Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

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Bal des maudits à Versailles

Aujourd’hui, le président de la République reçoit au château de Versailles. Les services de l’Elysée ont inondé les médias de communiqués et de dossier de presse pour vanter les mérites d’Emmanuel Macron et de son ‘’Choose France’’, qualifié de sommet de l’attractivité du pays auprès des grands investisseurs et décideurs économiques ; ils seront donc 180 grands patrons à partager les agapes avec le président renouvelé, dans un décor royal, digne du compte en banque des invités.

On n’a pas pu échapper aux ‘’cocoricos’’ sur toutes les chaînes : en amont, l’Elysée a annoncé 14 projets d’investissement pour un montant de 6,7 milliards d’euros et la création de 3 000 emplois.

A ce rythme-là, la réindustrialisation de la France n’est pas pour demain, ni après-demain ; et on peut s’interroger sur le bien-fondé de l’afflux de capitaux étrangers (pour combien de temps ?) : où sont les capitaux tricolores ?

Le cabinet Kantar a été mandaté pour interroger un panel de décideurs économiques dans le cadre de la préparation de ce sommet. On ne s’étonnera pas que tous témoignent que l’attractivité de la France s’est améliorée au cours des cinq dernières années (vive le premier quinquennat de Macron) et qu’elle va encore s’améliorer dans les prochaines années (vive le second quinquennat). Les décideurs mettent en avant l’allégement de la fiscalité et la qualité des services offerts par les pouvoirs publics. Les salariés et les contribuables français apprécieront ainsi la politique d’Emmanuel Macron !

Pour Macron, la fête risque néanmoins d’être gâchée ; pas seulement par l’examen de la motion de censure du gouvernement déposé par la gauche, mais par les révélations dites des ‘’Uber Files’’ par le Consortium international des journalistes d’investigations (ICIJ) qui mettent gravement en cause le rôle joué par l’ex-ministre de l’économie, le même Emmanuel Macron, dans la dérégulation du marché des taxis pour favoriser l’implantation d’Uber en France. L’entreprise de transport de véhicules de tourisme avec chauffeur s’était heurtée aux refus du gouvernement, mais le jeune ministre aux dents longues s’était comporté comme un allié privilégié de la firme américaine, qui n’a pas manqué une seule occasion de le remercier.

Quand la start-up nation est vantée par les patrons et les investisseurs les salariés ont toutes les raisons d’être inquiets !

Qui est le juge ?

La cour d’appel de Paris vient de refuser l’extradition de dix citoyens italiens le 29 juin dernier sur la base du respect des principes fondamentaux du droit énoncés par la Convention européenne des droits de l’Homme, le respect de la vie privée et du jugement par défaut.

Ces dix Italiens, deux femmes et huit hommes, sont les militants d’extrême gauche qui ont commis des crimes de sang au cours de la guerre civile, les années de plomb, qui a fait rage dans la péninsule dans les années 1970. Le gouvernement italien les qualifiant de terroristes.

Le jugement de la cour d’appel est conforme à ce qu’on appelé la doctrine Mitterrand, refusant d’extrader des militants, réfugiés en France, parfaitement intégrés dans notre pays depuis 40 ans et ayant rompu avec l’action politique armée.

La justice française avait considéré leurs arrestations arbitraires et invoqué des mesures contraires au droit de la part de la justice italienne, notamment des interrogatoires hors de la présence d’avocats.

Rome n’a pas renoncé à l’extradition de ses ressortissants (Cesare Battisti en 2002 et Paolo Persichetti en 2002 ont été renvoyés dans leur pays et incarcérés) et a renouvelé sa demande en 2020.

Emmanuel Macron a prononcé à plusieurs reprises son opposition à la doctrine Mitterrand et avait qualifié l’arrestation des deux femmes et huit femmes de « moment historique ». Il vient de coonfirmer son désir de les voir jugés sur le sol italien, prétextant que la France n’avait rejeté que les demandes d’extradition de gens qui n’étaient pas impliqués dans des crimes de sang ; il a prétendu en mentant effrontément que les dix réfugiés étaient exclus de la doctrine Mitterrand.

Dès le lendemain de la décision de la cour d’appel, Macron a souhaité « voir si un recours en casation est possible » ou « s’il y a des vois juridictionnelles qui nous permettraient d’aller plus loin ».

C’est dans ce contexte que l’on a appris que le parquet s’est pourvu devant la cour de cassation. Macron a vraiment la rancune tenace et fait la preuve d’un acharnement intolérable.

La Ligue des Droits de l’Homme a dénoncé « cette immixtion scandaleuse du politique dans la justice française ».

En effet, qui est le juge en France ?

On casse tout

Il est difficile d’imaginer tous les dégâts du néo-libéralisme ou de l’ultra-libéralisme, c’est selon ; bref du capitalisme. Si le peuple de France gronde et multiplie les mouvements de grève, ce n’est pas le fruit du hasard.

Le climat se détériore dans tout le pays ; salariés de l’industrie, agriculteurs, soignants, enseignants, journalistes, acteurs de la culture, précaires ou pas, tous ont une (très) bonne raison de manifester une grogne qui n’est pas sans rappeler celle qui avait précédé Mai 68 (dans un contexte différent).

Les médias relaient des informations, mais, trop souvent, s’en tiennent aux faits, sans mise en perspective, ni analyse.

On a appris, par exemple, qu’Amazon avait ouvert une école à Brétigny-sur-Orge (en Essonne) où elle dispense une formation diplômante. Outre que la firme de Jeff Bezos a besoin de ravaler sa vitrine, tellement les conditions de travail et de rémunération sont lamentables, elle vend la mèche sur les raisons profondes de l’initiative : améliorer les performances des salariés en les formant mieux aux pratiques de la lecture des codes-barres, aux déchargements des camions, le filmage des palettes, mais aussi pour éviter les accidents (très nombreux dans les tous les sites).

Cette formation permet, certes, aux salariés d’obtenir un diplôme reconnu par l’Etat, niveau CAP ou BEP (et ils en sont fiers, à juste titre), mais celle-ci est dispensée en interne pour répondre aux besoins immédiats d’Amazon. Dès lors, il est scandaleux que l’AFPA parraine une telle formation, qui ne coûte rien à l’entreprise puisque tous les frais sont imputés sur les fonds alimentés par un salaire différé.

Pendant qu’Amazon délivrait leur diplôme à la première promotion, on apprenait la création du ministère délégué à l’enseignement et à la formation professionnels, sous la double tutelle du ministère de l’éducation nationale et du ministère du travail.

Pourquoi s’en offusquer ? Il s’agit d’une invention d’Emmanuel Macron, qui, au cours de la campagne électorale, avait promis des lycées professionnels « davantage ouverts à l’apprentissage et aux entreprises locales ».

La syndicaliste Sigrid Géradin (FSU) dénonce un grave danger : « Si la partie insertion est gérée par le ministère du Travaille risque est celui d’une instrumentalisation des parcours scolaires pour répondre aux besoins immédiats des entreprises, notamment dans les secteurs dits en tension. Pourtant, si ceux-ci peinent à recruter, c’est avant tout parce que les conditions de rémunération et de travail y sont mauvaises, et c’est cela qu’il faudrait changer d’abord. »

En outre, la multiplication des stages en entreprise permettra de ‘’libérer’’ des enseignants à envoyer dans les établissements en déficit.

