Deux enseignants-chercheurs, Yves Reuter (Lille) et Lahanier-Reuter Dominique (Bordeaux), ont tenté de répondre à la question : « Comment expliquer le sort réservé aux plus démunis dans l’école française et, notamment, les orientations précoces hors des parcours « ordinaires » qui les concernent plus souvent ? Serait-ce, à suivre un certain nombre de représentations sociales, une sorte de fatalité ? »

La situation est grave ; selon une note de l’INSEE (L’essentiel sur la pauvreté), la pauvreté « touche massivement les enfants et les jeunes. Selon les données de l’Insee de 2024, 2 759 000 des moins de 18 ans (soit plus de 20 % d’entre eux) étaient en situation de pauvreté monétaire ou de privation matérielle. Par ailleurs, selon le baromètre de l’Unicef, le nombre d’enfants SDF augmente. » Et selon une note d’analyse du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, « Il s’avère que, plus l’exposition à la pauvreté en sixième est intense, plus les conditions de vie à l’entrée dans l’âge adulte sont défavorables : sortie précoce du système scolaire, probabilité accrue de n’être ni en emploi, ni en études, ni en formation, et lorsqu’ils sont en emploi de percevoir un bas salaire (parmi les 20 % les plus faibles de la cohorte). Peut-on encore parler d’école inclusive en s’aveuglant sur le sort réservé aux plus pauvres ? »

Pour les deux chercheurs, « Il existe des facteurs extrascolaires bien connus telles les conditions de vie, la ghettoïsation de l’habitat ou encore la dégradation des services publics. Il existe aussi des facteurs qui touchent l’institution scolaire dans sa globalité : les moyens insuffisants consacrés à l’éducation, le peu de reconnaissance accordée aux enseignants, l’inadaptation de leur formation initiale et continue, les classes surchargées en comparaison d’autres pays, les réformes et les injonctions incessantes. »

Mais d’autres facteurs sont détaillés : « nos recherches nous ont permis de préciser trois grands mécanismes qui génèrent l’échec des plus pauvres, à savoir l’opacité de l’univers et des pratiques scolaires (par exemple, la multiplicité des sigles, les organisations disciplinaires, les annotations…), certaines règles d’imposition (imposition du silence, de la concurrence entre élèves, des modalités évaluatives…) et, enfin, les injustices et stigmatisations (quant à la langue parlée, quant à la soi-disant « absence de culture », auxquels il faut ajouter les prophéties défaitistes – « Ce n’est pas pour toi », « Tu n’y arriveras pas »). »

Le constat est sévère et la politique du gouvernement en matière d’enseignement ne permet pas d’envisager la fin des inégalités scolaires. Il s’agit d’un thème majeur pour les prochaines échéances électorales, dont les candidats déclarés ne parlent pas.

Simple oubli ? Non, politique assumée en faveur de la reproduction des élites.

Jusqu’au réveil du peuple de gauche ?