Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

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Le cadeau aux enseignants

Les enseignants des collèges et lycées sont sidérés, mais révoltés : les rectorats ont adressé le 29 avril un e-mail aux chefs d’établissement que « en application du décret (…) du 21 février portant annulation de crédits, une mesure de réduction des dotations des heures supplémentaires et des indemnités pour mission particulière (…) feront l’objet d’un ajustement » pour la fin de l’année scolaire 2023-2024.

Cela signifie qu’actions de soutien, aide aux devoirs, activités sportives et artistiques, aide aux handicapés, remplacements de courte durée, préparation aux examens hors des horaires d’enseignement ne seront plus payées aux enseignants. Les primes pour 7,5 millions d’heures ont coûté 333 millions d’euros en 2023.

La décision est l’un des résultats de l’annulation de crédits dans le cadre du plan de 10 milliards décrété par le gouvernement. Le ministère de l’éducation nationale a été sommé de trouver 683 millions d’économie. La ministre, Nicole Belloubet a osé dire pour justifier la décision : « Il faut faire des choix. », oubliant d’admettre que la mesure a été décidée sans concertation et qu’elle est à effet immédiat. En pleine année scolaire alors que de nombreuses activités sont en cours.

Voilà une mesure qui va sans doute amener de nombreux jeunes à fuir le métier d’enseignant et démobiliser ceux qui sont aujourd’hui en poste. Il s’agit d’un mauvais signe au moment où le gouvernement envisage de créer des groupes de niveau pour lutter contre le décrochage ou pour venir en aide aux élèves rencontrant des difficultés.

L’éducation nationale victime de la dette de la France, qui l’eût cru ?

Pauvres enseignants qu’on confine aux seules heures de cours alors que les initiatives pédagogiques sont essentielles. C’est scandaleux sur le fond et dans la forme.

Si, aujourd’hui, c’est la fête du travail, mais ce n’est pas la fête des enseignants.

Grand Guignol

Devant les réactions des enseignants, des parents d’élèves et des partis de gauche, le gouvernement a fait marche arrière et a publié le communiqué laconique suivant ce jour, 1er mai, sans honte :

« Conformément à la priorité donnée à l’Éducation nationale par le Gouvernement, le Premier ministre et la ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse ont souhaité que les établissements scolaires continuent à disposer des moyens de mener à bien leurs missions. En conséquence, la ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse a donné instruction pour que, dès demain, les académies recouvrent les moyens budgétaires initialement notifiés afin de poursuivre l’attribution d’heures supplémentaires dans les établissements. »

Quelle politique de Gribouille ! Quelle pitié d’avoir un président et un gouvernement aussi confus et aux abois.

La chute

La descente aux enfers d’Arnaud Lagardère n’en finit pas. Il vient d’être mis en examen pour « diffusion d’informations fausses ou trompeuses, achat de vote, abus de biens sociaux et abus de pouvoir, et non-dépôt de comptes » Il a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de gérer et l’obligation de fournir un cautionnement de 200 000 euros. En conséquence, selon un communiqué du groupe, « dans le cadre de sa mise en examen, une mesure provisoire d’interdiction de gérer a été prononcée à l’encontre de M. Arnaud Lagardère, mesure qu’il conteste et contre laquelle il va faire appel, mais qui le contraint néanmoins à se démettre de ses mandats exécutifs au sein du groupe ».

Arnaud Lagardère entraîne derrière lui Pierre Leroy, l’ancien directeur général délégué, et deux commissaires aux comptes mis en examen pour complicité d’abus de biens sociaux, présentation de comptes inexacts et non-révélation de faits délictueux.

Bref, l’affaire Lagardère fait désordre et met au jour de graves dysfonctionnements dans la gouvernance des grands groupes. Elle met en cause le rôle des conseils d’administration où les sièges sont distribués aux amis qui viennent chercher leurs jetons de présence, trop souvent exorbitants, sans se soucier de la conduite des entreprises. Bref, on se réunit pour ‘’papoter’’ entre copains-copines.

Dans le conseil de surveillance, devenu conseil d’administration après l’abandon du statut de société en commandite, du groupe fondé par Jean-Luc Lagardère, on a pu relever des noms connus et, depuis février 2020, celui de Nicolas Sarkozy (il siège aussi dans le groupe Accor et les casinos Barrière). L’ex-président de la République n’a rien remarqué, rien vu dans les comptes trompeurs de son « frère » Arnaud ?

Curieusement ces administrateurs ne sont jamais à l’origine des découvertes de malversations ou d’abus de biens sociaux. On se demande bien pourquoi. Dans le cas présent, c’est le fonds d’investissement Amber Capital, créé par un financier français, Joseph Oughourlian, qui avait porté plainte contre Arnaud Lagardère. Or, Oughourlian était l’allié de Vincent Bolloré, qui a profité du désarroi de Lagardère pour voler à son secours (prétendait-il) à l’appel de Sarkozy, lancer une OPA et prendre le contrôle du groupe, via Vivendi.

On règle ses comptes et on provoque la chute d’Arnaud Lagardère ? Qu’en pense Nicolas Sarkozy ?

Mort pour les Jeux olympiques

Les Jeux olympiques de Paris occupent tout l’espace médiatique. Aucun détail ne doit nous échapper. Ou presque.

Oui, presque, seulement. Car certains ‘’détails’’ sont passés sous silence. Comme la mort d’Amara Dioumassy, 51 ans, père de 12 enfants, mort au travail sur le chantier du bassin d’Austerlitz le 16 juin 2023. L’une des victimes des chantiers des Jeux olympiques ; le bassin d’Austerlitz est censé rendre l’eau de la Seine suffisamment propre pour permettre certaines épreuves.

Le collectif « éco-syndicaliste écrit : « La mort d’Amara est une mort modeste qui contraste avec les Jeux olympiques grandioses ». Les médias ne veulent pas gâcher la fête.

Si la Charte sociale imposée par les organisations françaises a permis de diviser par 4 le nombre d’accidents du travail, Amara Dioumassy, lui, est la victime de trop des chantiers : heurté par un camion dépourvu de bip de recul, sans ‘’homme-trafic’’ pour guider le chauffeur, sans marquage au sol du sens de la circulation, etc., le malheureux a subi les manquements à la sécurité de l’employeur.

