Vincent Bolloré a colonisé ‘’ses’’ médias pour y déverser une idéologie hyper-réactionnaire. ‘’Ses’’ journalistes ne font donc pas d’information, mais du bourrage de crâne. Hélas, il n’est pas le seul milliardaire à se livrer à une confiscation du pluralisme.
On n’est pas obligés de les regarder, écouter ou lire.
En effet, tout n’est pas perdu ; il reste encore des journalistes, des vrais, notamment dans la presse écrite.
Ce n’est pas dans la presse Bolloré qu’on lira ces deux exemples des bons principes professionnels ; ils sont tirés de Télérama et pas dans les pages les plus lues (dans les dernières pages réservées à la radio), mais ils sont réconfortants. Il s’agit de deux articles écrits par deux jeunes consœurs (bravo à elles).
L’une, Elise Racque, a interviewé Marina Carrère d’Encausse (nouvelle venue sur France Culture) qui, à la question : « Les inégalités sociales traverseront-elles l’émission ? », a livré une très belle réponse :
« Toujours, toujours, toujours ! Parler de santé, c’est parler d’injustices et de discriminations. Vous pouvez aborder l’IVG sous le prisme purement médical, mais vous pouvez aussi consacrer une émission à expliquer pourquoi ce droit est menacé. L’impact des inégalités sociales sur la santé des gens m’a toujours préoccupée. En France, on a la chance de garantir un accès aux soins gratuits pour les plus défavorisés, mais il ne faut pas ignorer les conséquences de ces inégalités. Par exemple, sur l’obésité et la malnutrition. Je soutiens évidemment les discours qui consistent à dire qu’il faut faire du sport, manger sainement et bio. Mais à qui on parle ? J’ai un peu de mal à entendre ça quand je vois une femme seule qui élève quatre enfants dans une cité et qui ne va certainement pas faire un jogging le soir en rentrant du boulot, ni acheter du bio avec son budget serré. Ces injonctions très globales ne prennent pas en compte la réalité sociale des gens, je crois même qu’elles tendent à aggraver les inégalités. Je voudrais faire en sorte que les messages de prévention et de dépistage puissent vraiment aider le plus grand nombre. On en est loin. »
Le second exemple, on le doit à Marion Mayer qui, dans une rubrique intitulée ‘’Dans les oreilles’’, écrit un court article titré ‘’Taxer les ultra-riches’’ bien troussé :
« Je suis souvent frustrée par le débat du 7/10 d’Inter. Mais entendre Cécile Duflot, directrice d’Oxfam France, rappeler que l’impôt sur l’héritage que propose l’ONG ne concerne que les sommes au-delà de 13 millions d’euros m’a semblé important. « Les Français sont contre cet impôt, mais l’immense majorité d’entre eux ne le paieront jamais. », précise-t-elle face au secrétaire général de LR Geoffroy Didier, qui préfère parler égalité des chances à l’école. « Ça nécessite que l’école ait les moyens de faire son travail », rétorque-t-elle. Et toc ! »
Alors, oui, et toc ! Et bravo aux deux jeunes journalistes.
L’une permet à Marina Carrère d’Encausse affirmer un beau parti pris (c’est tout à l’honneur du service public et de France Culture) ; l’autre se permet de critiquer ‘’le grand entretien’’ (sic) de France Inter (également service public) et, par ricochet, la star Léa Salamé, trop souvent insupportable.
Tout cela me rappelle le titre du livre rendant compte des Etats généraux de la culture en 1987, initiés par Jack Ralite : ‘’La culture française se porte bien pourvu qu’on la sauve’’. On pourrait décliner ce titre à propos de l’information : ‘’’l’information en France se porte bien pourvu qu’on la sauve de Bolloré et de quelques autres milliardaires’’.
Et toc !