Les deux informations, jamais rapprochées, démontrent que l’enseignement professionnel sera de plus en plus soumis aux besoins des entreprises et destinés aux jeunes des classes populaires, qui, après avoir quitté leur établissement, iront grossir les rangs des salariés d’Amazon, entre autres, et à se voir offrir des formations-maisons.

Les gosses de riches, eux, iront poursuivre des études longues dans des établissements privés, onéreux que papa peut payer.

La lutte des classes n’en finit pas…

Cinéma et politique

Arte a poursuivi ses diffusions de films du patrimoine en programment hiers soir Le Jardin des Finzi-Contini de Vittorio De Sica (sorti en 1970). Le maître du néo-réalisme a adapté le roman éponyme de Giogio Bassani et pose sous un autre angle le problème de l’adaptation des œuvres littéraires.

Le film a reçu l’Ours d’or à Berlin et l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1971. Les deux récompenses couronnent un film magnifique qui a néanmoins déclenché de profondes polémiques, l’écrivain Giogio Bassani publiant un article cinglant sous le titre Le jardin trahi, dans lequel il accuse De Sica de ne rien connaître des particularités de Ferrare, de sa communauté juive (dont les Finzi-Contini) du seul fait que le réalisateur a passé toute sa jeunesse à Naples.

Bassani avait cependant participé à l’élaboration du scénario du film. Il souhaitait préserver la trame de son livre, le confinement d’une famille juive et de sa descente aux enfers en raison des lois raciales de Mussolini en 1938.

Si De Sica a gommé l’ambiance particulière de Ferrare, il n’a pas trahi la longue agonie des Finzi-Contini, juifs cloîtrés dans leur extraordinaire jardin jusqu’à leur arrestation et leur déportation. Le film est superbe, De Sica est un virtuose : ses images sont sublimes et les acteurs superbement dirigés pour être à la hauteur de l’œuvre.

Alors pourquoi une telle polémique ? Les protagonistes sont Italiens et Giorgio Bassani, après avoir été socialiste, a adhéré au Parti Républicain quelque temps avant le tournage ; Vittorio De Sica, lui, est resté fidèle au Parti Communiste, le PCI.

La querelle n’est peut-être au fond que l’opposition entre deux idéologies ouvertement antagonistes dans l’Italie de 1970, celle des années de plomb qui voient la même année la création des Brigades Rouges.

Assurément Le jardin des Finzi-Contini ne méritait pas une telle bataille d’idées. Vittorio De Sica a réalisé tant de chefs-d’œuvre, que la dénonciation de Giogio Bassani semble superflue.

Cinéma politique

Arte a diffusé hier Pour qui sonne glas, film adapté du livre d’Ernest Hemingway et réalisé par Sam Wood.

Autant le dire immédiatement, le film ne vaut que par l’interprétation de deux monstres sacrés de Hollywood, Gary Cooper et Ingrid Bergman. L’œuvre d’Hemingway a été dénaturée par un réalisateur dont on peut ne pas garder un souvenir impérissable.

Sam Wood a surtout retenu l’idylle entre le professeur américain, engagé dans les Brigades internationales, Robert Jordan, et la belle et jeune résistante républicaine, Maria, en reprenant à son compte les critiques acerbes du livre proférées par les réactionnaires américains farouchement favorables aux troupes de Franco. 

Sam Wood a connu un parcours digne de celui de Trump ; d’abord hommes d’affaires, il a fait fortune dans l’immobilier et dans le pétrole avant de se convertir, hélas, dans le cinéma. Dans leur livre, Trente ans de cinéma américain, sorti en 1970, Jean-Pierre Courson et Bertrand Tavernier, avouent que « de l’homme nous savons très peu de choses, mais quelques détails pittoresques aideront peut-être à le situer : il était président de l’Alliance pour la Préservation des Idéaux Américains et son testament stipulait que sa fille serait déshéritée si elle s’inscrivait au Parti Communiste ».

Effectivement, ces détails situent l’homme !

L’organisation, fondée en 1944 un an après la sortie du film, se donnait pour but de défendre l’industrie cinématographique et les Etats-Unis contre ce que ses membres considéraient être une infiltration fasciste et communiste. Wood y adhéra aussitôt.

Que Sam Wood se saisisse de l’œuvre d’Ernest Hemingway pour la dénaturer n’a donc rien d’innocent. Il s’agit d’un geste politique, parrainé par les studios de la Paramount Pictures. Les Américains ont toujours fait, majoritairement, du cinéma (puis des séries télévisuelles) des armes idéologiques.

C’est pourquoi on aimerait qu’Arte, chaîne culturelle, accompagne les diffusions de films du patrimoine d’un commentaire rappelant le contexte historique et, quand il s’agit d’adaptations d’œuvres littéraires, comme c’est ici le cas, les libertés prises par le réalisateur par rapport à l’auteur.

Le cinéma est politique et demande une présentation politique !

Troublant parallélisme

L’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (attac) est une ONG mondialiste qui produit des notes et études toujours très instructives. La dernière en date est intitulée « Le RN, ou l’illusion d’une opposition à Macron ». En préambule, elle note que « s’il existe bien sûr d’importantes différences entre le parti fondé par d’anciens SS et celui fondé autour d’Emmanuel Macron, il est frappant de constater qu’en matière de politique fiscale, budgétaire, et dans des domaines économiques, LREM et le RN portent des propositions comparables : il s’agit pour ces deux partis, selon un même logiciel libéral, de réduire les impôts en faveur des plus riches et des grandes entreprises et «en même temps», de s’attaquer aux services publics, ce qui aurait un impact important sur la hausse des inégalités. »

En voici, brièvement résumées, les principales conclusions :

1 Des impôts toujours moins progressifs en faveur des plus riches : 

Si Macron a instauré le prélèvement forfaitaire unique (PFU) qui a permis aux plus riches de gagner 2 milliards d’euros, Marine Le Pen ne le remet pas en cause, exonérant d’impôt sur le revenu les jeunes de moins de 30 ans.

Macron a remplacé l’ISF (qui rapportait 5,5 à 5,8 milliards) par l’IFI (qui rapporte 2 milliards de moins). Le Pen veut supprimer l’IFI sans rétablir l’ISF.

Macron a promis une baisse sur les droits de succession et de donation, Le Pen fait des propositions similaires.

Pour attac, « il est toujours surprenant de voir Marine Le Pen se présenter comme la ‘’candidate du peuple’’ alors que les propositions fiscales du RN conduiraient à affaiblir encore davantage la progressivité de l’impôt et donc non seulement à favoriser les plus riches, comme l’a fait depuis 2017 le ‘’Président des riches’’, mais à instaurer une société de rentiers. »

2 Toujours moins d’impôts pour les grandes entreprises, comme le demande le Medef.

Macron, durant son premier quinquennat, a porté un rude coup à l’impôt sur les sociétés en baissant son taux nominal de 33,3 à 25 %. Le Pen ne propose pas de revenir sur la mesure, mais veut en exonérer les entrepreneurs de moins de 30 ans.

Macron a réduit les impôts locaux des entreprises de 20 milliards d’euros et il propose une nouvelle baisse. Le Pen propose la suppression de la cotisation foncière des entreprises et de la contribution sociale de solidarité des sociétés, y compris pour les grandes entreprises. Dans les deux cas, dit encore attac, ces propositions mettraient les finances locales en grave difficulté.

