Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

La condition d’enseignant

L’assassinat d’un professeur n’est pas un fait divers ; au-delà de l’émotion et de la révolte, il doit interroger sur la place de l’enseignant dans notre pays, sans rien occulter.

L’école, de la maternelle à l’université, est un lieu où doit s’exercer la liberté, où le petit d’homme doit apprendre à être libre. Plus encore aujourd’hui qu’hier, dans un monde bouleversé et bouleversant. La tâche de l’enseignant est lourde, car il n’est pas aisé d’apprendre à être libre quand l’obscurantisme s’étend.

L’école doit être un espace de liberté absolue, où on respecte toutes les opinions et toutes les croyances, et où on prépare tous les élèves à devenir des citoyens et à prendre toute leur place dans la société.

Les cours d’éducation morale et civique, tels que ceux que dispensait Samuel Paty, sont essentiels dans cette construction du citoyen. Au sortir de la Seconde guerre mondiale, période d’intolérance absolue et de cruauté exacerbée, le plan Langevin-Wallon avait mis l’accent sur cette mission exaltante où le maître et le professeur exercent au goût de la vérité, à l’esprit libre, au sens critique.

Albert Camus, au lendemain de l’attribution du prix Nobel de littérature, avait rendu un très bel hommage à son premier instituteur : « Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. »

La plume de l’auteur de La Peste, L’homme révolté, Caligula, L’étranger, Réflexions sur la peine capitale, reconnaissait à M. Germain, son premier instituteur, le mérite de l’avoir sorti de la pauvreté et de lui avoir montré sa capacité d’intelligence et le chemin de la liberté.

Victor Hugo, avant Camus, avait eu aussi des mots de reconnaissance envers les enseignants ; en 1840, dans Faits et croyances, il écrivait : « Les maîtres d’école sont les jardiniers en intelligences humaines. »

Aujourd’hui, hélas, le monde enseignant est malmené par le pouvoir politique et par les parents. Les professeurs refusant la réforme du baccalauréat et faisant grève sont traités de ‘’preneurs d‘otages’’ par un ministre psychorigide et méprisant, qui impose des réformes rétrogrades visant à démanteler le service public et qui n’hésite pas à réprimer férocement ceux qui pointent du doigt les effets pervers des mesures annoncées. Juste avant l’assassinat odieux de Samuel Paty, quatre professeurs des écoles des Deux-Sèvres ont été traînés devant le conseil de discipline pour avoir dénoncé les épreuves communes de contrôle continu (E3C).

Le mépris envers les enseignants se mesure à la hauteur de leur salaire.

La pédagogie est de plus en plus encadrée et étouffe toute velléité d’innovation ; l’espace de liberté des enseignants est de plus en plus restreint. Toute intervention du ministre vise à les discréditer et à fustiger leurs réactions.

Stigmatiser les enseignants comme le fait en permanence Jean-Michel Blanquer alimente le dénigrement d’une frange de parents pour qui l’échec de leurs enfants à l’école est la faute des seuls professeurs. Pas du système scolaire.

La crise du coronavirus avait révélé la difficulté d’enseigner aux parents qui, à domicile, devaient surveiller le travail des enfants confinés. Aujourd’hui, faut-il déplorer la mort d’un professeur d’histoire-géographie pour rétablir la confiance ?

Eclairer l’esprit du peuple

Un professeur d’histoire-géographie décapité ; l’horreur du geste est insupportable et nous n’en connaîtrons peut-être jamais les raisons profondes : l’assassin a été tué par la police privant la justice de ses mobiles et la société d’un examen de la situation d’une France qui sombre dans la répression aveugle plutôt que dans les tentatives de compréhension des situations.

D’où vient le mal ? Pourquoi ? Comment se transmet-il ? Comment une religion peut-elle pervertir à ce point les esprits ? Comment se nourrit-elle de la violence sociale ?

Ils sont nombreux à tout expliquer, sans savoir ou en détournant les explications. Je refuse de me joindre à eux. On ne me reprendra plus avec le ‘’Je suis Charlie’’. J’attends, au contraire, une réflexion pour expliquer ces gestes odieux et, hélas, définitifs, qui se multiplient. 

Nos sociétés contemporaines sombrent de plus en plus dans l’obscurantisme, alors que les sciences font accomplir des progrès dans de nombreux domaines ; à l’évidence pas au niveau de la réflexion individuelle et collective, malgré des enseignants admirables mais trop souvent démunis, voire méprisés et rejetés. Les islamistes dits radicaux ne sont pas les seuls ; sachons regarder autour de nous pour comprendre combien l’intolérance au quotidien alimente les manipulateurs au nom d’un dieu.

Un professeur a été décapité ; c’est l’horreur absolue. L’assassin s’en est pris au lieu où on s’instruit, où on aiguise son intelligence et où on apprend à penser par soi-même. Et à l’un de ceux qui apprennent à croire ou pas à un dieu, mais qui apprennent à vivre ensemble et à être un homme libre.

Notre système va tenter de s’affranchir de toute responsabilité dans cette nouvelle tragédie, alors qu’il a une large part de responsabilité dans le délitement de nos sociétés et dans la nouvelle vague d’obscurantisme qui déferle sur notre terre et provoque toutes ces sales guerres de religion auxquelles on assiste aujourd’hui.

L’écrivain Yannick Haenel, chroniqueur à Charlie Hebdo a signé un billet dans lequel il écrit notamment :

« Une phrase de Nietzsche me revient, elle dit : « Un homme offensé est un homme qui ment ». Les tueurs qui se disent offensés par les caricatures de Mahomet mentent pour justifier leur volonté de tuer ; ils mentent sur l’Islam, ils mentent sur Mahomet. Un homme qui aime sa religion, un homme qui chérit sa foi, que celle- ci soit musulmane, juive, catholique ou autre, n’est jamais offensé, surtout pas par l’humour. Un homme qui aime sa religion pense et parle avec les autres : il parle de ce qu’il aime, il parle de sa religion. Parlons de religion, pensons les religions. Continuons à enseigner, à comprendre, à expliquer, à écouter toutes les paroles. »

Mais pour cela il faut changer de système et donner la priorité à l’homme plutôt qu’à la finance, aux dividendes et ne plus prôner l’individualisme. Il faut revenir à Victor Hugo qui déclarait en 1848 :

« Il faudrait multiplier les écoles, les théâtres, les librairies. Il faudrait multiplier les maisons d’études pour les enfants, les maisons de lecture pour les hommes. Multiplier tous les établissements où l’on médite, on s’instruit, on se recueille, on apprend quelque chose, où l’on devient meilleur ; en un mot, il faudrait faire pénétrer de toutes parts la lumière dans l’esprit du peuple, car c’est par les ténèbres qu’on le perd. »

Son programme est toujours actuel. Hélas, trois fois hélas. Car Macron n’est pas habité par l’esprit de Victor Hugo, mais par l’esprit du CAC 40 et des premiers de cordée.

Unissons-nous pour faire pénétrer la lumière dans l’esprit du peuple pour que nous n’ayons plus à pleurer un professeur décapité.

L’une chante, l’autre déchante

La semaine est agitée chez les Sarkozy. Nicolas fait grise mine et son épouse tente de faire entendre son petit filet de voix.

L’ancien chef de l’Etat vient d’être mis en examen pour « association de malfaiteurs » dans le cadre de l’enquête sur les soupçons de financement de sa campagne présidentielle de 2007 par le dictateur libyen, Mouammar Kadhafi. Il s’agit de la quatrième mise en examen du petit Nicolas puisque les juges ont déjà retenu les délits de corruption, recel de détournements de fonds publics libyens et financement illicite de campagne électorale.

