaient partis de se prélasser dans les ‘’fauteuils et chaises longues’’ de l’émigration, Döblin répliqua : ‘’Fuir d’un pays à l’autre – perdre tout ce qu’on connaît, tout ce dont on s’est nourri, être toujours en fuite et vivre pendant des années comme un mendiant alors qu’on est encore fort, mais qu’on vit en exil – , voilà à quoi ressemblait mon ‘’fauteuil’’, ma ‘’chaise longue’’. »

Quoi d’autre ? Rien à ajouter.

Où est la gauche ?

Je me suis déjà posé la question dans ce blog et (pourquoi ?) je retrouve (hélas !) la même interrogation dans le Cahier de José Saramago, à la date du 1er octobre 2008.

L’immense écrivain avait lâché une phrase suivante lors d’une interview : « La gauche n’a pas la moindre putain d’idée du monde dans laquelle elle vit. »

Je relis, éberlué, la suite.

« A mon intention, délibérément provocatrice, la gauche ainsi interpellée a répondu par le silence le plus glacial. Aucun parti communiste, par exemple, à commencer par celui dont je suis membre, n’est monté au créneau pour s’insurger ou simplement argumenter sur l’à-propos ou le manque d’à-propos des paroles que j’avais proférées. A fortiori, aucun non plus des partis socialistes qui sont au gouvernement dans leurs pays respectifs, je pense surtout à ceux du Portugal et d’Espagne, n’a jugé nécessaire d’exiger des explications à l’écrivain effronté qui avait osé lancer un pavé dans la mare putride de l’indifférence. Rien de rien, silence total, comme si les tombes idéologiques où ils s’étaient réfugiés ne contenaient rien d’autre que poussière et araignées, tout juste un vieil os qui ne pourrait même pas servir de relique. Pendant quelques jours, je me suis senti exclu de la société humaine comme si j’étais un pestiféré, victime d’une sorte de cirrhose mentale, qui ne sait plus ce qu’il dit. J’en étais même arrivé à penser que la phrase compatissante qui n’allait pas manquer de circuler parmi ceux qui se taisaient serait plus ou moins celle-ci : « Le pauvre, à quoi pouvait-on s’attendre à cet âge ? » Il est clair qu’ils ne me trouvaient pas à la hauteur pour donner mon avis.

Le temps a passé, le temps a passé, l’état du monde est devenu de plus en plus compliqué, et la gauche, impavide, a continué à jouer les rôles qui, au pouvoir ou dans l’opposition, lui avaient été distribués. Et moi, qui entre-temps, avait fait une autre découverte, à savoir que Marx n’avait jamais eu autant raison qu’aujourd’hui, j’ai imaginé, quand il y a un an a éclaté l’escroquerie cancéreuse des hypothèques aux Etats-Unis, que la gauche, où qu’elle fût, si elle était encore vivante, allait enfin ouvrir la bouche pour dire ce qu’elle pensait de l’affaire. J’ai l’explication : la gauche ne pense pas, n’agit pas, ne se risque pas. Il s’est passé ce qui s’est passé ensuite, jusqu’à ce jour, et la gauche, lâchement, continue à ne pas penser, à ne pas agir, à ne pas se risquer. Ne vous étonnez donc pas de l’insolente question du titre : « Où est la gauche ? » Je ne verse pas d’obole, j’ai déjà payé bien trop cher mes illusions. »

Il suffit de changer quelques détails et quelques mots et transposer ce billet de José Saramago dans la situation présente de la gauche, qui n’agit pas pour stopper la marche inexorable de l’extrême droite vers l’Elysée, n’agit pas pour trouver un premier ministre de gauche pour stopper les remèdes de charlatan du président de la République, ne pense pas aux pauvres de plus en plus nombreux dans la cinquième puissance mondiale, ne se risque pas de s’unir pour créer les conditions d’un monde meilleur.

Désillusions, encore ?

Le vieux réac et le Tour

Franck Ferrand, titulaire d’un DEA d’histoire, a forgé sa réputation en défendant des thèses révisionnistes de l’Histoire. Il est celui qui, par exemple, ose situer Alésia dans le Jura, ou la ville de Troie en Angleterre.

Bon, j’arrête ; ces deux exemples sont amplement suffisants pour situer le personnage : on peut avoir un diplôme d’histoire et être d’une profonde imbécilité. Ses thèses lui ont valu un profond mépris de la part des vrais historiens.

L’homme a des idées politiques très réactionnaires ; il admire Eric Zemmour et Philippe de Villiers. Ces proximités lui ont ouvert les portes des rédactions de CNews et de Valeurs actuelles, cela s’entend. Mais aussi d’Historia, c’est plus surprenant. Et, là, on se demande pourquoi, il a été recruté d’abord par France 3, ensuite par France 2 où il commente les étapes du Tour de France depuis 2023.

Ses sorties lui valent souvent des volées de bois vert, en raison de ses erreurs et de sa vision de l’histoire indigne d’un historien. Exemple : l’étape entre Aurillac et Villeneuve-sur-Lot du 11 juillet, alors que les coureurs traversaient la commune, il a osé : « Saint-Céré, c’est la ville natale de Pierre Poujade, qui défendait, vous savez, les petits commerçants dans les années 50. On parlait de “poujadisme”. » Sans plus de précision.

Pierre Poujade était un politicien d’extrême droite, défenseur de l’Algérie française, raciste, adorateur de Pétain, devenu ensuite proche de Jean-Marie Le Pen, élu député en 1956 sous l’étiquette poujadiste. Bref, un personnage odieux. Le téléspectateur n’en saura rien.

