La Chouette qui hioque

Auteur/autrice : Michel (Page 11 of 80)

Parcoursup en maternelle

La France a des ministres d’Etat qui cogitent. Un peu à la manière de Laurent Wauquiez qui veut envoyer les pauvres possesseurs d’une OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon.

Pauvre Elisabeth Borne ! Le rapprochement de ses déclarations avec celles du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes n’est pas un cadeau. Mais elle l’a quand même bien mérité.

Ne vient-elle pas de déclarer : « Il faut se préparer très jeunes, dès le départ, presque depuis la maternelle, à réfléchir à la façon dont on se projette dans une formation et dans un métier. »

Imaginons un instant les affres de parents en train de remplir le dossier de candidatures Parcoursup pour leur bambin de 4 ans. Et la pression de ces parents sur la gentille maîtresse pour que leur chère ‘’têtes blonde’’, commence à étudier les propriétés des intégrales plutôt que d’éveiller sa curiosité avec des jeux.

Exagération ? A peine. La pression des parents pour que leurs enfants réussissent de brillantes études est une réalité dont les enseignants ont du mal à se départir.

Les discours de la ministre d’Etat sont choquants et font la démonstration des divagations idéologiques d’un gouvernement aux ordres des grands groupes et de la finance.

Renversons ce gouvernement et redonnons aux enseignants le goût d’enseigner des savoirs et de former des citoyens. Avec de réels moyens. C’est déjà un très beau programme. L’orientation viendra suffisamment tôt.

Service public

Seul le service public de la télévision était capable de programmer une série documentaire sur les crimes contre l’humanité de Barbie, Touvier et Papon. Et c’est pourquoi il est irremplaçable. Et c’est aussi pourquoi il faut faire échec au projet de Rachida Dati, du gouvernement et de la droite de le reprendre en main au travers d’une prétendue fusion de tout l’audiovisuel public. La ficelle est trop grosse.

L’audience du procès de Klaus Barbie a été deux fois inférieure à celle de TF1 avec Koh Lanta ; c’est un grand dommage, mais, hélas, c’est accessoire. Savoir que plus de 1,7 million de personnes ont pu voir ce documentaire d’une grande qualité, d’une grande pudeur, mais d’une pédagogie nécessaire, est réconfortant.

Les archives audiovisuelles du procès de 1987 ont été intelligemment utilisées ; quelle leçon d’histoire sur la réalité de la Shoah en France ! Quelle puissance émotionnelle que cette longue séquence dans laquelle Simone Lagrange, déportée avec ses parents à Auschwitz à 13 ans, dit avoir vu son père partir au four crématoire ! 

Les paroles des victimes, racontant la réalité de cette monstruosité du nazisme pour la première fois, sont inoubliables.

Quel contraste avec la prétendue télé-réalité de Koh-Lanta distillée par la chaîne boursouflée de Bouygues, TF1, mercantile, à la recherche de la publicité quand le service public est, lui, à la recherche de la vérité historique !

Le procès de Klaus Barbie sera suivi de ceux de Touvier puis de Papon. Après leur diffusion, il serait étonnant que ceux qui soutiennent encore l’extrême droite et même la droite changent d’avis. Ils n’auront pas vu les documentaires. Pas la faute du service public, mais celle de l’Audimat et de TF1. Les Klaus Barbie, Paul Touvier et Maurice Papon ont largement inspiré ceux qui ont fondé le Front national, et ceux qui, aujourd’hui tentent de réécrire l’histoire et/ou d’anesthésier les esprits.

Les milliardaires qui ont fait main basse sur les chaînes privées et sur les autres grands médias tentent de nous faire oublier ce qui n’est pas un détail de l’histoire. C’est le rôle du service public, à l’inverse, d’éclairer les esprits égarés du côté de Marine Le Pen, de Laurent Wauquiez et de Bruno Retailleau. 

Les grands amis de Marine

Donald Trump est tellement ignare, d’une bêtise tellement crasse qu’il parle à tort et à travers. Il a été élu pour aboyer (et il aboie) et lire (et il lit bêtement) les décrets préparés par son dangereux entourage (Amis lecteurs, les images parlent : avez-vous remarqué qu’il n’a jamais un seul dossier sur son bureau de la Maison blanche ?).

Donald Trump est tellement ignare qu’il avoue même ne pas connaître Marine Le Pen, mais il se dit « sensible au fait qu’elle travaille dur depuis tant d’années ». A-t-il oublié qu’il avait refusé de la recevoir quand elle avait ‘’poireauté’’ un après-midi entier dans le café de Trump Tower en janvier 2017 ?

Pourquoi, aujourd’hui, se croit-il permis de déclarer qu’elle « a essuyé des échecs mais elle a continué et, maintenant, juste avant ce qui serait une Grande Victoire, ils s’en prennent à elle sur une accusation mineure dont elle ne savait probablement rien – cela ressemble pour moi à une erreur comptable (…) C’est tellement mauvais pour la France et pour le Grand Peuple de France ». Quelle prétention !

Trump qui a eu à répondre devant le juge à quelques fraudes fiscales, parle en connaisseur, la Trump Organization a commis, comme le Rassemblement national, quelques erreurs comptables. Et comme lui, Marine Le Pen est victime de « chasse aux sorcières », alimentées par des « gauchistes européens qui se servent de l’arme judiciaire pour faire taire la liberté d’expression. » Le refrain commence à être usé.