Son épouse Carla Bruni, elle, vient de sortir un nouvel album qui a fait l’objet d’une campagne de promotion étonnante par son ampleur, notamment sur les chaînes publiques de radio et de télévision. Le Canard enchaîné vient de révéler que la direction musicale de Radio France a imposé d’intégrer une chanson de l’album dans la « playlist » de France Inter à la demande de la présidence, donc de Sibyle Veil. Le journal satirique précise que la direction a également suggéré l’invitation de la chanteuse à l’antenne. Léa Salamé a donc invité l’épouse de Sarkozy à 8h50.

La journaliste pourra toujours prétendre être irréprochable en matière d’éthique… Laurent Delahousse aussi, car il a cru bon d’inviter Carla Bruni le dimanche soir à 20h30 pour une longue séquence de promotion.

Libres, les journalistes ? Indépendant du pouvoir politique, le service public de l’audiovisuel ?

Carla Bruni n’a aucune raison de se plaindre. Pendant le même temps, le gouvernement se montre intraitable avec le monde du spectacle en imposant le couvre-feu à 21h. Ce qui fait dire à la CGT Spectacle : « Qui va tuer le spectacle, le Covid ou le gouvernement ? ».

Les artistes et les intermittents apprécieront la différence de traitement selon que vous êtes l’épouse d’un ex-président de la République, même mis en examen, et les autres, les cultureux.

Emmanuel Macron n’est pas à une contradiction près. Il les accumule.

Le mercredi, il annonce une aide exceptionnelle versée aux bénéficiaires du RSA, de l’ASS et de l’APL ; le lendemain, le gouvernement exclut les 18-25 ans, les bénéficiaires de l’APL, c’est-à-dire essentiellement les étudiants.

Devant le tollé, ce même gouvernement a tenté une opération de rattrapage de la bourde. Mais le mal est fait : on ne croit plus ce pouvoir sans ligne directrice, sinon celle qui consiste à faire des cadeaux aux seuls riches.

Ainsi va la politique selon Macron et Castex. Il n’y a pas que chez les Sarkozy que la semaine a été agitée…

Le peuple, victime de la guerre

Après son martial et tonitruant « Nous sommes en guerre », Emmanuel Macron vient de décréter le couvre-feu. On lui reconnaîtra une certaine constance dans la posture guerrière.

A défaut d’opposer au coronavirus une stratégie intelligente et efficace, le président de la République du nouveau monde fait de la communication pour tenter d’apparaître comme le père de la nation, le Clémenceau du XXIe siècle. Dérisoire.

Si la situation n’était pas grave, on pourrait sourire ; mais la situation est si grave qu’il faut désormais unir toutes les bonnes volontés pour s’opposer à un régime déliquescent. Au diable la communication, disent les citoyens qui ne sont pas encore anesthésiés par les discours présidentiels appelant à l’union. Si nous devons être en guerre c’est contre un régime qui a mis le pays des droits de l’homme en situation d’état d’urgence depuis cinq ans, avec des reculs insupportables des libertés publiques et individuelles.

Aujourd’hui, et depuis cinq ans donc, gouvernement et préfets sont en mesure de restreindre toutes nos libertés, de circulation, de manifestation, d’association, d’information, etc. Jusqu’à nous interdire d’aller au théâtre, au cinéma en soirée, mais surtout pas d’aller travailler en s’entassant dans des transports en commun. Et Macron n’est pas prêt à siffler la fin de ce régime liberticide.

Les mesures du président et de son gouvernement plongent chaque jour les pauvres un peu plus dans la pauvreté extrême, éloignent les chômeurs du travail. Mais il prend garde, lui et ses ministres comme Castex, Le Maire ou Darmanin, de bien traiter les patrons des grandes entreprises.

Le président de la République n’a pas eu un mot pour les soignants contraints à se mettre en grève au lendemain de son allocution télévisée pour protester contre le manque de moyens humains et matériels dans l’hôpital public. Il n’a plus d’égards pour les petits patrons au bord de l’asphyxie, pour le monde du spectacle et de la culture, etc.

Pour prêcher la bonne parole, il a convoqué une chaîne privée, TF1, et une chaîne publique, France 2, à l’Elysée et choisi ses interlocuteurs qui, comme d’habitude, n’ont pas été pugnaces et se sont contentés d’être les spectateurs d’un président ne leur laissant aucune place pour des questions. Le monologue était ahurissant.

Le service public de l’information est au centre de ses préoccupations, car il est le seul à conserver quelques paroles libres. Mais Macron a encore le temps, entre deux discours, de s’en occuper en amputant son budget, en faisant donner le prétendu comité d’éthique de France Télévisions, pour tancer l’émission Cash investigation qui déplait tant à ses amis du CAC 40, etc.

Bref, les libertés sont menacées en France, gravement. Le peuple souffre. Du coronavirus. De la précarité. Du chômage. De la pauvreté. De sa culture mise en hibernation. De son hôpital harassé. De son école démantelée. De sa recherche asséchée.

Comme l’écrivit Rudyard Kipling : « La première victime de la guerre, c’est la vérité. »

A partir d’un Tweet

Sandra Muller, journaliste, avait accusé l’ex-patron de la chaîne spécialisée Equidia de harcèlement. L’accusé, Eric Brion, a fait condamner l’accusatrice.

La campagne Balance ton porc était à ses débuts.

L’affaire n’est pas enterrée ; Eric Brion sort un livre pour laver son honneur et le titre est sans ambiguïté, Balance ton père.

Je ne connais pas les protagonistes de cette affaire et je n’ai pas lu le livre ; je n’ai donc ni avis, ni compétence et je laisse la justice trancher. Je voudrais m’intéresser seulement au traitement de la sortie du livre d’Eric Brion, un ‘’Tweet’’ de l’intéressé ayant attiré mon attention :

« Eric Brion@Eric3rionDemain, je serai l’invité de @LeaSalame à 7h50 sur @franceinter puis de Patrick Cohen a 12h40 sur @Europe1 et de @cavousf5 @BabethLemoine @pierrelescure pour parler de mon livre #BalanceTonPère qui sort le 14 octobre chez @editionsLattes #livres »

Une telle exposition médiatique d’un livre est rare. Mais, surtout, cette exposition vient démontrer que la recherche d’audience l’emporte sur la qualité de l’œuvre et sur l’intérêt général. Surtout si le sujet est ‘’croustillant’’.

Le ‘’bon client’’ à la radio et à la télévision n’est pas le plus pertinent, mais celui qui assure une forte audience. Et ce ‘’bon client’’ a ainsi droit à toutes les émissions ! L’imagination n’est plus au pouvoir dans l’audiovisuel où défilent en permanence les mêmes personnages, politiques et autres, jusqu’à la nausée.

Faire trois émissions de radio et de télévision trois jours avant la sortie d’un livre et le succès des ventes est assuré. Si Europe 1 donne du temps d’antenne à Eric Brion, le propriétaire de la radio y trouvera son compte, car le livre est édité par une filiale du groupe Lagardère. La boucle est bouclée. L’attachée de presse a bien fait son travail et mérite d’être réompensée.

On remarquera que Patrick Cohen a reçu Eric Brion à 12h40 et que les deux hommes se sont retrouvés dans l’émission C à vous sur France 5 quelques heures plus tard.

Vive le pluralisme !

Le chercheur-citoyen et la ministre qui ment

La ministre de la recherche, Frédérique Vidal, a osé voir dans le prix Nobel d’Emmanuelle Charpentier un motif de fierté pour l’ensemble de notre recherche et pour la chimie française.

