Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Où vont les profits de la guerre ?

Dans son billet hebdomadaire, l’économiste Gabriel Zucman s’interroge : Où vont les profits de la guerre ? Mais s’il s’interroge, il apporte aussi des réponses, évidemment iconoclastes pour les médias aux mains des pouvoirs. Autrement dit, le citoyen n’a pas à savoir.

Zucman fait d’abord un constat : « Avec l’envolée des prix du pétrole, les bénéfices des sociétés extractives explosent et finissent recyclés dans les paradis fiscaux. Mais il n’est pas trop tard pour taxer efficacement les profiteurs de guerre. »

Pourquoi et comment ? Là encore, Zucman dévoile les mécanismes : « À partir des années 1980, les compagnies pétrolières, ces grandes multinationales du 20e siècle, mirent tout leur pouvoir derrière un projet de réécriture des règles du jeu économique international, qui devait assurer leur prospérité. »

C’est ainsi que les compagnies pétrolières américaines qui payaient 65 % d’impôts sur leurs bénéfices avant 1974, ont fait baisser les taux à 37 % en 2023. Et, dit l’économiste, les superprofits d’aujourd’hui vont de cacher dans les paradis fiscaux.

Il ajoute que « Concrètement, là où 90% de la rente pétrolière se voyait socialisée dans les années 1970, les deux tiers de cette dernière atterrissent dans la poche des actionnaires aujourd’hui. »

Zucman enfonce le clou : « Paradoxe accablant : alors qu’il n’a jamais été aussi urgent d’arrêter l’extraction d’énergie fossile au profit de sources décarbonées, les profits que les acteurs économiques privés peuvent tirer de cette activité n’ont jamais été aussi fabuleux. « Quand les prix du pétrole augmentent, nous nous faisons beaucoup d’argent » a déclaré benoîtement Donald Trump en mars. Par « nous » il faut bien sûr comprendre les sociétés pétrolières (qui comptent parmi les principaux financeurs de sa campagne) et les ménages les plus aisés (détenteurs d’actions). »

L’économiste appelle donc les gouvernements à faire un choix politique : imposer les superprofits mondiaux des entreprises extractives et non ce qu’elles prétendent réaliser en France. Il ajoute : « D’autres solutions sont envisageables, comme imposer les augmentations de capitalisation boursière en lieu et place des superprofits, comme nous l’avions proposé avec mes collègues de l’Observatoire européen de la fiscalité (devenu depuis Observatoire international de la fiscalité) en 2022. »

Gabriel Zucman doit être entendu et relayé politiquement pour que, comme il l’écrit dans sa conclusion, « comme leurs prédécesseurs du 20e siècle, les profiteurs de guerre doivent payer ».

Chiche ! Dans un pays endetté comme la France, cela soulagerait d’autant les ponctions effectuées sur les moins riches et les pauvres.

Louis Bielle-Biarrey

Louis Bielle-Biarrey est le jeune joueur (pas encore 23 ans) qui m’a réconcilié avec le rugby. Réconcilié ? Oui, parce que je déplorais que ce sport sombre totalement dans le contact entre joueurs au physique impressionnant, provoquant de plus de plus de blessures graves.

Entendons-nous bien, le rugby reste un sport de contact, mais on avait tendance à oublier qu’il était aussi un sport d’évitement où de nombreux joueurs français excellaient pour éviter d’être plaqués par les adversaires.

L’évitement, donc, exige des qualités d’intelligence, faites de feintes, de changements de direction et, surtout, d’anticipation, c’est-à-dire d’une compréhension du jeu immédiate et rapide. Louis Bielle-Biarrey a des jambes de feu : non seulement il court (très) vite, mais il voit aussi plus vite que ses adversaires le mouvement qui les déséquilibrera.

Ce sont toutes les qualités que Louis Bielle-Biarrey possède au plus haut niveau. Ses dribbles et ses feintes désorientent les plus valeureux adversaires. Quand il a le ballon en main, il éclaire le jeu ; quand il est parti dans un sprint échevelé pour marquer un essai, il est capable de multiplier les feintes pour éliminer l’adversaire.

Louis Bielle-Biarrey n’est pas un gringalet (il mesure 1,84 m), mais il a réhabilité l’intelligence du jeu de rugby. On ne s’étonne plus en le voyant marquer essai sur essai dans son club de Bordeaux-Bègles ou avec l’équipe de France en revenant aux fondamentaux d’un jeu qui évoluait vers un affrontement entre gaillards d’1,90 m, pesant 100 kilos.

On admire ses courses, ses feintes et son sens du vrai jeu de rugby. Avec lui, le rugby retrouve toute sa beauté.

Le chef-d’œuvre socialiste

C’est un rapport bouleversant que vient de publier une équipe pluridisciplinaire sur les caractéristiques socio-démographiques et les conditions de travail des livreurs de plateformes numériques à Paris et à Bordeaux.

On y apprend que sur les 1004 livreurs interrogés « 98,8 % sont des hommes et 81,4 % ont moins de 35 ans. 98,7 % sont nés à l’étranger et 64,4 % sont sans titre de séjour. 42,5 % ont connu au moins une journée sans repas au cours des 12 derniers mois.

En termes de statut dans l’emploi, aucun des livreurs enquêtés n’est salarié, et 73,5 % sont « locataires » de compte et versent en moyenne 528 euros par mois à une tierce personne « propriétaire » du compte. 91,2 % des livreurs enquêtés sans titre de séjour ne souhaiteraient pas continuer la livraison à temps plein si leur situation était régularisée. Le profil des personnes enquêtées diffère entre les deux villes. Les livreurs parisiens sont plus âgés, ont plus souvent accédé aux études supérieures et sont plus souvent sans titre de séjour. Plus de 30 % des livreurs interrogés à Paris sont d’origine asiatique, contre moins de 1 % à Bordeaux. »

Les livreurs interrogés effectuent en moyenne 413 livraisons par mois, parcourent 833 kilomètres, effectuent 63 heures par semaine, pour un salaire moyen de 1480 €, soit 5,83 € par heure ou 4,55 € par course. Un travail de forçat !

