La Chouette qui hioque

Auteur/autrice : Michel (Page 11 of 83)

Droits de réponse

Quand Rachida Dati parle, il est prudent d’être méfiant ; entendez par là qu’elle dit tout et son contraire et n’importe quoi. 

Mais elle fait preuve d’opiniâtreté en vilipendant le service public de l’audiovisuel et la culture avec une férocité inhabituelle de la part d’une ministre de la culture dont le budget se réduit chaque année.

Elle dit n’importe quoi, mais la voix du peuple sait parfois se faire entendre. Le plus beau droit de réponse est venu d’Avignon où un débat dans le cloître Saint-Louis réunissait Sophie Binet (CGT), Xavier Bertrand (Hauts de France) et Maria Carmella de France Festivals. Une petite voix s’est levée et a déclaré :

« Je n’ai pas l’habitude de prendre la parole. Je voulais juste faire un témoignage. Je suis ouvrière. Et je suis là. Pardon. Et mes congés, c’est le Festival d’Avignon. Parce que j’en rêvais. Et j’ai ma place ici. Je ne comprends pas tout. Je n’ai peut-être pas toutes les références, parce que je n’ai pas eu la famille qu’il faut. Mais peu importe. Moi, je suis humaine. Moi, j’ai besoin d’art dans ma vie. Pour donner du sens à ma vie comme n’importe qui. Et ça me parle. Et ça me fait rêver. Et ça fait chaud en moi. Et j’en ai besoin. Et je veux que ce soit public. Parce que j’écoute France Culture un peu. Et j’écoute France Inter. Moi aussi. Je n’écoutais pas avant. Ben non, j’écoutais la télé. Et j’ai entendu, j’ai écouté, j’ai tendu l’oreille, j’ai dit c’est sympa, c’est doux. Je me suis habituée. Mon oreille s’est habituée. On s’habitue à tout. À l’art, à la beauté, à la connaissance. Et je veux absolument que vous continuiez ce que vous faites. Pour moi, c’est super important. Vital même. Surtout en ce moment. »

Le droit de réponse à Rachida Dati est digne. Superbe. Spontané. La ministre ne réagira pas ; c’est sans doute mieux pour elle, car les quelques phrases de ‘’l’ouvrière d’Avignon’’ l’ont totalement discréditée.

Autre problème, autre droit de réponse.

Ils sont 316 députés à avoir voté la loi dite Duplomb qui autorise à nouveau l’utilisation des pesticides cancérigènes par les agriculteurs et promeut les méga-bassines. Comme à Avignon, une voix s’est élevée. Celle d’une jeune étudiante de 23 ans qui a lancé une pétition citoyenne sur la plateforme de l’Assemblée nationale.

Le résultat est époustouflant : elle a recueilli plus de 900 000 signatures à ce jour. Avec un enthousiasme tel que le Parlement pourrait être appelé à revoir sa copie.

Ce phénomène est inédit dans l’histoire de la Ve République. Preuve que les citoyens sont plus vigilants que les députés qui ont voté une loi que la pétition présente comme « une aberration scientifique, éthique et environnementale ».

Le droit de réponse de la jeune étudiante, Eléonore Pattery, est digne. Superbe. Spontané. Le sénateur Duplomb est, lui aussi, discrédité. La FNSEA aussi.

Dans ce monde troublé, il y a encore des raisons d’espérer.

Détruire méthodiquement l’Etat social

Le 4 octobre 2007, Denis Kessler, l’ex-numéro 2 du MEDEF, s’épanchait dans le magazine Challenges :

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Le 14 mars 2023, Thomas Piketty, l’économiste écrivait dans son blog :

« Aujourd’hui Macron ne cherche même plus à faire semblant et à jouer au modernisateur de l’Etat social : la réforme des retraites de 2023 vise simplement à lever de l’argent, sans aucun objectif d’universalité ou de simplification (…) En affaiblissant l’Etat social au lieu de l’étendre, le gouvernement affaiblit le pays et sa place dans le monde. » 

En juillet 2025, en plein cœur de l’été, François Bayrou annonce vouloir continuer, sinon parachever la casse du programme du CNR, pour le plus grand soulagement du patronat.

