Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

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L’Odyssée de Christopher Nolan

Coïncidence, restons sur Télérama. La ‘’rubrique’’ (si on peut dire) La phrase (en gros caractères) interpelle le lecteur : « J’aurais honte d’avoir écrit la moindre phrase de ce scénario ». Signé : « Emily Wilson, traductrice de la version britannique de l’Odyssée dont s’est inspiré Christopher Nolan pour son film. Propos publiés dans la London Review of Books du 13 août 2026. »

En une seule phrase est-il possible que cette Emily Wilson puisse descendre en flammes le film de Nolan.

La curiosité m’a entraîné à rechercher sur Internet le site de la prestigieuse revue et l’article de ‘’la phrase’’ définitive. Puis de rechercher des renseignements sur cette Emily Wilson, une parfaite inconnue pour moi (et pour de nombreux lecteurs de Télérama, je suppose).

Emily Wilson est une universitaire anglo-américaine, enseignante à l’université de Pennsylvanie, où elle vit avec ses trois filles. Emily est également traductrice, de Sénèque et d’Euripide, mais aussi la première femme à traduire l’Odyssée en anglais.

La lecture de son très long article dans la London Review of Books est passionnante. Ses critiques sont acerbes et ne laissent aucun détail dans l’ombre. Et, effectivement, elle a bien écrit qu’elle aurait « honte d’avoir écrit la moindre phrase de ce scénario ».

Mais Emily ne s’arrête pas à cette seule critique ; elle reconnaît que « L’adaptation cinématographique par Christopher Nolan du poème antique d’Homère, un film d’action à 250 millions de dollars, est un divertissement idéal pour échapper à la chaleur étouffante pendant quelques heures » (Le film dure près de 3 heures). Elle dit même que « mes adolescents ont passé un excellent moment (…) C’est un spectacle audiovisuel familial, à l’image d’un feu d’artifice grandiose du 4 juillet ».

Cela dit, les critiques fusent : « L’Odyssée de Nolan est dépourvue de nombreux éléments qui font la grandeur du poème. Elle n’offre rien de convaincant sur le temps, la mémoire, l’histoire, la guerre, ni sur le lien entre le retour glorieux d’un guerrier et la vie de sa famille, de ses adversaires, de ses camarades, de ses amis et de ses voisins. Elle manque de profondeur psychologique, émotionnelle, politique et éthique. Sa structure narrative est artificielle. L’écriture est affreuse. Aucun des personnages n’a de motivation crédible pour ses actions ou ses paroles. Il n’y a pas de scènes de sexe, et toute la nourriture a l’air repoussante. »

Tout au long des 10 pages de l’article, Emily Wilson dissèque tous les personnages du film et elle critique même le choix du lieu de tournage, le Sahara occidental « normalisant ainsi la violence continue contre le peuple sahraoui autochtone ».

Pour conclure cet article fulgurant, Emily Wilson reconnaît que « À l’ère du streaming, cette épopée ramène les spectateurs dans les salles obscures. À une époque où l’alphabétisation est en déclin et où l’on annonce la « mort des humanités », les traductions de l’Odyssée, dont la mienne, s’arrachent. Certains de ceux qui achètent le livre ou vont voir Tom Holland au cinéma se tourneront peut-être vers l’étude du grec ancien. Le film convaincra peut-être quelques responsables d’universités de ne pas supprimer leurs départements de littérature, de langues et d’histoire. Nolan, qui a étudié l’anglais à l’University College London – où l’Odyssée figure toujours au programme de première année comme texte fondamental – fait tout son possible pour redonner le goût de la lecture au grand public, et je lui en suis reconnaissant. »

Autre coïncidence, je relis en ce moment le ‘’Tout Homère’’ (1250 pages) édité par Albin Michel et Les Belles Lettres et publié en 2019 avec les contributions d’une quinzaine d’hellénistes réputés. Lecture passionnante et jubilatoire qu’Emily Wilson ne renierait pas ; mais la traductrice m’a convaincu : je n’irai pas voir l’Odyssée de Christopher Nolan.

Le réveil de Samuel Gontier

Il me manquait : Samuel Gontier, le chroniqueur de Télérama (rubrique En différé), était en vacances. Sa rentrée ne passe pas inaperçue, surtout à la rédaction de France 2. Il s’est penché sur les journaux télévisés de la chaîne et son billet a réveillé mes neurones endormis par la canicule.

Le journaliste a remarqué en introduction que : « Faits divers en pagaille, balivernes technologiques, publireportage obséquieux, tourisme inconséquent et micros-trottoirs à foison : sur France 2, les journaux rivalisent de vacuité pendant l’été. »

Vacuité, c’est le moins qu’on puisse dire. Il passe en revue tous les sujets dits ‘’marronniers’’ habituels, mais il a réservé le meilleur à la fin de sa chronique. Qu’on en juge :

