Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

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Les pauvres toujours plus nombreux

Les lois du marché ont des effets terribles pour les pauvres : ils sont chaque jour plus nombreux et plus pauvres. L’INSEE vient de publier des chiffres accablants : en France, l’un des pays les plus riches de la planète, a vu le nombre de travailleurs pauvres passer de 1,9 million en 2016 à 2,1 millions en 2017.

Les pauvres vivant avec moins de 1 041 euros par mois est passé de 8,5 à 8,8 millions durant la même période.

En revanche, l’institut de la statistique note que le niveau de vie des plus aisés « a retrouvé des couleurs ». Qu’en terme choisi ces choses-là sont dites.

La crise financière de 2008, l’augmentation du chômage et de la précarité, les lois antisociales de Hollande et de Macron ont fait leur œuvre. Les patrons, eux, se rassasient d’aides en tous genres. La situation nous entraîne vers le chaos  et n’est nullement le résultat de l’augmentation du coût du travail. L’INSEE, toujours elle, a également publié des chiffres démontrant que l’indice du coût du travail diminue au second trimestre de 2019 (1,2 % pour le salaire seul et 0,5 % pour le salaire et les charges).

La situation s’aggrave ; si le pouvoir d’achat des classes populaires baisse, la consommation est entraînée dans une spirale funeste.

Quand les inégalités grossissent à vue d’œil, c’est le capitalisme financier qui est en cause et non les acquis sociaux. L’ordre économique mondial est bouleversé et affame toujours plus d’habitants de la planète. 

Les banques ont reçu des milliards pour faire face à la crise, pas les salariés qui en paient le prix fort. Les gouvernements du nouveau capitalisme préfèrent, à l’image de Macron, sauver les banques qui accordent des milliards de découvert à quelques multinationales (et à Drahi et autres) plutôt que de financer les hôpitaux, les écoles, les petites entreprises, les agriculteurs bio, etc.

Ils ont fait le choix de l’internationale du fric au nom de la liberté du marché (et du ruissellement qui n’existe que dans leurs discours) et d’une économie de guerre, plutôt que de favoriser l’émancipation des peuples et asseoir leur bien-être. L’heure du changement est venue pour éradiquer la pauvreté.

Il n’est pas écrit que le nombre de pauvres doit continuer à grossir.

Argent sale

Uber et Lyft (qui a bénéficié d’un important investissement de General Motors) sont des plateformes de mise en contact d’utilisateurs avec des chauffeurs de véhicules, et DoorDash est, elle, uns startup spécialisée dans la livraison de repas.

Elles ont en commun de ne pas salarier leurs employés.

Elles ont en commun une même stratégie de leur modèle économique : pas de lien, pas de salaires, pas de protection sociale. Rien. Un recul de plusieurs siècles très à la mode dans le nouveau monde libéral.

Ils sont de plus en plus nombreux, ces faux salariés, à s’émouvoir de ce retour à l’esclavage et ils reçoivent de plus en plus de soutien.

En Californie, un projet de loi dit Assembly Bill 5 (AB5) a été déposé auprès des deux chambres du Parlement et il fait voir rouge aux plateformes. Si la loi est adoptée, les chauffeurs et livreurs seraient considérés comme salariés (avec salaire minimum et horaires fixes, assurance maladie et droits syndicaux) et bénéficieraient de l’assurance-chômage et d’indemnités diverses.

Uber, Lyft et DoorDash ont décidé de lancer une campagne de lobbying effrénée et onéreuse : chacun mettra 30 millions de dollars dans une cagnotte (soit 90 millions de dollars) pour convaincre les élus de ne pas voter la loi. Il s’agit de la deuxième plus importante campagne de lobbying engagée en Californie. L’enjeu est donc de taille.

Qui, parmi les élus, osera rejoindre le combat des plateformes ? Qui résistera aux pots-de-vin et campagnes de publicité ?

L’enjeu dépasse le seul domaine d’activité des trois sociétés américaines ; les votes du Parlement de Californie seront examinés de près par les élus des autres états américains, mais aussi en Europe où ‘’l’ubérisation’’ des emplois ne connaît aucune limite.

Dans le même temps, on apprend aussi que Google a dépensé 21,2 millions de dollars en opération de lobbying en 2018, devant Amazon (14,19 millions) et Facebook (12,62 millions).

Les chiffres donnent le vertige et sont scandaleux. La prétendue nouvelle économie dépense des sommes colossales pour maintenir un système féodal dans les relations sociales ; en France, on aimerait savoir combien les grandes entreprises ont débloqué pour faire adopter les lois El Khomry, Macron, pour faire élire Emmanuel Macron et bien d’autres choses.

Dans nos sociétés, l’argent est sale.

Système pourri, qu’il faut changer au plus vite.

Ces salopards de chômeurs

Les chômeurs ? Des fainéants. Ils sont si bien indemnisés qu’ils se complaisent dans l’inactivité et le système ne permet pas de les encourager à rechercher activement un emploi.

On nous ressasse ces phrases à longueur de journée pour justifier toutes les politiques de régression sociale, en particulier de l’indemnisation des demandeurs d’emploi. Sous les applaudissements des patrons.

Les laudateurs du système oseront-ils encore longtemps éructer et répandre leurs insanités sur les exclus du travail ? La DARES (Direction de l’Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques, direction de l’administration publique centrale française, qui dépend du ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social) vient de publier une étude qui tord le cou aux billevesées gouvernementales. Selon l’étude, 37 % des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi seraient indemnisés par l’assurance-chômage, soit 2,4 millions d’allocataires sur 6,7 millions. Et l’allocation journalière moyenne n’est que de 39 euros par jour, soit 965 euros brut par mois. Selon l’étude, la moyenne cache une autre réalité : 10 % des chômeurs, le premier décile, ne touchent que 245 euros par mois et 10 %, situés dans le neuvième décile, ne touchent que 1 585 euros par mois

Les chiffres sont accusateurs : les politiciens comme Macron, Philippe ou Penicaud mentent en proférant des accusations à l’encontre des citoyens privés de poste de travail pour poursuivre leur œuvre destructrice du système social.

Il est désormais prouvé que les chômeurs ne sont pas les responsables de la situation. En revanche, ce sont bien les patrons, multipliant les plans dits sociaux et les licenciements (conventionnels ou non), les contrats précaires courts et les délocalisations qui plombent la société et plongent les chômeurs dans la misère.

Les chômeurs n’ont rien à attendre de Macron, sinon des conditions encore plus dégradées. Pis, les chiffres de la DARES ne risquent pas d’être commentés dans les médias. Sinon, comment pourrait-on encore tirer sur ces salopards de chômeurs !

E viva Ariane Ascaride

Ariane Ascaride consacrée à la Mostra de Venise, lauréate de la prestigieuse Coppa Volpi, prix d’interprétation féminine, quelle juste récompense et quel bonheur !

