Le directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et membre de l’Eocle d’économie de Paris, Thomas Piketty, s’égosille dans sa tribune parue aujourd’hui dans Le Monde. Il condamne la politique d’Emmanuel Macron sans détour.

Il débute par : « Disons-le d’emblée : Macron se trompe d’époque et nous fait perdre du temps. Il applique des recettes complètement inadaptées au monde des années 2020, comme s’il était resté bloqué intellectuellement à l’époque de l’euphorie libérale des années 1990 et du début des années 2000, le monde d’avant la crise de 2008, le Covid-19 et l’Ukraine. Le contexte actuel est pourtant celui de la montée des inégalités, de l’hyper-prospérité patrimoniale et de la crise climatique et énergétique. L’urgence est l’investissement dans la formation et la santé et la mise en place d’un système économique plus juste, en France et en Europe, et plus encore à l’échelle internationale. Qu’importe : le gouvernement continue de mener une politique antisociale d’un autre âge. »

A propos de la réforme des retraites, il enfonce le clou : « Aujourd’hui, Macron ne cherche même plus à faire semblant et à jouer au modernisateur de l’Etat social : la réforme des retraites de 2023 vise simplement à lever de l’argent, sans aucun objectif d’universalité ou de simplification. Il s’agit même de la plus opaque des réformes paramétriques que l’on aurait pu imaginer. »

Après avoir constaté que « de façon générale, la construction de l’Etat social a été un immense succès historique au cours du XXe siècle, et il faut s’appuyer sur cet acquis pour aller plus loin » et que « le budget par étudiant a diminué de 15 % en France au cours des dix dernières années », il donne le coup de grâce à la politique anti-sociale de Macron : « En affaiblissant l’Etat social au lieu de l’étendre, le gouvernement affaiblit le pays et sa place dans le monde. »

Emmanuel Macron n’écoute personne, persuadé d’avoir raison en tout ; il est enfermé dans une tour d’ivoire et il s’y complaît. Les citoyens, eux, sont confrontés aux difficultés à vivre, à manger, à étudier, à travailler. Macron regarde ailleurs, insensible à la détresse du monde contemplant le refus de l’autre, les hyperprofits des plus riches et un déréglement climatique catastrophique.

L’accusation de Thomas Piketty est salutaire. Les citoyens la partagent. Il reste à aller plus loin que l’accusation et l’indignation, c’est-à-dire à la révolte.

11 mars