« Pour conclure, « un peu de fraîcheur. Direction la Côte d’Ivoire et la basilique Notre-Dame-de-la-Paix à Yamoussoukro. Sous son immense coupole, il fait 22 degrés seulement ». Contre, à l’extérieur, « 30 à 35 degrés toute l’année, précise un reporteur. Les fidèles en profitent pour prier au frais ». « C’est la fraîcheur de Dieu », assure l’un d’eux. Et celle « des kilomètres de machineries et de tuyaux » en sous-sol, « un système de refroidissement unique au monde qui utilise 24 000 mètres cubes d’eau, très gourmand en électricité ». Alléluia, « les fidèles dansent, mais pas une goutte de sueur. Il y a même une soufflerie intégrée dans les dossiers des sièges », admire le reporteur. Il évoque la construction « voulue par le président Félix Houphouët-Boigny » à la fin des années 1980 de cette « réplique de Saint-Pierre de Rome », « au milieu de nulle part ou presque ». Pas tout à fait : Yamoussoukro est le village natal du dictateur, où ila englouti une fortune pour édifier sa basilique, au point de contrarier le Vatican. Même si, finalement, « le pape Jean-Paul II en personne est venu consacrer l’édifice en 1990. Jacques Chirac était au premier rang ». Ainsi que Jacques Foccart, l’homme des basses œuvres de la Françafrique. Le reporteur célèbre « la plus grande superficie de vitraux au monde » et « des milliers de mètres carrés de marbre », insiste sur « le petit miracle de la fraîcheur dans ce lieu saint ». À la prochaine canicule, réservez un vol pour prendre le frais à Yamoussoukro. »

Faut-il s’inquiéter de ces moments de laisser-aller du service public ? Sans doute. Pourtant, il ne faudrait pas se tromper, droite, extrême droite et même centre, ne sont pas étrangers à ces errements. Ils sont le résultat des attaques permanentes contre le service public, son indépendance, son pluralisme, à coups de commission d’enquête et de restrictions budgétaires.

Samuel Gontier nous a réveillé et nous invite à refuser la bataille médiatique de Bolloré. L’audiovisuel public n’a jamais été autant nécessaire qu’aujourd’hui et plus encore que demain. Alors, continuons le combat.

Tan que Samuel Gontier peut écrire pour le fustiger, c’est que le service public est encore là. Demain, il sera trop tard.

Le cas Ben Gvir

Itamar Ben Gvir est ministre de la sécurité nationale israélien ; il est surtout un suprémaciste auquel Benyamin Netanyahu n’ose pas s’opposer pour éviter de finir ses jours en prison. 

Ben Gvir est surtout un être abject, dont le racisme envers le peuple palestinien dépasse l’entendement.

Il vient de s’illustrer une nouvelle fois au prétexte d’une prétendue baisse des opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza :

« Je pense que des éliminations ciblées devraient être menées. Chaque nuit à Gaza en descendre 30 ou 40. Pas seulement ceux qui te mettent en danger à ce moment-là. Non, il y a là-bas des gens qui ne devraient pas être en vie, qui ne méritent pas de vivre. Je leur fais déjà un compliment en les qualifiant d’êtres humains. Ce ne sont même pas des êtres humains. »

Il a osé ajouter : « Je considère que toute la bande de Gaza nous appartient. »

Dans une démocratie, un tel homme n’aurait jamais dû devenir ministre ; mais en Israël, aujourd’hui, le racisme n’est plus un crime, c’est devenu la norme vis-à-vis des pauvres Palestiniens. Le silence de Netanyahu n’en apporte-t-il pas la preuve ?

Quand les démocraties (ou prétendues telles) agiront-elles pour stopper ces assassins qui autorisent les crimes quotidiens non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie.

Il faut stopper le génocide des Palestiniens ; il faut juger un gouvernement israélien engagé dans la surenchère mortifère et répondre à l’appel de ses victimes car Ben Gvir n’est pas un malade, isolé dans son pays et dans son pouvoir.

Pour la Palestine et son peuple

Vincent Lemire, historien, signe une remarquable tribune dans le Monde : « En Cisjordanie, c’est bien l’inaction des gouvernements occidentaux qui permet à la violence de se déchaîner ».

Elle doit être relayée pour participer, chacun à son niveau, au mouvement  de fond visant à stopper le génocide du peuple palestinien.

Elle mériterait d’être reprise en totalité ; j’en ai choisi des extraits :

« Trois mots surgissent pour décrire les sentiments qui nous assaillent face au nettoyage ethnique en cours en Palestine : le dégoût, la colère et la honte. Le dégoût, d’abord, face à l’horreur des scènes de pillage et de meurtre qui se sont multipliées en Cisjordanie ces deux derniers mois, dans le silence de la communauté internationale (…) Chaque année, au cœur de l’été, quand les diplomates occidentaux sont en congé, la souffrance des Palestiniens redouble, dans un mutisme assourdissant. Pendant les vacances, les massacres continuent. Cet été atteint des sommets, au point que même l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Mike Huckabee, s’en est ému. Alors que, depuis dimanche 9 août, des colons ont installé leurs tentes dans la cour de maisons palestiniennes à Qusra, y enfermant 15 personnes – dont des enfants – privées d’eau, d’électricité, de nourriture et de médicaments, M. Huckabee a dénoncé, jeudi 13 août, un « acte de terreur » (…) Le deuxième sentiment qui surgit, c’est la colère, parce que ces scènes d’une violence écœurante sont tout sauf des dérapages isolés. Elles participent d’une stratégie de terreur désormais assumée par les colons et couverte par l’armée (…) Notre ressenti ne nous trompe pas : nous assistons, sidérés, à un déchaînement de violence absolument inédit (…) Après le dégoût et la colère, c’est la honte qui nous envahit. Le mot est fort, mais il est aujourd’hui fréquemment utilisé par les Israéliens eux-mêmes. Tamir Pardo, ancien directeur du Mossad de 2011 à 2016, déclarait, en avril, après avoir visité des villages palestiniens attaqués : « Ma mère a survécu à la Shoah, et ce que j’ai vu m’a rappelé ce qui est arrivé aux juifs au siècle dernier. Ce que j’ai vu m’a fait honte d’être juif. » Cependant, il n’y a aucune raison pour que la honte repose sur les seules consciences juives et israéliennes, car c’est bien l’inaction des gouvernements occidentaux qui permet à cette violence de se déchaîner (…) Sans remonter aux origines du conflit, on doit constater qu’Emmanuel Macron est tout particulièrement comptable de la situation actuelle, car c’est lui qui, il y a un an, a pris la tête d’une initiative diplomatique ayant abouti à la reconnaissance de l’Etat de Palestine par plusieurs membres du G7 et du Conseil de sécurité de l’ONU. Peut-on reconnaître un Etat et laisser ses citoyens se faire assassiner ? Cette reconnaissance était-elle donc un geste sans lendemain, pour solde de tout compte ? Cet été, à quel moment a-t-on entendu l’exécutif français évoquer la situation en Israël et en Palestine ? (…) Il faut que la France se joigne aux pays qui demandent la suspension du volet commercial de cet accord [la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Slovénie et la Suède] au titre de son article 2 sur le respect des droits humains.