La ministre ose tout et il lui arrive aussi de mentir effrontément. En juin, sur France Culture, elle avait osé (encore) prétendre que le laboratoire dirigé par Bruno Canard, ‘’Architecture et fonctions des micromolécules biologiques (AFMB)’’, « a obtenu plusieurs financements sur projets… Je connais par cœur les financements qu’a eu ce laboratoire. » 

Sans doute, Mme Vidal était-elle irritée par les déclarations du chercheur à propos de l’état de la recherche en France et par son combat contre le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Celui-ci s’était signalé dès le 29 février dernier ; dans une interview donnée au Monde, il déclarait en effet que « Face aux coronavirus, énormément de temps a été perdu pour trouver des médicaments », faute de moyens. Quelques jours plus tard, il enfonçait le clou dans un texte où il déclarait : « J’espère par ma voix avoir fait entendre la colère légitime très présente dans le milieu universitaire et de la recherche publique en général. » Il préconisait le retour de grands programmes de recherche européens pour mieux anticiper.

Dans un nouveau texte d’une grande intelligence, ‘’La virologie est un sport de combat’’, il répond fermement aux mensonges de la ministre avec force détails.

Il utilise d’abord l’ironie : « Chère Mme la Ministre, chère Frédérique, je me permets de vous appeler par votre prénom en souvenir des cafés et bavardages créatifs que nous avons partagés lorsque, en 1992, j’étais fraîchement recruté comme chercheur au CNRS à Nice dans le laboratoire dirigé par Patrick Gaudray, et vous, doctorante dans le laboratoire de François Cuzin à l’Université de Nice. »

Puis, il argumente en démontant les mensonges de Frédérique Vidal.

Les financements lui ont été accordé chichement : « Tous les dossiers de projet ANR inlassablement déposés depuis 2015 ont été jugés indignes d’être financés et/ou inintéressants. Cinq fois, pour être précis. » Mais, ajoute-t-il : « Le SARS-CoV-2 aura donc eu un effet magique : ma recherche inintéressante sur la variabilité génétique de ce virus a subitement reçu, en juin 2020, les commentaires les plus positifs, dithyrambiques, qu’il m’a été possible de recevoir en 30 ans de carrière. »

Aujourd’hui donc, l’Europe est atteinte par une pandémie et retrouve les travaux de Bruno Canard ; elle fait appel aux chercheurs et met 10 millions d’euros sur la table mais dans des conditions étonnantes dénoncées par le chercheur : « Dans l’urgence, nous devons rédiger des programmes jour et nuit. Monter des projets en un temps record. Au bout de deux ou trois ans, le virus aura disparu et on n’en parlera plus. »

Les crédits accordés sont dérisoires et ne permettent pas aux laboratoires de fonctionner de façon efficace ; Bruno Canard dénonce alors les conditions d’embauche de jeunes chercheurs en CDD à 1 600 euros par mois et de techniciens à 1 200 euros.

Le chercheur dénonce encore le pognon de dingue accordé à la recherche privée avec le Crédit impôt-recherche et il cite les généreuses aides accordées à Sanofi pour des projets ensuite abandonnés alors que le groupe réduit ses activités de recherche, licencie 1 700 personnes dans le monde, dont 1 000 en France, tout en versant 4 milliards à ses actionnaires en 2020.

En conclusion de son éloquent réquisitoire, il fait le constat amer que « Finalement, chère Frédérique, depuis une dizaine d’années, trois présidents de la République, Nicolas Sarkozy, François Hollande, et Emmanuel Macron n’ont-ils pas eu raison de prendre les chercheur·ses et les universitaires pour des imbéciles ? », puis il termine par un appel à son ancienne collègue : « J’espère avoir correctement éclairé votre petite phrase, dans le respect de votre fonction ministérielle, respect qui finira bien un jour par être réciproque, et que in fine, mes « plusieurs financements sur projets » que vous « connaissez par cœur » continueront à soutenir nos efforts intenses contre le SARS-CoV-2 et le COVID19. »

Le désarroi des chercheurs-citoyens est au moins aussi profond que celui des soignants hospitaliers ; ils s’accrochent tous au service public avec opiniâtreté et panache quand les politiques au pouvoir font œuvre de sabotage au profit du privé.

L’intégralité du texte de Bruno Canard est accessible sur Internet ; taper ‘’La virologie est un sport de combat’’.

Intolérance partout

Les sociétés humaines comme les institutions politiques sont en crise et engendrent une intolérance généralisée. Combien d’actes sont commis au nom de l’intolérance religieuse. Les Eglises, toutes, voient leurs dogmes et leurs valeurs traditionnelles d’amour du prochain,  débordés par des fanatiques qui ont renoncé à emprunter leurs chemins généreux.

Tout récemment, une œuvre d’art contemporaine a été vandalisée dans le Morbihan par de prétendus ‘’catholiques anonymes en colère’’ sous le prétexte qu’elle était installée dans une chapelle qui n’était plus consacrée depuis plusieurs années. Les fanatiques ont dénoncé « la christianophobie latente dans notre société »  et « la transformation des lieux de cultes en lieux de débauche tels que les boîtes de nuit ».

L’intolérance est également politique, perturbant le débat sur l’Agora et toute confrontation idéologique. Donald Trump est un intolérant grave qui ne supporte plus rien. Il vient de se signaler en publiant un ‘’acte exécutif’’ qui constitue un obstacle à la liberté intellectuelle. Selon l’association des presses universitaires américaines, « En pénalisant les universitaires et les éditeurs, voire leurs institutions mères, qui comptent sur un financement fédéral pour ouvrir de nouveaux champs de recherche, cet ordre pourrait réduire les contributions intellectuelles significatives des citoyens américains, des lycées et des universités, et pourrait entraver l’avancement des connaissances humaines en général ». Elle fait remarquer que dans les motivations pour cet ordre exécutif, le président des États-Unis ne cite que des initiatives qui questionnaient les responsabilités historiques et sociales des ‘’Blancs’’ ou de ‘’l’homme blanc’’. Est-ce un hasard ?

L’intolérance a provoqué trop de guerres durant des siècles pour s’en accommoder aujourd’hui, au XXIe siècle, après un autre siècle au cours duquel les conflits ont causé des millions de morts.

N’avons-nous rien retenu de l’Histoire pour devoir supporter encore le règne d’une société hautement conflictuelle, où toutes les intolérances engendrent des violences, qui elles-mêmes font reculer les générosités et le savoir-vivre ensemble. En 2020, nous devons dresser le constat, amer, que l’éducation n’a pas réussi à éradiquer un système de relations basé sur la violence verbale, physique et institutionnelle. Les croyants s’en prennent aux athées (et aux autres religions), les gouvernements imaginent un arsenal législatif pour étouffer toute contestation, toute expression d’idées contraires, toute liberté d’expression. En revanche, ils suscitent de plus en plus de manifestations de racisme et d’exclusion sociale.

L’espace social est gangréné ; télévision se vautrant dans les faits divers les plus sordides et les films ‘’trashs’’ (dans lesquels le sang coule à chaque séquence), réseaux dits sociaux suintant la haine, publicités faisant appel aux mêmes ressorts de l’irrationnel ont fini par conditionner nos mentalités et à nous associer à leurs basses œuvres et en nous transformant en relais de l’intolérance, de la haine et des violences physiques et mentales.

Pour sortir des dogmes, il nous faudra répondre à quelques questions fondamentales sur la nature humaine, sur notre place sur la terre et dans nos sociétés, sur le rôle de l’éducation et de la culture, non pas seulement pour rechercher un consensus qui n’existera jamais, mais pour réhabiliter la discussion, le débat, le raisonnement, l’intelligence et, ainsi, faire reculer l’intolérance et les violences, les peurs et l’égoïsme (surtout vis-à-vis de ceux qui ne sont pas d’ici et de notre couleur de peau).

