Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

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L’homme et le footballeur

Ce fut l’un des plus grands footballeurs, celui dont Michel Hidalgo disait qu’il éclairait le jeu. Il a enchanté toute une génération et j’ai eu la chance de suivre ses exploits pendant une dizaine d’années. J’étais émerveillé par le joueur et par l’homme.

Aujourd’hui, il vient confirmer que le grand footballeur qu’il fut n’a pas oublié ni la région d’où il vient, ni ses racines d’enfant issu de l’immigration.

Aldo, son père, un homme droit et d’une gentillesse rare, serait fier de lui ; son fils, Michel, triple Ballon d’or, a pris l’initiative de créer un ‘’musée du football et de l’immigration’’ à Joeuf, sa ville natale : « C’est le cœur de la région, le cœur de la sidérurgie et des mines. C’est là que sont arrivés des millions d’Italiens, parmi lesquels la famille Platini (…) Il y a déjà tout à Paris. Il valait mieux le faire chez moi ! Et ce musée apportera quelque chose de nouveau dans cette région qui a souffert, mais qui a bien vécu grâce à l’immigration. Il y a aussi une dimension politique pour faire passer certains messages, et dans le monde d’aujourd’hui, c’est bien de les faire passer ».

Les raisons de son choix sont lumineuses : « J’ai eu l’idée de le faire pour un hommage à ceux qui ont bâti le pays, qui ont bossé dur la semaine et qui ont fait rêver le dimanche sur les terrains. Le foot était à l’époque le souffle de la liberté. Le foot était notre langue commune ».

Michel Platini, grand footballeur, joueur de génie, mais homme de mémoire à un moment où le racisme tente de réécrire l’histoire de la France, mais aussi de l’humanité.

Avec ce musée qui sera installé dans les anciens bureaux des usines De Wendel (autre pied de nez), Michel Platini vient de dribbler (et de quelle manière) ceux qui veulent invisibiliser l’immigration.

Michel Platini m’émerveille encore en rappelant combien le football français doit à l’immigration, de Kopa, Ben Barek, Zidane, à Mbappé et d’autres.

Cette fois, tout s’éclaire !

Thomas Piketty est un économiste brillant ; je lui reprocherai néanmoins ses positions social-démocrates.

Dans sa chronique du Monde, il se dit surpris en découvrant la véritable nature du RN de Marine Le Pen : « le fait que les députés du Rassemblement national (RN) aient voté comme un seul homme, avec le reste de la droite, contre l’impôt minimal de 2 % sur les détenteurs de plus de 100 millions d’euros de patrimoine est un événement majeur, qui peut contribuer à la clarification politique. En volant au secours des ultrariches, alors qu’il s’était jusqu’ici abstenu, le RN s’est clairement affirmé comme le parti des milliardaires, comme un parti de droite, sur tous les plans, à la fois nationaliste, antimigrants, extractiviste et hypercapitaliste, de la même façon que les républicains de Donald Trump. »

Thomas Piketty découvre aussi l’idéologie générale du parti « qui repose sur une vision profondément hiérarchique du monde. Pour le RN comme pour les trumpistes, l’inégalité est partout et, surtout, elle est inévitable : entre les nationaux et les étrangers, entre les chrétiens et les musulmans, entre les honnêtes gens et les délinquants, entre ceux qui bossent dur et ceux qui vivent de l’assistanat. »

Pour le jeune économiste, c’est clair.

Que n’a-t-il entendu ceux qui dénonçaient la véritable nature du RN et, avant lui, le FN, fondé par d’anciens suppôts des nazis et par des ultrariches !

Toutefois, ne boudons pas notre plaisir de voir que Gabriel Zucman a gagné la bataille de l’opinion. A défaut de voir sa taxe adoptée par l’Assemblée nationale, il a dû apprécier le ralliement de Thomas Piketty à « l’impôt minimal de 2 % sur les détenteurs de plus de 100 millions de patrimoine », même si le chroniqueur ne cite pas une seule fois le nom de son initiateur.

Gabriel Zucman a le triomphe modeste. Plus modeste que le chroniqueur.

Modèle social et identité collective

Le moment Trump aux Etats-Unis et le moment de contestation du modèle social en France ont une origine commune, l’instinct de survie d’un capitalisme mondialisé bien malade et même en perdition.

Le modèle social français a fondé notre identité collective ; il est solidement ancré dans l’esprit des citoyens qui savent encore se mobiliser pour le défendre.

Au cours des Rendez-vous de l’histoire à Blois, récemment, Maryse Dumas, ex-dirigeante de la CGT en a rappelé l’un des fondements : « Si les syndicalistes ont une patrie, c’est celle du progrès social et de la solidarité. Après-guerre, la CGT a porté le programme du Conseil national de la résistance, qui préconisait entre autres le retour à la nation de ses richesses. Il a ainsi permis de concevoir ce qu’on appelle le service public à la française, qui a été un moteur de la reconstruction après-guerre. Les services publics ont alors étendu leur champ d’intervention, et de nombreuses activités ont été nationalisées, parce qu’il était admis que c’était la condition pour remettre le pays sur pieds tout en garantissant l’intérêt général, alors que le patronat s’était trop souvent distingué par sa collaboration avec l’occupant allemand. Par la suite, notre modèle, pourtant souvent envié, a été considéré comme incompatible avec la construction de l’Europe, et a subi au fil du temps de nombreuses attaques visant à l’affaiblir. »

Le rappel de Maryse Dumas était nécessaire dans un moment où le patronat et la droite tentent de réécrire l’histoire.

Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, est venue, lors des mêmes Rendez-vous de Blois, conforter l’analyse de Maryse Dumas : « Les syndicats ont grandement contribué à gagner l’État social. Aujourd’hui, tenté par un capitalisme libertarien fondamentalement individualiste et destructeur de toute norme, le patronat français se radicalise. Après avoir mis l’État à son service, il veut se dégager de toute responsabilité envers l’intérêt général ou national ».

