Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

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Charlie Kirk, déjà un mythe

L’excellent magazine de la gauche socialiste américaine, Jacobin, a vivement réagi à l’annonce de l’assassinat de Charlie Kirk, 31 ans, présenté comme un influenceur du monde MAGA. Il dénonce le crime et craint les réactions de Trump, mettant en cause l’extrême gauche et même la gauche.

D’un long article, j’ai extrait ces quelques lignes :

« L’assassinat de Kirk est une tragédie. Moralement, c’est injustifiable. Politiquement, c’est une cause de grave inquiétude. Une spirale plus large vers la violence politique serait une catastrophe pour la gauche (…) Les tentatives d’assassinat de dirigeants politiques sont en augmentation, tout comme les meurtres à motivation politique de personnes moins notables. Bien que ce type de violence provienne de tout le spectre politique, la droite en est responsable d’un bien plus grand nombre que la gauche depuis plusieurs décennies. Au cours des dernières années, les assaillants semblent de plus en plus provenir d’éléments politiquement confus, mentalement perturbés et lourdement armés de la population américaine, dont la paranoïa et la désorientation générales se sont mêlées à une culture politique incohérente mais vicieusement polarisée (…) Avant la fin de la soirée, Donald Trump s’était adressé à la nation en disant : « Pendant des années, ceux de la gauche radicale ont comparé de merveilleux Américains comme Charlie à des nazis et aux pires meurtriers de masse et criminels du monde. Ce genre de rhétorique est directement responsable du terrorisme que nous voyons dans notre pays aujourd’hui, et il doit cesser dès maintenant » (…) L’assaillant n’a pas encore été identifié, et aucun mobile n’a été confirmé, mais cela n’a pas empêché le président de mettre le meurtre de Kirk sur le dos de toute la gauche et de jurer des représailles (…) Le meurtre de Kirk n’est pas susceptible de démoraliser mais d’enhardir la conviction de l’extrême droite, qui fera sans aucun doute de Kirk un martyr de sa cause. En effet, l‘utilisation de ce terme par des personnalités de la presse de droite a déjà commencé. Il est tout à fait éligible pour la création d’un tel mythe, étant donné qu’il n’a jamais mis le doigt sur personne et qu’il a été abattu de sang-froid alors qu’il était en train d’exprimer ses opinions politiques (…) Il n’y a rien à célébrer ici. En effet, il y a beaucoup à craindre. »

Jacobin a raison. Avec Donald Trump, il n’y a pas beaucoup mais tout à craindre.

Indigné !

En ce jour de blocage, je bloque mon blog.

Il s’agit d’une obligation morale de manifester sa solidarité avec ceux qui luttent.

Néanmoins, je voudrais partager cette réponse de José Saramago à un journaliste qui lui posait la question de savoir si, comme le soutient Umberto Eco, il était un blogueur enragé :

« Enragé c’est trop dire. Ce que je cherche à exprimer, c’est l’indignation sur l’état du monde, c’est la misère, la détresse où vivent des millions de personnes. Une partie énorme de l’humanité vit dans une apocalypse permanente de la naissance à la mort. C’est ça le progrès ? C’est ça la civilisation ? Enragé, non : indigné. »

Comme je me retrouve dans ces lignes !

Le temps du changement

Emmanuel Macron a beaucoup promis et suscité encore plus d’espoir en 2017. Jeune et sémillant, il haranguait les foules en dressant le portrait d’une France quasiment paradisiaque, faisant taire les sceptiques.

Combien de citoyens, s’accrochant à cet espoir, sont devenus de fervents croyants en un monde merveilleux et harmonieux.

Ni de droite, ni de gauche, il avait aussi promis de transcender les vieux clivages politiques, calmant les impatiences de ceux qui n’ont rien et qui pensaient que le jeune président de la République allait changer leur triste vie et réhabiliter le droit humain à la juste répartition des richesses. Ceux qui couchaient dehors devaient trouver un toit (et même un emploi) et demain ne serait plus aussi pénible qu’aujourd’hui.

Le faiseur de miracles a semé des mirages et endormi les esprits.

Aujourd’hui, le président de la République est nu, entraînant dans sa chute inexorable des premiers ministres qui ont cru pouvoir contenir l’impatience d’un peuple qui appelle à tout bloquer demain et qui va manifester avec ses syndicats une semaine plus tard.

Le peuple gronde et s’impatiente.

Celui qui était présenté comme brillant n’était que d’une intelligence politique médiocre, aveuglé par sa suffisance ; il est devenu au fil des ans et des incidents de parcours un Guignol grotesque, incapable de regarder la réalité. Il a plongé le pays dans une gravissime crise économique et financière et les institutions dans un état de convulsions inédit. 

Aujourd’hui, donc, comment se relever du champ de ruines qu’est la France ? Comment ouvrir de nouvelles voies avec un président qui s’accroche à ses croyances supérieures et à l’empire absolu du marché et se refuse à ouvrir la voie au socialisme, le vrai, en cédant le pouvoir au NFP ?

Les citoyens appellent au secours ; ils ne croient plus en un nouveau capitalisme.

Le temps du changement à l’échelle publique et individuelle est là, devant nous tous, réunis et combatifs.

Fouille-merde

L’extrême droite fouille les poubelles et elle en est fière. Dernières victimes, Thomas Legrand et Patrick Cohen dont les conversations privées avec deux élus socialistes ont été filmées et enregistrées à leur insu dans un restaurant, lieu privé.

Il n’est pas besoin de s’interroger longtemps pour voir qu’il s’agit d’une manœuvre habituelle de ces prétendus médias fascisants. Qui a filmé (la vidéo est d’une très bonne qualité) ? Avec quelle complicité ? Quel respect de la vie privée ? Quelle manipulation et quels principes professionnels pour extraire une seule petite phrase prononcée au cours d’un long repas et en faire un acte d’accusation de la vénalité de deux journalistes ?

Les médias d’extrême droite puent. C’est même leur marque de fabrique.

Que le service public s’empare de cette grossière manipulation pour interdire d’antenne Thomas Legrand est scandaleux. Mais n’est-ce pas la même direction de France Inter qui s’est déjà signalée en punissant des journalistes jugés par elle effrontés ? La publication de la vidéo par Arthur de Watrigant, directeur de L’Incorrect, lui a procuré une belle occasion.