Autant dire que leur état de santé est alarmant et que ces nouveaux exploités, majoritairement immigrés (et, pour certains, sans papiers) ne mangent pas correctement (quand ils mangent), un comble pour des livreurs de repas. 

Scandaleux quand les leaders du ‘’marché’’, Uber East et Deliveroo, font des bénéfices énormes, sans que rien ne soit vraiment illégal. En effet, c’est la création du statut d’auto-entrepreneur par la loi Novelli en 2008, qui a facilité son usage par les plateformes dans la loi du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et permis cette hyper-flexibilisation du marché du travail.

Il n’est pas inutile de préciser que la loi de 2016, dite loi El Khomri, œuvre d’un gouvernement qui se prétendait socialiste dirigé par Manuel Valls, a été paraphée par un président de la République, François Hollande., qui ose encore se présenter à des élections.

L’ubérisation du travail produit aujourd’hui de travailleurs en mauvaise santé, surexploités, dont les droits sociaux sont piétinés au nom de la modernité.

Il s’agit, dit le rapport, « d’une nouvelle forme de travail à la tâche » sans droits sociaux (congés maladie, congés payés, retraites, etc.). Autrement dit un retour au salariat du 19e siècle pour les plus grands profits de multinationales.

Le rapport est bienvenu ; il doit être popularisé, car la nouvelle forme de surexploitation s’étend inexorablement dans d’autres tâches que la livraison de repas.

(La plateformisation de l’économie face aux inégalités sociales de santé : le cas des coursiers des plateformes numériques, Etude Santé-Course, avril 2026, consultable sur le site ird.fr)

Folie, barbarie, apartheid, …

Chaque jour qui passe me semble plus cruel que le précédent. Un climat de folie, de barbarie et d’apartheid souffle dans tous les pays (ou presque).

Et ce climat sème la mort. Au Liban où les bombardements israéliens viennent de faire sept victimes, s’ajoutant au millier recensé par le gouvernement. En Ukraine, où les missiles (ou drones) russes n’en finissent pas d’allonger le nombre incroyable de victimes, comme à Kherson. A Gravelines, oui, ici en France, ou plutôt au large de la commune, où deux migrants tentant de gagner la Grande-Bretagne ont péri en mer (le décompte macabre n’est même plus mesurable).

Il s’agit d’un jour ‘’ordinaire’’. Des morts sont sans doute à ajouter à la liste de la folie des hommes et de leurs comportements belliqueux.

La société est gangrénée. Comment expliquer autrement le meurtre d’un couple de retraités à leur domicile dans un village des Ardennes. Les assassins présumés ont 15 et 16 ans. Faut-il s’en étonner quand la barbarie s’étale dans tous les médias qui en raffolent. La mort d’un homme ou d’une femme (ou de dizaines ou centaines) n’est qu’un fait divers. Rien de plus. Les médias passeront à d’autres faits divers demain.

Les gouvernements réactionnaires ou fascisants en rajoutent ; ainsi en Israël, le parlement a rétabli la peine de mort ou la prison à vie pour les seuls prétendus ‘’terroristes palestiniens’’, sans droit de grâce, ni remise de peine pour la plus grande joie des membres des partis religieux qui ont fêté l’événement comme une victoire en gesticulant, hilares, un verre à la main.

C’est la renaissance de l’apartheid que nous pensions vaincu après la sortie de prison de Nelson Mandela.

Bref, la folie gagne du terrain, la barbarie se répand inexorablement et l’apartheid renaît de ses cendres.

C’est désespérant. Mais il ne faut surtout pas sombrer dans le défaitisme ; il faut relever la tête et lutter pour un vrai renouveau démocratique et décréter la paix sur terre.

Un simple décret

L’Institut national de la consommation (INC), liquidé. Sa revue ‘’60 millions de consommateurs’’, mise en vente. Son émission de télévision’’Consomag’’, disparue des grilles du service public. Et pour réaliser la mise à mort du consumérisme, il a suffi d’un simple décret publié le dimanche 29 mars au Journal officiel.

L’INC, établissement public sous l’autorité du ministère de l’économie, avait été créé en 1966 ; son magazine a soulevé bien des scandales liés à la consommation, dont celui des poupées sexuelles à caractère pédopornographique de Shein.

Sa liberté d’investigation et ses révélations li avaient attiré de nombreuses inimitiés du côté des industriels et des trusts de la chimie (notamment les fournisseurs de pesticides.

L’INC a été à plusieurs reprises mis en cause par la Cour des comptes, volant au secours d’un Etat obéissant aux exigences du patronat. Merci pour les salariés.

On a dû sabrer le champagne au siège du patronat des fabricants de pesticides, mais pas seulement. Preuve que ce gouvernement (et pis, tout ce régime) est frelaté. Il a trouvé une nouvelle source d’économie ; tant pis pour les consommateurs qui n’auront plus cet Institut pour dénoncer toutes les dérives des industriels et qui seront privés de leur magazine pour être informés.

Une simple signature au bas d’un décret, sans doute relu et corrigé par les bénéficiaires, c’est simple et sans risque, alors que les industriels du pétrole et de la pétrochimie ponctionnent les poches des Français et, parfois, les empoisonnent.

Avec ce régime, un scandale chasse l’autre. Grâce à un simple décret. 

Elle est pas belle la démocratie ?

Plus odieux que Trump !

L’image me hante encore aujourd’hui : en 1978, durant la Coupe du monde de football, chaque matin, le journaliste sportif que j’étais alors passait devant l’Ecole de mécanique de la marine de Buenos Aires. Je savais que derrière les murs les suppôts de la Junte au pouvoir torturaient les opposants avant de les envoyer à la mort. Le rituel était immuable, les prisonniers étaient bourrés de sédatif, montés dans des hélicoptères ou des avions et jetés vivants dans l’océan Atlantique.

Le cynique Alfredo Astiz, surnommé ‘’l’ange blond de la mort,’’ a ainsi fait disparaître au moins 5000 opposants à la dictature militaires entre 1976 et 1983.

C’est dans ce lieu horrible que les militaires avaient aussi organisé une pouponnière pour s’occuper des bébés enlevés à leurs mères et les ‘’donner’’ aux riches familles du pouvoir dictatorial.