Il faut aussi s’adresser directement aux électeurs israéliens. Aujourd’hui, tous bénéficient d’une exemption de visa dans l’espace Schengen, y compris les soldats coupables de crimes de guerre, tandis que de plus en plus de chercheurs et de journalistes européens sont refoulés aux frontières d’Israël (…) Enfin, dans la perspective des élections législatives palestiniennes de novembre et de la présidentielle de début 2027, la France doit prendre la tête d’une coalition internationale pour réclamer la libération du grand favori des sondages, le leader du Fatah, Marwan Barghouti, détenu en Israël depuis 2002. Sans lui, ces élections seront nulles et non avenues, car vidées de toute signification. Aucune chance que cette demande soit suivie d’effet avec le gouvernement suprémaciste au pouvoir en Israël. Mais, si les Israéliens choisissent d’échapper à l’abîme en octobre, la future coalition aura à cœur de renouer avec ses partenaires européens. L’exigence d’une libération de Marwan Barghouti devra alors être une condition minimale pour relancer le dialogue. Le dégoût, la colère et la honte nourrissent la déploration et la défiance. Il faut de toute urgence en faire un levier d’action. »

Merci M. Lemire pour cette tribune qui doit dessiller les yeux de ceux qui ne veulent rien voir, rien entendre, rien faire pour un peuple en voie d’extermination par quelques suprémacistes juifs, qui renient leur histoire.

Les méfaits de la canicule

Les politiques souffrent de la canicule et, à les écouter, les dégâts sur leurs facultés mentales s’aggravent.

Donald Trump, dont l’état inquiétait gravement, est le plus touché : après avoir menacé l’Iran de destruction totale (avant de se rétracter) il vient de s’en prendre à un allié, le sultanat d’Oman, en termes grossiers : « Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule. » Une saillie digne du personnage.

En revanche, il ne dit mot sur les exactions des Israéliens en Cisjordanie, à Gaza ou au Liban. Ses neurones atteints provoquent chez lui des pertes de mémoire.

En France, quand la forêt brûle (et avec elle des villages), le président s’en va à Brégançon faire du jet-ski. Quel mépris. Il laisse ses ministres et, parmi eux, le premier, affronter la colère bien justifiée des citoyens qui ont tout perdu dans ces incendies.

Sébastien Lecornu a été hué à Le Plogue par des habitants exaspérés et c’est le moment choisi par Macron pour faire ‘’fuiter’’ son choix pour la prochaine élection présidentielle, à savoir le valeureux Lecornu. Quel flair politique. 

Nul doute que cette candidature fera l’unanimité chez les pompiers, les agriculteurs, les soignants, les enseignants, etc. après les annonces de rabotages des pensions de retraites, de l’augmentation des impôts et de la discussion pour revoir une politique sociale trop généreuse.

Quant à Marine Le Pen, la candidate condamnée par la justice, elle ressort son projet de révision de la Constitution pour renvoyer les immigrés dans leurs pays d’origine et renforcer les mesures policières et judiciaires, alors que la France attend des mesures écologiques pour stopper le réchauffement climatique.

C’est à croire que les dirigeants de la planète se sont trop exposés au soleil et que leurs facultés cognitives ont été altérées par la canicule pour être ainsi hors-sol.

Les veaux devenus adultes

Charles De Gaulle a souvent répété que « les Français sont des veaux. » Preuve de sa suffisance et, on peut le dire, de son mépris pour le peuple.

Plus de cinquante plus tard, les petits héritiers du général n’ont pas varié : ils n’éprouvent de sympathie que pour les ultra-riches.

C’est le sentiment que j’éprouve quand je lis dans les gazettes les propositions de l’inspection des finances (IGF) et de l’inspection des affaires sociales (IGAS) adressées au gouvernement pour faire des économies sur les politiques familiales. Tout y passe : aide personnalisée au logement (APL), allocations familiales, impôts, retraites doivent être réformées et font partie de dix « mesures d’efficience prioritaires » à mettre en œuvre dès 2027.

La manœuvre est grossière : on demande un rapport à la haute administration dont on connaît par avance les propositions ; ainsi le gouvernement peut de cacher derrière un rapport qui apparaît comme irréfutable.

Dans le viseur du pouvoir macroniste également, les compléments de revenus versés à certains fonctionnaires. Quand la grogne de la fonction publique monte et demande des revalorisations de salaires, président et ministres laissent à croire que les dits fonctionnaires sont des privilégiés et bénéficient de primes et indemnités de toutes sortes.

Autrement dit, nos gouvernants d’aujourd’hui pensent comme De Gaulle, mais évitent de la proclamer trop fort.

