La Chouette qui hioque

Auteur/autrice : Michel (Page 10 of 80)

Agir vite à Gaza

A Gaza, l’armée israélienne tue. Il est difficile de singulariser un drame parmi des milliers de drames atroces ; pourtant le 23 mai les soldats de Tsahal ont franchi l’indicible en bombardant la maison de deux soignants de l’hôpital Nasser, Hamdi Al-Najjar, médecin, et Alaa Al-Najjar, pédiatre.

Des décombres, les secouristes ont sorti neuf petits corps déchiquetés. Yahya, Rakan, Eve, Jubran, Raslan, Rifan, Sidine, Lougman, Sidra avaient entre 12 ans et 7 mois, soit neuf des dix enfants du couple. Un seul, Adam, 11 ans, est sorti indemne, tandis que son père est grièvement blessé et dans un état critique. La mère, elle, avait pris son service à l’hôpital quelques instants plus tôt et a donc échappé à ce carnage ignoble.

A Gaza, l’armée israélienne tue. Délibérément. Ici, il s’agit d’un acte visant le système de santé palestinien, à savoir deux médecins, et de rajouter à la cruauté folle des militaires de Netanyahu en fauchant la vie de neuf innocents. Et toujours en pleine impunité.

Un historien et professeur de Sciences Po, Jean-Pierre Filiu, connaît bien Gaza pour y avoir séjourné à plusieurs reprises. Il a réussi à entrer dans le territoire ravagé dans un convoi humanitaire ; il y a vécu du 19 décembre 2024 au 21 février 2025. Interrogé par les lecteurs du Monde, il a apporté un témoignage bouleversant ; à l’un d’eux qui lui demandait s’il y avait un espoir pour Gaza et sur quoi il pourrait reposer, il a répondu :

« C’est fondamentalement le courage et la dignité des femmes et des hommes de Gaza, même plongés dans une telle horreur, qui me donnent, malgré tout, des raisons d’espérer. Qu’ils soient parvenus à conserver leur humanité plus ou moins intacte dans un tel désastre force le respect. Mais reconnaissons que notre monde les a abandonnés durant beaucoup trop longtemps. Et cette tragédie, qui s’est littéralement déroulée sous nos yeux, va désormais nous hanter. Il n’en est que plus urgent d’agir pour un cessez-le-feu immédiat, avec libération des otages et retrait de l’armée israélienne. La clé de l’apaisement durable réside cependant dans la levée du blocus qui, imposé durant seize longues années, n’a pas épargné à Israël la journée la plus sanglante de son histoire, le 7 octobre 2023. Il est impératif que Gaza revienne au monde et que le monde revienne à Gaza. Alors tout sera possible, dans le cadre de la coexistence d’Israël avec un Etat palestinien pacifique et démilitarisé. »

Qu’attendent donc les démocrates, les vrais, pour reconnaître la Palestine ? Qu’attendent-ils pour boycotter les produits israéliens ? Qu’attendent-ils pour envoyer des Casques bleus, s’il en faut, pour arrêter le bras sanglant de Netanyahu ?

Il faut agir, vite, et rejoindre le camp de la paix.

Rapprochement troublant

Il est difficile d’imaginer jusqu’où pourra aller Donald Trump, imprévisible, dangereux, menteur, raciste, relayant avec gourmandise les fausses nouvelles (fake news en anglais), jubilant en humiliant les chefs d’Etat étrangers dans son bureau ovale. Un être abject et compulsif.

Mais voilà qu’il s’en prend aussi à l’intelligence, interdisant des livres, fermant des bibliothèques, coupant les crédits de certains musées, faisant signer des déclarations d’allégeance à sa pensée à ceux qui réaliseront le pavillon américain à la Biennale d’art de Venise, insultant des artistes qui ne partagent pas ses goûts. Donc, où s’arrêtera-t-il quand, chaque matin, on s’attend à l’entendre proférer un nouvel interdit.

L’homme particulièrement inculte qu’il est n’aime pas les citoyens qui pensent ; il a vilipendé les universités les plus prestigieuses et, dernière trouvaille, il vient d’interdire à Harvard (162 lauréats d’un prix Nobel au compteur !) d’accueillir des étudiants étrangers.

Certes, les Etats-Unis ne sont pas l’Afghanistan, mais je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle entre la prétendue démocratie selon Donald Trump et la théocratie islamique et son Commandeur des croyants, Haibatullah Akhundzada.

Les talibans, eux aussi, exècrent l’intelligence. Le leader suprême a exclu les femmes de l’école et des universités, interdit des livres et restreint la liberté de la presse, fait disparaître le rubab, le luth traditionnel, et la musique, le théâtre, le cinéma, la photographie, etc.

Certes, l’Afghanistan n’est pas les Etats-Unis, mais les atteintes aux libertés et le déni de tout ce qui fait culture, parce qu’ils visent le même asservissement des citoyens, doivent interpeller avec la même détermination dans les deux pays.

Après tout, dans l’imbécilité et l’obscurantisme, il n’y a qu’une différence de degré.

Le siècle de Périclès

Quelle outrecuidance ! Quel culot ! Les ultra-riches, comme toujours, ont la vanité de croire qu’avec leurs fortunes, ils peuvent tout acheter, notre force de travail, notre esprit, nos bulletins de vote, notre acquiescement à leur supposée supériorité, assise sur le fric. Et j’en passe.

Pierre-Edouard Stérin est de cette catégorie d’individus, un cénacle de nantis, qui peut tout se permettre. Lui, il s’identifie à un projet, baptisé Périclès, un acronyme pour Patriotes / Enracinés / Résistants / Identitaires / Chrétiens / Libéraux / Européens / Souverainistes. Ouf ! Grâce à cette énumération, les buts du milliardaire sont clairs.

