J’ai déjà abordé les questions posées par les pressions de la droite des catholiques intégristes et de l’extrême droite sur la culture.

Quelques établissements d’enseignement catholiques se sont distingués en interdisant la lecture de certains livres, notamment ceux qui abordent l’éducation sexuelle. Mais pas seulement. On a pu voir aussi des manifestations lors d’événements culturels (concerts, films, etc.) et on ne compte le nombre de conférences où les nervis de la droite et de l’extrême droite sont allés vociférer leur haine et faire le coup de poing, armés de matraques.

La Société des réalisateurs de films vient de publier un communiqué qui met l’accent sur une stratégie ignoble des milieux conservateurs les plus radicaux pour dénigrer certains films, notamment sur la plateforme Allociné.

« Le film Avant que les flammes ne s’éteignent de Mehdi Fikri est actuellement l’objet d’une violente campagne de dénigrement relayée par la chaîne Cnews et les réseaux sociaux, en particulier sur la plateforme Allociné où sa « note spectateur » a brutalement chuté à 1,4 le mercredi 15 novembre au matin, jour de sa sortie en salles, avant même la première séance de 9h. 

D’autres films, dont notamment Amin de Philippe Faucon en 2016, Rodéo de Lola Quivoron ou Les Engagés d’Émilie Frèche en 2022, ont déjà fait les frais de telles charges assorties de commentaires haineux imputables à des groupes d’extrême droite. Force est de constater que nous assistons à une offensive résolue, massive et coordonnée de cette mouvance sur le terrain culturel, dont le cinéma, art populaire par excellence, est une cible privilégiée.

Si nous, cinéastes de la SRF, restons viscéralement attachés à la liberté d’expression (dont fait partie l’appel au boycott), nous dénonçons vivement ces manœuvres d’intimidation car elles cherchent en réalité à pratiquer une censure de fait qui ne dit pas son nom. Elles portent ainsi atteinte à la liberté de création des cinéastes et à la libre diffusion des œuvres. En attaquant la pluralité des récits et des sujets, c’est aussi le droit à la fiction, élément indispensable de la vie en démocratie, qu’elles mettent en péril. »

De telles pratiques ne sont pas anodines. Elles doivent être observées dans un contexte de regain d’activité des groupuscules fascistes et de lepénisation de la société : ratonnades de Romans-sur-Isère, censures de livres, campagnes anti-arabes, etc. On peut ajouter des actes de censure par l’argent. Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, s’est signalé en coupant les subventions ou en réduisant les subventions de nombreux acteurs culturels au nom d’un prétendu ‘’rééquilibrage territorial’’. Il est allé jusqu’à supprimer la subvention de 149000 euros du Théâtre Nouvelle Génération (TNG) de Lyon, un centre dramatique national œuvrant auprès du jeune public. En Île-de-France, le RN propose de ne plus accorder d’aides aux films ‘’qui ne parleraient pas de l’Île-de-France’’.

Le climat est malsain et la culture est l’objet d’attaques inquiétantes.

Il y a, assurément, des ressemblances avec l’atmosphère que les ligues dites nationalistes aux profils divers faisaient régner dans les années 1930 ; la même idéologie fasciste se développe.

Ces ligues ont largement inspiré la naissance du Front national, aujourd’hui Rassemblement national, de Le Pen. Avec une différence notoire cependant. Si Jean-Marie Le Pen ne recherchait pas à accéder au pouvoir, sa fille, elle, a entrepris une campagne de dédiabolisation pour remporter les élections.

Avec le danger de voir la France tomber dans le fascisme comme l’Italie de Meloni.