La gifle, la claque, le camouflet, un échec, le gouvernement désavoué, rejeté, retoqué, débouté, défait ; les quotidiens n’ont pas preuve d’originalité pour dire le résultat du vote des députés et, donc, le rejet de la loi immigration portée par Gérald Darmanin.
Le rejet est dû à une majorité de circonstances. Les partis de gauche se sont prononcés unanimement contre un texte qui aggrave les conditions d’entrée et d’installation des immigrés sur le sol français ; les Républicains et le Rassemblement national critiquant, eux, des dispositions trop laxistes.
Néanmoins, il s’agit d’une lourde défaite pour Emmanuel Macron et son ministre de l’intérieur, ouvrant la voie à une grave crise politique.
Le président de la République avait réussi à imposer ses décisions aux députés et sénateurs à coup de 49-3, aujourd’hui, sa stratégie répressive est mise en échec à deux reprises. Après la démission de trois membres de la commission sur la parentalité le matin, ce sont les députés qui ont porté le coup d’assommoir.
Si Jacques Chirac était encore là, il aurait pu lui rappeler sa citation empruntée à Michel Audiard : « Les cons, c’est comme les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ». Les cons sont trois (ils se reconnaîtront) ; en revanche, il est particulièrement difficile d’apprécier jusqu’où pourront s’étendre toutes les emmerdes.
Le président et ses ministres ont tout fait pour s’attirer ces emmerdes. Aurore Bergé ne mérite certainement pas d’occuper un fauteuil ministériel ; quant à Gérald Darmanin, il paie cash sa volonté de courir derrière le Rassemblement national pour le dépasser, trouvant Marine Le Pen trop molle.
Son projet de loi visant à durcir les conditions d’entrée sur le sol de France est le 30e depuis 1981 (un tous les 17 mois) et le 118e texte sur le même sujet depuis 1945, sans que cela ne freine l’immigration dont tous leurs auteurs connaissaient les causes (guerres, pauvreté, régimes autoritaires et répressifs, dérèglement climatique, etc.) sans chercher à leur apporter les bons remèdes, notamment la réduction de la fracture Nord-Sud. Ce mille-feuilles répressif n’a pas limité l’arrivée d’étrangers.
De Bonnet à Collomb, en passant par Peyrefitte, Pasqua, Debré, Sarkozy, Hortefeux et Collomb, la droite a tout tenté, recevant le renfort de quelques socialistes comme Defferre, Questiaux, Cresson ou Chevènement.
Mais les autistes sont au pouvoir ; ils campent sur les réflexes, considérant que tout immigré constitue une menace, favorisant ainsi la montée inexorable de l’extrême droite. Ils lui empruntent sa xénophobie, relayée à forte dose par les médias.
Les vrais démocrates et les citoyens engagés dans les associations de solidarité avec les migrants sont atterrés.