Retraites laminées, fonction publique, cinquième semaine de congés payés, jours fériés, tout y passe.

Dans les milieux conservateurs on a de la suite dans les idées et le détricotage des acquis sociaux ne les a jamais abandonnés. Ils cassent tout ce qui faisait du modèle social français un exemple convoité par les classes laborieuses dans le monde.

Pour cela ils manient habilement les mensonges relayés par les médias aux ordres, n’hésitant pas à marteler que les Français travaillent moins que les Allemands en s’appuyant sur des statistiques de l’OCDE manipulées pour les besoins de la cause.

Pour autant la messe n’est pas dite et le tandem Macron-Bayrou joue avec le feu.

Rêves, espoir et impatience

C’est l’été et avec lui un moment de répit pendant lequel il est permis de rêver. De rêver à un monde meilleur quand, autour de nous, tout semble s’effondrer de nos nobles idéaux. A l’égal partage des biens de la planète. L’accès au beau pour tous. A la fraternité partout.

Que demain sera moins pénible qu’aujourd’hui et que la pauvreté soit éradiquée. Que la liberté soit la chose la mieux partagée ici et ailleurs.

Bref, nous rêvons d’espoir. Impatiemment.

Le réveil est cruel.

Donald Trump est toujours là, plus méchant aujourd’hui qu’hier pour les gens de peu qui n’auraient pas eu la chance de naître dans le plus beau pays du monde (comme il le serine). Il intervient partout, soutient les plus dociles et fait la guerre à ceux qui ont le culot de résister. Il déclare la guerre économique à Lula et au peuple brésilien pour éviter à Bolsonaro de finir en prison. Il permet à Netanyahu de bombarder tous les pays arabes(et même les églises catholiques), de finir d’annexer Gaza et la Cisjordanie et d’entourer son pays hébreu de gouvernements asservis.

Poutine, lui, s’évertue à raser ce qu’il peut de l’Ukraine. Il sème la peur, la mort et la misère, des Ukrainiens et des Russes.

Et en France, en plein été, alors que le Parlement est parti en vacances, Bayrou, adoubé par Macron, prétend nous faire croire à un moment de vérité.

Vérité pour les riches et ultra-riches, mais pleurs pour les pauvres, de plus en plus nombreux, et qui ne croient pas à la vérité selon Bayrou.

Les députés et sénateurs sont peut-être partis rêver eux aussi. Mais ils ont semé la mort en votant une loi dite Duplomb qui permettra aux grands groupes de l’agro-alimentaire de nous empoisonner ; ils ont semé la misère en refusant la proposition de taxe dite Zacman sur le patrimoine des ultra-riches.

Les plans dits sociaux, bien mal nommés, se multiplient et Bayrou ne parle que de relance de l’économie sans y croire.

Il est permis de rêver, disais-je ? La contemplation du monde provoquera sans doute plus de cauchemars que de beaux rêves. Néanmoins, il est permis de rêver que la colère de l’automne renverra Bayrou à l’affaire Betharram et qu’un nouvel espoir se lèvera pour combler nos impatiences.

Le cocu magnifique

Ce fut à Bruxelles le 25 mai 2017, en marge d’un mini-sommet de l’OTAN, que les yeux du tout jeune président de la République (élu 11 jours plus tôt) se posèrent sur la silhouette épaisse de Donald Trump dans les locaux de l’ambassade des Etats-Unis.

La poignée de main, virile, très virile, entre les deux hommes avait meublé l’actualité. Les commentaires des médias vantaient le rapport de force établi par Emmanuel Macron avec sa pogne du freluquet contenant celle du massif Donald. Les borborygmes de l’Américain (« Vous avez mené une campagne incroyable et remporté une formidable victoire (…) Le monde entier en a parlé. ») avaient ému son homologue français, affichant un sourire niais de satisfaction et un visage rouge de plaisir.

