Les mots et les épithètes ont failli manquer aux commentateurs et aux journalistes pour qualifier la finale du tournoi hommes de Roland Garros 2025 : 5h29 de légende pour les uns, homérique, finale épique, une finale au Panthéon pour d’autres.
Jamais une finale n’avait duré aussi longtemps ; le précédent ‘’record’’ datait de 1982 quand Mats Wilander et Guillermo Vilas avaient échangé des petites balles jaunes pendant 4h42 !
Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, eux, ont joué pendant 5h29 (une heure de plus) un tennis de plus en plus physique, avec des balles expédiées autour de 200 kilomètres/heure (causant des dégâts aux tendons des bras et des épaules).
Aucun des commentateurs n’a crié à l’ineptie et au scandale de pousser deux hommes à s’affronter, raquettes en main, pendant 5h29 pour se départager.
A Roland Garros, on a joué avec la santé des joueurs. A Roland Garros, on a évité de parler du dopage qui sévit dans le sport de haut niveau. Car, aujourd’hui, l’excitation dont Carlos Alcaraz faisait preuve après 4h, puis 5h de match pose question. A Roland Garros, tout est parfait, aucun cas de dopage n’est signalé.
Les deux joueurs ne sont pas des surhommes, même s’ils sont entraînés à des rencontres de longue durée, s’ils sont suivis médicalement et si leur alimentation est adaptée.
Il ne fallait pas compter sur les commentaires du service public pour dénoncer le scandale d’une finale ‘’homérique’’. Depuis longtemps et surtout depuis un certain Christian Quidet, les journalistes doivent valoriser l’événement auprès des téléspectateurs, des annonceurs et des sponsors, mais aussi auprès des organisateurs (ici la Fédération française de tennis) avec lesquels les chaînes ont signé des contrats fabuleux mais toujours remis en cause.
Je me refuse à parler de finale épique ou au Panthéon, mais plutôt du scandale de Roland Garros
Dans le même ordre d’idées, aucun commentateur n’a osé parler du fiasco du tennis français mis en lumière par la révélation de Loïs Boisson, qui, ce n’est pas un hasard, n’est pas passée par les structures fédérales.
Le tennis financiarisé à outrance rend quelques vedettes multimillionnaires, mais à quel prix pour la santé et l’intégrité physique de tous les pratiquants après une carrière marquée par de graves blessures. Les joueurs engrangent des gains fabuleux (le vainqueur, Alcaraz, a gagné 2,5 millions d’euros et le finaliste, Sinner, 1,275 million). A seulement 22 ans, l’Espagnol Carlos Alcaraz a déjà ramassé près de 42 millions de primes et cette somme vertigineuse ne compte pas les revenus publicitaires et autres. Novak Djokovic a encaissé plus de 187 millions et Rafael Nadal près de 135 millions.
Le tennis est conduit par le fric et il a complètement annihilé la conscience de classe des principaux joueurs : le total des primes distribuées cette année à Paris a atteint des records : 56,352 millions d’euros, en augmentation de plus de 5 % cette année, après une hausse de 8 % en 2024. Les éliminés du premier tour empochent quand même 78 000 euros. Seule consolation, les gains des hommes et des femmes sont identiques ; même au royaume du fric-roi, l’égalité homme/femme a été arrachée de haute lutte par les joueuses. Malgré tout, le tournoi de Roland Garros est bénéficiaire, avec droits de retransmission, publicité, sponsors et billetteries.
Forçats du tennis, quels que soient vos gains, réveillez-vous et imposez de nouvelles règles, comme la limitation de la durée des rencontres, par exemple.