Ce modèle social est une fierté pour les citoyens et largement envié à l’étranger. C’est l’une des raisons pour les quelles les salariés savent se mobiliser pour défendre l’ensemble des acquis.

Il reste à entraîner les jeunes générations dans le combat pour l’identité collective dans un moment où patronat, droite et médias tentent de réécrire l’histoire.

La droite est toujours revancharde

Donald Trump a vitupéré contre Zohran Mamdani, utilisant tous les arguments les plus honteux et abjects. Rien n’y fit. Le jeune socialiste, originaire d’Ouganda, a été élu maire de New York.

La corruption a été battue dans les urnes par la jeunesse qui s’est reconnue dans le jeune candidat socialiste. Ce vieil obscurantiste de Trump n’a rien compris à la situation. 

La claque a été encore plus sévères, les autres élections du jour ont été autant de revers pour le parti républicain ; un an seulement après le début du nouveau mandat du milliardaire, bouffi d’orgueil et de suffisance, mais plombé par les multiples avatars qui ont marqué sa vie tumultueuse.

La question qu’on peut se poser aujourd’hui est importante : quelles mesures de rétorsion Trump va-t-il mettre en œuvre ? La droite est toujours revancharde.

On le constate aussi en France, en ce moment même.

Les débats à l’Assemblée nationale sont frelatés ; les concessions de la droite sont minimes et, surtout, n’entament pas les privilèges des ultra-riches. Pis encore, des voix de plus en plus fortes s’élèvent pour crier au caractère insoutenable du modèle social et économique français, à son obsolescence et à la nécessité d’en finir. On connaît les arguments ; ils n’ont rien de nouveau, mais ils sont remis à l’ordre du jour de l’agenda du patronat.

Les médias reprennent le thème et laissent les valets des ultra-riches éructer sur la nécessiter de travailler plus, plus longtemps. Il serait temps de réduire la redistribution et le niveau de vie.

Où que l’on habite, aux Etats-Unis ou en France, partout, les discours sont les mêmes et la défense des privilèges des ultra-riches reviennent à l’ordre du jour.

Dérapages à France 2

L’offre est alléchante ; le site de France 2 proclame que « le Journal de 20h propose chaque soir de prendre le temps de comprendre l’actualité et ses enjeux. »

Rien de plus normal, France 2 est une chaîne, la chaîne amiral, du service public de l’audiovisuel. J’ai eu déjà l’occasion de dénoncer les choix éditoriaux des journaux des chaînes non commerciales.

C’est pour ces raisons qu’on attend beaucoup du journal de France 2. Et qu’on ne supporte pas les entorses aux principes professionnels.

Le dimanche 2 novembre, on a eu droit à ces moments scandaleux d’un journal idéologiquement frelaté. Deux sujets, au moins, ont dû exaspérer de nombreux citoyens.

Le bandeau de bas d’écran du premier annonçait : « Impôts des plus riches. L’angoisse des patrons ». France 2 a donné la parole aux seuls patrons massacrant les projets de la gauche et de Zucman. Et ces patrons n’étaient pas parmi ceux qui sont visés en premier ! Les ultra-riches, eux, ne se montrent pas.

France 2 n’a laissé aucune place ni à un représentant de la gauche, ni à un syndicat.

Autre bandeau d’annonce : « Un provocateur à la mairie de New York ? » La rédaction avait, certes, pris soin de mettre un point d’interrogation. Mais l’ambiguïté demeure ; Zohran Mamdani est présenté comme un provocateur parce que socialiste, de cette nouvelle génération qui, comme l’écrit Le Monde, mène la fronde au sein du parti démocrate.

A quoi joue la hiérarchie de France 2 en prenant autant d’aise avec l’actualité, l’information complète, vérifiée et mise en perspective ?

Peut-on faire remarquer à ces valets du néolibéralisme qu’il y a des patrons qui ne sont pas angoissés, qu’il y a des Français, de plus en plus nombreux qui exigent une véritable équité fiscale, et que, malgré ce qu’avance péremptoirement Donald Trump, le candidat démocrate à la mairie de New York n’est ni un provocateur, ni un communiste.

A bon entendeur, salut.

Démocratie dans l’entreprise ?

La chronique de la sociologue Dominique Méda dans le Monde ne passe pas inaperçue. Sauf dans les principaux médias (contrôlés par les milliardaires) et, hélas, par le service public de l’audiovisuel dont la hiérarchie verrouille toute prise de position un peu iconoclaste.

Dominique Méda, donc, appelle à reconstruire un modèle social français passablement abîmé par le néolibéralisme de présidents de la République successifs, notamment depuis vingt-cinq ans. Vaste programme.

La sociologue écrit : « Toutes les parties doivent maintenant accepter le diagnostic que les enquêtes de la Dares (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) du ministère du travail nous mettent sous les yeux depuis des années, mais qu’une large partie de nos responsables politiques et économiques continue de refuser de voir : nous avons un problème très sérieux de conditions de travail, qui concerne tant les pénibilités physiques et psychologiques que les rémunérations, l’absence de reconnaissance et, finalement, le partage du pouvoir dans l’entreprise. »

Les responsables de la situation ? Le Medef, en premier lieu, et les politiques sociales des présidents ensuite, en particulier celle du président ‘’vertical’’ : « Que dire des quinquennats d’Emmanuel Macron, fondés sur un mépris abyssal pour les partenaires sociaux ? (…) Alors qu’il prétendait imiter le modèle nordique, Emmanuel Macron n’a réussi qu’à abîmer le nôtre, en même temps qu’il salissait l’idée de démocratie sociale. » La condamnation du président est cinglante.

Dominique Méda appelle donc à ouvrir trois chantiers sur les conditions de travail, les classifications des métiers et la démocratisation des entreprises ; sur ce dernier point, les progrès à réaliser sont effectivement énormes tant les salariés et leurs syndicats sont marginalisés par les actionnaires tout-puissants.

