Ligue des droits de l’homme, Ligue de l’enseignement, Union rationaliste, Solidarité laïque, Libre pensée et Vigie de la laïcité ont signé une tribune à l’occasion du 120e anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, exhortant les citoyens à retrouver le sens de la laïcité et à combattre pour une laïcité de liberté.

Leur tribune, après avoir rappelé que la loi du 9 décembre 1905 « trouve son origine dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 », redit que la loi « consacre d’abord la liberté de conscience, considérée dans sa double dimension individuelle et collective. », avant de constater que « Or, au cours des trois dernières décennies, le régime de laïcité a subi un dévoiement de ses principes originels : il était hier un dispositif de protection de la liberté individuelle ; il est devenu un appareil de défense de la prétendue « identité nationale ». « A la laïcité de l’autonomie s’est substituée celle de la surveillance. Le refus d’accepter l’ouverture de la société actuelle à la pluralité de ses composantes culturelles a conduit à une instrumentalisation de la laïcité – contrant ainsi l’éthique universaliste de la République, et révélant une conception identitaire, et parfois ethnique, de la nation. Ce nouveau modèle a pris une nouvelle forme juridique, à travers une succession de lois et de règlements qui ont trouvé leur consécration limitative dans la loi du 24 août 2021 visant à ‘’conforter le respect des principes de la République’’ ».

Les signataires dénoncent la ‘’nouvelle laïcité’’ qui a réduit la sphère de la liberté : « En agitant le chiffon rouge du « séparatisme », en faisant valoir auprès de certains de nos compatriotes leur « devoir d’émancipation », en se faisant en cela le gardien des bons comportements, l’Etat est entré dans des domaines qu’il laissait jusque-là entièrement libres. Il intervient ainsi en réglementant le port du vêtement. Il soumet les collectivités locales à des contrôles inédits sur les questions religieuses et convictionnelles. Il réduit le champ d’autonomie à la fois des associations cultuelles et des associations ordinaires. Malgré le principe de séparation, la loi du 24 août 2021 va ainsi jusqu’à offrir la possibilité aux préfets de refuser à certaines la qualité d’associations cultuelles, les obligeant par ailleurs à de lourdes démarches administratives, renouvelables tous les cinq ans, qui menacent leur pérennité. »

Les organisations fixent trois objectifs : refaire droit à la liberté de conscience, reconstruire l’indépendance de la sphère politique, enfin, renouer avec l’idée de droit social, rappelant fort opportunément que : « il ne peut y avoir de réelle liberté indépendamment de l’amélioration des conditions matérielles dans lesquelles se déploient les existences individuelles. »

Le texte de cette tribune est publié à un moment où les forces obscurantistes n’ont jamais été aussi présentes et agressives, avec des relais jusqu’au gouvernement. Il est donc d’autant plus nécessaire de s’opposer à l’obscurantisme et de ne rien lui céder.