Les Victoires de la musique ont récompensé Thomas Jolly pour les quatre cérémonies des Jeux olympiques. C’est amplement mérité.
L’homme est non seulement talentueux, mais il a aussi une haute conscience du rôle de la culture dans la société. Il n’a donc pas réellement surpris dans son discours de remerciements. Devant une Rachida Dati muette, mais qui devait maugréer en entendant Thomas Jolly s’en prendre à la politique culturelle de notre pays.
Thomas Jolly a eu les paroles qu’un délégué CGT de la fédération du spectacle n’aurait pas renié. Il a été ovationné et la ministre n’a pas osé répondre, préférant laisser passer l’orage.
Voici l’extrait de son discours, prononcé après les inévitables remerciements :
« Dans cette victoire, il y en a d’autres, elle en contient plusieurs, et c’est la victoire de l’unité sur la division, de la joie sur l’effroi, de l’accueil sur le repli.
La victoire de notre aspiration à bien vivre ensemble, à se respecter, à se considérer.
La victoire de l’altérité comme force, de notre diversité comme richesse.
La victoire d’un récit commun, les uns tout contre les autres et pas les uns contre les autres.
Ces cérémonies sont quatre démonstrations du pouvoir fédérateur et émancipateur du spectacle vivant, pour le singulier et le commun, pour l’individuel et le collectif.
Un outil pour faire société et célébrer notre humanité partagée.
Alors comme on dit, les jeux sont faits et rien ne va plus, si le spectacle vivant porte en lui cette puissance émancipatrice, il ne peut rien sans un pouvoir qui le considère et le soutient.
Aussi je m’étonne, dans cette période de tourments multiples, de voir ici ou là les moyens pour la culture affaiblis ou tout bonnement retirés.
La culture coûte, mais elle rapporte aussi, économiquement bien sûr. Ce qu’elle rapporte immatériellement est inestimable, elle est au service de l’intérêt général.
C’est ce que je crois être la vocation de la politique. Alors, on a beaucoup dit et beaucoup entendu que ces jeux étaient une parenthèse.
Cela induit que forcément à un moment donné elle doit se refermer.
Moi je vois ça plutôt comme une brèche, une brèche lumineuse dans l’ombre épaisse et grandissante qui plane sur nous, que cette victoire qui contient toutes les autres victoires, collectives et partagées, nous servent de lanterne. Merci. »
Cher Thomas Jolly, ne remerciez pas ; ce sont les artistes, tous les artistes et tous les acteurs du monde de la culture, ainsi que les citoyens privés de culture, qui doivent vous être reconnaissant d’avoir osé dire tout le mal que vous pensez de la politique culturelle du gouvernement et de Rachida Dati.
Allons, tout n’est pas perdu ; le monde de la culture est encore bien vivant.