Comment oublier les images de cette ESMA (Escuela de Mecanica de la Armada) ? Comment oublier le capitaine Astiz ? Comment oublier le général Videla et sa clique sanguinaire ?

La funeste ESMA est devenue en 2004 un musée de la Mémoire, dédié aux 30 000 disparus de la dictature et déclarée Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO, considéré comme « hautement représentatif de la répression illégale des opposants et dissidents armés et non armés, menée et coordonnée par les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970-1980 et fondée sur la disparition forcée de personnes ».

L’image des Mères de la place de Mai, manifestant chaque semaine devant le siège de la junte, la Casa Rosada, me hante encore aujourd’hui ; comment a-t-on pu laisser des assassins au pouvoir pendant sept longues années ? Comment la FIFA a-t-elle pu accepter que le général Videla, le patron de la junte et les mains pleines de sang, remette la Coupe du monde à Daniel Passarella, le capitaine de l’équipe d’Argentine ?

Aujourd’hui, j’apprends que Javier Milei veut réécrire l’histoire en tentant de faire disparaître ce lieu mémoriel en réduisant drastiquement ses crédits.

Javier Milei a entrepris un travail de sape des heures sombres de l’Argentine. Le ‘’candidat à la tronçonneuse’’ veut voir disparaître le Musée de l’ESMA. Le clown, émule de Donald Trump, montre son vrai visage, celui d’une extrême droite revancharde et défenseure du terrorisme d’Etat. Une politique à faire pâlir Trump lui-même.

L’image de l’Argentine sous le joug de la dictature militaire doit-elle donc me hanter encore longtemps ? Ceux qui ont entrepris de reconstruire une identité aux familles dévastées et aux enfants volés sont-ils condamnés à ne jamais terminer leur noble tâche par un pantin comme Javier Milei ?

Il y a urgence à aider les démocrates argentins.

Pauvre monde

La situation au Moyen Orient est une catastrophe humanitaire. Les bombardements par Israël et les Etats-Unis, d’un côté, et de l’Iran de l’autre, font des dégâts irréversibles et ce sont les peuples qui sont les premières victimes. 

Cette guerre-là ne se différencie pas des précédentes. La revue américaine Jacobin analyse toujours la situation avec lucidité.

Dans l’une de ses dernières éditions, on peut y lire, par exemple :

« Trump et Benjamin Netanyahu n’avaient aucun droit de déclencher une guerre d’agression. Même en admettant que l’Iran était à deux doigts de développer des missiles balistiques intercontinentaux, l’idée que la République islamique, qui n’a jamais fait la guerre à personne (bien qu’elle finance souvent des forces supplétives à l’étranger, comme le font régulièrement les États-Unis et Israël), allait se suicider en initiant un échange nucléaire était profondément absurde. Et il n’est pas nécessaire d’être un partisan de la théocratie iranienne pour comprendre que les États-Unis et Israël n’ont pas le droit de décider de l’extérieur qui gouvernera le pays. »

L’auteur de l’article ajoute :

« Si les États-Unis engagent des troupes au sol en Iran – une possibilité que Trump et des responsables comme le « secrétaire à la Guerre » Pete Hegseth ont refusé d’exclure de manière inquiétante –, l’Iran ne sera pas le premier pays de la région où une tentative d’imposer un changement de régime par la force des armes se déroulera à merveille pour les États-Unis. Comme en Irak, en Afghanistan et en Libye, c’est la recette du bain de sang et du chaos, et non l’avènement d’un gouvernement pro-américain bénéficiant d’une légitimité populaire durable. C’est la recette pour que de jeunes Américains rentrent chez eux dans des cercueils recouverts du drapeau américain ou comme vétérans profondément traumatisés, peinant à obtenir l’aide dont ils ont besoin auprès d’une société qui a tendance à se désintéresser d’eux dès la fin de la guerre. C’est la recette pour que des générations de citoyens ordinaires du pays ciblé grandissent avec une haine profonde envers les agresseurs qui ont tué ou mutilé leurs proches. »

Donald Trump et Benyamin Netanyahu savaient tout cela ; leur aveuglement est notoire. Mais ils n’envisagent la marche du monde que comme une succession de conflits, cruels, assassins.

Pauvre monde !

Un pognon de dingue

Le ministère de la défense américain devenu par un simple décret de Donald Trump ministère de la guerre a estimé que les six premiers jours des bombardements sur l’Iran lui avaient coûté 11,3 milliards de dollars ; chaque jour, c’est 1 milliard de dollars supplémentaires. Aujourd’hui, le conflit voulu par Israël a déjà coûté environ 50 milliards au Trésor américain.

On comprend pourquoi Trump tente de trouver une issue au conflit qu’il a déclenché sous l’impulsion de Netanyahu.

Tout ce pognon de dingue pourquoi ? Une crise économique mondiale et une nouvelle perte de crédibilité des Etats-Unis, tandis que le régime des ayatollahs résiste.  

On peut supposer qu’Israël, un petit pays de 10 millions d’habitants a englouti des sommes aussi considérables que celles des Américains. Et l’Iran également.

On doit s’interroger sur le coût des guerres qui ne règlent rien dans le monde d’aujourd’hui et interpeller les dirigeants : on pourrait sans doute éradiquer la pauvreté sur terre en utilisant ce pognon de dingue.

Curieusement c’est un débat qui n’est pas relayé par les grands médias. La Cour des comptes, elle, toujours prompte à dénoncer les prétendus gaspillages des services publics et à exiger des réductions d’effectifs, est régulièrement reprise dans les chaînes de télévision.

Il y a sans doute une hiérarchie dans l’utilisation du pognon de dingue par les gens de pouvoir.

Menace sociale

En 2004 ou 2005 (un siècle aujourd’hui ou presque), José Saramago, prix Nobel de littérature, avait accordé un long entretien au Nouvel Observateur (devenu Nouvel Obs). Il était interrogé sur son dernier livre, La Lucidité.