Les revendications des agriculteurs, éleveurs, maraîchers, pompiers, enseignants, étudiants, soignants et salariés du privé se ressemblent. Preuves qu’ils ne sont pas des veaux, ils savent que l’argent coule à flot chez les ultra-riches qui ne paient pas d’impôts, mais bénéficient de multiples aides de l’Etat. Ils ont lu les libelles de Gabriel Zucman, de l’Observatoire des multinationales, etc. 

Il arrive un jour où les veaux deviennent adultes ; De Gaulle en a fait la cruelle expérience (pour lui). Et si c’était au tour de Macron (et du patronat) de devoir affronter la révolte des veaux, devenus de féroces taureaux.

Infantino, encore

Gianni Infantino n’en finit pas de meubler l’actualité.

Après son séjour au Maroc aux côtés du roi, il s’est rendu à Cali pour la cérémonie d’investiture du nouveau président de la Colombie, Abelardo de la Espriella. En soi, la nouvelle est surprenante ; jamais un président de la Fédération internationale de football n’a été invité à une telle manifestation. Alors, pourquoi cette grande première ? Sans doute parce que le nouveau président colombien est un représentant de l’extrême droite, mais aussi un ami de Donald Trump.

Infantino n’a pas mesuré à quel point il est sous le feu des critiques ; sa présence à Cali est décriée.

D’autres griefs lui sont adressés, malgré ses dénégations. Il serait impliqué dans une affaire où il aurait versé une indemnité de départ à 6 chiffres à une employée de l’UEFA avec laquelle il entretenait une relation durant son mandat de secrétaire général de la fédération européenne. En outre, l’organisation aurait pris à sa charge les frais des études de conversion de l’intéressée.

Le dossier d’accusation de Gianni Infantino prend de l’ampleur.

Les footballeurs amateurs qui ont du mal à se payer des équipements et des ballons apprécieront les largesses d’Infantino, président de tous les footballeurs.

Le retour des nationalisations

Le Monde constate « le retour des nationalisations d’entreprises » et précise en sous-titre que « un grand nombre d’Etats tentent de reprendre le contrôle de secteurs jugés essentiels à leur souveraineté ».

Les raisons de ce retour en arrière salutaire, le Monde est allé le chercher en Inde, où, constate un chroniqueur, « « la gestion des services publics par le privé semble avoir échoué, et l’opinion publique est désormais largement favorable à ce que les Etats en reprennent le contrôle ». Le journaliste du Monde ajoute que « l’Inde a découvert, quatre décennies plus tard, que le secteur privé ne garantissait pas, à lui seul, la transparence ou l’efficacité, avec des affaires de manipulation de cours boursiers secouant régulièrement ses marchés financiers. » Découverte tardive, puisqu’il s’agit de la maladie originelle du capitalisme. 

Si les Etats-Unis de Trump ne restent pas en marge de ce courant, l’exemple le plus symbolique, le quotidien le trouve en Grande-Bretagne où le sidérurgiste British Steel, nationalisé par la trop célèbre Margaret Thatcher en 1988, vient d’être renationalisé le 16 juillet dernier, « pour garantir l’avenir de la production d’acier au Royaume-Uni, protéger des emplois qualifiés et préserver une capacité nationale vitale ». Le nouveau premier ministre, Andy Burnham, a même évoqué la reprise de contrôle de l’eau, du logement, de l’énergie et des transports. 

En Italie aussi, Arcelor Mittal a été placé sous tutelle, rappelle le quotidien vespéral. Il n’y a donc que la France où Macron, Lecornu, la droite et l’extrême droite font front commun pour ne pas nationaliser la branche française d’Arcelor Mittal. Au risque de voir le groupe disparaître de l’Hexagone.

Avons-nous, en France, le président, le gouvernement et les partis de droite les plus bêtes du monde ? La réponse est dans la question !

Le coût de la vie augmente, le chômage remonte sérieusement, la dette enfle, le bâtiment est à l’agonie, comme l’agriculture. Et la forêt brûle. Le constat mériterait une réflexion approfondie sur les mesures à adopter d’urgence pour que le pays retrouve son dynamisme en produisant des richesses, avec un contrat social progressiste (dont des salaires revalorisés et égaux pour toutes et tous).

Se détourner de ce mouvement mondial n’est pas un signe de grande intelligence. Ceux qui gouvernent la France aujourd’hui font la preuve de leur volonté de ne pas changer de politique économique pour le plus grand profit des grands groupes. Quitte à abandonner son peuple dans une misère galopante.

En fait

La langue française est une langue vivante ; c’est-à-dire qu’elle s’enrichit chaque jour de mots nouveaux ou d’expressions nouvelles. Les mots nouveaux en chassent d’autres, tombant en désuétude ; on ne parle plus aujourd’hui comme on parlait du temps de Molière. C’est heureux ; cependant la langue française reste belle.

La langue française a aussi des modes ; il suffit qu’un groupe utilise une expression pour qu’elle soit reprise très largement. Il a suffi que les météorologues emploient les mots de ‘’dôme de chaleur’’ pour qu’ils soient largement relayés, (notamment par journalistes météo sur les chaînes de télévision) sans en donner les explications scientifiques. Alors, va pour dôme de chaleur, ressassé chaque jour.

Il faut une période relativement récente où on utilisait la préposition ‘’voilà’’ à tout propos (et hors de sa signification), puis Emmanuel Macron a mis l’expression ‘’et donc’’ (sans virgule) à la mode en l’utilisant largement dans ses discours.

Aujourd’hui, c’est la locution adverbiale ‘’en fait’’ qui fait fureur (jusqu’à l’exaspération).