Le Grand Peuple de France se fout totalement de ce peut penser Trump de Marine Le Pen et de sa condamnation. Mais, précisons-lui quand même qu’il ne s’agit ni d’une accusation mineure (sauf pour le milliardaire Trump pour qui 4,9 millions d’euros sont peu de choses au regard de sa fortune), ni d’une erreur comptable (on devrait lui envoyer l’acte de réquisition de 152 pages).

Donald Trump est tellement ignare qu’il a écrit sur son Truth : « LIBEREZ MARINE LE PEN ! ». Sait-il que Marine Le Pen siège toujours à l’Assemblée nationale et qu’elle n’ira jamais en prison ?

L’entourage de la condamnée, très gêné, ne sait pas s’il doit se féliciter de cet appel et de ce soutien de Trump ou s’il doit s’abstenir de tout commentaire. Surtout dans la période actuelle avec les annonces du président américain sur les droits de douanes.

Le Rassemblement national et Marine Le Pen ont les amis qu’ils méritent ; la dédiabolisation est en panne.

Voix de l’Amérique

« Le second mandat autoritaire de Donald Trump a conduit ses critiques à le qualifier de fasciste à l’image d’Adolf Hitler. Mais la politique réactionnaire de Trump est typiquement américaine. » C’est ce que démontre un universitaire américain, Daniel Bessner dans un long article publié par Jacobin, la revue progressiste d’outre-Atlantique.

L’article est documenté et critique cinq arguments avancés par ceux qui prétendent que Trump est un fasciste. Bessner avance, au contraire que « tout ce que fait Trump a des antécédents dans l’histoire des États-Unis – et la meilleure façon d’appréhender son radicalisme et de s’organiser pour l’arrêter est de replacer son comportement dans le contexte de cette histoire plus longue. En d’autres termes, le trumpisme est une intensification de tendances antidémocratiques et profondément américaines, bien ancrées depuis longtemps. Il n’est guère nécessaire d’utiliser le terme « fascisme » pour le comprendre. C’est l’Amérique, et Trump est profondément américain. »

L’auteur affirme et prouve que le trumpisme 2.0 intensifie de nombreux précédents existants, chacun horrifiant et profondément antidémocratique. Pour lui, « si les socialistes espèrent combattre Trump et organiser une coalition capable d’empêcher des autocrates comme lui de revenir au pouvoir, il faut comprendre qu’il est issu de l’histoire et du système américains. L’un des principaux problèmes de l’analogie avec le fascisme est qu’elle détourne l’attention des États-Unis vers l’Europe. Mais il ne s’agit pas de l’Italie fasciste ou de l’Allemagne nazie. C’est ça l’Amérique, avec tout ce que cela implique. » En conclusion, il appelle à une réforme des institutions antidémocratiques américaines.

Ecouter les voix de l’Amérique peut éclairer nos appréciations, à nous Européens, sur la nature réelle du mandat de Trump.

Alors, promis, je n’emploierai plus le terme de fasciste pour qualifier Trump et je me rangerai aux arguments de Daniel Bessner.  Je retiendrai aussi la leçon pour nous, Français : mal diagnostiquer le problème, c’est mal diagnostiquer la solution.

Le verdict

Les réactions à la condamnation de Marine Le Pen et quelques sbires sont vraiment indécentes et dangereuses. Oser parler de gouvernement des juges, de décision politique est contraire à la réalité.

Plus indécente encore, l’invitation de TF1 à lui donner la parole et déverser des contre-vérités en se posant comme une victime. Certes, Marine Le Pen ne s’attendait pas à un tel verdict et la chaîne Bouygues nous avait habitué à ce genre de scoop (Sarkozy y a aussi micro ouvert). Mais, devant ce déluge de fausses informations, il aurait utile d’entendre les chefs d’accusation ; il est rare qu’un tribunal explique pendant deux heures les résultats de plusieurs années d’enquêtes avant d’énoncer le verdict.

La condamnation de Marine Le Pen, comme celle de Nicolas Sarkozy, est une bonne nouvelle pour la démocratie. Enfin, oui enfin, des juges n’ont pas cédé aux pressions venues de toutes parts et ont affirmé que l’Etat de droit s’applique à tous les citoyens, candidats ou non à la présidence de la République.

Parce que, quand même, n’oublions pas que le Rassemblement national (et avant lui le Front national), qui prétend gouverner la France, a détourné de l’argent public (plusieurs millions d’euros).

Les juges ont voulu dire que les petits arrangements entre copains étaient terminés et que, pour rétablir la confiance des citoyens envers la vie démocratique, chacun doit respecter la loi, en l’occurrence une loi votée à l’unanimité après l’affaire Cahuzac.

Le verdict ne dit rien d’autre.

Relever le défi de Trump

Je m’étais promis de ne plus écrire sur Donald Trump ; l’homme m’est insupportable de bêtise et d’arrogance. Mais il est difficile de rester spectateur et de ne rien dire, ni ne rien faire, quand il ose déclarer sur la chaîne NBC : « Nous aurons le Groenland. J’en suis sûr à 100 % (…) Toutes les options sont sur la table. » La morgue avec laquelle il traite le Danemark et surtout pour la population groenlandaise aurait dû, au moins, entraîner la convocation de l’ambassadeur américain à Copenhague et, pourquoi pas, la rupture des relations entre les deux pays.

Dans le même temps, Le directeur général des services de l’ambassade des Etats-Unis à Paris, Stanislas Parmentier, a adressé une lettre à de nombreuses entreprises françaises leur enjoignant de respecter un décret de Donald Trump exigeant qu’elles ne conduisent pas de programmes anti-discrimination et de le communiquer sous cinq jours par un formulaire de certification du respect de la loi américaine.