Le journaliste lui avait alors demandé ce qui, dans le monde d’aujourd’hui, le scandalise le plus. Saramago avait eu cette réponse qui résonne étrangement aujourd’hui :

« Un tas de choses. Une parmi d’autres : la drogue et les narcotrafics. Avec tous les satellites que nous avons, on sait où sont les centres de production, naturels et synthétiques. Alors qu’est-ce qu’on fait ? On incarcère un camelot, un vendeur de cocaïne. Bien. Mais si on pouvait dévoiler les complicités de la banque, et de certains pays, ce serait plus efficace. Si nous devons combattre un dragon, il ne faut pas se contenter de lui couper les ongles de temps en temps. Si vous voulez réellement l’éliminer, il faut lui couper la tête. Il y a une permissivité, une indifférence qui me scandalisent, oui. On peut se droguer ; depuis toujours, l’homme a pris des drogues. Mais la drogue est aujourd’hui une menace sociale terrible, et rien n’est fait. »

Plus de vingt ans plus tard, la lutte contre le narcotrafic a-t-elle vraiment changé, alors que les drogues pourrissent nos sociétés ?

José Saramago faisait preuve d’une étonnante lucidité.

Contre Trump

Donald Trump est un grossier personnage ; il a la morgue des ultra-riches. Rien de nouveau donc. Mais il vient de franchir un nouvel échelon dans la muflerie.

Il a écrit sur son réseau social : « Robert Mueller vient de mourir. Bien. Je suis content qu’il soit mort. Il ne va plus pouvoir faire du mal à des innocents. »

Robert Mueller est un avocat américain, directeur du FBI et procureur spécial nommé pour enquêter sur la Russiagate, les soupçons d’interventions russes dans la campagne présidentielle de Donald Trump en 2017.

Le malotru de la Maison Blanche lui voue une haine tenace et il vient de le prouver une nouvelle fois en se déclarant ‘’content’’ de la mort du magistrat. Pourtant républicain comme lui.

Après cette nouvelle goujaterie (mais sans doute pas la dernière) on se demande bien où Trump va s’arrêter. Non seulement cet homme est grossier, mais il est surtout dangereux, poussé par un entourage prêt à tout pour asseoir sa suprématie idéologique obscurantiste. D’ailleurs, cet entourage pousserait Trump à faire un coup d’état pour rester au pouvoir en 2028.

Mais qui osera dénoncer Donald Trump en refusant de le rencontrer et de négocier avec lui. Qui osera imiter le premier ministre espagnol, peu amène avec lui ?

Qui osera dénoncer celui qui veut nommer les dirigeants de tous les pays ?

Toute absence de réaction face à Trump est un aveu de faiblesse qui ne peut que l’encourager à vouloir diriger le monde et à déclencher des guerres.

Apolline et les Noirs

Les journalistes ont-ils décidé d’engager un concours pour désigner l’auteur de la saillie la plus bête et de la plus immonde désinformation ? On pourrait le croire.

Après Nathalie Saint-Cricq et son Benito, c’est Apolline de Malherbe qui a postulé.

Apolline, la présentatrice de BFM TV, a reçu le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko et a osé lui demander abruptement à propos de sa commune : « Vous avez dit : c’est aussi la ville des Noirs ». Sauf que le nouvel édile n’a jamais prononcé ces paroles.

Aussi, sans se départir, il a rectifié ; il avait déclaré : « Saint-Denis est la ville des rois et du peuple vivant ».

La phrase avait été déformée sur les réseaux sociaux par l’extrême droite qui éructe et s’étouffe en voyant un maire noir élu dans la seconde ville d’Île-de-France.

Apolline de Malherbe a commis une faute très grave en ne vérifiant pas ses informations, ou plutôt en faisant une confiance aveugle à ces réseaux sociaux qui déversent le racisme le plus décomplexé à longueur de journées.

Il paraît que la journaliste s’est excusée plus tard. Trop tard. Sa véritable nature s’était exprimée en direct sur une chaîne propriété du milliardaire Rodolphe Saadé.

Que les médias se prêtent à ce jeu-là en dit long sur l’état de la démocratie française.

Nathalie et Benito

Quel soulagement de ne plus voir ni entendre Nathalie Saint-Cricq sur France 2 et franceinfo pendant une semaine !

Le nouveau directeur de l’information de France Télévisions, Philippe Corbé, a dû s’y résigner : sa saillie en direct sur le plateau de France 2 pendant la soirée des municipales a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Parlant à micro ouvert d’Eric Ciotti, elle l’a comparé à Benito Mussolini, le fasciste italien. L’éditorialiste et directrice des rédactions nationales du service public voulait faire un trait d’esprit. Quel ratage.

Ce n’est pas la première fois que Nathalie Saint-Cricq dérape ; elle réserve habituellement son animosité aux gens de gauche, accueillant les gens de droite avec plus d’empathie.

Mais qui a fait de cette piètre journaliste la directrice des rédactions nationales ? A-t-elle sanctionnée parce qu’elle a ridiculisé un politicien de droite ? Aurait-elle été sanctionnée de la même façon si sa saillie avait visé un politicien de gauche ?

Les occasions de relever son insupportable parti pris ont pourtant été nombreuses et répétées.  

Nathalie Saint-Cricq, à 63 ans, n’est pas une débutante ; sa carrière témoigne de ses promotions pour services rendus à la droite et c’est un trait d’esprit visant l’un de ses représentants qui lui vaut une sanction.

Peut-être y a-t-il une morale à cette histoire.

Relire Habermas

Mais pourquoi faut-il, parfois, que les mauvaises nouvelles s’accumulent. Les résultats des élections municipales interrogent l’état de la démocratie en France : le nombre de votants se situe à un niveau inquiétant et la gauche continue à s’affronter quand l’extrême droite, de Le Pen à Ciotti, engrange des scores encourageants (pour eux, mais pas pour le peuple) pour 2027 et l’élection présidentielle.

Nous avions la droite la plus bête du monde (elle se confond trop souvent avec celle du parti fondé par des nazis) ; aujourd’hui, nous avons la gauche la plus bête du monde, avec un PS écartelé entre les réformistes comme Hollande et les progressistes comme Faure, avec un Mélenchon, l’ex-ministre de Mitterrand, qui ressort les stratégies gauchistes de sa jeunesse. Leurs relations sont hélas déplorables.