En se plongeant dans le dictionnaire de l’Académie française, on apprend qu’il s’agit d’un tic de langage :

« La locution adverbiale En fait signifie « réellement, vraiment » et « contrairement aux apparences » : c’est le sens qu’elle a dans des phrases comme « Il est en fait maître du pays » ou « La Confédération helvétique est en fait une fédération ». Un regrettable tic de langage se répand qui consiste à l’employer en lieu et place de la conjonction de coordination mais, voire à employer les deux à la fois. Il convient d’éviter cette confusion et de conserver à la locution en fait son sens plein. »

Il n’y a rien de pire que les tics de langage. Alors, essayons de les abandonner. Sans remettre en cause la vitalité de la langue française.

Infantino et l’ubérisation

Gianni Infantino est obséquieux avec les gens de pouvoir ; on l’avait vu décerner avec empressement un prix de la FIFA pour la paix à un Donald Trump qui n’en demandait pas tant, puis s’afficher avec le Guignol de la Maison Blanche lors de la remise de la coupe du monde de football.

Et voilà qu’il récidive à l’occasion de la Fête du Trône, où il a déclaré que le Maroc est le plus beau pays du monde, au moment même où 60 000 jeunes Marocains tentaient d’accoster à Ceuta pour fuir un régime dictatorial où la pauvreté est extrême. Infantino pratique l’art du contre-pied, à moins qu’il ne s’agisse plutôt d’une dose d’imbécillité rarement atteinte par un personnage de haut rang. 

On attendait un peu plus de retenue d’un président désavoué par les fédérations nationales du football, européennes, asiatiques ou américaines.

Gianni Infantino n’emprunte sans doute pas les lignes aériennes d’easyjet, sinon il aurait évité une nouvelle bévue.

Les gazettes nous informent que la compagnie britannique à bas coût, immatriculée à Jersey, a ouvert récemment une nouvelle base au Maroc, en se détournant du droit européen pour optimiser ses marges, donc ses bénéfices. Les pilotes, une soixantaine, se voient imposer des contrats d’auto-entrepreneurs, ‘’recrutés’’ par une société sous-traitante, Storm Aviation, basée, elle, en Irlande.

Les syndicats de pilotes ont dénoncé ce montage qui, disent-ils, « reporte sur les pilotes les risques sociaux et financiers tout en conservant un contrôle opérationnel ».

Le Maroc est vraiment le plus beau pays du monde pour les capitalistes. Quant à Infantino, il n’a aucun avis ni sur la pauvreté, ni sur les pratiques des compagnie low cost au Maroc.

Sur la crise de Ceuta

Le roi du Maroc, Mohammed VI, a célébré la Fête du Trône à M’diq, station chic sur les bords de la Méditerranée devant un parterre de dignitaires et de personnalités, y compris l’inénarrable Gianni Infantino qui a cru intelligent de vanter « le plus beau pays du monde ».

Au même moment, à quelques kilomètres de M’diq, 50 000 jeunes Marocains se jetaient à l’eau pour tenter de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta. Ce qui fait écrire au Monde : « la réalité a fini par rattraper la monarchie marocaine et sa célébration annuelle – la Fête du trône –, sans que ni le palais royal ni le gouvernement réagissent officiellement. Vendredi, les conseillers du monarque, ses ministres, l’armée et les représentants de toutes les régions du royaume ont prêté allégeance à Mohammed VI, comme si de rien n’était. Autour de Ceuta, le décompte de ceux qui sont morts en mer ne cesse pourtant d’augmenter, le nombre de noyés atteignant au moins 34, selon un dernier bilan des autorités locales, vendredi soir. »

Dans un éditorial, le quotidien vespéral dénonce responsables politiques de droite et d’extrême droite qui « se sont précipités sur les images provenant de l’enclave espagnole située au nord du Maroc pour dénoncer l’imminence d’une vague migratoire et le danger que faisait peser la politique du gouvernement de Pedro Sanchez sur l’Europe. Sans jamais s’embarrasser des faits. » Et de poursuivre : « La crise de Ceuta a ainsi été le révélateur d’un réflexe d’instrumentalisation et de division, là où la gravité et la réalité de la question de l’immigration exigeraient au contraire solidarité et unité. La mutation d’un monde caractérisé par la circulation effrénée des biens et les déplacements de populations provoqués par les guerres, les crises économiques et les effets du dérèglement climatique, de même que la réalité des « hivers » démographiques occidentaux, font que ce sujet va continuer à tarauder les opinions pour longtemps. Raison de plus pour tenter d’y répondre par la raison et le sang-froid plutôt que par une hystérisation populiste qui ne conduit nulle part. »

Honte à ceux qui, aux côtés de Giorgia Meloni, refusent de condamner « les inégalités, l’absence de justice et le trop peu de libertés individuelles qui sont pointés du doigt. » Honte aux médias qui refusent de voir au-delà des faits et se joignent à l’extrême droite.

Abonnez-vous

« TotalEnergies vient d’enregistrer 11,2 milliards de dollars de profits au cours des 6 premiers mois de 2026, soit une hausse de 72% sur un an, profitant à plein de l’envolée des prix du pétrole consécutive à la guerre en Iran. Alors que le débat sur ses maigres contributions fiscales s’intensifie – TotalEnergies ne paie pas ou presque d’impôt sur les sociétés en France – l’entreprise vient de publier un communiqué affirmant qu’elle ne délocalise pas ses profits dans des paradis fiscaux. »

Gabriel Zucman est économiste, professeur à l’École normale supérieure et à l’Université de Berkeley (Californie). Il dirige l’Observatoire international de la fiscalité. Ses recherches portent sur l’accumulation, la répartition et la taxation des fortunes, dans une perspective historique et mondiale.

