Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

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Les pisse-froid (2)

« Madame, Monsieur le Procureur de la République,

Nous avons l’honneur, par la présente, de porter à votre connaissance la potentielle commission d’une infraction délictuelle par Madame Corinne Masiero lors de la 45ecérémonie des César qui s’est déroulée le 12 mars 2021 à la salle de spectacle de l’Olympia dans le 9earrondissement de Paris. Au cours de cette cérémonie retransmise en direct sur la chaîne télévisuelle Canal+, la personne susnommée s’est totalement déshabillée imposant sa nudité, d’une part, au public physiquement présent dans la salle de spectacle et, d’autre part, aux téléspectateurs de l’émission. »

Julien Aubert, auteur de cette lettre, est député du Vaucluse pour les Républicains ; il a été rejoint par 9 autres députés et sénateurs, dont l’inénarrable Valérie Boyer. La bande des pisse-froid du parti de l’ordre appelle de ses vœux l’ouverture d’une procédure à l’encontre de Corinne Masiero. C’est osé et incroyablement immonde.

Les pisse-froid républicains rejoignent ainsi la Ligue pour la vertu qui, en 1933 (et après) aux Etats-Unis, s’était donné pour mission de purifier le cinéma. Leur Ligue 2021 sent un peu le rance ; celle de 1933 avait reçu le soutien du pape Pie XI ; aujourd’hui, il n’est pas sûr que le pape François bénisse leur croisade.

Ces pisse-froid ne supportent pas la nudité quand il s’agit d’un acte militant de dénonciation des conditions sociales ; ce sont d’ailleurs les mêmes qui dénoncent le célèbre tableau de Courbet, L’origine du monde.

Ils sont moins virulents quand il s’agit de dénoncer les prêtres pédophiles, leurs amis harceleurs, les publicités sexistes, les mariages arrangés entre grandes familles. Encore moins quand il faudrait se révolter pour faire échec aux lois liberticides.

Pour exister, ils sont prêts à tout. Y compris à dénoncer ceux qui n’ont plus rien et qui n’ont rien d’autre que leur corps pour lutter.

Car, oui, le corps est aussi une arme de lutte.

Les pisse-froid

Ils maîtrisent mieux le mépris de classe que la connaissance de l’industrie du cinéma ; cela les qualifie pour écrire dans des quotidiens célèbres et de pérorer. Ils étaient bien sûr présents à l’Olympia pour la cérémonie des Césars et ont écrit de longs articles. Hélas.

Pour l’un d’eux « La réouverture des salles de spectacle et des cinémas fut au cœur des allocutions de plusieurs récipiendaires, donnant l’impression un peu agaçante que seuls les professionnels du septième art, prenant l’audience à témoin, avaient souffert de la pandémie. »

Pour un autre, le titre résume tout le reste : « César 2021 : la cérémonie la plus calamiteuse de l’histoire ? » (Avec un point d’interrogation quand même) Mais l’introduction efface l’interrogation : « Entre tribunes politiques tous azimuts et blagues douteuses, la 46eédition de la prestigieuse cérémonie a oublié l’essentiel, de parler de cinéma. »

Un autre s’est caché derrière un pseudonyme pour éructer sur Twitter : « Soirée des Césars : vulgarité, chiant, discours politisé, humour nul, soirée ratée. Bref un meeting de la France Insoumise qui fait que je ne mettrai plus un pied dans une salle de cinéma. »

Ces gens-là sont les pisse-froid du journalisme de salon, des dîners du Siècle, des dîners en ville ou de la proximité avec la bien-pensance.

Les pisse-froid suintent le mépris pour tout ce qui n’est pas conformiste ; certains n’hésitent même pas à cultiver le racisme ambiant, le sexisme et l’homophobie. En revanche, ils n’ont jamais un mot pour dénoncer les prêtres pédophiles ou les puissants harceleurs. La nudité de Corinne Masiero les a choqué, alors que l’ex-SDF a envoyé le message le plus insolent pour être le plus fort à une ministre de la culture aux ordres du libéralisme ; celle qui incarne le capitaine Marleau a asséné que la culture est essentielle, violemment, crûment, que la culture doit parfois choquer pour éveiller les consciences.

Les pisse-froid n’ont pas entendu les mêmes discours sur le cinéma que ceux que j’ai sans doute cru entendre. N’ont-ils pas entendu l’écrivain Pierre Lemaître dire : « Une adaptation au cinéma, ce n’est pas la version imagée d’un livre, c’est une œuvre originale, qui s’inspire d’une autre œuvre, originale. C’est le résultat d’un dialogue entre deux créateurs, dont aucun ne doit sortir vainqueur.L’adaptation réussie, c’est comme un livre, relu par une caméra : tout le monde comprend l’histoire, grâce à un autre regard. Une adaptation ratée, c’est… c’est comme des cinémas fermés pendant des mois, en face d’agences bancaires ouvertes tous les jours. Là aussi, tout le monde comprend l’histoire, à savoir qu’on s’est fait niquer dans les grandes largeurs. »

Pierre Lemaître, écrivain reconnu et homme de culture, lui, a osé utiliser un mot grossier. C’en était trop pour les pisse-froid.

Malaise dans les rédactions

Les journalistes du Parisien, de Paris Match, de Ouest-France et de France 3 Ile-de-France et France 3 Bourgogne-Franche-Comté viennent, en quelques jours, de s’indigner du traitement de l’information dans leurs rédactions respectives par voie de communiqués.

Le malaise est si profond qu’ils ont éprouvé le besoin de l’exprimer en mettant en cause leurs hiérarchies.

Pour les journalistes du Parisien, de Paris Match et de Ouest-France, ce sont les éditoriaux des directeurs de l’information après la condamnation de Nicolas Sarkozy pour corruption et trafic d’influence qui a provoqué leur indignation. Ceux du Parisien reprochent à Jean-Michel Salvator d’exprimer une opinion personnelle, ceux de Paris Match reprochent à Hervé Gattegno d’engager toute une rédaction et de faire du magazine un journal d’opinion. Quant à ceux de Ouest-France, ils reprochent à leur dirigeante, Jeanne Emmanuelle Hutin (fille de François Régis Hutin, le patron du quotidien décédé en 2017, et pompeusement nommée directrice de la recherche éditoriale) un traitement partisan. Et tous, ensemble, de rappeler les règles fondamentales de la presse d’information, le pluralisme et le respect de toutes les opinions. Unanimement, les directeurs de rédaction s’étaient offusqués de la sévérité de la peine infligée à l’ex-président de la République en blâment les juges.