Les résultats des municipales ont éclipsé le décès d’un très grand philosophe, Jürgen Habermas, dont l’influence a été considérable. Il était un intellectuel qui n’hésitait pas à se mêler aux débats publics et même à les susciter, comme en 2015 quand il a défendu le droit d’asile et appelé à s’opposer au populisme de droite et au nationalisme étroit.

La gauche française devrait relire l’œuvre de Habermas qui n’a cessé de vanter les mérites de la démocratie impliquant la mise en place d’espaces de délibération.

Assistant de Theodor Adorno à Francfort, il se détachera de son maître, même s’il conserve une proximité avec le marxisme. Il a influencé toute une génération d’étudiants, avant d’enseigner sa théorie de la communication et au débat dans l’espace public.

On peut être en désaccord avec la pensée d’Habermas, mais on ne peut nier son apport dans le débat d’aujourd’hui. La gauche française pourrait relire son œuvre ; elle y puiserait des raisons de débattre pour s’unir.

Grothendieck et l’étranger

Alexandre Grothendieck a été l’un des plus grands mathématiciens du siècle dernier ; refondateur de la géométrie algébrique, il a été couronné de la médaille Fields, le prix Nobel des mathématiciens, en 1966. Issu d’une famille juive (son père a été déporté à Auschwitz et tué par les nazis en 1942), Alexandre longtemps apatride a été naturalisé français en 1971.

Le 28 février 1978, il a été condamné à six mois de prison avec sursis et à mille francs d’amende par le tribunal correctionnel de Montpellier pour avoir reçu chez lui à Lodève, pendant plusieurs semaines, un moine bouddhiste japonais qui ne disposait pas d’un titre de séjour régulier.

C’était sous la présidence de Giscard d’Estaing, le gouvernement de Raymond Barre flanqué d’Alain Peyrefitte à la justice et Christian Bonnet à l’intérieur ; à cette époque, la police et les tribunaux avaient ressorti une ordonnance du 2 novembre 1945, promulguée « au lendemain de l’Occupation pour empêcher l’entrée et le séjour clandestin de criminels de guerre nazis ».

L’accusation, grotesque, était si choquante qu’Alexandre Grothendieck décida de plaider lui-même et de faire de son procès une tribune pour une France terre d’accueil pour les ‘’étrangers’’. Cette tribune est d’une telle actualité que la collection Tracts de Gallimard a jugé utile de la publier aujourd’hui.

On y puisera tous les arguments à opposer à la clique de droite et d’extrême droite qui voit dans ‘’l’étranger’’ un fauteur de troubles.

Devant le tribunal, Grothendieck a voulu « faire comprendre le climat d’insécurité qui entoure le séjour de l’étranger », car déclara-t-il « ce climat est soigneusement entretenu par bon nombre au sein des services de police en charge du renouvellement ou des demandes de titres de séjour ».

Grothendieck a plaidé coupable ; lui qui a été persécuté dans sa jeunesse, a été « la première personne poursuivie en vertu de cette article ». Poursuivi pour acte d’hospitalité, il a eu des phrases d’une grande humanité : « Je ne pourrais pas m’empêcher d’agir comme je l’ai fait et comme je le ferais encore si c’était à refaire (…) vis-à-vis de n’importe lequel des nombreux étrangers que j’ai eu le privilège de pouvoir aider d’une façon ou d’une autre (…) Peu importe que mon frère soit japonais ou français, arabe ou juif, et les tampons qui ornent son passeport. C’est dans cet esprit que j’ai été élevé par mes parents – et c’est pour ces raisons qu’ils sont chers à ma mémoire. Ils ont témoigné de cet esprit, jour après jour, à travers luttes et persécutions, comme citoyens et comme proscrits, dans les prisons, les camps de concentration et jusqu’à la mort. C’est ainsi qu’ils sont morts, c’est ainsi que je resterai, que je le veuille ou non, pour le temps qui me reste à vivre. Je n’y puis rien, et aucune ordonnance n’y pourra rien ».

 Devant ses juges, Grothendieck a été d’une grandiose éloquence. Ses juges, veules, l’ont néanmoins condamné en appliquant à la lettre une ordonnance odieuse. C’était dans l’air du temps ; cela l’est plus encore aujourd’hui avec les Retailleau, Darmanin, Bardella, Le Pen et combien d’autres. D’autres Grothendieck ont été condamnés pour avoir aidé des ‘’étrangers’’ affamés, fuyant leur pays pillé par les Occidentaux. Les textes ont changé, ils sont toujours aussi immondes et inhumains.

Et Grothendieck restera, lui, non seulement un génie des mathématiques, mais un honnête homme, tellement humain.

(Plaidoirie sur le délit d’hospitalité – 1978 – Préfaces de Giorgio Agamben et Hervé Le Tellier, Tracts Gallimard, 63 pages, 3,90 €)

Le bracelet du petit Nicolas

Nicolas Sarkozy a bien des soucis en ce moment avec la justice. Comme sa petite copine Rachida.

Tous les deux encombrent les salles d’audience, tellement ils sont cités dans de nombreuses ‘’affaires’’. Et tout ne se passe pas bien pour eux.

Le tribunal correctionnel de Paris vient de refuser au petit Nicolas une confusion des peines dans les dossiers Bismuth et Bygmalion.

Le tribunal a considéré que sa condamnation dans l’affaire du financement illégal de sa campagne de 2012 n’est pas considérée comme purgée du fait de son port de bracelet électronique dans l’affaire des écoutes (Bismuth).

Il devra sans doute porter un nouveau bracelet pendant six mois. Une habitude. Il peut éructer, insulter les juges, proférer des insultes, mentir honteusement, rien n’y fait : les juges jugent en toute indépendance. 

Un jugement prononcé, le petit Nicolas n’en a pas fini pour autant avec la justice ; il doit encore comparaître en appel dans quelques jours dans l’affaire du supposé financement libyen de sa campagne de 2007, pour lequel il a déjà purgé trois semaines de prison à la Santé.

Le petit Nicolas et Rachida Dati ont de sérieux problèmes d’argent ! Et de bracelet, électronique pour l’un et en or pour l’autre.

Ils devraient se rappeler cette citation savoureuse de Chirac : « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ».