Macron refuse tout coup de pouce au SMIC et vient de limiter l’augmentation du point d’indices des fonctionnaires. Le Pen ne parle pas d’augmentation du SMIC et veut permettre une augmentation des salaires de 10 % mais en exonérant l’augmentation des cotisations patronales. Les deux positions sont semblables et ne visent qu’à éviter une véritable hausse des salaires.

3 Haro sur les services publics et la protection sociale

Quand Macron annonce la suppression de la contribution à l’audiovisuel public, Le Pen, elle, parle de le privatiser. La prétendue ‘’candidate du peuple’’ est démasquée, grâce à cette note d’Attac. Quand Macron a continué à fermer des lits d’hôpitaux, supprimé des postes d’enseignants, Le Pen n’envisage aucune création de postes, mais parle de supprimer la bureaucratie. Le refrain est éculé.

Enfin, quand Macron se prononce pour le départ à la retraite à 65 ans et réduit les droits des chômeurs, Le Pen revoit, elle, sa proposition initiale de retour à l’âge de départ à la retraite à 60 ans en entretenant le flou sur ses véritables intentions.

Finalement, Macron et Le Pen sont dans la même logique libérale, qui peut se résumer par la formule « moins d’impôts, moins d’Etat », donc moins de services publics, plus d’austérité pour le bas peuple et un faisceau de mesures favorisant les détenteurs de patrimoine, les riches.

Tout est clair

Le 29 juin 2022 restera une journée sombre pour la démocratie en France.

Après une campagne (même brève) sur le thème du barrage à Marine Le Pen et au Rassemblement national, Emmanuel Macron a montré son véritable visage. Désormais, tout est clair.

Il a été réélu avec des millions de voix d’électeurs de gauche qui n’ont jamais varié et ont toujours été les plus farouches opposants au parti fasciste du milliardaire du parc de Montretout et de sa fille. Ils n’ont jamais failli pour respecter le front républicain. Emmanuel Macron, son entourage (en Marche, paraît-il) et ses alliés l’ont trahi, hier au Palais Bourbon, en apportant leurs voix au Rassemblement national pour faire barrage à la gauche enfin réunie. Plutôt 89 représentants du parti fasciste qu’un premier ministre de gauche, voilà une expression qui rappelle douloureusement un funeste slogan datant de 1936 !

Emmanuel Macron, son entourage et ses alliés ont franchi une nouvelle étape en élisant deux vice-présidents du parti fasciste à l’Assemblée nationale, puis en donnant la préférence à Eric Ciotti pour la questure.

Le renvoi d’ascenseur de Marine Le Pen est pour demain. Celui des Républicains est également assuré. Les masques sont tombés.

Quand les Français attendent une politique sociale digne de ce nom pour faire face à la crise énergétique, aux augmentations de prix des produits de première nécessité, au chômage, le petit soldat de l’ultralibéralisme resserre les rangs pour faire voter toujours davantage de lois austéritaires et rétrogrades (retraite à 65 ans, casse des services publics de l’école, de la santé, des transports et de l’audiovisuel, remise en cause des acquis sociaux, notamment l’indemnisation du chômage, etc.). Le réchauffement climatique se poursuivra, inexorablement.

Emmanuel Macron a parrainé un front de l’ultra-droite, où Renaissance, Rassemblement national et Les Républicains s’unissent contre la gauche. Tout est clair, le fameux ‘’ni de droite, ni de gauche’’ est définitivement enterré. Le macronisme est une rupture funeste. Les grands patrons sont rassurés, la loi du marché est sauvée, comme les dividendes. Avec ce front anti-républicain, les profits vont continuer à être privatisés et les pertes nationalisées.

Le peuple de France, lui, va souffrir et supporter tous les efforts, quand les fonds d’investissement monstrueux drainent des torrents financiers et pratiquent l’optimisation fiscale pour le plus grand bonheur des actionnaires.

Le spectateur de ce triste spectacle est résigné et désabusé ; il ne lui reste qu’une solution, entrer en rébellion pour un autre monde. Tout est clair.

Modèle suédois

Le dictateur turc Recep Tayyip Erdogan a obtenu ce qu’il voulait pour lever son veto à l’entrée de la Suède et de la Finlande dans l’OTAN ; les gouvernements des deux pays nordiques se sont engagés « à la pleine coopération avec la Turquie dans la lutte » contre les partis et mouvements qu’il considère comme terroristes. Quelle honte !

Il y a de quoi frémir en prenant connaissance du mémorandum signé hier à Madrid et en constatant une fois encore la veulerie de tous les alliés de Turquie d’Erdogan au sein de l’Alliance atlantique.

La Suède où la communauté turque est nombreuse (environ 100 000 personnes) et la Finlande ont donné l’assurance à Erdogan de prendre « des mesures concrètes pour l’extradition de criminels terroristes ».

Pour le dictateur sont considérés comme criminels terroristes ceux qui osent afficher leur préférence pour une réelle démocratie, où les femmes sont les égales des hommes et le portent pas le voile.

Après le simulacre de confrontation, Erdogan va pouvoir étendre les poursuites contre les démocrates dans deux nouveaux pays, extrader ses adversaires pour les jeter dans des prisons surpeuplées de Turcs épris de liberté. Les démocrates turcs et plus particulièrement les Kurdes ne sont plus en sécurité dans les deux pays nordiques ; Erdogan va pouvoir multiplier les demandes d’extradition. Que dit la France ?

Les concessions de la Suède et de la Finlande sont honteuses. Rien ne peut justifier leur attitude de renoncement pour pouvoir entrer dans l’OTAN, pas même la dérive folle et sanguinaire de Vladimir Poutine en Ukraine. Le camp des vautours gagne du terrain en Europe sous l’impulsion du vieillard cacochyme Biden, quand tous les efforts devraient tendre vers la recherche de la paix et l’arrêt de la sale guerre pour le Donbass. Il y a déjà eu trop de morts ; arrêtons les va-t-en-guerre.

Prétendre comme tente de le faire la première ministre suédoise, Magdalena Andersson que les deux pays nordiques « seront pourvoyeurs de sécurité au sein de l’OTAN » est un grossier mensonge, quand le leadership de l’Alliance est entre les mains du président américain qui se refuse à tout compromis avec Poutine et voit dans le conflit en cours un moyen de vendre son gaz de schiste et son pétrole, des armes et des produits de son industrie agro-alimentaire gorgés de pesticides, etc.

Le modèle suédois est malade ; il est corrompu à l’image de la social-démocrate Magdalena Andersson, ultra-libérale assumée.

Le modèle suédois est sérieusement dévalué avec la rupture de la neutralité historique du pays, après cette compromission avec le dictateur Erdogan poursuivant tous les démocrates avec férocité en Turquie et bombardant les Kurdes en Syrie, en Irak et au Kurdistan turc.

L’ultralibéralisme est malade et entraîne la diplomatie vers des rives dangereuses.

La vérité

Aussitôt après l’annonce de la composition des membres du gouvernement de Mme Elisabeth Borne, le milieu universitaire vantait la bonne réputation de M. Pap Ndiaye. Le nouveau ministre était présenté comme un homme de gauche et les éructations de la droite étaient suffisantes pour donner corps à l’affirmation. Pure illusion ? Mensonge ? Vérité ?

M. Pap Ndiaye, désormais homme politique, vient d’avoir un long entretien avec la rédaction du Parisien (de M. Bernard Arnault). Où le ministre fait des déclarations suffisantes pour faire éclater la vérité : il fera à son poste la politique d’un gouvernement de droite. Pour la simple raison qu’il a été nommé pour cela.