Est-ce ce genre de commentaire qu’attend la direction de France Télévisions ? N’est-ce pas une nouvelle preuve de la volonté de dédiaboliser le Rassemblement national ?

Franck Ferrand qui se définit lui-même comme un ‘’vieux réac’’ n’a pas sa place sur le service public. A ce stade, il faut rappeler que le racisme est un délit.

Le Tour de France, épreuve populaire, mérite d’autres commentateurs.

Les gardiens du libéralisme

Emmanuel Macron, le président qui a tant méprisé le Parlement et les corps intermédiaires, écrit aux Françaises et aux Français. Faut-il s’étonner qu’il soit une fois encore dans le déni. Il se refuse à nommer un premier ministre de gauche pour appliquer un programme de rupture, écrit en trois jours et adopté par les électeurs aussi rapidement.

Selon le président, l’Assemblée nationale serait constituée de trois blocs de forces quasi équivalentes. Emmanuel Macron feint de ne pas voir que ‘’son groupe’’, Renaissance, il le doit à des électeurs de gauche qui n’ont pas hésité à voter pour des députés qui n’ont pas manqué de soutenir ceux qui ont défendu l’usage inconsidéré du 49-3. Par esprit républicain. Comme ils avaient voté Macron pour ne pas voir Marine Le Pen accéder à l’Elysée en 2017 et 2022.

Bref, Macron se conduit odieusement ; il cultive cet orgueil qui caractérise si bien les bourgeois. Et il n’hésite pas à convoquer les patrons et le gouverneur de la Banque de France pour voler à son secours. Ce qu’ils font avec empressement ; le programme du Nouveau Front populaire les a plongés dans le tourment.

François Villeroy de Galhau, ci-devant gouverneur de la Banque de France, a entendu l’appel de Macron et il est parti en guerre contre la proposition de SMIC à 1600 euros. Selon lui, « dans la compétition économique, nos PME, nos entreprises ne peuvent pas être alourdies par des coûts salariaux excessifs, y compris le Smic, et par des impôts trop lourds. Ça serait très mauvais pour l’emploi tout de suite, et très mauvais pour le pouvoir d’achat à terme. »

Dire cela, c’est osé quand le cabinet Altarès vient de publier une étude dans laquelle on peut lire que le nombre de défaillances d’entreprises a bondi de 23,4 % en un an, c’est-à-dire entre le second trimestre 2023 et le second trimestre 2024. Le directeur des études d’Altarès confie à la Tribune : « Nous avons un trimestre assez terrible. Il y a assez peu de référence équivalente dans notre histoire récente. Les rares périodes aussi douloureuses correspondent à la crise financière de 2009 ou la crise des dettes souveraines de 2012-2013. » Il apparaît difficile de mettre cette période douloureuse sur le compte des réformes proposées par le NFP, mais bien plutôt sur les conséquences de la politique de Macron et Le Maire. Les résultats de l’ultra-libéralisme sont catastrophiques pour l’économie française.

Les gardiens des dogmes du libéralisme sont incapables de relever l’économie, partout dans monde et pas seulement en France. En revanche, ils se refusent à l’admettre et ils s’accrochent à tous leurs pouvoirs, quitte à s’affranchir de la démocratie.

De ce côté-là, il n’y a rien de nouveau et seule l’intervention des citoyens peut les amener à céder. La lettre de Macron aux Françaises et aux Français ne changera rien à la problématique. Elle n’est qu’un faux-fuyant.

On tue, on colonise

Le quasi silence est imposé sur ce qui se passe actuellement à Gaza et en Cisjordanie.

L’armée israélienne bombarde les écoles et tue des enfants. Le gouvernement de Benyamin Netanyahu a également décrété 1270 hectares de la vallée du Jourdain « propriété du gouvernement ». Il s’agit de la plus vaste confiscation de terre depuis les accords d’Oslo en 1993.

L’agence Média Palestine précise en effet que « cette décision rejoint celles des saisies de 264 hectares, en février, entre les colonies de Ma’ale Adumim et Keidar, de 800 hectares en mars dans une zone adjacente à la déclaration actuelle, et 17 hectares près de l’Hérodium. Depuis le début de l’année 2024, Israël a déclaré 2 370 hectares de la Cisjordanie comme terres d’État. » L’agence ajoute que « les terres déclarées comme « terres d’État » ne sont plus considérées comme propriété privée des Palestiniens aux yeux d’Israël, qui leur interdit de les utiliser. En outre, Israël loue les « terres gouvernementales » exclusivement aux Israéliens. »

On ne compte plus les colonies sauvages opérées par les extrémistes israéliens, en plus des colonies ainsi ‘’autorisées’’ (sic), légalisées ensuite.

Les propriétaires palestiniens sont privés de leurs terres et de leurs maigres moyens de subsistance. Pour les chasser, l’armée israélienne n’hésite pas à utiliser la force et les armes.

Dans son dernier rapport, le bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), déplore la mort de 539 Palestiniens, dont 131 enfants, en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, entre le 7 octobre et le 1er juillet. Elle ajoute que « parmi eux, 522 ont été tués par les forces israéliennes, dix par des colons israéliens et sept n’ont pas été identifiés comme étant des soldats ou des colons israéliens. En outre, plus de 5 420 Palestiniens ont été blessés au cours de la même période, dont environ 830 enfants. Plus d’un tiers de ces blessures ont été causées par des balles réelles. L’OCHA a enregistré 28 incidents de frappes aériennes sur le territoire, au cours desquels 77 Palestiniens, dont 14 enfants, ont été tués. »

Les médias et les gouvernements occidentaux (à quelques exceptions près) sont étrangement muets. Comment peut-on encore taire de tels actes inadmissibles et inhumains ? Comment ne pas prendre les mesures pour s’opposer au génocide du peuple palestinien ?

