Gabo ne nous avait pas livré toutes ses œuvres et grâce à ses fils nous pouvons enfin découvrir un roman inachevé, Nous nous verrons en août (Grasset).

Ses 150 pages se lisent d’un trait ; le prix Nobel est un formidable conteur qui sait retenir le lecteur, on le savait et on le retrouve encore ici. La trame est simple, mais le roman est foisonnant de sensualité, de sexualité et d’érotisme, sans voyeurisme ni vulgarité. Gabo reste fidèle au réalisme magique.

Ana Magdalena Bach, épouse et mère de famille sans histoire, se rend chaque année sur la tombe de sa mère dans une île caribéenne imaginaire mais à l’atmosphère identique à celle des précédents romans, chaude, humide, sensuelle. Elle dépose tous les ans, à la même date, la même gerbe de glaïeuls. Le rituel ne varie pas, décrit avec force détails, jusqu’au jour où elle découvre la passion corporelle avec un inconnu dans l’hôtel où elle est descendue.

La vie d’Ana bascule alors, au rythme du temps et de son âge, des changements de la vie quotidienne, de ses émotions ou encore de la météo. Elle découvre l’amour au temps de la maturité au gré de rencontres d’amants de passage et, bientôt, quatre ans après sa première expérience, elle est confrontée au changement de société. Le choc est terrible.

Si Gabo est un immense écrivain, on oublie souvent qu’il fut aussi journaliste, scénariste (il avait été étudiant au Centre expérimental de cinématographie à Rome), réalisateur, mais surtout un passeur hors du commun.

Dans les années 1980 il avait créé une école internationale de cinéma et de télévision à San Antonio de los Banos, au nord de Cuba où il animait des ateliers d’écriture de scénarios pour aider de jeunes réalisateurs de toute l’Amérique latine à progresser.

Les éditions Seghers ont eu l’excellente idée de publier L’Atelier d’écriture-Comment raconter une histoire, c’est-à-dire les échanges entre Gabo et une dizaine ‘’d’apprentis’’ tout au long d’une semaine.

Autant l’avouer, c’est passionnant. Les échanges sont libres ; on pratique le tutoiement et on n’hésite pas à se couper.  Et à se critiquer. On partage un foisonnement d’idées, de tâtonnements et de remises en cause dans une atmosphère de création incroyable.

Gabo, le passeur, fait partager une méthode créatrice basée sur trois éléments : la modestie, l’ambition et les moyens. Il pose des questions pour faire avancer les réflexions des participants.

Gabo, le passeur, éveille les consciences ; il termine ainsi son atelier d’écriture : « Il n’y a pas de vraie création sans risque, et donc sans un élément d’incertitude (…) Les prétentieux qui croient tout savoir, qui ne doutent jamais de rien, finissent par se heurter droit contre le mur, et ils en meurent. »

Au fond, Gabo s’est défini lui-même : modeste, mais ambitieux, exigeant, professionnel.