La lettre rappelle que « le décret 14173 concernant la fin de la discrimination illégale et rétablissant les opportunités professionnelles basées sur le mérite, signé par le président Trump, s’applique également obligatoirement à tous les fournisseurs et prestataires du gouvernement américain, quels que soit leur nationalité et le pays dans lequel ils opèrent ».

La riposte présidentielle et gouvernementale n’est pas au niveau de la pression exercée par les Etats-Unis dans les affaires intérieures du pays. Honte à Macron.

Dans les deux cas, on découvre la profondeur des maux dont souffre la politique occidentale d’alignement systématique sur l’Amérique, c’est-à-dire l’atlantisme, qui sclérose le sentiment d’indépendance nationale.

Les faits relevés ci-dessus ne sont pas isolés : l’humiliation de Zelensky dans le bureau Ovale ou l’annexion de la bande de Gaza pour en en faire la Trump-Riviera, les taxations des importations ou les menaces sur le Panama ont déjà suffisamment éclairé le monde sur la réalité de la politique des fascistes au pouvoir à Washington. Il faut y mettre un terme par des réactions à la hauteur des agressions.

La situation intérieure des Etats-Unis et, plus généralement, l’état du monde sont assez pitoyables aujourd’hui et n’inclinent guère à l’optimisme.

Quand Trump a décidé de priver la prestigieuse université Columbia des subventions fédérales de 400 millions de dollars, puis fait arrêter Mahmoud Khalil, figure de la contestation propalestinienne, il a posé des conditions à la levée des sanctions, notamment la mise sous tutelle académique du département d’études proche-orientales et africaines, la direction de l’université s’est soumise à des exigences mettant en cause la liberté académique de la recherche.

Qu’on ne parle pas de nécessité ; Columbia est une université privée qui a d’autres sources de financements.

Le Parti démocrate est particulièrement muet et immobile, son conseil des leaders d’opinion a préconisé aux militants de « se replier sur eux-mêmes et faire le mort ». Seuls Bernie Sanders (83 ans) et Alexandria Ocasio-Cortez (35 ans) ont relevé le défi posé par Trump. Ils ont organisé un ‘’Fighting Olygarchy Tour’’ (ou tournée de lutte contre l’oligarchie), pour relayer un discours anti-milliardaires et prodémocratie. Les audiences de ce Tour sont exceptionnelles et atteignent des chiffres records.

Le peuple américain, lui, se réveille. Mais les deux leaders de la gauche du Parti démocrate sont devant une importante question : comment canaliser l’énergie des protestataires et faire émerger un mouvement capable de vaincre Trump.

Les voix occidentales, si elles se mêlaient aux voix américaines, pourraient accélérer la prise de conscience qu’un monde meilleur est possible. Sans Trump, ni Musk.

Osons et ne restons pas spectateurs.

Liberté, j’écris ton nom

Nous ne sommes, ici en France, ni aux Etats-Unis de Trump, ni en Israël de Netanyahu, ni en Iran des ayatollahs. Nous sommes, ici en France, au pays des droits de l’homme, où est écrit sur le fronton de tous les bâtiments publics : Liberté, Egalité, Fraternité.

Ici en France, nous condamnons l’interdiction de nombreux livres qui déplaisent à l’idéologie liberticide de Trump. Ici en France, nous condamnons Israël, pays génocidaire, quand elle arrête dans son pays, la Palestine, Hamdan Ballal, le réalisateur d’un documentaire qui a reçu un Oscar à Los Angeles.

Mais devons-nous taire quand le ministère de l’éducation nationale refuse le livre La Belle et la Bête illustré par Jul ? Devons-nous taire quand le CRIF demande à Actes Sud de retirer de la vente la BD de Mazen Kerbaj, Gaza, est-ce que vous nous voyez maintenant ?

Nous sommes sidérés quand les éditions Fayard (de moins en moins prestigieuses) de Bolloré publient les élucubrations de Jordan Bardella ou les divagations de Xenia Fedorova, l’ex-directrice de Russia Today, la voix de Poutine, mais nous n’avons pas demandé leur interdiction. Au nom de la liberté.

La liberté de création et la liberté d’expression sont absolues. Hélas, aujourd’hui, ici en France, ces libertés sont de plus en plus limitées. Par les concentrations dans l’édition et dans les médias, par un gouvernement réactionnaire, par les lobbies de communautés qui ont oublié l’histoire ou la révise.

Alors, avec Paul Eluard, liberté, j’écris ton nom.

Le masque du Gascon

Le patronat peut dormir sur ses deux oreilles, le gouvernement ne reviendra pas sur la réforme des retraites. Le premier ministre d’aujourd’hui (mais pour combien de temps encore ?) avait promis au Parti socialiste d’en rediscuter « sans aucun totem, ni tabou ». Or, quelques jours plus tard, François Bayrou jugeait « pas possible » d’abroger la loi. Promesses de Gascon.

François Bayrou, présenté comme l’homme de la situation, n’est pas à un mensonge près. Les agressions sexuelles et les violences à Notre-Dame de Betharram ? Pas au courant. Les promesses faites aux socialistes ? Plus d’actualité ! Port du voile dans le sport ? Retailleau et Darmanin ont raison ; la ministre des sports, Marie Barsacq, et sa collègue de l’éducation, Elisabeth Borne, sont désavouées et sans doute visées quand le premier ministre lance « on ne peut pas rester dans un gouvernement qui cède sur ces questions-là », sous-entendu dans le cas inverse aussi.