Albert Camus écrivait en 1951 dans la revue Caliban : « Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée et par un millier d’amuseurs cyniques (…) court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation. »

Quelques 74 ans plus tard, on pourrait paraphraser Camus en disant : « Une société qui accepte d’être informée par une presse de caniveau et par des journalistes qui ne survivent que grâce aux ‘’dons’’ de Pierre-Edouard Stérin, court au fascisme et à l’obscurantisme ».

Les médias d’extrême droite, ceux de Stérin, Bolloré et de quelques autres sont le plus formidable instrument de manipulation ; quand ils n’ont pas d’événements à traiter, ils les créent. Et les journalistes comme ceux de L’Incorrect sont plus méprisables que « la dernière des prostituées qui ne vend que son corps, et y a été contrainte par les injustices sociales ».

Politique honteuse

Si la rentrée en France est morose, il y a un pays où elle est sanglante. L’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a publié un rapport dans lequel on peut lire que « chaque jour depuis le début de la guerre à Gaza, une classe entière d’enfants a été tuée en moyenne », soit entre 35 et 45 pauvres victimes. Le commissaire, Philippe Lazzarini, semble impuissant et constate, éploré : « Gaza est en ruines. Son système éducatif aussi ».

Donald Trump est insensible à cette tragédie et, tel Matamore, il continue de soutenir Benyamin Netanyahu dans son œuvre génocidaire.

C’est dans ce contexte qu’il envisage toujours de déplacer les 2 millions d’habitants de la bande de Gaza et que le Washington Post vient de confirmer le plan de ‘’reconversion’’ du territoire palestinien. Trump avait évoqué la création d’une Riviera. Aujourd’hui, on en sait un peu plus d’un plan préparé par son entourage et des Israéliens. 

La bande de Gaza serait placée sous administration américaine pendant 10 ans (de quel droit ?) et une entité baptisée Gaza Reconstitution, Economic, Acceleration and Transformation Trust (ou GREAT Trust) investirait dans un centre touristique et des entreprises technologiques. Chaque Palestinien acceptant de quitter le territoire recevrait 5000 dollars et une aide pour payer quatre ans de loyer et un an de nourriture.

Pur délire de milliardaire fou et cupide pour rayer de la planète toute trace de la civilisation palestinienne. Sans que les Palestiniens n’aient eu à donner leur avis.

Pur délire d’un autocrate entre les mains des financiers et des entreprises de l’intelligence artificielle.

Jean-Pierre Filiu, le chercheur spécialiste de la question du Moyen Orient, a déploré dans une tribune publiée par Le Monde l’énorme responsabilité du Hamas donnant la priorité à la pérennité de l’islamisme et les intérêts de son parti plutôt qu’à l’intégrité du peuple palestinien et fournissant des prétextes à Israël pour anéantir Gaza et la Cisjordanie ; il rappelle fort opportunément que « lorsque les troupes israéliennes assiégeaient l’OLP dans Beyrouth, au cours de l’été 1982, son chef, Yasser Arafat, avait accepté d’être évacué avec des milliers de combattants pour abréger les souffrances des civils ».

Néanmoins, encore faut-il rappeler que le contexte a considérablement changé ; Netanyahu a favorisé la montée de l’influence du Hamas avec des aides généreuses pour affaiblir l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas.

Le peuple palestinien, qui compte ses morts, est la seule victime de ces jeux politiques honteux. Jean-Pierre Filiu conclut en écrivant : « Nul doute que le verdict de l’histoire sera sans appel contre les islamistes palestiniens. Pour l’heure, cependant, ce sont les femmes, les hommes et les enfants de Gaza qui meurent. »

Une classe d’enfants est tuée chaque jour à Gaza !

Le livre, choix de société

Rentrée morose aussi dans l’enseignement public. 

Il manque des enseignants et, malgré les déclarations de la ministre, de nombreux élèves n’ont pas de maîtres ou professeurs devant eux. On savait le pari intenable.

Le fossé se creuse entre école publique et école privée. Les enseignants défenseurs du public se mettent en grève pour exprimer leur colère de voir le contrat républicain s’effondrer.

Valérie Pécresse, qui a fait toute sa scolarité dans les meilleurs établissements privés, ajoute des motifs de colère, avec la disparition progressive du manuel scolaire et son remplacement par une plateforme qui, dit un collectif d’enseignants et d’écrivains, « désagrège les contenus en une multitude de fragments éclatés ».

Les signataires dénoncent « une erreur pédagogique, sociale et démocratique ». Pour eux : « il ne s’agit pas d’un simple choix technique, mais d’un choix de société. Il engage la transmission des savoirs, le lien entre l’école et les familles, et la liberté des enseignants. Nous ne sommes ni nostalgiques, ni technophobes. Mais nous affirmons que l’éradication du manuel scolaire comme repère partagé est une erreur pédagogique, sociale et démocratique. L’erreur, d’abord, de croire qu’un empilement de ressources numériques pourrait remplacer un ouvrage structurant, conçu dans sa globalité par des professionnels. Le manuel permet la construction progressive des savoirs, la lisibilité du parcours, le lien entre les notions. C’est un fil rouge cognitif essentiel, une véritable colonne vertébrale de l’école, comme le rappellent les sciences de l’éducation. »

Ils ajoutent que « le manuel est souvent le premier livre qu’on tient entre ses mains, parfois le seul. Il relie l’élève, l’enseignant, les parents. Il permet aux familles de suivre et d’accompagner les devoirs. Il garantit une égalité d’accès, une continuité, une visibilité sur l’année. C’est un socle, pas une relique. L’école ne peut pas se construire sur des miettes de savoir (…) L’édition scolaire garantit des contenus écrits, relus, pensés avec des enseignants-auteurs. Une plateforme régionale unique, elle, expose à des contenus instables ou biaisés, avec un risque majeur pour le niveau des élèves et un creusement des inégalités, entre territoires comme entre établissements publics et privés. »

Les enseignants, éditeurs et écrivains appellent à un moratoire et, surtout, à une évaluation et au débat, « car, au fond, il ne s’agit pas seulement de défendre le livre. Il s’agit aussi de défendre un certain rapport au savoir : exigeant, lisible, démocratique. Et de rappeler qu’en matière d’éducation, le numérique doit servir l’apprentissage, pas le désorganiser. Ce combat n’est pas corporatiste. C’est un combat pour l’école, pour l’égalité et pour nos enfants. »

Oui, c’est bien un combat pour l’école et Valérie Pécresse le mène au pas de charge ; la présidente de la région Île-de-France a depuis longtemps fait le choix du privé, donc d’une certaine politique inégalitaire au profit des multinationales, du profit et de l’obscurantisme.

