La Pologne a élu un président de la République d’extrême droite, Karol Nawrocki ; l’homme est peu recommandable, ses options politiques encore moins, puisées chez Donald Trump, dont il est un admirateur forcené.
Les victoires successives de l’extrême droite, en Hongrie, en Italie et leur progression dans tous les pays de l’Union européenne ne manquent pas d’inquiéter. Et de poser la question : pourquoi ?
Question simple, mais réponses compliquées, tant les raisons sont différentes d’un pays à l’autre et d’un électeur à l’autre.
Néanmoins, un peu d’histoire permet de dégager quelques pistes.
Le 29 mai 2005, les électeurs français rejetaient à près de 55 % par référendum le Traité constitutionnel européen (TCE), écrit par Valéry Giscard d’Estaing, présidant une convention réunie de février 2002 à juillet 2003. Ce jour-là, les Français avaient refusé un texte renforçant l’Europe libérale et ses orientations anti-sociales et, du même coup, envoyé un message à ceux qui gouvernaient : les électeurs s’étaient prononcés pour une Europe plus sociale et plus démocratique.
Le vote des Français était trahi aussitôt : les 18 pays qui avaient signé le TCE s’étaient réunis à Madrid en juin 2007 pour décider de rouvrir les discussions et approuver une ‘’projet de traité modificatif’’ dit Traité de Lisbonne. Le nouveau texte, élaboré en catimini, était à peine modifié, accepté en octobre et signé en décembre. Le président de la République, Nicolas Sarkozy s’affranchissant de l’expression du peuple, faisait alors voter en hâte au Parlement le 8 février 2008 une loi autorisant la ratification du fameux ‘’nouveau’’ Traité de Lisbonne ; celui-ci était ratifié le 14 février.
Sarkozy, toujours fâché avec la démocratie, osait prétendre que le ‘’succès’’ de ce véritable coup d’Etat (ou pour le moins un déni de démocratie) marquait ‘’le retour de France en Europe’’.
Certains des opposants écrivaient alors que le Traité de Lisbonne « comporte plusieurs centaines de pages avec 359 modifications des traités existants, 13 protocoles et quelques dizaines de projets de déclaration ayant la même valeur juridique que les traités ». L’ultra-libéralisme sortait renforcé.
On ne peut pas prétendre aujourd’hui que le Traité de Lisbonne a amélioré le sort des Européens. Au contraire. Ceux qui avaient rejeté le TCE ont gardé en mémoire la trahison de Sarkozy, de ses prédécesseurs et de ses successeurs, globalement des supposées élites, tous englués dans une politique ultra-libérale qui creuse le fossé entre les riches et les pauvres.
Faut-il dès lors s’étonner des progressions de l’extrême droite ici et là ?