Elle succède à de grandes actrices françaises qui ont reçu la même Coppa Volpi, Madeleine Robinson, Suzanne Flon, Emmanuelle Riva, Delphine Seyrig, Annie Girardot, Pascale Ogier, Juliette Binoche, Isabelle Huppert, Sandrine Bonnaire, Catherine Deneuve, Nathalie Baye ou encore Dominique Blanc. Ariane Ascaride est bien de la lignée des très grandes actrices.

L’épouse de Robert Guédiguian a été couronnée pour son rôle dans le dernier film de la bande des Marseillais, Gloria Mundi, après avoir reçu le César de la meilleure actrice en 1998 pour son rôle dans l’inoubliable Marius et Jeannette.

Sa récompense n’est pas passée inaperçue à Venise en déclarant « Je suis petite fille d’émigrés italiens, qui sont partis pour chercher une vie meilleure et fuir la misère », avant de la dédier « aux migrants morts en mer, ceux qui vivent pour l’éternité au fond de la Méditerranée » et de chanter, au cours de la conférence de presse,l’hymne du Parti communiste italien.

Cette récompense est aussi celle d’une troupe, composée autour de Robert Guédigian de son épouse, Ariane Ascaride, de Gérard Meylan ou encore de Jean-Pierre Darroussin ; c’est aussi la victoire d’un groupe d’amis qui« par capillarité racontent quelque chose tous ensemble », dit le réalisateur. « On peut discuter, être en désaccord parfois. Mais on est d’accord sur l’essentiel. Personne ne vote à droite parmi nous ! »

Après de telles sorties, Jean-Pierre Darroussin a conclu avec l’esprit gouailleur qu’on lui connaît : « Les gens ont compris qu’on est de gauche. »

Quant à Robert Guédiguian, il devait avouer « Je ne serais pas arrivé là si Ariane n’était pas venue faire une intervention syndicale dans mon amphithéâtre. » C’était à l’université de Marseille et, depuis, ils ne se sont jamais quittés.

C’est donc une belle histoire d’amis qui ne renient rien, contrairement à beaucoup de leurs contemporains

D’ailleurs Ariane Ascaride a confié : « Ce prix, ce n’est pas seulement le mien. C’est celui de toute cette bande, avec laquelle je travaille depuis si longtemps, et avec laquelle je vais continuer à travailler. » Et elle a rendu hommage à son mari : « Robert laisse la liberté de proposition de l’acteur, par rapport au personnage qu’il lui donne. On n’est pas des exécutants, on est des créateurs. »

Quant au film, Gloria Mundi, film âpre et dur, il est évidemment engagé, comme le rappelle son réalisateur : « On vit une époque de grande régression. Il s’agit non pas de condamner ces personnages mais de condamner la société qui les produit. Je n’oppose pas tant que ça les jeunes aux plus anciens. Il faut décrire le monde comme il est, et comme il pourrait être. Je pense que les choses peuvent changer. »

Bravo donc à Ariane Ascaride et à la troupe des Marseillais dirigée par Robert Guédiguian ; avec eux souffle un vent d’espoir dans notre société.

Moix, ça suffit !

Yann Moix est antisémite. L’écrivain surfait et homme abject ne mérite assurément pas une seule ligne de publicité. Sinon pour dénoncer le produit de notre époque et de la société du spectacle.

A chacune des sorties de ses livres, il a su créer le scandale. En novlangue du nouveau monde, on dit faire le buzz.

L’homme plaide aujourd’hui des erreurs de jeunesse à propos de ses écrits et ses dessins antisémites. Erreurs de jeunesse qu’il a commises jusqu’à 45 ans. Quand même !

Rappelons quelques autres faits du bonhomme : il avait apposé sa signature en 2010 au bas d’une pétition pour l’interdiction de la loi Gayssot tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite et xénophobe. On comprend pourquoi. Récemment, en janvier dernier, il s’était signalé dans Marie-Claire par une charge contre les femmes de 50 ans :

« Aimer une femme de 50 ans ? Ça, ce n’est pas possible. Je trouve ça trop vieux. […] Elles sont invisibles. Je préfère le corps des femmes jeunes, c’est tout. Point. Je ne vais pas vous mentir. Un corps de femme de 25 ans, c’est extraordinaire. Le corps de femme de 50 ans n’est pas extraordinaire du tout. »

Ce ne sont plus des erreurs de jeunesse. Yann Moix est infréquentable et odieux. Cela devrait suffire à le mettre au ban de la société. Mais si on considère qu’être antisémite n’est pas la preuve d’une intelligence supérieure, comment a-t-il pu se créer un tel réseau de connivence et de complicité.

En effet, ils sont nombreux à avoir connu le passé (et le présent) antisémite de Moix. A commencer par ceux qui font les éditions Grasset, le président Olivier Nora, Jean-Paul Enthoven et même Bernard-Henri Lévy, son meilleur ami, dont le Monde dit qu’ils avaient été mis au courant par Moix lui-même.

D’autres encore ne pouvaient pas ignorer. Le scandale a éclaté et Moix, l’exécrable, a eu néanmoins micro ouvert dans l’émission de Ruquier, On n’est pas couché, pour tenter de se faire pardonner. Immonde. Il y a longtemps que l’émission ne doit son audience qu’aux coups de gueule et autres scandales pour faire de l’audience (pauvre service public).

La chaîne, France 2, s’est, paraît-il, interrogée, mais la productrice a eu le dernier mot : on maintient la présence de l’auteur à scandale. Audience assurée.

L’insistance de Catherine Barma était suspecte ; elle l’est moins quand on sait qu’elle est également productrice d’une émission sur Paris Première qui s’intitule en toute modestie ‘’Chez Moix’’.

La télévision se complet dans la fange du spectacle, de l’Audimat à tout prix, y compris en faisant le lit du révisionnisme et du racisme.

Et Moix n’est qu’un jouet nauséabond de la société du spectacle. Un produit de notre époque.

A vomir.

Demorand, Salamé, hélas !

Hier, dans l’autoproclamé « Grand entretien » de France Inter, Nicolas Demorand et Léa Salamé recevaient l’historien Ivan Jablonka pour son livre « Des hommes justes », qui, si j’en crois les deux journalistes, traite des masculinités. J’avoue ne pas avoir lu un ouvrage qui me paraît digne d’intérêt.

Jablonka, un historien plutôt que les inévitables ministres, les économistes bien en cours ou les syndicalistes d’accompagnement comme Berger, j’écoute attentivement.

Las, je suis affligé ; l’entretien vire à la farce et, il se trouve que ce sentiment est partagé par Matilde Meslin, journaliste à telerama.fr. Je lui emprunte quasiment tout son excellent billet (elle me pardonnera, car c’est un hommage), à lire absolument sur le site de l’hebdomadaire.

