Quand il est payé au SMIC, la seule question que le pauvre salarié se pose, c’est de savoir comment il va pouvoir manger à sa faim jusqu’à la fin du mois. Il reportera le changement de ses chaussures avachies et personne n’y prêtera attention ; ses fréquentations sont d’autres chômeurs qui font face aux mêmes problèmes et usent leurs chaussures comme lui, jusqu’à la corde.

Mais quand on est ministre de l’économie et élu du peuple, le budget est plus compliqué. Encore que… Il y a comme pour le smicard la colonne recettes et la colonne dépenses. Seul change le nombre de zéros.

Ce que comprend le smicard, c’est que le budget est la traduction de choix politiques. Aujourd’hui, il a comme l’impression que le ministre de l’économie l’a leurré. Celui-ci vient de signer un décret pour modifier le budget voté par le Parlement il y a seulement un mois et demi.

Le gouvernement et ses fonctionnaires se seraient trompés ; la croissance espérée de 1,4 % (que tout le monde, y compris les smicards avec leur bon sens, considéraient comme inaccessible) est revue à la baisse, à 1 %. Bruno Le Maire est un piètre politique et un mauvais financier (malgré cela il gagne largement plus que le SMIC) pour se tromper aussi lourdement. Et plutôt que de rechercher d’autres recettes, en taxant par exemple les énormes plus-values des groupes du CAC40, si imposantes qu’elles ne font pas rêver, il a signé un décret qui, les recettes étant revues à la baisse, opère des coupes budgétaires drastiques.

Les smicards sont ébahis ; ils n’ont pas ce genre de solution pour finir le mois ! Leur organisme de crédit est sans pitié. Le seul décret qu’ils connaissent est l’interdit bancaire qu’ils redoutent. En revanche, ils ont très vite compris que les coupes budgétaires de Bruno Le Maire, fixées à 10 milliards, vont atteindre davantage les smicards que les ultra-riches.

Le smicard qui espérait rénover son appartement véritable passoire thermique a observé, abattu, que les crédits affectés à Ma Prime Rénov’ sont lourdement rabotés.

Il craindra de se retrouver au chômage (qui continue à grimper) car la plus grosse coupe budgétaire concerne l’emploi et le travail (1,1 milliard) et on reparle déjà d’une énième réforme de l’indemnisation des chômeurs.

Ses enfants, eux, ne sont pas près d’avoir des remplaçants quand leurs enseignants sont absents ; le budget ‘’enseignement scolaire’’ est amputé de 691 millions. En revanche, s’il veut manifester, le nombre de policiers ne sera pas moins important, les crédits inscrits au poste ‘’sécurités’’ ne perd que 232 millions sur les 25 milliards votés.

Recherche et enseignement supérieur, investissement pour demain, sont amputés de 904 millions et, cerise sur le gâteau, en cette année olympique, le budget ‘’sport, jeunesse et vie associative’’ se voit retirer 180 millions. C’est idiot ou suicidaire ; ou les deux à la fois. Toutefois, l’ensemble des annonces du ministre ne totalisent que 5 milliards d’économies ; Bruno Le Maire a enjoint aux autres ministres de trouver les 5 autres milliards.

La situation du smicard n’est pas à la veille de s’améliorer. En revanche, les ultra-riches se frottent les mains et calculent déjà le montant de leurs dividendes à venir.

Ainsi fonctionne le libéralisme.