La rentrée est morose dans les écoles, certes, mais combative.

Rentrée morose

Jour de rentrée sous un ciel gris, comme le monde où les guerres imbéciles mais haineuses font des centaines de morts chaque jour.

Jour de rentrée pour des millions de jeunes, de l’école maternelle à l’université, sans qu’ils soient assurés d’avoir un enseignant devant eux ou même d’avoir un établissement, qu’ils soient handicapés ou étudiants.

Jour de rentrée aussi à la télévision avec un étrange sentiment de malaise depuis que France 2 diffuse une publicité pour présenter sa nouvelle présentatrice du journal de 20 heures, Léa Salamé ; étrange malaise car cette journaliste s’est prêtée à cette mise en scène comme une ‘’rock star’’, répétant à satiété « Madame, Monsieur, bonsoir ». Ridicule.

C’est la première fois que la chaîne de service public met en scène une journaliste avec autant d’ostentation. C’est mal augurer de la suite et, principalement, de l’information. Doit-on rappeler à Léa Salamé que le journaliste a une mission sociale, à savoir rechercher l’information, en évaluer l’importance, la mettre en forme, l’expliquer et respecter le public en satisfaisant son ‘’droit à l’information’’.

Le respect absolu du droit du public à l’information suppose de s’effacer derrière les faits. Le problème pour un journaliste n’est pas d’apparaître et de prendre toute la lumière pour vendre une information ‘’starisée’’, déclenchant des émotions en déformant et changeant la relative importance des faits.

Un public n’a que faire de superstars au physique et à l’élocution standardisée, mais de serviteurs de l’information.

Qu’est-ce que l’antisémitisme ?

La reconnaissance de l’Etat palestinien annoncée par Emmanuel Macron a déchaîné les passions en Israël et jusqu’aux Etats-Unis. Benyamin Netanyahu accuse la France d’attiser le ‘’feu antisémite’’ à la suite d’une analyse ‘’abjecte et erronée’’ et l’ambassadeur des Etats-Unis en France lui fait grief de ne pas combattre l’antisémitisme avec suffisamment de vigueur.

Télérama est venu éclairer le débat en rappelant fort opportunément qu’il y a deux définitions de l’antisémitisme.

La première a été adoptée le 26 mai 2016 par les 31 Etats membres de l’Alliance Internationale pour la mémoire de l’holocauste (IHRA) et d’experts.

Dans les travaux de l’IHRA, on peut donc lire que « l’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. » Elle a donné ensuite des exemples qui viennent contredire les déclarations des dirigeants israéliens : « L’antisémitisme peut se manifester par des attaques à l’encontre de l’État d’Israël lorsqu’il est perçu comme une collectivité juive. Cependant, critiquer Israël comme on critiquerait tout autre État ne peut pas être considéré comme de l’antisémitisme. » 

Néanmoins, des chercheurs internationaux spécialistes ont souhaité apporter plus de précision à une définition jugée trop floue. En 2021, ils ont adopté une Déclaration de Jérusalem : « L’antisémitisme est une discrimination, un préjugé, une hostilité ou une violence à l’encontre des Juifs en tant que Juifs (ou des institutions juives en tant que juives) ».

Ils ont ensuite listé des exemples qui, à première vue, ne sont pas antisémites (que l’on approuve ou non l’opinion ou l’action). Parmi ceux-ci, on peut lire que « Soutenir la demande palestinienne de justice et d’octroi intégral de leurs droits politiques, nationaux, civils et humains, tels que définis par le droit international » n’est pas antisémite ; de même, « critiquer ou s’opposer au sionisme en tant que forme de nationalisme, ou plaider pour une variété d’arrangements constitutionnels pour les Juifs et les Palestiniens dans la région située entre le Jourdain et la Méditerranée » ne relève pas de l’antisémitismeEnfin, « Il n’est pas antisémite de soutenir des arrangements qui accordent une égalité totale à tous les habitants ‘’entre le fleuve et la mer’’, que ce soit dans deux États, un État binational, un État démocratique unitaire, un État fédéral, ou sous toute autre forme ».

 La déclaration stipule aussi que « une critique d’Israël en tant qu’État, fondée sur des preuves » n’est pas antisémite.

Les auteurs de la Déclaration de Jérusalem en concluent que « même si c’est controversé, il n’est pas antisémite, en soi, de comparer Israël à d’autres cas historiques, y compris le colonialisme de peuplement ou l’apartheid. »

Merci à Télérama de m’avoir permis de rafraîchir ma mémoire alors que le gouvernement de Netanyahu tente de détourner les critiques de plus en plus partagées dans le monde.

Enfin

Le graffiti writing (ou graff), devenu street art, va enfin sortir de l’underground et de la répression pour être reconnu. C’est néanmoins dans la confidentialité qu’un Centre national des archives numériques de l’art urbain a été inauguré en juillet dernier dans l’Institut national d’histoire de l’art.

Ses artistes qui ont débuté sur les surfaces extérieures qui s’offraient gratuitement à eux, murs ou palissades, ont été difficilement acceptés comme de vrais créateurs, avec leurs pochoirs et leurs aérosols. Certains ont pu entrer dans les galeries, d’autres ont fait l’objet d’expositions, mais ce n’est pas le cas de la majorité d’entre eux. Et pourtant, quelle pratique artistique ! Et, souvent, quel talent.

Un premier pas est franchi, enfin, pour garder dans la mémoire de l’humanité les traces d’authentiques œuvres artistiques, liées à une époque, une idéologie aussi, qui semble déranger de nombreux élus plus prompts à effacer les fresques qu’à interdire ces immondes panneaux publicitaires qui enlaidissent leurs villes.