Tout est à nous

Le méprisant de la République a inondé son entourage (ce qui en reste) des fameux éléments de langage que chacun est chargé de délivrer tout au long des entretiens dans les médias. Partout où ils seront repris pour les transformer à force de redites en idées dominantes et en évidences.

Le méprisant de la République reste fidèle à sa ligne de conduite : il continue à mépriser les électeurs qui ont voté en masse pour le Nouveau Front populaire, les députés, les partis politiques qui ne lui ont pas fait allégeance, les salariés qui ont font confiance à leurs syndicats, etc.

Emmanuel Macron, donc, ne reconnaît pas sa défaite et fait répéter à longueur de discours que le Nouveau Front populaire ne peut pas gouverner. L’idée n’est pas seulement saugrenue, mais elle est osée dans la bouche d’un homme qui a réussi à faire adopter des lois sans majorité, à coup de 49-3.

Son illustre ministre des finances, lui, répète que le programme économique du NFP mènerait la France à la faillite, alors qu’il a réussi à endetter la France comme jamais et à faire dégrader la note du pays.

Ces gens-là ne manquent pas de culot !

Curieusement, dans le même temps, ils ont fait appel aux fameuses agences de notation et Moody’s, gardienne des dogmes d’austérité pour les pauvres et de cadeaux pour les riches, sort du bois la première. Elle fait savoir que l’abrogation des réformes des retraites et de l’assurance-chômage entraînerait ipso facto la dégradation de la note de la France.

Où l’on constate que, effectivement, la bourgeoisie ne lâche rien. Et ne respecte pas le verdict des urnes.

A quelques jours du 14 juillet, 235e anniversaire de la prise de la Bastille, il est plus que jamais nécessaire de reprendre les paroles de la Marseillaise pour ne pas se laisser voler un succès électoral, même étriqué. Dans les usines, tous les lieux de travail (ou de vacances), dans les rues. Seul un soulèvement fort et uni, puissant, permettra au Nouveau Front populaire de mettre en œuvre son programme de rupture avec l’ultra-libéralisme.

A ceux qui scandent « Touche pas à mon fric », le peuple doit répondre « Tout est à nous, rien n’est à eux ». Comme en 36 !

L’histoire, à nous de l’écrire

Le 7 juillet, sur le coup de 20 heures, combien y a-t-il eu de rires, de larmes, de soupirs de soulagement parmi les salariés de l’ombre, ces petites mains qui font tourner l’économie, mais dont Bardella et Le Pen disaient qu’il fallait les renvoyer chez eux. Soulagements aussi chez ceux qu’on classe parmi les LGBTI, chez les soignants, chez les enseignants. Mais aussi chez les pauvres qui espèrent enfin voir le SMIC être revu à la hausse rapidement. Chez les chômeurs dont Macron et Attal voulaient revoir les droits. Chez les retraités, les gens de culture, chez les salariés du service public de l’audiovisuel. Etc.

La liste est longue de ceux qui ont fêté la victoire du Nouveau Front populaire.

Tout le petit peuple, celui qui trime et ne reçoit que mépris de la part des ultra-riches et des premiers de cordée, a cloué le bec à Marine Le Pen, d’habitude plus provocatrice ; ce dimanche soir, dépitée, elle a même renoncé à apparaître, laissant Bardella déverser sa haine et ses rancoeurs.

Emmanuel Macron a renoncé, lui aussi, à intervenir à la télévision, lui qui s’imposait chaque jour, choisissant ceux qui devaient lui tendre le micro.

La fête a été belle et joyeuse chez ceux qui souffraient en silence et qui avaient peur. Mais la lutte ne fait que recommencer. Car la bourgeoisie ne lâche jamais rien. Alors, il va falloir continuer la lutte pour transformer les espoirs en réalité.

Quand l’espoir est redonné au peuple, la lutte est encore plus joyeuse. Elle se fortifie elle-même et permet d’engranger les avancées sociales. 

Quand la politique devient l’affaire de tous, les bourgeois prennent peur à leur tour, car ils savent que rien n’arrête un peuple uni. Alors, ils vont essayer d’ouvrir des brèches dans le Front populaire, lancer des appels à la raison, tendre des pièges et tenter de corrompre les maillons qui semblent les plus faibles à leurs yeux.

Une page d‘histoire s’écrit. Et c’est à chacun d’entre nous de veiller à ce que cette page ne soit pas raturée.

Tambouille dans les Yvelines

Elle se présente à la députation dans la 11e circonscription des Yvelines. Personne ne l’a connaît et ne sait d’où elle vient. Elle n’a pas de photo sur son tract électoral (seulement celles de Marine Le Pen et Bardella) et on ne connaît même pas le nom de son suppléant ; il faudra attendre de lire le bulletin de vote pour découvrir le nom de l’impétrant. Surtout, elle n’a pas de programme.

On sait seulement qu’elle s’appelle Victoria Doucet.

En vertu de quoi elle a recueilli 10 243 voix et 21,79 % des suffrages exprimés, contre 20 395 voix pour le candidat du Nouveau Front populaire et 13 752 pour le candidat présenté par l’UDI avec le soutien des Républicains et de la majorité présidentielle.

Personne ne connaît Victoria Doucet, mais elle fait un résultat inespéré. Désolant !