L’émérite François Bayrou prend des risques. Ne risque-t-il de déclencher une tourmente en s’alignant sur une politique antisociale dictée par l’extrême droite et le patronat le plus réactionnaire, celui des grands groupes du CAC 40 ?

Quelle est donc la raison de cet alignement systématique du centriste Bayrou sur l’idéologie intangible des gardiens du dogme capitaliste ? Pourquoi rabâche-t-il les paroles des ministres dont il était éloigné hier ?

Est-ce par calcul politicien issu de ses conversations avec Emmanuel Macron, le président ‘’vertical’’, ou est-ce du n’importe quoi ?  

 Deux grandes centrales syndicales, CGT et FO, ont compris que Bayrou maniait le mensonge et se sont retirées du ‘’conclave’’. Elles ont démasqué un premier ministre rusé (mais si peu), honteusement menteur (au nom de la défense d’un régime discrédité), ami des groupes financiers les plus voraces (par idéologie) 

Nous aurions dû nous en douter ; L’Humanité nous avait prévenu en écrivant en 2012 : « Saint François Bayrou, daltonien politique, cherche toujours le centre à droite. Il se centre, se décentre, se recentre, se concentre, mais finit immanquablement par tomber à droite. Saint François Bayrou a toujours voulu être le centre ; le centre, c’est lui, même si le centre est le trou, le vide, l’égale distance entre le rien et le néant. Le centre introverti pète ; extraverti, il fuge. Bayrou serait-il donc un transfuge ? Toujours le temps d’une élection, pour tromper Bernadette (Soubirous). Cet OGM politique, en période électorale, a toujours le postérieur entre plusieurs tabourets… Comme tout Modem qui se respecte, il interconnecte tous azimuts, avant de tomber le masque. »

Rassurons-nous, François Bayrou est un simple épisode.

La vie parfaite

Oublions Donald Trump, l’abruti définitif, qui vient de prendre un nouveau décret réduisant les crédits du programme fédéral d’aides aux bibliothèques. Oublions ce fasciste pour lire un splendide roman de Silvia Avallone, La vie parfaite.

Fidèle à elle-même, la jeune romancière nous parle de la vraie vie, celle que vivent les Italiens, celle que vivent aussi les Français et bien d’autres.

Silvia Avallone croise donc le quotidien de deux femmes, l’une encore adolescente et lycéenne, Adèle, l’autre trentenaire et enseignante, Dora. La première est enceinte mais va abandonner son bébé, l’autre, stérile, se résigne à adopter pour sauver son couple.

On suit, au rythme de la vie et des chapitres qui se croisent, les interrogations des deux femmes et de la famille autour d’elles ; du départ pour la maternité, seule, aux rendez-vous avec les fonctionnaires des services de l’adoption, Silvia Avallone décrit le quotidien de deux jeunes femmes et de leurs familles dans l’Italie d’aujourd’hui avec une profondeur d’analyse émouvante, sans mièvreries, mais avec gravité. L’autrice aborde de multiples questions auxquelles les gens de cette génération d’aujourd’hui sont confrontés ; ces jeunes femmes qui rêvent à une vie parfaite se heurtent à une vie imparfaite, dure pour les gens de peu. Qui rêvent à une maternité heureuse et découvrent une vie semée d’embûches.

Silvia Avallone, donc, est fidèle à une littérature sociale, parlant des citoyens de tous les jours, de milieux populaires, d’une écriture vraie, sincère, émouvante parce qu’inspirée de la vie de tous les jours. Elle évite les clichés et parle des questions de la parentalité comme symbole, complexe, des difficultés du quotidien, où on passe de la joie à la tristesse, à la souffrance et à la misère, où les hommes n’ont pas toujours le beau rôle.

Un nouveau grand roman de Silvia Avallone, toujours plus attachante depuis son premier roman, D’acier. A lire absolument.

Macron le petit

A en croire Le Monde, « la situation internationale a remis Emmanuel Macron au centre du jeu politique en France ».

Le président de la République qui a été désavoué dans les urnes après la dissolution de l’Assemblée nationale, serait en train de rebondir si on en juge par le nombre de ses interventions dans les médias. Emmanuel Macron utiliserait son domaine réservé pour rompre le jeûne auquel il s’était astreint faute de pouvoir intervenir dans les affaires franco-françaises qu’elles soient gérées par Barnier ou Bayrou.

Libre au Monde de voir cet épisode politique comme le symbole de la résurrection d’un président démonétisé ; mais les arguments sont un peu courts.

C’est un président qui se sert d’une situation internationale pour le moins anxiogène pour parler de menaces, de réarmement, d’envoi de troupes en Ukraine. C’est un président va-t-en-guerre qui tente de sauver une situation personnelle délicate et qui tente de détourner l’attention des Français d’une situation intérieure, économique et sociale, catastrophique.

L’analyse de l’attitude de Macron est sans doute très différente de celle qui est exposée par le quotidien du soir. Que le président de la République, hautain et méprisant, ait saisi une sale occasion (un climat de guerre) pour occuper le terrain, n’est pas contestable. Mais que ce même président tente d’aider Bayrou et son gouvernement à aller au bout de sa mission, à savoir augmenter les impôts, éviter de revenir sur la réforme des retraites, réduire tous les budgets des ministères régaliens, diminuer le nombre de fonctionnaires, abandonner les mesures environnementales, etc., éclate au grand jour.

