Pablo Picasso s’est affronté à tous les moyens d’expression artistique. Y compris la céramique aux côtés de Suzanne et Georges Ramié, les fondateurs de l’atelier Madoura à Vallauris.
Nul hasard dans ce choix ; au sortir la seconde guerre mondiale, Picasso a « développé un nouveau langage de formes, tant en peintures qu’en lithographie », écrit Harald Theil dans l’excellent catalogue de l’exposition au Musée de Vallauris durant l’été 2025, consacrée à ses céramiques
L’artiste s’est confronté à toutes les techniques de la céramique, avec curiosité, avec un talent étonnant pendant une vingtaine d’années, expérimentant ou improvisant, « puisant dans les sources millénaires de la céramique »
Céline Graziani, directrice du musée Magnelli à Vallauris, ajoute : « Son désir de rendre l’art accessible au plus grand nombre influence alors son approche de la reproduction artistique. D’autant plus que son engagement au sein de Parti communiste français, à partir de 1944, donne certainement un nouvel écho à ce souci de démocratisation. » L’autrice cite alors Christian Zervos qui, dans les Cahiers d’art, écrit en 1948 : « Il est à présumer que l’art du céramiste apportera une heureuse conclusion à ce désir (de tenir ses œuvres à la disposition des masses pour en former peu à peu le regard). »
C’est dans cet esprit que Picasso s’est tourné vers la production de multiples pour la démocratisation de l’art « outil de démocratisation de l’art et de diffusion de l’engagement politique et humaniste de l’artiste », abandonnant ses droits à la reproduction au profit de Madoura.
Les œuvres de Picasso n’ont pas fini de nous étonner, de nous interroger et de nous enthousiasmer. Il avait du génie, certes, mais il était surtout curieux de tout et son génie ne s’explique que par sa force de travail pour dominer les diverses formes d’expression artistique.
(Picasso céramiques- Techniques du multiple, Editions Silvana Editoriale,128 pages)