Les graffeurs, donc, se sont réunis dans une Fédération de l’art urbain pour fonder un centre baptisé Arcanes, « destiné à la sauvegarde et à la valorisation des archives de l’art urbain » et une plateforme ouverte au public. Aujourd’hui, leurs efforts commencent à les sortir de la répression pour aller vers la reconnaissance pleine et entière.

L’art urbain, moyen d’expression d’une époque a ses stars, comme Banksy, Jef Aérosol et d’autres. Mais il s’agit d’un courant très développé chez les jeunes artistes, qui, eux aussi, ont droit à la reconnaissance. Sans trahir ni leurs origines underground, ni leur contre-culture.

Les menteurs de Netanyahu

Benyamin Netanyahu est un menteur invétéré ; quoi qu’il dise ou qu’il fasse, la vérité finit par éclater : il est à l’origine d’un horrible génocide.

Jean-Pierre Filiu, ce professeur de Sciences Po qui a séjourné à Gaza, témoigne une nouvelle fois dans une tribune du Monde : « Durant le mois que j’ai passé, l’hiver dernier, dans la bande de Gaza, j’ai été témoin des bombardements infligés régulièrement à Rafah pour mieux la rayer de la carte. » Et il ajoute : « Désormais enfermé entre deux ‘’corridors’’ militarisés, le champ de décombres de Rafah n’est pas seulement le site de distribution d’aide ‘’inhumanitaire’’ qui vire souvent au carnage. Il est d’ores et déjà programmé pour regrouper six cent mille Palestiniens voués à être ensuite expulsés. La pire des fins pour une ville à l’histoire plurimillénaire. »

Netanyahu osera-t-il traiter Jean-Pierre Filiu de menteur ?

Pierre Barbancey, grand reporter à L’Humanité, a séjourné dans le sud du Liban proche de la bande de Gaza. La région n’a pas été épargnée par l’armée israélienne. Il en rapporte un témoignage effroyable d’un agriculteur, Nehmen Younes, du village de Qsaybeh : « Les Israéliens ont bombardé avec du phosphore blanc. Tous nos champs ont été touchés. De très vieilles oliveraies ont pris feu (…) Trente-cinq ans de peine, de fatigue, de travail pour produire des olives, des figues, voilà le résultat »

Puis, il a recueilli le témoignage d’un habitant de Zawtar, Hussein Smail, à propos de l’utilisation du phosphore blanc sur son oliveraie : « Les fruits et les branches étaient maculés. Même en les lavant on se demandait si on pouvait les presser. On a dû tout laisser. D’habitude on produit 240 kg d’huile (…)  J’ai peur que les citernes de récupération des eaux pluviales soient contaminées. »

Le phosphore blanc est particulièrement nocif pour l’être humain, provoquant brûlures et perforations de la cornée ; il rend les sols qui y ont été exposés improductifs pendant plusieurs années. L’ONU en a interdit l’utilisation en 1983 et elle classe cette utilisation en crime de guerre.

Netanyahu osera-t-il traiter Pierre Barbancey de menteur ?

Benyamin Netanyahu ose tout ; ses ministres aussi. Itamar Ben Gvir s’est rendu à la prison de Ganot, s’est introduit dans la cellule du leader palestinien du Fatah, Marwan Barghouti, emprisonné depuis 23 ans, en le menaçant et en faisant filmer la scène : « Vous ne nous vaincrez pas. Quiconque fait du mal au peuple d’Israël, quiconque tue des enfants, quiconque tue des femmes (…) nous l’effacerons ».

Netanyahu osera-t-il dénoncer un ministre qui viole les conventions internationales et humanitaires ?

La condamnation d’Israël gagne du terrain chaque jour et, pourtant, la férocité de l’armée, Tashal, ne faiblit pas. Preuve que la mobilisation doit encore gagner en intensité pour imposer la paix.

Fête des mères

Je suis éberlué. Qu’arrive-t-il au Monde des livres ?

En feuilletant les pages (sur ordinateur), j’ai relevé ces huit titres d’articles relatifs à la critique des nouveautés de la rentrée :

« Emmanuel Carrère, fils de sa mère », « Amélie Nothomb retrace la légende maternelle », « La sonate pour une mère défunte de Raphaël Enthoven », « Celle de qui Régis Jauffret tient le goût de la fiction » (son ouvrage a pour titre « Maman »), « Le deuil longtemps différé de Catherine Millet » accompagné d’un entretien titré : « Pour me confronter au suicide de ma mère, je devais être sûre de mes moyens en tant qu’écrivain », « Donner les sentiments d’une fille pour sa mère », titre d’un article pour deux ouvrages de Jakuta Alikavazovic et Justine Lévy.

Les pères n’ont pas été oubliés puisqu’en dernière page, la rencontre avec Catherine Girard est titrée : « La fille de l’assassin ». Mais un seul ouvrage consacré au père contre six consacrés à la mère, en dit long sur le rôle de la femme dans l’univers littéraire.

Quoi ? Faudrait-il étaler sa vie privée (et celle de ses parents et géniteurs) pour faire la rentrée littéraire, celle des prix ? Les auteurs n’ont-ils plus d’imagination pour leurs romans ? A moins que les épanchements soient devenus une mode. Passagère comme toutes les modes.

Bref, je suis éberlué, interloqué, interpellé.

Par quel ouvrage familial dois-je commencer pour pouvoir paraître informé des choses littéraires de la rentrée ? Dois-je m’en tenir à ces confessions ou rechercher de vrais romans d’imagination ?

Si j’en crois Le Monde, ces ouvrages sont brillantissimes ; le quotidien vespéral parle d’un ‘’grand Carrère’’, d’une ‘’démonstration d’érudition’’, d’un ‘’magnifique portrait’’. Je n’en doute pas un seul instant, même si je préfère me faire une opinion par moi-même.

La littérature française regorge de relations familiales ; des colloques y ont été consacrés ; l’un d’eux organisé à Amsterdam en 2006 avait été consacré aux ‘’Relations familiales dans les littératures française et francophone des XXe et XXIe siècles’’. Sartre, Camus, Duras, Albert Cohen, Gide, Green, Le Clézio, Ernaux, entre autres y avaient fait l’objet de communications. Des ouvrages y ont été également consacrés.