Les malheurs de Rachida

Qu’un journaliste ose créer un site baptisé wikidati, qui recense les douze affaires judiciaires visant Rachida Dati, est plutôt drôle. Que la candidate à la mairie de Paris n’apprécie pas, on s’en doute.

Pourquoi un tel site ? Son créateur, Kevin Gernier, employé de l’ONG Transparency International, n’a pas hésité à l’expliquer dès les premières lignes : « Si le grand public a généralement la connaissance de l’existence d’accusations graves la visant, il reste difficile de s’y retrouver parmi ces dernières tant le nombre d’articles de presse consacré à ses affaires est grand et parfois uniquement accessible aux abonnés. »

Les réseaux sociaux n’ont pas que des défauts !

Rachida Dati est pugnace ; elle est prête à tout nier, même l’évidence et les preuves.

C’est ainsi que trois heures et demie après la mise en ligne, le directeur de campagne de l’ex-ministre a saisi le site hébergeur d’une demande de « dépublication immédiate ». Faux, dit Rachida Dati, mais le site brandit une capture d’écran du mail envoyé par le directeur de campagne à OVH, l’hébergeur, où il est écrit : « nous vous demandons de procéder au retrait de ce site dans les meilleurs délais. »

Rachida Dati ose tout. Même l’impossible.

Un front anti-Trump

Pedro Sanchez, le premier ministre espagnol parle fort et a refusé à Donald Trump l’utilisation de deux bases militaires en Andalousie pour les opérations contre l’Iran. Le président américain, égal à lui-même, l’a injurié et a brandi des menaces comme la suspension des échanges commerciaux entre les deux pays.

La réponse de Pedro Sanchez a été cinglante : « Non à la guerre ! », ajoutant : « Non à la faillite du droit international. Non à l’idée que le monde ne puisse résoudre ses problèmes qu’à coups de bombes. Et, enfin, non à la répétition des erreurs du passé » (en référence à la guerre en Irak).

Pedro Sanchez a condamné fermement le régime iranien « qui réprime et tue brutalement ses citoyens, en particulier les femmes » et appelé à une solution diplomatique. En conclusion d’une brève allocution, il a déclaré : « Certains diront que c’est naïf. Ce qui est naïf, c’est de croire que la violence est la solution, ou de penser qu’un suivisme aveugle et servile est une forme de leadership ».

Comme on aurait aimé entendre ces phrases dans la déclaration solennelle mais creuse d’Emmanuel Macron, se gardant de condamner l’intervention israélo-américaine. Pour finir par impliquer la France dans l’impasse dangereuse de la guerre.

Par ailleurs, 35 représentants d’Etats d’Amérique, d’Afrique, d’Asie et d’Europe, constituant le Groupe de La Haye, viennent de se réunir d’urgence sur la situation en Palestine.

Le choix de La Haye n’est pas innocent, il est le siège des institutions de droit international. Parmi les pays adhérents, on retrouve l’Espagne, la Suisse, la Suède, le Danemark, la Norvège, aux côtés de la Chine, du Brésil, du Chili, de Cuba, de l’Uruguay, de l’Egypte, de la Malaisie, de l’Indonésie, du Qatar, de l’Arabie saoudite, de l’Algérie, de la Tunisie. Il est co-présidé par la Colombie et l’Afrique du Sud.

Curieusement, l’existence même du Groupe de La Haye est inconnue des médias. Ses prises de position sont ignorées et, évidemment, on n’y retrouve pas la France dans la liste des pays membres.

L’adhésion de la France, pays des droits de l’homme et l’un des fondateurs de l’ONU, à un front anti-Trump serait pourtant naturelle et digne de son passé. Chirac et de Villepin, eux, avaient osé s’opposer à l’intervention en Irak.

Le suivisme atlantiste aveugle d’Emmanuel Macron ne grandit pas son quinquennat.

Vu des Etats-Unis

Donald Trump, le va-t-en-guerre en Iran, rencontre d’énormes difficultés pour convaincre les Américains. La revue Jacobin, sous la plume de Branko Marketic, analyse les événements avec lucidité et il est apparu intéressant d’en publier l’article paru sous le titre ‘’Donald Trump, belliciste en chef’’, in extenso.

« Les États-Unis attaquent l’Iran parce que Donald Trump était déterminé à nous entraîner dans une guerre coûte que coûte, malgré ses affirmations répétées qu’il ferait exactement le contraire.

Et ils l’ont fait. De toutes les guerres stupides et inutiles menées par les États-Unis au Moyen-Orient, celle lancée aujourd’hui contre l’Iran restera sans doute la plus absurde. Cette guerre aurait pu être évitée ; même celui qui la mène semble ignorer ses propres motivations.

Bien sûr, c’est Trump qui a déclenché cette guerre. Trump, le « pacificateur ». Trump, le « négociateur en chef ». Trump, dont l’ascension politique s’est construite sur la dénonciation de la guerre destructrice de George W. Bush en Irak ; Trump qui n’a cessé de prédire que son adversaire politique déclencherait une guerre contre l’Iran. Durant tout son mandat, Trump a fait exactement le contraire de ce qu’il avait promis, que ce soit en bafouant la liberté d’expression et en renforçant la censure d’internet, ou en démantelant Medicaid et la sécurité sociale et en augmentant le coût de la vie. Il peut désormais ajouter à cette liste l’implication des États-Unis dans une nouvelle guerre sanglante au Moyen-Orient, un affront de plus aux électeurs qui, même s’ils n’approuvaient pas tout ce que le président a dit ou défendu, croyaient sincèrement qu’il tiendrait au moins cette promesse.

Soyons clairs : les États-Unis sont dans cette guerre parce que Trump était déterminé à y entraîner le pays coûte que coûte. Quelques heures seulement avant que Trump ne lance ses attaques, le ministre des affaires étrangères d’Oman, qui menait la médiation lors des négociations de la dernière chance sur un accord nucléaire (qui se sont tenues la veille), a révélé les concessions considérables faites par les Iraniens : non seulement ils ont accepté de ne pas constituer de stock d’uranium, rendant impossible la fabrication d’une bombe, mais ils ont également accepté de diluer l’uranium qu’ils détiennent actuellement et de se soumettre à une vérification complète par les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Ces concessions auraient largement dépassé celles obtenues par Barack Obama dans l’accord avec l’Iran, et elles s’accompagnaient d’une promesse explicite : l’Iran ne posséderait jamais l’arme nucléaire – une promesse que ses dirigeants ont constamment répétée au cours des dernières décennies, et encore à maintes reprises la semaine dernière.