Il publie une newsletter hebdomadaire dans laquelle il fait œuvre pédagogique pour dénoncer, notamment, tous les artifices des grandes comme TotalEnergie pour ne pas payer d’impôts en France. Ici, je n’en publie que l’introduction.

Mieux comprendre les finances publiques, l’évasion fiscale, les paradis fiscaux et l’enrichissement des milliardaires grâce à Gabriel Zucman, c’est gratuit et passionnant.

Pour s’abonner, une seule adresse : gabrielzucman@substack.com

Les corrompus

L’ami de Trump, Gianni Infantino, a le sens des affaires et d’une certaine forme d’amitié. Il vient d’avouer qu’il avait le projet de vendre des parts de la Coupe de football de football à des investisseurs privés. Et, comme par hasard, le principal investisseur n’est autre que le frère du gendre de Trump.

On savait la famille Trump portée sur la prévarication, mais que le président de la FIFA se joigne à ses affaires délictueuses est osé.

La fronde s’organise ; en effet, vendre la Coupe du monde à des fonds privés, avides de dividendes, est un projet lourd de dangers.

On comprend mieux aujourd’hui les attitudes d’Infantino en direction de Trump avant et durant le déroulement de la compétition. Les deux hommes, aussi corrompus l’un que l’autres, se sont rejoints pour accaparer le jeu de football et en faire une machine à cash.

Décidément, la planète doit s’extirper du monde de la finance. Vite.

Les girouettes

Mathieu Lefèvre est ministre délégué à la transition écologique. Ah, bon ! On l’a peu entendu jusque-là. Mais les feux dantesques lui ont permis de se montrer ; il a perdu une occasion de se taire.

Sur Franceinfo, le 28 juillet, le prétendu ministre ose déclarer en direction de ceux qui critiquent le manque de moyens des pompiers : « Les mêmes qui ont refusé de voter les augmentations budgétaires viennent aujourd’hui dire qu’elles ne sont pas assez importantes. »

Le prétendu ministre, donc, a sans doute ‘’oublié’’ qu’il a été député et qu’en commission des finances le 21 octobre 2022 il avait rejeté un amendement visant à octroyer des moyens supplémentaires aux soldats du feu.

Au cours de la même séance de la commission des finances, le député macroniste Thomas Cazenave (qui n’était pas encore maire de Bordeaux) avait alors rejoint le ministre délégué pour refuser toute augmentation du budget.

Ce deux hommes, élus du peuple, ont un curieux sens des affaires publiques et, surtout, un manque certain de flair et de prévoyance.

Aujourd’hui, ils sont rattrapés par les feux de forêts et tentent de donner des leçons en pratiquant le mensonge. Heureusement, les débats parlementaires sont archivés pour démentir leur posture actuelle.

Le vent attise les feux et fait tourner les girouettes.

L’écrivain et le missionnaire

Le numéro spécial d’été de Télérama est consacré à ‘’l’audace espagnole’’ ; son contenu est riche de découvertes. Parmi elles, un long entretien avec Javier Cercas, l’un des écrivains hispanophones les plus célèbres.

L’homme n’est pas moins passionnant que l’écrivain. L’entretien prête donc à la réflexion la plus profonde. Javier Cercas avait eu l’honneur d’accompagner le pape François en Mongolie et de rencontrer sœur Francesca, une missionnaire. Le journaliste Gilles Heuré a eu la formidable idée d’interroger Cercas sur le rôle d’un autre missionnaire, l’écrivain, pour inciter les gens à lire et à réfléchir.

La réponse qui ne s’invente pas m’a entraîné dans une très longue réflexion :

« Charles Péguy disait que le plus contraire à l’esprit bourgeois, c’est le christianisme. Ça m’a rendu le christianisme sympathique, alors que je le détestais. Qui incarne cet esprit antibourgeois ? Les missionnaires, qui ont accepté et assumé le radicalisme du vrai christianisme. Et c’est une évidence : il n’y a pas de véritable écrivain sans cette radicalité. Il doit aller au bout de l’inconnu pour y trouver du nouveau, tout donner, s’investir complètement, dans chaque phrase. Comme personne, je peux être plus ou moins courageux. Mais comme écrivain, je ne dois pas être lâche : m’engager complètement, du point de vue personnel et moral. Tout récemment, j’ai compris que tous les héros purs de mes livres sans des communistes, bien que ne l’ayant jamais été moi-même. Pourquoi ? Parce qu’en Espagne ou dans la Résistance en France, ils ont été des gens extraordinaires, puis ont lutté contre le franquisme pendant quarante ans. L’idée de l’intégrité morale est associée aux écrivains et, peut-être aussi, dans mon inconscient, aux communistes. » 

Sans commentaire. Si cet entretien avec Javier Cercas pouvait inciter les gens à lire et à réfléchir, nous n’aurions plus à redouter l’arrivée au pouvoir du RN !

Lourd bilan

En 2020, les Français avaient été invités à ouvrir leurs fenêtres entre 19 et 20 heures et à applaudir pour remercier le personnel soignant confronté à la pandémie du coronavirus. Les citoyens ne découvraient pas le courage des soignants, mais ils voulaient manifester une solidarité élémentaire mais juste.

En 2026, aucun appel n’a été lancé pour remercier les pompiers qui luttent contre les pires feux de forêts. Pourtant, les pompiers le mériteraient bien, car leur bilan est, hélas, très lourd. Rien qu’en Gironde, on compte deux morts, Anthony et Wilfried, piégés dans un véhicule d’intervention à proximité de Mérignac, et 84 blessés, dont plusieurs ont dû être hospitalisés, dans leur lutte contre l’enfer du cap Ferret.