Les éditorialistes avaient tenté de faire croire à une augmentation des salaires des enseignants ; elle aura lieu mais timidement. Le salaire des jeunes sera à peine au-dessus de 2000 euros, mais en 2023 seulement. L’augmentation sera assortie de conditions, une part de l’augmentation sera conditionnée à des tâches nouvelles ; en langage clair (et non politicien), le nouveau ministre reprend le slogan de Sarkozy et de Macron, ‘’travailler plus pour gagner plus’’.

M. Pap Ndiaye réintroduira 1h30 de mathématiques dans le programme des classes première, sans doute en 2023. Sans assurance formelle.

Quant aux questions qui fâchent élèves, parents d’élèves et enseignants, à savoir Parcoursup et la réforme des lycées, il est hors de question de revenir sur les trouvailles de Blanquer.

Le nouveau ministre ne se distingue guère de son prédécesseur en affirmant que tous les élèves auront un professeur devant eux à la prochaine rentrée, niant la cruelle réalité. Les différents concours de recrutement ont apporté la preuve que la profession n’attire pas les jeunes diplômés. M. Pap Ndiaye, homme intelligent, ne peut pas l’ignorer. Il prend un gros risque en faisant croire que la prochaine rentrée se passera sans heurts.

Il ne peut pas ignorer l’expérimentation absurde imaginée par l’académie de Nancy-Metz, le recrutement de sept ‘’visio-remplaçants’’, qui, depuis un établissement proche de leur domicile et grâce à un ordinateur fourni par l’éducation nationale, feraient cours à des élèves de zones rurales privés d’enseignants. Les élèves seraient sous la surveillance d’assistants d’éducation. La mission des enseignants ne durerait que 7 semaines, soit la durée d’une scolarité entre deux périodes de vacances. Après les ‘’jobs dating’’ des académies de Versailles et Amiens, les recteurs sont priés de faire preuve d’une inspiration débordante pour pallier les manques d’enseignants. Le nouveau ministre approuve-t-il de telles expériences aussi chimériques que dangereuses.

On attendait, sans doute trop naïvement, que M. Pap Ndiaye se démarque vraiment de Jean-Michel Blanquer et dise la vérité, œuvre ultime d’une politique démocratique.

La désillusion n’en sera que plus grande parmi ceux qui ont cru que Macron voulait changer de ligne politique après son résultat désastreux aux élections législatives.

Alors, la question est de savoir maintenant si M. Pap Ndiaye est réellement un homme de gauche ou si on nous a menti en le présentant ainsi. Car rien, ni personne, ne l’a contraint à se fourvoyer dans un gouvernement ultralibéral aux côtés de Bruno Le Maire ou de Gérald Darmanin, obéissant à un président jupitérien ne laissant aucune marge de manœuvre aux ministres.

Ternir sa réputation pour un maroquin, cela en vaut-il la peine ? Cela est-il digne d’un universitaire reconnu ?

Le châtiment de Dieu ?

Tout a été dit à propos des deux décisions prises par la Cour suprême des Etats-Unis, c’est-à-dire des juges nommés à vie (donc inamovibles et non élus). Il n’est pourtant pas inutile de revenir sur le contexte d’un recul historique de la démocratie.

La Cour suprême a un pouvoir exorbitant, y compris celui d’annuler un décret du président ; le Parlement a un fonctionnement étrange puisque, d’une part, un groupe minoritaire peut faire obstruction à un projet de loi en prolongeant le débat sans aucune limite de temps, et, d’autre part, l’adoption nécessite une majorité des deux tiers des élus.

Plus profondément, le système américain est soumis aux agissements des lobbies et, en politique, le plus influent est celui d’une minorité religieuse, les chrétiens évangélistes, majoritairement blancs et farouchement réactionnaires, suprémacistes, adeptes du patriarcat et donc antiféministes, pro-armes, etc.

Ils ont fourni les troupes les plus déterminées à Trump pour tenter de s’opposer à l’élection de Joe Biden et le renverser par un coup d’état.

Qu’est-ce que le pape François pense de la Christian Coalition ? On attend avec impatience sa prise de position, lui qui a démontré deux visages, le premier sympathique rappelant l’attachement de l’Eglise catholique à la lutte contre la pauvreté et à l’aide apportée aux exilés, l’autre, beaucoup moins souriant, se prononçant contre l’interruption volontaire de grossesse.

Mais, plus au fond, qu’est-ce que pense Dieu des suprémacistes blancs qui viennent de s’illustrer à la Cour suprême des Etats-Unis (mais aussi en Pologne ou en Hongrie, entre autres) ?

Si la réponse du pape est attendue (et sa condamnation espérée), on n’attend pas celle de Dieu, qui ne communique guère ni directement, ni par l’intermédiaire du pape qui n’ose plus avancer ni son infaillibilité, ni les prétendues preuves de l’existence de Dieu. Néanmoins, les paroles de Jésus ont été actées et, évidemment, elles ne viennent en aucun cas au secours des évangélistes américains pour justifier leurs actes démentiels, pour ne pas dire sataniques. Les dogmes bibliques viennent au contraire contredire ceux que les chrétiens intégristes des Etats-Unis ont imaginé pour satisfaire leurs revendications racistes et réactionnaires.

Dieu n’a condamné ni l’avortement, ni le port d’armes, malgré le respect de la vie, malgré le recours assumé au châtiment.

La Christian Coalition raconte des billevesées à une importante frange de le population crédule et désorientée. Contrairement à l’Europe où la foi catholique est sérieusement fragilisée, où les gens ne vont plus à la messe et s’éloignent des vocations pastorales, sauf peut-être en Pologne et dans quelques petits pays, les Etats-Unis ont vu croître les conversions à l’évangélisme militant, infiltrant le parti républicain.

La question demeure : qu’est-ce que le Dieu éternel pense de ses ouailles ? Pense-t-il que les femmes américaines méritent un tel châtiment de se voir privées du droit à l’avortement ? Pense-t-il que les enfants tués dans les écoles ou sur les campus par ces suprémacistes fous, surarmés, sont le prix à payer pour le salut de leurs âmes ?

Nous n’en saurons rien, mais la vie de tous les Américains est si perturbée qu’il est de la responsabilité des gouvernants de s‘opposer à ces fous de Dieu. Sans attendre la parole divine ou le châtiment !

La voix de son maître ?

Que se passe-t-il dans les couloirs de Radio France et plus particulièrement de France Inter ? Je m’en inquiète parce que, en premier lieu, c’est une chaîne de service public, puis en second lieu, si elle m’irrite parfois, elle reste la seule à proposer une écoute intelligente. 

Sa direction lâche chaque jour une information sur les contours de la prochaine grille de programme du matin, celle qui a permis au service public d’avoir la meilleure audience de toutes les radios.

Le 7/9 devient, paraît-il, le 7/9.30 ; les trente minutes supplémentaires seront animées par Sonia Devillers qui recevra « un grand témoin de l’époque ». On demande à voir, plutôt à écouter, pour constater si le service public glisse vers plus de pluralisme. Exit, donc, Augustin Trapenard et ses exceptionnelles rencontres de Boomerang.