Dominique Méda attend beaucoup d’un rapport sur le sujet d’une sociologue belge, Isabelle Ferraras, demandé par la ministre du travail espagnole, la communiste Yolanda Diaz Pérez. Nous aussi.

Le fameux rapport passera-t-il les Pyrénées ?

Les libertés reculent

Trump, Poutine, Orban, Erdogan, Milei et leurs collègues de l’internationale obscurantiste partagent les mêmes obsessions, à savoir le recul des libertés individuelles et collectives. Mais avec eux, tout recul est insuffisant et en appelle un autre, puis un autre.

Trump, l’insaisissable et l’imprévisible, donne le ton. Et quel ton ! Il va bombarder les prétendus bateaux de narco-trafiquants au long des côtes du Venezuela ; il menace les maires des grandes ville gérées par les démocrates et, vraiment mesquin, il vient de retirer son visa à Wole Soyanka (91 ans), l’immense écrivain nigérian, prix Nobel de littérature en 1986. Le crime de Soyanka est énorme : il a osé comparer le président américain au dictateur ougandais Idi Amin Dada, au pouvoir entre 1971 et 1979.

Le Nigérian a pris cette mesure de rétorsion avec beaucoup d’humour et s’en est même déclaré très satisfait. Comment ne pas lui donner raison ; néanmoins, il serait bon de s’interroger sur le cas du régime américain où le président peut annuler un visa à tout moment et à sa discrétion.

En France, où le président ne manque pas une occasion de louer notre démocratie, on peut craindre pour l’avenir.

La galaxie de Vincent Bolloré réduit la liberté d’expression à ses amis, idéologues de la France judéo-chrétienne de race blanche. La prestigieuse maison d’édition Fayard qui publiait Hannah Arendt, Pierre Bourdieu, François Bon, Yves Coppens, Régis Debray, Julia Kristeva, Jack London, se fourvoie en éditant Jordan Bardella, Philippe de Villiers, Eric Zemmour, c’est-à-dire les porte-parole de la fachosphère.

Eric Zemmour se distingue par ailleurs, grâce à son réseau de l’association des parents d’élèves d’extrême droite Parents vigilants. Ceux-ci font la chasse aux enseignants qui donnent à étudier des livres non conformes à leur vision du monde chrétien. Ils n’hésitent pas à saisir les rectorats pour demander l’interdiction d’un livre, mettant en cause la liberté pédagogique et la liberté de lire, comme aux Etats-Unis.

Pour préserver toutes nos libertés, la vigilance doit être permanente pour dénoncer les haines, le racisme, le sexisme, etc. Il ne faut rien abandonner aux fascistes. Rien.

Combattre la guerre

Capitalisme en crise partout. Régimes autoritaires partout. Discours guerriers partout.

Le lexique guerrier s’enrichit chaque jour et celui d’Emmanuel Macron est l’un des plus imagés. Il appelle chacun à être à son poste de combat, car, pour lui, notre liberté est menacée comme jamais depuis 1945. Le président de la République a décrété que les conflits sont multiformes et que, pour être libres dans ce monde, il faut être craints et pour être craints, il faut être puissants. 

Tout naturellement donc, il a applaudi à la demande de Donald Trump à tous les pays de l’OTAN de porter l’effort d’armement à 5 % du PIB pour faire face à toutes les menaces. L’un des responsables du creusement de la dette de la France de plus de 1000 milliards d’euros trouve des milliards et fait appel au patriotisme et aux sacrifices.

Voilà qui est clair : citoyens, acceptez les sacrifices, nous, les dirigeants, veillons à assurer la défense des libertés et au diable les acquis sociaux. 

Leur effort belliciste justifie tout, jusqu’au sacrifice. Partout ? Presque, car en Espagne le premier ministre s’est refusé à entrer dans la spirale guerrière.

Les vendeurs d’armes continuent donc de s’engraisser et de surarmer des esprits belliqueux.

Les dictateurs alimentent quotidiennement la course à l’armement. Vladimir Poutine annonce les essais d’un nouveau missile à propulsion nucléaire, unique que personne au monde ne possède, baptisé oiseau de tempête.

Donald Trump réplique immédiatement en intimant l’ordre à son ministre de la guerre de recommencer à tester les armes nucléaires, 33 ans après les avoir abandonnés.

Un vent mauvais souffle sur le monde à l’ère nucléaire. On voudrait que nos dirigeants ne soient pas des émules du Dr Folamour et que nos craintes sont vaines d’être, demain, les victimes non consentantes des jeux prétendument diplomatiques de quelques autocrates paranoïaques ; mais est-on rassuré pour autant.

Nous avons à combattre le réarmement fou qui mobilise des milliards et à rejoindre le mouvement pacifiste.Vaste programme

Ludi et ludicra

Donald Trump se balade en Asie et continue à déverser ses prodigieuses âneries habituelles ; il se donne une posture digne du personnage qu’il croit être, sans craindre le ridicule.

L’Assemblée nationale, de son côté, continue à tergiverser sur le budget de la France pour mieux masquer les compromissions (et non les compromis) dont le pauvre peuple sera la victime.

Ici et là, rien ne trouble les milieux d’affaires qui continuent, eux, à faire leurs affaires. Amazon annonce froidement sa volonté de licencier 30 000 salariés. La bourse de Wall Street s’en réjouit et l’action de la firme de Jeff Bezos gagne 1,23 %. Les salariés sont appelés à être remplacés par des robots guidés par l’intelligence artificielle, qui, elle, ne revendique pas.

Les milieux financiers n’ont vraiment aucune morale !

En France, l’ami de Nicolas Sarkozy, Stéphane Courbit, vient de racheter Tipico, leader des paris sportifs allemands pour le fusionner avec sa filiale Betclic.

La holding, Banijay Group (géant de l’audiovisuel), devient ainsi le 4eme acteur européen dans le domaine des paris sportifs et des jeux d’argent et espère des ‘’synergies annuelles’’ d’environ 100 millions d’euros à moyen terme.