Bref, je me suis peut-être fait surprendre par cette surabondance de titres répétitifs. Sans doute mes interrogations sont-elles superfétatoires.

Il reste néanmoins que je ne sais pas si je me laisserai tenter par tel ou tel auteur ; Carrère ou Catherine Millet ? Ou si je reviendrai à mes auteurs préférés, Silvia Avallone, Eri de Luca, Pierre Lemaître, Danièle Sallenave et quelques autres que Le Monde n’a pas évoqué pour cette rentrée.

Il y a tellement de bons livres à découvrir…

Vigilance démocratique

Il y a peu de temps encore, l’été endormait l’actualité ; aujourd’hui, les faits se bousculent. De la farce d’Anchorage aux incendies dans le sud de l’Europe, des manœuvres de l’extrême droite, alliée à la droite (qui n’a plus rien de républicaine), pour réécrire le roman national à l’échec du sommet mondial pour stopper la pollution plastique, le citoyen a de quoi perdre sa boussole.

Il ne faut compter ni sur les médias entre les mains de milliardaires, ni sur les réseaux dits sociaux pour établir une relation entre les faits, à savoir la crise du système capitaliste, qui contrôle, réprime durement et impose son agenda pour assurer la pérennité des ultra-riches.

Il ne reste qu’une seule solution, activer ce qu’Armand Mattelart a appelé la ‘’vigilance démocratique’’, dans un de ses livres, La globalisation de la surveillance (La Découverte, 2008).

Dans cet essai remarquable de lucidité et de pédagogie, il écrit en conclusion :

« Le capitalisme dit post-industriel ou de l’immatériel, en valorisant à des fins d’exploitations marchande les structures de subjectivation, de production de connaissance, de culture et de socialité, a ouvert un nouveau champ de luttes tout à la fois culturelles, sociales et économiques. Ensuite, il importe de tenir les deux bouts de la chaîne : le quotidien et la structure, le local et le global. »

Il esquisse là un beau programme pour que la gauche soit en situation de mettre en échec « le projet hégémonique du nouvel ordre informationnel : la gouvernance unilatérale du Réseau, les logiques d’appropriation privée ou de patrimonialisation de l’information, de la connaissance et du savoir de la part des grandes unités de l’économie globale, le pouvoir des seuls opérateurs du marché à définir des normes techniques ».

Mattelart appelle à la reconquéte des droits sans lesquels il n’y a pas de dignité humaine : droit au travail, à l’éducation, au logement, à la santé, à la communication et à la sécurité, droits bafoués aujourd’hui.

Le chemin sera long pour éclairer les citoyens, rétablir la sérénité entre tous les humains, d’où qu’ils viennent, quoi qu’ils fassent, et mettre fin au système oppressif. Les luttes à venir seront belles, joyeuses, enthousiasmantes. 

Photo historique

Les deux chefs d’Etat les plus fous se retrouvent donc en Alaska. On n’attend rien de leurs élucubrations derrière les sourires de circonstance ? Rien. Nada.

Les actes récents de ces malades du cerveau, jouets des oligopoles, donnent la nausée. L’un fait la guerre en Ukraine, semant la mort des deux côtés, emprisonne et tue ses opposants ; l’autre, toujours plus matamore, censure des livres, décrète l’état de siège à Washington et envoie la garde fédérale un peu partout, licencie sans ménagement, dénonce le fragile équilibre issu des accords internationaux et vend des armes à qui veut les acheter.

Et on voudrait nous faire croire que ces deux Guignols opposés à la démocratie veulent la paix quand ils veulent se partager les influences, au risque de la guerre ?

Alors que Trump va serrer la main de Poutine fermement (pour montrer sa force), au milieu de grands sourires (entre dérangés du cerveau on multiplie les connivences), je relis Jacques Prévert et son merveilleux poème La guerre (Spectacle, 1951) :

« Vous déboisez / imbéciles / vous déboisez / Tous les jeunes arbres avec la vieille hache / vous les enlevez / Vous déboisez / imbéciles / vous déboisez / Et les vieux arbres avec leurs vieilles racines / leurs vieux dentiers / vous les gardez / Et vous accrochez une pancarte / Arbres du bien et du mal / Arbres de la Victoire / Arbres de la Liberté / Et la forêt déserte pue le vieux bois crevé / et les oiseaux s’en vont / et vous restez là à chanter / Vous restez là / imbéciles / à chanter et à défiler »

Il reste encore un peu d’humanité dans ce monde, dans le peuple, chez les artistes et les poètes, pas chez les politiques de droite jouant les apprentis dictateurs, affichant même leur volonté de recevoir des diplômes reconnaissant les bienfaits de leurs errances mégalomaniaques.

Les imbéciles déboisent et se retrouvent en Alaska pour échanger poignées de mains et sourires ; les imbéciles veulent nous faire croire qu’ils veulent la paix sur terre.

Les imbéciles ne défileront pas, mais poseront pour la photo historique.

Vivent les vacances

Les vacances sont un conquis social pour reconstituer sa force de travail (le patronat ne s’était opposé ni à la quatrième semaine en 1969, ni à la cinquième en 1982). C’est aussi le temps du tourisme, de la découverte, de la culture. Hélas, pas pour tous quand un Français sur deux ne peut pas partir.

Et comment partir l’esprit libre quand les magasins ferment, les usines ferment aussi, les hôpitaux publics saturent, les services publics s’effondrent ; l’avenir n’est pas assuré, la guerre est partout. Quel spectacle abominable.

Les immigrés non plus n’ont pas de vacances ; ils prennent des risques pour trouver, pensent-ils, l’Eldorado, le leurre des pauvres ; ils se font déloger de l’Hôtel de ville de Paris d’où ils revendiquaient seulement un toit pour ne pas dormir sur le trottoir.