Pierre-Edouard Stérin, donc, s’est assigné la tâche « d’infiltrer tous les échelons du pouvoir en France ». La modestie n’est donc pas sa qualité première pour se comparer à ce personnage de l’Antiquité grecque qui avait limité la citoyenneté aux personnes ayant une filiation athénienne par leurs deux ascendances, alors que celle du père suffisait auparavant.

L’Assemblée nationale s’est indignée ; le projet de Stérin soulève de graves préoccupations démocratiques. Elle a donc créé une commission d’enquête ; dans l’exposé des motifs on peut lire : « Elaboré à la manière d’un business plan, il propose de déployer environ 150 millions d’euros sur dix ans pour financer des initiatives alignées avec les intérêts de la droite libérale-conservatrice et de l’extrême-droite. Les principaux objectifs du projet Périclès incluent la victoire idéologique, électorale et politique de l’extrême droite dans notre pays, en promouvant les idées conservatrices et en sapant tous les principes républicains, enformant les candidats des partis de droite et d’extrême droite pour les élections ainsi qu’en préparant une réserve d’hommes de pouvoir prêts à servir à tous les postes clés (cabinets, structures parapubliques, haute administration). »

Stérin cherche à influencer médias, réseaux sociaux, think tanks, organismes internationaux, a ouvert une école, créé un collectif d’avocats, etc. Vincent Bolloré doit être jaloux.

Le projet Périclès fait immédiatement penser à ceux qui ont porté Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis, à savoir le Réseau Atlas, l’Heritage Foundation et autres think tanks, financés par les milliardaires, fervents défenseurs du libertarisme.

Pierre-Edouard Stérin, redoublant de culot, a refusé de se rendre aux convocations de la Commission d’enquête parlementaire. Son attitude en dit long sur sa morgue vis-à-vis des instances de la République. Cet homme et son projet sont dangereux.

Stérin et son entourage sont des putschistes, anti-républicains, racistes. Avec eux, la République est menacée. La bête immonde se réorganise.

Heureusement, la France a encore des ressources pour s’indigner et s’éviter un pouvoir digne de Donald Trump. Du moins, on peut encore l’espérer. Le siècle de Périclès n’est pas encore advenu ; faisons en sorte qu’il n’advienne jamais.

Pour Fatma Hassona

La cinéaste Sepideh Farsi a permis de mettre un nom et un visage sur l’une des victimes du génocide israélien à Gaza, parmi des dizaines de milliers d’autres.

Fatma Hassona avait 25 ans, elle était gazaouie et reporter-photographe. Elle était riante malgré la situation ; elle a croisé par hasard le chemin de Sepideh Farsi, qui a voulu raconter son quotidien dans un documentaire. Ce travail commun a été réalisé à distance, par téléphone compte tenu des restrictions imposées par Israël. Documentaire important, retenu pour être présenté à Cannes.

Sepideh l’a annoncé à Fatma le 15 avril et, dans la nuit suivante, celle qui incarnait la résilience des Gazaouis a été assassinée par une bombe qui a fauché également cinq membres de sa famille. Cruelle coïncidence ou volonté délibérée ?

Fatma n’a pas assisté à la projection du film, son film. N’a pas témoigné devant le monde entier du sort de son peuple. Restent les images, accusatrices.

Une organisation, Forensic Architecture, enquêtant sur les crimes d’Etat, a examiné images satellite et analyse balistique, concluant que Fatma a été visée délibérément.

A Cannes, les gens du cinéma ont massivement signé une tribune appelant Israël à stopper le massacre du peuple palestinien. 

Fatma est aujourd’hui le symbole de la folie meurtrière de Netanyahu. Le premier ministre devra répondre de ce génocide et de ses crimes de guerre. Quand les gouvernements occidentaux auront eu, enfin, le courage de s’associer à la réprobation du monde.

Un documentaire n’a pas le pouvoir d’arrêter le bras de l’assassin, mais il peut contribuer à éclairer l’opinion publique. Fatma ne verra pas ce moment où Netanyahu sera condamné et son peuple enfin libre dans l’Etat de Palestine enfin reconnue. Son sourire n’a pas été effacé.

Donald Trump dans le texte 

Le dernier message de Donald Trump sur son réseau Truth social (vérité sociale en français :

« Je vois que Bruce Springsteen, surfait, se rend à l’étranger pour critiquer le président des États-Unis. Il ne l’a jamais aimé, n’a jamais aimé sa musique, ni ses idées politiques radicales de gauche, et surtout, il n’a aucun talent. Juste un crétin arrogant et odieux, qui a soutenu avec ferveur Joe Biden, un idiot mentalement incompétent, et notre pire président de tous les temps, qui a failli détruire notre pays. Si je n’avais pas été élu, il aurait disparu depuis longtemps ! Joe l’endormi n’avait aucune idée de ce qu’il faisait, mais Springsteen est « bête comme un roc » et n’a pas compris ce qui se passait, ou le pouvait-il (et c’est encore pire !) ? Ce rocker desséché (il a la peau toute atrophiée !) devrait se taire jusqu’à son retour au pays, c’est juste la routine. Après, on verra bien comment ça se passe pour lui ! »

Et dire que l’auteur de ces lignes a été élu président des Etats-Unis !

L’insulte et la menace comme mode de gouvernement, c’est la marque de Trump. L’agence Moody’s qui a eu l’audace de rétrograder la note des Etats-Unis en raison de la hausse de son endettement, a eu droit, elle aussi, aux mots grossiers du locataire de la Maison Blanche. 

A qui le tour ?

Pepe Mujica

L’ex-président de l’Uruguay (2010-2015) Pepe Mujicca qui vient de décéder, était un homme hors du commun, mais un homme du peuple. Cet ancien Tupamaros, prisonnier de la dictature de Bordaberry commanditée par les Etats-Unis, a subi des tortures atroces, sans jamais renier ses engagements anticapitalistes.