Ses camarades lui ont rendu hommage le 27 avril pour qu’il ne soit pas oublié ; l’employeur, filiale de Veolia, fait traîner les procédures avant d’indemniser la famille.

Les Jeux seront peut-être une grande fête (nous n’en sommes pas si sûr), mais pas pour les orphelins.

Les camarades d’Amara Dioumassy lui ont rendu hommage, mais plus encore, ils dénoncent ce qui se passe chaque jour en France :

« Deux morts par jour, des dizaines d’accidents graves, des milliers de vies brisées par les produits toxiques, l’usure physique, les violences psychologiques sont causées par l’exploitation capitaliste du travail. Les responsables sont rarement inquiétés. Au contraire, le gouvernement brutalise nos droits pour user davantage les corps et les esprits, de la réforme du lycée professionnel à la réforme des retraites, en passant par celle de l’assurance chômage. La santé et la sécurité des travailleurs sont une priorité du combat syndical. Mais si ce drame nous rappelle la nécessité absolue de concevoir un autre rapport au travail, qui serait fondé non sur le sang mais sur le soin du travailleur, de son temps libre, du bien commun, l’histoire d’Amara nous invite aussi à réfléchir à l’ensemble des processus de dominations à l’œuvre. »

La mort au travail n’est pas, n’est plus acceptable.

La crise ? Quelle crise ?

Les mauvaises nouvelles s’accumulent ici et ailleurs. 

Après la vague de licenciements dans l’industrie de l’habillement, le grand commerce et le bâtiment prennent le relais, avec Casino, Nexity et d’autres dont on ne parle guère dans les grands médias. Pour ne pas désespérer le peuple à quelques semaines des élections européennes ?

Le monde se déchire, en Ukraine et en Palestine, avec ses centaines de morts chaque jour. 

Les agriculteurs en révolte doivent affronter les effets du dérèglement climatique et regardent les dégâts sur les futures récoltes.

Selon l’INSEE, « la confiance des ménages se dégrade ». Comment est-ce possible dans le monde d’Emmanuel Macron ?

Tout s’effondre autour de lui, mais il pérore pendant une heure et demie sur l’Europe, sans convaincre personne. Son ministre de l’économie, l’ineffable Bruno Le Maire, lui, parle d’une ‘’simplification de la feuille de paie’’ (en trompe l’oeil) quand les Français, eux, parlent d’augmenter les salaires.

Comment prendre les dirigeants au sérieux quand le médiateur de l’énergie publie des chiffres alarmants, mais qui n’étonnent même plus. Ce médiateur confesse qu’en 2023 on a enregistré 1 000 908 factures d’électricité et de gaz impayées (en hausse de 3 % en un an). Plus du quart des impayés ont entraîné des coupures : 178 000 pour l’électricité et 87 300 pour le gaz.

Les pauvres sont doublement sanctionnés ; on leur coupe électricité et gaz. Macron et Le Maire ne s’apitoient pas, ils détournent leur regard du côté des Jeux olympiques et parlent d’autre chose. Ils masquent les profits vertigineux des grands groupes en parlant fort ; ils évitent de comparer les salaires et les dividendes.

Gérald Darmanin, lui, vole au secours des maires qui déclenchent le couvre-feu pour les jeunes et publient des arrêtés anti-mendicité.

Pour notre jeune président et son gouvernement, il n’y a pas de crise, seulement des Français incapables de traverser la rue, se complaisant dans le chômage.

Au secours, ils sont devenus fous et ils abandonnent les pauvres à leur triste sort. C’est indécent, révoltant ; il y a non-assistance à personnes en danger.

Les œillets fanent aussi

Le 25 avril 1974, 136 capitaines qui avaient créé le Mouvement des forces armées (MFA) mettaient fin à la sanglante dictature fondée par Antonio de Oliveira Salazar au Portugal. C’était le début de la Révolution des œillets et le retour de la démocratie avec le départ en exil au Brésil de Marcelo Caetano, le successeur de Salazar à la présidence du Conseil de l’Estado Novo. C’était aussi la fin de treize années de guerres coloniales, dites guerres de pacification, en Angola, Mozambique, Sao-Tomé-et-Principe, Guinée-Bissau et Cap-Vert, où 140 000 jeunes portugais étaient engagés.

La population a connu des moments d’allégresse inouïe grâce à des militaires démocrates et a tourné la page de la terrible police politique de Salazar, la PIDE (Police internationale et de défense de l’Etat), pratiquant la torture et les exécutions sommaires, faisant régner la terreur et la peur.

Aujourd’hui, cependant, le 50e anniversaire de la Révolution des œillets a un goût amer ; quelques jours plus tôt, le 10 mars, le Portugal s’est réveillé avec la gueule de bois : le même peuple qui avait chassé un pouvoir fascisant, a accordé 18 % de suffrages au parti d’extrême droite Chega (ça suffit en portugais) créé cinq ans auparavant seulement.

L’exemple portugais vaut pour toute l’Europe et pour la France : « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. » (Bertolt Brecht, La résistible ascension d’Arturo Ui, 1941).

Les errements de la gauche au pouvoir et particulièrement de la social-démocratie (mais pas seulement), les politiques de plus en plus répressives et anti-sociales de Macron sont rejetées ; toutes les déceptions et les difficultés à vivre dignement entraînent de plus en plus de citoyens vers un parti dont l’idéologie, réelle et masquée, est inspirée des dictatures et des fascistes d’hier.

Le 50e anniversaire de la Révolution des œillets aurait dû être une fête ; elle est gâchée. Ne l’oublions pas avant de voter demain et en 2027.

Les œillets fanent aussi.