Dans la chronique « Mauvaise humeur », elle écrit en effet :

« Très vite les questions des intervieweurs semblent accusatrices, presque moqueuses. « Vous écrivez qu’il faudrait une nuit du 4 août [1789, date de l’abolition des privilèges, ndlr], où collectivement les hommes renonceraient à leurs privilèges. Carrément, une nuit du 4 août ? » s’étrangle Léa Salamé, avant de demander quels sont les privilèges des hommes. Avec sérieux, Ivan Jablonka parle de charge mentale, de plafond de verre et de sexisme dans le monde du travail : « Les privilèges du patriarcat sont partout », lâche-t-il. « Vous dites qu’aujourd’hui en Occident on est encore sous le patriarcat ? » interroge Léa Salamé, d’un ton dubitatif. Une pente glissante se profile mais l’entretien se poursuit, la journaliste affirmant dans la même phrase que le gouvernement est paritaire et qu’il compte plus de femmes que d’hommes (pas paritaire, donc).

Léa Salamé trépigne de parler séduction et consentement : « Quel est le problème avec la galanterie, Ivan Jablonka ? Avec le fait de porter la valise d’une femme ou de lui faire un compliment ? » Porter la valise d’une femme parce qu’elle est une femme, c’est sous-entendre qu’elle n’en est pas capable et qu’elle a besoin d’être secourue, explique l’auteur. La deuxième partie de l’entretien est dans la même veine, Léa Salamé qualifiant même l’essai d’« exercice sacrificiel » de la part de l’auteur. Consentement, Ligue du LOL, drague de rue… tout y passe, sauf le voile (étonnamment) ; les questions d’un autre temps s’enchaînant. Même le choix des auditeurs interrogés est critiquable.

L’interview d’Ivan Jablonka était construite sur le mode de la moquerie, le sexisme pris comme un sujet désuet dont on plaisante (« Parlez Léa, je ne veux pas faire de manterrupting ! » rigole Nicolas Demorand). Une séquence surprenante quand on sait que la chaîne essaye d’aller draguer les jeunes avec de nouvelles émissions sur le genre (Pas son genre, avec Giulia Foïs) et les pratiques amoureuses (Modern Love, avec Nadia Daam). Pas sûr qu’elle donne très envie de l’écouter en prenant ce sujet si peu au sérieux. »

Demorand et Salamé, forts des excellents résultats d’audience de la tranche 7/9 de France Inter, ont vu leur ego prendre une dimension démesurée et les vacances ne les ont visiblement pas ramené à l’humilité et au respect de l’auditeur. Et au respect de la personne interrogée.

Liront-ils même ce billet de Matilde Meslin ?

PS : J’ai dû chercher sur Internet la signification du mot manterrupting utilisé par Demorand. Wikipedia me dit qu’il s’agit de la fusion des mots anglais man et interrupting, un néologisme féministe qui désigne le comportement consistant, pour les hommes, à couper la parole des femmes au cours de discussions ou de débats en raison du genre de leurs interlocutrices.

Ah, cette maladie chronique de l’utilisation des expressions anglaises ; elle est insupportable.

Le fou et la faux

J’ai déjà parlé de notre séjour (adorable) à La Grange du Minuellou chez Catherine et Michel, à Melgven.

Une surprise (et une énigme) nous attendait cette année : Michel avait accroché au mur un superbe outil en bois sculpté et, après plusieurs sollicitations, il a accepté généreusement (comme d’habitude) de raconter l’histoire de sa faux, cet outil traditionnel utilisé par les paysans pour faire les fenaisons.

Celle-là est baptisée « faux de l’Ankou ».

D’abord, il faut décrypter. L’Ankou est un personnage de la geste bretonne, hérité de la mythologie celte, parfois considéré comme un dieu, serviteur de la mort. D’où son outil. Celui-ci a une particularité : sa lame est orientée vers l’extérieur, à l’inverse de l’outil du paysan.

La faux de l’Ankou de Michel est le résultat d’une histoire extraordinaire. Elle a été sculptée par un menuisier-ébéniste, qui, à la mort de son épouse, a sombré dans la psychose dans les années 1950.

Interné à l’hôpital psychiatrique de Saint-Avé, près de Vannes, il a sculpté, sculpté, notamment des faux de l’Ankou, avec pour tout outil un couteau à greffer.

Il lui fallait une quinzaine de jours pour une faux, dans laquelle on retrouve de nombreux symboles, dont la clé du Paradis, le serpent, l’homme, sa femme en prière, etc.

Bref, une œuvre d’art.

L’histoire dit que le directeur de l’hôpital, devant le succès des faux et des jalousies qu’elles engendraient auprès des autres malades, a mis un terme à l’activité artistique de notre menuisier.

A propos de cette faux on a parlé d’art brut, en référence aux œuvres réalisées par ceux qu’on qualifie un peu rapidement de fous.

Peut-être fallait-il être fou pour se lancer dans la réalisation de faux de l’Ankou si finement sculptées, si chargées de symboles avec un outil aussi rudimentaire qu’un couteau à greffer, mais ni aliéné, ni forcené.

Je préférerais parler d’art populaire, comme on en rencontrait dans tous les pays. Et je pense immédiatement à un papier finement découpé polonais (acheté à Zakopane et accroché à notre domicile), œuvre d’un berger utilisant un grossier ciseau à tondre les moutons.

De ce berger polonais, on n’a jamais dit qu’il était fou. Alors, pourquoi notre menuisier de Saint-Avé devrait-il encore être qualifié de fou et rester anonyme ? Cette histoire, merveilleuse et triste à la fois, donne une idée de la façon dont est traitée la psychiatrie en France.

Alors réhabilitons la faux de l’Ankou du patient de Saint-Avé et remercions Michel d’avoir eu la riche idée de l’acheter et de la faire admirer aux hôtes de Catherine. C’est un peu de l’histoire de la Bretagne et des Bretons.

Et ce n’est qu’un des trésors de la Grange du Minuellou.

La non-célébration honteuse

Ceux qui mentent effrontément pour tenter de faire accepter au plus grand nombre toutes les mesures antisociales, savent parfois parler cru en livrant le fond de leur idéologie.

Denis Kessler, l’ex-président du Medef, avait écrit dans Challenges le 4 octobre 2007 : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. »

Le candidat Emmanuel Macron, futur président des riches, avait entendu le message et lui répondait lors d’un meeting le 11 octobre 2016 au Mans : « Aujourd’hui, il est épuisé. Il est en retard sur les Français. ».

Le président de la République, qui a préféré le bunker de Biarritz aux célébrations du 75eanniversaire de la Libération de Paris, n’a pas plus célébré les dates des 6 mai, 22 et 26 août et 30 septembre 1944. Il s’agit pourtant de dates hautement symboliques, celles de la publication des premières ordonnances du gouvernement provisoire, conformément au programme du Conseil national de la Résistance à propos de l’organisation de la presse. Quatre ordonnances publiées avant même la libération de toute la France ; elles concernaient une activité touchant à la liberté d’expression et à la liberté d’information ; elles devaient permettre de restaurer rapidement la démocratie et préparer les autres ordonnances visant à relever le pays meurtri après quatre ans de guerre et de collaboration avec les nazis.