On sait depuis quelques jours que Thomas Legrand abandonne l’éditorial politique de 7h40 ; après quatorze ans d’antenne, il sera remplacé par Yaël Goosz, le chef du service politique. Rien d’inquiétant donc. En revanche, on apprend que de nouvelles voix vont se voir confier des chroniques quotidiennes. Et c’est avec beaucoup d’appréhensions que nous prenons connaissance du nom des nouveaux élus : Dov Alfon, directeur du Libération, et Anne Rosencher, directrice de l’Express, ces deux journaux étant liés de près ou de loin à Patrick Drahi ; Hugo Clément, un (tout) petit Nicolas Hulot, ambitieux et exaspérant ; mais surtout, Guillaume Roquette, directeur de l’information du Figaro Magazine et ancien directeur de Valeurs actuelles. Un représentant de tout ce qu’il y a de plus réactionnaire dans la vieille France. 

On ne peut pas dire que Laurence Bloch laissera une radio digne du service public, pluraliste, à Adèle Van Reeth.

L’émotion me gagne quand j’apprends l’éviction de Charline Vanhoenacker et de sa chronique d’humour caustique quotidienne ! Elle se voit attribuer un billet hebdomadaire ; avant de disparaître de l’antenne ?

Les radios doivent évoluer, faire de la place à de nouveaux talents. Mais peut-on affirmer que Guillaume Roquette ou Mathieu Noël (recruté à Europe 1 pour remplacer la très politique Charline Vanhoenacker) apporteront un souffle nouveau, ouvert à toutes les opinions, à France Inter ?

Il est difficile de ne pas voir dans ces nombreux changements annoncés une reprise en main politique de France Inter, suscitée par l’ambitieuse Sybile Veil, qui était aux côtés de Nicolas Sarkozy en 2007, et étudiante sur les mêmes bancs de l’ENA qu’Emmanuel Macron ou Amélie Oudéa-Castéra, dans la promotion Léopold Sédar Senghor.

La Macronie a du mal à se renouveler après son cuisant échec des législatives ; le président renouvelé éprouve le besoin de tout surveiller d’encore plus près et de tenir toutes les rênes. Son jeu est dangereux pour les citoyens, qui ont compris, de toute évidence, les ressorts d’un pouvoir autoritaire (jupitérien ou vertical) et l’ont déjà sanctionné à deux reprises.

Le peuple est souverain, mais il semble que ce détail ait échappé à Emmanuel Macron.

Macron et Ponce Pilate

Je suis éberlué quand Emmanuel Macron, adepte de la méthode Coué, torture les chiffres pour se persuader, sans doute, qu’il pourra dérouler son grand œuvre de démolition de la France et d’abdication devant les dogmes ultralibéraux.

Hier soir, l’air grave mais toujours aussi imbu de sa petite personne, l’implacable président a donné une leçon de ‘’démocratie libérale’’.

Sa toute première phrase, assénée sans tremblement dans la voix, a résumé toute sa rhétorique : « Le 24 avril, vous m’avez renouvelé votre confiance en m’élisant Président de la République.  Vous l’avez fait sur le fondement d’un projet clair, et en me donnant une légitimité claire. »

Peu importe qu’il n’ait recueilli que 20 % des électeurs inscrits. Peu importe que le nombre de citoyens boudant les urnes gonfle régulièrement. Peu importe que le parti fasciste continue, lui, de s’implanter partout sur le territoire ; il s’assure ainsi de sa réélection.

S’il feint de ne pas ignorer la forte abstention aux législatives, mettant au jour des inquiétudes grandissantes dans le pays, il exprime une satisfaction déroutante et exclut d’avoir été désavoué : « Ces élections législatives ont fait de la majorité présidentielle la première force politique de l’Assemblée nationale. Toutefois, et c’est un fait nouveau, et comme dans la plupart des démocraties occidentales, qu’il s’agisse de l’Allemagne, de l’Italie, et de beaucoup d’autres, aucune force politique ne peut aujourd’hui faire les lois seule. »

Peu importe que les candidats d’Ensemble n’aient recueillis que 25,75 % des votants et peu importe que ces votants ne représentent pas 50 % des inscrits au 1er tour. Peu importe que le parti fasciste envoie un groupe tout sauf imprévu au Palais-Bourbon avec des élus en provenance de territoires jusque-là imperméables à sa xénophobie.

Nier la réalité est systématique chez Emmanuel Macron.

Il déclare souhaiter le dépassement politique et fustige les postures politiciennes ; il réclame une clarté sidérante à ses opposants : « Cela veut dire ne jamais perdre la cohérence du projet que vous avez choisi en avril dernier. »

Avec l’aplomb qui lui sied en permanence, il appelle au compromis mais pour appliquer son seul programme et il n’écarte pas des alliances de circonstances avec le parti fasciste.

Peu importe que les électeurs aient rejeté à deux reprises le programme présidentiel. Peu importe qu’il ait été renouvelé à l’Elysée par rejet de son adversaire, représentante du parti fasciste. Peu importe que les vrais opposants aient observé que leur programme de rupture (mais de progrès social) était largement partagé dans le pays, y compris parmi ceux qui ne votent pas.

La stratégie de Macron est perverse, il tente de renvoyer par avance tout blocage du processus législatif à ceux qui refuseront d’adopter, notamment, la retraite à 65 ans.

Emmanuel Macron ne laissera pas un souvenir impérissable dans la mémoire de la grande majorité des citoyens, mais il peut laisser la France aux mains du parti fasciste.

On n’ose y croire, mais lui est comme le préfet romain, Ponce Pilate : il s’en lave les mains !

Mbappé et Macron

Au cours d’un printemps très électoral, la France du football s’est rassurée : Kylian Mbappé a annoncé avoir choisi de rester jouer à Paris plutôt que de se vendre à Madrid. Ouf ! Quel bonheur pour les supporteurs…

Ce bonheur, le savaient-ils avant de ne pas aller voter, ils le doivent sans doute à Emmanuel Macron !

L’événement a fait les ‘’unes’’ des médias pendant plusieurs jours, éclipsant même la guerre en Ukraine ou les enjeux des élections françaises. Les jeux du cirque sont populaires et font de l’audience ! Un certain nombre de beaufs braillards des tribunes sont ‘’addicts’’ au football quand ils sont totalement insensibles à la chose publique.

La décision de l’un des joueurs les plus talentueux du moment est respectable ; le jeune homme a du caractère et la décision lui appartient, à lui seul. Le football-business n’y est pas étranger, mais qu’y a-t-il de répréhensible dans la volonté d’un jeune footballeur d’en tirer le maximum d’avantages. Il a longtemps hésité entre les dollars des émirs du Qatar et les pesetas du club royal de la capitale espagnole ; l’argent a la même valeur ici ou là, même si le montant des chèques donnt le vertige.

Le choix de Kylian Mbappé s’est invité dans la campagne électorale quand le président de la République en sérieuse difficulté a cru utile de préciser qu’il avait ‘’conseillé’’ au prodige de continuer dans son pays.

Mbappé s’en est ouvert dans les gazettes : « On a échangé pas mal de fois. On va dire que c’était des bons conseils. Il voulait que je reste. » Il a ajouté : « Il fait partie des différentes personnes avec qui j’ai parlé pour du foot ! C’est là qu’on voit que le foot a changé et qu’il a une place importante dans la société. C’est important de savoir aussi rester à sa place malgré l’importance qu’on peut me donner dans le pays ».