Merci Emmanuelle Charpentier, prix Nobel

La crise ? Quelle crise ? Les premiers de cordée, autrement dit les nantis, ne connaissent ni la crise, ni même le mot.

Bernard Pinault, autre dirigeant d’un groupe de luxe, s’apprête à ouvrir son musée, comme son collègue Bernard Arnault. Le second a voulu un musée moderne et il a fait appel à Frank Gehry pour y installer le fonds de sa Fondation Vuitton ; le second, lui, a acheté l’ancienne Bourse du commerce de Paris à proximité du Centre Pompidou et du Forum des Halles et a confié sa transformation à Tadao Andô.

De façon indécente, alors que les pauvres sont de plus en plus pauvres, les milliardaires, eux, se lancent des défis et dépensent un pognon de dingue pour savoir qui aura « son » plus beau musée.

Pis encore, les deux milliardaires jonglent avec leurs fortunes pour minimiser leurs impôts.

La crise, donc, ils ne l’ont jamais entrevue. Leurs affaires marchent plutôt bien ; celles de leurs copains-coquins aussi. Un rapport publié hier par l’organisme d’évaluation et de prospective, réalisé sous l’égide de France Stratégie et du premier ministre, conclut que la suppression de l’impôt sur la fortune a eu pour effet d’augmenter les dividendes et par voie de conséquence la fortune de nos nantis de 0,1 %. Merci Emmanuel Macron !

Les soignants vantés pour leur dévouement n’ont reçu qu’une aumône de quelques euros.

Les chercheurs, eux, recherchent quotidiennement des financements pour pouvoir continuer leurs travaux.

Cela n’a pas empêché le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche de se féliciter du prix Nobel de chimie attribué à Emmanuelle Charpentier en des termes incongrus : « Une immense fierté pour l’ensemble de notre recherche et pour la chimie française ». Mme Frédérique Vidal ne connaît pas ses dossiers, semble-t-il. En effet, la lauréate a quitté la France il y a 24 ans, comme elle l’a justement rappelé fort opportunément ; elle a également précisé : « Je pense que la France aurait du mal à me donner les moyens que me donne l’Allemagne. »

Bravo à Emmanuelle Charpentier, mais honte à Frédérique Vidal.

La chimie française est aussi en crise ; il n’y a que la ministre pour ne pas s’en apercevoir. Félicitations à Emmanuelle Charpentier pour son prix et sa clairvoyance.

Quand François parle à Emmanuel

Le pape François a publié une nouvelle encyclique, Fratelli tutti, de 90 pages, un événement qui fera date ; il y est fidèle à ses engagements maintes fois répétés. Il fustige le libéralisme égoïste et les finances, le populisme et les nationalismes. Il dénonce les catholiques qui font « prévaloir certaines préférences politiques sur les convictions profondes de leur foi : la dignité inaliénable de chaque personne humaine indépendamment de son origine, de sa couleur ou de sa religion. »

Il n’est pas besoin ici de citer les noms de ceux à qui s’adressent ces phrases. Nul doute que cette encyclique passera sous silence dans les médias contrôlés par la clique des milliardaires qui se réclament de la Sainte Eglise romaine, comme Vincent Bolloré (l’employeur de Zemmour et d’Hanouna), par exemple.

Ceux qui dirigent la France aujourd’hui, du président de la République aux ministres, députés, sénateurs et élus locaux, ont reçu avec cette encyclique papale un texte à méditer et à consulter avant d’agir au quotidien et de rédiger des lois rejetant les migrants, les chômeurs, les jeunes ou, sans discernement, tous les islamistes, etc.

Il ne s’agit pas de citer toutes les richesses de la pensée pontificale, mais une phrase, plus qu’une autre, mérite d’être retenue : « Le prétendu ruissellement ne résorbe pas l’inégalité, il est la source de nouvelles formes de violence qui menacent le tissu social. » 

Dédiée à Emmanuel Macron, en toute simplicité.

PS – Le service public de l’audiovisuel agent de relations publiques de Carla Bruni, dont on dit qu’elle chante ? Il s’agit d’un délit de copinage insultant pour la vraie culture. Près de 30 minutes dimanche soir avec Laurent Delahousse, et 10 minutes ce matin avec Léa Salamé ! C’est stupéfiant et incongru quand de vrais chanteurs sont au chômage forcé.

Le tennis qu’on aime

Le tennis tend à devenir un sport de ‘’cogneurs’’, où la plus grande qualité est de voir la balle atteindre les 200 km/h (et plus) sur le service, où ce qu’on appelle les ‘’montées au filet’’ sont de plus en plus rares (on parle d’attaquants de fonds de court). On observe les mêmes tendances de la recherche de puissance dans d’autres sports comme le rugby. Hélas.

Et sur le court Philippe Chatrier du stade Roland-Garros, un jeune joueur d’à peine 20 ans (depuis quelques jours seulement) a donné à voir un autre tennis, intelligent, créatif, ponctué d’une cinquantaine d’amortis qui ont fait douter l’Autrichien Dominic Thiem, classé numéro 3 mondial.

Hugo Gaston n’est pas grand (1m73) et il ne peut pas lutter avec les ‘’cogneurs’’. Alors il leur oppose son intelligence, son toucher de balle et une extraordinaire explosivité. Il a le regard clair et franc ; il est modeste et connaît toutes les limites de son jeu, signe d’un esprit vif et clairvoyant.

Il a montré que le tennis n’était pas (encore) réservé aux seuls géants, puissants et destructeurs plutôt que créatifs. Avec lui, le tennis devient un spectacle qui soulève l’enthousiasme par ses coups de raquette surprenants, ses contre-pieds, ses lobs, ses amortis où s’exprime toute l’intelligence humaine à la vitesse de l’éclair.

C’est joyeux, gai et on se prend à applaudir la beauté des gestes.

Hugo Gaston a déjà un brillant palmarès dans les catégories de jeunes. Il a les qualités mentales et techniques pour réussir chez les professionnels s’il conserve tout ce qui fait de lui un joueur du tennis qu’on aime.

Quatremer, l’irresponsable

Jean Quatremer est un journaliste de Libération. Européen et fédéraliste, de sa position de responsable de l’actualité européenne à Bruxelles, il ose tout et, surtout, il dit n’importe quoi sur tout, y compris sur les sujets qu’il ne connaît pas (et même sur ceux qu’il prétend connaître).

Il semble qu’il cherche à se faire remarquer pour attirer la lumière sur sa personne. A défaut d’avoir un vrai talent. Il est le bon client que David Pujadas aime inviter sur LCI ; avec Quatremer, il est assuré d’avoir des ‘’reprises’’ dans d’autres médias.

Le citoyen Jean Quatremer a le droit d’avoir des idées personnelles ; en revanche, le journaliste Jean Quatremer a le devoir de donner aux autres citoyens des informations vérifiées et recoupées. Mais pas de proférer des âneries ou de colporter des fausses informations. La dernière en date est d’une imbécillité rare :

« Vous vous rendez compte, on a estimé qu’il y aurait eu 50/60 000 morts sans confinement, on a 800 000 nouveaux chômeurs, donc ça veut dire que chaque vie sauvée a causé 40 chômeurs, c’est pas rien, c’est énorme ! »

Sans commentaire.

Sinon quelques anecdotes sur ce brillant plumitif qui ne fait guère honneur à la profession de journaliste.