Cette première entrevue pouvait laisser croire à une longue relation de passion et de respect réciproque entre deux vrais politiques, gouvernant avec fermeté. Macron avait tout lieu de penser qu’il avait établi un long compagnonnage avec son illustre alter ego. Ces deux-là, assurément, étaient voués à marquer l’histoire.

Aujourd’hui, le rapport de force entre les deux hommes a tourné à l’avantage du locataire de la Maison Blanche. Le freluquet a été remis à sa place d’occupant d’un fauteuil présidentiel d’un pays de seconde zone, endetté, contesté de partout et qui, ne lui en déplaise, n’est plus celui qui était vanté par le Trump de 2017. L’Américain ne manque pas une occasion de rappeler les déboires d’un petit Français qui s’agite beaucoup mais ne fait que brasser de l’air.

Le freluquet n’ose plus s’afficher avec son peu glorieux aîné, insupportable d’orgueil et méprisant avec délectation pour la démocratie. La méfiance est de rigueur ; la dévotion n’est plus de saison.

Qui osera prendre la plume de Fernand Crommelynck et la caméra d’Antonio Pietrangeli pour renouveler la farce du Cocu magnifique ?

La mort d’Ardisson

Thierry Ardisson, qui s’affirmait sans vergogne royaliste et fier de l’être, a eu l’idée saugrenue de mourir le jour de la célébration d’une Révolution qui a coupé la tête de Louis XVI.

Le président de la République, qui lui avait remis la Légion d’honneur à l’Elysée, a cru bon de rendre hommage à ‘’l’homme en noir’’, son surnom. Christine Angot s’était offusquée de cette remise de la breloque à Ardisson et elle avait bigrement raison de dénoncer la gifle. L’homme en noir ne mérite aucun hommage ; il ne mérite que mépris pour ses provocations cauteleuses, son addiction à la drogue, son narcissisme, ses dérapages, ses plagiats.

Il se dit que le couple Macron a déjeuné avec Ardisson. On ne sera donc pas étonné de lire dans le communiqué élyséen que l’ami du président « imposa pendant des décennies au paysage audiovisuel français une voix, une silhouette, un style, un esprit, teinté de curiosité et d’irrévérence. » Les qualificatifs sont osés. 

Il était le parfait client pour une télévision fascinée par le ‘’buzz’’, c’est-à-dire toutes les rumeurs censées faire du scandale et de l’audience. De nombreuses chaînes ont déroulé le tapis rouge au provocateur pour programmer une même émission déclinée selon l’humeur du moment : TF1, La Cinq, Antenne 2, Paris Première, Canal+, C8.

« Personnage d’une liberté totale, provocateur et érudit » comme le prétend Emmanuel Macron dans son communiqué ? Non, bouffon, bouffi d’orgueil. Que le président de la République fasse l’apologie d’un tel personnage est inquiétant alors qu’il soutient la réforme de l’audiovisuel public ; est-ce pour multiplier le type d’émissions dont Ardisson était le thuriféraire avachi par la drogue ?

Il y a de quoi s’indigner quand Rachida Dati, de son côté, rend un hommage appuyé à des émissions qualifiées de ‘’culte’’ et à un homme qui a ‘’façonné la télévision d’aujourd’hui’’. Macron-Dati, même combat pour un service public aux programmes populistes.

Tout ce qui est excessif est insignifiant. Talleyrand avait bien raison.

L’argent qui pue et tue

Comment qualifier le lobby de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles au lendemain de l’adoption de la loi dite Duplomb, visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur ?

Comment comprendre qu’il y a à l’Assemblée nationale 316 députés (tous de droite et d’extrême droite) pour revenir sur un plan dit Ecophyto, adopté en 2008, visant à réduire de moitié l’usage de pesticides cancérigènes ?