En tant que président, il avait refusé d’habiter l’Estevez Palace pour continuer à vivre modestement dans la ferme de son épouse et il avait même abandonné 90 % de son salaire à un programme de logement social. Chapeau bas.

Avec Noam Chomsky, il a écrit un livre, Survivre au XXIe siècle, à paraître en septembre (il ne le verra donc pas), dans lequel on peut lire :

« Ma génération a commis une erreur naïve. Nous pensions que le changement social consistait uniquement à remettre en question les modes de production et de distribution de la société. Nous n’avons pas compris le rôle immense de la culture. Le capitalisme est une culture, et nous devons y répondre et y résister par une culture différente. Autrement dit, nous sommes aux prises avec une lutte entre une culture de la solidarité et une culture de l’égoïsme. Je ne parle pas d’une culture qui se vend, comme la musique ou la danse professionnelles. Tout cela est important, bien sûr, mais quand je parle de culture, je fais référence aux relations humaines, à l’ensemble des idées qui régissent nos relations sans que nous en ayons conscience. C’est un ensemble de valeurs tacites qui déterminent la manière dont des millions de personnes anonymes à travers le monde interagissent. »

Rejetant le consumérisme effréné qu’il qualifie « d’éthique nécessaire au capitalisme dans sa lutte pour l’accumulation infinie », il ajoute que « On ne peut pas construire un édifice socialiste avec des maçons capitalistes. Pourquoi ? Parce qu’ils voleront les barres d’armature, ils voleront le ciment, parce qu’ils ne cherchent qu’à résoudre leurs propres problèmes, parce que c’est ainsi que nous sommes faits. »

Appelant à rompre avec le capitalisme, sans tomber dans la social-démocratie, il définit son idéal politique dénué de toute formule magique :

« La gauche doit être fidèle à d’autres valeurs, et c’est pourquoi j’insiste sur le problème de la culture, sur celui de l’engagement et sur celui de la valorisation de certains aspects de la vie que le capitalisme ne valorise pas. Nos sociétés, pourtant riches, sont pleines de tristesse. Nous sommes un peuple suralimenté, étouffé par la quantité de déchets que nous produisons. Nous infestons tout, nous achetons des choses dont nous n’avons pas besoin et nous vivons ensuite dans le désespoir en payant nos factures. Nous devons proposer un autre mode de vie ! Pour moi, la gauche doit être plus révolutionnaire que jamais. Cela signifie vivre comme on pense. Sinon, on finit par penser comme on vit. »

Dans ce monde troublé (c’est le moins qu’on puisse dire) et troublant, où la guerre se propage comme une pandémie, il faut entendre les paroles de Pepe Mujica pour construire un nouveau système, un monde nouveau, pour vivre et non survivre.

On résiste et on agit

S’il y a des jours moroses (voir le billet précédent), il y a heureusement des jours qui incitent plutôt à l’optimisme. Hier soir, à Cannes, l’excellent acteur Robert De Niro nous a apporté ce supplément de gaieté et d’espoir qui nous manque en contemplant la situation mondiale. Une intervention réjouissante.

Robert De Niro, donc, a prononcé un discours en recevant sa palme d’honneur qui nous confirme qu’on ne peut pas réduire les Etats-Unis à la clique de Donald Trump.

Pour De Niro, Donald Trump est inculte. Il a raison et il aurait pu égrainer les noms de l’entourage présidentiel, comme celui d’Elon Musk, mais pas seulement, pour compléter son discours. Trump inculte, certes, mais pas sans programme obscurantiste, inégalitaire, égoïste, revanchard, autoritaire, libertarien.

Robert De Niro a eu des paroles fortes pour défendre la culture : « L’art est inclusif, l’art est en quête de liberté, l’art inclut la diversité et c’est pourquoi l’art est menacé ! C’est pourquoi nous sommes une menace pour les autocrates et les fascistes de ce monde ». Ceci peut s’adresser à Rachida Dati.

Il a ajouté en parlant des Etats-Unis : « Nous luttons d’arrache-pied pour défendre la démocratie que nous considérions toujours comme acquise » puis il a poursuivi à propos de Donald Trump. « Il a tout simplement coupé les fonds pour les sciences humaines, pour la formation supérieure, et il annonce maintenant 100% de droits de douane sur les films produits à l’extérieur des Etats-Unis. C’est inacceptable (…) et ce n’est pas simplement un problème américain, c’est un problème de portée globale. »

En conclusion, il a fort opportunément lancé un appel ses auditeurs sans détours : « Nous devons agir aujourd’hui, tout de suite, sans violence mais avec passion, avec détermination ! Le temps est venu, tout un chacun qui aime la liberté doit organiser, protester et le moment est venu aussi de voter, lorsqu’il y a des élections (…) Ce soir, et dans les 11 jours à venir, nous allons montrer notre engagement en rendant hommage à la liberté, l’égalité, la fraternité. »

Quelle belle chute et quel bel appel à l’engagement. Merci, Monsieur.

Ça suffit !

Il y a des jours comme celui-là où on se sent mal à l’aise. Ces jours de spleen sont, hélas, de plus en plus nombreux. Aujourd’hui, j’ai honte d’être journaliste et d’apprendre que 490 journalistes du monde entier ont été accrédités pour le procès des braqueurs de Kim Kardashian. Je suis exaspéré.

Le nombre de journalistes, 490, reflète hélas le naufrage de la hiérarchisation de l’information dans une société ultralibérale, sous la pression des réseaux dits sociaux.

Cette boursouflure de Kim Kardashian, devenue star mondiale grâce à la télé-réalité et à une vidéo pornographique, ne mérite pas cette multitude d’envoyés spéciaux, alors que d’autres événements plus tragiques se déroulant dans le monde ne sont même pas cités dans les médias.