Le 15 mars 2017, il avait écrit sur son compte Twitter :

« Pour la première fois de ma vie, je viens de faire un don à un parti politique, en l’occurrence En Marche… » Tel Paul Claudel touché par la foi en étant appuyé sur le seconde pilier à l’entrée du chœur de Notre-Dame (« En un instant mon cœur fut touche et je crus ! »), Jean Quatremer fut touché par la grâce divine et les prêches d’Emmanuel Macron. Sublime.

Le même homme, rallié au dogme macronien, avait cru pouvoir se permettre de traiter les gilets jaunes de ‘’beaufs’’, avant de poster également sur son compte Twitter :

« Je précise: un mouvement de beaufs, poujadiste, factieux et rouge brun. La totale, quoi. »

Ces saillies valent une certaine notoriété à ce diplômé en droit qui a micro ouvert à France 2, France 3, France 5, France info, Arte, etc. Il a reçu le prix Louise Weiss du journalisme européen. Etc.

Jean Quatremer ne doute de rien et il se vautre dans des commentaires irresponsables et impardonnables. Pauvre journalisme.

Le racisme est un délit

Eric Zemmour est exécrable ; mais pas moins que son employeur, Vincent Bolloré.

Ses propos sur la chaîne CNews sont abjects : « Il faut que ces jeunes, tous, je vous le répète tous, parce qu’ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer, il ne faut même pas qu’ils viennent. Et si pour cela il faut sortir de la Cour européenne des droits de l’homme, il faudra sortir de la convention. Il faut ne laisser rentrer personne (…) Je pense aux femmes qui sont violées par ces gens-là, aux hommes qui sont assassinés par ces gens-là, aux Français brutalisés et traumatisés par ces gamins-là. Il faut arrêter ça. »

Son employeur a diffusé ce qui n’est pas une opinion mais un délit. L’émission est diffusée en léger différé et le brutal Vincent Bolloré affirmait dans Le Tribune en 2007: « Dans mes médias, j’ai le ‘’final cut’’. » Tout est dit.

La chaîne connaît Eric Zemmour, un raciste qui a déjà été condamné à trois reprises ; elle attend donc d’un raciste affirmé qu’il fasse le ‘’buzz’’, c’est-à-dire qu’il dope l’audience. 

Vincent Bolloré, qui se réclame d’un profond catholicisme, n’a pas cru bon de condamner les propos orduriers de son fou du roi. Son mutisme en dit long sur ses pensées profondes et sur sa conception de la télévision, lui qui a donné cartes blanches à de prétendus animateurs et journalistes comme Hanouna, Zemmour, Praud, Naulleau, Elkabbach, Morandini et bien d’autres.

Des plaintes ont été déposées contre Zemmour, mais l’intéressé (et sans doute Bolloré) y voient une bonne publicité.

Le CSA ne peut plus tergiverser, il est de son devoir de faire le ménage et de retirer les autorisations à CNews, C8 et CStar. Radicalement. On peut espérer que personne n’osera crier à la censure.

Détruire la misère

Les ‘’salauds’’ de pauvres sont de plus en plus nombreux dans la cinquième nation économique. Ces pauvres ont de nouveaux visages. Le Secours populaire a constaté que des gens qui vivaient modestement et discrètement mais qui subvenaient à leurs besoins n’ont plus de quoi manger aujourd’hui.

L’association est venue en aide à 1 270 000 personnes durant les deux mois du confinement, contre 3,3 millions durant toute l’année 2019.

La précarité explose et fait grossir les files d’attente des associations qui souhaitent faire vivre la solidarité.

Qui se soucie de la solidarité au plus haut niveau de l’Etat ? Les aides sont prioritairement distribuées aux entreprises, qui continuent à distribuer, elles, des dividendes aux fonds d’investissement et aux boursicoteurs et suppriment des emplois par milliers.

Les uns comptent en centimes quand quelques-uns comptent en milliards.

La situation est dramatique ; les associations alertent et font face, elles aussi, à la crise. Le président de la République, lui, ne voit rien, n’entend rien et, surtout, ne fait rien.

Les nouveaux visages de la pauvreté sont terriblement accusateurs ; ils sont le témoignage de la cruauté du système capitaliste et de son égoïsme incommensurable. Le ministre de l’économie, l’obtus Bruno Le Maire, ne pense qu’à remettre la réforme des retraites à l’ordre du jour. Le premier ministre, l’obscur Jean Castex, n’a pas un mot pour condamner ceux qui vont plonger les familles des salariés de Bridgestone et des sous-traitants dans cette pauvreté tant redoutée. Le président de la République qui avait promis qu’il n’y aurait plus un homme condamné à coucher dans la rue à la fin de sa première année de mandat, préfère aller donner des leçons au Liban, en Méditerranée, en Biélorussie en évitant de croiser le regard des nouveaux pauvres.

Il y a 171 ans dans un discours tonitruant, le député Victor Hugo (qui venait de tourner le dos à la droite royaliste) fustigeait les autres élus de n’avoir rien fait pour détruire la misère :

« Vous n’avez rien fait, j’insiste sur ce point, tant que l’ordre matériel raffermi n’a point pour base l’ordre moral consolidé ! Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n’avez rien fait tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n’avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! Tant que ceux qui sont vieux et qui ne peuvent plus travailler sont sans asile ! Tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes, tant qu’il n’y a pas des lois fraternelles, des lois évangéliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! Vous n’avez rien fait, tant que l’esprit de révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n’avez rien fait, rien fait, tant que, dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, qui se continue souterrainement, l’homme méchant a pour collaborateur fatal l’homme malheureux ! »

Qui osera interpeller avec autant de virulence et de talent les élus d’un peuple de plus en plus appauvri et soumis à des lois au service unique des profiteurs.

Reviens, Victor Hugo ! Le peuple souffre et ils n’ont toujours rien fait pour éradiquer la souffrance publique. Qui aurait pu imaginer que Ladj Ly puisse emprunter le titre de ton chef-d’œuvre, Les Misérables, pour réaliser un film admirable.

Hélas, les chefs-d’œuvre ne sont pas plus suffisants hier qu’aujourd’hui pour détruire la misère ! Passons donc à l’action.

Capture des médias

Le droit à l’information est si peu assuré que l’UNESCO a déclaré le 28 septembre de chaque année ‘’Journée internationale de l’accès universel à l’information’’ (IDUAI). Dans une France où les principaux organes sont tombés entre les mains de quelques oligarques milliardaires, le droit du public à une information complète, vérifiée et mise en perspective n’est plus qu’un slogan.

L’information est colonisée par quelques-uns au profit de leurs seuls intérêts économiques et politiques. Ils nient l’encadrement de l’information (saut peut-être Vincent Bolloré) et de nombreux journalistes, la main sur le cœur se prétendent, eux, d’une totale liberté.

Ceux-là pourraient lire les études du prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, sur ce qu’il a appelé la ‘’capture des médias’’ (dénonçant les concentrations) et la ‘’capture cognitive’’, qu’il avait définie ainsi :

« À bien des égards, la capture cognitive est l’aspect le plus intéressant de la capture, le plus subtil, le plus difficile à prouver. Cela a trait à la façon dont les journalistes perçoivent le monde, et donc comment ils écrivent à ce sujet. Une des raisons pour lesquelles le sujet est si important est que la capture cognitive par les médias peut conduire à une capture cognitive par la société. Les médias aident à façonner les opinions des membres de la société, et si les médias sont capturés, leurs reportages peuvent donner lieu à l’acceptation de points de vue dans la société qui reflètent ces intérêts. »

La profession de journaliste devrait s’interroger; au lieu de cela, quelques journalistes se chamaillent à propos de ce qu’ils nomment la ‘’droitisation des plateaux de chaînes d’info’’.