Au fond, Macron n’innove en rien. La droite au service du capital a toujours eu recours à des procédés belliqueux pour répondre aux crises sociales et politiques ; agiter le bruit des bottes et des armes est un jeu trop dangereux et Macron serait mieux inspiré de multiplier les efforts en faveur de la paix en Ukraine et au Moyen Orient.

Les Ukrainiens et les Gazaouis paient le prix fort des politiques expansionnistes de Poutine et Netanyahu ; mais les sommes mises en jeu par Macron vont coûter très cher aux Français. Les crédits de la recherche, de l’enseignement, de la culture, de la construction ou de la rénovation sont déjà réduits drastiquement, dramatiquement, au seul profit de la défense et d’une économie de guerre, imposant une austérité accrue aux salariés et la remise en cause des libertés.

Macron jour un drôle de jeu, lamentable et risqué. Macron est un politicien aux ordres des grands groupes et penche de plus en plus clairement vers la droite extrême, porteuse de racisme et de xénophobie. 

Quel Victor Hugo contemporain osera écrire le pamphlet, Macron le petit !

Le détail qui tue

C’est peut-être un détail pour beaucoup de citoyens, mais il s’agit d’une décision grave du gouvernement, car elle est sans doute le prélude à d’autres renoncements écologiques. Le ministère de la transition écologique (sic) a déposé un projet de décret pour revenir sur l’interdiction des couverts et de la vaisselle en plastique dans les cantines scolaires.

Evidemment, le dépôt du projet de décret a été entouré d’une infinie discrétion.

S’il est publié, le décret reviendra sur une disposition de la loi Egalim de novembre 2018, au grand désespoir des scientifiques pour qui « la réintroduction du plastique dans les cantines scolaires pose un grave problème sanitaire ».

Pour Tania Pacheff, biochimiste et porte-parole de l’association Cantine sans plastique, « C’est un scandaleRien ne justifie ce retour en arrière alors que des alternatives existent et sont utilisées, à commencer par le verre trempé, la céramique, l’inox ou même la porcelaine qui est utilisée dans des crèches, comme à Limoges. »

On dénoncera une nouvelle fois le lobbying effréné du patronat et des grands groupes, ici Plastalliance, syndicat des professionnels de la plasturgie.

Mais on dénoncera aussi un stupéfiant rapprochement de la politique du gouvernement Bayrou avec celle de Trump, qui a signé, lui, un décret le 10 février autorisant le retour des pailles en plastique.

La similitude des décisions n’est guère glorieuse pour le gouvernement de la France, qui abdique de plus en plus de gouvernance aux géants du pétrole, derrière tous ses dérivés, notamment le plastique.

Le feuilleton Trump

Les faits et méfaits de Donald Trump sont quotidiens et je me demande si ce blog ne va pas bientôt se transformer et un plaidoyer anti-Trump permanent, au risque de la nausée et de l’aveuglement.

Car si Trump s’attaque à tout, le monde ne s’arrête pas pour autant. Poutine se sent pousser des ailes et Macron joue les va-t-en-guerre, pendant que Netanyahu continue à raser la bande de Gaza et ses colons la Cisjordanie.

Trump, donc, s’en prend à toutes les formes de l’intelligence pour plonger les Etats-Unis dans la plus sombre ignorance et dans les ténèbres.

Au motif d’actes antisémites sur son campus, il a décidé de la suppression immédiate des aides fédérales de l’université Columbia de 400 millions de dollars.

Au nom de sa politique anti-fonctionnaires, il a licencié plus de 800 scientifiques de l’agence publique de recherche sur la météo et l’océan, la NOOA.

Au nom de la lutte anti-woke, il a écarté plusieurs membres du conseil d’administration du prestigieux Kennedy Center à Washington pour y nommer des proches, comme l’épouse du vice-président Vance, Usha, ou sa cheffe de cabinet, Susie Wiles, et se fait élire président de l’un des plus prestigieux centres culturels du pays.

Enseignement et recherche, sciences, culture, Trump s’attaque à tous les savoirs. Et ce ne sont que quelques exemples des faits et méfaits de ce monstre de l’obscurantisme et de la pensée réactionnaire, à l’image d’un Hitler faisant brûler les livres par lui interdits.

De nombreux Américains sont atterrés et organisent la nécessaire résistance à la démolition de la démocratie.  Les aider est tout autant nécessaire pour eux que pour nous ; si on veut encore éviter de se trouver dans la même situation dans quelques mois.

Nous ne pouvons pas dire que nous nous n’étions pas prévenus des dangers de l’extrême droite et de la droite, déjà à l’œuvre. Trump nous démontre chaque jour les buts visés d’asservissement des opinions publiques par les mâles blancs suprémacistes.

La condamnation

Etait-il vraiment nécessaire que la Cour des comptes publie un document de plus de 80 pages pour condamner le magazine ‘’60 millions de consommateurs’’ ? Il l’était déjà par le gouvernement Barnier et celui son successeur, François Bayrou, n’a pas jugé bon de modifier la sentence.

C’est sous la présidence de Pierre Moscovici, biberonné par les trotskistes de la LCR, puis émancipé par la gauche caviar, que la Cour des comptes a eu le culot d’écrire dans son rapport que « le maintien d’une activité de presse subventionnée par l’État dans un marché concurrentiel et en déclin ne se justifie plus, notamment compte tenu de l’existence d’un second magazine spécialisé sur la consommation ».

Au nom de quel principe Pierre Moscovici peut-il préconiser la privatisation d’un magazine qui dénonce toutes les turpitudes des entreprises privées liées à la consommation des citoyens ? L’information des consommateurs n’a jamais autant utile qu’aujourd’hui !