Information du néant et de l’insignifiance délivrée par les médias contrôlés par quelques milliardaires d’extrême droite ; les citoyens sont méprisés et invités à admirer une représentante de cette culture du divertissement dont on nous gave chaque jour.

En France, chaque jour, des usines ferment, jetant des familles dans le désarroi et la pauvreté. Des territoires entiers se vident de toute activité industrielle et on nous promet la réindustrialisation. Mais, aujourd’hui, les victimes de la politique des oligopoles sont invitées à admirer le fessier et les seins de Kim Kardashian et à s’extasier devant sa bague à 4 millions de dollars pour oublier leur malheur. Et, demain, on passera à autre chose. Car, ils trouveront une autre information, leur imagination en la matière est sans limite.

Ça suffit !

Le beau mois de mai

8 mai 1945, jour de capitulation nazie. Jour de joie, mais jour de larmes pour ceux qui étaient morts, ceux qui n’étaient pas encore rentrés des camps d’extermination, ou ceux, qui en Algérie avaient été victimes de l’occupant colonial à Sétif.

8 mai 1945, promesse de jours heureux, imaginés par le programme du Conseil national de la Résistance. 

8 mai 1945, retour de la République, de la liberté de la presse, instauration du droit de vote des femmes, du plan Langevin-Wallon pour une école de la réussite, de la Sécurité sociale, des nationalisations.

Imagine-t-on ce jour heureux de la capitulation nazie ? Tout ce qui a pu traverser l’esprit de ces citoyens qui retrouvaient la liberté et la paix ? Tout ce qui a changé la vie de millions de salariés ?

Aujourd’hui, nous vivons cette commémoration avec enthousiasme, mais en contemplant les reculs qui ne cessent de rogner les acquis de 1945, en craignant pour la paix menacée (comme en Ukraine, à Gaza, au Yémen, à la frontière entre l’Inde et le Pakistan, dans de trop nombreux pays africains, etc.). Nous contemplons aussi cette ONU immobilisée par les grandes puissances. Nous mesurons les reculs de la liberté de la presse et des droits sociaux. Et nous tremblons en observant le retour de la bête immonde avec ceux qui mélangent racisme, nationalisme étroit et égoïste, libéralisme et autoritarisme, obscurantisme et religiosité, inégalités et pauvreté, individualisme et privatisation.

8 mai 1945, une date belle est généreuse, qu’il ne faut pas oublier, mais pour mieux rebondir et revenir aux jours heureux, à réinventer collectivement avec le même enthousiasme et le même élan militant.

Sauver Gaza

Benyamin Netanyahu a enfin avoué les mobiles de son crime contre l’humanité : s’emparer de toute la bande de Gaza après en avoir éliminé l’ensemble de la population et y rester.

Il n’a pas encore parlé d’annexion, mais d’occupation ; c’est une grande victoire pour le suprémacisme juif et le fanatisme religieux.

Les familles d’otages, d’un côté, et les Gazaouis, de l’autre, ont fait part de leur sidération et de leur condamnation d’une guerre atroce, abominable et dont les innombrables victimes sont les peuples, notamment le peuple palestinien. Celui-ci plus que le peuple israélien, victime de l’acharnement cruel des colons en Cisjordanie.

Comment les Juifs victimes de le Shoah peuvent-ils copier sans retenue ce qui fut la solution finale ?

Comment les dirigeants des autres pays peuvent-ils assister à ce génocide sans broncher, à l’image de Macron ?

Comment peut-on encore côtoyer Donald Trump, lui qui encourage Netanyahu pour faire de la bande de Gaza un havre de paix américain pour milliardaires ?

Comment peut-on entretenir des relations avec un pays dont l’armée bombarde non seulement Gaza, mais aussi le Liban, la Syrie, le Yémen ? Qui d’autres, demain ?

Comment peut-on admettre que le premier ministre d’un pays membre de l’Union européenne reçoive Netanyahu sous le coup d’un mandat d’arrêt par la Cour internationale de justice ?

Comment peut-on supporter des gouvernements, dont celui de la France, quand leurs dirigeants font si peu de cas des fonctions assignées à l’ONU ?

Trop, c’est trop. Il faut stopper Israël, poursuivre Netanyahu, sauver le peuple palestinien et reconnaître son Etat.

Solidarité ou communication ?

Emmanuel Macron pérore à la Sorbonne et annonce que la France va débloquer 100 millions d’euros pour attirer les chercheurs étrangers en France. Il a reçu l’appui de son amie Ursula von der Leyen qui, elle, annonce le déblocage de 500 millions pour les années 2025-2027.

De qui se moque le président de la République quand il prétend vouloir accueillir les chercheurs américains ?

Il est allé faire les fonds de tiroir du programme d’investissement public France 2030 et il a encore trouvé des crédits non affectés pour faire une annonce qui résonne comme une fausse nouvelle. Les enseignants-chercheurs ne décolèrent pas :  leur budget a été amputé de 600 millions en en 2024, de 950 millions en 2025, puis, par décret le 25 avril de 493,3 millions en autorisations d’engagement et de 386,8 millions en crédits de paiement. 

De qui se moque le président de la République en osant annoncer un déblocage de 100 millions ? Cherchons l’erreur.