Le problème est bien plus vaste et mériterait une attention plus soutenue et une véritable rébellion conjointe des journalistes et des citoyens quand ce sont tous les grands médias qui ne délivrent pas une information au-dessus de tout soupçon. Mais le débat est cadenassé. Par exemple, Roch-Olivier Maistre, président du CSA, a circonscrit la question aux seules chaînes d’information en continu au cours de l’émission de France Inter ‘’L’instant M’’, n’entendant que des propos ‘’choquants’’ de la part d’éditorialistes et avouant les limites de ses interventions : « Ma feuille de route, c’est la loi ».

Que le président du CSA ne dirige pas un comité de censure comme le pouvoir gaulliste l’avait instauré à partir de 1958, c’est heureux. Ce n’est ni à la loi, ni à un comité Théodule de définir ce qui est bon ou mauvais pour le citoyen. Mais la loi doit définir les conditions du pluralisme des idées et de leur expression. Par respect pour les citoyens, de la démocratie, le Déclaration universelle des droits de l’homme et pour qu’il ne soit plus nécessaire d’avoir une Journée internationale de l’accès universel à l’information.

En France, il y a de plus en plus à faire dans ce domaine. Comme dans d’autres.

Haine et tolérance

Les lâches attaques à l’arme blanche près des anciens locaux de Charlie Hebdo vont encore attiser l’islamophobie sans discernement.

Il ne s’agit pas ici de justifier l’injustifiable et les actes ignobles de fous de Dieu ; sans doute des esprits faibles manipulés par des djihadistes pervers, eux-mêmes manipulés au plus haut niveau de certains Etats théocratiques, moyenâgeux, féroces et bourrés de pétrodollars. Il faut néanmoins remarquer que les ‘’attentats’’ sont désormais perpétrés par des hommes seuls à l’arme blanche preuve, heureusement, de l’affaiblissement politique des commanditaires.

Cela n’empêche pas, bien au contraire, les surenchères verbales dans nos pays pour dénoncer l’islamisation de l’Europe et réclamer le renforcement des lois liberticides. A les écouter, nous sommes en guerre, évidemment une guerre de religion, et ils appellent à la mobilisation, au nom des libertés, de la laïcité et de la République. Les chaînes d’information en continu alimentent ce climat délétère et d’anciens chefs de l’Etat profitent de l’occasion pour faire parler d’eux et dénoncer des ‘’attaques contre la République’’.

La justice tellement décriée a rappelé aujourd’hui, curieuse coïncidence, qu’on ne peut pas dire tout et n’importe quoi en condamnant Eric Zemmour (pour la deuxième fois) pour injure et provocation à la haine au cours d’un discours prononcé à la ‘’convention de la droite’’ organisé par l’entourage de Marion Maréchal en septembre 2019.

Les juges ont retenu que, « en distinguant parmi les Français l’ensemble des musulmans opposés aux ‘’Français de souche’’ et en les désignant, ainsi que les immigrés musulmans vivant en France, non seulement comme des criminels auteurs des attentats de 2015 mais comme d’anciens colonisés devenus colonisateurs », les propos de Zemmour « constituent une exhortation, tantôt implicite tantôt explicite, à la discrimination et à la haine à l’égard de la communauté musulmane et à sa religion. »

Les juges ont par ailleurs estimé que le discours avait été « préparé » et les mots « choisis ».

Une centaine de médias ont signé une tribune ‘’Ensemble, défendons la Liberté’’ dénonçant « des idéologies totalitaires nouvelles, prétendant parfois s’inspirer de textes religieux » et visant le seul islamisme religieux. A eux, dans leurs rédactions respectives de démontrer qu’ils défendent réellement « notre conception de la liberté d’exception, mais, bien au-delà, de la liberté de tous les citoyens français ». Or, c’est loin d’être le cas aujourd’hui, quand certains profitant de l’émotion, légitime, causée par des actes ignobles, appellent quasiment au pogrom de tous les Musulmans.

Toutes les libertés sont à défendre, aujourd’hui, dans les Etats totalitaires théocratiques, en premier lieu, en cessant de commercer avec eux et de leur vendre des armes et des technologies répressives. Puis, dans nos propres pays, il ne faudrait pas oublier que les libertés sont abimées et en voie de dangereux rétrécissement. Par les Zemmour et autres qui appellent au lynchage de ceux qui n’ont pas la peau blanche et ne croient pas au même dieu.

Dans une République laïque, il ne doit pas y avoir de place pour la haine ; cultivons la tolérance.

Le goût du vrai

« Le 5 avril dernier, alors qu’aucune étude thérapeutique n’avait encore eu le temps d’aboutir, Le Parisien publiait les résultats d’un sondage abracadabrantesque. A la question : « D’après vous, tel médicament est-il efficace contre le coronavirus ? », 59 % des personnes interrogées répondaient oui, 20 % non. Seuls 21 % des sondés déclaraient qu’ils ne savaient pas. L’immense majorité (80 %) affirmait don savoir ce que personne ne savait encore… »

Ce sondage (mais aussi le défilé des prétendus experts sur les plateaux de télévision) a énervé Etienne Klein. L’homme est un scientifique de haut niveau, directeur de recherche au CEA, et philosophe ; il est très médiatique : producteur de l’émission La conversation scientifique (France Culture), il intervient régulièrement dans Philosophie Magazine, Le Point ou Pour la Science et il est l’auteur d’une quarantaine d‘ouvrages. L’homme est brillant (trop peut-être) et dispersé ; est-ce cela qui lui a valu d’être accusé de plagiat six mois après son élection à la présidence de l’Institut des hautes études pour la science et la technologie ?

Le coronavirus et son traitement dans médias l’ont donc incité à publier un essai dans la collection Tracts (n° 17) de Gallimard, Le goût du vrai, dans lequel, prenant de la hauteur et du recul, il s’interroge sur les vérités scientifiques, sur leur relativité, mais aussi et surtout sur le narcissisme contemporain, l’idée de progrès supplantée par le terme d’innovation, sur la société qui secrète des croyances et des préjugés, sur le simplisme, sur le contexte des vérités scientifiques. Bref, c’est foisonnant de réflexions importantes, le tout en moins de 60 pages.

Etienne Klein apporte des éléments de débats pour mieux comprendre ce qui s’est passé pendant la pandémie du coronavirus.

Il prétend que, si, dans le sillage de Galilée et Descartes, « l’homme s’est progressivement autonomisé par rapport à l’univers qui l’entoure, jusqu’à se considérer, René Descartes aidant, comme un être d’antinature », « la pandémie de Covid-19 nous a montré que la nature conserve un pouvoir sur nous, un pouvoir impossible à contourner. »

Il nous appelle, en conclusion, à refonder l’idée de rationalité, « car tel est le paradoxe de l’être humain : s’il est le seul capable, par la science, de découvrir les lois dites ‘’de la nature’’, il n’en est pas pour autant un être d’antinature ».

L’essai est brillant ; l’appel urgent à entendre.

Deux hommes d’exception, un même combat

Jack Ralite et Marcel Trillat sont partis récemment, dans un espace court ; au fond trois ans d’intervalle, qu’est-ce au niveau de notre humanité ? 

Leurs combats ont beaucoup de choses en commun et il ne faut pas croire qu’il s’agit de ceux d’une génération dépassée. On doit en prendre la mesure aujourd’hui pour que leurs paroles, extraordinairement actuelles, continuent d’alimenter le débat d’une époque troublée. Quand la culture et le monde du spectacle sont menacés par le coronavirus, prétexte inédit et bienvenu pour un pouvoir politique qui taille dans les budgets non rentables selon son logiciel comptable, seulement comptable. Quand la télévision de service public est menacée au nom de la même notion de rentabilité.