Au soir du dépôt des candidatures pour le 2e tour, la candidate est toujours aussi fantomatique. Et c’est le responsable des Yvelines du RN qui répond à sa place : « Nous considérons que le candidat de la gauche et son suppléant représentent un danger pour la République. C’est pourquoi nous préférons nous désister de cette circonscription pour faire barrage à l’extrême gauche. »

Le candidat UDI ose prétendre : « C’est une surprise totale. Une belle surprise, je le reconnais, qui nous permet d’espérer l’emporter le 7 juillet. » Et de prétendre ne pas connaître, lui non plus, la candidate-fantôme.

C’est probable, mais le candidat et son entourage (dont le maire d’Elancourt) connaissent bien le responsable du RN dans les Yvelines, Laurent Morin.

Si le candidat de la gauche, William Martinet, est surpris, la candidate du parti macroniste, a des raisons, elle, d’être suffoquée. Adoubée par Ensemble, Aurélie Piacenza a finalement renoncé et déclare sur son compte Twitter : « Je me suis désistée pour Laurent Mazaury, un candidat de la droite et du centre, afin d’éviter le duel entre le RN et le député sortant LFI. Malheureusement pour le second tour de dimanche prochain, le désistement de la candidate RN (…) compromet mes valeurs. Dans ce contexte, je demande à Laurent Mazaury de clarifier la situation et son opposition ferme aux idées du RN. »

On s’en serait douté, Laurent Mazaury n’en a rien fait.

La tambouille yvelinoise est vraiment nauséabonde, avec une candidate-fantôme, le désistement du RN au profit d’un candidat qui se prétend de la droite et du centre, une candidate macroniste qui avait renoncé à se présenter et qui est le dindon de la farce. Où il est prouvé que le RN est prêt à tout, comme la droite, en prenant les électeurs pour des imbéciles.

Laurent Mazaury a perdu son honneur car, après avoir obtenu le soutien des macronistes au premier tour, il obtient celui des crypto-fascistes au second. Le RN, lui, n’a rien perdu, car avec 10 243 voix, la candidate-fantôme rapportera un peu plus de 16 000 euros de subvention annuelle. Sans avoir engagé de frais de campagne. Elle est pas belle la démocratie où le parti de Le Pen et Bardella prend les électeurs pour des ‘’couillons’’ ! Hélas, les Yvelines ne sont pas un cas isolé.

Comme le déclare le candidat de la gauche, cela fait maintenant deux raisons de voter contre Laurent Mazaury !

Odieux Bardella

La famille Le Pen a pour habitude de rechercher les saillies pour tenter de mettre les rieurs de son côté. Ces prétendus traits d’esprit sont toujours ignobles et franchissent la ligne rouge de l’odieux.

Jordan Bardella qui fréquente assidument le parc de Montretout à Saint-Cloud a bien (et vite) appris les leçons du vieux collabo. Le 27 juin, en plein débat, il a lancé à Olivier Faure : « Ça y est, Jean Moulin est de retour », en arborant un large sourire de satisfaction.

La phrase n’a pas été commentée par les médias qui ont, une nouvelle fois, manqué à leur devoir de dénoncer les ignominies de l’ex-Front national. Ils auraient pu et dû faire remarquer que Jean Moulin, authentique Résistant, a été torturé par les nazis et qu’il mort dans un convoi à destination des camps de concentration.

Comme l’écrit Dominique Bry sur le site Diacritik « en comparant son adversaire du jour (Olivier Faure) et ses propos au symbole de la Résistance au nazisme, Jordan Bardella s’est placé tout seul et de fait dans le camp d’en face ». Comme Jean-Marie Le Pen quand il a osé dire que les chambres à gaz étaient un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Par cette phrase, le putatif premier ministre vient de prouver que le Rassemblement national est le digne héritier du Front national et qu’il n’a pas changé.

Aux citoyens qui s’apprêtent à voter pour le Rassemblement national pour la troisième fois en un mois, on peut ajouter le témoignage de l’écrivain italien Sandro Veronesi, rapporté par Télérama :

« Nous devons dire aux Européens ce qui se passe, car ayant un gouvernement d’extrême droite depuis bientôt deux ans, nous sommes un point de repère. Notre télévision publique est mise au pas comme jamais auparavant, même sous Berlusconi. Des présentateurs se font virer, des doubleurs hésitent même à poser leur voix sur une série d’animation tirée du travail de Roberto Saviano, de peur de ne plus trouver de boulot. Nous avons le devoir de témoigner. Car nous Italiens avons commis un péché originel : il y a cent ans, nous avons inventé le fascisme. C’est un produit de chez nous, appellation d’origine contrôlée, comme le parmigiano reggiano, qui s’est exporté dans le monde entier et demeure actif partout. Avant l’Italie, il n’y avait pas de fascisme. Nous avons créé un cancer qui s’est étendu dans le monde. Cela nous donne une responsabilité. »

Veronesi a ajouté : « Il n’y a pas de possibilité de parler avec ces gens qui font une chose et la nient aussitôt. Dans les rassemblements de la jeunesse ‘’mélonienne’’, comme l’a montré l’enquête du site fanpage.it, ils font le salut romain et hurlent des slogans fascistes, ce que leurs dirigeants démentent tous les jours. »

Quoi d’autre ?

N’est-ce pas suffisant pour discréditer définitivement Jordan Bardella ?

Résistance

Les appels à faire barrage du Rassemblement national et à son dernier ralliement, Eric Ciotti, se multiplient. Le danger est trop grand, trop imminent pour rester spectateur. 