Les organisations syndicales d’enseignants-chercheurs (FSU, CGT, Sud, FO, UNEF et FSE) ont vivement réagi dans un communiqué commun dans lequel on peut lire :

« La solidarité envers la communauté de recherche mondiale s’impose et il est indispensable de pouvoir accueillir ces collègues tout comme celles et ceux empêché·es de travailler ou persécuté·es dans leur pays, quel qu’il soit. Dans ce contexte, la mise en place d’une plateforme “Choose France for Science”, annoncée par le président de la République française, en réponse à la situation des chercheur·es aux Etats-Unis est choquante, voire indécente. Indécente, car la politique du président Macron depuis 2017 a considérablement affaibli l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) en France non seulement par un sous-financement chronique, des regroupements forcés et un pilotage accru, mais aussi par des atteintes quasi incessantes à la liberté académique : attaques sans fondement de la ministre Frédérique Vidal contre les sciences humaines et sociales, supposées gangrénées par de supposés chercheur·ses « wokistes » ou « islamo-gauchiste », sanctions disciplinaires contre des chercheur·ses qui ont exprimé leur solidarité au peuple palestinien, interdiction de conférences et de séminaires sur la situation à Gaza dans les universités de Lille, Lyon, Bordeaux, etc. S’y ajoutent les dispositions des Zones à Régime Restrictif (ZRR), qui conduisent à des dérives inquiétantes sur les libertés (dont celle de publication) et les recrutements sous couvert de sécurité nationale. »

Les organisations syndicales dénoncent l’asséchement des finances publiques de la recherche et des annonces qui « ne visent qu’à redorer leur image (des gouvernants) à peu de frais ».

Qui peut croire à l’arrivée de chercheurs américains quand les salaires sont notoirement inférieurs dans les labos français, quand le nombre des personnels est en baisse continue (et le recours accentué aux vacataires précaires) et les locaux dans un état de délabrement inquiétant.

En outre la solidarité de Macron et de son gouvernement est à géométrie variable. Le président trouve quelques millions pour accueillir les chercheurs fuyant Donald Trump, mais quand un pauvre immigré du Mali, Aboubakar Cissé, est assassiné dans une mosquée, les réactions se font attendre. Le ministre de l’intérieur ne réagit que tardivement, après avoir été justement critiqué pour son immobilisme. Il préfère mettre la dernière main à une circulaire renforçant les conditions de naturalisation.

Ses choix sont inquiétants.

Ceux du président de la République le sont également, quand il veut voler au secours des chercheurs vilipendés par Trump, mais qui se satisfait de l’expansion du désert médical partout en France.

Bref, il faut se méfier des effets d’annonce et de la politique de communication de l’Elysée et lutter pour imposer une véritable solidarité envers tous les persécutés, chercheurs ou immigrés.

Mêmes mots, mêmes maux

Dans son délire réactionnaire (il a signé 140 décrets au cours de ses 100 premiers jours de mandat), Donald Trump franchit des limites inquiétantes.

Il vient de demander à la Corporation for Public Broadcasting (CPB) « de cesser le financement fédéral de la NPR et du PBS », c’est-à-dire la National Public Radio et le Public Broadcasting Service.

La date n’a pas été choisie au hasard, à la veille de la Journée mondiale de la liberté de la presse, qui le 3 mai de chaque année depuis 1993 à l’initiative de l’UNESCO, sert à rappeler aux gouvernements la nécessité de respecter leur engagement en faveur de la liberté de la presse et constitue également une journée de réflexion pour les professionnels des médias sur les questions relatives à la liberté de la presse et à l’éthique professionnelle.

En signant ce décret hier, Trump apporte une nouvelle preuve de sa volonté de s’affranchir de tous les engagements internationaux des Etats-Unis. Il franchit également une nouvelle étape dans ses attaques contre les médias notamment publics, comme le confirme un communiqué de la Maison Blanche qui, selon le président, « ont alimenté le militantisme et la propagande de gauche avec l’argent des contribuables, ce qui est tout à fait inapproprié et constitue une utilisation abusive de l’argent des contribuables. » Le refrain est connu !

Le décret dans lequel Trump estime que le financement fédéral « dans un paysage médiatique riche, divers et innovant, est dépassé, non nécessaire et corrosif pour l’apparence de l’indépendance journalistique ».

On lit là les mêmes arguments utilisés par ceux qui, comme le Rassemblement national ou les Républicains, veulent démanteler le service public de l’audiovisuel pour laisser le champ libre aux médias contrôlés par les milliardaires.

La Journée mondiale de la liberté de la presse n’aura donc jamais été autant nécessaire qu’en cette année 2025. En France, aux Etats-Unis et dans de trop nombreux pays où les capitalistes veulent faire taire ou rendre invisible la colère de leurs victimes, celles d’ArcelorMittal, de LVMH, de STMicroelectronics, de Jennyfer et de bien d’autres.

Il n’y a pas de progrès social sans liberté de la presse et inversement.

La censure ordinaire

La retransmission de l’événement était annoncée en direct. Mais France 2 a menti, la cérémonie des Molières était en léger différé. Suffisamment pour opérer quelques coupes dans le déroulé de la soirée où la contestation de la politique gouvernementale a mis très mal à l’aise la ministre de la culture, Rachida Dati.

Curieusement, ce n’est pas l’intervention de Didier Brice, porte-parole de la CGT-Spectacle qui a été victime de la censure, mais le long discours de l’effroyable Jean-Marc Dumontet, le président de l’association des Molières.

Cet homme de la droite la plus bête du monde (et supporter de la première heure d’Emmanuel Macron, après l’avoir été de Jacques Chirac), propriétaire de cinq théâtres à Paris, a cru pouvoir dénoncer les « contre-vérités », selon lui, sur le chiffrage des coupes budgétaires énoncé par Didier Brice. Puis il a appelé l’assistance à être « unie au côté de la ministre ». Ce qui lui a valu les huées du public.

Les téléspectateurs, eux, ont entendu la première partie de son discours mais pas son appel à soutenir la ministre de l’insignifiance et les vives réactions du public.

Bref, c’en était trop. France 2 n’a pas voulu que les téléspectateurs entendent la bronca des comédiens et comédiennes, fustigeant la politique culturelle d’un gouvernement anti-social et obscurantiste. Cette censure imbécile en dit long sur la mise sous tutelle du service public de l’audiovisuel, et, plus généralement, de l’information.

