Le RN et l’extrême droite frappent à la porte et j’éprouve un sentiment lourd et douloureux : nombreux sont ceux qui, en France, ouvrent la porte en grand pour les accueillir. Certains, même, avec gourmandise.
J’ai éprouvé du réconfort en lisant l’entretien accordé par Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, au Monde.
Voilà une dirigeante syndicaliste qui mesure le danger et qui le nomme : « On a l’impression d’être dans la France de 1938, avec une immense torpeur. On est dans un contexte inédit, pour la première fois l’extrême droite peut prendre le pouvoir par les urnes. Et alors qu’on est dans cette situation, aux universités d’été du Medef, les candidats se sont focalisés sur Jean-Luc Mélenchon au lieu d’attaquer Marine Le Pen, qui était tranquille. »
Pour la CGT, en effet, « Le RN n’a pas changé. Marine Le Pen l’a redit. Sitôt arrivée au pouvoir, elle [ferait] un référendum constitutionnel pour faire rentrer la préférence nationale dans la Constitution… Un coup de force juridique pour instaurer une xénophobie d’Etat. La préférence nationale, ça s’appelle de l’apartheid ! Mais, aujourd’hui, le seul critère d’appréciation du patronat, c’est son intérêt financier. Honte à ceux dont l’argent est la seule boussole ! Je rappelle que l’extrême droite n’arrive jamais au pouvoir sans le soutien du capital. »
Elle enfonce le clou en ajoutant : « Une partie du patronat est en train de faire la courte échelle à l’extrême droite en la normalisant alors que l’enjeu est de tout faire pour empêcher son arrivée au pouvoir (…) Quand Patrick Martin dit qu’il ne sait pas si Marine Le Pen est d’extrême droite, c’est une faute morale historique. Cela confirme que, pour le Medef, il n’y a que l’argent qui compte. »
Le constat est terrible, mais nullement défaitiste. Pour la CGT, il est encore temps de tout faire pour empêcher la victoire du RN ; en effet, il n’y a rien d’inéluctable : « Notre stratégie, c’est de saturer le débat sur les questions sociales. Il faut transformer la colère en mobilisation. »
Il reste six mois pour refuser de se laisser entraîner dans un vote irréfléchi, un vote de contestation et faire confiance à l’intelligence collective.