60 millions de consommateurs a dévoilé des scandales ; est-ce cela que l’ex-député prétendument socialiste, l’ex-ministre, l’ex-commissaire européen, l’ex-conseiller général veut faire taire.

Aujourd’hui, les salariés de l’Institut national de la consommation s’interrogent sur leur avenir ; les seuls à se frotter les mains sont les lobbyistes de Paris et de Bruxelles, qui ont eu la peau d’un journal qui dénonçait et rendait publiques les infractions aux règles et aux lois du commerce.

Si le gouvernement a besoin d’un rapport pour justifier la réforme de l’audiovisuel public (subventionné par l’Etat dans un marché concurrentiel, compte tenu de l’existence de nombreuses chaînes privées !) ou de l’AFP, il peut demander à Pierre Moscovici. Le président de la Cour des comptes ne le trahira pas.

Je suis tenté d’emprunter quelques lignes à Laurent Joffrin (un grand spécialiste de la ‘’Famille Caviar’’) : « une fausse gauche qui dit ce qu’il faut faire et ne fait pas ce qu’elle dit, une tribu tartuffe et désinvolte, qui aime le peuple et qui se garde bien de partager son sort. »

Le sort d’un magazine d’intérêt public est bien le dernier souci de celui qui vient de prononcer sa condamnation.

L’affabulateur est dangereux

Donald Trump est un dangereux affabulateur. Il est capable de mentir avec un aplomb déconcertant.

Au cours de son discours devant le Congrès, il a osé affirmer que « le canal de Panama a été construit par les Américains, pour les Américains, pas pour les autres, même s’ils peuvent l’utiliser ». L’argument se voulait irréfutable pour justifier sa volonté de « récupérer » ce canal.

Or, le canal de Panama, s’il a été terminé par les Américains, a été un long chantier, commencé par des industriels français (dont Gustave Eiffel) avec des financements très internationaux. Les navires du monde entier y ont accès ; n’en déplaise au président des Etats-Unis, qui lorgne sur un ouvrage stratégique et, aussi, sur les droits de passage.

Autre exemple des provocations de Trump, le Groenland, autre lieu stratégique pour contrôler les mouvements maritimes, mais aussi île très riche en ressources minérales.

Il a feint d’amadouer le Danemark en déclarant : « Nous soutenons fortement votre droit à déterminer votre propre avenir, et si vous le voulez, nous vous accueillons dans les Etats-Unis d’Amérique ». Il s’agissait d’un grossier dérapage d’un président fatigué par la frénésie de son début de mandat. Il s’est vite repris pour affirmer de façon péremptoire : « Je pense qu’on l’aura [le Groenland] d’une façon ou d’une autre ».

Avec Donald Trump, il est difficile de savoir quelle est la part de vantardise, de provocation ou de détermination. C’est pourquoi il est un président dangereux.

D’autres dictateurs que lui ont trébuché en voulant réaliser leurs rêves les plus fous et en se fracassant sur la volonté des peuples, pas si fous qu’eux. Hélas, ce sont toujours les peuples qui ont payé le prix fort.

Emergence d’un fascisme américain

Philippe Bernard, éditorialiste au Monde, publie aujourd’hui une brillante analyse de la situation aux Etats-Unis. Il rapporte que les Américains commencent à dessiller les yeux et à nommer l’idéologie de Trump par son nom, fascisme.

Il s’appuie pour cela sur des déclarations de Robert Paxton, historien du nazisme qui en octobre 2024 et de John Kelly, ancien chef de cabinet à la Maison Blanche, qui, le 5 novembre, « prévoyaient un exercice ‘’dictatorial’’ du pouvoir en cas de victoire » de Trump.

Certes, Paxton et Kelly ne représentent pas l’Amérique profonde ; mais quand même, il y a des paroles qui incitent à relativiser les inquiétudes.

Philippe Bernard, donc, appuie son propos sur l’ouvrage d’Olivier Mannoni, le traducteur français de Mein Kampf, ‘’Coulée brune. Comment le fascisme inonde notre langue’’, lequel écrit :

« Une langue dont on massacre la syntaxe, la grammaire et l’orthographe ne peut plus être un outil de réflexion rationnelleLe langage chaotique d’Hitler dans Mein Kampf, celui de Trump (…) ne sont pas, ou pas seulement, le fruit de [leur] incapacité (…) à formuler une pensée. Ce travail de démolition souterrain ronge le dialogue démocratique (…) et nous prive de nos moyens d’expression et le fait en prétendant nous rendre notre “liberté”. »

Le traducteur dit avoir retrouvé dans Mein Kampf « les racines de maux qui (…) [bouleversent] notre vie politique : l’usage de l’incohérence en guise de rhétorique, de la simplification extrême en guise de raisonnement, des accumulations de mensonges en guise de démonstration, d’un vocabulaire réduit, déformé, manipulé, en guise de langue ».

L’éditorialiste ajoute que le traducteur voyait « dans les propos de Trump promettant « d’éradiquer » la « vermine » (les opposants politiques) et de protéger le « sang américain » contre la « contamination » par celui des migrants un discours exterminateur et purificateur tout droit sorti du registre hitlérien. »

Il serait temps que tous les dirigeants politiques et les éditorialistes s’inspirent de ces lignes pour oser enfin nommer par son nom l’idéologie de Donald Trump.