De quel droit censurer une émission annoncée en direct sur le service public ? Qu’en pensent les salariés de France 2 (et des autres chaînes) ? Ne se sentent-ils pas concernés par les coupes dans leur budget qui, pourtant, sont monstrueuses ?

Cette censure ordinaire vient démontrer que ce pouvoir a peur des réactions et de la lutte unie des salariés et des gens de culture pour un autre monde.

La censure ordinaire ne doit pas devenir habituelle.

Pognon de dingue

L’expression pognon de dingue avait été utilisée par Emmanuel Macron ; aujourd’hui, voilà que Gérald Darmanin pastiche le président de la République dans une déclaration, qui se voulait aussi populaire mais avec un vocabulaire plus châtié devant le parti Horizons d’Edouard Philippe. Il a déclaré devant un auditoire acquis à sa pensée réactionnaire que le pays « dépense des dizaines de milliards d’euros pour le logement social », suggérant « d’arrêter même l’esprit du logement social ». Le ministre de la justice « rêve d’une France où tous les travailleurs sont propriétaires et actionnaires ».

Quelle idée lumineuse élaborée dans son club de réflexion baptisé, ça ne s’invente pas, Populaires ! 

Quel beau pays, où les ministres rêvent à la place des citoyens !

L’auditoire est tombé sous le charme de celui qui rêve aussi d’être président de la République et qui commence à dévoiler son programme. Populaire, bien sûr.

Darmanin rêve, comme Denis Kessler, de « supprimer ce système obsolète et décourageant de la fiscalité sociale qui pèse sur le travail » et de « supprimer des dizaines de milliards d’euros de cotisations des feuilles de paie des travailleurs. » Il rêve aussi de voir tous les travailleurs actionnaires de leur entreprise. « En échange, il rêve que « l’Etat ne prendra plus un euro de fiscalité ni sur ses actions, ni sur leurs dividendes. Plus de forfait social, plus d’impôt sur le revenu, plus de CSG et plus de droits de succession quand on a été actionnaire. »

Le rêve de Darmanin ? Quelle aubaine pour les patrons et les gros actionnaires, ces fonds d’investissement qui contrôlent toute l’économie, mondialement. En revanche, les millions de Français qui sont en attente d’un logement social vont pouvoir faire des cauchemars. Les riches dans les palaces, les pauvres à la rue !

Les femmes, mères célibataires, qui ont du mal à atteindre la fin du mois, et les travailleurs précaires, c’est-à-dire des millions de Français, ne rêvent pas comme Gérald Darmanin ; ils souhaitent tout simplement ne pas avoir à dormir sur un trottoir.

Les rêves de Darmanin sont ceux d’une poignée de Français, vivant dans des hôtels particuliers, ignorants des conditions de vie réelles de millions de citoyens maintenus dans une pauvreté qui ne cesse de croître. Le pognon de dingue existe, il est planqué dans des banques hors de France, dans des paradis fiscaux, à l’abri.

Ces salauds d’ultra-riches raflent un pognon de dingue et empêchent même des millions d’êtres humains comme eux de rêver.

Reprendre le pouvoir

Quelle politique de gribouille !

Voilà que le gouvernement de François Bayrou envisage de créer une ‘’contribution modeste pour le financement des services de la commune pour renouer le lien entre les collectivités et les citoyens’’. On mesurera le degré d’imagination de nos ministres après leur avoir rappelé qu’une telle contribution de financement des services de la commune existait jusqu’en 2023, date à laquelle la taxe d’habitation a été supprimée !

Voilà que le gouvernement du même François Bayrou envisage de fusionner ou supprimer un tiers des agences et des opérateurs de l’Etat d’ici la fin de l’année. On mesurera le degré d’imagination de nos ministres après leur avoir rappelé que cette idée a été mise en œuvre récemment par Donald Trump et Elon Musk et qu’on en voit déjà les effets délétères.

Voilà que le gouvernement de François Bayrou, égal à lui-même, publie un décret annulant des crédits à hauteur de 3,1 milliards de l’enseignement supérieur, des missions écologie, agriculture et économie. On mesurera le degré d’imagination de nos ministres qui, une fois encore, ont copié sur les décrets de Trump.

A ce jeu de chamboule-tout, c’est Amélie de Montchalin qui remporte la palme des mesures les plus scandaleuses. Mais François Rebsamen, l’ex-socialiste passé du côté de Macron, la suit de près.

En revanche, le gouvernement de François Bayrou n’a pas un mot pour qualifier la situation économique d’un pays où plus de 360 plans de licenciement font remonter le chômage à une vitesse incroyable et font peser de lourdes menaces sur l’appareil productif. Des milliers de familles vont s’enfoncer dans la pauvreté, sans que le pouvoir politique ne réagisse. 

Arcelor-Mittal, Auchan, Casino, Michelin, Vencorex, Atos, Bouygues Immobilier, Nexity, Go Sport, Sergent Major, Natalys, Sanofi, Air liquide, Yves Rocher, Exxon Mobil, Valeo, Thalès, Nokia, IBM France, Société générale, etc., et maintenant à qui le tour ? Les économistes prévoient que le pays pourrait perdre encore 275 000 emplois entre 2025 et 2026 et le taux de chômage atteindre 9 %. Mais, chut, on ne dit rien, on ne fait rien. Comme tout bon élève de l’ultralibéralisme, le gouvernement fait confiance au marché pour réguler le capitalisme et copie la politique de gribouille de Trump au service des milliardaires.

Suprême innovation, le gouvernement de François Bayrou envisage aussi de revoir notre système de retraites par répartition pour promouvoir le système imaginé par les Américains, le système de retraites par capitalisation, c’est-à-dire un système qui amasse les cotisations des salariés pour les orienter vers la Bourse. Génial, non ?