Les vacances permettent de lire et de retrouver les poètes ; tiens, au hasard, Jacques Prévert qui, en 1955 dans le recueil La Pluie et le Beau temps, écrivait l’admirable Etranges étrangers :

« Etranges étrangers / Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel / hommes des pays loi / cobayes des colonies / doux petits musiciens / soleils adolescents de la porte d’Italie / Boumians de la porte de Saint-Ouen / Apatrides d’Aubervilliers / brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris / ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied / au beau milieu des rues / Tunisiens de Grenelle / embauchés débauchés / manœuvres désoeuvrés / Polacks du Marais du Temple des Rosiers / cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone / pêcheurs des Baléares ou du cap Finisterre / rescapés de Franco / et déportés de France et de Navarre / pour avoir défendu en souvenir de la vôtre / la liberté des autres »

Jacques Prévert, le magnifique, le populaire, n’oubliait pas les « Esclaves noirs de Fréjus tiraillés et parqués au bord d’une petite mer, les Enfants du Sénégal dépatriés expatriés et naturalisés, les Enfants indochinois jongleurs aux innocents couteaux » et leur consacrait de belles strophes, tragiques au fond comme tout résultat de la colonisation. C’est pourquoi il terminait son poème avec des vers qui résonnent encore aujourd’hui, soixante-dix ans plus tard :

« On vous a envoyé / la monnaie de vos papiers dorés / on vous a retourné / vos petits couteaux dans le dos/ Etranges étrangers / vous êtes de la ville / vous êtes de sa vie / même si mal en vivez / même si vous en mourez »

Alors, pour avoir le privilège de pouvoir relire Prévert et de réfléchir avec lui, de se départir de Bayrou, Retailleau ou Darmanin ici, de Trump là-bas, vivent les vacances.

Péchés mortels

Dieu, s’il existe, doit fulminer ; les hommes (et les femmes) politiques multiplient les péchés mortels. Mais fulminer ne vaut pas intervention, condamnation du pécheur et excommunication. 

Le secrétaire à la défense de Donald Trump, Pete Hegseth, personnage haut en couleur mais infréquentable, vient de partager sur son compte l’interview d’un pasteur évangélique, Doug Wilson, déclarant que les femmes ne devraient pas voter ; il a ajouté qu’il appréciait beaucoup ce pasteur. On s’en serait douté. Une seule excuse pourrait être recevable, celle de l’exemple donné par la très sainte église catholique qui n’admet pas l’égalité des deux sexes (sauf les auteurs de l’Ancien Testament. 

Hegseth, ancien militaire, a été animateur sur la chaîne Fox News (tout s’explique !) ; il s’est fait tatouer une croix de Jérusalem sur la poitrine et le cri de ralliement de la première croisade, ‘’Deus vult’’ (Dieu le veut). Hegseth est un bon chrétien assumé, mais un triste individu, devenu hélas ministre de Trump.

Aux Etats-Unis, les chrétiens réactionnaires agissent sur tous les terrains et en toutes choses, comme au Texas où les écoles d’un comté ont retiré des bibliothèques scolaires 55 livres qualifiés d’odieux et de répugnants au nom de la morale chrétienne. A quand les autodafés ? Le pape François avait écrit une longue lettre sur le rôle de la lecture dans la formation, sans censure. Les dirigeants du Texas savent-ils lire ?

En France aussi, les fous de Dieu tapent fort. L’archevêque de Toulouse a nommé au poste de chancelier (c’est-à-dire son bras droit chargé de tous les actes du diocèse) un prêtre condamné à 5 ans de prison pour le viol d’un lycéen de 16 ans. Les calottes des évêques en sont tombées à terre. 

Les fous de Dieu sont aussi au gouvernement ; on en compte 8 qui ont participé à la Manif pour tous, dont le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau. Alors président de la région des Pays de la Loire, il avait avoué y participer pour défendre la famille et la filiation. Il ne manque pas une occasion pour rejeter les immigrés, estimant qu’aucune société ne peut supporter une proportion où il y a une « submersion migratoire » (sic). Il flirte avec les dérapages racistes, comme quand il a déclaré à propos des immigrés de Mayotte : « Ce sont des musulmans, ils sont noirs ». Ce sont de petites phrases comme celle-là qui disqualifient l’homme chargé de veiller sur notre sécurité.

Autre ministre inquiétant, celui des finances du gouvernement Netanyahu ; leader du parti sioniste religieux, Belazel Smotrich parle sans fard : « Annexer de vastes portions du territoire de la bande de Gaza et ouvrir les portes à l’émigration volontaire. C’est ainsi, si Dieu le veut, que nous remporterons la victoire ». Son collègue de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, membre de Force juive, est toujours dans la surenchère ; il a donc asséné : « Je veux tout Gaza, le transfert [de sa population] et la colonisation ». Les deux hommes affichent leurs féroces opinions belliqueuses et délictuelles. Ils ont en commun de vouer une haine farouche aux Palestiniens.

Ces quelques exemples de la morale religieuse, chrétienne ou juive, au nom de la pureté et de l’amour de Dieu, ne sont guère en adéquation avec les positions défendues par le pape François, récemment disparu. Certes, il condamnait toujours l’avortement, n’a pas osé franchir le pas pour briser le célibat des prêtres et autoriser les femmes-prêtres ; mais, au moins, il donnait une image plus ouverte de la religion en s’opposant aux déclarations de ces hommes politiques obscurantistes qui veulent conduire les affaires des peuples.

Ces politiques, les plus grands pécheurs du monde, n’accèderont jamais à la sainteté. Au fond, au-delà de leurs paroles, croient-ils en Dieu ? Et Dieu, s’il existe, ne doit pas être fier de ses ouailles.

Vive le nouveau théâtre populaire

La télévision est pauvre en été avec ses monceaux de rediffusion et ses émissions d’une mièvrerie abyssale comme Intervilles, ressuscité par France 2. Et, pourtant, le service public arrive encore à nous étonner en offrant des soirées surprenantes, intelligentes, sans tourner nécessairement le dos au divertissement.

C’est ainsi que la troupe du Nouveau théâtre populaire a eu droit sur France 4 à ce qu’on appelle de ce nom barbare de prime-time.