Les journalistes de la rédaction de France 3 Ile-de-France dénoncent, eux, « l’épidémie de micros-trottoirs » ; « c’est devenu systématique, écrivent-ils, après chaque conférence de presse, annonce du gouvernement, déclaration de la mairie de Paris ou polémique (souvent imaginaire). » Leurs collègues de Bourgogne-Franche-Comté ont, eux, dénoncé l’intervention du préfet de Haute-Saône pour les contraindre à suivre le déplacement de Bruno Le Maire à Vesoul et à inviter le ministre dans le journal télévisé.

Le réveil des rédactions est douloureux. Les journalistes découvrent l’utilisation de plus en plus partisane de leurs médias.

L’information est malade en France. C’est ce que j’analyse dans mon livre, ‘’Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit’’, qui sortira dans les prochains jours et dans lequel j’appelle la profession, avec d’autres salariés et d’autres citoyens, à se libérer pour donner à lire, à entendre et à voir une information citoyenne. Mais vraiment citoyenne.

Le cinéma selon Scorsese

Martin Scorsese est le réalisateur américain le plus important de l’époque actuelle. S’il est né à New York, il n’a jamais oublié son ascendance sicilienne, catholique fervente, qui a marqué toute son œuvre immense.

Il a une relation étroite avec le cinéma italien, celui de Fellini en particulier, mais aussi celui des Rossellini, Visconti, De Sica, Antonioni, Bertolucci, c’est-à-dire de son âge d’or. Il parle de leurs œuvres avec un enthousiasme débordant ; il vient de publier un article admirable d’intelligence dans la revue américaine Harper’s Magazine, rendant hommage à ses pairs : « Ces artistes, écrit-il,étaient constamment aux prises avec la question ‘’Qu’est-ce que le cinéma ? »

Scorsese est inquiet de l’évolution du 7eart, en raison, notamment, de l’influence que font peser les plateformes. Il n’élude rien ; même si ses derniers films ont été produits par Netflix.

Il écrit encore que « l’art du cinéma est systématiquement dévalorisé, mis à l’écart, rabaissé et réduit à son plus petit dénominateur commun, le «contenu». Il y a 15 ans à peine, le terme «contenu» n’était entendu que lorsque les gens discutaient sérieusement du cinéma, et il était mis en contraste et mesuré par rapport à la «forme». Puis, peu à peu, il a été de plus en plus utilisé par les personnes qui ont repris les entreprises de médias, dont la plupart ne connaissaient rien de l’histoire de la forme d’art, ou même assez soucieux de penser qu’ils le devraient. «Contenu» est devenu un terme commercial pour toutes les images en mouvement: un film de David Lean, une vidéo de chat, une publicité du Super Bowl, une suite de super-héros, un épisode de série. Il est lié, bien sûr, non pas à l’expérience théâtrale mais au visionnage à domicile, sur les plateformes de streaming qui sont venues dépasser l’expérience cinématographique, tout comme Amazon a dépassé les magasins physiques. D’une part, cela a été bon pour les cinéastes, moi y compris. D’un autre côté, cela a créé une situation dans laquelle tout est présenté au spectateur sur un pied d’égalité, ce qui semble démocratique mais ne l’est pas. Si une vision plus approfondie est «suggérée» par des algorithmes basés sur ce que vous avez déjà vu, et que les suggestions sont basées uniquement sur le sujet ou le genre, alors qu’est-ce que cela fait à l’art du cinéma? »

Après avoir rendu un hommage appuyé à son ami Fellini (« On peut dire beaucoup de choses sur les films de Fellini, mais il est une chose incontestable : c’est du cinéma. Le travail de Fellini contribue largement à définir la forme d’art. »), il lance un appel en direction des plateformes : « nous devons faire comprendre aux propriétaires légaux actuels de ces films qu’ils représentent bien plus que de simples biens à exploiter puis à enfermer. Ils font partie des plus grands trésors de notre culture et doivent être traités en conséquence. »

Pour ces lignes, nous devons un profond respect à Martin Scorsese.

Femmes et hommes ensemble

Journée internationale des femmes (ONU) ? Journée internationale des droits des femmes (gouvernement) ?

Le 8 mars, ce n’est ni l’un, ni l’autre. Ce jour-là est une date symbolique, certes, mais c’est avant tout une journée de lutte, donc d’action, pour les droits des femmes ; journée de lutte qui en appelle d’autres tant les droits des femmes sont encore loin d’être reconnus, à l’école, au travail, dans la famille, dans le vie politique.

Il est donc essentiel de rappeler que cette journée a été lancée aux Etats-Unis en 1909 par le Parti socialiste d’Amérique. Puis, en 1910 à Copenhague, Clara Zetkin du Parti social-démocrate d’Allemagne, fit adopter une journée internationale des femmes à l’occasion de la IIe conférence internationale des femmes socialistes.

Ensuite, la Deuxième Internationale adopta une résolution selon laquelle « les femmes socialistes de tous les pays devraient l’organiser en collaboration avec les organisations politiques et syndicales ». Les revendications des femmes socialistes ont encore des résonnances aujourd’hui : droit de vote, droit au travail et fin des discriminations au travail, refus du harcèlement, etc.

Plus d’un siècle plus tard, on mesure le chemin restant à parcourir pour que la moitié de l’humanité obtienne les mêmes droits que l’autre moitié.

La journée va être ponctuée par de nombreuses déclarations des hommes de pouvoir (politique et économique), la main sur le cœur pour dire toute leur détermination à remédier à la situation actuelle des femmes. Mais, nous savons d’expérience, que demain sera un autre jour et que les droits des femmes seront promis pour demain ou après-demain.

Tous les progressistes sont concernés par la symbolique de cette journée du 8 mars, une journée d’origine socialiste et progressiste que les capitalistes et néo-libéraux combattent au quotidien.

Alors, c’est tous ensemble, hommes et femmes, dans les luttes et les actions au quotidien que les droits des femmes seront conquis.