Notre santé sacrifiée

Il y a quelques jours des médecins ont lancé un cri d’alarme dans une tribune publiée par Le Monde ; ils dénonçaient le non remboursement des tests « sur certains cancers en présence d’une mutation génétique ; cela notamment dans les cancers du sein, de l’ovaire, du poumon, de la prostate, du côlon, dans les cancers rares et les leucémies. » Ils étaient utiles « en limitant l’errance thérapeutique et en augmentant les chances de guérison. »

Les signataires s’étonnaient : « aucun mécanisme de financement n’a été prévu pour ces examens une fois ceux-ci évalués et inscrits à la nomenclature (passés dans le droit commun), ce qui ne garantit pas un accès équitable, notamment pour les malades hospitalisés dans les établissements publics. Contraints désormais de les financer sur leurs fonds propres, les hôpitaux les moins solides financièrement ne pourront plus les proposer aux malades. A titre indicatif, leur prix est de l’ordre de 240 euros pour le cancer du poumon, de 370 euros pour le cancer du côlon. »

Aujourd’hui, on apprend que Sanofi a décidé de ne plus commercialiser en France le vaccin contre la grippe Efluelda « réservé aux plus de 65 ans, en raison d’un prix ‘’inférieur aux coûts de production et de distribution’’ du produit » selon la direction du groupe pharmaceutique.

Il s’agit ici des deux derniers exemples de l’état lamentable de notre système de santé. D’un côté, le gouvernement réduit les crédits, ferme des lits, favorisant la médecine privée ; de l’autre, l’industrie pharmaceutique oriente ses recherches et les médicaments vers ce qui est le plus rentable à court terme. Au mépris de la santé des citoyens.

Faut-il rappeler que les si fonds d’investissements étrangers contrôlent le capital de Sanofi (67 % du capital), ce sont les fonds américains qui en possèdent la plus grosse part (44,1 %), même si le premier actionnaire est L’Oréal avec 9,4 % du capital.

La financiarisation de la santé (avec sa course aux dividendes) est aberrante et dangereuse : ce sont les fonds américains et les grands groupes comme L’Oréal qui déterminent la politique du gouvernement. On peut en voir chaque jour les effets scandaleux.

Le même groupe Sanofi a annoncé la veille un quatrième plan de suppression de postes dans la recherche et le développement en dix ans, dédiée à l’oncologie, jugée insuffisamment rentable, pour se recentrer sur l’immunologie : 1200 postes seront supprimés, dont 330 en France.

On peut rappeler que Sanofi a fait un bénéfice net de 5,436 milliards d’euros en 2023 et distribué environ 4,7 milliards de dividendes. Si Sanofi pète la santé, celle des Français est sacrifiée. Comme les chercheurs et salariés du groupe.

Partager des lectures

La lecture est indispensable pour s’élever et mieux comprendre le monde, et pour se cultiver. Surtout quand on rencontre des textes intelligents.

Dans Télérama, j’ai lu un entretien avec une sociologue, Coline Cardi, qui éclaire la prétendue question de l’addiction à la violence dans la jeunesse. Avec elle, tout s’éclaire. Elle dit :

« Les statistiques montrent que la violence n’est pas plus importante qu’elle n’a été. En revanche, la tolérance à la violence est moins forte, et le discours politique, avec l’instrumentalisation de ces violences, nourrit des thèses de droite, voire d’extrême droite, autour de la répression et de la faiblesse de l’autorité. Alors qu’il y a évidemment des explications à cet usage de la violence par une certaine jeunesse qu’on stigmatise et qu’on observe aussi plus que les autres — des enfants des cités, des enfants dont on suppose qu’ils sont d’origine musulmane. »

A propos des annonces faites par Gabriel Attal à Viry-Châtillon, elle relève :

« L’ensemble de ces mesures désocialise : elles permettent de dégager la responsabilité de la société dans son ensemble vis-à-vis d’une jeunesse qui est par ailleurs très grandement délaissée. En ce moment, par exemple, la mobilisation des enseignants est très forte en Seine-Saint-Denis, face à l’absence de moyens alloués aux écoles du département. Gabriel Attal déresponsabilise également le travail social : comment tenir un tel discours tout en allant dans une maison des jeunes ? Ces structures sont en train de perdre des subventions et ont du mal à recruter des professionnels diplômés, à cause des salaires de misère et des dysfonctionnements institutionnels forts. Donc pointer du doigt les parents est une manière de se désengager complètement d’une responsabilité collective autour de ces jeunes. Étonnamment, il n’a pas encore été question de supprimer les allocations, ce qui est la menace habituelle. »

Autre média, autre lecture, réconfortante, qui démontre combien les médias sont encore indispensables pour s’informer. Encore faut-il éviter les chaînes, les radios et les journaux de Bolloré et préférer les médias encore sérieux. Claire Sécail, dont j’ai déjà parlé, s’est entretenue avec une journaliste de France Télévisions sur le site de franceinfo. Formidable d’intelligence cet entretien ; hélas il ne sera pas repris par les journaux télévisés du service public qui préfèrent la ‘’fait diversion’’.

Claire Sécail dit, entre autres :

« Il y a toujours des logiques sociales derrière des faits divers. Ce qu’il faut chercher à comprendre, c’est si celles-ci sont représentatives de ce qui se joue dans une société de manière plus large. »

Elle ajoute :

« Quand un fait divers surgit, il doit d’abord être envisagé dans sa singularité. Une fois que l’on a compris ce qui s’est passé, s’il s’avère que la logique politique n’est pas compatible avec une logique sociale plus large, cela pose un problème : on tente de faire rentrer des ronds dans des carrés. Le passage d’un fait divers en fait de société devient alors abusif, voire complètement malhonnête. »

Et Claire Sécail dénonce :

« La récupération politique survient quand une personnalité veut capitaliser autour d’une émotion. Il est intéressant de noter à quel point ce phénomène a touché des fonctions élevées dans notre société. L’exemple le plus frappant concerne les présidents. Longtemps, ils ont eu tendance à laisser les faits divers à distance. En 1969, on se souvient que Georges Pompidou avait cité le poète Paul Eluard pour répondre à une question à propos du suicide de Gabrielle Russier, une enseignante condamnée pour détournement de mineur. Il y avait une émotion si forte qu’il devait répondre, mais il a gardé le cadre républicain, le respect de la fonction. Au fil du temps, la posture des chefs d’Etats a évolué. Nicolas Sarkozy voyait dans les faits divers de la matière pour lancer des lois. Cela permettait de mettre en scène une activité politique régalienne, au service de la sécurité, du pénal… »

Notre démocratie est chancelante et en grand danger ; la ‘’fait diversion’’ fait des ravages et le lit du RN, mais tant que nous aurons des intellectuels de cette qualité pour dénoncer les dérives de l’information et de la politique, tout n’est pas perdu.

