Rentrée morose aussi dans l’enseignement public. 

Il manque des enseignants et, malgré les déclarations de la ministre, de nombreux élèves n’ont pas de maîtres ou professeurs devant eux. On savait le pari intenable.

Le fossé se creuse entre école publique et école privée. Les enseignants défenseurs du public se mettent en grève pour exprimer leur colère de voir le contrat républicain s’effondrer.

Valérie Pécresse, qui a fait toute sa scolarité dans les meilleurs établissements privés, ajoute des motifs de colère, avec la disparition progressive du manuel scolaire et son remplacement par une plateforme qui, dit un collectif d’enseignants et d’écrivains, « désagrège les contenus en une multitude de fragments éclatés ».

Les signataires dénoncent « une erreur pédagogique, sociale et démocratique ». Pour eux : « il ne s’agit pas d’un simple choix technique, mais d’un choix de société. Il engage la transmission des savoirs, le lien entre l’école et les familles, et la liberté des enseignants. Nous ne sommes ni nostalgiques, ni technophobes. Mais nous affirmons que l’éradication du manuel scolaire comme repère partagé est une erreur pédagogique, sociale et démocratique. L’erreur, d’abord, de croire qu’un empilement de ressources numériques pourrait remplacer un ouvrage structurant, conçu dans sa globalité par des professionnels. Le manuel permet la construction progressive des savoirs, la lisibilité du parcours, le lien entre les notions. C’est un fil rouge cognitif essentiel, une véritable colonne vertébrale de l’école, comme le rappellent les sciences de l’éducation. »

Ils ajoutent que « le manuel est souvent le premier livre qu’on tient entre ses mains, parfois le seul. Il relie l’élève, l’enseignant, les parents. Il permet aux familles de suivre et d’accompagner les devoirs. Il garantit une égalité d’accès, une continuité, une visibilité sur l’année. C’est un socle, pas une relique. L’école ne peut pas se construire sur des miettes de savoir (…) L’édition scolaire garantit des contenus écrits, relus, pensés avec des enseignants-auteurs. Une plateforme régionale unique, elle, expose à des contenus instables ou biaisés, avec un risque majeur pour le niveau des élèves et un creusement des inégalités, entre territoires comme entre établissements publics et privés. »

Les enseignants, éditeurs et écrivains appellent à un moratoire et, surtout, à une évaluation et au débat, « car, au fond, il ne s’agit pas seulement de défendre le livre. Il s’agit aussi de défendre un certain rapport au savoir : exigeant, lisible, démocratique. Et de rappeler qu’en matière d’éducation, le numérique doit servir l’apprentissage, pas le désorganiser. Ce combat n’est pas corporatiste. C’est un combat pour l’école, pour l’égalité et pour nos enfants. »

Oui, c’est bien un combat pour l’école et Valérie Pécresse le mène au pas de charge ; la présidente de la région Île-de-France a depuis longtemps fait le choix du privé, donc d’une certaine politique inégalitaire au profit des multinationales, du profit et de l’obscurantisme.

La rentrée est morose dans les écoles, certes, mais combative.