Avant même la fin des hostilités, le gouvernement provisoire avait eu la volonté de rétablir une presse libre et pluraliste. La volonté était partagée par ceux qui créèrent la Fédération nationale de la presse française. Sous l’impulsion de son président Albert Bayet, celle-ci souhaitait « éliminer définitivement la presse pourrie et instituer un nouveau régime grâce auquel la presse patriote, affranchie de la puissance de l’Etat et de l’argent, pourrait se vouer exclusivement au service désintéressé des idées ».

La FNPF affirmait haut et fort que « la presse n’est pas un instrument d’objet commercial mais un instrument de culture ». Celle-ci n’est libre que lorsqu’elle ne dépend « ni du gouvernement ni des puissances d’argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs ». Elle a pour mission de « donner des informations exactes, défendre des idées, servir la cause du progrès humain ».

Aujourd’hui, Macron, Kessler et leurs semblables s’essuient les pieds sur une glorieuse page d’histoire. Dans une attitude méprisante envers ceux qui ont lutté pendant quatre ans contre l’occupant nazi (et l’ont souvent payé de leur vie parfois après de monstrueuses tortures) et affirmé vouloir que les Français puissent vivre des « Jours heureux » dans un pays vraiment démocratique, ils savourent leur sale besogne. Président, institutions et patrons de presse en ignorant honteusement les quatre ordonnances font œuvre de révisionnisme.

L’absence de célébration vient confirmer à la fois leur hargne et leur haine à l’encontre d’un programme qu’ils ont entrepris de « défaire méthodiquement » (et pas uniquement en matière d’information).

Les quatre ordonnances ont été largement abrogées en 1984 par François Mitterrand et en 1986 par Jacques Chirac, mais, pour Emmanuel Macron, c’est encore insuffisant : il veut éliminer ce qu’il reste du programme du CNR, à savoir la distribution coopérative de la presse écrite et les dernières entraves aux concentrations ; parallèlement, il veut porter des coups définitifs au service public de l’audiovisuel et à l’AFP.

Les patrons de presse d’aujourd’hui, quasiment tous milliardaires (n’est-ce pas Drahi, Bolloré, Dassault, Bouygues, Niel, Pigasse, Lagardère, Kretinsky ?), ont, eux, démantelé la Fédération nationale de la presse française qui leur était insupportable pour ce qu’elle véhiculait comme symboles, et ils poussent encore Macron à légiférer pour tourner définitivement la page du programme du CNR et laisser prospérer ce qu’ils présentent comme les lois naturelles de l’économie, celle du plus riche en lignes de crédit.

Les milliardaires propriétaires des grands médias n’ont donc pas célébré la publication des ordonnances de 1944 ; en revanche, ils continueront à réclamer à Macron des aides à la presse plus conséquentes à leur seul bénéfice et au mépris des quelques titres de presse encore indépendants. Ils n’hésiteront pas à justifier sans vergogne leurs exigences au nom de la défense du pluralisme. Ils ont également obtenu un droit voisin pour récupérer une part des recettes publicitaires des GAFA.

Les actionnaires sont ravis.

Grâce à leur mainmise sur les grands médias et l’influence qu’elle permet, les milliardaires ont obtenu toutes les lois nécessaires au développement d’un capitalisme sauvage et à l’instauration d’un ordre nouveau, celui du fric-roi et de l’amplification des inégalités. Ils contrôlent étroitement l’information.

Les journalistes vivent au quotidien les atteintes à la liberté d’information et la précarisation de leur profession. Et alors qu’ils demandent un espace plus grand de liberté, ils voient Niel débarquer à Nice-Matin, Drahi à Grand Lille TV, Kretinsky au Monde, Reworld Média à Mondadori, M6 dans les chaînes de Lagardère, Bernard Arnault et Bolloré à Mezzo, ou encore Iskandar Safa à Azur TV ; ils voient les coupes dans les budgets de France Télévisions et de Radio France ; ils voient l’AFP soumise aux seules règles financières et au développement d’un service dit « corporate ».

Les concentrations ne semblent jamais terminées quand les médias sont contrôlés par un si petit nombre de milliardaires. Comme l’écrivait Jack Ralite : « L’esprit des affaires l’a emporté sur les affaires de l’esprit. »

La presse est redevenue un objet commercial ; elle tourne le dos de plus en plus ostensiblement à la culture et ne voit que ses intérêts financiers immédiats en offrant du temps de cerveau disponible aux affairistes.

Les journalistes découvrent le vrai visage de ce monde merveilleux de la presse des milliardaires aux antipodes des ordonnances de 1944 et ils souffrent, atrocement.

Abasourdis et submergés par tant d’atteintes à l’exercice de leur profession, ils n’arrivent plus à se mobiliser au-delà de leur rédaction pour célébrer collectivement les ordonnances de 1944. Face à la puissance des médias des milliardaires, les journalistes avaient une belle occasion de se saisir de l’Histoire et des décisions du gouvernement provisoire et du Conseil national de la Résistance pour s’affranchir d’un système médiatique pourri par l’argent et réhabiliter l’information-citoyenne dans les rédactions.

Hélas, les syndicats de journalistes ont, eux aussi, « oublié » le 75e anniversaire des ordonnances.

La non-célébration des ordonnances de 1944 est vraiment honteuse !

Et, pourtant, il faut encore croire au réveil des consciences, à l’indignation comme Stéphane Hessel, à l’engagement militant et à la révolte.

Tout un programme !

Menteurs planétaires

Biarritz transformée en bunker pour quoi ? Pour rien. Macron a prévenu, il n’y aura pas de déclaration commune, donc aucune mesure impérative. Le G7, depuis 40 ans, n’a jamais répondu aux promesses d’éradiquer la pauvreté, de réduire les inégalités et de prendre les mesures pour mettre un terme au réchauffement climatique.

Les sept chefs d’état ont voulu éviter une cacophonie comme en 2018 au Canada où Donald Trump avait refusé de signer un texte pourtant sans portée. Ce club des états nantis n’est pas représentative et n’a aucune légitimité. 

Le G7 2019 n’aura eu pour effet sur la marche du monde que de perturber la vie des Biarrots dans une ville fermée, contrôlée comme une cité en guerre sous le régime du couvre-feu et d’exaspérer tous les citoyens du monde en contemplant une cité vide, comme désertée. Macron, Trump et les autres ont peur; l’ex-socialiste Castaner a tenté de les rassurer en décrétant la mobilisation générale des forces de répression.