Résister d’abord, proposer un programme de rupture ensuite. C’est ce que propose le Nouveau Front populaire. Les citoyens ne peuvent plus être des spectateurs quand c’est le quotidien qui peut être bouleversé si Bardella est envoyé à Matignon.

Pour sa part, la CGT a réitéré son appel :

« L’extrême droite est un poison mortel pour notre République, notre démocratie et pour les travailleuses et les travailleurs.   L’extrême droite est raciste, antisémite, islamophobe, sexiste, homophobe et violente. Si elle arrive au pouvoir,elle instaurera une société ségrégationniste, elle s’attaquera à tous les contre-pouvoirs, à la liberté de la presse, à l’indépendance de la justice, des organisations syndicales et de la société civile. »

La Résistance s’organise, même en plein Festival d’Avignon. Tiago Rodrigues a annoncé, par exemple, « une nuit de résistance le jeudi 4 juillet, de minuit à 6 heures du matin dans la Cour d’honneur du palais des Papes après le spectacle d’Angélica Liddell. Tous les artistes du festival, In et Off mêlés, s’y retrouveront pour inviter à défendre au second tour nos belles valeurs républicaines. Les spectateurs y sont gratuitement conviés. Le patron du Festival est combatif, chaleureux, généreux. »

Si Emmanuel Macron a tant méprisé le peuple, ses salariés et ses syndicats, ses gens de culture, ses députés (en ayant recours au 49-3), ses soignants, ses enseignants, ses agriculteurs, ce peuple, lui, est debout pour défendre « nos belles valeurs républicaines » qu’il a, lui, tant piétiné.

Les amitiés de la Bourse

La Bourse de Paris ne vote pas. Cependant, elle a ses préférences politiques. Ce matin, les médias aux ordres (du capitalisme) rapportent que le cours du CAC 40 a bondi de 2,59 % à l’ouverture ce lundi.

Les investisseurs seraient soulagés, relatent-ils, que « le scénario le moins favorable pour les marchés, celui d’une majorité absolue de l’alliance des gauches, est quasiment écarté ».

Ils ne se réjouissaient pas de voir le Rassemblement national aux portes du pouvoir, mais ils étaient prêts à composer avec lui ; au contraire le Nouveau Front populaire les effrayait.

Les fonds d’investissement ne votent pas, mais ils savent faire connaître leurs préférences idéologiques et économiques. Ils savent effrayer les citoyens en manipulant la Bourse et en faisant dire tout et n’importe quoi au cours du CAC 40 pourvu que le résultat des peurs préserve leurs affaires.

Les affairistes ne lâchent jamais une parcelle de pouvoir ; ils se radicalisent quand le danger est trop grand de voir la gauche de transformation sociale se renforcer. Ces parasites de la vie publique et démocratique ont toujours su s’associer avec les fascistes, lâchement, et les fascistes, prudemment, ont toujours su préserver leurs richesses.

Le scénario se déroule aujourd’hui devant nos yeux. La Bourse remonte parce que le rapport de force est insuffisant pour parvenir à faire gagner la nouvelle union de la gauche, constituée trop tardivement. Ils ont agité le chiffon rouge et les citoyens exaspérés se sont jetés dans les bras de Marine Le Pen.

Quand la gauche, riche de sa pluralité, comprendra-t-elle la leçon et cultivera-t-elle l’espoir d’une société apaisée, sociale, progressiste, humaine quoi ?

Pour libérer l’information

A la veille du premier tour des élections législatives les journalistes ne peuvent plus différer l’examen de leurs responsabilités dans les résultats de l’extrême droite.

Certes, ils ne sont pas propriétaires des médias dans lesquels ils travaillent.

Certes, la concentration des grands médias exerce une influence considérable sur l’exercice de la profession.

Certes, le pluralisme des médias, légalement existant, est largement bafoué, de même le pluralisme des opinions est détourné. 

Certes, les journalistes pèsent de moins en moins dans le choix des lignes éditoriales.

Mais la façon dont ils conçoivent eux-mêmes leur profession peut et doit jouer un rôle.

Les journalistes assument une mission sociale : satisfaire le droit à l’information du public, droit dont le respect est la justification de l’existence du métier et la condition première de toute démocratie.

Pour les journalistes, la liberté, c’est de pouvoir écrire, montrer et parler conformément à l’intérêt du citoyen, en conscience.

Certes, la liberté totale d’expression n’a jamais existé.

Certes, la prétendue objectivité est illusoire si on n’apprécie pas, pratiquement, comment se fait l’information.

Mais, aujourd’hui, trop de journalistes défendent indifféremment n’importe quelle thèse, exécutent n’importe quelle tâche sous l’injonction de hiérarchies qui ont fait allégeance à l’actionnaire par souci de lucre ou de carrière, voire par pure idéologie.

Les journalistes, doivent faire leur examen de conscience et ne plus se complaire dans le système poussé à son paroxysme par les médias de Bolloré.

Les journalistes ne peuvent plus considérer les partis d’extrême droite, xénophobe, fascisant, excluant les citoyens selon l’endroit où ils sont nés, selon la couleur de leur peau ou selon leur genre, comme les autres partis républicains.

Les journalistes doivent revenir aux principes professionnels, librement adoptés en dehors de toute ingérence intérieure (l’actionnaire) ou extérieure (les groupes de pression et la publicité), en réhabilitant l’exigence d’une information complète, mise en perspective et vérifiée, en prenant conscience de leurs responsabilités, de leurs devoirs envers les citoyens d’une démocratie pleinement retrouvée.