La défense de la démocratie l’exige pour participer à la prise de conscience des citoyens soumis en permanence aux discours largement empruntés à l’idéologie de Trump. Les grands médias sont entre les mains des milliardaires mais les journalistes doivent revendiquer la liberté d’expression pour informer et prémunir des dangers.

L’émergence d’un fascisme américain ne s’arrêtera pas aux Etats-Unis ; la maladie est contagieuse. Bolloré et d’autres sont déjà atteints.

Du meilleur au pire

La nature humaine est-elle bonne ou mauvaise ? Doit-on suivre Jean-Jacques Rousseau quand il écrit : « L’homme est bon par nature, c’est la société qui corrompt ». Une chose est sûre, elle est paradoxale.

La consécration d’Abou Sangare aux Césars du cinéma pour son interprétation d’un livreur de pizzas dans Paris alors qu’il était sans papier et sous le coup d’une éventuelle expulsion du territoire dans le film de Boris Lojkine, L’Histoire de Souleymane, est assurément très politique. Sa brillante et émouvante intervention sur la scène de l’Olympia, fief de Bolloré, toute en pudeur est un pied de nez à tous les racistes qui ne veulent plus voir ces étrangers dont ils prétendent qu’ils sont tous des délinquants.

Avec Abou, on a envie de croire que l’homme est bon par nature. Cet homme a réussi à pardonner à ceux qui l’ont plongé dans la misère ; il a relativisé sa situation et il n’oubliera jamais ni qui il a été, ni qui il est devenu, un merveilleux acteur.

Quelle grandeur d’âme !

En revanche, en voyant et revoyant le triste spectacle des fous de Washington, Trump et Vance, insultant Zelensky sous le regard de toutes les télévisions du monde, on veut bien croire que la société corrompt.

Se sont-ils crus intelligents en insultant un président, peu sympathique, mais victime d’une agression brutale et sanglante de Poutine ?

Le peuple américain a voté massivement pour des fascistes, méprisant envers tous les peuples qui ne sont pas américains et qui ne sont pas blancs de peau. Comment est-ce possible ? Je veux encore croire que le peuple américain ne mérite pas d’avoir une telle clique à sa tête.

Comme si la situation outre-Atlantique n’était pas suffisante pour nous faire douter, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir imiter Trump, Vance, Musk et consorts, partout, y compris dans le pays des droits de l’homme.

La nature humaine est capable de tout, du meilleur comme du pire.

Après C8, W9

L’arrêt de la chaîne C8 n’est qu’une demi-victoire. Pour la liberté d’expression. Sur Bolloré et son idéologie funeste. 

Demi-victoire donc ; d’une part, la puissance du groupe Bolloré n’est que partiellement atteinte ; d’autre part, on n’en a pas fini avec le bouffon de Bolloré, Cyril Hanouna.

Ce grossier personnage, condamné de multiples fois, sanctionné davantage encore par l’ARCOM (7,6 millions d’euros d’amendes), va rebondir dans le groupe M6, plus précisément sur la chaîne W9 et sur Fun Radio.

Les patrons du groupe n’ont pas hésité un seul instant pour embaucher Hanouna car il est censé faire de l’audience et attirer les annonceurs publicitaires. Pour eux, l’argent n’a ni l’odeur du scandale, ni de l’idéologie réactionnaire !

Rien d’étonnant à cela, le groupe M6 est la filiale de RTL Group, lui-même filiale du groupe Bertelsmann, qui collabora avec le régime nazi de 1933 à 1945. La Fondation Bertelsmann reste l’actionnaire principal de cette pieuvre et à ce titre, elle détient plus de 48 % des parts du groupe M6 (aux côtés de CMA CGM de Rodolphe Saadé, avec plus de 10 %).

Le transfert d’Hanouna vers le groupe M6, s’il est une demi-victoire, n’est qu’une demi-surprise. Aujourd’hui, le patronat des grands groupes a fait un choix idéologique, de l’ultra-libéralisme et de la cohabitation possible avec le RN, comme l’a fait le patronat américain avec Trump. Il ne combattra donc pas les idées fascisantes ; il en assumera la diffusion. Et, dans ce système, Hanouna aura toujours une place.

Liberté d’expression

L’internationale des milliardaires, celle qui a pris le contrôle des grands médias, montre son vrai visage. En France, les Bernard Arnault, François Pinault, Vincent Bolloré, Pierre-André Stérin, Rodolphe Saadé ou encore Daniel Kretinsky multiplient censures, interventions directes ou indirectes pour imposer leur ligne éditoriale dans ‘’leurs’’ médias. Rude tâche quand on examine de près tous les médias dont ils ont pris le contrôle en si peu d’années.

Aux Etats-Unis, Jeff Bezos vient de se distinguer. Il a notifié à la rédaction du Washington Post, dont il est le propriétaire depuis 2013, que les pages d’opinions seraient réservées aux seuls défenseurs des libertés personnelles et de l’économie des marchés libres et interdites à ceux qui contestent leur politique ultra-libérale, et a fortiori libertarienne. 

La décision du fondateur d’Amazon, du Bolloré tout craché !

Encore faut-il remarquer que Bolloré a pris de l’avance sur Bezos !

Tous sont des interventionnistes permanents, en insistant fortement et quotidiennement pour rappeler qu’ils sont les seuls maîtres de la ligne éditoriale ; les journalistes sont tenus en laisse et priés de partir en cas de désaccord. Au nom du fric-roi !