Il est presque heureux que ce G7 ne débouche sur une aucune décision, car que représentent-ils vraiment ces politiciens qui ont peur du peuple, s’enferment dans un palace luxueux et ne rendent pas compte de leurs discussions.

Comment rester sans réaction quand on voit poser les « élus du marché » (six hommes et une seule femme à la tête des états du G7, Angela Merkel) pour la photo officielle ; ces pyromanes, au sens propre et figuré, sèment le désastre écologique, social et économique sur toute la planète, exacerbant les tensions internationales, accentuant les inégalités, faisant main basse sur les richesses des autres pays dont ils disent, au mieux qu’ils sont émergents pour ne pas dire colonisés. A vouloir favoriser les riches qui les ont installé sur leur trône, ils en arrivent même à nier la catastrophe écologique qui fait brûler les forêts, fondre les glaciers et crever les paysans qui utilisent les pesticides. Le peuple est tenu à l’écart, mais pas les multinationales comme L’Oréal ou Natixis qui sponsorisent la rencontre.

Bolsonaro ne sera pas à Biarritz, mais il adopte le même mépris que ses semblables en insultant les organisations non gouvernementales, les accusant d’avoir allumé les feux qui ravagent la forêt amazonienne. A un degré moindre, il est vrai, que penser de Macron qui intime l’ordre aux préfets de poursuivre les maires osant prendre des arrêtés anti-pesticides, tout en multipliant les déclarations teintées d’écologie ?

D’autres sont exclus des très chères festivités de Biarritz, comme Poutine ou Erdogan, mais ils n’auraient pas fait tache dans le décor.

Tous sont d’invétérés menteurs, parfois enchanteurs, mais de plus en plus féroces avec les peuples.

Biarritz, capitale du mensonge planétaire ; la cité n’avait pas revendiqué ce titre. Parce que les peuples n’attendent plus rien des G7, G8 et autres prétendues rencontres au sommet. Ils savent qu’un autre monde est possible ; plus ces dirigeants se retranchent dans des palaces et des bunkers, plus les peuples prennent conscience qu’il faut en finir avec les menteurs.

En toute discrétion

Le Monde a consacré une (excellente) série de reportages d’été aux ultra-riches. Ou plutôt sur leur mode de vie. Il n’a pas été dit comment les riches sont devenus ultra-riches et comment ces potentats, toujours plus avides de pouvoirs et de richesses, ont acquis ces immenses fortunes quand une grande partie des habitants de la planète souffre et ne mange pas à sa faim.

Les grands spéculateurs, eux, sont discrets ; les grands moyens d’information aussi qui ne se penchent que rarement sur les moyens légaux, mais plus souvent illégaux permettant aux ultra-riches de dormir sur d’immenses fortunes, dont le nombre de zéro donne le vertige.

Ils ont à leur disposition ce qu’ils appellent l’ingénierie financière pour dissimuler leurs trafics en tout genre, trop souvent à la limite du blanchiment d’argent sale ou de l’escroquerie.

En France, les salariés de Whirlpool à Amiens sont à la recherche de 10 millions d’euros d’aides qui devaient servir à relancer une activité dans leur usine vidée par un groupe qui a déménagé en Pologne. Aux Etats-Unis, un analyste financier prétend, lui, que General Electric a dissimulé 38 milliards de dollars (34,2 milliards d’euros) de pertes dans ses comptes.

Assurément, il s’agit là de faits délictueux, rarement mis au jour et jamais jugés. En revanche, les salariés, eux, paient le prix fort en étant réduits au chômage. Le fameux marché ne réagit pas : il n’entend rien et ne voit rien. Il est muet.

Le fameux marché qui devait assurer le bonheur sur terre à tous, à toutes les familles, ne se soucie pas de la détresse de ceux qu’il a plongé dans la misère et l’inactivité, dans l’angoisse du lendemain qui pousse les plus fragiles au suicide et déstabilise les couples et leurs enfants.

Le fameux marché a le regard tourné vers la bourse et se délecte des résultats toujours plus étincelants des retours sur investissements.

Une société de gestion américaine, Janus Henderson Investors, vient de publier une étude qui va réjouir les ultra-riches et gonfler un peu plus leurs bas de laine. Au deuxième trimestre, les dividendes versés aux actionnaires dans le monde ont battu un record : 514 milliards de dollars, en augmentation de 1,1 %. En trois mois seulement !

Les ultra-riches français font encore mieux avec une progression de 5,3 % à 51 milliards de dollars. Les entreprises françaises sont ainsi sacrées championnes d’Europe ; elles font mieux que l’Allemagne où les dividendes versés aux actionnaires (38,5 milliards) sont en baisse de 11 %.

Cela n’empêchera pas Macron de demander encore plus de sacrifices aux salariés. 

Ces faits devraient susciter des débats dans tout le pays et surtout dans les grands médias. Mais rien.

Les ultra-riches pourront continuer de se prélasser sur les leurs yachts démesurés, dans leurs châteaux somptueux, à dépenser des sommes folles pour assouvir leurs caprices les plus futiles, quand ceux qui travaillent pour eux regardent avec tristesse leur feuille de paie, constatant que leur travail est si mal récompensé, insuffisant pour vivre dignement.

Les politiciens dits libéraux et leurs médias étouffent ce qui devrait faire l’objet de débats dans toute la société. La plupart des ultra-riches sont des délinquants et devraient être poursuivis ; ils sont triomphants. Leurs agissements sont illégaux ou légaux mais opérés en toute discrétion ; ils ont l’assurance que le « business » va continuer impunément.

Un glacier a disparu

Le 18 août restera comme un jour sombre pour la planète. La première ministre islandaise, Katrin Jakobsdottir, a inauguré une plaque commémorative sur le site d’un glacier disparu, le Okjöfull. Celui-ci, d’une superficie de 16 km2 en 1890, ne recouvrait plus que 0,7 km2 en 2012 et a disparu en 2014.

Les chiffres sont effarants : les scientifiques estiment que l’Islande perd environ 11 milliards de tonnes de glace chaque année et, à ce rythme, pourrait avoir perdu ses 400 glaciers dans 200 ans. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), la planète pourrait, elle, perdre la moitié de ses glaciers d’ici 2100.

La situation est vraiment très inquiétante, non seulement en Islande mais pour toute la planète Terre. Le geste des politiques islandais est, lui, particulièrement important quand les Trump nient le réchauffement climatique ou quand les Macron se contentent de déclarations, jamais suivies de décisions.

Sur la plaque déposée sur le site, quelques mots : « Une lettre pour l’avenir » et une mention « 415 ppmCO2 », soit le niveau de dioxyde de carbone enregistré dans l’atmosphère en mai, un record.

Peut-être faudrait-il dupliquer la plaque, accompagnée des photos du site hier et aujourd’hui, pour interpeller ces politiciens pour qui la préservation du capitalisme passe avant l’avenir de notre planète. Et à Yannick Jadot qui continue à nier la responsabilité du système dans la dégradation de nos conditions de vie.