Les promoteurs de cette nouvelle concentration n’ont pas encore annoncé le nombre de licenciements engendré par les synergies. On attendra donc encore quelques mois et la finalisation du processus.

Etats-Unis et France n’ont pas de budget, mais les affaires de multinationales sont florissantes. Les citoyens, eux, sont réduits à observer ce grand jeu dérisoire (et obscène) de Monopoly. Ils sont invités à suivre les lois des ‘’grands’’ dirigeants, comme dans la Rome antique ; l’expression panem et circenses (ou plus exactement ‘’du pain et des jeux et le peuple sera content’’) a été transformée en ludi et ludicra (des jeux et du divertissement), c’est-à-dire des paris sportifs et des séries niaises sur son Iphone ou son téléviseur. 

Quel recul de société !

Sans compromis

On peut s’attendre au pire à l’issue des débats parlementaires sur le budget et sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale.

La taxe Zucman est quasiment enterrée avec la proposition de Parti socialiste d’une taxe ‘’allégée’’. L’auteur de la proposition de taxe sur les grandes fortunes dénonce les manœuvres visant à épargner les ultra-riches. Sur les réseaux sociaux il fustige la présentation d’une coquille vide comme une avancée sociale pour, aussitôt, dénoncer : « C’est donc aux autres catégories sociales qu’il est demandé de faire des efforts. »

Celui que Bernard Arnault accuse d’être un militant d’extrême gauche qui veut détruire l’économie libérale a eu une réponse cinglante dans un entretien avec L’Humanité : « Je vais citer le Financial Times, qu’on ne peut accuser de sympathie communiste : « La France se caractérise par l’emprise de ses milliardaires sur la vie économique et la vie politique de la nation. » Il faut donc mener ce combat difficile pour élargir le champ de la démocratie. Nous pourrions rester entre chercheurs dans notre tour d’ivoire mais il est de notre devoir de contribuer à l’appropriation culturelle de ces savoirs, en l’occurrence l’ampleur de l’évasion fiscale. »

Un autre économiste, Michaël Zemmour, dénonce d’autres manœuvres visant, celles-là, à suspendre la réforme des retraites, non à la supprimer.

Michaël Zemmour affirme que, en l’état des propositions la réforme s’appliquera, intacte, avec une génération de décalage, ajoutant : « Ce n’est pas rien, mais c’est tout. En particulier, les fondements de la réforme ne sont en rien remis en cause. La marche à 64 ans reste inscrite dans la loi, et toutes les personnes âgées de moins de 60 ans aujourd’hui continueront de voir leur âge de départ progressivement décalé pour atteindre 64 ans à la génération 1969. Pour arrêter cette marche, il faudrait une nouvelle loi. »

Ce que Emmanuel Macron, son gouvernement, les Républicains et le président du Sénat, Gérard Larcher, refusent.

Alors, il serait temps pour la gauche de se ressaisir et de ne pas se discréditer dans ce qu’elle appelle les compromis ; la gauche s’est toujours honorée de défendre les acquis sociaux les plus élémentaires et d’en conquérir de nouveaux en luttant contre l’exil et la fraude fiscale des ultra-riches.

Gabriel Zucman assène des vérités qui font éructer Bernard Arnault et les autres milliardaires : « La taxe permettrait aux milliardaires d’entrer dans le champ de la solidarité nationale, à laquelle ils ne participent pas aujourd’hui. Plus d’un siècle après sa création, l’impôt sur le revenu reste une révolution démocratique inachevée dans la mesure où les très riches ne sont pas concernés. »

La gauche doit entendre ces vérités et appeler les citoyens à la mobilisation. Sans compromis.

Jours de France

« Quelle semaine ! On a vu en direct Sarkozy sortir de chez lui aux bras de Carla. On a vu en boucle la manifestation organisée par le fiston dans le très chic 16e arrondissement de la capitale. On a vu des dizaines de motards et de voitures de police escorter la berline noire de l’ancien président jusqu’à la Santé. On ne l’aura pas vu franchir à pied les portes de la prison. On a entendu Darmanin annoncer sa visite au parloir du prisonnier Sarkozy. On a appris que deux officiers de police dormiraient dans la cellule voisine pour assurer sa protection. 

On a vu, sur tous les plateaux de télévision – privée et publique –, la France médiatique en édition spéciale raconter son ressenti, crier à l’injustice ; d’anciens détenus VIP raconter l’épreuve de la première nuit. On a entendu Macron s’interroger sur l’exécution provisoire, parler de « l’émotion légitime de proches et d’une partie du pays »

Et une Marine Le Pen dénoncer « la généralisation de l’exécution provisoire », qui « représente un grand danger ». Tous ceux-là se sont bien gardés d’évoquer le casier judiciaire de Nicolas Sarkozy, déjà condamné pour corruption, financement illégal et cette fois-ci pour association de malfaiteurs.

Pendant ce temps-là… On prend les mêmes au gouvernement et on recommence. On suspend la réforme des retraites. On ne suspend plus la réforme des retraites. Casse du siècle au Louvre, les bijoux de l’impératrice ont disparu. La presse s’émeut : « Ils ont volé l’histoire de France. » Israël signe un cessez-le-feu à Gaza, Netanyahou saborde le cessez-le-feu. Les colons arrachent les oliviers dans les territoires occupés de Cisjordanie et terrorisent les paysans palestiniens. Trump veut faire main basse sur l’Amérique latine. Poutine et Trump jouent avec l’Ukraine, mais pas avec le pétrole.

