La Chouette qui hioque

Mois : décembre 2022 (Page 2 of 2)

L’exemple iranien

Ils sont frères ennemis mais si farouchement opposés qu’ils ont entretenu des guerres sanglantes, faisant des millions de victimes au cours des siècles ;  ils traitent l’autre d’hérétique et chacune de leurs paroles déclenchent des controverses infinies ; bref, qu’ils soient catholiques, islamistes ou juifs, qu’ils croient en Dieu, Allah, Elohim, Yavhé ou Jéhovah, ils s’invectivent et dénoncent les blasphèmes pour mieux asservir les peuples.

Tous ont leurs fondamentalistes, très violents, toujours agressifs pour défendre des dogmes rétrogrades. Les guerres de religion n’appartiennent pas au passé, hélas, et les plus indécritables des croyants sont encore prêts à n’importe quoi pour entrer au paradis.

En Iran, les ayatollahs avaient imaginé et institué une police des mœurs, avec ses patrouilles où des femmes vêtues d’un tchador s’immisçaient dans les affaires privées, les fêtes de famille et tous les rassemblements sociaux pour imposer le port d’un voile dit islamique, avec force détails sur la façon de le porter selon les codes vestimentaires des seules femmes. Au nom d’Allah et du Coran, revu et interprété.

Le dieu de toutes les religions est un problème.

De jeunes femmes viennent de perdre la vie pour avoir voulu s’émanciper et c’est tout le régime des ayatollahs qui vacille. Ceux-ci ont fait annoncer par le procureur général iranien la suppression de la police des mœurs, mais il y a eu trop de mort et trop de répressions pour que les jeunes Iraniennes (et les jeunes Iraniens) s’en contentent. Le peuple d’un pays qui fut un berceau des civilisations ne veut plus des vieillards imposant leur lecture rétrograde de leur religion.

Cette rébellion de la jeunesse iranienne est réconfortante ; elle peut être un point de départ pour s’émanciper de toutes les religions récusant la laïcité des Etats. Et permettant chez nous de pourfendre ceux qui se revendiquent de l’héritage judéo-chrétien pour mieux entraver l’accueil de l’étranger.

A bas le libéralisme !

Selon la Commission de régulation de l’énergie, les concurrents d’EDF ont demandé que la société nationale leur livre plus d’électricité nucléaire à bas prix (et, surtout, moins chère que le coût de production), qu’ils revendront ensuite à leurs abonnés à un prix moins élevé que celle-ci.

Un esprit normalement constitué comprend qu’EDF vend de l’électricité à perte et permet à ses concurrents d’exister encore à coup de dumping. Quelle belle démonstration de l’ineptie de l’économie libérale et de l’incohérence des politiques de la Commission européenne !

La quantité d’électricité ‘’peu chère’’ vendue par EDF était limitée à 120 térawattheures (TWh) par an ; ce plafond a été relevé de 100 à 120 TWh le 1er avril dernier sur injonction de ministre de l’économie Bruno Le Maire qui souhaitait ainsi permettre de limiter l’augmentation du prix payé par les utilisateurs. Les abonnés aux concurrents d’EDF ont pu apprécier le résultat !

Aujourd’hui les concurrents d’EDF exigent la livraison de 148,30 TWh en 2023, soit 67,43% de sa production. Une perte de trésorerie estimée aux environs de 8 milliards d’euros par des dirigeants d’EDF qui éprouvent des difficultés à comprendre cette politique de ‘’gribouille’’ qui contraint une entreprise où l’Etat est actionnaire majoritaire à s’endetter davantage pour favoriser des entreprises privées au nom d’une concurrence libre et non faussée. En l’espèce, la concurrence n’est pas libre, mais elle est bel et bien faussée.

On ne comprend rien à ce jeu de la concurrence, mais, en revanche, on comprend aisément pourquoi nous sommes de plus en plus nombreux à nous écrier : « A bas le libéralisme ! » Macron et son gouvernement, eux, semblent très satisfaits ; mais ils n’entendent pas la colère qui gronde.

L’Europe craintive !

Margrethe Vestager Hansen est vice-présidente exécutive chargée de la politique de concurrence au sein de la Commission européenne. Elle est danoise et membre du parti social-libéral et, à ce titre, elle n’est pas une adversaire acharnée de la loi du marché, malgré des déclarations toujours véhémentes. Mais, fonction oblige, encore faut-il faire croire aux peuples européens que les instances bruxelloises veillent à leur bonheur et à leur bien-être.

En commentant la publication de l’enquête préliminaire à propos de l’OPA de Bolloré sur Lagardère, elle a avancé des arguments qui, en toute logique, devraient aboutir au refus de l’opération :

« Des marchés concurrentiels dans le secteur de l’édition de livres favorisent la diversité des idées. Ils permettent à chaque partie de la chaîne de valeur de prospérer, depuis la création de contenus jusqu’à la distribution. L’acquisition de Lagardère par Vivendi réunit deux éditeurs de premier plan de livres en langue française et de magazines grand public. L’opération doit donc faire l’objet d’un examen minutieux car elle pourrait réduire le choix et entraîner une hausse des prix, une accessibilité et une qualité réduites pour les lecteurs de livres en langue française et de certains magazines français. »

Paroles sensées, mais au-delà ?

L’enquête préliminaire a amené la Commission à émettre des ‘’craintes’’ de voir les éditeurs privés de sources de revenus essentielles pour soutenir leurs activités découlant de l’édition des auteurs les plus vendus, d’avoir un accès limité à des services essentiels pour la commercialisation et la distribution de leurs livres, et de voir librairies et lecteurs confrontés, respectivement, à des marges réduites et à une hausse des prix. En revanche, pas un mot sur la défense du pluralisme des idées !

La Commission a cru bon de relever que « l’opération, en combinant trois magazines « people » (Paris Match de Lagardère et Gala et Voici de Vivendi), puisse donner naissance à un leader puissant sur le marché. La Commission craint qu’une telle situation ne nuise à la qualité, à la diversité et aux prix, aux dépens des lecteurs de ce type de magazines. »

Crainte réelle, mais mineure si on la compare au désastre que pourrait engendrer la prise de contrôle d’Hachette par Bolloré ! La vice-présidente de la Commission n’a pas osé aborder les censures dont Bolloré est friand.

La Commission a donc décidé d’engager une enquête approfondie, tout en précisant non sans ironie, que celle-ci « ne préjuge pas de l’issue de la procédure ».

Bolloré a préparé la riposte ; il va balayer les craintes de la Commission du haut de son mépris et réussir son opération, avec l’aide de Macron, Sarkozy, etc., au nom de la création de champions nationaux pour concurrencer les méga-groupes américains.

Les craintes de Margrethe Vestager Hansen seront vite oubliées et les affaires pourront continuer à prospérer.

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