Pont-Aven, impressionnisme

L’impressionnisme, courant majeur de la peinture, ne s’est pas arrêté à Paul Gauguin, voire à Sérusier. Gauguin a, fort heureusement, fait école ; on regrettera que ses élèves soient trop méconnus (ou plutôt éclipsés par le maître et les effets de mode).

Le musée de Pont-Aven permet, chaque année, de sortir de l’anonymat quelques-uns de ceux qui se sont réclamés de ce courant. Et c’est heureux.

Un nouveau séjour (merveilleux) à la Grange du Minuellou chez Catherine et Michel (voir sur Internet les renseignements sur le lieu et ses offres) à quelques kilomètres de Pont-Aven, l’occasion était trop belle d’aller voir l’exposition temporaire 2019 consacrée à « L’impressionnisme d’après Pont-Aven » ; très différente de celle de 2018 autour du « Talisman » de Sérusier, elle présente les œuvres de quatre peintres, notamment, qui se sont départis des injonctions de Gauguin et de ses aplats.

Alors, les toiles de Henry Moret, Maxime Maufra, Gustave Loiseau et Ferdinand Loyen du Puigaudeau, accrochées selon quelques thèmes, témoignent d’un certain dépassement de l’impressionnisme, tout en restant fidèles aux couleurs chaudes et primaires de Gauguin. Henry Moret est sans doute celui des quatre qui est le plus flamboyant.

Les couleurs de l’océan et les rochers de Bretagne si changeants selon les conditions atmosphériques s’étalent sur les toiles et sont parfois très proches au point que l’identification de l’artiste devient hasardeuse.

Très pédagogique, l’exposition témoigne, une nouvelle fois, de l’importance du musée de Pont-Aven pour qui apprécie l’impressionnisme et sa place dans l’évolution de l’art pictural au tournant des XIXe et XXe siècles.

Et, décidément, la Bretagne a beaucoup, beaucoup de charmes.

Le modèle allemand à la une

Dans son édition datée du jeudi 15 août, le Monde titre en une « L’Allemagne menacée par la récession », le lendemain, elle titre encore sur nos voisins d’outre-Rhin : « En Allemagne, l’inquiétante montée des violences d’extrême droite ».

Le quotidien vespéral consacre son éditorial à la situation du pays dirigé par Angela Merkel : « Le risque d’une terreur brune ».

Le retournement à propos de la situation de l’Allemagne est spectaculaire ; hier, elle était considérée comme un modèle et nos brillants économistes alimentaient les commentaires des politiques en glorifiant le capitalisme rhénan. Aujourd’hui, le réveil est brutal : l’Allemagne ne va pas bien, malgré un taux de chômage en trompe-l’œil. Les groupes industriels sont en repli ; ils seraient affectés par la dégradation du commerce mondial, toujours selon le Monde.

Le Monde, donc, s’est penché sur l’économie d’un pays qu’il qualifie comme la plus puissante et motrice de la zone euro, et sur sa situation sociale. La détérioration de la situation sociale ne fait-elle pas le lit de l’extrême droite qui prend le prétexte de l’accueil de réfugiés pour multiplier les agressions non seulement d’immigrés, mais aussi, et c’est un fait nouveau, d’élus locaux.

La crise allemande est profonde ; les groupuscules néonazis y trouvent un terrain favorable à l’expression de leur idéologie nauséabonde et inquiétante.

La récession d’un pays vieillissant et la politique antisociale des gouvernements de coalition des partis de droite et du parti social-démocrate, depuis de nombreuses années, ont fait basculer de nombreux allemands appauvris et précarisés dans la haine de l’autre. Le parti AfD (Alternativ für Deutschland) y a trouvé un électorat acquis à sa cause, comme partout ailleurs en Europe où les mêmes politiques produisent les mêmes effets. Le parti xénophobe a ainsi pu faire élire près de 100 députés au Bundestag.

La situation de l’Allemagne est d’autant plus inquiétante, qu’elle apparaît encore comme « le » modèle européen et qu’elle avait, jusque là, réussi à juguler le retour de la « bête immonde ».

Les violences d’extrême droite en Allemagne interpellent tous les progressistes de l’Europe entière ; les résultats électoraux de l’AfD interpellent tous les dirigeants politiques de l’Europe entière.

Alors, ne doit-on pas avoir une réaction à hauteur de la situation en rejetant définitivement et fortement « le » modèle allemand et tourner le dos à un capitalisme, fut-il rhénan, qui prépare des jours sombres (bruns en l’occurrence) aux pays qui ne voudraient pas opérer leur révolution ?

Du surréalisme en radio

France Inter, radio de service public, prendrait-elle les auditeurs pour des demeurés et des ignares ? Le « grand entretien » a franchi un nouvel échelon dans la mauvaise foi et dans le parti pris insupportable.

Pierre Weill, qui remplace Nicolas Demorand pendant la période d’été, avait invité deux économistes pour parler économie (ça tombe bien) après la publication des chiffres du chômage en France au deuxième trimestre.

Pierre Weill ne s’était pas trompé : Gilbert Cette et Stéphane Carcillo sont deux économistes très libéraux, choisis parmi ceux qui sont sur toutes les antennes de radio et sur toutes les chaînes de télévision pour faire l’éloge du libéralisme.

Faut-il être étonné que les deux invités se soient félicités de la (très légère) décrue du chômage (0,2 %, officiellement), en attribuant les mérites aux mesures qui ont entraîné des reculs sociaux insupportables.

La ficelle était grosse. Les auditeurs ont réagi et, moment surréaliste, Pierre Weill s’est adressé à Gilbert Cette et Stéphane Carcillo en des termes inouïs :

« Vous êtes deux économistes pro-Macron et vous en faites l’éloge ce matin. Quel est votre positionnement par rapport au pouvoir ? »

Comment deux économistes pro-Macron, faisant l’loge du président de la République en toute circonstance, auraient-ils pu exprimer la moindre critique à propos de la politique actuelle ? Pierre Weill s’est pris les pieds dans le tapis en tentant de justifier le choix de ses invités auprès d’auditeurs en colère. 

Pierre Weill, vieux routier de la radio (depuis 1972), pouvait-il ignorer que Gilbert Cette avait soutenu le candidat Macron dans une tribune publiée dans le Monde en avril 2017, qu’il a fait carrière à la Banque de France, et que Stéphane Carcillo est membre du Cercle des économistes, prônant un libéralisme exacerbé et qu’il est employé à l’OCDE ?

Une radio de service public digne de ce nom aurait invité un économiste atterré pour donner la réplique à l’un des deux invités. Mais il est à croire que les économistes atterrés sont interdits d’antenne. Pour ne pas déplaire à Macron ?