L’exemple de Rodez

La liste des suppressions d’emplois s’allonge inexorablement, chaque jour. Les médias ne parlent que des plans dits sociaux les plus importants, faute de recenser la liste des artisans, commerçants, paysans contraints d’arrêter leurs activités.

Triste spectacle de désolation !

La pandémie est mise à contribution pour justifier l’injustifiable, c’est-à-dire pour les plus importantes entreprises le maintien des dividendes à un niveau indécent ; les salariés étant de plus en plus la variable d’ajustement.

Dernière catastrophe annoncée, la suppression de 750 des 1700 emplois dans l’usine Robert Bosch de Rodez.

Pour la ville de Pierre Soulages (25 000 habitants et 50 000 dans l’agglomération) à moins de 150 kilomètres de Toulouse, il s’agit de la mort annoncée du plus gros employeur industriel du département de l’Aveyron. Il y a fort à parier que le gouvernement français a fait pression sur le groupe pour ne pas annoncer la fermeture d’un site où le candidat Emmanuel Macron s’était rendu en 2017 ; qu’en sera-t-il après l’élection présidentielle de 2022 ?

Le cas de Bosch à Rodez est exemplaire. Le groupe Bosch est géré par une fondation et ne distribue pas de dividendes, seuls les membres de la famille, héritiers du fondateur Robert Bosch, touchent une part infime des bénéfices sous forme de rente.

Les bénéfices sont reversés à la fondation après que les dirigeants aient évalué les sommes nécessaires aux investissements et à la recherche et développement.

Ces mêmes dirigeants tentent de justifier leur décision à Rodez en raison de la spécialisation de l’usine qui produit exclusivement des composants pour moteur diesel (bougies de préchauffage et injecteur, notamment). L’argument est un peu court ; en effet, l’abandon des moteurs diesel est en question depuis plusieurs années et Bosch n’a pas pris la peine d’orienter la production vers d’autres produits.

Si Bosch ne verse pas de dividendes, un capitaliste reste un capitaliste, qu’il soit Allemand, Français ou Américain. L’usine ne répond plus à son marché : on ferme.

Pauvres salariés de Bosch à Rodez, où retrouveront-ils du travail dans une région qui souffre de la récession dans l’aéronautique ? Pauvre commune de Rodez qui va voir partir sa plus grosse usine. Pauvres commerçants qui vont baisser le rideau faute de clients. Le musée Soulages ne suffira pas à éviter la désertification de la ville.

On attend une réaction du Haut-commissaire au plan, François Bayrou : que fait-il pour relancer l’industrialisation de la France ? 

Terrible passé colonial

Il a fallu vingt ans pour que la France reconnaisse que l’avocat et militant nationaliste algérien Ali Boumendjel a été assassiné le 23 mars 1957. Vingt ans après l’aveu du général tortionnaire Paul Aussaresses reconnaissant son implication dans ce meurtre, maquillé et déclaré comme un suicide.

La France des Lumières ne sera jamais celle de celui qui se faisait appeler le commandant O, qui a pratiqué la torture sans regrets, ni remords.

Certes, Emmanuel Macron a été celui qui a osé reconnaître officiellement cette triste page de l’histoire coloniale de la France (après avoir également reconnu le meurtre de Maurice Audin trois mois plus tard, le 21 juin 1957). Mais le communiqué de l’Elysée aurait mérité d’aller plus loin. Dire que : « Au cœur de la Bataille d’Alger, il fut arrêté par l’armée française, placé au secret, torturé, puis assassiné le 23 mars 1957. », n’est pas à la hauteur de faits avérés depuis des décennies. L’aveu est trop timide. Macron ne veut pas effrayer les partisans de l’Algérie française (il y en a encore) et la droite revancharde. On se demande pourquoi.

D’autres Algériens assassinés par les militaires français attendent d’autres aveux ; pourquoi cette politique des petits pas ?

Macron a ajouté que le travail de vérité « sera prolongé et approfondi au cours des prochains mois. »  On sent comme un malaise, ressenti aussi par les historiens qui se heurtent à des tracasseries pour avoir accès aux archives.

La vérité historique finira pas éclater ; mais elle gêne encore dans un contexte où l’autre, quel qu’il soit, est présenté comme un délinquant, où être Arabe est encore un obstacle dans la vie quotidienne pour de nombreux citoyens.

On attend la suite avec impatience. Il faut reconnaître toutes les exactions commises au nom de la France dans des terres qui n’étaient pas les siennes.

Khashoggi et Mumia

Joe Biden, dit La tribune, « bouscule déjà les équilibres des alliances régionales et redessine la stratégie des Etats-Unis au Moyen Orient. Le président américain s’attaque désormais à l’affaire Khashoggi en mettant directement en cause le prince héritier Mohammed ben Salmane dans ce meurtre. »

Biden, donc, a permis de rendre public un rapport de la CIA sans ambiguïté, dans lequel on peut lire : « Nous estimons que le prince héritier d’Arabie saoudite Muhammad bin Salman a approuvé une opération à Istanbul, en Turquie, pour capturer ou tuer le journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Nous basons cette évaluation sur le contrôle du prince héritier sur la prise de décision dans le royaume depuis 2017, l’implication directe d’un conseiller clé et des membres du service de protection de Muhammad bin Salman dans l’opération, et le soutien du prince héritier à l’utilisation de mesures violentes pour faire taire les dissidents à l’étranger, y compris Khashoggi. Depuis 2017, le prince héritier exerce un contrôle absolu sur les organisations de sécurité et de renseignement du Royaume, ce qui rend hautement improbable que des responsables saoudiens aient mené une opération de cette nature sans l’autorisation du prince héritier. »

Le rapport, très court, précise cependant que l’équipe chargée de l’élimination de Khashoggi était dirigée par Saud al-Qahtani, « un proche conseiller de Muhammad bin Salman, qui a déclaré publiquement à la mi-2018 qu’il n’avait pas pris de décisions sans l’approbation du prince héritier. » Puis, il révèle les noms des personnes impliquées, soit « sept membres du service de protection individuelle d’élite de Muhammad bin Salman, connu sous le nom de Force d’intervention rapide (RIF). Le RIF – un sous-ensemble de la Garde royale saoudienne – existe pour défendre le prince héritier, ne répond qu’à lui et avait directement participé à des opérations antérieures de répression des dissidents dans le Royaume et à l’étranger sous la direction du prince héritier. Nous jugeons que les membres du RIF n’auraient pas participé à l’opération contre Khashoggi sans l’approbation de Muhammad bin Salman. »

On appréciera le geste de Joe Biden ; on regrettera cependant qu’aucune sanction ne soit prise à l’encontre du prince héritier qui a du sang sur les mains. En revanche, on appréciera moins l’attitude du président américain qui n’a pas encore cru bon de faire un geste en direction de quelques prisonniers qui croupissent dans les gêoles et sont actuellement en danger. C’est le cas de Mumia Abu Jamal, qui clame son innocence depuis 40 ans, dont 30 passés dans le couloir de la mort.