Pendant ce temps-là… La GenZ partout se soulève. À Madagascar, au Népal, au Maroc, en Tunisie, en Indonésie. Également en France ou aux États-Unis, dans la rue ou dans les universités. Ils ont 20 ans. Toute une génération qui brandit le drapeau pirate de One Piece ou le keffieh palestinien pour remettre dans l’actualité les fondamentaux : l’éducation, la santé, le logement, la paix et la justice. »

Je n’ai pas écrit cet excellent billet ; il s’agit de l’éditorial de L’Humanité d’aujourd’hui. Il est l’œuvre de Marie-José Sirach, l’excellente journaliste. J’en partage toutes les lignes, toutes les idées ; rien à enlever. Voilà un éditorial qui laisse espérer : il n’y a pas que des journalistes aux ordres dans la presse française, il y a aussi des journalistes qui informent et le font en conscience. Mais oui.

Je lui rends hommage en le publiant in extenso. 

Quelle muflerie !

Nicolas Sarkozy, ça suffit.

L’ancien président de la République a organisé son incarcération comme un spectacle ; en soi, c’est scandaleux. Que ses thuriféraires se rassemblent est indécent.

Mais que les médias se prêtent à cette mise en scène est inacceptable.

Le journalisme a des règles ; les journalistes doivent respecter la hiérarchie de l’information et donner une information complète, vérifiée et mise en perspective.

Dans le scénario écrit par Nicolas Sarkozy, son entourage, ses piètres avocats et les médias, un élément, qui n’est pas un détail, a été oublié : s’il est incarcéré aujourd’hui c’est en raison de la particulière gravité des faits qui lui sont reprochés, à savoir association de malfaiteurs. La décision du tribunal ne repose pas sur rien, elle est forte de 380 pages.

La profession de journaliste a failli et a volé au secours de toute cette bourgeoisie qui tremble pour ses privilèges et n’accepte pas les règles juridiques quand elles s’appliquent à elle aussi.

Les journalistes auraient pu rappeler que la notion de mandat de dépôt différé (qui a envoyé Sarkozy en prison) a été introduite dans la loi du 23 mars 2019 et qu’elle est le fruit d’une politique de plus en plus répressive et autoritaire portée par la droite et Sarkozy lui-même depuis plusieurs années (lorsqu’il était ministre de l’intérieur puis président de la République).

Alors, assez de mufleries, assez d’indécence, assez de mauvais spectacle.

La France, aujourd’hui, donne une piètre image du pays des droits de l’homme, avec Macron, avec Sarkozy. Il est temps de rappeler à cette riche bourgeoisie rabougrie que les privilèges féodaux ont été aboli la nuit du 4 août 1789.

Il s’appelait Mamadou

C’est l’histoire hélas cruellement banale d’un pauvre gosse qui avait réussi à fuir son pays, la Guinée, en 2019, à 15 ans. Le témoignage de son comité de soutien est édifiant du climat dans lequel vivent ces jeunes immigrés :

« Mamadou Garanké Diallo est arrivé en France en 2019 alors qu’il n’avait que 15 ans. Pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), le Guinéen suit un CAP dans les métiers de bouche et est embauché en 2020 comme apprenti dans une boucherie de Darnetal, près de Rouen (Normandie). En 2023, à ses 18 ans, comme beaucoup de nouveaux majeurs étrangers, le jeune homme reçoit une Obligation de quitter le territoire français (OQTF), finalement annulée après à une mobilisation citoyenne. Grâce à une pétition lancée par son employeur et des habitants de sa ville ainsi qu’un courrier au préfet signé par le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol et plusieurs députés, Mamadou Garanké Diallo obtient un titre de séjour temporaire. Ce document lui permet de retrouver son emploi dans la boucherie de Darnetal. « C’était un jeune très sérieux, qui voulait rester en France. Il était aimé de tous ici », explique à InfoMigrants Franck Bécu, le patron de la boucherie. « C’était un peu comme mon gamin, on s’appelait souvent et on se voyait en dehors du travail », continue-t-il. « Mamadou était un exemple d’intégration et était devenu indispensable à la boucherie », note Alain Havel, du comité de soutien. Mais en mai dernier, tout s’effondre : Mamadou Garanké Diallo est contrôlé dans les rues de Rouen, et n’avait pas sur lui son récépissé de demande de titre de séjour. Quelques jours après son interpellation, le Guinéen reçoit une deuxième OQTF « sur les mêmes bases [que la première] et parce qu’il ne disposait ni d’un visa long séjour ‘salarié’, ni d’une autorisation de travail », a indiqué à l’AFP la préfecture de Seine-Maritime. Craignant d’être renvoyé dans son pays (« Je sais ce qu’est la souffrance de rester chez nous. Ma famille n’a rien au bled », témoignait alors le jeune Guinéen.’’), un jour de juin, sans prévenir personne, le jeune homme a rejoint le nord de la France dans le but d’atteindre le Royaume-Uni, espérant une reconnaissance qu’il n’avait pas eue ici et qu’il espérait obtenir là-bas. »

Mamadou, 21 ans, a été retrouvé mort, probablement percuté par un camion, le 17 septembre dernier vers 3h du matin près d’une sortie d’autoroute à Loon-Plage (Nord), à proximité d’un camp de migrants de Dunkerque. Découvert sans ses papiers, son identité n’a été révélée que début octobre.

Sa mort a provoqué la colère dans la région où il s’était parfaitement intégré. 

Son comité de soutien « en veut à Bruno Retailleau, au préfet, au système… On voit bien qu’une dérive répressive se met en place contre ces jeunes exilés. Et tout le monde en fait les frais. Les services de l’État vont même jusqu’à s’acharner sur des jeunes intégrés, qui travaillent, qui paient leurs impôts, qui font tourner l’économie. C’est scandaleux ».

Cet exemple est scandaleux et nous avons collectivement une responsabilité dans le décès de Mamadou, fauché en pleine jeunesse, avec la bénédiction des Retailleau, Darmanin, et ceux qui ne supportent pas de voir des immigrés trouver refuge en France, le pays des droits de l’homme. Des droits de l’homme à reconquérir en chassant des arcanes du pouvoir le RN, Ciotti, qui, quotidiennement, déversent leur idéologie nauséabonde dans tous les médias.

Il s’appelait Mamadou et il ne doit pas être mort pour rien.