En vain. Trump a passé la semaine à mentir en affirmant que les Iraniens refusaient de prendre cet engagement, et dans l’une de ses dernières déclarations publiques avant de déclencher la guerre, il a déploré leur prétendue incapacité à progresser suffisamment dans les négociations. Trump avait un accord à sa disposition s’il le souhaitait, un accord dont il aurait pu se vanter toute sa vie comme étant meilleur que celui d’Obama. Mais il n’en voulait pas.

Il n’existe aucune vision où cette guerre serve les intérêts des États-Unis. La vie de milliers de soldats américains est désormais en danger, tandis que plusieurs bases américaines dans les pays voisins du Golfe ont déjà été attaquées en représailles par des drones et des missiles iraniens, alors que le conflit s’est considérablement intensifié et a touché des États voisins en moins d’une demi-journée. Tout porte à croire que l’Iran compte mettre à exécution sa menace de fermer le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, ce qui, au mieux, ferait exploser les prix pour les consommateurs et aggraverait la crise du logement aux États-Unis que Trump ignore déjà, et au pire, déclencherait une récession mondiale.

Et pour quoi faire ? L’Iran, encerclé, isolé et lointain, ne représente aucune menace sérieuse pour les Américains, qui vivent à des milliers de kilomètres et sont protégés par une armée dont le budget est environ quarante fois supérieur à celui que l’Iran a récemment consacré à ses propres forces armées. En réalité, maintenant que la guerre a enfin éclaté, les faucons bellicistes admettent volontiers que l’Iran est militairement largement surpassé par les États-Unis. C’est précisément pourquoi les États-Unis et Israël ont pu impunément lancer attaque après attaque non provoquée contre ce pays au cours de la dernière décennie, ne subissant que des représailles théâtrales qui, jusqu’à l’année dernière, étaient soigneusement orchestrées et annoncées à l’avance pour permettre au régime de sauver la face tout en évitant une guerre qu’ils ne souhaitaient pas mener.

L’Iran n’a aucun moyen d’attaquer sérieusement le territoire continental américain, peu importe combien de fois Trump et ses sbires mentent à ce sujet, et ne possède aucune des armes de destruction massive (ADM) qui, tout comme lors de la guerre frauduleuse de George W. Bush en Irak, sont aujourd’hui invoquées paresseusement pour justifier ce conflit. En réalité, l’Iran n’est que le dernier d’une série d’États relativement faibles et dépourvus d’armes de destruction massive à être devenus des cibles prioritaires de Washington pour un changement de régime au XXIe siècle. Parmi ces pays figurent l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et, plus récemment, le Venezuela et Cuba. Pendant ce temps, la Corée du Nord, lourdement armée, reste à l’abri des attaques américaines et Trump adresse des lettres d’éloges à son dirigeant. À l’instar de ces autres pays, l’Iran n’est pas attaqué parce qu’il représente une menace pour les États-Unis ; il est attaqué précisément parce qu’il n’en représente pas une.

C’est pourquoi Trump et tous les autres néoconservateurs qui réclament cette guerre ont multiplié les justifications pour attaquer le pays cette année. Vous souvenez-vous, en janvier, lorsque Trump affirmait que le gouvernement iranien devait être renversé pour protéger les courageux civils iraniens tués par ce même gouvernement ? Aujourd’hui, la logique est inversée : l’armée américaine doit tuer ces mêmes civils iraniens pour renverser le gouvernement.

L’Iran n’est pas attaqué parce qu’il représente une menace pour les États-Unis ; il est attaqué précisément parce qu’il n’en représente pas une. Pourquoi faut-il renverser le régime iranien ? L’an dernier, c’était son programme d’enrichissement nucléaire, que Trump prétendait avoir détruit lors de sa première intervention militaire en juin dernier. Le mois dernier, c’était l’arsenal non nucléaire iranien, notamment son stock de missiles balistiques. La semaine dernière, Trump a de nouveau martelé le problème de l’enrichissement nucléaire, jusqu’à ce matin où il a décidé qu’il cherchait en réalité à instaurer la démocratie en Iran – une mission qu’il a rapidement accomplie en bombardant une école primaire et en tuant près d’une centaine de fillettes.

La raison importe peu, et Trump et sa clique de bellicistes ne se donnent même pas la peine de faire semblant du contraire. Lors d’une réunion de haut niveau sur la sécurité nationale il y a deux semaines, Trump aurait demandé l’avis de son directeur de la CIA et du chef d’état-major des armées sur la stratégie américaine globale en Iran, oubliant apparemment que c’est le président qui définit la stratégie et que les hauts gradés militaires ne font que la mettre en œuvre. En d’autres termes, Trump n’a aucune idée de ce qu’il cherche réellement à accomplir, comme en témoignent déjà ses justifications changeantes, son approche schizophrénique des négociations et le fait qu’il évoque déjà des « portes de sortie ».

À qui profite donc cette situation ? La réponse est évidente : à une direction israélienne assoiffée de guerre, de plus en plus influencée par un fantasme néo-biblique démentiel, celui d’utiliser les États-Unis pour réduire le Moyen-Orient en cendres et annexer le reste. Comme l’a rapporté CNN, la guerre a été lancée à la veille de la fête juive de Pourim, qui s’inspire d’un récit biblique de la menace que représente l’Iran contemporain, une menace à laquelle le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fait abondamment référence dans sa déclaration sur les attaques d’aujourd’hui.

