Le moment Trump aux Etats-Unis et le moment de contestation du modèle social en France ont une origine commune, l’instinct de survie d’un capitalisme mondialisé bien malade et même en perdition.
Le modèle social français a fondé notre identité collective ; il est solidement ancré dans l’esprit des citoyens qui savent encore se mobiliser pour le défendre.
Au cours des Rendez-vous de l’histoire à Blois, récemment, Maryse Dumas, ex-dirigeante de la CGT en a rappelé l’un des fondements : « Si les syndicalistes ont une patrie, c’est celle du progrès social et de la solidarité. Après-guerre, la CGT a porté le programme du Conseil national de la résistance, qui préconisait entre autres le retour à la nation de ses richesses. Il a ainsi permis de concevoir ce qu’on appelle le service public à la française, qui a été un moteur de la reconstruction après-guerre. Les services publics ont alors étendu leur champ d’intervention, et de nombreuses activités ont été nationalisées, parce qu’il était admis que c’était la condition pour remettre le pays sur pieds tout en garantissant l’intérêt général, alors que le patronat s’était trop souvent distingué par sa collaboration avec l’occupant allemand. Par la suite, notre modèle, pourtant souvent envié, a été considéré comme incompatible avec la construction de l’Europe, et a subi au fil du temps de nombreuses attaques visant à l’affaiblir. »
Le rappel de Maryse Dumas était nécessaire dans un moment où le patronat et la droite tentent de réécrire l’histoire.
Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, est venue, lors des mêmes Rendez-vous de Blois, conforter l’analyse de Maryse Dumas : « Les syndicats ont grandement contribué à gagner l’État social. Aujourd’hui, tenté par un capitalisme libertarien fondamentalement individualiste et destructeur de toute norme, le patronat français se radicalise. Après avoir mis l’État à son service, il veut se dégager de toute responsabilité envers l’intérêt général ou national ».
Ce modèle social est une fierté pour les citoyens et largement envié à l’étranger. C’est l’une des raisons pour les quelles les salariés savent se mobiliser pour défendre l’ensemble des acquis.
Il reste à entraîner les jeunes générations dans le combat pour l’identité collective dans un moment où patronat, droite et médias tentent de réécrire l’histoire.