En réponse à Pierre Weill, Gilbert Cette a eu cette réponse également surréaliste :

« Ecoutez ; moi j’essaie de faire mon travail d’économiste en conscience. »

En toute conscience libérale, s’entend.

Et d’ajouter :

« Je partage avec une grande majorité d’économistes les réformes engagées qui vont dans le bon sens… »

Tout est dit puisque la grande majorité des économistes sont d’accord avec Macron !

Il est exact que de nombreux économistes ont élaboré une théorie économique à prétention scientifique, mais Gilbert Cette feint d’ignorer que ses préceptes ont été invalidés. Néanmoins leur hégémonie s’est répandue dans tous les milieux, notamment celui du monde universitaire. Ils sont arrogants et rejettent violemment ceux qui ne partagent leur croyance dans les vertus du marché dérégulé et qui dénoncent les politiques plongeant le plus grand nombre dans l’austérité et l’économie dans la récession.

Pierre Weill (mais surtout France Inter) est leur relais sur les ondes publiques. L’émission de ce matin a réservé un moment surréaliste, mais habituel.

Où est l’Europe ?

En Italie, Matteo Salvini vient de dévoiler sa stratégie de conquête du pouvoir dans une interview au quotidien de droite Il Giornale. Il rencontrera dans les prochaines heures Silvio Berlusconi et Giorgia Meloni, la présidente du parti de l’ultra-droite, Frères d’Italie, pour leur proposer un pacte électoral.

Le Mouvement 5étoiles (M5S) de Beppe Grillo et de Luigi Di Maio semble découvrir la dangerosité de Salvini et n’a pas trouvé d’autre réponse à lui opposer que de vouloir créer un « front républicain » avec le Parti démocrate notamment, pour, dit-il, empêcher les « barbares » d’accèder au pouvoir. La formule est audacieuse puisque le M5S leur a fait la courte échelle. Matteo Renzi et Enrico Letta du Parti démocrate, frétillant à l’idée de revenir au pouvoir, ont déclaré soutenir l’initiative.

Salvini en rit encore et il a beau jeu de dénoncer les magouilles et manœuvres de palais ! Il est applaudi par de très (trop) nombreux Italiens qui n’en peuvent plus de ces politiciens de peu de scrupules et n’hésitent plus à se tourner vers l’extrême-droite. Même si elle avoue être prête à s’allier avec une droite encore plus extrême, les Frères d’Italie.

Les Italiens peuvent donc basculer vers un pouvoir ouvertement fasciste, raciste et antisocial, insolent même, en rejetant des politiciens caricaturaux, qui les ont plongé dans la pauvreté et la récession, qui ont sombré dans la gestion du capitalisme sauvage, après avoir tout promis et rien remis en question.

Sans doute seront-ils abusés par Salvini, comme ils l’ont été par Berlusconi, mais ils sont prêts à croire encore à l’homme providentiel tant ils sont révulsés par les partis qui se réclament de la démocratie.

Les Italiens, au fond, se comportent comme les Hongrois, les Estoniens, les Polonais les Autrichiens, et d’autres, qui ont porté, avant eux, l’extrême-droite au pouvoir.

Les politiciens de toute l’Europe restent sans réaction et ne pensent qu’à se partager les postes à Bruxelles et à Strasbourg. Ils sont responsables de cette marée brune qui déferle inexorablement sur le vieux continent en réaction aux effets sur la vie quotidienne de leurs Traités de Maastricht, de Lisbonne, de Nice ou d’Amsterdam.

Les peuples européens ont besoin de voix fortes, progressistes, pour opérer une catharsis collective et entreprendre une révolution copernicienne. Celles-ci ne peuvent venir que de la gauche radicale unie pour renouer avec l’esprit des Lumières, de Goethe, de Verdi.

Mais, aujourd’hui, hélas la perspective semble encore lointaine. Où est l’Europe qui devait assurer le bonheur à l’ensemble des citoyens ?

Erdogan, infâme et intouchable ?

La compétition est rude entre tous les dictateurs de la planète, lancés dans une politique répressive et obscurantiste inouïe.

Quand Bolsonaro s’oppose au transfert de Lula dans une prison de Sao Paulo, Recep Tayyip Erdogan, lui, fait encore détruire des livres.

Son ministre vient de communiquer un chiffre effrayant : en l’espace de trois ans, ce sont 301 878 livres scolaires de mathématiques qui ont été détruits sous les prétextes les plus imbéciles. On remarquera qu’il tient une comptabilité minutieuse de ses méfaits, comme les nazis tenaient la comptabilité des Juifs exterminés. Abject !

Auparavant, ce sont 1,8 million de livres scolaires qui avaient été retirés des classes de sixième au prétexte qu’ils mentionnaient la Pennsylvanie, l’Etat américain où se serait réfugié Fethullah Gülen, accusé d’avoir commandité le coup d’état manqué contre Erdogan. La bêtise n’a pas de limite.

S’en prendre au savoir, à l’enseignement et à l’intelligence est la marque de tous les dictateurs. Aujourd’hui comme hier.

En Turquie, la question est particulièrement sensible, le Pen Club venant de révéler que, depuis le coup d’état manqué, 200 médias ont disparu, 80 journalistes sont encore en prison et 5822 enseignants-chercheurs ont été radiés de 118 universités.

La communauté internationale, de Trump à Poutine en passant par Macron, ne dit mot et laisse se perpétrer ces crimes contre un peuple turc qui souffre terriblement, mais qui n’a pas abandonné la lutte en infligeant des revers électoraux à Erdogan à Ankara et Istanbul récemment.

Le mutisme de Macron est insupportable et en dit long sur le prétendu humanisme du président de la République forgé aux côtés de Paul Ricoeur.

Les Turcs attendaient sans doute une autre attitude et une condamnation ferme des pratiques d’Erdogan, assortie de sanctions comme celles qui sont appliquées à d’autres régimes autoritaires.

Macron s’expliquera-t-il un jour sur la mansuétude dont jouit le dictateur d’Istanbul ?

Le fascisme de Jair Bolsonaro en acte

Jair Bolsonaro a été élu président du Brésil, mais qui osera dire et écrire que le vote des brésiliens a été démocratique. Le complot des nostalgiques de la dictature militaire n’a reculé devant aucun mensonge pour éliminer le candidat Lula et discréditer le Parti des travailleurs, favoris du scrutin.

Le candidat Jair Bolsonaro a multiplié les provocations, accumulé les petites phrases racistes, mysogines, homophobes. Il s’était en quelque sorte lancé dans une surenchère avec Trump, une compétition qui n’a eu ni vainqueur, ni vaincu, les deux hommes étant autant détestable et honteux.

Bolsonaro hait la presse, n’hésitant pas, comme Trump, à insulter les journalistes et à mettre en doute les informations. Alors, comme tout bon fasciste, il vient de prendre un décret pour se venger en s’en prenant aux finances de la presse écrite.