Mumia aurait été contaminé par le Covid19 dans sa prison de Mahanoy (Pennsylvanie) et, compte tenu de son âge 67 ans), on craint le pire.

Biden rest silencieux alors qu’un journaliste américain a dénoncé l’utilisaiton de la pandémie par les autorités comme une forme « d’exécution silencieuse ».

Si Biden veut vraiment faire oublier les années Trump, il doit aussi agir pour les victimes d’une justice raciste qui sévit encore dans certains états de l’Union.

Mumia vaut bien Khashoggi !

Poudre sèche

Bruno Le Maire a semble-t-il l’écriture facile, à défaut d’être brillante. En 2016, candidat à la primaire de la droite, il avait sorti un programme de 1000 pages (que personne n’avait lu). On en veut pour preuve le résultat inversement proportionnel à l’épaisseur du volumineux document : arrivé en 5eposition, il n’avait récolté que 2,4 % des votes. Cela ne l’avait pas empêché d’être nommé ministre par Emmanuel Macron, lequel n’avait sans doute pas lu le programme de son ministre de l’économie, des finances et de la relance.

A propos de relance, notre ministre ‘’pisse-copie’’ a des idées saugrenues ; il proclame vouloir inciter les Français à dépenser leur épargne, c’est-à-dire tout cet argent non dépensé pour cause de confinement, de restrictions de déplacement, de télétravail, etc.

Notre ministre va donc imaginer des dispositifs incitatifs ; on doute du résultat. Les Français sont inquiets pour leur avenir et pour celui de leurs enfants et ce ne sont pas les exhortations de Bruno Le Maire qui vont éloigner les peurs du chômage et du lendemain.

Bruno Le Maire cherche de l’argent pour faire face aux échéances quand les caisses de l’Etat ont été désespérément vidées par les somptuaires ‘’aides aux entreprises’’. Mais que ne regarde-t-il pas du côté des riches ?

On apprend aujourd’hui que le capital en stock des fonds d’investissement a atteint un niveau record en 2020 dans le monde avec 2900 milliards de dollars. Le Monde annonce sans forfanterie : « Buffett ne sait plus quoi faire de son argent » ; le milliardaire américain (90 ans) aurait, lui, une « trésorerie, qui atteint tout de même 138 milliards de dollars, totalement liquide, mobilisable rapidement en cas de besoin ». On peut imaginer sans trop se tromper que les fortunes françaises, à l’image de celle de Bernard Arnault, ont, elles aussi, des trésoreries conséquentes totalement liquides et mobilisables rapidement.

Cet argent que les capitalistes appellent la ‘’poudre sèche’’ est immédiatement disponibles pour soulager les Français qui souffrent. Pourquoi donc Bruno Le Maire n’y puiserait-il pas ? Les sommes sont bien plus importantes que l’épargne des salariés inquiets ?

Mais, pour Bruno Le Maire, faire payer les riches n’est sans doute qu’un slogan d’islamo-gauchistes ou de syndicalistes aigris et idéologues. En gros de la poudre aux yeux. A ne pas confondre avec la poudre sèche.

Trouble

Damien Mascret, médecin, a fait des études de journalisme à l’ESJ de Lille (pas la plus mauvaise école). Il a collaboré au Figaro, à Franceinfo et depuis quelques mois, on peut le voir chaque jour dans les différents journaux de France Télévisions.

Quelques curieux ont ressorti sur les réseaux sociaux un article du ‘’célèbre’’ médecin-journaliste paru dans Le Figaro du 25 février 2020 ; il y a un an.

Le titre ? « La France est l’un des pays les mieux préparés à faire face au coronavirus ».

Le début de l’article ? « Il n’y a plus, en France, de malades du Covid-19 a annoncé, lundi, le ministre de la santé, Olivier Véran. Ce qui n’empêche pas notre pays de se préparer à l’éventualité d’une épidémie. Et, si les préparatifs se sont intensifiés, ils ne datent pas d’aujourd’hui. En octobre 2019, un rapport d’experts indépendants portant sur l’état de préparation aux épidémies de l’Hexagone était plutôt rassurant. Selon ce rapport, la France se classe en effet à la 11e place des pays les mieux préparés dans le monde pour faire face à une pandémie, avec un score de 60,9 sur 100. Ce score, appelé index GHS, a été créé par deux organisations non gouvernementales, la Nuclear Threat Initiative (NTI) et le Johns Hopkins Center for Health Security, avec la collaboration de l’équipe d’intelligence économique deThe Economist. »

Le médecin-journaliste volait alors au secours de la communication d’Emmanuel Macron. Il ne faut pas le seul, hélas. Il s’est lourdement trompé au vu de la politique désastreuse d’un pouvoir qui, depuis le début de la pandémie, dit tout et son contraire.

Est-ce pour son alignement sur la politique gouvernementale qu’il a été recruté pour donner son avis chaque jour sur les antennes du service public ?

Où il est prouvé que communication et information sont vraiment inconciliables et que le journaliste doit vérifier ses sources.

J’avoue être troublé !

L’Argent

Coïncidences de l’actualité, deux titres de nouvelles viennent d’attirer mon attention en s’entrechoquant : « Quand TF1 vend ses journalistes et animateurs sur catalogue » et « Plus de 6500 travailleurs migrants sont morts au Qatar depuis l’attribution du Mondial ».

