J’observe le monde et je me sens incapable d’écrire. Partout, tout déraille. De Paris (où Macron est de plus isolé) à Gaza (où les bombardements ont cessé, certes, mais où tout n’est que champ de ruines). De Madagascar à Kiev ; de Rabat à Washington (où Trump, fournisseur d’armes au monde entier, mais surtout à Israël, ose réclamer le prix Nobel de la Paix). De Nouméa (où on refuse de reconnaître le droit à l’autodétermination aux indigènes) à Oslo (où de supposés faiseurs de paix décernent le prix Nobel à une militante obscurantiste d’extrême droite).
Le monde est-il devenu fou ? Non, c’est le système capitaliste qui déraille.
Et j’ai retrouvé un très beau texte de José Saramago, écrit en 2008 :
« Comme c’est toujours le cas et comme ce sera toujours le cas, la question centrale de toute organisation sociale humaine, dont découlent toutes les autres et à laquelle toutes finissent par concourir, est la question du pouvoir, et le problème théorique et pratique qui se pose à nous consiste à identifier qui le détient, à vérifier comment il y est arrivé, à contrôler l’usage qu’il en est fait, les moyens dont il se sert et les fins qu’il vise. Si la démocratie était de fait ce que nous persistons à dire avec une naïveté vraie ou feinte, le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, tout le débat sur la question du pouvoir perdrait alors son sens dans la mesure où le pouvoir résidant dans le peuple, c’est au peuple qu’il reviendrait de l’administrer, et le peuple administrant le pouvoir, il est clair qu’il ne devrait le faire que pour son bien et pour son bonheur à lui, car ce que j’appelle sans aucune prétention de rigueur conceptuelle, la li de la conservation de la vie l’y obligerait. Or, seul un esprit pervers, panglossien jusqu’au cynisme, oserait prêcher le bonheur d’un monde dont personne, au contraire, ne devrait exiger que nous l’acceptions tel qu’il est, pour le simple fait qu’il est supposé être le meilleur des mondes possible. C’est la situation propre et concrète du monde dit démocratique qui veut que s’il est vrai que les peuples sont gouvernés, il est vrai aussi qu’ils ne le sont pas par eux-mêmes ni pour eux-mêmes. Ce n’est pas en démocratie que nous vivons, c’est bien plutôt dans une ploutocratie qui n’est plus locale ni proche, mais qui est devenue universelle et inaccessible. »
Les fameux ‘’marchés’’ dictent tout aux gouvernements dits démocratiques ; le pouvoir a été accaparé par le monde économique et financier, qui n’est pas démocratique.