Enfoncé dans la crise, le capitalisme continue à être orienté par la boussole américaine et se refuse à abdiquer une once de son pouvoir, à l’image d’Emmanuel Macron se refusant de faire appel à un premier ministre de gauche comme Lucie Castets après sa déroute électorale.

Alors, ce pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, il faudra bien le conquérir.

Mittal, quel culot !

M. Lakshmi Mittal est l’une des plus grandes fortunes mondiales, estimée à 17,7 milliards de dollars. Ses activités dans la sidérurgie sont florissantes ; après une multitude de rachats de concurrents, il est devenu le deuxième producteur d’acier.

Sa filiale française, ArcelorMittal, est le résultat de fusions avec Usinor, le groupe espagnol Aceralia ou le Belge Arbed. Il détient en outre 27,5 % du capital de Vallourec.

Les bénéfices de la multinationale ont fait un bond en 2024, passant de 919 millions de dollars à 1,339 milliard, qui lui ont permis de distribuer 1 milliard de dividendes.

Son groupe est gavé d’aides diverses en France : 298 millions d’euros d’aides publiques perçues en 2023, dont 195 millions au titre de taux réduits sur les factures d’énergie, 41 millions d’euros d’allégements de cotisations sociales, 40 millions d’euros en crédit d’impôt recherche et 22 millions d’euros d’aides d’urgence.

Pour compléter le tableau, les gazettes dévoilent qu’il n’a payé que 190 millions d’impôt sur les sociétés au cours des dix dernières années.

Cela ne l’a pas empêché d’annoncer un plan de 600 licenciements dans les différents sites dans notre pays, prétextant un coût de l’énergie trop haut, des baisses de débouchés en Europe et, évidemment, la concurrence chinoise.

On attend avec impatience les réactions d’un président de la République, grand voyageur, mais qui, cependant, voulait réindustrialiser la France et relocaliser de nombreuses activités.

Alors, pour s’opposer au culot de M. Mittal, on nationalise la sidérurgie ?

Le pape François

Le pape François est mort et avec lui une certaine idée de l’Eglise catholique, d’une église pauvre au service des pauvres et de fraternité.

Il n’appréciait ni Donald Trump, ni J.D. Vance et il l’avait fait savoir aux évêques américains. En février, il leur avait adressé une lettre sévère, très sévère, dans laquelle il leur reprochait leur manque de réaction aux ordres d’expulsion massive d’immigrants par la toute nouvelle administration réactionnaire de Trump.

Après avoir rappelé que Jésus « a lui aussi fait l’expérience difficile d’être expulsé de son pays à cause d’un danger imminent pour sa vie, et l’expérience de devoir trouver refuge dans une société et une culture étrangère à la sienne », il écrivait : « Je suis de près la crise importante qui a lieu aux Etats-Unis avec le lancement d’un programme de déportations de masse. Une conscience formée avec droiture ne peut manquer d’exprimer un jugement critique et exprimer son désaccord avec toute mesure qui identifie de façon tacite ou explicite le statut illégal de certains migrants avec la criminalité. Dans le même temps, il faut reconnaître le droit d’un pays à se défendre et à protéger les communautés de ceux qui ont commis des crimes violents ou graves lors de leur séjour dans le pays ou avant leur arrivée. Quoi qu’il en soit, déporter des personnes qui, dans de nombreux cas, ont quitté leur terre pour des raisons d’extrême pauvreté, d’insécurité, d’exploitation, de persécution ou de grave détérioration de l’environnement, porte atteinte à la dignité de nombreux hommes et femmes, et de familles tout entières, et les rend particulièrement vulnérables et sans défense. »

Dans sa lettre, François avait aussi tancé Vance à propos de son interprétation déformée de ‘’l’ordo amoris’’, encourageant l’engagement des catholiques dans les œuvres de charité. 

François n’avait donc pas hésité à s’opposer à une politique américaine égoïste et pour les riches.

A la veille de sa mort, dans sa bénédiction ‘’urbi et orbi’’, il n’avait pas oublié Gaza, « où le terrible conflit continue de semer la mort et la destruction et de provoquer une situation dramatique et ignoble. » écrivant : « Je voudrais que nous recommencions à espérer que la paix est possible. » Il avait appelé au cessez-le-feu, « que les otages soient libérés et que l’aide précieuse soit apportée à la population affamée qui aspire à un avenir de paix ! »

Le pape François avait des contradictions, mais il a fait bouger la Curie romaine. Dans nos temps troublés, sa voix était importante pour condamner le libéralisme qui accroît les inégalités et pour encourager une politique de l’écologie préservant la nature.

Son passage au Vatican aura été un grand moment de fraternité, à rebours de la politique basée sur des discours de haine et d’exclusion.

Cachez ces morts palestiniens

L’événement est passé inaperçu sur les chaînes de télévision, plusieurs centaines de journalistes français, répondant à l’appel de leurs syndicats (SNJ, SNJ-CGT et CFDT), de 40 sociétés de journalistes (dont celles de France 2, France 3, franceinfo et France 24), de Reporters sans frontières, etc. se sont rassemblés à Paris et à Marseille pour « manifester notre solidarité avec nos collègues palestiniens et de réclamer, encore et toujours, le droit d’entrer dans Gaza. »