Ces pompiers sont admirables de courage. Depuis des années ils dénoncent les manques de moyens, humains et matériels, mais ils n’’abandonnent rien.

Ils dorment de manière précaire et ils repartent à l’assaut des flammes pour tenter de sauver chaque maison.

Soignants et pompiers peuvent être réunis dans les mêmes louanges ; au-delà des remerciements, ils sont les premiers à dénoncer un système qui ne peut plus durer, c’est-à-dire l’abandon des services publics les plus nécessaires à la vie.

Alors, applaudissons aussi les pompiers pour que le lourd bilan d’aujourd’hui serve à changer ce capitalisme où seuls les ultra-riches sont à l’abri.

Mensonge d’Etat

J’ai honte pour eux ; mais eux n’ont pas honte. Qui sont ces ‘’eux’’ ? Les politiques qui se sont succédés aux affaires de l’Etat en faisant du néolibéralisme le dogme absolu et définitif depuis 50 ans.

Ils ont mis le pays en péril en asphyxiant tous les services publics, c’est-à-dire l’école, les hôpitaux, les transports, la sécurité, etc.

Ils ont adapté les lois aux ‘’besoins’’ des grands groupes multinationaux, dirigés par des ultra-riches méprisant le peuple : réduction incroyable de l’impôt sur les sociétés, crédit-impôt à la recherche sans contrôle, évasion fiscale, etc.

Ils ont même démantelé les services publics jugés rentables pour les privatiser au seul bénéfice des grands groupes (encore eux).

Résultat, le pays s’endette et la vie est de plus en plus difficile pour ceux qui n’ont que leurs mains ou leur cerveau à offrir aux grands groupes en contrepartie d’un maigre salaire (puis d’une pension de retraite famélique).

Ce qui reste de services publics est à l’agonie et on en a la démonstration avec la succession de feux de forêts d’un été caniculaire.

Les pompiers ne cessent de dénoncer le manque de moyens et le gouvernement en est réduit à une pitoyable campagne de communication en vantant les mérites de l’A400 transformé en porteur d’eau. Par ce subterfuge, ils tentent de cacher l’état lamentable des ‘’Canadair’’ encore en état de voler.

Le mensonge est gros, mais c’est la seule réponse aux critiques qui montent de toutes parts face à la pire catastrophe de ces dernières années, qui détruit les forêts, les habitations en entraînant un déplacement de population comme le pays n’en avait jamais vu.

Les pompiers, formidables de dévouement et d’abnégation, sont harassés pendant que le président de la République et le gouvernement multiplient les réunions dérisoires. Autour des ‘’soldats du feu’’, la solidarité s’organise et force l’admiration pour venir en aide aux déplacés, sans relais adaptés aux besoins au niveau de l’Etat.

Les forêts brûlent, d’innombrables maisons aussi et j’ai honte pour ceux qui sont censés gouverner (donc prévoir). Eux n’ont pas honte : ils continuent à mentir au peuple.

Coïncidences

Qu’il est donc difficile de réduire la dette, rétablir l’équilibre budgétaire sans mettre les ultra-riches à contribution. Surtout quand on se déclare néolibéral et ‘’pro-business’’

Alors, Sébastien Lecornu se torture les méninges et sort tous les artifices. C’est ainsi qu’il a (télé)commandé un rapport à la mission sur la transparence de la vie publique (c’est osé !), dont on connaissait les recommandations avant même sa publication : il faut prendre l’argent dans les poches des pauvres.

Alors, les missionnés n’avaient pour tâche que de trouver de nouveaux arguments pour enrober de nouvelles mesures autoritaires et austéritaires. Rien de nouveau, donc, ils sont partis du postulat que le redressement des finances publiques ne pourra se faire qu’en réduisant les dépenses de santé. L’argument est éculé ? Peu importe, on le reprend et on orchestre, au creux de l’été, une campagne de communication pour tromper le gogo.

Et à qui s’adresse le premier ministre pour lancer son opération ? A Paris Match, le magazine des ‘’people’’ propriété de Bernard Arnault qui s’arc-boute sur sa fortune et refuse de payer les impôts sur la fortune. Lecornu propose de réduire les remboursements pour ceux qui seraient de gros consommateurs de médicaments et de visites médicales. Lecornu ne s’arrête pas là : il prétend aussi s’en prendre aux pensions des retraités.

Malades et retraités pourront remercier le milliardaire de LVMH qui vole au secours d’une gouvernement (et d’un président) méprisant qui préfère une nouvelle fois les pages glacées de Paris Match aux débats au Parlement.

Il n’y a aucune coïncidence, le gouvernement (et le président) ne peut rien refuser à Bernard Arnault et vice versa.

Comme l’écrit un confrère journaliste, « Cette proposition s’inscrit, selon le locataire de Matignon, dans l’engagement de « réformes structurelles, même modestes » dans le prochain budget qu’il espère faire adopter « dans l’hiver », pour réduire un déficit « préoccupant » ».

A quelques mois des élections, on s’en rappellera !

Le bilan

Après la fièvre de la coupe du monde de football et malgré le Tour de France, l’actualité a repris son cours. Dramatique quand la forêt brûle et que des pompiers laissent leur vie dans les brasiers parfois (souvent ?) volontaires.

L’actualité est donc dramatique et le gouvernement, lui, est pathétique. Il profite des vacances bien gagnée des salariés pour perpétrer de sales coups politiques, qui mettent à mal la devise républicaine, Liberté, Egalité, Fraternité.