Les coups de gueule de Ralite et Trillat, ceux de l’homme de toute la culture, avec un penchant pour le théâtre, et ceux de l’homme de télévision de service public, mais aussi de toute la télévision et de l’information, venaient éclairer le débat en dénonçant les arrière-pensées des fossoyeurs de la culture française.

Aux assises du service public en 1996, sur le thème de ‘’l’enseignement artistique est-il rentable ?’’, Jack Ralite avait dénoncé « un discours gestionnaire qui restreint la tâche de gouverner à l’ambition d’être un comptable supérieur. C’est l’économie cheval de Troie ! » Quelle lucidité.

Il avait poursuivi en disant : « On voit bien que si on s’enferme dans l’entrée par l’argent la question de la rentabilité a vite fait de régler le problème. Mais si on entre par l’autre porte, c’est-à-dire par l’humain, l’homme, la femme, c’est tout autre chose. Alors, c’est l’aventure de l’esprit, c’est penser l’humain dans sa pluralité. » Argument imparable et définitif.

Marcel Trillat, lui, dénonçait dès 1971 : « La concurrence purement commerciale qui s’instaure entre les deux chaînes (et bientôt entre les trois) est utilisée pour attaquer l’audience des émissions d’information ». La stratégie, « une trahison », disait-il, n’avait qu’un visée, « la mainmise du pouvoir sur les actualités télévisées ».

C’est ce même discours gestionnaire qui est porté à un niveau inédit aujourd’hui par Emmanuel Macron, qui prétend réduire les lieux de culture au nom de la rentabilité et intime l’ordre à Delphine Ernotte de réduire le nombre de chaînes et jusqu’aux émissions.

Dans son discours de 1996, Jack Ralite avait dressé un constat se menant aussi au plan sémantique : « Le vocabulaire lui même évolue : on ne dit plus « œuvre », on dit « produit » ; on ne dit plus « public », on dit « client » ; on ne dit pas « organisation de la compréhension » (pour citer Maïakowsky), on dit « publicité » ; on ne dit plus « réalisateur », on dit « technicien de l’image » ; on ne dit plus « chercher ensemble » mais « concurrence ». Avec cette démarche, les comptes sont contre les contes ; ce qui est cherché, c’est le plus petit commun dénominateur, le produit fade, le prêt à porter, c’est l’apologie (comme dirait Hugo) du style « coucher de bonne heure  » ou (comme une poétesse russe) de « l’œuvre limonade « . C’est ça la rentabilité économique ! »

Il avait emprunté de très belles expressions à Luigi Nono, le musicien italien : « Il dit qu’il faut vivre avec des êtres incommodes, qu’il faut avoir l’écoute de l’autre, qu’il ne faut pas chercher l’unanimité, le succès, l’approbation, mais essayer d’entendre la diversité ; qu’il faut pénétrer lentement dans les phénomènes, qu’il faut constater que lorsque l’on parle ainsi, évidemment c’est un genre d’attitude qui ne correspond pas aux besoins du marché. » On les a accusé d’être des militants, ils n’étaient que des démocrates, vrais, au sens plein du mot.

Marcel Trillat, lui, a milité durant toute sa carrière pour les mêmes idéaux que son aîné ; pour l’homme de télévision, le service public est la propriété de la collectivité et doit être au service de la nation tout entière, ouvert à l’expression de toutes les tendances, politiques, syndicales, philosophiques et religieuses. Il rappelait toujours que l’information doit être présente partout et sous toutes ses formes dans tous les programmes, comme une composante essentielle de la culture et de la vie démocratique.

Les deux discours, celui de Ralite et celui de Trillat, se sont constamment croisés et sont étonnamment d’actualité ; tous les deux ont été durant toute leur vie fidèles à ces engagements indéfectibles. Sans compromission, sans reniement. Ils se sont rejoints dans un combat somme toute commun ; il doit rester le nôtre, comme il fut celui de Jean Vilar, qui, dès 1966, dans un appel mémorable déclarait : « Il faut soustraire la culture à l’emprise du profit. »

A Marcel Trillat, mon frère

Tu aurais pu vivre encore un peu/Mon fidèle ami mon copain mon frère/Au lieu de partir tout seul en croisière/Et de nous laisser comme chiens galeux

(Jean Ferrat, 1991)

Quand une autre fidèle amie, Michelle, m’a appelé hier pour me dire : « Marcel est mort », je suis resté abasourdi, et tout de suite une tristesse infinie m’a envahi. Depuis je suis inconsolable…

J’ai croisé ton chemin en 1968 quand, écarté de l’ORTF, tu avais créé, toi le communiste avec Roger Louis, le socialiste, le Centre de recherches sur l’éducation permanente et l’action culturelle (CREPAC) et une coopérative de production audiovisuelle, Scop-Colors, qui réalisait un magazine mensuel, Certifié exact.

Je militais aussi, comme toi, et jeune journaliste, j’éprouvais le besoin d’informer autrement. Adhérent du Cercle laïque dijonnais, j’avais organisé des soirées avec ton magazine sur le modèle des ciné-clubs. Sans beaucoup de succès, je dois le reconnaître. Sans doute Roger Louis avait-il raison quand il déclarait : « Si l’O.R.T.F. redevenait libre, nous pourrions travailler pour lui. Lui fournir des reportages. Mais il est hors de question que les journalistes reprennent leurs postes. De toute façon, il est à peu près certain que le public ne voudrait pas d’une télévision libre. Il a trop l’habitude de ce qu’elle est actuellement. Il ne reconnaîtrait plus sa drogue favorite ».

L’expérience a, hélas, tourné court.

Mais quelque temps plus tard, en novembre 1971, nous nous sommes retrouvés à Dourdan où notre syndicat, le SNJ-CGT, tenait son congrès. J’étais fier de m’asseoir à tes côtés.

Tu avais défendu une motion importante, ‘’L’ORTF doit être au service de la nation’’. Je l’ai conservée précieusement (et je la consulte encore) tout au long de mes mandats syndicaux, m’y référant constamment. Ta vision du service public était claire et reste, hélas, d’actualité.

Tu avais été élu membre du comité national de notre syndicat en 1969 ; je l’ai été en 1971. Tu ne peux pas imaginer mon bonheur de pouvoir siéger auprès de camarades comme toi.

J’ai eu l’occasion de travailler pour le journal des cadres de la CGT, Options, en 1978 que tu dirigeais ; envoyé spécial en Argentine pour le Mondial de football, j’avais écrit quelques papiers sur la situation dramatique du pays hôte dirigé par une junte militaire féroce et sanguinaire.

Tu as connu l’interdit professionnel pendant 13 ans. Il a fallu attendre l’élection de François Mitterrand en 1981 pour que tu sois réintégré et te voir diriger le service Société d’Antenne 2. La droite, de retour au pouvoir en 1986, ne pouvait pas supporter un journaliste libre ; tu as été évincé une nouvelle fois et envoyé comme correspondant permanent à Rome. Les ‘’camarades’’ socialistes ne se sont pas mieux conduits que la droite. Tu as été nommé directeur adjoint de l’information de France 2 en 1989 et écarté en 1991 pour être envoyé comme correspondant permanent à Moscou.

Tu as payé très cher ta conception d’une information non confisquée par un parti mais au service des citoyens ; à gauche comme à droite, le service public qui informe, instruit et divertit ne reste qu’un slogan de meeting électoral.