Léa Salamé, dehors !

La colère gronde à la rédaction de France 2. L’audience du JT de 20 heures s’effondre et Léa Salamé multiplie les erreurs qu’on ne supporterait pas d’un débutant.

Le 15 septembre, elle a osé évoquer la rupture de Marion Cotillard avec Guillaume Canet (« On a appris cet été votre séparation après 18 ans de vie commune […] Je voulais juste savoir comment, si vous alliez bien Marion Cotillard ? » avant de se faire rabrouer fermement et justement par l’actrice.

Quelques jours plus tard, le 26 septembre, invité à commenter la condamnation de Nicolas Sarkozy, elle interpelle son invité en ces termes : « Claude Guéant, encore un dernier mot sur cette condamnation ? ». Le dialogue qui suit est surréaliste : « Ce n’est pas moi. », dit l’invité ; la journaliste répond alors : « Oh, pardon ! Henri Guaino, pardonnez-moi ».

Enfin, dernier épisode des ‘’erreurs’’ du service public, le 13 octobre, Juilan Bugier à 13 heures et Léa Salamé à 20 heures ont commis la même bourde (énorme) en confondant les deux professeurs assassinés, Samuel Paty et Dominique Bernard.

Les organisations sont montées au créneau, l’une écrivant que « L’erreur a été signalée “en direct” à la régie par le présentateur durant le 13 heures, et la direction a littéralement refusé de faire amende honorable à l’antenne à la fin du 13 heures. […] Après le 13 heures, sans être alerté par la direction, qui a voulu étouffer l’erreur commise au 13 heures, le 20 heures a fait un simple copié-collé de la brève. »

Une autre mettant en cause non seulement les journalistes, mais aussi la hiérarchie : « Malgré toute la cohorte de chefs et de directeurs qui relisent la moindre virgule. C’est grave (…) Ce ne sont plus les journaux de la rédaction, mais du petit groupe de décideurs éditoriaux. La conséquence est visible à l’antenne : aucune diversité, récurrence des sujets autour […] des faits divers, de la consommation et du people… »

Quoi qu’il en soit, les présentateurs des JT, grassement payés, comme des stars, ont le devoir de vérifier l’information.

Léa Salamé est coutumière des bourdes et erreurs. ‘’Son’’ journal est nul ; elle aussi.

Il est temps d’envoyer la star relire les leçons de journalisme, notamment le chapitre sur la vérification de l’information et celui consacré à sa hiérarchisation.

Mais, pour l’heure, je n’ai qu’un mot à dire : Léa Salamé, dehors. Laissez votre fauteuil royal à des serviteurs de l’information, c’est-à-dire à de vrais professionnels. Il en va de la crédibilité du service public.

La colère du peuple

Décaler n’est pas bloquer, ni abroger. Et pourtant, de nombreux commentaires osent prétendre que la suspension de la réforme des retraites est un succès considérable, pour certains, de leur parti, pour d’autres, des salariés.

Le gouvernement a semblé céder pour entretenir un écran de fumée. Au moins un syndicat et au moins un parti ont mordu à l’hameçon tout en s’en défendant.

La suspension de la réforme demandée par tous les syndicats n’est en réalité qu’un décalage de son application, comme l’écrit très justement la CGT.

Le gouvernement Lecornu a sauvé sa peau, mais dans le pays la colère ne cesse d’enfler et d’enfler partout : dans les entreprises (où le moral est au plus bas), dans les services publics, dans les lycées et les universités, chez les jeunes et les retraités, qui refusent l’austérité quand les ultra-riches se gavent de milliards.

Quant au projet de budget, il est selon les mots employés par Sophie Binet, catastrophique et dangereux.

Le projet de budget est ultra-violent pour les Français de peu, avec le gel des prestations sociales et des salaires des fonctionnaires, la désindexation des pensions de retraites, la suppression de plus de 3000 postes dans la fonction publique, le doublement des franchises médicales et la baisse du budget de la santé et des hôpitaux. Et bien d’autres mesures.

Le monde du travail a tout à redouter de ce budget, identique aux précédents de Bayrou ou Barnier. On y retrouve la même logique de faire payer les salariés plutôt que de s’attaquer aux profits et aux dividendes des grands groupe. On y retrouve la même logique d’un pouvoir économique et financier qui dicte la ligne politique.

Ne pas voir la réalité en face est une faute grave pour un parti politique qui se veut parti de gouvernement. Au jour d’aujourd’hui, on ne peut plus se targuer de vouloir gérer le capitalisme quand le système est aussi inégalitaire, perverti, compromis, pourri, pour le profit de quelques-uns seulement.

Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple est une idée jeune et moderne, la seule pour sauver la planète et le devise de notre République : Liberté, Egalité, Fraternité.

Allons, socialistes, réveillez-vous !

La Terre brûle

La Terre brûle et les principaux dirigeants regardent ailleurs, bombardant, surarmant leurs troupes, préparant la guerre, se refusant à voir la réalité et à écouter les scientifiques, à l’image de l’analphabète Donald Trump.

A la veille de l’ouverture de la COP30 à Belém au Brésil, 160 scientifiques viennent de publier un ‘’Rapport mondial sur les points de basculement 2025’’ pour nous rappeler combien les écosystèmes approchent des seuils dangereux. Entre autres, ils attirent notre attention sur le « dépérissement sans précédent des récifs coraliens, affectant la subsistance de centaines de millions de personnes qui en dépendent ».

Ces 160 scientifiques veulent encore croire à un sursaut pour passer, disent-ils, « de la peur à l’espoir » ; ils veulent encore croire que leurs dénonciations des dommages irréversibles « peuvent propulser les sociétés vers un développement sobre en carbone et résilient et une prospérité inclusive ».

Le président de la COP30, le Brésilien André Aranha Correa do Lago, rappelle que les pays du Sud « sont au cœur de cette entreprise et des pionniers ». Pour autant, seront-ils entendus par les dirigeants des pays du Nord, égocentriques et climato-sceptiques ?

