Le pape François a écrit une longue lettre « sur le rôle de la littérature dans la formation » et « sur son importance (…) dans le parcours de maturation personnelle », le 17 juillet dernier.
Une telle initiative est rare de la part d’un pape. C’est donc que la question est importante. François est volontiers iconoclaste, mais quand même ! Il écrit des phrases qui détonent dans une Eglise qui pratiquait (et pratique encore) l’Inquisition et a multiplié les autodafés : « Une œuvre littéraire est donc un texte vivant et toujours fécond, capable de parler à nouveau de multiples façons et de produire une synthèse originale avec chaque lecteur qu’elle rencontre. Dans la lecture, le lecteur s’enrichit de ce qu’il reçoit de l’auteur, mais cela lui permet en même temps de faire fleurir la richesse de sa propre personne, de sorte que chaque nouvelle œuvre qu’il lit renouvelle et élargit son univers personnel. »
François écrit encore : « De plus, pour un croyant qui veut sincèrement entrer en dialogue avec la culture de son temps, ou simplement avec la vie des personnes concrètes, la littérature devient indispensable. À bon droit, le Concile Vatican II affirme que la littérature et les arts […] s’efforcent d’exprimer la nature propre de l’homme » et de mettre en lumière les misères et les joies, les besoins et les énergies. En vérité, la littérature s’inspire de la quotidienneté de la vie, de ses passions et de la réalité des événements tels que l’action, le travail, l’amour, la mort et toutes les pauvres choses qui remplissent la vie. »
Les arguments du pape en faveur de la lecture sont définitifs quand il écrit encore : « La représentation symbolique du bien et du mal, du vrai et du faux, comme dimensions qui prennent dans la littérature la forme d’existences individuelles et d’événements historiques collectifs, ne neutralise pas le jugement moral mais l’empêche de devenir aveugle ou de condamner superficiellement. »
Les membres de l’association d’extrême droite SOS Education, proche d’Eric Zemmour et du Rassemblement national, n’ont pas dû lire cette lettre du pape : ils ont eux aussi écrit une lettre, au gouvernement, non pour encourager à la lecture mais pour dénoncer un livre retenu pour le Goncourt des lycéens au prétexte d’un « contenu pornographique et psychiquement dangereux ». Le livre en question, Le Club des enfants perdus de Rebecca Lighieri, n’aurait pas sa place entre les mains des lycéens. La lettre a été reprise par le JDD, l’organe dominical bien-pensant, patronné par Vincent Bolloré.
On assiste à un nouveau procès en sorcellerie. Quand le livre de Rebecca Lighieri sera-t-il brûlé devant les cathédrales ?
L’association d’extrême droite s’était déjà manifestée en se dressant contre l’exposition « Zizi sexuel » à la Cité des Sciences. Elle persévère dans le culte de l’ignorance. Les réactionnaires sont plus prompts à dénoncer l’éducation à la sexualité à l’école que les prêtres pédophiles dans les diocèses ou à Stanislas.
Le pape François a encore une lourde tâche devant lui pour faire évoluer ceux qui se réclament de son Eglise catholique. Et ses lettres, aussi belles soient-elles, n’y suffiront pas.