Le roi du Maroc, Mohammed VI, a célébré la Fête du Trône à M’diq, station chic sur les bords de la Méditerranée devant un parterre de dignitaires et de personnalités, y compris l’inénarrable Gianni Infantino qui a cru intelligent de vanter « le plus beau pays du monde ».

Au même moment, à quelques kilomètres de M’diq, 50 000 jeunes Marocains se jetaient à l’eau pour tenter de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta. Ce qui fait écrire au Monde : « la réalité a fini par rattraper la monarchie marocaine et sa célébration annuelle – la Fête du trône –, sans que ni le palais royal ni le gouvernement réagissent officiellement. Vendredi, les conseillers du monarque, ses ministres, l’armée et les représentants de toutes les régions du royaume ont prêté allégeance à Mohammed VI, comme si de rien n’était. Autour de Ceuta, le décompte de ceux qui sont morts en mer ne cesse pourtant d’augmenter, le nombre de noyés atteignant au moins 34, selon un dernier bilan des autorités locales, vendredi soir. »

Dans un éditorial, le quotidien vespéral dénonce responsables politiques de droite et d’extrême droite qui « se sont précipités sur les images provenant de l’enclave espagnole située au nord du Maroc pour dénoncer l’imminence d’une vague migratoire et le danger que faisait peser la politique du gouvernement de Pedro Sanchez sur l’Europe. Sans jamais s’embarrasser des faits. » Et de poursuivre : « La crise de Ceuta a ainsi été le révélateur d’un réflexe d’instrumentalisation et de division, là où la gravité et la réalité de la question de l’immigration exigeraient au contraire solidarité et unité. La mutation d’un monde caractérisé par la circulation effrénée des biens et les déplacements de populations provoqués par les guerres, les crises économiques et les effets du dérèglement climatique, de même que la réalité des « hivers » démographiques occidentaux, font que ce sujet va continuer à tarauder les opinions pour longtemps. Raison de plus pour tenter d’y répondre par la raison et le sang-froid plutôt que par une hystérisation populiste qui ne conduit nulle part. »

Honte à ceux qui, aux côtés de Giorgia Meloni, refusent de condamner « les inégalités, l’absence de justice et le trop peu de libertés individuelles qui sont pointés du doigt. » Honte aux médias qui refusent de voir au-delà des faits et se joignent à l’extrême droite.