Comment approuver la revendication de la FNSEA, ‘’pas d’interdiction sans solution’’, quand médecins, scientifiques, agriculteurs (de plus en plus nombreux) et experts du Conseil scientifique du plan gouvernemental en faveur des pollinisateurs soutiennent que des solutions alternatives aux pesticides existent ?

Le monde agricole est dominé par une FNSEA entre les mains des grands groupes de l’agro-alimentaire, comme l’information est soumises aux injonctions des plateformes américaines et des ultra-riches, comme la culture est de plus en plus contrôlée par les oligopoles du divertissement, comme le président de la République et son gouvernement ont abandonné leur pouvoir aux multinationales et au monde la finance.

Ces régimes soumis au fric ne sont qu’une nouvelle phase du capitalisme outrancier et aux fonds d’investissement de plus en plus gourmands de dividendes.

L’écologie est considérée par tout ce beau monde comme une entrave à ses affaires ; il faut donc s’en défaire et revenir à un monde sans règle, au Far West de Donald Trump. Au mépris des citoyens et, ici, de leur santé.

L’égoïsme de ce triste monde est cruel. Chaque jour davantage porteur de pauvreté pour le plus grand nombre. Le malaise agricole n’est que l’un symptômes de ce mal de vivre secrété par les ultra-riches.

Rachida Dati interdite à Avignon

Le monde de la culture est en ébullition ; il fait dire qu’il est attaqué de toutes parts. Un responsable a pu parler d’un désastre et d’un vaste plan social à bas bruit. La riposte est à la hauteur des problèmes.

Les baisses ou suppressions des financements entraînent l’annulation de festivals, des faillites de compagnies, la prise de contrôle de festivals et de lieux culturels par des oligopoles se multiplient. Mais pas seulement : on assiste aussi à des déprogrammations de spectacles sous la pression de milieux intégristes, à des censures de livres ou de chansons par les mêmes obscurantistes, à l’image de Bolloré ou de Stérin.

Rachida Dati, la supposée ministre de la culture, est aux commandes d’un raz-de-marée anti-culturel, qui reprend les vieilles antiennes populistes contre les ‘’cultureux’’ soupçonnés d’être de vilains égoïstes élitistes, nantis et corporatistes.

Le rendez-vous annuel du Festival d’Avignon est particulièrement sensible à ces atteintes à la culture. Les salariés du ‘’in’’ et du ‘’off’’ se sont ralliés à un mot d’ordre de la Fédération CGT du spectacle qui refuse la venue de Rachida Dati sur leurs lieux de travail dans les conditions actuelles. Ils ont lancé une pétition qui ne cesse de recueillir des signatures.

C’est la première fois dans l’histoire du Festival qu’une ministre se voit interdire sa venue à Avignon ; les phrases de la pétition sont particulièrement dures :

« Nous refusons d’accueillir une ministre qui, déclaration après déclaration, ne fait qu’illustrer le profond mépris qu’elle a pour nos professions, pour le spectacle vivant et plus particulièrement son secteur public.

Nous refusons d’accueillir une ministre qui sera jugée pour corruption, alors qu’un très grand nombre d’entre nous connaissent des fins de mois difficiles.

Nous refusons d’accueillir une ministre qui a fait du mensonge sa marque de fabrique, alors que nous sommes toutes et tous plongé·es dans une profonde inquiétude quant à notre avenir professionnel en raison des coupes budgétaires massives qui frappent le secteur.

Pour toutes ces raisons, Rachida Dati doit démissionner. Pour toutes ces raisons, nous refusons d’accueillir la ministre. »

Rachida Dati entend laisser son empreinte rue de Valois. Le monde de la culture l’a fait pour elle.

12 juillet

Grandes manœuvres

Quand le service public ne reçoit pas de l’Etat les moyens suffisants pour répondre à ses missions, que fait-il ? Il lorgne du côté du privé, toujours prêt à voler à son secours pour s’emparer, à vil prix, d’une part (évolutive, bien sûr) de son champ d’activité.