Jacobin

Jacobin est une revue lancée par des intellectuels se réclamant du socialisme et du marxisme aux Etats-Unis. Ses fondateurs font figure de gauchistes radicaux dans un pays où la réélection de Trump est plausible.

Un récent article analyse «La rhétorique passionnée du fascisme des libéraux (qui) contourne l’autoréflexion ». On peut lire, par exemple : « Faire constamment référence à une « crise » sans fin et toujours urgente ne contribue pas – et n’a même pas contribué – à améliorer le fonctionnement de notre démocratie. Trump n’est pas président actuellement, mais les inégalités règnent. Les États-Unis envoient des armes dans le monde entier malgré les objections de leurs citoyens. » Ou encore : « Cela devrait être préoccupant car la démocratie américaine est fragile. En effet, on ne sait pas exactement dans quelle mesure ce pays est une démocratie. De nombreux citoyens de gauche sont bien conscients du caractère antidémocratique des principales organisations et institutions américaines, du Sénat à la Cour suprême en passant par le Collège électoral. Et vous savez probablement que l’argent façonne notre système politique, souvent au profit des riches. Mais notre déficit démocratique est encore plus important. Au cours du XXe siècle, la classe dirigeante américaine a construit un écosystème incroyablement complexe de groupes gouvernementaux et non gouvernementaux qui a effectivement permis aux Américains ordinaires d’avoir très peu de mot à dire sur plusieurs domaines, notamment la politique étrangère et la macroéconomie. »

Plus loin, les auteurs écrivent : « Il est possible que la frustration face à cet état de choses antidémocratique soit un facteur contribuant au rejet du Parti démocrate par un nombre croissant d’électeurs noirs, latinos et asiatiques sur la loyauté desquels le parti s’appuie depuis longtemps. »

De cet article, on retiendra encore : « Pour les libéraux, il est plus facile de blâmer le « fascisme » (ou la « rage rurale blanche », ou les « déplorables » ou les « nationalistes chrétiens ») pour être à l’origine des problèmes de notre pays que le néo-libéralisme, dérégulateur, financiariste et militariste de Bill Clinton et de Barack Obama. Ces priorités libérales ont contribué à donner naissance à la droite moderne – mais pour admettre cela, les élites libérales devraient réexaminer les prémisses de leur politique, et l’introspection est bien moins agréable que de se rallier contre un ennemi sans ambiguïté. »

Enfin, en guise de conclusion, ils notent que « voir le fascisme partout empêche ceux qui méprisent à juste titre les positions sociales et économiques réactionnaires de Trump d’élaborer les alternatives audacieuses dont nous avons besoin pour la nouvelle ère dans laquelle nous entrons si clairement. Le temps des avertissements sévères contre notre Adolf Hitler américain (semi, proto ou fascioïde) est révolu depuis longtemps. Si nous voulons vraiment améliorer notre démocratie, nous devons mettre un terme au débat sur le fascisme et nous tourner vers notre avenir incertain. »

Toute ressemblance avec la situation en France (et ailleurs en Europe) où on a peine à qualifier l’extrême droite de fasciste, n’est pas fortuite. Emmanuel Macron, Le Maire, Darmanin empruntent de plus en plus de postures au parti de la famille Le Pen plutôt que de se « tourner vers notre avenir incertain ».

La gauche, de son côté… Mais où est-elle donc ?

Lira-t-elle Jacobin ?

Drôles de dames !

Emmanuel Macron fait tout et même encore plus. Il est président, premier ministre et ministre de tous les ministères, maîtrisant tous les sujets. Il lui est donc indifférent que les ministres cherchent à exister, au risque de commettre de grosses bourdes s’ils cherchent à s’écarter des argumentaires fournis par l’Elysée.

Dans le gouvernement Attal, ce sont les femmes qui ont, hélas, le mauvais rôle, à l’image d’Amélie Oudéa-Castera, fugace ministre le l’éducation nationale avant de retourner aux sports.

Aurore Bergé multiplie les bévues, Prisca Thévenot, porte-parole, fait preuve d’un tel autoritarisme qu’elle irrite son cabinet à tel point que plusieurs d’entre eux ont claqué la porte.

Rachida Dati, elle, est désavouée par le monde de l’édition en publiant un décret autorisant la publicité pour le livre à la télévision ; puis, quelques jours plus tard, ce sont les archéologues qui ont été sidérés par la ministre de la culture en lisant un entretien dans le Parisien : « Il ne faut pas faire des fouilles pour se faire plaisir… Ou alors on ne fait pas payer (…) Je préfère mettre de l’argent dans la restauration du patrimoine plutôt que de creuser un trou pour creuser un trou. »

Les archéologues ont été insultés et l’ont fait savoir !

Voilà une peu brillante saillie digne de celle de Nicolas Sarkozy à propos de La Princesse de Clèves en février 2006, déclarant à des fonctionnaires : « L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur ‘La Princesse de Clèves’. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de La Princesse de Clèves… Imaginez un peu le spectacle ! »

Sarkozy n’a jamais revendiqué le ministère de la culture ; en revanche, Rachida Dati, elle, s’est vantée de vouloir « replacer la culture au cœur de notre projet de société », ajoutant : « Ensemble, nous allons faire vivre la culture partout pour que personne ne puisse penser que la culture, c’est pour les autres. »

Aux dernières nouvelles, Rachida Dati est toujours ministre de la culture. On frémit. Mais pas Emmanuel Macron, dont on peut ainsi mesurer le niveau d’intérêt pour la culture.

Hanouna mis à nu

‘’Touche pas à mon poste’’ ou TPMP, l’émission-phare des chaînes de télévision de Vincent Bolloré, méritait d’être analysée et décryptée. C’est à ce travail que s’est livrée Claire Sécail, chercheuse au CNRS.

Travail minutieux qui décrit le passage d’un ‘’talk-show’’ comme il en existe (trop) sur toutes les chaînes en une émission politique pour répondre au souhait du milliardaire breton.