Une quinzaine de comédiens étaient sur la scène du théâtre du village de Fontaine-Guérin dans le Maine-et-Loire pour revisiter Honoré de Balzac dans un décor minimal, bordélique mais intelligent. Autant le dire tout de suite, la soirée fut mémorable. Adapter le roman Les illusions perdues pour en faire un spectacle jubilatoire n’était pas chose aisée ; mais le résultat est grandiose grâce à des comédiens au talent fou qui ont un humour vertigineux et un esprit caustique rare. L’esprit de Balzac est présent à chaque seconde et on se prend au jeu : le Nouveau théâtre populaire est vraiment comme il se définit joyeux et populaire. C’est réconfortant.

Je l’avoue, j’ai découvert cette troupe et cela m’a incité à aller sur son site où j’ai pu lire cet acte de foi : « Depuis 2009, nous avons fait nôtre l’idéal cher à Jean Vilar du théâtre comme service public, ‘’au même titre que l’eau, le gaz et l’électricité’’ : c’est-à-dire un théâtre accessible à tous, à la fois par les spectacles qu’il présente, par les lieux où il se produit et par les prix qu’il pratique. Comme tous les services publics, un tel théâtre a besoin d’un soutien financier public. Ce n’est malheureusement pas la politique qu’a choisi d’appliquer la présidente de la Région, qui a décidé de réduire à néant le soutien que celle-ci apportait jusque-là au Nouveau Théâtre Populaire. Elle met d’ailleurs en péril l’ensemble des structures artistiques et culturelles des Pays de la Loire. »

Je ne sais pas si la programmation de cette retransmission était volontaire et s’inscrivait dans la dénonciation de la politique de Christelle Morançais ; si la volonté est avérée, elle est bienvenue.

Le Nouveau théâtre populaire s’est distingué par un prix des places à 5 € ; hélas, il a dû revoir sa politique tarifaire avec une tarification libre à partir de 10 € (5 € est maintenu pour les enfants). Néanmoins, le NTP prouve qu’un théâtre populaire digne de Jean Vilar est encore possible, s’il est soutenu par l’Etat et les collectivités.

Le TNP se distingue aussi par une politique démocratique, favorisant la créativité de chacun.

Une découverte et quelle découverte.  Il serait trop long de citer tous les comédiens, mais bravo à eux ; ils font honneur au théâtre et à Jean Vilar, dans un coin de la France où on a aussi besoin du théâtre.

Urgence républicaine

La France n’est pas malade de sa dette mais de sa politique fiscale. Les dividendes versés par les grandes entreprises à leurs actionnaires, en constante progression chaque année, en toute légalité, sont une insulte à tous les pauvres.

Avec la bénédiction d’Emmanuel Macron, le président des ultra-riches, François Bayrou multiplie en plein mois d’août, les annonces ; il écrit même aux syndicats en fixant en quelque sorte des ultimatums sur la réforme de l’assurance-chômage et sur la suppression de deux jours fériés.

Les ministres, eux, triturent les chiffres pour savoir où ils vont pouvoir rogner les crédits qui de l’école, qui des services publics, qui des sports, qui du secteur agricole. Tout est pesé et mesuré pour trouver 40 milliards d’ici à l’automne.

Rachida Dati, supposée ministre de la culture, n’a pas d’état d’âmes ; elle vide les enveloppes de tous les secteurs, avec des arguments éculés, cent fois entendus.

Tiens, c’est Jean Vilar, formidable homme de culture qui écrivait en 1952 : « Une entreprise d’art dépend non pas seulement d’une décision raisonnable, mais souvent d’une folie. Il est fou, dit-on, de vouloir de nos jours construire des théâtres ; il vaudrait mieux construire des HBM et ménager le contribuable. Je crois que l’on construira des HBM enfin beaux et agréables pour la vie de l’homme, le jour où nous construirons aussi, et ce faisant, des théâtres. De toute façon, le théâtre appartient à la vie de l’homme. Il lui est aussi nécessaire que de manger (…) Les week-ends ne sont pas une rêverie, une idée de ‘’repenseur de théâtre’’, d’esthète, de théoricien. Ils correspondent dans notre souci, à ce qu’on ne peut pas séparer de l’homme, je veux dire : les plus nécessaires satisfactions de la vie, celles de la table et des mets, fussent-ils simples et pauvres, les distractions du cœur et des sens, c’est-dire, entre autres, le théâtre, les chansons, la musique, le bal et, mon dieu, le plaisir de ne pas se quitter ou de se retrouver. »

Pour Jean Vilar, le théâtre n’est pas qu’un divertissement ou un objet de luxe (réservé aux riches) ; il est un besoin impérieux. En disant cela, il rejoint les humanistes qui osaient déclarer : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ».

Aujourd’hui, Darmanin ouvre des prisons, Retailleau des centres de rétention pendant qu’on ferme des écoles et qu’on supprime les subventions à la culture.

Quel retour en arrière, chaque jour un peu plus prononcé. Ce système capitaliste, celui de l’ultra-libéralisme, nous ramène aux heures les plus sombres de l’humanité, à l’obscurantisme qui fait tout pour que rien ne change.

L’art a toujours eu à se défendre ; en le défendant, on défend ses libertés, notamment celle de penser. C’est à cette tâche que nous devons nous atteler. Dans l’urgence.

Particularité corse ?

Diego Chauvet, journaliste à l’Humanité, a publié un billet à propos du projet du gouvernement de réforme du statut de la Corse. Il m’est apparu suffisamment pertinent pour être repris sans modifications.

« La question du statut de la Corse inaugurerait-elle une réforme constitutionnelle périlleuse pour la République elle-même ? Reconnaître la diversité culturelle et permettre une décentralisation qui réponde aux préoccupations d’un territoire ayant connu des violences et des crises implique un geste républicain. Mais la voie choisie par le gouvernement semble s’en écarter.

Parmi les pistes proposées par le projet de loi constitutionnelle, figure une définition de nos concitoyens corses qui serait gravée dans le marbre dans les termes suivants : une « communauté historique, linguistique, culturelle et ayant développé un lien singulier avec sa terre ». 

