Qui aurait osé programmer la diffusion (et la coproduction) d’un opéra brésilien, I-Juca Pirama (Celui qui doit mourir), sinon le service public de la télévision ?
France 4 l’a fait et c’était un enchantement.
Inspiré d’un poème de Gonçalves Dias, sur un livret de Paulo Coelho et une musique de Gilberto Gil, cet opéra avait été créé pour être présenté en clôture de la COP30 sur les changements climatiques. Spectacle éco-poétique, il mêle musique, chant, danse, projections audiovisuelles et rituels d’origine indigène. Plus encore, il fait côtoyer artiste professionnels et peuple indigène Huni Kui de l’état d’Acre.
L’œuvre s’ouvre sur un prologue en projection vidéo, tourné en Amazonie, où Gilberto Gil incarne Croá, le troubadour des peuples autochtones, interprétant un chant inédit sur les incendies, et Paulo Coelho, interprétant Gonçalves Dias, se métamorphosant en Esprit de la Terre. Il s’agit, on l’aura compris, d’un récit philosophique sur l’univers des indigènes d’Amazonie.
Après avoir vu ses terres dévastées par les colons portugais, le jeune guerrier I-Juca Pirama, dernier survivant de sa tribu, part en quête de nouveaux territoires et d’un sens à son existence. Capturé par les Timbira, il est condamné au sacrifice, mais son courage et sa dignité transforment ses bourreaux. Entre le devoir du guerrier et l’instinct de survie, I-Juca est confronté au conflit entre honneur et nécessité.
L’histoire se déroule entre deux époques : l’ancienne, racontée par Gonçalves Dias, et l’époque moderne, où de nouveaux incendies et la dévastation contraignent l’I-Juca contemporain à revivre sa quête de sens et d’appartenance. Son parcours reflète le destin d’un peuple en exil sur sa propre terre et le cri de la forêt blessée.
Jaci, une jeune et fragile Timbira, fascinée par l’I-Juca des temps ancestraux, renaît donc à l’époque moderne en tant que sa propre descendante, une journaliste qui interviewe l’I-Juca contemporain sur les terres dévastées par les incendies. Un puissant antidote, cependant, résiste à la progression de la destruction : la force des rêves et la technique ancestrale pour les concrétiser. Ainsi, le mythe renaît au présent, nous rappelant que la terre, même blessée, continue de rêver à travers ses enfants.
La musique de Gilberto Gil (descendant d’esclave fut ministre de la culture de Lula de 2003 à 2008) est sublime. Elle participe à une sorte de communion avec les interprètes.
Cet opéra fut un très grand moment de télévision de service public ; un de ces moments dont l’inénarrable député Charles Alloncle veut nous priver. Honte à lui.
Et vive le service public, monsieur.