Le jeune footballeur surdoué est intelligent ; il a discuté avec Macron (mais aussi avec Sarkozy !), tout en assurant vouloir rester à sa place. Dont acte. Il aurait pu éviter néanmoins de faire part au président de la République de sa décision ; il ne lui est pas redevable. Erreur de jeunesse sans doute, ou simple politesse ?

Les médias ont cru utile d’ajouter des commentaires dithyrambiques, comme celui-ci : « Cette prolongation joue aussi sur ce que la France renvoie à l’international : une France moderne, ouverte et attractive. Enfin, il faut aussi comprendre sa prolongation au PSG dans le cadre de Paris 2024. » Ou encore : « Emmanuel Macron a aussi compris tout le poids politique que cela comportait pour la nation branding France (L’image de marque de la France). On ne peut pas être un président sans connaître l’économie du sport. Emmanuel Macron est à l’image de sa génération : il sait pertinemment ce que le foot est devenu, alors que d’autres politiques ne comprennent pas toujours. » Quelle aubaine d’avoir un président si intelligent ! Les Français sont ignares au point de ne pas s’en rendre compte ou des ingrats qui ne reconnaissent pas sa modernité. 

Quand Emmanuel Macron déclare : « J’ai eu une discussion avec Kylian Mbappé en amont, simplement pour lui conseiller de rester en France. Quand il est sollicité de manière informelle et amicale, c’est le rôle d’un Président de défendre le pays. », on reste ébahi devant les qualités du jeune père de la start-up nation, qui trouve le temps de se pencher sur les affaires du football alors qu’il a tant d’autres soucis, avec l’Ukraine, notre approvisionnement en gaz et en pétrole, les élections, etc.

Le président de la République a éprouvé moins de difficultés à convaincre Kylian Mbappé de rester en France que les dirigeants de grands groupes délocalisant les usines et supprimant des emplois. Où il est prouvé que les grands patrons et le président de la République n’ont pas la même définition du patriotisme quand il s’agit d’activités économiques ou de football. Ou que la définition de branding n’est pas la même pour toutes les activités.

La loi du marché

Emmanuel Macron et son entourage prétendent vouloir le bien et le bonheur du peuple ; ils l’ont ressassé pendant la campagne des élections législatives, avec encore plus de force que durant la campagne présidentielle. Ils ont promis d’améliorer le pouvoir d’achat des Français subissant la vertigineuse augmentation des prix de l’énergie et de l’alimentation.

Qui peut croire le président de la République ? Au cours des cinq dernières années, il a confisqué le pouvoir au nom d’un pouvoir vertical échappant à toute réalité des besoins du quotidien, des jeunes aux plus âgés. En affichant un mépris souverain à l’égard des élus et de leurs représentants ou encore des syndicats, il a cyniquement affirmé son aversion pour le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. 

Toute l’organisation sociale est l’objet d’une attention minutieuse pour ne pas entraver la loi des grandes entreprises ; Macron ne dissimule plus rien : au service des multinationales, il sacrifie l’intérêt du plus grand nombre pour le livrer à une oligarchie mondiale et inaccessible, avec laquelle il aime ripailler à Versailles. 

Au cours de sa très brève campagne, volontairement réduite pour évacuer, justement, la question du gouvernement de la cité, il a prêché pour le bonheur dans un monde que le peuple n’accepte plus, le monde libéral, individualiste, dur pour les pauvres (qui produisent les richesses) et généreux pour les riches (qui en profitent).

Nous ne vivons plus en démocratie. Macron a fait un choix et il l’impose à tous les citoyens en les soumettant à la loi d’un marché intolérable et antidémocratique puisqu’il n’émane pas du peuple.

L’attitude du président et de son entourage au cours de l’entre-deux tours des élections législatives a encore ajouté du mépris.

Dans de nombreuses circonscriptions, ceux qui se réclament du monde selon Macron ont préféré porter leur voix sur les candidats d’un monde fascisant, xénophobe, excluant l’autre au nom d’une prétendue préférence nationale et encore plus dur pour le pauvre, contrairement à ce qu’ils affirment, plutôt que sur les candidats d’un monde meilleur, celui d’une gauche enfin réunie. Le parti au nationalisme étroit et aux visées dangereuses a aujourd’hui un groupe parlementaire qui fait peur, avec des porteurs d’une idéologie qui a fait la démonstration de ses perversités ici ou ailleurs.

Emmanuel Macron, son entourage et la droite traditionnelle de plus en plus réactionnaire et intégriste a une curieuse conception de la démocratie. Quand ils ont conquis le pouvoir, en détournant des urnes les gueux qui n’en attendent plus rien, ils le confisquent et en font leur chose, pour préserver le marché. Ils le protègent à n’importe quel prix quand une partie du peuple a des velléités de s’émanciper et de remettre en cause des dogmes qualifiés d’inaltérables. Ils n’hésitent pas à sacrifier l’intérêt général pour préserver les privilèges d’une caste, la leur.

Emmanuel Macron a dévoilé un peu plus son vrai visage ; en d’autres termes, il s’est soumis davantage au véritable pouvoir, ni local, ni proche, mais mondialisé, livré aux plateformes et à ceux qui ont le regard vissé sur les cours de la bourse. Il en sera le prisonnier pendant les cinq prochaines années.

A moins que ceux qui se détournaient des urnes ne rejoignent les manifestations des institutions intermédiaires…

Panique certaine en Macronie

Mais qu’arrive-t-il aux journalistes économiques ? Seraient-ils devenus lucides ? Ou tout simplement démocrates ?

Il faut se pincer pour lire le billet hebdomadaire de Philippe Mabille, le directeur de la rédaction de La Tribune, l’autre quotidien économique (celui que Bernard Arnault avait vendu pour racheter Les Echos, plus prestigieux). Sous le titre iconoclaste, ‘’Les Français ont bien envie « d’emmerder » Emmanuel Macron’’ (sic), il se livre à une analyse étonnante à la veille du second tout des élections législatives. Dans son texte, on ressent comme une certaine jubilation et une attente fébrile, mais non feinte, d’un changement.

Philippe Mabille adopte une ligne beaucoup plus réaliste que la plupart des éditorialistes qui font preuve d’une aversion profonde pour le peuple de gauche. Rien de ça chez Mabille ; tout le contraire de ses confrères et ses consoeurs dont la mauvaise foi envers la gauche et la NUPES est devenue tellement intolérable à force d’être insultante. Quel contraste avec Les Echos, où Cécile Cornudet se demande : « les électeurs vont-ils ‘’brider’’ le chef de l’Etat » en agitant le spectre d’un « choc fiscal inédit » en cas de défaite de son président préféré (c’est-à-dire celui de son patron, le milliardaire Bernard Arnault.