Dès l’introduction de son court essai, Claire Sécail révèle la dimension politique de TPMP : « capter et structurer l’imaginaire populaire afin d’y puiser une autorité et une légitimité » et de préciser ensuite les trois principales composantes du populisme : « le public, érigé chaque soir en figuration du peuple ; l’animateur, édifié en représentant de ce peuple ; et le plateau, dont les règles simplificatrices réalisent le système dual populiste ».

L’autrice décrypte ensuite les discours du « populisme hanounesque », à savoir l’antiélitisme intellectuel et médiatique, l’antiparlementarisme ordinaire et le populisme pénal.

Les analyses sont brillantes et percutantes ; Claire Sécail termine son essai par une exhortation : « Se taire ou fermer les yeux, c’est ajouter à la faillite morale collective de notre époque, dont la trajectoire de Cyril Hanouna n’est que l’un des symptômes ».

Claire Sécail, elle, ne s’est pas tue pour dénoncer les funestes desseins réactionnaires et intégristes de Vincent Bolloré.

Son essai est à lire et à faire lire pour agir contre les dérives des chaînes de télévision se transformant en autant de relais idéologiques contre le peuple.

(Touche pas à mon poste, Seuil Libelle, 80 pages, 5,90 €)

Rachida Dati et le marché

Ceux qui déplorent que la culture soit devenue une industrie se morfondent ; Rachida Dati, qui se prétend ministre de la culture, vient de faire publier un décret qui autorise la publicité du livre à la télévision. Brutalement, sans avoir consulté les éditeurs. Par un simple décret signé par Gabriel Attal, Rachida Dati, Gérald Darmanin et l’inconnue du gouvernement Marie Guévenoux.

Il tient en deux lignes ce décret (« les éditeurs de services utilisant des fréquences assignées par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique peuvent diffuser des messages publicitaires concernant le secteur de l’édition littéraire. »), mais il fera des dégâts : seuls les grands éditeurs pourront se payer des écrans publicitaires (accélérant ainsi les concentrations et le recul du pluralisme). Mais à quoi sert de promouvoir des livres qui se vendent à des dizaines de milliers d’exemplaires et qui n’en vendront pas un de plus ?

Pourquoi ce décret ici et aujourd’hui ? N’est-il pas un cadeau supplémentaire à Vincent Bolloré ? Celui-ci avec son méga-groupe et sa filiale Hachette Livre a désormais l’opportunité et les moyens de lancer avec son autre filiale Havas une gigantesque campagne de promotion des livres de Zemmour, Marion Maréchal, Nicolas Sarkozy déversant leur poison réactionnaire.

Merci Mme Dati !

Quant aux ouvrages progressistes comme ceux des économistes atterrés par exemple, les révélations des livres-enquêtes comme Les fossoyeurs dénonçant le scandale Orpea, ils risquent de ne plus trouver d’éditeur.

Le macronisme est un cancer, avec des métastases, et Rachida Dati en est un symptôme.

Theodor Adorno et Max Horkheimer ont pu parler de mystification des masses : « Et voici le triomphe de la publicité dans l’industrie culturelle : les consommateurs sont contraints à devenir eux-mêmes ce que sont les produits culturels, tout en sachant très bien à quoi s’en tenir. »

Rachida Dati, enfant de pauvres immigrés, s’est convertie au marché, tournant le dos à ses origines. Le tribunal du peuple aura à se prononcer sur les méfaits de la dernière ministre de la culture de Macron.

Effets d’annonce

Le service de communication de l’Elysée est mis à rude épreuve ; le président ‘’ni de droite, ni de gauche’’ a tellement virevolté qu’il en arrive à vouloir régler tout et son contraire.

Quand il y a 1,8 millions de Français en attente d’un logement social, Macron fait annoncer à son serviteur du ministère du logement qu’on va déloger les occupants de HLM dépassant le niveau de revenus. Sauf que cela ne réglera pas les insuffisances de la politique du logement et que le dispositif d’enquête annuelle sur les revenus est déjà obligatoire (article L.441.9 du code de la construction).

Quand il y a une recrudescence d’incivilités à l’école, Macron fait appel à son factotum de Matignon pour annoncer le retour de l’uniforme. Sauf que cela ne réglera pas les insuffisances de la politique d’éducation nationale et d’aide aux familles, notamment monoparentales.

Quand il y a un manque de professeurs dans les classes (contrairement aux engagements pris : 1 professeur devant chaque classe), Macron fait annoncer à sa nouvelle ministre que le recrutement se fera au niveau de la licence. Sauf que cela ne réglera pas le manque d’attractivité de la profession, faute de salaires décents et de délabrement de l’école.

Quand il y a un dérapage du déficit public, plus important que prévu, Macron laisse son ministre de l’économie déclarer qu’on va rogner les budgets de tous les ministères et qu’on cherche encore 10 milliards. Sauf que cela ne réglera rien ; tous les économistes sérieux annoncent, eux, que les mesures vont encore aggraver la situation et faire gonfler la dette.

Quand les agriculteurs sont en colère et descendent dans les rues, Macron fait donner de nombreux ministres qui annoncent le report des mesures d’interdiction des glyphosates. Sauf que cela ne résoudra pas la crise de la production agricole (surtout quand on signe des accords avec des pays permissifs), mais détruira un peu plus l’environnement et empoisonnera nos organismes.

Quand le service public de l’audiovisuel ne courbe pas suffisamment l’échine, Macron fait appel à l’ex-égérie de Sarkozy, pour annoncer sa mise au pas dans une holding du genre BBC. Sauf que cela ne réglera pas le problème de son financement et de son avenir. En revanche, ce sera un nouveau recul du pluralisme et une caporalisation accrue des rédactions, bref, une mise en cause du droit à l’information.

Quand on manque de médecins généralistes, Macron fait sortir son prétendu ministre de la santé de son mutisme pour annoncer que les Français pourront s’adresser directement aux spécialistes sans passer par leur médecin référent. Sauf que cela ne réglera par le problème du manque de soignants et que cela encombrera davantage les cabinets des spécialistes.

Les annonces se multiplient sans cesse et le mécontentement enfle chaque jour, poussant de trop nombreux Français dans les bras de Marine Le Pen. Quelle réussite.

En revanche, le président de ‘’Révolution’’ et du ‘’en même temps’’ n’a pas perdu sa boussole quand il s’agit de détruire la démocratie sociale, ou ce qu’il en reste.

