Les patrons aiment les ‘’dîners en ville’’, dans les meilleurs restaurants, cela va de soi.
On fait ripaille, on boit les meilleurs vins, on remplit son carnet d’adresses. Mais pas que cela : on se tape sur le ventre entre deux plats et on s’échange les astuces les plus crasses pour contourner le droit du travail (et mettre au pas ces médiocres syndicats) et éviter les impôts avec les montages financiers ‘’offshore’’.
Au cours de ces agapes on n’a pas un mot pour les pauvres qui n’ont pas même un quignon de pain pour dîner.
Récemment, le gratin du CAC40 a festoyé avec Marine Le Pen dans le restaurant Drouant (où l’académie Goncourt attribue son prix littéraire). Une première pour l’organisation patronale car, jusque-là, l’ancienne présidente du MEDEF, Laurence Parisot, avait tenu le Front national à distance. Le nouveau président, Patrick Martin, n’a pas les mêmes retenues. D’ailleurs, après la fille du fondateur du parti frontiste, les patrons recevront Jordan Bardella.
Le président du RN sera bien entouré par Bernard Arnault (LVMH), Patrick Pouyanné (TotalEnergies), Sébastien Bazin (Accor), Jean-Dominique Senard (Renault), Catherine McGregor (Engie), Thomas Buberl et Henri de Castries (Axa), Cyrille Bolloré (le fils de), ou encore Paul Hermelin (Capgemini).
Ces relations du patronat avec le RN sont assumées et ne font que légitimer, s’il en était encore besoin, le parti raciste, anti-social, ami de Viktor Orban (entre autres).
Le RN se réjouit de ces rencontres avec la gratin patronal comme le rapporte Les Echos, propriété de Bernard Arnault : « Les patrons sont rationnels, ils acceptent de nous rencontrer car il y a désormais un scénario où nous arrivons au pouvoir », estime François Durvye, qui vient de quitter la direction du fonds d’investissement du milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin pour devenir conseiller spécial de Jordan Bardella, précisément pour faire le lien avec les milieux d’affaires. »
Les voix discordantes sont peu nombreuses. C’est pourquoi il faut se féliciter de la prise de position du patron de la MAIF, Pascal Demurger, qui, dans une tribune publiée par Le Monde, écrit : « Autrefois unanimement distants, de plus en plus de chefs d’entreprise franchissent désormais la ligne et répondent aux sollicitations de leaders du RN, trop heureux de recevoir, à chacune de ces rencontres, une marque supplémentaire de respectabilité. La justification est toujours la même : le souci de « former » ce parti, compte tenu de son inexpérience et de la faiblesse de son programme économique, dans l’hypothèse d’une victoire électorale à la présidentielle. »
Il ajoute : « C’est pourtant une erreur tactique autant qu’une illusion politique. Ce rapprochement sert avant tout les intérêts d’un parti qui a un besoin vital de renforcer sa culture économique et de consolider ses réseaux pour asseoir sa légitimité. Cette dynamique lui confère ainsi une respectabilité et une crédibilité technique longtemps inexistantes aux yeux de l’opinion et entraîne le risque d’accélérer sa victoire. Il est ensuite illusoire de penser pouvoir influer sur une idéologie aussi radicale. L’exemple trumpiste, de l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021 aux atteintes constantes à l’Etat de droit, nous montre que le risque est réel qu’une accession au pouvoir du RN ne soit pas seulement une parenthèse, mais bien une rupture. »
Pascal Demurger, en conclusion, appelle les patrons à la clairvoyance et à la résistance, en se préservant de toute compromission. Il est peut-être encore assez tôt pour décommander la rencontre avec Jordan Bardella. On ne pactise pas avec le diable.