Les journalistes doivent refuser de mettre la profession au service des manipulations de masse, de servir de relais pour les riches propriétaires des médias en vue d’écraser les pauvres.

Les journalistes doivent s’engager à reconquérir la confiance des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs en dissipant les malentendus et en combattant la haine meurtrière, bref à rendre toute sa noblesse à leur profession.

Etat-nation ? Non !

En lisant Le banquet des empouses, le dernier roman d’Olga Tokarczuk, prix Nobel en 2019, j’ai remarqué quelques phrases. Je les livre à la réflexion de ceux qui ont l’intention de voter pour le Rassemblement national :

« Monsieur August considère que la mode des Etats-nations est une tendance passagère qui finira mal. Trier artificiellement les gens selon des catégories aussi pitoyables que l’endroit où ils sont nés ne rend nullement justice à la question complexe de l’identité (…) La nation est une invention. Le paradoxe consiste en ce que les Etats-nations ont besoin d’autres Etats-nations comme les champignons ont besoin de la pluie. Un seul Etat-nation n’a aucun sens, sa raison d’être est la confrontation et la différenciation. Tôt ou tard, cela mène à la guerre. »

Quoi d’autre ?

De multiples raisons de dénoncer le parti fascisant, quand on est femme, immigré à la peau noire ou basanée, musulman, homosexuel, journaliste, artiste, …

Pour en revenir à Olga Tokarczuk, qui, elle aussi, a reçu des menaces de mort après avoir dénoncé le régime des frères Kaczynski et traitée de ‘’non patriote’’, elle prouve à quel point la lecture est nécessaire pour s’émanciper et lutter contre l’obscurantisme.

Je reviendrai plus longuement sur Le banquet des empouses, un roman qu’il faut absolument lire.

Dénoncer les mensonges

A la veille des élections législatives voulues par Emmanuel Macron, on se demande pourquoi le pays des Droits de l’Homme (et de la Femme) est, paraît-il, prêt à se jeter dans les bras du Rassemblement national.

Ce parti, continuateur d’un Front national fondé par des nazis, prétend avoir changé ; ses prises de position ou ses votes à l’Assemblée nationale prouvent le contraire. Son programme cultive l’art de ne pas dire la vérité. Le RN ment. Notamment quand il prétend ne plus tolérer de racistes parmi ses adhérents.

Quelques-uns d’entre eux (mais quelques-uns seulement), aujourd’hui encore, ont perdu leur investiture pour des propos racistes ou homophobes, mais on ne compte plus ceux qui avancent masqués et ceux qui ne sont guère plus fréquentables, pro-russes, anti-IVG et anti-vax, climato-sceptiques, etc., et qui sont encore candidats à la députation.

Jordan Bardella est jeune et il ment comme un vieux routier de la politique. Il continuerait à mentir même devant la réalité et la vérité.

Le mensonge est dans le sang de ce Rassemblement prétendûment national, quand il veut expulser les binationaux et tous les immigrés. Il est prêt à tous les mensonges pour accèder au pouvoir, mais le pire, c’est que la famille Le Pen a contaminé toute la société par ses mensonges depuis près de 40 ans.

Il reste encore quelques jours pour dénoncer ses mensonges et faire éclater la vérité.

Pour cela, il n’y a qu’une solution, l’union de la gauche et de son nouveau Front populaire.

Retrouver sa boussole

Le Monde vient de relater la situation catastrophique des 219 salariés, majoritairement des chauffeurs, de l’entreprise Expotrans. Spécialisée dans le transport d’enfants en situation de handicap, elle était détentrice de marchés publics de nombreux départements (Puy-de-Dôme, Morbihan, Mayenne, Aisne, Vendée, Corrèze, Nord et Sarthe, etc.). Elle a été mise en liquidation judiciaire après avoir surexploité des salariés, mal rémunérés (et avec retard), non payés pendant deux mois (février et mars), découvrant que leur mutuelle n’était pas payée. Ils ont été licenciés et ne bénéficient plus de la priorité d’embauche dans la société qui prendra la suite du marché, conformément à la convention collective.

Les salariés d’Expotrans sont les victimes de patrons-voyous qui n’ont pas hésité à s’octroyer 107 282 euros de dividendes en 2023.

Le Monde a interrogé plusieurs chauffeurs d’Expotrans ; l’une d’entre eux, Danielle, avait pris la tête de la rébellion en Mayenne. Aujourd’hui, écrit le quotidien, « elle a choisi de s’encarter. A la CGT d’abord ‘’pour dépatouiller l’affaire’’. Et au Rassemblement national. ‘’Ça paraît incompatible, je sais, mais c’est comme ça’’. »

Cette simple phrase en dit long sur l’état du corps électoral à quelques jours des élections législatives anticipées. 

Comment une salariée, qui fait preuve d’un bel instinct de classe en luttant et en rejoignant la CGT et qui dénonce les patrons-voyous, peut-elle faire confiance au RN au niveau politique, tout en admettant que « ça paraît incompatible ».

On mesure l’impact des mensonges du RN et la confusion qui a envahi les esprits de trop nombreux salariés votant pour l’extrême droite.  Comment cette salariée qui a ouvert les yeux en grand après avoir été une victime des politiques patronales, peut-elle ignorer que le RN a déjà remis à plus tard le retour à la retraite à 60 ans, voté contre l’augmentation du SMIC, l’indexation des salaires sur l’inflation, la revalorisation des petites retraites, la loi permettant de faire entrer l’avortement dans la constitution, etc ? Comment Danielle qui a opté pour un syndicat oeuvrant au rassemblement des salariés peut-elle faire confiance à un parti raciste, antisémite, homophobe, sexiste, qui est l’ennemi des services publics et des libertés, un parti qui a toujours été du côté des patrons ?  