A priori, rien ne relie ces deux informations. Et, pourtant, il m’est venu aussitôt à l’esprit que décidément l’argent est, comme l’écrivait Emile Zola dans le dix-huitième volume de la série des Rougon-Macquart, intitulé fort à propos L’Argent, « Ah ! L’argent, cet argent pourrisseur, empoisonneur qui desséchait les âmes, en chassait la bonté, la tendresse, l’amour des autres ! »

Pourquoi ?

Dans le premier cas, c’est le magazine Capital qui révèle que TF1 a réalisé un catalogue, un trombinoscope comme on dit aujourd’hui, de ses meilleurs animateurs et journalistes, les proposant aux entreprises pour animer événements, séminaires, colloques, etc. Le prix de chaque prestation est fonction de la notoriété de chacun et on apprend que le tout est géré par une filiale de la chaîne Bouygues, TF1 Factory, qui, au passage prend entre 10 et 15 % du cachet. La fameuse filiale a d’ailleurs passé accord avec le groupe des casinos Barrière pour lancer une offre baptisée Corporate Broascast, « une solution d’événements digitaux » comme on peut le lire sur le site de TF1 Factory.

Animer des événements organisés par des entreprises, cela s’appelle des ‘’ faire des ménages’’, une activité vivement condamnée dans la profession en raison des soupçons d’atteintes à l’indépendance de ceux qui traient de l’information. L’éthique des journalistes ne souffre aucune entorse.

Dans les années 1990, la direction de TF1 avait déjà émis l’idée de ponctionner un pourcentage sur les collaborations extérieures de ses journalistes. Aujourd’hui, elle franchit un pas supplémentaire dans sa cupidité et sa volonté de contrôler étroitement ses salariés. Mais aussi l’information en piétinant les principes professionnels.

Je reste néanmoins ébahi que d’aussi éminents journalistes se prêtent à ce jeu-là !

Dans le deuxième cas, le quotidien britannique The Guardian nous apprend que « Depuis l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar en 2010, 6500 travailleurs migrants sont décédés, dont un certain nombre sur les chantiers de construction et de rénovation des enceintes qatariennes. Selon plusieurs sources gouvernementales, en moyenne douze ouvriers décèdent chaque semaine. Ces derniers sont originaires du Sri Lanka, du Pakistan, d’Inde, du Bangladesh et du Népal. Les fortes chaleurs pendant une grande partie de l’année sont la cause principale des décès, au même titre que les blessures causées par une chute et les insuffisances cardiaques. »

La mort épargne les qataris : ils ne travaillent pas mais font travailler des ouvriers-esclaves, auxquels on a retiré leur passeport  et on ne reconnaît aucune règle sociale.

Le gouvernement ne s’émeut guère ; selon lui, « le taux de mortalité  (…) se situe dans la fourchette prévue pour la taille et la démographie de la population. » Odieux.

Mais plus odieuse encore est la réaction de la Fédération internationale de football : « La fréquence des accidents sur les chantiers de la Coupe du monde de la FIFA a été faible par rapport à d’autres grands projets de construction dans le monde ».

La gloire et la reconversion pour le Qatar et l’argent des sponsors pour la FIFA ne s’arrêtent pas à de tels détails. Odieux.

Emile Zola qui avait beaucoup étudié avant d’écrire L’Argent, avait vu juste : l’argent pourrit tout et empoisonne tout.

Lotte Eisner

Qui connaît encore Lotte Eisner ? Qui a regardé hier sur Arte le très beau (et intelligent) documentaire sur cette grande dame ?

Ceux qui l’ont approché ont tous, sans exception, été séduit pas sa gentillesse, son intelligence, sa connaissance du cinéma et son érudition. Elle a été l’amie de tous les grands réalisateurs, des frères Lumière à Luis Bunuel en passant par Eisenstein ou Hitchcock. Elle pouvait parler de tous et de tous leurs films.

Je ne prétends pas l’avoir connue, mais je l’ai croisée à Dijon lors de la réunion annuelle de programmation des séances décentralisées de la Cinémathèque qui lui doit tant. J’avais été ébloui par cette petite femme et j’étais tombé sous son charme.

Henry Langlois, le fondateur de la plus belle cinémathèque du monde (avec Georges Franju), avait été conquis par l’aura de cette grande dame, qui avait fui le nazisme et il ne s’était pas trompé en l’engageant dans cette grande et folle aventure. Ensuite, il l’avait sauvée de la déportation et leur collaboration a permis de constituer la plus belle collection d’objets du cinéma et de films qui soit, y compris dans des brocantes.

Elle a beaucoup écrit et j’avais eu la chance de découvrir son œuvre majeure, L’écran démoniaque, dans la bibliothèque du ciné-club du lycée Carnot à Dijon, animé par un professeur d’exception, eux aussi, Michel Cégretin. Livre qui, aujourd’hui encore, fait référence.

Il fallait le culot de la chaîne franco-allemande pour rendre enfin l’hommage qui lui est dû à Lotte Eisner, femme d’exception, qu’on ne peut pas oublier quand on a eu la chance de la croiser.

Praud et l’information selon Bolloré

Vincent Bolloré, catholique intégriste, avait fait le ménage à iTélé et il en a changé à la fois le nom, ses journalistes et ses présentateurs. Résultat, CNews est aujourd’hui la chaîne la plus engagée à droite (et même à l’extrême droite) du PAF, en gros l’équivalent de Fox News aux Etats-Unis. La comparaison n’est même pas osée.

Bolloré avait également coupé des têtes à Canal+ et supprimé des émissions comme les Guignols de l’info ; aujourd’hui, il a encore repéré quelques trublions qui ont eu l’audace de signer une pétition pour manifester leur solidarité à un collègue licencié. Virés sans état d’âme.

Pas très catholique cette manie de virer les salariés contestant l’arbitraire ! On se dit que son directeur de conscience, le curé traditionnaliste Gabriel Grimaud, doit avoir du mal à l’absoudre dans le secret de la confession.

Si la chaîne iTélé provoquait des aigreurs d’estomac à Vincent Bolloré qui, du coup, avalait ses hosties de travers, avec CNews, il est aux anges. Par exemple, avec Pascal Praud, il a un journaliste très à droite et qui assure ce qu’on appelle le buzz. L’homme a pas mal bourlingué avant d’atterrir à CNews ; là, il s’éclate. Du genre, ‘’les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît’’, comme disaient les Tontons flingueurs et Michel Audiard.