Donnald Trump, Vladimir Poutine, Xi Jinping, Emmanuel Macron et tous les autres ont ‘’torpillé’’ l’Accord de Paris, trop soucieux de défendre leur modèle de développement. Ils ne sont pas prêts à entendre les scientifiques. En revanche, c’est aux peuples à prendre conscience de la catastrophe annoncée, pour les contraindre à reconnaître qu’il est temps d’agir et d’agir ensemble.La Terre brûle, sauvons-la, ensemble 

Pauvre France

Qui aurait pu imaginer un président de la République condamné pour association de malfaiteurs à une peine de prison ferme ?

Qui aurait pu imaginer un président de la République organisant un pot pour son départ à la prison dans un lieu huppé du Bois de Boulogne en rassemblant le gratin de la haute bourgeoisie, de la politique et des affaires ?

Je n’ai jamais apprécié Nicolas Sarkozy qui traîne derrière lui tant de ‘’gamelles’’ et d’histoires tordues. Je crois que je vais le haïr chaque jour davantage.

Mais je vais honnir aussi ceux qui sont allés l’applaudir aux Salons des Etangs, lieu de rencontre de tout ce que j’exècre dans ce monde, quand Nicolas le petit a osé se proclamer une nouvelle fois innocent et victime d’une injustice. 

Nicolas Sarkozy multiplie les contre-vérités et remet en cause l’idée même d’égalité devant la loi. Un juriste, Vincent Sizaire a écrit que les modalités de condamnation de l’ex-président « sont appliquées tous les jours à des centaines de justiciables sous l’oeil courroucé des éditorialistes et gouvernants qui fustigeaient jusqu’alors une justice laxiste. »

Pour le juriste, « l’exécution provisoire qui assortit la condamnation de l’ancien chef de l’Etat – comme celle de la présidente du Rassemblement national (RN) – constitue une mesure particulièrement commune pour ne pas dire tristement banale ».

Nicolas Sarkozy, avocat, ne peut pas l’ignorer, mais il persiste dans le déni et pour une justice inégalitaire. Il dévoile sa véritable personnalité en exprimant son opposition viscérale à l’idée même d’égalité devant la loi.

Le peuple de France avait élu un homme de peu de scrupules à la plus haute fonction de la République. Hélas. Pauvre France.

La vraie nature de la démocratie

J’observe le monde et je me sens incapable d’écrire. Partout, tout déraille. De Paris (où Macron est de plus isolé) à Gaza (où les bombardements ont cessé, certes, mais où tout n’est que champ de ruines). De Madagascar à Kiev ; de Rabat à Washington (où Trump, fournisseur d’armes au monde entier, mais surtout à Israël, ose réclamer le prix Nobel de la Paix). De Nouméa (où on refuse de reconnaître le droit à l’autodétermination aux indigènes) à Oslo (où de supposés faiseurs de paix décernent le prix Nobel à une militante obscurantiste d’extrême droite).

Le monde est-il devenu fou ? Non, c’est le système capitaliste qui déraille.

Et j’ai retrouvé un très beau texte de José Saramago, écrit en 2008 :

« Comme c’est toujours le cas et comme ce sera toujours le cas, la question centrale de toute organisation sociale humaine, dont découlent toutes les autres et à laquelle toutes finissent par concourir, est la question du pouvoir, et le problème théorique et pratique qui se pose à nous consiste à identifier qui le détient, à vérifier comment il y est arrivé, à contrôler l’usage qu’il en est fait, les moyens dont il se sert et les fins qu’il vise. Si la démocratie était de fait ce que nous persistons à dire avec une naïveté vraie ou feinte, le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, tout le débat sur la question du pouvoir perdrait alors son sens dans la mesure où le pouvoir résidant dans le peuple, c’est au peuple qu’il reviendrait de l’administrer, et le peuple administrant le pouvoir, il est clair qu’il ne devrait le faire que pour son bien et pour son bonheur à lui, car ce que j’appelle sans aucune prétention de rigueur conceptuelle, la li de la conservation de la vie l’y obligerait. Or, seul un esprit pervers, panglossien jusqu’au cynisme, oserait prêcher le bonheur d’un monde dont personne, au contraire, ne devrait exiger que nous l’acceptions tel qu’il est, pour le simple fait qu’il est supposé être le meilleur des mondes possible. C’est la situation propre et concrète du monde dit démocratique qui veut que s’il est vrai que les peuples sont gouvernés, il est vrai aussi qu’ils ne le sont pas par eux-mêmes ni pour eux-mêmes. Ce n’est pas en démocratie que nous vivons, c’est bien plutôt dans une ploutocratie qui n’est plus locale ni proche, mais qui est devenue universelle et inaccessible. »

Les fameux ‘’marchés’’ dictent tout aux gouvernements dits démocratiques ; le pouvoir a été accaparé par le monde économique et financier, qui n’est pas démocratique.

Le soulèvement de Jane Fonda

Jane Fonda brandit l’étendard de la révolte contre Trump comme son père l’avait fait pendant l’ère McCarthy. Elle a été rejointe par 550 artistes, comédiens, écrivains, réalisateurs, producteurs, musiciens, parmi lesquels Anjelica Huston, Barbra Streisand, Jamie Lee Curtis, Natalie Portman, Nicolas Cage, Rosanna Arquette, Sally Field, Sean Penn, Spike Lee, Susan Sarandon, 

Ces opposants à la politique liberticide de Trump ont décidé de relancer le ‘’Comité pour le premier amendement’’ et créé un site.

L’initiative est importante et significative d’un réveil de l’opinion américaine après le moment de sidération consécutif à l’élection de Donald Trump. Il n’est pas anodin que Jane Fonda en prenne l’initiative, elle a été de tous les combats pour la Liberté, toutes les libertés. 

L’appel du 1er octobre 2025 pour cette relance est appelé à devenir un symbole pour la liberté et contre le fascisme de Trump ; le texte est à lire et à diffuser largement.