C’est ce que vient de faire France Télévisions en signant un accord léonin avec Amazon : l’ensemble des contenus de la société nationale seront disponibles sur Prime vidéo pour la somme ridicule de 2 millions d’euros par an.

Il n’échappe à personne que l’accord est signé au moment où Rachida Dati prétend vouloir fusionner l’audiovisuel public pour concurrencer les plateformes américaines. Autrement dit, cherchez l’erreur.

On comprend pourquoi la ministre est muette et ne commente pas l’accord France Télévisions – Amazon.

La patronne du service public de télévision essaie de justifier sa démarche en avançant que TF1 s’est associé à Netflix. Fâcheux oubli, TF1 est une chaîne privée et ses actionnaires sont très éloignés des missions de service public en diffusant de plus en plus de programmes de divertissement rassemblant le plus grand nombre de téléspectateurs pour capter la publicité.

Les dirigeants d’Amazon France sont ravis de cet accord ; son directeur général avoue sans ambages :« Nous sommes constamment à la recherche de nouveaux moyens d’élargir l’offre de contenus de qualité proposée à nos clients et de confirmer Prime Video comme la destination numéro 1 du divertissement. » Iront-ils jusqu’à influencer les contenus des programmes des chaînes de service public ? A terme, on peut le craindre.

Si Rachida Dati a perdu ses réparties agressives, n’est-ce pas parce qu’elle voit dans l’accord les prémisses d’une privatisation de France Télévisions ?

Les grandes manœuvres pour casser définitivement le service public de l’audiovisuel sont engagées.

Aux armes, citoyens.

La boussole d’Amélie

Amélie de Montchalin est ministre chargée des comptes publics. Elle est insupportable de suffisance et d’optimisme. Elle parle sur un ton docte et assuré, appris sur les bancs de la Harvard Business School.

La dette de la France est dans le rouge, les services publics sont à l’agonie ; mais tout va bien : faites confiance au gouvernement. C’est en substance ce qu’elle a dit au cours de la matinale de TF1 :

« Je sens un grand climat de psychose dans le pays qui arrive parce que, d’un seul coup, il y aurait des annonces budgétaires. Je veux rassurer les Français. On a une boussole. » Sa déclaration est osée ; surtout, elle ne coûte rien à l’Etat dont la gouvernance vagabonde se résume pour l’instant à ne pas toucher aux grandes fortunes, mais à faire les poches des pauvres.

Je voudrais rappeler à la ministre des comptes publics ce qu’écrivait un jour d’octobre 1972 dans le dernier numéro des Lettres françaises, le grand poète Louis Aragon :

« Je ne connais rien de plus cruel en ce bas monde, que les optimistes de décision. Ce sont des êtres d’une méchanceté tapageuse, et dont on jurerait qu’ils se sont donné pour mission d’imposer le règne aveugle de la sottise. »

Sottise en effet que la déclaration d’Amélie de Montchalin. Elle cultive le contentement de soi qui nous assourdit ; n’a-t-elle pas lu le rapport de la commission sénatoriale sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises et à leurs sous-traitants ? C’est à croire et c’est affligeant.

Mme de Montchalin a tracé quelques pistes d’économies, comme une augmentation de la TVA ou de la CSG, puis les retraites, puis les dons aux associations. Elle a pioché dans la bible de l’ultralibéralisme.

Les deux sénateurs de la commission d’enquête, eux, ont fait 26 propositions pour faire des économies sur les aides aux grandes entreprises, chiffrées selon eux à 211 milliards en 2023, soit 5 fois les économies recherchées de 40 milliards.

La boussole de l’exaspérante Amélie n’indique pas cette direction. Elle serait la seule qui pourrait rendre les Français un peu plus optimistes. Au lieu de cela, Amélie claironne stupidement, méprisant les citoyens, qui finiront bien par trouver plus de force pour lui reprendre sa boussole.