Comme il ne manque pas de culot ce Praud, il a osé tonitruer et dénoncer l’émission de Karim Rissouli, C ce soir sur France 5, qui avait eu l’audace d’inviter l’historien et chercheur au CNRS Pascal Blanchard pour parler de l’islamo-gauchisme, lequel avait vivement critiqué les déclarations de Frédérique Vidal.

Praud a affirmé sans vergogne que les éditorialistes dénonçant les islamo-gauchistes sont interdits d’antenne sur les chaînes du service public. Il avait ajouté : « C’est ça qui est fascinant sur le service public ! Je peux vous faire le programme tous les soirs d’une émission que je commence à regarder sur France 5, à 22h30. C’est de la propagande !(…)Je rappelle quand même que le service public, c’est juste les impôts des Français ! C’est important de le dire ! Toutes les chaînes privées, elles font ce qu’elles veulent ! Mais la propagande sur le service public, c’est juste l’argent des Français ! »

En ce qui concerne la propagande, Pascal Praud en connaît un rayon. Lui, il officie sur une chaîne privée et prétend faire ce qu’il veut. Ne serait-ce pas plutôt ce que Vincent Bolloré veut.

On n’est pas obligé de regarder CNews et Pascal Praud, mais on peut redouter de voir l’empire de Bolloré s’étendre encore, en annexant Europe1 et d’autres supports. Au risque de n’avoir plus que l’information intégriste de Bolloré à disposition.

L’esprit de meute

Quelle bouffée d’air les billets de François Morel le vendredi à 8h55 sur France Inter ! Il égratigne, il dénonce, mais avec le sourire et une bonne dose d’humour. Et son mérite est grand car cultiver l’ironie vacharde sur des sujets graves n’est pas donné à tout le monde.

Donc, vendredi, François Morel a parlé de la hiérarchie de l’information ; il a frappé fort, y compris sur France Inter. Son billet était titré ‘’L’esprit de meute’’, une leçon de journalisme en deux minutes.

En voici l’essentiel, mais le lecteur en savourera toute la finesse en se reportant sur le site de la radio publique pour l’entendre. L’interview du chien d’Olivier Duhamel (non retranscrite ici) en vaut la peine.

« L’autre jour, j’écoutais France Inter. Ça m’arrive.

C’était les informations. On a entendu un reportage de la plus brûlante urgence sur le voisinage d’Olivier Duhamel. Des voisins qui, en gros, disaient « il est pas spécialement aimable, il ne dit pas bonjour ».

Moi, c’est pareil. J’ai un voisin qui dit pas spécialement bonjour. Jusque là je n’ai jamais pu le dire publiquement car il semblerait qu’il n’ait encore jamais trempé dans aucune affaire de mœurs. Mais j’attends mon heure. Si l’occasion se présente, j’aime autant vous dire que je saurais quoi répondre au journaliste qui viendra m’interroger. Lui, il a torturé ses enfants, violé son chien, battu sa femme ? Ca ne m’étonne pas : il disait jamais bonjour.

Qu’est-ce qui différencie le service public d’une chaîne commerciale ? C’est sûrement la capacité à savoir hiérarchiser l’information. Le sens de l’urgence.

Des fois franchement, on s’embête à expédier des grands reporters en Syrie ou en Ukraine. Ça coûte cher. Les journalistes sont obligés d’obtenir des attestations parce qu’ils ne sont pas rentrés à la maison avant 18h alors qu’il suffit qu’ils aillent dans le 5éme arrondissement afin d’interroger les voisins d’Olivier Duhamel et pouvoir ainsi apporter de toute urgence leur pierre au grand débat né du livre de Camille Kouchner.

Au Parisien également, ils ont leurs envoyés spéciaux. Ca permet d’apprendre plein de choses instructives (…) Dans M, le magazine du Monde, samedi dernier, il y a aussi eu, un reportage captivant sur 6 pages et sur Sanary-sur-Mer pour dire que la famille se mêlait peu à la vie de la ville. Si par hasard, on avait aperçu Olivier Duhamel l’été dernier dans le PMU du port en train de gratter un Black Jack, ça aurait sûrement fait l’objet d’un numéro spécial.

Ce que ces reportages disent des relations toxiques entre adultes et enfants, de la pédophilie ? Bah… En revanche, ce qu’ils disent du lynchage, de l’esprit de meute et de cette volonté dégoûtante de vouloir toujours mettre sa propre vertu en avant… »

Merci François Morel et à vendredi prochain.

Islamo-gauchisme

La ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, n’est pas une sotte. Du moins, l’imagine-t-on. Biochimiste, elle a été présidente d’université.

En revanche, elle se distingue, en tant que ministre, par une incurie rare et, en tant que femme politique, par une faculté à dire n’importe quoi.

Son bilan est globalement négatif !

Un procès lui est intenté après avoir demandé au CNRS une étude scientifique sur l’islamo-gauchisme à l’université, aussitôt dénoncé par la Conférence des présidents d’université et par le CNRS lui-même, réaffirmant que « l’islamo-gauchisme, slogan politique utilisé dans le débat public, ne correspond à aucune réalité scientifique ». Procès totalement justifié et qui devrait conduire à sa démission (personne dans le monde universitaire et de la recherche ne la regrettera). Mais ce procès ne doit pas être celui de la seule Frédérique Vidal. Elle n’a fait que répéter ce qui se dit dans les milieux de la droite fascisante et jusqu’au gouvernement. Le Figaro y a largement contribué, comme d’autres ex-nouveaux philosophes, mais aussi nombre de ministres, comme Jean-Michel Blanquer qui, en octobre 2020, osait déclarer sur Europe 1 : « Ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme fait des ravages. Il fait des ravages à l’université, il fait des ravages quand l’UNEF cède à ce type de chose, il fait des ravages quand dans les rangs de La France insoumise, vous avez des gens qui sont de ce courant-là et s’affichent comme tels. Ces gens-là favorisent une idéologie qui, ensuite, de loin en loin, mène au pire ».