Dans une tribune publiée la veille, les organisations affirmaient leur solidarité envers leurs collègues palestiniens, dont plus de 200 ont été tués en dix-huit mois de guerre. Elles écrivaient : « Nous déplorons également la mort des quatre journalistes israéliens qui ont péri dans l’attaque terroriste menée par le Hamas le 7 octobre 2023, ainsi que celle de neuf confrères libanais et d’une consœur syrienne lors de frappes israéliennes. Mais l’urgence est aujourd’hui à Gaza. Pour tous les défenseurs des droits humains, un constat s’impose : l’armée israélienne cherche à imposer un black-out médiatique sur Gaza, à réduire au silence, autant que possible, les témoins des crimes de guerre commis par ses troupes, au moment où un nombre croissant d’ONG internationales et d’instances onusiennes les qualifient d’actes génocidaires. Cette volonté de faire obstacle à l’information se traduit également par le refus du gouvernement israélien de laisser la presse étrangère pénétrer dans la bande de Gaza. »

L’une des victimes, Fatma Hassona, 25 ans, a été tuée avec sa famille le 16 avril, dans sa maison, cible d’un bombardement de l’armée israélienne. Si jeune, mais consciente des dangers, elle avait rédigé ses dernières volontés dans lesquelles on peut lire : « Si je meurs, je veux que ce soit une mort tonitruante. […] Je veux que le monde entier entende parler de ma mort. Je veux qu’elle ait un impact qui ne s’estompe pas avec le temps. Je veux des images qui ne peuvent pas être enterrées dans l’espace ou le temps. »

Sa mort sera tonitruante, un documentaire a été tourné par une réalisatrice iranienne, Sepideh Farsi, avant sa mort et sera présenté au Festival de Cannes. Mais les 200 autres victimes des bombes israéliennes n’existent pas pour les chaînes françaises. Sidérant et révoltant, les rassemblements de Paris et de Marseille n’ont donné lieu à aucun reportage sur France 2 ou France 3. Seul France 24 a diffusé un court sujet.

Fallait-il cacher cette solidarité des journalistes français envers leurs collègues palestiniens ? Qu’en pense la toute nouvelle directrice de la rédaction de France Télévisions, Nathalie Saint-Cricq ?

Cette mièvre journaliste est indigne de son poste à la tête d’une rédaction de service public. Mièvre mais bien de droite. Imbue de sa petite personne et prête à piétiner à la fois les principes professionnels et à adresser un bras d’honneur à toute la profession et aux Palestiniens. Abject !

Salut à toi Dame Bêtise

Il faut lire l’acte d’accusation de Donald Trump dans le procès qu’il a ouvert contre l’université de Harvard. Il a revêtu un habit de procureur qui ne lui sied point (mais vu l’étroitesse de son vocabulaire, on s’interroge : qui écrit ses discours et ses tweets ?).

Pour Trump, donc, à Harvard, on y « enseigne la haine et l’imbécillité », elle ne peut « plus être considérée comme un lieu d’apprentissage décent et ne devrait figurer sur une aucune liste des grandes universités dans le monde », vu que cette université recrute « des gauchistes radicaux, des idiots et des cervelles de moineau ».

Trump, l’idiot utile qui ne peut pas présenter de diplôme prestigieux, est-il jaloux ? Se venge-t-il ?

Le grand Jacques Brel a chanté « l’air de la bêtise ». Pour lui, Dame Bêtise est « mère des saintes habitudes, princesse des gens sans remords (…) des mesquines envies, de noble intolérance (…) mère de nos femmes fatales, mère des mariages de raison, mère des filles à succursales, princesse pâle du vison ».

« Salut à toi Dame Bêtise / Mais dis-moi comment fais-tu / pour que point l’on ne voie / le sourire entendu / qui fera de vous et moi / de très nobles cocus / pour nous faire oublier / que les putains, les vraies / sont celles qui font payer / pas avant mais après / pour qu’il puisse m’arriver / de croiser certains soirs / ton regard familier / au fond de mon miroir ».

Ah ! Qu’il avait donc du talent ce Jacques Brel pour dresser le portrait si ressemblant de Donald Trump, sans même l’avoir connu !

Si c’est vrai…

On peut espérer que Libération a des informations sûres et vérifiées pour révéler que Rachida Dati aurait omis de déclarer pour 420 000 euros de bijoux dans sa déclaration de patrimoine à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Sinon, le quotidien risque de perdre un procès contre la ministre de la culture et de sa crédibilité.

Si c’est vrai, Libération parle de montres à 32 000 euros, de bracelets à 36 000 euros. Bref, pas du toc. Si c’est vrai, Rachida Dati a des goûts de luxe.

Autre révélation du quotidien, les bijoux lui auraient été offerts par Henri Proglio, ex-patron de Véolia Environnement, d’EDF et dirigeant de Thales ; si c’est vrai, ce patron de choc a eu une liaison (généreuse) avec la ministre.

Libération a rappelé également que Rachida Dati avait déclaré un patrimoine de 5,6 millions d’euros à la HATVP, notamment des biens immobiliers en France et au Maroc, mais pas seulement.

Si c’est vrai, les révélations sont choquantes.

Si c’est vrai que Rachida Dati a omis de déclarer ses beaux bijoux et si sa déclaration de patrimoine est confirmée, combien d’artistes et d’intermittents ont sursauté de colère.

Rachida Dati est en effet à la tête d’un ministère de la culture, où la grande majorité des artistes et intermittents du spectacle vivent chichement en espérant pouvoir totaliser suffisamment d’heures pour avoir accès à une indemnité chômage ridicule et insuffisante pour vivre dignement.

Si c’est vrai, Rachida Dati peut être poursuivie pour déclaration de patrimoine mensongère, elle qui doit être aussi jugée pour corruption et trafic d’influence avec Carlos Ghosn.

Si c’est vrai, les casseroles de Rachida Dati risquent d’ébranler un peu plus un gouvernement impopulaire. La culture, dans tout ça, est la grande absente.

Les Français seront invités à regarder Netflix ou TF1, s’informer avec CNews ou LCI (ou mieux encore sur les réseaux sociaux mensongers).

Les choix de classe éclatent chaque jour davantage. Et ça, c’est vrai !

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