En s’interrogeant, on s’aperçoit que dans le raisonnement de Danielle, il y a de grands absents, les partis de gauche et le Front populaire. Ont-ils à ce point perdu le contact avec les classes laborieuses ?

Il reste peu de temps pour convertir tous les salariés qui, comme Danielle, ont perdu leur boussole.

Vincent Bolloré hors la loi

Dans sa chronique sur France Culture du 17 juin, Esther Duflo a relevé que « certains parallèles existent entre la situation politique française actuelle et les élections de 1932 en Allemagne qui ont vue l’arrivée d’Hitler au pouvoir ».

La lauréate du prix Nobel d’économie a fait le rapprochement entre le rôle joué par le magnat de l’acier (président du conglomérat Krupp) et des médias (contrôlant 1600 journaux papier, les studios UFA ou encore l’agence de presse Telegraphen Union) Alfred Hugenberg et Vincent Bolloré aujourd’hui.

Alfred Hugenberg, qui avait rallié le parti nazi en 1931 dans une alliance dite ‘’front national’’ avait mis tout ses médias au service d’Hitler.

Vincent Bolloré, lui, a mis ses médias au service de la constitution d’un front uni du Rassemblement national et des Républicains avec la complicité d’Eric Ciotti. Après avoir confié des tranches horaires à Pascal Praud, il a également dépêché Cyril Hanouna sur Europe1 pour deux heures d’une émission baptisée ‘’On marche sur la tête’’ consacrée, sans surprise, à l’actualité politique, pendant les quinze jours de la campagne électorale.

Les parallèles constatées par Esther Duflo sont troublantes, même si les situations de 1931 et de 2024 ne sont pas identiques. Vincent Bolloré contrôle de puissants relais audiovisuels, dont on mesure chaque jour l’impact néfaste sur les citoyens ; en confondant les genres, information et divertissement (Hanouna n’est pas journaliste), Bolloré jour la carte jeune et la France profonde (mais pas que…).

Les parallèles dénoncées par Esther Duflo auraient dû déclencher des réactions de la part des démocrates : Vincent Bolloré est hors la loi.

Les médias audiovisuels relèvent de la loi de 1986 relative à la liberté de communication, contrairement aux médias écrits (ou papier). Le législateur a tenu à fixer des bornes pour l’audiovisuel ; le nombre de canaux de diffusion étant limité (malgré la TNT), quand le nombre de journaux écrits peut être illimité. Il est impossible d’ouvrir des canaux à tous les courants d’opinion, mais il est nécessaire de leur accorder l’accès aux moyens de diffusion.

L’attribution d’une fréquence s’accompagne d’une série de mesures, notamment le « caractère pluraliste de l’expression des courants de pensée et d’opinion » et le pluralisme culturel.

Le législateur a tenu à préciser que « le pluralisme apparait comme une des garanties objectives de la liberté de communication. Il apparait comme la condition d’effectivité de la liberté de communication et constitue en tant que tel un aspect de cette liberté. La libre communication des pensées et des opinions ne serait pas effective si le public auquel s’adressent les moyens de communication audiovisuelle n’était pas à même de disposer, aussi bien dans le cadre du secteur public que dans celui du secteur privé, de programmes qui garantissent l’expression de tendances de caractère différent. »

En transformant ses chaînes de télévision (C8 et CNews) et de radio (Europe1) en médias d’opinion, Vincent Bolloré s’est donc placé hors la loi. On peut dès lors s’étonner de l’absence de réactions tant des politiques que du régulateur, l’ARCOM, quand les contraventions sont avérées.

Esther Duflo a montré que le franchissement des limites pouvait conduire à la catastrophe.

Diables gardiens

Il s’agit d’un livre qui fait grandir, œuvre d’un artiste et designer, mais aussi architecte, Alessandro Mandini, et d’un écrivain, poète, Erri De Luca.

Les deux hommes sont des figures de la culture italienne d’aujourd’hui. L’un a exécuté une série de dessins inspirés, dit l’introduction, des traits d’un enfant dyslexique et des monstres qui peuplent ses nuits ou plutôt ses cauchemars. L’autre a écrit des textes qui lui répondent. « L’image et l’écriture s’affrontent quand elles sont mises ensemble. L’image, qui a le public le plus large, utilise l’écriture comme sa propre légende. L’écriture, de son côté, veut que l’image soit son illustration. En l’occurrence les hostilités sont suspendues. Ici, l’image a la priorité et c’est elle qui est à l’origine de la page de droite qui suit », dit la préface.

L’invention, le rêve et l’imaginaire ont donné naissance à un livre d’une finesse et d’une intelligence rares et d’une beauté infinie.

Les deux auteurs nous emportent dans un tourbillon et nous font rêver ; mais surtout, ils nous émerveillent en nous obligeant à réfléchir, donc à grandir.

C’est un livre admirablement mis en page, qui libère l’esprit de toutes les niaiseries télévisuelles et des réseaux sociaux.

Diables gardiens, Gallimard, 95 pages, 16 euros.

Notre printemps est un printemps qui a raison

Alain Serres, enseignant, auteur et dirigeant des superbes éditions pour la jeunesse Rue du monde, a lancé un appel pour que la France n’écrive pas « une nouvelle page noire de son Histoire ».