« 1er octobre 2025 : Aujourd’hui, nous relançons le Comité pour le premier amendement. 

Ce comité a été initialement créé pendant l’ère McCarthy, une période sombre où le gouvernement fédéral réprimait et persécutait les citoyens américains pour leurs convictions politiques. Ils ont ciblé des élus, des fonctionnaires, des universitaires et des artistes. Ils ont été mis sur liste noire, harcelés, réduits au silence et même emprisonnés. 

L’ère McCarthy a pris fin lorsque les Américains de tout le spectre politique se sont finalement rassemblés et ont défendu les principes de la Constitution contre les forces de répression.

Ces forces sont revenues. Et c’est à notre tour de nous unir pour défendre nos droits constitutionnels. 

Le gouvernement fédéral est une fois de plus engagé dans une campagne coordonnée pour faire taire les critiques au sein du gouvernement, des médias, de la magistrature, du milieu universitaire et de l’industrie du divertissement. 

Nous refusons de rester les bras croisés et de laisser cela se produire. La liberté d’opinion et la liberté d’expression sont les droits inaliénables de tous les Américains, de toutes origines et de toutes convictions politiques, peu importe à quel point vous êtes libéral ou conservateur. La capacité de critiquer, de remettre en question, de protester et même de se moquer de ceux qui sont au pouvoir est fondamentale pour ce que l’Amérique a toujours aspiré à être. 

Nous comprenons qu’il s’agit d’un moment effrayant et déroutant pour beaucoup de gens. Nous reconnaissons que nous ne représentons qu’un groupe parmi tant d’autres qui sont menacés à l’heure actuelle. Dans les salles de classe, les bibliothèques, les usines, les entreprises et les lieux de travail de toutes sortes, les Américains de tous les horizons sont également confrontés à l’intimidation et à la censure – et nous sommes à leurs côtés.

Nous savons que la solidarité fait le pouvoir et que le nombre fait la force. Nous serons unis, farouchement unis, pour défendre la liberté de parole et d’expression contre cet assaut. Il ne s’agit pas d’une question partisane. C’est pourquoi nous exhortons tous les Américains qui se soucient du Premier amendement – la pierre angulaire de notre démocratie – et tous les artistes du monde entier qui considèrent les États-Unis comme un phare de la liberté à nous rejoindre.

Et à ceux qui profitent de notre travail tout en menaçant les moyens de subsistance des travailleurs ordinaires, en se pliant à la censure gouvernementale et en se recroquevillant devant l’intimidation brutale : nous vous voyons et l’histoire ne l’oubliera pas. Ce ne sera pas la dernière fois que vous entendrez parler de nous. »

En espérant que la lecture de cet appel réveille toutes les bonnes consciences de gauche en France pour contester la politique liberticide, autoritaire et austéritaire d’Emmanuel Macron.

Du rôle de la crise

Timothy Snyder est un historien américain ; il enseigne à Yale et à Vienne, en Autriche. Il vient de publier dans le Monde une tribune qui ne laisse pas indifférent ; le titre, très long, annonce la couleur : « Se laisser impressionner par les démonstrations de force de Trump, c’est accompagner une transition vers l’autoritarisme ».

Le décor est planté.

Snyder dénonce « les décisions prises ces derniers mois durant la seconde présidence de Donald Trump (qui)laissent peu de doutes quant aux objectifs du président américain : affaiblir les Etats-Unis à l’étranger pour créer un environnement favorable aux despotes, tout en usant de l’Etat et des forces armées pour instaurer une dictature à l’intérieur du pays. »

Néanmoins, il appelle à la résistance : « La réussite de ce projet dépend du choix que nous ferons de regarder en face cette situation. »

Il s’oppose fortement aux démonstrations de force de la garde nationale dans les villes dirigées par des élus démocrates ; ces déploiements sont illégaux, mais il s’interroge : « Mais de quel type de force parlons-nous ? De quel type de démonstration ? Et comment pouvons-nous voir la situation autrement que comme un spectacle dans lequel nous n’aurions aucun rôle à jouer ? »

Il appelle les Américains à ne pas céder à l’intimidation en usant « de notre raison mais aussi de notre inventivité. Cela signifie d’abord de refuser d’être entraînés dans le « show » de Donald Trump. »

Même s’il considère que « les gouvernements étatiques démocrates qui font obstacle à l’autoritarisme », Timothy Snyder, fait en creux le procès du parti démocrate, absent dans la défense des droits humains les plus élémentaire depuis la défaite de Kamala Harris. La génération Z lui en tient rigueur, à juste titre. Et quand un jeune ‘’socialiste’’, Zohran Mamdani, remporte la primaire à la mairie de New York, la vieille garde démocrate se range derrière Andrew Cuomo, l’ex-gouverneur démocrate de l’état de New York, qui lui-même s’est allié à Trump pour faire barrage à son jeune adversaire.

Dans la revue Jacobin, Nick French peut écrire : «Une aile socialiste progressiste et démocratique – représentée par Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez et maintenant Mamdani – a tenté de capter l’énergie des jeunes et des électeurs mécontents en poussant le parti dans une direction populiste anti-entreprise et économique. Cet effort a bien sûr été farouchement combattu par les donateurs corporatifs et ultra-riches du parti et par les démocrates de l’establishment comme Cuomo et les Clinton. Cette bataille de factions explique également pourquoi les principaux démocrates de New York, y compris la gouverneure Kathy Hochul et les chefs du parti au Congrès Chuck Schumer et Hakeem Jeffries, ont jusqu’à présent refusé de soutenir Mamdani malgré sa victoire décisive aux primaires. »

Aux Etats-Unis, les démocrates centristes préfèrent MAGA au socialisme ; ailleurs, les sociaux-démocrates sont toujours prêts à gérer le capitalisme.

L’histoire semble bafouiller, mais bafouillera-t-elle encore longtemps ? La crise du capitalisme s’approfondit tellement.

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