Les acquis du programme du Conseil national de la Résistance sont mis à mal, eux aussi quotidiennement.

La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a dénoncé cette politique de régression : « Nous avons face à nous un gouvernement qui rompt avec tout l’héritage et la tradition française. Car ce qui fonde notre identité, ce n’est pas le fait d’être blanc depuis dix générations, comme on veut nous le faire croire. C’est l’héritage du Conseil national de la Résistance : la Sécurité sociale et les services publics. »

Méfions-nous des effets d’annonce ; ils cachent toujours les mauvais coups.

La langue vulgaire

Pour contester les arguments iniques d’un homme empli de rancœur, je me suis souvenu de quelques paroles de cet homme bon, érudit et artiste d’un talent immense, Pier Paolo Pasolini.

Ces paroles, il les avait prononcées à Lecce au cours d’une conférence-débat le 21 octobre 1975, quelques jours seulement avant son assassinat le 1er novembre sur une plage d’Ostie. Il y avait fait le procès de la société et, notamment, du consumérisme :

« L’arrivée de la culture de masse, des mass media, de la télévision, du nouveau type d’école, du nouveau type d’information et surtout des nouvelles infrastructures, c’est-à-dire du consumérisme, a produit une acculturation, une centralisation à laquelle aucun gouvernement se déclarant centraliste n’était jamais parvenu. » (Son intervention a été publiée sous le titre La langue vulgaire.)

Que dire aujourd’hui quand on voit les ravages provoqués par les prétendus ‘’réseaux sociaux’’ et l’addiction du plus grand nombre.

L’acculturation vole au secours d’un capitalisme, ripoliné en libéralisme ou ultralibéralisme, c’est selon, à bout de souffle. Cette acculturation touche toute la société ; elle se propage comme une pandémie. Je suis stupéfait d’assister à l’effondrement intellectuel de ceux que je côtoyais hier encore dans mon parcours militant et qui devraient être encore des boussoles.

Les échanges sont aujourd’hui empreints d’une grande violence, y compris entre camarades d’un même engagement, au point que je me sens exclu comme si j’étais un pestiféré.

Je crains que ceux-là ne pensent plus et s’exposent à un terrible destin, hélas déjà connu. Après ce constat terrible, il faut bannir la résignation et mobiliser toutes les ressources citoyennes à l’heure des technologies modernes pour changer la société.

Préférence nationale (suite)

Gérard Noiriel a voulu terminer son essai sur une note d’humour, « en apportant (sa) modeste contribution à la grande consultation nationale que le Rassemblement national propose sur l’immigration », écrit-il.

Rappelant qu’Eric Zemmour avait proposé à Hapsatou Sy de changer son prénom, « pas vraiment français » et de s’appeler Corinne, il s’est franchement amusé en ‘’francisant’’ le nom de quelques personnalités :

« Eric Zemmour s’appellerait désormais Eric Olive ; Eric Ciotti franciserait son patronyme pour devenir Eric Boiteux et Jordan Bardella, après avoir changé de prénom, deviendrait Monsieur Selle (D’après le site Geneanet, en effet, Zemmour veut dire ‘’olive’’ en berbère ; Ciotti vient de ‘’ciotto’’, terme qui désigne un ‘’boiteux’’ ou un ‘’estropié’’ en sicilien, Bardella est un nom de famille italien, désignant ‘’la selle’’ ».

Ah ! Quand la préférence nationale rattrape nos politiciens d’extrême droite !

Pan sur le bac, comme l’écrirait le Canard enchaîné.

Préférence nationale

Gérard Noiriel, spécialiste de l’histoire de l’immigration, vient de publier un court essai dans la collection Tracts de Gallimard que tout citoyen, tout électeur devrait lire avant d’aller voter en juin prochain. Son sous-titre, « Leçon d’histoire à l’usage des contemporains », démontre que le ‘’problème’’ de l’immigration est une vieille lune qui « s’est imposé dès les débuts de la IIIe République (…) et a ressurgi à chaque fois que notre société a été en crise ».

Gérard Noiriel dénonce cette « fuite en avant dans une politique de plus en plus répressive à l’égard des migrants » au nom d’une préférence nationale, apparue dans les discours d’un député radical, Christophe Pardon. A la tribune du Palais-Bourbon, il justifie les premières mesures répressives à partir de trois thèmes : la sécurité nationale est menacée, les immigrés ne veulent pas s’intégrer, les immigrés aggravent le chômage des Français en leur prenant leur travail. Autant de thèmes repris par l’extrême droite dans les années 1930, le Front national puis le Rassemblement national et Reconquête.

Si, après la Seconde Guerre mondiale, on a assisté à une « politique progressiste à l’égard des immigrés étrangers », la crise économique de la fin des années 1970-début des années 1980 a permis à Jean-Marie Le Pen de reprendre le slogan de la préférence nationale et, à la droite, de la réinstaller dans les débats politiques.

Gérard Noiriel constate que vingt-neuf lois sur l’immigration ont été votées depuis 1980, jusqu’à la fameuse loi ‘’Asile et immigration’’ du 19 décembre 2023, « semblable sur bien des points aux décrets-lois de 1938 », notamment la mesure qui remet à nouveau en cause le droit du sol.

L’historien fait une brillante démonstration des évolutions de la société et du rôle peu reluisant des sondages et des médias (la ‘’fait diversion’’ de l’actualité) dans ce sentiment qui grandit dans une population de rejet de l’immigré. Il dénonce Emmanuel Macron, qui « restera peut-être dans l’histoire comme le Daladier du XXIe siècle, car, en cédant à l’extrême droite sur le ‘’problème’’ de l’immigration, il a préparé le démantèlement des principes démocratiques sur lesquels repose la République françaises aujourd’hui ».

Après cette brillante leçon d’histoire, Gérard Noiriel s’interroge : « Comment combattre efficacement ces dérives ? » Pour cela il est parti de deux constats : d’une part, le recul d’acquis démocratiques en matière d’inégalités (progression du taux de pauvreté) et de nationalité ; d’autres part, la contradiction entre le nombre grandissant de mobilisations contre la loi Macron et son approbation par une majorité de Français.