Parmi les pistes proposées par le projet de loi constitutionnelle, figure une définition de nos concitoyens corses qui serait gravée dans le marbre dans les termes suivants : une « communauté historique, linguistique, culturelle et ayant développé un lien singulier avec sa terre ». Le Conseil d’État s’en est d’ailleurs ému, en suggérant de remplacer le terme « communauté » par celui de « population », en supprimant ce curieux « lien singulier » avec la terre. En outre, le projet de l’exécutif prévoit l’octroi d’un pouvoir législatif, mais dont la hiérarchisation vis-à-vis des lois nationales n’est pas claire.

Qui, dans la France républicaine, n’entretient pas un tel lien singulier avec sa terre ? Les Bretons, les Provençaux, les Alsaciens, les Catalans ne seraient donc pas à leur tour en mesure de faire prévaloir cette particularité ? La brèche pour d’autres revendications autonomistes fondées sur ce communautarisme régionaliste apparaît béante. Et ainsi que le souligne le constitutionnaliste Benjamin Morel, cette définition renverrait « à des caractéristiques subjectives excluantes d’autres groupes ».

En réalité, le gouvernement pourrait bien se tromper à nouveau de cible concernant la Corse. Au-delà des revendications légitimes portant sur la protection de la langue ou l’insularité du territoire, les communistes corses soulèvent à chaque réforme du statut une question centrale pour la région la plus pauvre de France métropolitaine, selon l’Insee : la question sociale. « Depuis quarante ans, chaque décennie a eu son statut sans que cela se traduise par une amélioration de la situation sociale, au contraire », rappelle ainsi le chef de file du PCF, Michel Stefani. Peut-être est-ce par-là que l’exécutif devrait commencer. »

Pendant que le gouvernement ratiocine sur la Corse, la France (et notamment l’Aude) brûle faute de moyens suffisants et de déréglementation climatique, sa dette enfle (+ 7,7 milliards en juin), son système de protection sociale est encore davantage menacé par de nouvelles mesures d’augmentation des franchises sur les médicaments et les consultations, l’évêque de Toulouse nomme un prêtre condamné pour viol sur mineur comme chancelier du diocèse, les intégristes ont obtenu, la démission de la présidente des Scouts et guides de France, Marine Rosset, pour cause d’homosexualité, de pro-avortement et d’adhésion au parti socialiste. Bref, il y a quelque chose de pourri au royaume de France.

Dernier degré de sauvagerie

C’était le 6 août 1945 ; un bombardier B29 américain, baptisé Enola Gay, lâchait une bombe atomique sur Hiroshima. Le nombre de victimes n’a jamais pu être évalué, mais, selon les sources, il y eut entre 140 000 et 250 000 morts, auxquels il faudrait ajouter les victimes des irradiations à la suite de cancers et de diverses pathologies.

A ce jour, les Etats-Unis sont le seul pays à avoir utilisé l’arme atomique ; ce n’est guère glorieux ni pour le président Truman, ni pour son armée, ni même pour les scientifiques comme Robert Oppenheimer qui ont accéléré les recherches du ‘’projet Manhattan’’ lancé en 1942, pour hâter la mise au point de la bombe. De nombreuses voix dans le pays ont salué cette nouvelle arme avec enthousiasme. D’autres, dans le monde, ont dénoncé ce crime de guerre atroce que rien ne justifiait. L’armée japonaise étant à but de souffle, le pays s’était résolu à demander l’armistice.

Albert Camus a dénoncé vertement le bombardement d’Hiroshima dans son éditorial de Combat du 8 août : « (…) grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique (…) on nous apprend (…) au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. »

Sans commentaire.

Mais luttons pour la paix, pour échapper à la folie de politiques fous et de militaires forcenés.

Le cimetière de Gaza

Aujourd’hui, on ne peut plus se mentir ; le plan du gouvernement de Benyamin Netanyahu est parfaitement clair : Israël veut annexer non seulement la bande de Gaza mais aussi la Cisjordanie pour donner naissance au Grand Israël, cher aux sionistes faisant référence à a ‘’Terre promise aux enfants d’Israël’’ dans la Genèse. Les tensions au sein même du pays sont telles que les partis religieux finissent par avouer leur dessein.

Partis d’extrême droite et gouvernement sont lourdement contestés au sein même du pays : 550 anciens responsables militaires ou du renseignement ont publié un courrier dans lequel ils appellent Donald Trump à peser pour mettre fin au conflit. « Cette guerre, disent-ils en substance, a cessé d’être une guerre juste et conduit l’État d’Israël à perdre son identité. » Ils estiment que l’armée « a depuis longtemps atteint les deux objectifs qui pouvaient être réalisés par la force : démanteler les formations militaires et le gouvernement du Hamas (…) Le troisième, et le plus important, ne peut être atteint que par un accord : ramener tous les otages chez eux (…) Nous considérons, en tant que professionnels, que le Hamas ne représente plus une menace stratégique pour Israël (…) Traquer les derniers hauts responsables du Hamas peut être fait plus tard (…) les otages ne peuvent pas attendre ».

Les propos ont le mérite d’être clairs. Et, pourtant, Netanyhu continue à s’enfoncer dans son mensonge et dans l’extermination des Palestiniens.

En France même, la cause palestinienne gagne du terrain, même si ceux qui dénoncent le génocide n’oublient pas leur demande de libération de tous les otages.

En tant qu’historiens, Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France de 2000 à 2002, et Vincent Lemire, ex-directeur du Centre de recherche français à Jérusalem de 2019 à 2023, interpellent Emmanuel Macron dans une longue et belle lettre. Ils dénoncent le plan de nettoyage ethnique « entré dans une phase opérationnelle », citant les déclarations du ministre du patrimoine, Amichai Eliyahu, pour qui « le gouvernement est engagé dans une course contre la montre pour anéantir Gaza. Nous sommes en train d’éliminer ses habitants. Gaza sera entièrement juive ».

Les deux historiens ont lancé un appel pathétique à Macron : « Monsieur le Président, si des sanctions immédiates ne sont pas imposées à Israël, vous finirez par reconnaître un cimetière. »

Tout semble réuni pour mettre un terme à cette guerre abominable et pour imposer à Israël l’existence d’un Etat palestinien coexistant avec l’Etat hébreu. Nous avons donc la responsabilité de continuer à soutenir ceux qui prônent la fin du conflit. De plus en plus fort.

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