Il me manquait : Samuel Gontier, le chroniqueur de Télérama (rubrique En différé), était en vacances. Sa rentrée ne passe pas inaperçue, surtout à la rédaction de France 2. Il s’est penché sur les journaux télévisés de la chaîne et son billet a réveillé mes neurones endormis par la canicule.
Le journaliste a remarqué en introduction que : « Faits divers en pagaille, balivernes technologiques, publireportage obséquieux, tourisme inconséquent et micros-trottoirs à foison : sur France 2, les journaux rivalisent de vacuité pendant l’été. »
Vacuité, c’est le moins qu’on puisse dire. Il passe en revue tous les sujets dits ‘’marronniers’’ habituels, mais il a réservé le meilleur à la fin de sa chronique. Qu’on en juge :
« Pour conclure, « un peu de fraîcheur. Direction la Côte d’Ivoire et la basilique Notre-Dame-de-la-Paix à Yamoussoukro. Sous son immense coupole, il fait 22 degrés seulement ». Contre, à l’extérieur, « 30 à 35 degrés toute l’année, précise un reporteur. Les fidèles en profitent pour prier au frais ». « C’est la fraîcheur de Dieu », assure l’un d’eux. Et celle « des kilomètres de machineries et de tuyaux » en sous-sol, « un système de refroidissement unique au monde qui utilise 24 000 mètres cubes d’eau, très gourmand en électricité ». Alléluia, « les fidèles dansent, mais pas une goutte de sueur. Il y a même une soufflerie intégrée dans les dossiers des sièges », admire le reporteur. Il évoque la construction « voulue par le président Félix Houphouët-Boigny » à la fin des années 1980 de cette « réplique de Saint-Pierre de Rome », « au milieu de nulle part ou presque ». Pas tout à fait : Yamoussoukro est le village natal du dictateur, où ila englouti une fortune pour édifier sa basilique, au point de contrarier le Vatican. Même si, finalement, « le pape Jean-Paul II en personne est venu consacrer l’édifice en 1990. Jacques Chirac était au premier rang ». Ainsi que Jacques Foccart, l’homme des basses œuvres de la Françafrique. Le reporteur célèbre « la plus grande superficie de vitraux au monde » et « des milliers de mètres carrés de marbre », insiste sur « le petit miracle de la fraîcheur dans ce lieu saint ». À la prochaine canicule, réservez un vol pour prendre le frais à Yamoussoukro. »
Faut-il s’inquiéter de ces moments de laisser-aller du service public ? Sans doute. Pourtant, il ne faudrait pas se tromper, droite, extrême droite et même centre, ne sont pas étrangers à ces errements. Ils sont le résultat des attaques permanentes contre le service public, son indépendance, son pluralisme, à coups de commission d’enquête et de restrictions budgétaires.
Samuel Gontier nous a réveillé et nous invite à refuser la bataille médiatique de Bolloré. L’audiovisuel public n’a jamais été autant nécessaire qu’aujourd’hui et plus encore que demain. Alors, continuons le combat.
Tan que Samuel Gontier peut écrire pour le fustiger, c’est que le service public est encore là. Demain, il sera trop tard.