Des responsables israéliens ont déclaré à Reuters qu’Israël planifiait cette guerre depuis des mois et que la date hautement symbolique du conflit avait été choisie il y a plusieurs semaines (une information mystérieusement supprimée du rapport depuis, sans explication). Si cela s’avère exact, cela suggère que la diplomatie américaine de la semaine dernière n’était qu’une mascarade et qu’il s’agit bel et bien d’une guerre israélienne, confiée aux Américains qui vont se battre et mourir pour elle. Benjamin Netanyahu tente d’entraîner les États-Unis dans ce conflit depuis plus de trente ans, y compris à plusieurs reprises lorsque Joe Biden, affaibli et malade, était au pouvoir. Pourtant, ce n’est qu’avec l’arrivée au pouvoir de Trump que son vœu a été exaucé, faisant de lui un paillasson encore plus facile à fouler aux pieds des Israéliens.

Suite aux informations faisant état de la mort de l’ayatollah Khamenei et d’autres hauts responsables iraniens, Trump tentera probablement de revendiquer une victoire rapide, voire de s’en servir pour se désengager de la guerre qu’il a déclenchée. Ce sera sans doute plus facile à dire qu’à faire. Chaque autre vide de pouvoir créé par les États-Unis au Moyen-Orient a dégénéré en guerre civile et en anarchie, et même la CIA avait prédit que le successeur de Khamenei serait un régime encore plus intransigeant, dirigé par des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique.

Une autre possibilité, l’effondrement total du gouvernement iranien, pourrait engendrer un chaos sans précédent, à l’instar de celui qu’a connu la Libye, mais à une échelle encore plus vaste, faisant du pays un terreau fertile et un refuge pour les militants. Dans les deux cas, Trump et Washington seraient confrontés à un choix : soit impliquer davantage les États-Unis et risquer un enlisement pour garantir une transition favorable aux intérêts américains, soit se retirer et laisser les choses suivre leur cours, ce qui pourrait engendrer de futures menaces contre les bases américaines et Israël – et potentiellement entraîner un retour des États-Unis dans le conflit. Trump a lancé cette guerre suite au succès de l’enlèvement de Nicolás Maduro, mais il s’agit d’une opération très différente contre un pays très différent.

Nous ignorons ce que l’avenir nous réserve, et Trump l’ignore lui-même, même s’il espère pouvoir se retirer rapidement et discrètement des événements qu’il a déclenchés. Une chose est sûre : Trump est loin d’être le fléau des néoconservateurs, comme ses plus fervents partisans l’espéraient et le croyaient. Trump est le néoconservateur en chef. »

Loin de la guerre ?

Les bombes ravagent le Moyen Orient ; Etats-Unis et Israël, d’un côté, Iran et milices pro-iraniennes au Liban sont dans la surenchère pour tout détruire et semer la mort.

Quelle connerie, la guerre !

Portons-nous sur un autre problème, celui de la domination des mathématiques dans notre système scolaire. Un chercheur, Grégoire Genest, dénonce un mal profond dans une tribune dans le Monde et le Monde de l’éducation.

Il porte un jugement sévère sur ce système français qui « ne forme pas une population mathématiquement compétente. Il sélectionne une aristocratie restreinte et abandonne le reste. Quelque 29 % de nos élèves n’atteignent pas le seuil minimal de compétence en mathématiques, tandis que seulement 7 % excellent aux niveaux les plus élevés – moins que la moyenne de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (9 %). L’écart entre élèves favorisés et défavorisés nous place parmi les pays les plus inégalitaires. Le problème n’est pas que les mathématiques servent de critère de sélection. Le problème est qu’elles sont devenues le seul signal standardisé disponible pour évaluer le potentiel intellectuel. Cette domination ne résulte pas d’une supériorité intrinsèque, mais de l’absence de tout signal concurrent plus prédictif. »

Faut-il être plus clair.

Avant d’esquisser quelques mesures correctives, il ajoute : « En transformant les mathématiques en instrument de sélection sociale plutôt qu’en bien commun intellectuel, nous créons les conditions de leur rejet. Chaque lycéen qui abandonne la spécialité se forge une identité contre elle. »

Il conclut par une condamnation du système scolaire en dénonçant l’instrumentalisation des mathématiques : « Nous avons construit un système incapable d’atteindre ses propres objectifs. Nous ne produisons ni une élite mathématique plus large que nos voisins ni une population aux compétences de base solides. Nous produisons ce que produit toute aristocratie : beaucoup d’exclus, quelques privilégiés et une légitimation pseudo-méritocratique de l’ordre établi. »

Imparable ! Mais, en grattant un peu plus la question, est-on si loin des motivations de la sale guerre d’Iran et de la volonté de quelques dirigeants d’imposer un seul modèle ? 

Des voix contre Trump

Donald Trump a des coups de colère terribles et une ambition démesurée. 

Humilié de n’avoir pas reçu le Prix Nobel de la Paix, il prétend faire la guerre partout pour délivrer un message du plus puissant pays de la planète.

En septembre, son 200e décret depuis son installation à Maison Blanche rebaptisait le ministère de la défense (Department of Defense) en ministère de la guerre (Department of War). Il prétendait envoyer au monde un message de force. En toute modestie. Le changement sémantique n’est pas anodin.

En janvier, il partait en guerre contre l’ONU qui, selon lui, ne l’a jamais aidé, en créant un Conseil de la paix (Board of Peace), affichant clairement son intention de remplacer l’organisation fondée après la Deuxième guerre mondiale. Il avait pris soin de rédiger sa charte et d’imposer sa nomination de président à vie, seule personne habilitée à adopter des résolutions ou des initiatives en son nom et d’opposer un veto. Il a fait partager son ego : une soixantaine de chefs d’Etat ou de gouvernements ont rejoint l’initiative de Trump.

Alors, aujourd’hui, faut-il s’étonner de le voir enlever Nicolas Maduro à Caracas, de menacer Cuba, la Colombie, et d’autres pays ? Faut-il s’étonner de le voir intervenir dans une opération aventureuse (et incertaine), mais meurtrière, en Iran.

En difficulté au sein même des Etats-Unis, il se lance dans des opérations dont le candidat Trump prétendait qu’il ne les renouvellerait pas.

Le président Trump et son entourage sont dangereux et inquiétants. Face à lui, l’Europe tergiverse au nom de l’atlantisme et d’un monde libre (qui l’est de moins en moins).

Des voix, ici et ailleurs, doivent se lever pour mettre Trump et sa clique obscurantiste au ban des nations. Avant qu’il ne soit trop tard.

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