C’est au nom du respect du public que tu avais refusé de faire un reportage sur la profanation du cimetière juif de Carpentras en 1990 et dénoncé en direct la drôle de guerre du Golfe en 1991. Tu as payé cher ta probité et ta droiture, ta conception du journalisme. On reconnaissait ton professionnalisme, mais tes engagements étaient insupportables à une caste de politiciens habitués à être ‘‘servis’’ par des journalistes trop souvent aux ordres.

Tes qualités ont fini, cependant, par être reconnues quand, en 1996, tu as été élu président de la Société des journalistes de France 2, puis, en 2006, quand tu as siégé au conseil d’administration de France Télévisions, enfin, en 2007, quand la SCAM t’as décerné son Grand Prix pour l’ensemble de ton œuvre. Tu n’en tirais aucune vanité, mais j’étais heureux pour toi.

Je n’omettrai pas de rappeler que ton documentaire, Silence dans la vallée (sans doute le plus abouti de tous), a été unanimement apprécié, y compris au MEDEF. Sa présidente, Laurence Parisot, t’avait même invité à venir débattre avec les patrons sur les mutations du capitalisme et notamment du capitalisme familial.

Quels pieds de nez aux censeurs qui ont gâché ta vie, ton talent et craché sur tes idées.

Marcel, tu laisses une œuvre de très grande qualité. Tu es resté fidèle à des idées et c’est au nom de cette fidélité que tu avais pris des distances avec le Parti communiste, sans renier notre idéal commun.

Fidèle aussi à la CGT, malgré tes déboires avec la direction confédérale à propos de la liberté de ton que tu avais voulu donner à Radio Lorraine Cœur d’acier. Tu n’as jamais refusé les sollicitations du syndicat pour être tête de liste aux élections à la commission de la carte d’identité des journalistes.

Et, aujourd’hui, j’ai un peu honte quand je lis les articles sur ta disparition ; tous saluent ta mémoire, tout en te qualifiant de journaliste militant. Comme s’il s’agissait d’un défaut irrémédiable. Ceux qui se couchent devant Macron, après s’être couché devant Sarkozy ou Hollande, ne changeront donc jamais ?

Aujourd’hui, je te pleure, Marcel.

Tu aurais pu vivre encore un peu/ Mon fidèle ami mon copain mon frère ; ta voix va nous manquer pour se battre encore et toujours pour les jours heureux.

Du journal télévisé

L’information a fait la ‘’une’’ de tous les médias : Jean-Pierre Pernaut va arrêter de présenter le journal de 13h de TF1. Avec un océan de commentaires obséquieux et franchouillards. Puis, on s’interrogea pour se demander pourquoi le présentateur inamovible avait précipité son annonce. A 70 ans, n’avait-il pas droit de faire enfin valoir ses droits à la retraite ?

Puis vint la question essentielle du moment : qui pour le remplacer ?

Parce que, aujourd’hui, le présentateur est plus important que l’information, son choix est essentiel.

Et ce fut une surprise : ce sera Marie-Sophie Lacarrau, transfuge du journal de 13h de France 2, qui, modernité oblige, s’est fendue d’un Tweet convenu :

« Quel honneur de rejoindre la rédaction de TF1 et de succéder à Jean-Pierre Pernaut ! Merci à Gilles Pelisson et à Thierry Thuillier pour leur confiance. J’ai hâte ! Merci aussi à la rédaction de France 2 et à France Télévisions pour ces très belles années. Je n’oublierai rien ! »

Lequel Thierry Thuillier s’est empressé d’affirmer que la remplaçante « incarnera le changement dans la continuité dans cette nouvelle page que la rédaction de TF1 s’apprête à écrire » ou encore « Je lui fais confiance pour continuer à développer le lien unique de ce rendez-vous avec le public, avec le professionnalisme qu’on lui connaît et sa personnalité chaleureuse.»

Un étudiant (aujourd’hui enseignant), Michel Le Guenic, avait disséqué le journal de 13 heures de TF1 en visionnant toutes les éditions pendant vingt-six semaines de juillet 2000 à janvier 2001 ; il en a tiré un livre dont le titre résume toute la philosophie du journaliste : ‘’Nos régions selon Jean-Pierre Pernaut, Pétainisme ou pittoresque ?’’ Télérama vient de nous rappeler opportunément ses conclusions :

« Michel Le Guenic conclut que, du 13 heures de TF1, suinte certes un ‘’national-traditionalisme’’ mais surtout que ce JT-là ‘’s’est arrêté avant la révolution industrielle’’ ! Et l’étudiant en histoire, spécialiste de la IIIe République, d’affirmer, exemples à l’appui, que ‘’le présentateur nous renvoie bien plus de cent ans en arrière, au moment de l’apogée de la culture paysanne’’. »

Bref, le journal de Jean-Pierre Pernaut est conservateur et réactionnaire, fustigeant les grèves et tous les mouvements sociaux. Sa conception de l’information relève de la mise en condition des masses laborieuses pour que rien ne change et pour que le groupe Bouygues puisse continuer à répartir des dividendes.

Marie-Sophie Lacarrau incarnera donc le changement dans la continuité, comme le dit Thierry Thuillier. Le journal de France 2 qu’elle présentait était exécrable et tombait dans les mêmes travers d’une information favorisant l’aseptisation des téléspectateurs sur un ton pleurnichard ; elle avait plus que de la proximité avec la conception de celui qu’elle va remplacer. Ce qui n’est pas à l’honneur du service public.

On pourra se consoler en se disant qu’on ne la verra plus sur France Télévisions. Mais, alors, qui, pour la remplacer ? Delphine Ernotte osera-t-elle prendre le contrepied de TF1 et proposer un journal intelligent, informant complètement les citoyens, traitant des informations essentielles plutôt que des faits divers sans recul, sans complaisance pour ceux qui gouvernent ?

A TF1, Marie-Sophie Lacarrau remplace Jean-Pierre Pernaut pour que rien ne change ; et à France 2, service public, se souciera-t-on plus de l’information et du citoyen que du casting ?

La honte

La Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et Unicef France ont publié le résultat d’une enquête dressant un constat terrible de la rentrée scolaire. 

L’Humanité, citant le document, relève que « sur 5.527 personnes en famille ayant composé le numéro d’appel d’urgence 115 en France métropolitaine dans la nuit du 1er au 2 septembre, 2.925 n’ont pas été hébergées faute de places en hébergement d’urgence ou d’accès aux logements sociaux ».

Ainsi, près de 3 000 personnes ont dormi dans la rue dans la nuit du 1erau 2 septembre ; parmi elles, 1 483 étaient des enfants de moins de 18 ans.

Le plan de relance du gouvernement, souligne le document, « contient une enveloppe de 100 millions d’euros pour l’hébergement, il ne prévoit pas de création de places supplémentaires pour les familles alors que la demande reste exponentielle ».

Emmanuel Macron avait déclaré le 27 juillet 2017 : « Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des hommes et des femmes dans la rue ». 

Aujourd’hui, j’ai honte.

Les tensions entre la Grèce et la Turquie sont fortes, attisées par les nationalistes, les médias et deux hommes corrompus, Erdogan et Mitsotakis, tentant de masquer leur politique antisociale.

Les peuples grecs et turcs souffrent, leurs économies sont à l’agonie.

La France ne tente pas d’apaiser les esprits, mais fait du commerce des armes. Elle va vendre 18 avions Rafale au pays le plus endetté de l’Union européenne, la Grèce.

Aujourd’hui, j’ai honte.

Nos dirigeants n’ont-ils pas de cœur ? Pas même un soupçon de morale ?

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