L’internationale des milliardaires ne voit aucune contradiction entre ce qu’ils font dans ‘’leurs’’ rédactions et leurs déclarations publiques. Tout ce beau monde ne parle, curieusement, que de liberté d’expression. Comme Donald Trump (qui choisit les journalistes accrédités à la Maison Blanche), Musk et les autres !

Le groupe Bolloré, par l’intermédiaire de Pascal Praud (de CNews et Europe1) dans le Journal du dimanche (propriété de Bolloré), a dénoncé une « volonté politique, celle de faire taire les opinions discordantes » en faisant référence à la non reconduction de la fréquence de C8 par l’ARCOM. Voilà qui ne manque pas de culot !

La réthorique de Praud tient dans sa phrase fétiche (« On ne peut plus rien dire ») et ressemble étrangement aux discours du vice-président américain Vance.

Les extrêmes ne s’y sont pas trompés quand, par la voix de Jordan Bardella, ils suggèrent fortement que « la France doit prendre exemple sur les USA ».

Il n’y a pas de pire ennemi de la liberté d’expression que les milliardaires des médias, leurs chroniqueurs et leurs bras politiques, de droite et d’extrême droite.

Les jeunes qu’ils haïssent

La droite et l’extrême droite ont beaucoup de points de convergence (et certains comme Bolloré, Ciotti et Stérin s’évertuent à les rapprocher davantage chaque jour). Par exemple, ils haïssent les jeunes ; il s’agit d’un marqueur fort de leur idéologie. 

L’Humanité nous a rappelé qu’il y a 30 ans (le 21 février 1995) un jeune Comorien de 17 ans était assassiné par des colleurs d’affiches du FN. Jean-Marie Le Pen, étalant son racisme et sa xénophobie ordinaires, dénonçait la présence de 500 000 Comoriens à Marseille et faisait mine de s’offusquer : « Que font-ils là ? » Abject !

Ibrahim Ali a allongé la liste macabre des victimes du racisme, de l’idéologie identitaire, de la police, comme Malik Oussekine, Adama Traoré, Zyed Benna ou Bouna Traoré. En France même.

Aujourd’hui, les mots ont changé ; la haine des jeunes, elle, n’a rien perdu de sa virulence. C’est le premier ministre, François Bayrou qui parle de submersion et d’ensauvagement, des mots considérés comme plus policés que le « Que font-Ils là ? » de Le Pen.

Personne ne s’y trompe. La haine des jeunes, immigrés ou nés en France, n’a rien perdu de sa virulence. L’idéologie fasciste et fascisante est tenace. On en veut pour preuve la proposition de loi visant à « restaurer l’autorité de la justice à l’égard des mineurs délinquants et de leurs parents ». Il s’agit de marquer les esprits (on peut parler de nouvelle étape de la lepénisation des esprits et à renforcer le volet répressif de la législation).

Droite et extrême droite haïssent les jeunes, à l’exception des jeunes nazillons, comme ceux qui, par exemple, se sont livrés à une ratonnade dans les locaux d’une association de travailleurs immigrés turcs récemment à Paris. En criant à tue-tête : « Paris est nazi ! ».

Les mots changent mais les méthodes restent. Et gangrènent de nombreux esprits jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.

Seule la gauche parle de s’attaquer à la précarité sociale, à l’échec scolaire et à tous les méfaits du système pour lutter contre la délinquance, avant de renforcer l’arsenal répressif. La gauche ne hait point la jeunesse (et les vieux), à l’inverse de la droite.

C’est toute la différence.

Notre-Dame de Betharram

La Conférence des évêques de France vient enfin de réagir et de condamner les « faits graves » qui se sont produits à Notre-Dame de Betharram. Ouf !

L’Eglise ne savait pas ce qui se passait dans cet établissement scolaire ; François Bayrou non plus. Donc personne ne savait.

Les « faits graves » commis par l’abbé Pierre ? L’Eglise ne savait pas.

Les innombrables « faits graves » commis dans de nombreux diocèses qui ont fait l’objet d’investigations et révélé l’innommable ? L’Eglise ne savait pas. Car l’Eglise ne sait rien

N’est-ce pas plutôt que l’Eglise n’a pas voulu savoir et, pis encore, a étouffé toute velléité de révélation. Le communiqué qu’elle vient de publier (« Les pratiques éducatives maltraitantes et les violences et agressions sexuelles font honte à l’humanité. Elles abîment tout enseignement, et spécialement l’enseignement catholique, et doivent y être dénoncées avec force, tout comme celles et ceux qui en seraient victimes doivent être entendus, soutenus, protégés et accompagnés. ») sonne faux et vient trop tard.

Il semble que François Bayrou, lui aussi, savait beaucoup de choses. Il le nie, imitant la posture de la hiérarchie catholique, pour qui il ne fallait surtout pas toucher à son école jusqu’à ce que la situation devienne incontrôlable. Sans qu’on sache vraiment s’il n’y pas encore d’autres scandales à révéler.

François Bayrou, vieux roublard, est aujourd’hui premier ministre, après avoir été un jour ministre de l’éducation nationale et même professeur. S’il ne sait pas ce qui s’est passé à Notre-Dame de Betharram, il sait peut-être qu’il manque des professeurs de français dans près de 10 % des collèges et lycées de France ? Un scandale.

Ecole privée et école publique sont en état de crise, pour des raisons certes différentes, mais qui interpellent tous les parents d’élèves, interloqués et soucieux de l’avenir de leurs enfants.

Quand l’enseignement est à ce point de déliquescence, c’est que le pays est très malade. Et les faits graves de Betharram ne sont qu’un des symptômes d’une maladie grave.

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