J’étais passé à côté de ce livre, paru en Italie en 2018. Le Livre de poche m’a permis de me rattraper et de lire un très beau roman.

La critique de l’époque aurait dû attirer mon attention ; elle était virulente, notamment à l’émission Le Masque et la Plume sur France Inter. Arnaud Viviant avait eu des mots inouïs, parlant de « roman à l’urine d’asperge » ou de « nullité incroyable » et autres mots orduriers. Jean-Claude Raspingeas, moins outrancier, avait parlé « de n’importe quoi » ou d’invraisemblance.

Libre à ces beaux esprits, nombrilistes, faiseurs de réputation, de consacrer une émission à un livre aussi détestable, mais je note que leurs semblables de l’autre côté des Alpes avaient un avis opposé au leur, au point de décerner le prestigieux prix Campiello à l’autrice Rosella Postorino pour son roman La goûteuse d’Hitler.

Rosella Postorino a enquêté, sans pouvoir rencontrer son héroïne, Margot Wölk, réquisitionnée avec quelques autres femmes par les nazis pour goûter les plats préparés pour Hitler, redoutant d’être empoisonné.

Rosella Postorino n’a pas voulu faire un roman historique minutieux, mais un roman de fiction inspiré par ces goûteuses et notamment Rosa, jeune mariée à un soldat parti sur le front russe. Rosa, donc, va tomber dans les bras d’un officier SS. 

Il y a dans ce livre des moments forts, très documentés. Des histoires de femmes fortes et d‘autres peureuses et ordinaires, mais qui veulent survivre. Des histoires de relation amoureuse entre Rosa et son officier nazi, faites d’attirances et de rejet. Au fond, il s’agit d’un beau roman, excellement écrit, sur la peur, le désir de survivre et sur la mort.

Alors, n’en déplaise aux critiques germanopratins, ce livre est admirable. D’ailleurs son succès les a désavoués.