Durant son séjour à Mexico en 1936, Antonin Artaud a donné quelques textes fulgurants à des quotidiens, notamment à El Nacional. L’un d’entre eux, intitulé Bases universelles de la culture, il a précisé le sens du mot culture et écrit ces lignes lumineuses :
« On peut être instruit sans être réellement cultivé. L’instruction est un vêtement. Le mot instruction signifie qu’une personne s’est revêtue de connaissances. C’est un vernis dont la présence n’implique pas forcément le fait d’avoir assimilé ces connaissances. Le mot culture, en revanche, signifie que la terre, l’humus profond de l’homme, a été défrichée. »
Ces quelques phrases lues, on ne peut plus les oublier, notamment dans la période actuelle où ceux qui ont le pouvoir font preuve d’une absence criante de culture pour affronter les revendications, notamment celles des lycéens et des étudiants.
Que ce soit Macron, Lecornu et son gouvernement, leurs entourages, tous, donc, sont des gens instruits, formés dans les établissements publics de grande renommée. Et pourtant, ils ne peuvent pas comprendre les revendications (malgré ce qu’ils disent). Ils sont incapables de se remettre en question pour considérer ceux qui revendiquent comme des interlocuteurs, intelligents, capables d’analyser ce qui les poussent à descendre dans la rue et d’apporter des réponses crédibles à leurs énormes problèmes.
De Macron à Marine Le Pen et Bardella, en passant par Retailleau, Philippe ou Attal, ils font preuve d’une inculture sociétale crasse. Ils se ressemblent à tel point que leurs discours sont tellement identiques sur le fond.
Antonin Artaud, esprit bouleversé mais brillant, ose parler de décadence et de confusion dans les mots. Il a hélas raison d’ajouter qu’on situe instruction et culture sur le même plan, « on les considère comme allant de pair ».
Macron se targue d’être un homme de culture quand il n’a qu’une culture du profit, peaufiné chez Rothschild. Sa confusion est grande. Il le paie cher aujourd’hui. Et c’est tant mieux.
Pour finir, lisons encore Artaud, dans le même article : « l’homme vraiment cultivé porte son esprit dans son corps et c’est son corps qu’il travaille par la culture, ce qui équivaut à dire qu’il travaille en même temps son esprit. »