Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions, a répondu aux questions des journalistes du Figaro avant d’être auditionnée par la commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public de l’Assemblée nationale.
Elle s’est tout d’abord défendue des accusations portées par les médias de Bolloré en affirmant : « Nous ne sommes pas contre CNews. Je n’ai jamais plaidé pour sa fermeture. Simplement, nous ne faisons pas le même travail. Nous ne cherchons pas à fabriquer de l’opinion, simplement à informer, c’est le devoir du service public. »
On n’en attendait pas moins de la part d’une présidente qui a été reconduite à la tête du service public.
En revanche, ses propos suivants sont ahurissants : « Il y a aujourd’hui des chaînes d’opinion, il faut arrêter de tourner autour du pot. Pourquoi ne pas accepter, comme dans la presse, qu’il existe des titres de sensibilités politiques de gauche, du centre, de droite, d’extrême gauche ou d’extrême droite ? Cela fonctionne très bien. Cette évolution correspond à une transformation de la société. Appliquer la règle du pluralisme dit “externe” à la télévision serait plus clair pour le public. On saurait d’où chacun parle. »
Mme Ernotte Cunci a tort et, en tant que spécialiste de l’audiovisuel, elle sait pourquoi. La grille d’une chaîne de télévision coûte très cher et tous les courants de pensée ne sont pas en capacité de supporter de tels coûts. En revanche, les coûts de fabrication de la presse écrite sont moins élevés ; néanmoins, l’Etat participe au maintien du pluralisme en attribuant des aides à la presse (sur lesquelles les critiques sont hélas nombreuses).
De plus, les fréquences radioélectriques étant limitées, toutes les familles de pensée ne peuvent pas avoir accès aux canaux existants. C’est pourquoi le Conseil constitutionnel a rappelé que « le respect du pluralisme (…) condition de la démocratie » suppose que les chaînes de télévision s’engagent à assurer l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinions, ainsi que l’indépendance de l’information.
Si les chaînes du groupe Bolloré se permettent de fouler aux pieds leurs engagements, c’est en raison d’un dysfonctionnement de l’ARCOM. La présidente de France Télévisions sait tout cela ; c’est pourquoi ses déclarations au Figaro font courir un risque de renforcer la détermination du magnat breton de convertir davantage ses chaînes en pourfendeur du pluralisme, de la laïcité, de la recherche scientifique, de la démocratie et de la République.
Mme Ernotte Cunci ne parle pas à tort et à travers ; on peut en conclure qu’il se trame des scénarios dangereux dans les couloirs du pouvoir.