Les médias et les politiques semblent découvrir la multipropriété des clubs de football par des groupes financiers étrangers. Un projet de loi, porté par Eric Coquerel, a été déposé à l’Assemblée nationale.
Il s’agit aujourd’hui d’une évolution d’un phénomène qui n’a rien de nouveau, l’intrusion de groupes financiers et leur prise de pouvoir dans les ‘’affaires’’ du ballon rond ; on assiste depuis une vingtaine d’années à la financiarisation du sport de haut niveau et notamment du plus populaire, le football.
En 1947, Theodor Adorno, philosophe allemand, employait pour la première fois le terme ‘’d’industrie culturelle’’ où l’art devient un produit et le citoyen un consommateur. Aujourd’hui, le football à son tour est devenu un produit et le spectateur un consommateur. Les rencontres et compétitions de football sont donc des produits susceptibles de dégager des revenus et des plus-value grâce à leurs retransmissions télévisées par abonnement et à la commercialisation d’innombrables produits dérivés, comme les maillots des joueurs.
Le consommateur de football est baptisé supporter, vouant un véritable culte à son équipe et son joueur préférés ; il est souvent addictif et capable d’actions violentes ou répréhensibles comme on en relève chaque semaine dans les stades, notamment des phénomènes de racisme collectif.
Les groupes financiers sont sans frontière ; Eagle Football Group, par exemple, dont le patron, John Textor, a fait fortune dans le numérique, a pris le contrôle de clubs aux Etats-Unis, au Brésil, en France (Olympique lyonnais), en Angleterre et en Belgique ; Ineos, un groupe chimiste, a racheté l’OGC Nice, Lausanne Sport ; etc.
Ils multiplient les risques d’ententes entre clubs, les transferts douteux de joueurs et le leadership de l’un des clubs au détriment des autres en y concentrant les meilleurs jeunes éléments. Les auteurs du projet de loi redoutent « que les ressources des clubs ‘’filiales’’ soient mises au service de plus gros compétiteurs » selon les intérêts financiers des fonds propriétaires. C’est, hélas, déjà le cas.
Adorno dénonçait dans l’émergence de l’industrie culturelle un « tromperie des masses, c’est-à-dire en moyen de garrotter la conscience ». A observer l’évolution des comportements des supporters dans les stades, le mouvement est largement entamé dans le football.