C’est un petit livre (par la taille), mais un recueil qu’il faut lire, tant on y trouve matière à réflexion. Il a été édité par les Editions Chandeigne & Lima et a pour titre (non sans humour) : Fernando Pessoa – Gare à Salazar et pour sous-titre : Ecrits et poèmes sur la dictature. Ajoutons encore qu’il est bilingue.

Fernando Pessoa est un personnage singulier ; indépendant au point de vivre seul la majeure partie de son existence, finissant alcoolique et décédant d’une cirrhose.

Il a été proche du terrible dictateur Salazar avant de s’en éloigner et d’en être le pourfendeur. Il fut tout autant anti-communiste. Bref, un homme difficile à mettre dans une case bien définie. Mais il fut un grand auteur.

Les textes réunis dans ce livre couvrent une période de 1923 à 1935 ; la majorité d’entre eux sont de 1935. On y retrouve toutes les ambiguïtés de cet homme singulier et la verve d’un très grand auteur.

Parmi cette foison de courts textes, l’un a plus particulièrement attiré mon attention ; peut-être parce qu’il est titré Dictatures :

« La haine de l’individu, parce qu’elles sont ennemies de la liberté, et que la liberté, si elle n’est pas individuelle, n’est rien ; la haine de l’intelligence, parce que l’intelligence discute, et qu’elles ne veulent pas être discutées ; la haine de l’humour, parce qu’elles sont graves et tristes, et que l’humour est pour elles un ennemi personnel.

Tous les dictateurs sont dépourvus d’humour, car le sens de l’humour préserve l’hommes de cette confiance maniaque en lui-même qui le pousse à se proclamer dictateur. »

Ne retrouve-t-on pas dans ces lignes le portrait de quelques hommes de pouvoir, dictateurs assumés ou non, comme Trump, Poutine, Orban, Erdogan et d’autres ?