Pour combattre la loi ‘’Asile et immigration’’, à coups de slogans contreproductifs et d’accusation de racisme à l’encontre de ceux qui la soutiennent, l’historien soutient qu’il serait préférable de « mettre en évidence que les Français, même quand ils défendent la ‘’préférence nationale’’, peuvent avoir de commun avec les étrangers. » Et il fait quatre suggestions : « Mobiliser le ‘’nous Français’’ pour défendre nos idéaux progressistes (…)  Réaffirmer que l’immigration est ‘’une chance pour la France’’ en rappelant le rôle essentiel qu’ont joué les migrants dans notre histoire nationale (…) Continuer à expliquer qu’en s’acharnant de plus en plus contre les immigrés, on ne résoudra aucun des problèmes des Français (…) Faire vibrer des cordes identitaires susceptibles de favoriser la solidarité avec les immigrants serait un autre moyen d’élargir le ‘’nous Français’’ pour le rendre plus tolérant à l’égard des étrangers. »

Gérard Noiriel vient d’enrichir le nécessaire débat public pour sortir par le haut de cette histoire de ‘’préférence nationale’’ ; il a apporté des éléments de réflexion à ceux qui veulent éviter de confier le pouvoir aux fascistes d’extrême droite.

(Tracts n° 55, 56 pages, 3,90 €)

Casse du service public

Enseignants, parents d’élèves et collectivités locales de Seine-Saint-Denis sont mobilisés pour exiger un plan d’urgence pour les établissements scolaires du département. Douze maires, de leur côté, ont pris un arrêté allant dans le même sens.

L’Assemblée nationale, elle, a présenté un rapport sur le financement de l’enseignement sous contrat, dont la Cour des comptes estime qu’il manque cruellement de transparence.

Le sénateur communiste Pierre Ouzoulias, historien, rappelle qu’il a déposé un projet de loi il y a un an « visant à autoriser la puissance publique à conditionner les subventions accordées aux établissements privés sous contrat à des critères de mixité sociale et scolaire ».

Les seules réponses du président de la République et de ses ministres sont inquiétantes ; il s’agit de raboter le budget 2024 de 700 millions d’euros et de recruter les professeurs au niveau de la licence (bac+3) au lieu du master, soit bac+5.

Le collège Stanislas et les établissements catholiques se frottent les mains ; en revanche, les établissements publics sont laissés à l’abandon aussi bien par l’Etat que par la région Ile-de-France. Doit-on s’en étonner quand on sait que le président de la République, plusieurs ministres et la présidente de la région, Valérie Pécresse, sont passés par les meilleures écoles catholiques et en sont aujourd’hui les plus ardents défenseurs.

Non seulement ces attitudes sont une atteinte au service public menée par ceux qui ont en charge leur défense, mais aussi une atteinte grave à la laïcité. Une forfaiture.

Les castes au pouvoir dans la France d’aujourd’hui ont fait un choix de classe (sans jeu de mots) ; il apparaît de plus en plus urgent de les chasser. Pour mettre fin à la casse du service public et pour l’avenir de tous les enfants de la République, sans distinction.

Echange d’amabilités

On peut très bien vivre sans connaître Cyril Hanouna, un animateur des chaînes détenues par Vincent Bolloré. Cet individu abject est une honte pour une télévision dont la mission était d’être une fenêtre ouverte sur le monde et un vecteur de culture.

Cyril Hanouna, lui, véhicule dans ses émissions tout ce qui peut rabaisser l’intelligence humaine à ses instincts les plus primaires. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est rémunéré à un niveau indécent par Bolloré, partisan d’une télévision brandie comme une arme de guerre idéologique.

Cyril Hanouna, donc, a été auditionné le 14 mars par la Commission sur l’attribution des fréquences TNT de l’Assemblée nationale. Le président de cette instance a été confiée à Quentin Bataillon, un obscur député du groupe cher à Emmanuel Macron.

Le 2 avril, c’est Hanouna qui rendait la politesse en recevant le député Quentin Bataillon dans son émission ‘’Touche pas à mon poste’’. 

Précision importante, le rapport de la commission ne doit être rendu que le 7 mai.

Le parti du président de la République a réagi mollement en rappelant que les membres de la commission devaient faire preuve de réserve, mais sans condamner comme on aurait pu l’attendre, l’attitude de ce Bataillon, sans doute tout heureux d’avoir enfin une occasion de se montrer dans les étranges lucarnes et de sortir de l’anonymat des députés godillots.

Cet échange d’amabilités avec Cyril Hanouna explique sans doute le refus de certaines propositions d’audition par le président d’une commission.

Bref, voilà encore un député de Macron pris en flagrant délit de connivence avec un sbire de Bolloré. Ce n’est pas glorieux, mais pour gagner quelques voix d’électeurs, le parti Renaissance est prêt à ce genre de compromission. Avec la bénédiction du patron qui regarde de plus en plus du côté des idéologues comme Bolloré.

Penser l’alternative

Les Economistes atterrés publient livres, études, articles remarquables à contre-courant de l’ultra-libéralisme. Cinq d’entre eux viennent de publier un ouvrage incontournable duquel j’ai extrait ces quelques lignes :

« Le capitalisme néolibéral n’est pas en mesure d’assurer le tournant nécessaire de sobriété, d’égalité et de réorientation radicale des consommations et des productions. Il entretient une dynamique productiviste, mais la ponction que l’humanité exerce sur son environnement naturel devient de plus en plus insoutenable (…) La transition écologique et le progrès social ne sont pas compatibles avec le capitalisme, a fortiori sous sa forme néolibérale, celle de la finance libéralisée et du libre-échange. Ils ne le sont pas avec la liberté laissée aux entreprises de rechercher un profit maximal sans avoir à se soucier des enjeux sociaux et environnementaux de leur activité. Par contre, le bilan économique et social accablant des pays dits communistes au XXe siècle a montré toutes les limites d’une centralisation excessive du pouvoir économique et politique. Les marchés et l’entreprenariat individuel sont indispensables pour que les produits correspondent aux désirs des ménages, pour que les entreprises innovent (…) Les grandes entreprises doivent être gérées par les représentants de l’ensemble des parties constituantes (les apporteurs de capitaux, les dirigeants, les salariés) et prenantes (les clients, les fournisseurs, les collectivités locales, les représentants de la planification écologique…). C’est ainsi que l’on peut repenser le socialisme : non pas dans le sens où tout serait nationalisé, que toute initiative privée serait supprimée, mais dans le sens où l’évolution globale de l’économie serait socialement contrôlée. Ce ne serait plus l’accumulation du capital au bénéfice de quelques-uns qui primerait, mais le politique, expression du pouvoir des citoyens (…) Ni la transition écologique, ni le progrès social, ne sont compatibles avec le dessaisissement des citoyens, le transfert de pouvoir à des institutions supranationales ou à des « autorités administratives indépendantes » nationales, aussi soumises aux intérêts des puissants qu’elles sont éloignées des peuples. Le fédéralisme européen est une impasse. Pour redonner de la légitimité à l’Europe aux yeux des peuples, il faut la reconstruire sur de nouvelles bases. La boussole : la mettre au service des États sociaux nationaux – car les États sociaux ne peuvent être que nationaux (qui imagine des services publics ou des prestations sociales européennes ?) – et non au service de leur détricotage. »