Le décret exonère les entreprises cotées en bourse de l’obligation de publier leurs résultats dans les journaux sous forme de publicité.

Bolsonaro visait particulièrement le quotidien économique Valor Economico, au prétexte que le quotidien aurait fait campagne contre lui après la publication de deux interviews du candidat. Le président élu ment en toute conscience, Valor Economico n’ayant publié aucune interview du candidat pendant la campagne malgré des demandes insistantes.

Bolsonaro utilise les armes expérimentées par les dictateurs de tous les pays en s’en prenant aux libertés fondamentales et notamment à la presse et à la liberté d’information.

Mensonge toujours de Bolsonaro à propos de la déforestation en Amazonie. Selon l’Institut national de recherche spatiale, en juillet 2254 kilomètres carrés de forêt ont été détruites, contre 596,6 en juillet 2018 (+ 278 %). En un an, ce sont 6833 kilomètres carrés qui ont été déforestés, soit une augmentation de 40 %.

Les chiffres accablants déplaisent à Bolsonaro ? Il  accuse le directeur de l’INPE de fournir des chiffres mensongers « pour faire le jeu des ONG » et il le limoge au prétexte que les données ne correspondent pas à la réalité et portent préjudice à l’image du Brésil.

Pauvre Brésil. Pauvres Brésiliens.

Arrêtons-les !

Le 6 août 1945 le monde basculait dans une nouvelle ère, terrible et terrifiante : le possible anéantissement de toute vie sur la planète.

Une seule bombe lâchée au-dessus la ville japonaise d’Hiroshima avait fait des dizaines de milliers victimes et quasiment anéanti la ville de 350 000 habitants ; les radiations ont fait des dégâts irréversibles.

Et voici qu’aujourd’hui deux fous, chefs de deux superpuissances, les Etats-Unis et la Russie, se lancent dans une course mortifère à l’armement nucléaire de nouvelle génération toujours plus puissant, engloutissant des sommes vertigineuses qui seraient mieux utilisées à éradiquer la pauvreté, y compris dans leurs pays respectifs. Le danger est là, à notre porte, et d’autres qu’eux, à un degré moindre, tentent de les imiter, la France en première ligne.

Les deux fous sont capables de tout ; ils jouent un jeu dangereux et entraînent derrière eux des roitelets qui les singent, comme Emmanuel Macron.

La culture de la paix est mal en point et la course à la puissance militaire absolue détourne les dizaines de milliards qui devraient être consacrés à la Culture émancipatrice.

Le 8 août 1945, Albert Camus dénonça dans son éditorial de Combat le traitement journalistique de l’utilisation de l’arme nucléaire sur Hiroshima avec la virulence qui convenait et les mots qu’il fallait :

« Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase: la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. 

En attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d’aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d’idéalisme impénitent, ne songera à s’en étonner. »

Que dire, aujourd’hui, du traitement des politiques mortelles de Trump et Poutine, sinon qu’elle est indigente et qu’elle ressemble étrangement à celle de 1945.

Aujourd’hui plus qu’hier encore, les citoyens de tous les pays doivent se lever pour dénoncer et contrarier les ambitions des va-t-en-guerre et mettre un terme à la course à l’armement nucléaire.

Nous ferons nôtre la conclusion d’Albert Camus :

« Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison. » 

Cavalleria rusticana à Matera et sur Arte : magnifique

Piero Mascagni, le compositeur de l’opéra Cavalleria rusticana, n’avait sans doute pas imaginé que son œuvre serait représentée un jour en plein air et retransmise en direct à la télévision. Et à Matera, la cité sublime du Mezzogiorno.

Le décor, déjà utilisé par Pasolini pour son film L’évangile selon saint Matthieu, avec ses maisons troglodytes, sa Piazza San Pietro Caveoso, ses murs de pierres chaudes, a sublimé la partition et le miracle à été total : un spectacle grandiose, agrémenté de quelques vues aériennes de la ville grâce aux drones.

L’opéra de Mascagni est considéré à juste titre comme un chef d’œuvre absolu en Italie, mettant en scène la lutte du bien et du mal (symbolisée par de très belles marionnettes géantes), un drame de la jalousie entre des paysans laborieux, des petites gens comme la région du Sud aride et pauvre en connaît encore.

Tous se sont élevés à la hauteur de l’événement : le chef d’orchestre Juraj Valcuha et ses instrumentistes du Teatro San Carlo de Naples, les interprètes et, notamment, Veronica Simeoni, déambulant entre les spectateurs, sans oublier les chœurs.

On a souvent dit que la télévision, c’est d’abord le direct. Hier soir, Arte l’a prouvé en réussissant à faire de sa retransmission un des grands moments de cette année.

La tâche était délicate de filmer un opéra en pleine ville, au milieu des spectateurs, et de restituer toute la sensibilité des voix des solistes. Arte a tenu son pari et réhabilité le direct, magnifié l’opéra de Mascagni et magnifié la cité de Matera. Un grand moment de pure poésie, de musique magnifique, d’intelligence et de culture. Un moment de rêve dans un monde de plus en plus difficile à vivre.

Seule, la chaîne franco-allemande, associée à l’Italie, pouvait réaliser ce moment. Et on peut rêver à d’autres instants de grâce si les services publics de toute l’Europe pouvaient collaborer pour le meilleur et abandonner les séries américaines.

Réponses cinglantes

La visite de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale a fait éructer quelques députés. L’un a osé comparer la jeune Suédoise à un gourou apocalyptique, un autre de prophétesse en culotte courte. 

Affligeant de bêtise.

Greta Thunberg, du haut de ses 16 ans, a donné une leçon d’intelligence à ces imbéciles en costume :

« Certaines personnes ont décidé de ne pas venir à cette réunion. Ce n’est pas grave. Après tout, nous ne sommes jamais que des enfants, vous n’avez pas le devoir de nous écouter. En revanche, vous avez le devoir d’écouter les scientifiques, c’est tout ce que nous vous demandons. »

Et comme l’écrirait le Canard enchaîné : pan sur le bec.

Emmanuel Macron, lui, n’avait pas jugé bon de rencontrer la jeune militante. Il avait fait lire un message :

« Merci beaucoup. Ne lâchez rien. Continuez à vous mobiliser. Vous nous donnez de l’espoir pour notre action. »

Mais Greta, toujours du haut de ses 16 ans, a eu également une réponse cinglante en direction du président de la République ; elle a compris que celui-ci ne met pas ses paroles en actes :

« Vous n’avez pas bien compris ce que nous faisons. A la place de nous dire merci, faites quelques chose »

La jeune militante a recalé l’énarque ; visiblement, Greta n’avait pas apprécié que, le même jour, l’Assemblée nationale la reçoive et vote le fameux traité CETA avec le Canada.

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