Lire Philippe Mabile peut-il aider à dessiller les yeux de certains électeurs ; on peut l’espérer vivement :

« Juste retour à l’envoyeur ? Comme par un effet boomerang, les Français, après l’avoir réélu en avril, dans un vote « républicain » de barrage à l’entrée à l’Elysée de la candidate de l’extrême droite (pour la troisième fois après 2002 et 2017), s’apprêteraient à ne pas donner, pour la première fois depuis Mitterrand en 1988, de majorité absolue au président réélu. Coup de grisou de l’histoire avec un grand «H », 61% des électeurs rêveraient que cela se concrétise ce dimanche, selon un sondage IPSOS-Sopra Steria pour plusieurs médias. Ce n’est pas encore certain, la majorité présidentielle Ensemble peut encore obtenir plus de 289 sièges ; mais cela reste une forte probabilité au vu des résultats du premier tour et cela provoque une panique certaine en Macronie où aucun scénario n’est écarté. Même celui d’une victoire sur le fil de l’opposition, avec la Nupes et Mélenchon à Matignon. »

Plus loin dans son billet, Philippe Mabille, par une subtile clause style, met sa pensée profonde dans la bouche des Français : 

« Après tout, le peuple français est tout simplement en train de mettre en pratique ce qu’Emmanuel Macron a lui-même reconnu lors de sa seconde investiture : « un peuple nouveau, un président nouveau pour un mandat nouveau ». Même si ce n’est pas son ADN, que ce président « nouveau » doive apprendre à négocier des compromis de projet et d’idées avec un parlement moins à sa botte n’est pas pour déplaire à des Français agacés par la verticalité de JupiterLa crise politique que nous vivons vient probablement de là, de ce déséquilibre entre le présidentialisme monarchiste à la française et le parlementarisme à l’anglaise ou à l’allemande. »

Dans l’attente des résultats, dimanche, Philippe Mabille fait le constat que, décidément, Emmanuel Macron effraie beaucoup de monde, y compris les milieux économiques, apeurés de devoir affronter la dure réalité des revendications du peuple en cas de déroute de la prétendue République en marche.

Le chaos, c’est lui !

Le président de tous les Français, encore faut-il le croire, a exhorté les électeurs à ne pas ajouter un « désordre français au désordre mondial » depuis le tarmac d’Orly avant de monter dans l’avion qui devait le conduire en Roumanie.

Pour bien se faire comprendre, il a sommé sa première ministre, Elisabeth Borne de mettre les points sur les ‘’i’’ ; docilement, celle-ci a donc précisé que « le projet de Jean-Luc Mélenchon est dangereux pour notre économie ».

Un tel acharnement est stupéfiant.

Qui a cassé l’hôpital public et notre système de santé ? Qui a cassé l’école, le collège et le lycée ? Qui a cassé l’université et la recherche ? Qui a enterré les 800 000 pages des cahiers de doléances recueillis durant le Grand Débat national ? Qui a déchiré les propositions de la Convention citoyenne sur le climat ? Qui a réduit les impôts de 50 milliards durant le premier quinquennat et qui rêve de continuer à hauteur de 15 milliards durant le second ? Qui a baissé l’impôt sur les sociétés de 33 à 25 % ? Qui a baissé l’impôt de production de 10 milliards durant le précédent mandat à l’Elysée ? Qui va priver l’audiovisuel public de la redevance ? 

Mais aussi, quels choix politiques ont fait passer le nombre de Français vivant sous le seuil de pauvreté de 9,3 millions en 2019 à 12 millions en 2021 ? Quels choix ont amené 4,1 millions de personnes d’être mal-logées ? Qui a privé le budget des collectivités territoriales de 1,5 milliards ?

Et qui exhorte les Français de lui donner une majorité forte pour faire partir les salariés à la retraite à 65 ans, pour faire travailler les ‘’bénéficiaires’’ du RSA, pour faire bénéficier les riches d’un nouvel allègement des droits de succession ?

Etc.

Les Français n’ont pas la mémoire courte. Dans un pays où les prix flambent, dans les magasins et dans les stations-services, sur les factures de gaz et d’électricité, il faudrait applaudir à la politique ultralibérale d’un énarque drapé dans son orgueil ?

Une autre politique est possible, que les cris d’orfraie de la clique à Macron n’arrive pas à discréditer. Le désordre, c’est lui ; le chaos, c’est encore lui !

Le président, les JT et les salauds de pauvres

Emmanuel Macron les insulte (ils sont fainéants et ne traversent même pas la rue pour trouver le travail qui leur tend les bras !), les calomnie (ils sont analphabètes !) ; ils sont l’objet de tout son indécrottable mépris.

Quand les réactions sont trop vives, il tente de se montrer bienveillant en prétendant qu’on ne l’a pas compris ; il a appris la contrition dans les écoles catholiques de son enfance. Mais il n’esquisse aucun pardon pour ses paroles malheureuses, aucun repentir pour réparer l’offense ; sa vraie nature le lui interdit. Les lecteurs de ces pages infinies de l’Internet auront reconnu ceux qui sont l’objet de tant de dédain du président d’une République exaltant au fronton de ses bâtiments publics la fraternité et l’égalité. 

Quand le président se gausse de l’attractivité de la France en matière d’investissements étrangers, il oublie de dire que les milliards d’aides extrêmement généreuses (crédit d’impôt compétitivité emploi, baisse de l’impôt sur les sociétés, aides à l’embauche d’apprentis et de chômeurs, etc.) sont autant de milliards dont son privés les services publics. Pour un maigre résultat, quelques emplois créés et pour des petits boulots sous-payés, qui pèsent sur le niveau général des salaires.

Quand le président vante les bienfaits de la concurrence, il continue d’insulter les pauvres. Prenons un seul exemple, même si les salariés de la RATP ne sont pas parmi les plus pauvres. Ils ne sont pas analphabètes, non plus ; quand on leur a parlé d’ouverture à la concurrence dans les transports franciliens, ils ont vite compris : leur direction les a invités à accepter de nouvelles règles sociales pour anticiper l’ouverture à la concurrence en réduisant les coûts d’exploitation de 1 % par an et en dégradant conditions de travail et salaires.

Mais, chut, pas de gros mots dans les JT. On déplore les atteintes au service public et l’entrave aux déplacements par la faute des méchants de la CGT.

Qu’ils se taisent, les pauvres !

Ils sont livrés quotidiennement à ceux qui, impunément, se livrent au business de la misère : les marchands de sommeil, les marchands de viandes pourries, les fabricants de friandises contaminées, les soins dentaires à bas coût qui estropient.

Les JT condamnent ces agissements, mais on passe rapidement ; on laisse les sujets aux magazines dont l’audience est modeste comparée à celle des séries où on tue à tour de bras, à celle de Koh-Lanta où est prié de rêver, à celle des émissions mièvres qui plongent les pauvres dans un monde de médiocrité abyssale. Parfois on daigne les montrer, les pauvres, comme des bêtes curieuses, en allant planter les caméras au pied de leurs immeubles qui sont autant de passoires thermiques ; on est invité à s’émouvoir et, aussitôt, on passe à autre chose. Il n’est pas question de remettre en cause le système.

Quand le président méprise les pauvres, ceux qui se livrent à leur exploitation ont de beaux jours devant eux. S’ils sont pauvres, c’est qu’ils n’ont pas réussi et c’est dans l’ordre des choses, en République libérale. Ils sont nombreux ? Peu importe, ils ne votent pas !

Violences policières

William Bourdon est un brillant avocat qui a dédié sa vie à la défense des libertés ; cela lui a valu d’être vice-président de la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH), avant de fonder l’association Sherpa qui s’est donné pour mission de défendre les victimes de crimes commis par des opérateurs économiques. Avec l’un de ses associés, Vincent Brengarth, il vient de publier dans la collection Tracts de Gallimard un plaidoyer contre les violences policières en jetant les bases d’une réconciliation de la police et des citoyens (‘’Violences policières. Le devoir de réagir’’, Tracts, 45 pages, 3,90 €).