Il écrit : « Notre printemps est un printemps qui a peur, mais il rêve.Il rêve toujours et encore, de toute la force des histoires différentes qui nous constituent, de toutes les molécules humanistes de nos ADN citoyens, il rêve pour les enfants de notre pays, filles et garçons, dans leur lumineuse diversité d’origine. Notre printemps rêve pour le droit à l’éducation aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité dans une école de la République enfin revivifiée, pour le droit à la formation à l’esprit critique et aux valeurs vitales de l’écologie, de la solidarité, pour le droit au bonheur d’accéder équitablement à la culture et aux livres. Notre printemps rêve à voix haute pour le droit à une information indépendante des puissances d’argent. Le droit à une justice sociale qui n’enferme pas les citoyens dans cette misère noire qui peut les rendre aveugle. »

Alain a édité des livres qui font grandir les enfants, de plus petit au plus grand, dans le respect de l’autre, fustigeant tous les racismes ; il est donc autorisé à écrire : « Je relis, ce matin, plusieurs livres que nous avons publiés depuis 28 ans dans notre petite Rue du monde. Ils racontent la montée de la barbarie dès 1933 en Allemagne, l’esprit de résistance, ils offrent des guirlandes de poésie contre le racisme et l’antisémitisme ou ils invitent au voyage vers le miroir enrichissant de toutes les autres cultures. »

Il lance un vibrant appel pour que « notre printemps ne rêve pas simplement de dresser un solide barrage au péril qui menace notre pays aujourd’hui », mais qui puisse faire émerger « un puissant tremplin à des changements décisifs. Enfin ! »

Il termine son très beau texte en empruntant un vers de Paul Eluard : « Notre printemps est un printemps qui a raison ».

Il dépend de tous de donner raison au poète de combat qu’était Eluard et au Front populaire.

Retrouver le goût du rire

L’écrivain Marc Dugain a brossé dans Télérama un portrait sévère (mais juste) d’un méprisant de la République « qui a inauguré le pont entre le gouvernement de Vichy et ses fiers descendants ».

Il a multiplié les épithètes et les qualificatifs ; Emmanuel Macron ne serait qu’un marquis de la mondialisation, un moderniste exalté, un irrésistible énarque, un homme obtus isolé dans ses choix. Et pour finir, un personnage cynique.

Marc Dugain a raison, cent fois, mille fois et davantage encore. Le fier-à-bras a semé le chaos après les élections européennes. Seul, entouré seulement de quelques prétendus conseillers qui, de toute façon, n’ont jamais osé le contredire.

Car l’homme de l’Elysée ne doute de rien ; il l’a encore prouvé au cours de sa conférence de presse du jour. Il n’a commis aucune erreur et n’en commettra jamais, tellement il est supérieurement intelligent.

Le méprisant de la République a une haute idée de lui-même. Son égocentrisme est sans limite. Mais ne nous trompons pas, comme tous les fiers-à-bras, il est pleutre et son autoritarisme lui sert à cacher ses faiblesses et ses peurs. Du peuple, de la foule (quand elle n’est pas gardée à distance par les forces de l’ordre) et même des humoristes.

Sa copine de l’ENA, Sybil Veil, qui connaît bien son Macron, a osé licencier Guillaume Meurice pour faute grave et déloyauté répétée.

Voilà un nouvel acte qui fait la démonstration que, chez ces gens-là, on ne rit pas. Le police des mœurs ne sévit pas qu’à Téhéran.

Le peuple de gauche, lui, a envie de retrouver le goût du rire, des moments de convivialité joyeuse et de tourner la page des leçons des ratiocineurs du genre Macron, Le Maire, Darmanin, Bolloré et consorts. Et de laisser une place dans l’espace médiatique aux humoristes comme ceux de la bande à Charline Vanhoenacker et Guillaume Meurice. Et de faire revivre le Front populaire et le programme des Jours heureux du CNR.

Front populaire

Emmanuel Macron, humilié, déclare vouloir donner la parole au peuple. Lui, le parfait exemple du souverain autoritaire, qui prônait le pouvoir vertical, lui, le président qui n’a pas entendu le peuple quand il se soulevait massivement contre sa loi travail, contre sa réforme de l’assurance-chômage, contre sa loi immigration, ses réformes de l’enseignement, l’agonie de notre système de santé, vient de prendre un pari fou : dissoudre l’Assemblée nationale.

Lui, l’homme politique héritage de François Hollande qui voulait faire barrage à la famille Le Pen, a déroulé le tapis rouge à la fille d’un nauséabond personnage qui n’a pas hésité à pratiquer la torture en Algérie.

Il feint de se sauver lui-même en jouant sa dernière carte du poker menteur. 

Il s’est humilié lui-même en abusant des médias, intervenant lui-même dans la campagne après avoir convoqué des journalistes-potiches, en imposant aux chaînes l’organisation d’un débat entre son premier ministre et la tête de liste des Le Pen. Sans vergogne.

Ce président ose tout, mais il a fini par se perdre, entraînant le peuple de France dans une aventure folle. François Ruffin l’a traité vulgairement de taré, disant tout haut ce que beaucoup de citoyens pensent. Il faut être vraiment taré pour favoriser l’ascension dans la population d’une clique peu ragoutante qui exploite la misère comme l’ont fait avant elle tous les partis fascistes ou fascisants.

On ne peut pas exonérer la gauche, toute la gauche, de ses responsabilités dans la situation de crise que connaît le monde politique.

On peut encore aujourd’hui se poser la question de savoir où est la gauche ; mais il va bien falloir que cette gauche, honnête et solidaire avec les miséreux, se retrouve enfin pour stopper la montée de la bête immonde, expulser l’actuel locataire de l’Elysée, en créant un nouveau Front populaire

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