Timothy Snyder est un historien américain ; il enseigne à Yale et à Vienne, en Autriche. Il vient de publier dans le Monde une tribune qui ne laisse pas indifférent ; le titre, très long, annonce la couleur : « Se laisser impressionner par les démonstrations de force de Trump, c’est accompagner une transition vers l’autoritarisme ».

Le décor est planté.

Snyder dénonce « les décisions prises ces derniers mois durant la seconde présidence de Donald Trump (qui)laissent peu de doutes quant aux objectifs du président américain : affaiblir les Etats-Unis à l’étranger pour créer un environnement favorable aux despotes, tout en usant de l’Etat et des forces armées pour instaurer une dictature à l’intérieur du pays. »

Néanmoins, il appelle à la résistance : « La réussite de ce projet dépend du choix que nous ferons de regarder en face cette situation. »

Il s’oppose fortement aux démonstrations de force de la garde nationale dans les villes dirigées par des élus démocrates ; ces déploiements sont illégaux, mais il s’interroge : « Mais de quel type de force parlons-nous ? De quel type de démonstration ? Et comment pouvons-nous voir la situation autrement que comme un spectacle dans lequel nous n’aurions aucun rôle à jouer ? »

Il appelle les Américains à ne pas céder à l’intimidation en usant « de notre raison mais aussi de notre inventivité. Cela signifie d’abord de refuser d’être entraînés dans le « show » de Donald Trump. »

Même s’il considère que « les gouvernements étatiques démocrates qui font obstacle à l’autoritarisme », Timothy Snyder, fait en creux le procès du parti démocrate, absent dans la défense des droits humains les plus élémentaire depuis la défaite de Kamala Harris. La génération Z lui en tient rigueur, à juste titre. Et quand un jeune ‘’socialiste’’, Zohran Mamdani, remporte la primaire à la mairie de New York, la vieille garde démocrate se range derrière Andrew Cuomo, l’ex-gouverneur démocrate de l’état de New York, qui lui-même s’est allié à Trump pour faire barrage à son jeune adversaire.

Dans la revue Jacobin, Nick French peut écrire : «Une aile socialiste progressiste et démocratique – représentée par Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez et maintenant Mamdani – a tenté de capter l’énergie des jeunes et des électeurs mécontents en poussant le parti dans une direction populiste anti-entreprise et économique. Cet effort a bien sûr été farouchement combattu par les donateurs corporatifs et ultra-riches du parti et par les démocrates de l’establishment comme Cuomo et les Clinton. Cette bataille de factions explique également pourquoi les principaux démocrates de New York, y compris la gouverneure Kathy Hochul et les chefs du parti au Congrès Chuck Schumer et Hakeem Jeffries, ont jusqu’à présent refusé de soutenir Mamdani malgré sa victoire décisive aux primaires. »

Aux Etats-Unis, les démocrates centristes préfèrent MAGA au socialisme ; ailleurs, les sociaux-démocrates sont toujours prêts à gérer le capitalisme.

L’histoire semble bafouiller, mais bafouillera-t-elle encore longtemps ? La crise du capitalisme s’approfondit tellement.