Gérald Darmanin a volé en toute hâte au secours de sa collègue au gouvernement, lui qui avait répondu à Alexis Corbière, député LFI en octobre 2020 à l’Assemblée nationale : « Je ne m’explique pas qu’un parti comme le vôtre, qui a dénoncé pendant longtemps l’opium du peuple, en soit désormais lié avec un islamo-gauchisme qui détruit la République. » Aucun ministre n’a été désavoué, ni Darmanin, ni Vidal, ni le perroquet de Darmanin, Marlène Schiappa, qui a ajouté son couplet.

Les cerveaux sont atteints, y compris à gauche ; n’est-ce pas e prétendu socialiste Bernard Cazeneuve qui avait, lui aussi, dénoncé les lâchetés de l’islamo-gauchisme après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine.

Pour Frédérique Vidal (et les autres), il ne s’agit donc pas d’un dérapage, mais bien d’une déclaration reprenant la stratégie et les mots de la politique gouvernementale. Et c’est en cela que cette sortie de la ministre est inquiétante : elle gagne tous les ministres, tous les milieux de la droite réactionnaire, quelques politiciens égarés à gauche. C’est en cela qu’elle illustre la stratégie de Macron pour la campagne de l’élection présidentielle et sa course à l’échalote avec Marine Le Pen.

Pour revenir à Frédérique Vidal, elle semble avoir oublié qu’elle fut une enseignante-chercheuse, elle est indigne de la fonction de ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Mais elle n’est pas la seule.

Les sept démocrates

Ils sont sept sénateurs Républicains à avoir voté la destitution de Donald Trump ; les 43 autres ont absout le milliardaire fou, malgré les preuves indubitables produites par l’accusation.

Ils se sont placés du côté des suprémacistes blancs, des néo-nazis, des ex-membres du Ku Klux Klan qui ont pénétré dans le Capitole pour saccager, sous l’œil bienveillant de quelques policiers favorables à leurs thèses racistes et complotistes. Ils vont porter une lourde responsabilité devant l’histoire.

Trump et ses suppôts, les manifestants comme les 43 salopards qui l’ont soutenu sont une honte pour les Etats-Unis.

Trump acquitté, c’est la victoire du racisme et du fascisme rampant.

Le pantin arrogant et imbécile qui a gouverné la première puissance mondial à coup de tweets ne s’y est pas trompé en déclarant aussitôt après le vote du Sénat, depuis sa somptueuse demeure de Floride (avec golf privé) :

« Notre mouvement magnifique, historique et patriotique, Make America Great Again, ne fait que commencer (…) Dans les mois qui viennent, j’aurai beaucoup de choses à partager avec vous et suis impatient de continuer notre incroyable aventure pour la grandeur de l’Amérique ».

Ces phrases sont terribles ; elles sont une invitation à continuer à refuser le résultat électoral et à manifester violemment contre la présidence de Joe Biden (qui, malgré son passé, pourrait apparaître sympathique).

Ce qui vient de se passer aux Etats-Unis est à méditer par le peuple de gauche en France, au moment où certains comme l’inénarrable Bruno Le Maire estiment possible une victoire de Marine Le Pen en 2022.

N’est-ce pas déjà un signe envoyé à un électorat de droite pour justifier un ralliement de politiciens de droite (Parti Républicain et République en marche) à un gouvernement dirigé par la présidente du Rassemblement national ?

Y aurait-il, dans cette perspective, sept démocrates pour refuser un pacte de la honte ? Ou n’y aurait-il pas plutôt des émules des 43 salopards pour conserver un fauteuil ministériel, comme en Italie ?

Perspective abracadabrantesque ? Ou prémonition ?

Peter Handke

Pourquoi avoir voulu relire Mon année dans la baie de Personne de Peter Handke ? Parce qu’il a reçu le prix Nobel en 2019 ? Parce que ce livre est considéré comme son grand œuvre ? 

J’avoue : ce n’est pas mon livre préféré de Handke. Cette nouvelle lecture me l’a confirmé.

Ô, certes, je suis toujours émerveillé par son écriture et par ses descriptions ; mais j’ai eu toutes les peines du monde à entrer à nouveau dans ce ‘’Conte des temps nouveaux’’ (son sous-titre). Le malaise est toujours aussi grand qu’après la première lecture, il y a quelques années.

Peut-être parce que le monde du plus Français des auteurs autrichiens et ses réflexions sur la vie ne sont pas les miens. S’il pose beaucoup de questions sur le sens de la vie, ses relations aux autres, notamment celles du narrateur avec sa femme et son fils, Handke m’interpelle. Au fond, j’y ai vu un certain égoïsme et une forme d’égocentrisme, à moi inconnus. Il décrit le monde qui l’entoure, ces collines de la banlieue parisienne, comme un entomologiste pointilleux mais avec détachement, presque avec dédain. Il ne se mêle pas à la vie sociale, préférant la banalité de sa vie recluse (ou presque) ; il se complaît dans la forêt (alors, là, quelles pages merveilleuses dans lesquelles aucun détail ne lui échappe) et s’exclut de la vie quotidienne. Malgré ses rencontres avec des SDF, malgré ses sept amis, malgré le banquet final dans la  »baie de Personne ».

Peter Handke est spectateur du monde. Posture facile qui me hérisse.

Au total, livre étrange qui m’a fait encore mieux apprécier ses autres œuvres comme La femme gauchère, L’angoisse du gardien de but au moment du pénalty, par exemple.

Les Guignols de l’info

La lecture de la chronique de Samuel Gontier sur Télérama devrait être obligatoire et recommandée par les médecins ; le rire est dans notre contexte le meilleur médicament. Le journaliste a du talent pour décrypter les émissions dites d’information avec saveur et humour. Surtout celles des chaînes d’information comme BFM TV, LCI et CNews.

La vacuité des propos des fameux éditorialistes est relevée avec à propos ; leur grotesque adoration pour Emmanuel Macron est dévoilée sans tomber dans la caricature gratuite.

Dans une récente chronique, donc, Samuel Gontier a regardé l’émission de BFM TV animée par Olivier Truchot. J’en ai relevé un extrait qui doit vous donner, amis lecteurs, d’en lire davantage.