La tonalité est donnée par la nomination du sénateur Républicain François-Noël Buffet comme Défenseur des droits. Confier la mission de protection des droits et libertés des citoyens à un horrible réactionnaire qui a pris position contre le mariage pour tous, l’avortement et l’aide médicale d’Etat pour les étrangers est un signe qui ne trompe pas : la fin de règne de Macron est très à droite.

Autre signe qui ne trompe pas : le rapport sénatorial, qui a mis au jour des aides de 211 milliards aux grands groupes sans contrôle ni contrepartie, est balayé et mis au plus profond d’un tiroir par un contre-rapport commandé au Haut-Commissariat à la stratégie et au Plan et largement inspiré par le patronat.

Les scandales s’enchaînent.

Le Parlement a voté le projet de loi d’urgence agricole qui comporte notamment la réintroduction, à titre dérogatoire, de certains pesticides autorisés dans l’Union européenne mais interdits en France. Le texte prévoit la possibilité donnée à l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) de réintroduire sous condition l’acétamipride et le flupyradifurone pour les filières des noisettes et de la betterave. Les deux pesticides avaient été interdits en 2016.

La ministre chargée de l’environnement, Monique Barbut (ex-présidente du WWF) a aussitôt présenté sa démission, aussitôt refusée par Macron. Encore une ministre aux ordres et peu ferme sur les principes. Question d’habitude avec la droite !

Gouvernement et droite du Parlement marchent de concert. Le premier présente un projet de loi, fourre-tout dit Ripost (Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public) qui introduit de nouvelles formes de répression dans la société. On mélange tout, rave-parties, protoxyde d’azote, trafic de stupéfiants, meublés touristiques, etc. Résultat : l’État ne protège plus, il contrôle ; il ne prévient plus, il sanctionne, comme fait remarquer Ian Brossat, sénateur communiste.

Enfin, cerise sur le gâteau, les députés ont classé la pétition citoyenne contre la présomption d’usage légitime (sic) des armes par les forces de l’ordre ; elle avait recueilli quand même plus de 700 000 signatures. Réponse des députés de droite : poubelle. Pauvre démocratie.

Les motifs de s’alarmer sur l’état de la démocratie en France sont alarmants. Marine Le Pen, la condamnée, si elle est élue en 2027, pourra instaurer un régime autoritaire et répressif ; elle aura tous les textes à sa disposition.

Au jour d’aujourd’hui, un seul motif de satisfaction à côté de ces vilénies : le ministère de la culture a annoncé la levée du gel de 13 % de la subvention 2026 à vingt-huit opéras, orchestres et théâtres, parmi les plus soutenus du secteur.

Le soulagement des milieux de la culture est évident. Mais personne ne crie victoire, malgré une décision qui doit beaucoup aux mobilisations. 

L’intersyndicale, en effet, tempère l’annonce, à l’image de la CGT Spectacle qui fait remarquer que « La ministre de la Culture va juste donner à ces vingt-huit structures ce pour quoi le ministère s’était engagé sur 2026.Nous n’avons pas de réponses quant à notre demande de refinancement du dispositif d’aide à l’emploi pérenne dans le secteur, et la loi de finance 2027 reste un sujet d’inquiétude. Il manque enfin des millions d’euros sur la culture dans les collectivités, ce qui provoque une énorme crise de la diffusion. »

La France est malade du néolibéralisme et d’une politique au service des seuls grands groupes multinationaux. Et Emmanuel Macron aura été le pire président de la Ve République pour les salariés ; seuls les patrons pourront apprécier son bilan.

Et le journaliste courageux

Les journalistes ont été assez discrets dans leurs commentaires pour fustiger ‘’la’’ coupe du monde du tandem Trump-Infantino. En direct, David Lemos, envoyé spécial de la Radio-Télévision Suisse (RTS), a eu le courage de dénoncer les travers de la compétition au moment de la remise du trophée au capitaine espagnol. Le moment est si rare que je publie ses paroles :

« C’était la Coupe du monde sans aucun doute la plus mercantile de l’histoire, l’une des plus politisées aussi. (…) Nous n’oublierons pas, même si les stades étaient pleins, les prix qu’ont dû payer les personnes qui n’ont pas des moyens considérables pour leur passion, pour le football, passion qui les dévore. Parfois sans pouvoir au final ne serait-ce qu’entrer dans le pays si leur nationalité n’était pas la bonne. Qu’ils soient fans, journalistes, arbitres parfois, comme le Somalien Omar Artan (…) On pense aussi au traitement inacceptable de l’équipe d’Iran, qui n’a pas pu défendre ses chances correctement dans ce tournoi. On pense également au cas Balogun. (…) On aura vu un président se vanter d’avoir appelé le président de la FIFA pour faire annuler une suspension d’un joueur. Une politique qui s’est immiscée au cœur du jeu, alors que la FIFA dit vouloir la mettre au-dessus de tout. Bah visiblement, c’est jusqu’à un certain point (…) Une Coupe du monde qui aura aussi vu tous ses matches se disputer en quatre quart-temps et sa finale connaître une mi-temps de près de 30 minutes. Comme l’a dit Alain Berset ces dernières heures, et on va le dire malgré les feux d’artifice : ‹la crise a deux noms : l’argent et le pouvoir (…) Il y a aujourd’hui pour beaucoup une crise de confiance entre de nombreux acteurs de ce sport et leur fédération internationale. Ces prochaines semaines, l’argent va pleuvoir sur beaucoup de Fédérations, beaucoup d’acteurs de ce sport, qui seront gentiment invités à se taire. On a le droit d’avoir l’espoir que certaines choses seront relevées et qu’on ne le reverra plus. »

Merci David Lemos d’avoir eu le réflexe professionnel de dire ce que nombre de journalistes pensent mais n’osent pas le dire ou l’écrire.

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