Il serait utile d’offrir le livre à Emmanuel Macron, Gabriel Attal, Bruno Le Maire et quelques autres, n’est-ce pas ? Les citoyens, eux, y trouveront des arguments et, surtout un moyen de ne pas sombrer dans le désespoir : on peut penser l’alternative.

Penser l’alternative – Réponses à quinze questions qui fâchent ; David Cayla, Philippe Légé, Christophe Ramaux, Jacques Rigaudiat et Henry Sterdyniak (Fayard), 400 pages, 21,90 €

L’Idiot

Le prince Mychkine de Dostoïevski est un homme plutôt sympathique, dénué de toute mauvaise intention. Il a cependant un défaut, il est d’une naïveté telle qu’elle le fait passer pour un idiot.

Il ressemble tellement à ce jeune premier ministre de la France, qui ne doit pas avoir un mauvais fond, comme il est coutume de dire ; venant du Parti socialiste, comment pourrait-il être complètement mauvais et totalement antisocial ! Et pourtant…

A propos de lui, on peut se demander s’il est aussi naïf que le prince Mychkine ou s’il dissimule plutôt un arrivisme aveuglant digne de Rastignac. Sa personnalité pose d’innombrables questions.

Comment ce jeune homme bien né, qui a fréquenté les meilleures écoles privées, peut-il croire que la énième réforme de l’assurance chômage qu’il vient d’annoncer va résoudre le cancer de la France ?

Qui a pu lui faire croire que la réduction de l’indemnisation de 24 à 18 mois va renflouer les caisses de Bercy ? Lui aurait-on caché que sur 6,1 millions de citoyens demandeurs d’emplois, seuls 2,6 millions (42,6 %) sont indemnisés et que le montant moyen de l’allocation mensuelle nette est de 1 033 euros seulement ?

Partage-t-il les idées fixes de Bruno Le Maire, le psychorigide tout droit sorti de rangs des nobliaux de l’Ancien Régime ?

Croit-il un président de la République, aussi têtu qu’une mule, obnubilé par l’idée de voir tous les chômeurs traverser la rue ? Mais aussi de tourner le dos définitivement au programme du Conseil national de la Résistance ?

L’Idiot de Dostoïevski se termine en tragédie et l’internement du prince Mychkine.

La littérature est le reflet de la vie, comme L’Idiot. Il est de romans qui traversent les siècles et des personnages qui deviennent des néologismes d’une brûlante actualité.

Bruno Le Maire, ministre

On a toujours supposé que les ministres étaient nommés pour servir la République et gérer au mieux les affaires publiques. En est-on sûr aujourd’hui ?

Le ministre de l’économie est, lui, chargé d’équilibrer les finances. Alors que dire d’un ministre qui présente un déficit de 5,5 % du PIB (ce qui, avouons-le, ne veut pas dire grand-chose au citoyen moyen que je suis, sinon que les caisses de l’Etat sont vides), alors qu’il avait clamé urbi et orbi que la France était en capacité de respecter les dogmes de Bruxelles.

Plutôt que reconnaître sa faute, notre ministre de l’économie se répand sans honte dans tous les médias pour s’en prendre une nouvelle fois au système d’assurance chômage. Il annonce qu’il est absolument nécessaire de rogner les droits des demandeurs d’emplois. Il est soutenu par le roquet qui sévit comme premier ministre, tandis que le président s’est envolé loin de tout ce tumulte en Amérique du Sud.

Nos grands dirigeants tombent le masque : ils sont au service de la finance qui exige l’abandon de toute couverture sociale gérée paritairement et de soumettre les salariés à la précarité et aux rémunérations indécentes.

Le ministre de l’économie atteint le comble de l’ignominie en voulant priver les pauvres chômeurs de ressources (pour lesquelles ils ont cotisé pendant qu’ils travaillaient) plutôt que de puiser dans les poches des ultra-riches qui se gavent de dividendes extraordinaires. Il compte aussi s’en prendre aux demandeurs d’emploi de plus de 50 ans qui seraient des profiteurs, attendant l’âge de la retraite en toute tranquillité avec des allocations indécentes. L’argument est vieux comme l’ultra-libéralisme, mais il le ressert avec un rare aplomb.

Le niveau de la dette, plus de 3000 milliards (le chiffre est si élevé qu’il me laisse de marbre !), est, paraît-il, préoccupant. Le ministre de l’économie est apeuré à l’idée de recevoir un mauvais point de la part des agences de notation ; il espère échapper à la sanction en annonçant les mauvais coups portés aux chômeurs, comme ses amis, patrons multinationales, voient le cours de la bourse s’envoler quand ils annoncent des licenciements.

Elève Le Maire, au piquet !

Bruno Le Maire, c’est bien de lui qu’il s’agit, je ne l’ai jamais apprécié ; verbeux, imbu de sa petite personne, incompétent au vu des résultats, menteur (il n’ose pas annoncer une loi de finances rectificative, après les élections européennes, évidemment), idéologue réactionnaire (il ne renie pas son passé chez les Républicains), bref, il a hérité de tous les défauts de sa classe.

Après les révélations sur son incompétence à bien gérer nos affaires, je crois qu’à partir d’aujourd’hui, je le hais encore plus profondément.

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