L’acte d’accusation est sans concession ; les remèdes proposés sont à mettre en débat. Si les deux avocats font le procès des violences physiques qui ont scandé le premier quinquennat d’Emmanuel Macron (gilets jaunes, manifestations syndicales, …), on doit déplorer des violences qui n’éborgnent pas, n’amputent pas une main ou une jambe, ne tuent pas, mais qui, plus insidieuses et psychologiques, sont intolérables, comme celle dont a été victime une jeune lycéenne de Gaillac.

A l’occasion d’un déplacement du président de la République (en campagne électorale pour dire tout le mal qu’il pensait du programme de la gauche unie, la NUPES), Laura, 18 ans, a osé l’interpeller, très poliment et sans agression verbale : « Vous mettez à la tête de l’État des hommes qui sont accusés de viol et de violences par les femmes, pourquoi ? » Macron a bredouillé quelques phrases, ce qui a amené la lycéenne à insister : « S’il vous plaît, monsieur, répondez-moi ».

La scène a été filmée et aussitôt mise sur les réseaux sociaux. Insupportable pour Macron. Qui a dû le faire savoir.

Le lendemain, quelques gendarmes, sans doute penauds d’avoir à agir de la sorte, sont allés sortir l’arrogante en plein cours pour la prier de les suivre. Comme une délinquante, passible des tribunaux et des geôles (qui n’ont plus rien de républicaines).

Imagine-t-on la stupeur de Laura, mais aussi des autres élèves, des professeurs, puis des parents d’élèves, puis de son entourage !

Laura, choquée, a confié « Ce n’est pas anodin d’être sortie de son cours pour être interrogée par la gendarmerie ».

La gendarmerie du Tarn a tenté de trouver une excuse : « Notre action visait simplement à prendre en compte cette personne, qui s’était présentée comme victime, pour lui proposer de recueillir une éventuelle plainte », prétextant que Laura avait confié avoir été victime d’une agression sexuelle il y a quatre ans.

Cependant la suite de ‘’l’entretien’’ ne laisse guère planer de doutes sur sa vraie nature : « Ils m’ont dit : « Vous n’auriez pas dû faire ça, il y avait d’autres façons d’interpeller le président, en lui écrivant, par exemple ».

Le ‘’Tract’’ de William Bourdon et Vincent Brengarth n’évoque pas ce cas, les faits s’étant déroulés après sa sortie ; mais l’interpellation de Laura, sortie de sa classe et encadrée comme une délinquante, est révélatrice de l’ensemble des maux que les violences policières révèlent et qu’il est urgent de solutionner pour que la France reste une démocratie.

La loi américaine

Les Etats-Unis, même sans Trump, sont insupportables ; ils s’érigent en maîtres du monde et imposent leur modèle économique et politique à des vassaux.

Disney veut punir la France et priver ses enfants de leur traditionnel dessin animé de Noël ; ‘’Strange World’’ sera diffusé dès la fin novembre sur la plateforme Disney+ et non dans les salles de cinéma. La directrice pour la France de The Walt Disney Company a osé déclarer aux Echos : « C’est la conséquence de la chronologie des médias pratiquée en France que nous jugeons inéquitable, contraignante et inadaptée (…) à l’évolution des modes de consommation des films. »

L’accord trouvé le 24 janvier dernier et rendu applicable par arrêté du 9 février ne sied pas à Disney, qui veut imposer « sa loi » ; la firme n’hésite pas à exercer un chantage honteux, comme le font régulièrement les autres plateformes numériques, Google ou Amazon à propos des droits d’auteurs. L’ultralibéralisme yankee ne tolère aucune entrave.

Les petits français ne seront pas privés pour autant ; les dessins animés français valent mieux que ceux de Disney et récoltent des récompenses dans tous les festivals, apportant la preuve que le Studio Disney n’est pas le centre du monde.

Alors, on se fout de Disney et vive le cinéma tricolore. Même si cela paraît franchouillard ! D’ailleurs, d’autres pays ont une fort belle production, eux aussi.

L’actualité nous offre un autre exemple du mépris des plateformes américaines pour leurs utilisateurs. Instagram, réseau de partage de photos et de vidéos, propriété de Facebook et de Mark Zuckerberg depuis 2012 (racheté pour 1 milliard de dollars), a modifié son algorithme en mai dernier pour donner la priorité aux images verticales, mais surtout aux vidéos. Sans prévenir ! Quelle suffisance…

Les reporters-photographes qui ont fait la réputation de la plateforme crient au scandale, mais Mark Zuckerberg n’en a cure. Il donne la priorité à ce qui rapporte le plus, surtout après ses déconvenues avec Facebook.

L’avis des professionnels de la photo vaut moins que le nombre de clics des internautes avides de vidéos, qui seront abreuvés de publicité accompagnant les images animées.

Tout pour les dollars, l’art et l’information à la poubelle. Les plateformes américaines ne sont que des pompes à fric, détournées de leur utilité sociale. On peut aisément les boycotter et entreprendre de se doter d’outils gratuits.

Macron, intangible !

Le président de la République et son gouvernement sont englués dans une situation qu’ils ont largement contribué à dégrader. L’inflation est au plus haut depuis plus de trente ans, les chiffres du chômage sont maquillés pour faire croire à sa baisse, de nombreux secteurs sont à la recherche de salariés. Mais, pendant ce temps-là, les grandes entreprises sont, elles, en bonne santé si on en croit les promesses de dividendes déjà annoncés. En revanche, de nombreuses petites entreprises de plus en plus dépendantes des commandes des grands groupes et les artisans sont à la recherche de solutions pour préserver activités et emplois.

En plein débat politique des législatives, Emmanuel Macron dit tout le mal qu’il pense du programme de la gauche réunie et distribue des chèques pour répondre au plus pressé, mais sans s’attaquer aux vrais problèmes.

Augmenter les salaires ? Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, supplie les patrons qui le peuvent de faire un effort. La réponse est immédiate : les demandes salariales sont difficiles à satisfaire ! Relocaliser les productions ? Un sondage publié par Les Echos est éloquent : 9 % des dirigeants seulement en parlent !

Ces mêmes patrons se lamentent : les recrutements sont de plus en plus difficiles et on se heurte à une pénurie de compétences ; mais qu’ont-ils fait en multipliant les plans dits sociaux et les dégraissages d’effectifs, parmi les plus compétents (mais pas seulement), tout au long des trente dernières années, en se privant de leur savoir-faire ?

C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron croit utile de recevoir les syndicats à la veille du premier tour des élections législatives ; le président de la République est inquiet en observant, en même temps, la recrudescence des revendications et la montée de la popularité des candidats de la gauche unie.

Après avoir ignoré les syndicats et en les discréditant, fait voter des lois anti-sociales et favorisé les grands groupes par une série de mesures ultralibérales, Emmanuel Macron changerait-il, comme il le prétend ? Son Conseil national de la refondation, détournant un sigle marqueur d’une vraie politique sociale, connaître-t-il un meilleur sort que la Convention citoyenne sur le climat ? On ne peut pas y croire quand on observe la composition de son gouvernement où tous les postes sensibles ont été confiés à des ultralibéraux, comme Elisabeth Borne, Bruno Le Maire ou Gérald Darmanin. On ne peut pas y croire après qu’il eut annoncé que la réforme des retraites sera bouclée en plein cœur de l’été, sans concertation. 

Les gesticulations pré-électorales de Macron sonnent faux. Il n’y a que Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT pour y croire. C’est un signe supplémentaire.

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