Bénissons Bernard Arnault ! L’homme est vraiment généreux.
N’avait-il pas fait un don de 200 millions pour la reconstruction de Notre-Dame ? Aujourd’hui, ne vient-il pas de faire un don de 50 millions à Polytechnique ?
Chez Bernard Arnault, les millions coulent à flot comme le champagne Moët & Chandon, Dom Pérignon, Veuve Clicquot, Ruinart (marques dont il est propriétaire).
La direction de Polytechnique a qualifié la donation d’historique. Le milliardaire est plus généreux que les ministères de tutelle.
La direction en est tellement reconnaissante que les 50 millions destinés à financer le nouveau bâtiment abritant un nouvel institut de mathématiques sera baptisé, très modestement : « Institut de mathématiques et des sciences fondamentales Bernard Arnault ». La directrice générale de la prestigieuse école en est si bouleversée qu’elle a cru bon d’ajouter à propos de l’institut : « Il reflète la conviction de nos promotions et de nos professeurs sur l’absolue nécessité pour Polytechnique d’entretenir des liens exigeants et forts avec les acteurs économiques (…) Les mécènes nous offrent les marges de manœuvre indispensables pour amorcer les projets les plus ambitieux »
Un collectif d’étudiants (baptisé Entreprises illégitimes dans l’enseignement supérieur, EIES) qui avaient interrompu la remise de diplômes quelques jours plus tôt, a condamné cette intrusion du milliardaire dans le fonctionnement d’une école publique. Il y voit une « instrumentalisation de “la science” et d’une école d’Etat au service des intérêts d’un milliardaire qui accumule sa fortune par l’exploitation, la délocalisation, l’optimisation fiscale et les aides publiques. Par cet institut à son nom, après son entrée à l’académie des sciences, Bernard Arnault incarne le symbole d’une collusion des élites forcée par la casse du budget public de l’enseignement supérieur et de la recherche, bénéficiant à quelques écoles et à la reproduction sociale ».
Sur son site, l’EIES rappelle fort opportunément l’article L.141.6 du code l’éducation : « Le service public de l’enseignement supérieur est laïque et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ».
Les caisses de l’Etat sont vides, la dette est abyssale et les milliardaires comme Bernard Arnault en profitent pour libéraliser chaque jour davantage l’activité économique. Sans oublier de se présenter comme de généreux mécènes et sans oublier de coller leur nom aux résultats de leur générosité. Tout en pourfendant, par exemple, la taxe Zucman.
Ne bénissons pas Bernard Arnault ; piquons-lui son pognon, il en a trop. C’est indécent.