« Le bandeau interroge ingénument :« Macron, maître du Covid ? »Mais bien sûr. Rien qu’à entendre prononcer le nom de Macron, le Covid19 court se réfugier dans les pays voisins.Olivier Truchot demande:« Est-ce qu’Emmanuel Macron pourrait être le vainqueur politique de cette pandémie ? » Une chose est sûre, le vainqueur ne se trouve pas parmi ses 80 000 morts. « Sa stratégie depuis le début,répond Alain Duhamel, c’est le risque maximum. » Coïncidence, le président lui-même aime à dire qu’il« prend [son] risque ».C’est pourquoi l’éditorialiste l’appelle modestement« Emmanuel le hardi ».« Il décide, il assume, il incarne. »Il décide, c’est certain. Sans prévenir personne, c’est plus sain. Il assume… en se défaussant sur les administrations qu’il a lui-même dépouillées. Et il incarne… en envoyant Jean Castex annoncer qu’il n’y aurait pas de re-reconfinement. »

A croire que si Vincent Bolloré a eu la peau des Guignols de l’info, ils ont trouvé refuge sur les chaînes d’information.

République bananière ou démocratie ?

L’actualité m’oblige à m’interroger sur le régime dans lequel la France s’enfonce avec Emmanuel Macron. On apprend que le ministère de l’économie et son titulaire, Bruno Le maire, ont fait appel à deux cabinets de conseil, McKinsey et Accenture, pour savoir comment faire au moins 1 milliard d’euros d’économie d’ici à 2003. Puis que le ministère des solidarités et de la santé a fait appel, lui aussi, à des cabinets de conseil ; mais Olivier Véran, le ministre, a confié des missions non pas à deux cabinets mais à 7, pour un coût de 11,35 millions d’euros depuis le 12 mars dernier. Là il s’agissait de missions de gestion de la crise du Covid19.

Il se trouve que dans les deux ministères on retrouve curieusement le cabinet McKinsey, très lié au président de la République.

Les affaires du pays sont sous-traitées par des cabinets privés, au mépris des prérogatives de l’administration (réduite à la gestion courante) et, surtout, du Parlement ; députés et sénateurs se sont d’ailleurs offusqués de cette dérive.

Au moins aussi saugrenue l’idée d’organiser à une heure de grande écoute, sur une chaîne publique, France 2, un prétendu débat entre le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et la présidente du parti héritier du Front National, Marine Le Pen.

De qui se moque-t-on ? Comment peut-il y avoir débat entre deux personnalités politiques aussi proches sur tous les sujets ?

En réalité, il s’agit d’une ‘’commande’’ de l’Elysée qui ne trompe pas. Le Monde n’écrit-il pas : « Le chef de l’Etat tente de construire une digue sur son flanc droit, afin que les électeurs ne lui préfèrent pas la députée du Pas-de-Calais ». Car Macron est persuadé que le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2022 se résumera à un duel avec Marine Le Pen.

Le prétendu ‘’débat’’ démontre que le service public de l’audiovisuel est sous la tutelle de l’Elysée ; l’usage qui en est fait devant servir les fins visées par le locataire actuel. Les deux journalistes-animateurs, en se prêtant à ce mauvais jeu, sont réduits à un minuscule rôle d’agents de communication.

On est très loin du gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Mais plutôt dans une république bananière. Devrions-nous l’accepter tel qu’il est, c’est-à-dire dévoyé ?

L’observatoire des multinationales vient de publier un autre acte d’accusation : ‘’Lobbys contre citoyens. Qui veut la peau de la convention climat ?’’ dans lequel il expose comment les industriels ont réussi leur travail de sape des conclusions de la Convention citoyenne pour le climat. Il met au jour le pouvoir économique et financier des multinationales.

Contrairement au débat de France 2, le rapport éclaire les citoyens sur les véritables enjeux. Ceux-ci sont à bien connaître si nous voulons reconquérir la démocratie et sortir des lois du marché et des jeux politiciens.

L’eau ? Un actif financier !

Les Echos, le quotidien économique de Bernard Arnault, vient de faire une découverte stupéfiante ; dans un article de l’édition du jour, un journaliste titre un article : « Comment l’eau est devenue un actif financier » et écrit : «  Le Nasdaq et le Chicago Mercantile Exchange viennent de lancer des contrats à terme sur l’eau, faisant d’elle une matière première comme une autre. »

Les Echos découvre la lune et sert à ses lecteurs une information qui n’est pas de la première fraîcheur. En effet, le Céréopa (Centre d’étude et de recherche sur l’économie et l’organisation des productions animales), un bureau d’études à but non lucratif ‘’au service de la compétitivité durable des agro-activités’’, créé en 1969 au sein d’AgroParisTech, écrivait dès le 18 décembre dernier sous le titre « L’eau, une commodité comme une autre ? » : « Le 7 décembre 2020, l’eau est devenue un actif financier, au même titre que le maïs, le charbon, le cuivre ou le pétrole. Pour la première fois, ce bien commun peut être négocié sur le marché à terme du Chicago Mercantile Exchange.NQH2O, c’est sous ce nom de code que le tout premier contrat réglementé et négocié de l’eau a vu le jour. Officiellement, il doit aider les agriculteurs, les municipalités et autres utilisateurs d’eau en Californie, à se protéger contre les fluctuations de prix de la ressource la plus précieuse du monde. Il pourrait également servir d’outil de gestion du risque pour les investisseurs face à la sécheresse et au changement climatique, à moins qu’il ne devienne un pur outil de spéculation ! »

Les Echos n’ont jamais que deux mois de retard sur l’information !

Patricia Le Cadre, directrice du pôle alimentation et productions animales du Céréopa, écrit : « Certains estiment que ce contrat, très localisé, ne serait pas suffisamment liquide pour attirer des investisseurs. Pourtant, on peut aisément imaginer que d’ici quelques années, le prix de l’eau vendue dans l’ensemble du monde par des multinationales soit indexé sur NQH2O. Car si une chose semble sûre, c’est que la pression va s’accentuer autour de ce bien. » Et elle conclut : « Le risque est bel et bien de voir le prix de l’eau s’envoler, car il n’existe pas de force de rappel sur ce genre de produits. »

L’eau, ce bien commun, n’est pas une marchandise, faut-il le rappeler avant que les fonds d’investissement ne fassent main basse pour la transformer en actif financier. Au détriment des moins riches, des pays pauvres et de la planète.

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