Un beau programme, mais l’entreprise multinationale qui en a fait son acronyme, ORPEA, n’est qu’une machine à cash comme les autres, comme on dit dans le système ultralibéral.

Aujourd’hui, ORPEA est rattrapé par un nouveau scandale de maltraitance ; le scandale était prévisible. En 2014 ORPEA avait été accusé d’espionnage des salariés, en 2015, 2016 et 2017 de maltraitance (déjà). Médiapart et Envoyé spécial avaient dénoncés toutes les turpitudes d’un groupe présent dans 23 pays aujourd’hui.

Le Parquet national financier, lui, avait ouvert une enquête préliminaire en 2021 et une perquisition avait été effectuée au siège du groupe par l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF).

Le fondateur, le médecin Jean-Claude Marian, toujours actionnaire du groupe, a amassé une belle fortune en faisant main basse sur ‘’l’or gris’’. La famille Peugeot avait rejoint les actionnaires par l’intermédiaire de Peugeot Invest, estimant la rentabilité alléchante. En 2018, Peugeot avait cédé 0,85 % du capital d’ORPEA et empoché 63,8 millions d’euros, conservant quand même 5 %.

Parmi les principaux actionnaires, on trouve des fonds de pension comme Canada Pension Plan Investment Board (15 %), la Caisse autonome de retraite des médecins de France (2 %), mais également les fonds d’investissement présents dans toutes les entreprises dégageant de juteux bénéfices et distribuant de bons dividendes, comme The Vanguard Group (2,02 %) ou la Norges Bank (2,06 %). Ceux qui ont investi dans ORPEA ferment les yeux, ne voyant que la rentabilité.

En 2013, suprême onction, le président de la République François Hollande avait invité Jean-Claude Marian à l’accompagner dans un voyage officiel en Chine, facilitant l’accord avec les autorités chinoises pour l’ouverture de lits dans un pays où le marché de l’or gris est attrayant ; on estime à 150 millions le nombre de Chinois de plus de 80 ans à l’horizon 2050.

Le scandale d’aujourd’hui met en cause la politique gouvernementale d’Emmanuel Macron et de ses devanciers ; le grand âge et la dépendance sont livrés sans vergogne au privé. Mais seuls les plus riches peuvent se permettre de placer leurs vieux parents dans ces EHPAD attrayants mais chers. La recherche du profit n’est pas compatible avec la dépendance.

Brigitte Bourguignon, dont de très nombreux Français ignoraient qu’elle est ministre déléguée chargée de l’autonomie, a tenté de disculper le gouvernement ce matin sur France Inter ; mais, diable, que l’exercice était au-dessus de ses modestes compétences.

« Il faut taper fort pour bien montrer que l’on ne fait pas n’importe quoi dans ce pays », a-t-elle osé annoncer. Paroles, paroles. Rien n’y fait, le scandale des privatisations de pans entiers de la vie est quotidien, à l’école, à l’université, à l’hôpital, dans les transports, dans l’énergie. Bref, partout.

L’acronyme ORPEA est scandaleux. Mais pas plus que l’ultralibéralisme.