Dieu à toutes les sauces

Qui est jugé responsable des dégâts après des pluies torrentielles, provoquant des crues meurtrières en Californie ? Evidemment l’administration démocrate, selon Donald Trump.

Qui est jugé responsable de la centaine de morts après les inondations catastrophiques au Texas ? Evidemment, ce n’est pas l’administration républicaine ; mais, il faut se pincer pour y croire, le responsable, c’est Dieu.

C’est la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, qui l’affirme, toute honte bue : « Tenir le président Trump pour responsable de ces inondations est un mensonge odieux. C’était un acte de Dieu ; ce n’est pas la faute de l’administration si la crue est survenue à ce moment-là. »

En lisant ces quelques lignes, on peut, à juste titre, se demander si les occupants de la Maison Blanche ont toutes leurs facultés mentales.

Que vient faire Dieu dans des événements aussi graves quand il est avéré qu’ils ne sont que les conséquences des réductions de crédits, de personnels et de moyens matériels dans les services fédéraux de prévisions météorologiques.

Des élus texans (républicains, est-il besoin de le préciser) ont accusé les prévisionnistes. Dieu, s’il existe, doit fulminer devant tant de bêtises de la part de politiciens qu’il est censé avoir fait à son image.

Qu’en pensent les familles de 28 enfants en vacances dans un centre de vacances chrétien et emportés par les torrents de boues ? Pas sûr qu’elles soient aussi miséricordieuses que Dieu.

Scandale étouffé

Le Sénat vient de terminer une enquête sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises à l’initiative du groupe communiste. Pas n’importe lesquelles, celles de plus de 1000 salariés et de 450 millions de chiffre d’affaires.

Le président de la commission, Olivier Rietmann (LR) et le rapporteur, Fabien Gay (PCF), ont clos leur enquête et les conclusions ont commencé à filtrer. Les grands médias l’ont ignoré. Hasard d’une actualité trop chargée ? Ou volonté délibérée de cacher un scandale de plus ? 

Malgré l’obscurité qui entoure le système, les deux sénateurs au fil de 70 auditions et de 6 mois de travaux ont découvert le nombre vertigineux de2200 dispositifs d’aides aux grandes entreprises : aides directes, subventions, allégements fiscaux (crédit d’impôt mécénat ou crédit d’impôt recherche, par exemple), allégements de cotisations sociales, avances remboursables. On s’y perd. 

Les deux sénateurs sont allés de surprise en surprise. Le coût de ces aides ? Aucun organisme gouvernemental n’a pu le chiffrer exactement ; de l’INSEE qui l’estime à 70 milliards en 2023 à l’Inspection générale des finances (IGF) à 88 milliards, quand d’autres sources explorées évoquent des sommes pouvant aller jusqu’à 250 milliards. Sans pouvoir le certifier. Un comble.

L’évaluation de leur efficacité ? Personne ne peut la justifier. Les contrôles ? Très aléatoires. Le Monde a pu rapporter les paroles de Fabien Gay : « Le Sénat aimerait simplement disposer de chiffres et d’évaluations concrètes et, à partir de là, pouvoir faire des choix politiques, y compris s’opposer entre nous, pour savoir ce qu’il faut faire. Les aides directes et indirectes aux entreprises constituent le premier budget de l’Etat, et, lorsqu’on demande à toutes les administrations : “existe-t-il des tableaux de bord ?” Non. Est-ce qu’on est en capacité de recenser entreprise par entreprise ? Impossible. Evaluer le CIR ? C’est très compliqué… Aucune administration n’est en mesure de nous apporter des réponses précises et chiffrées. Quant aux évaluations (…) tout le monde nous répond que nous ne disposons pas des outils pour les réaliser. Comment prendre les bonnes décisions politiques dans ces conditions ? »

Le si brillant économiste qui n’avait pas vu le montant de la dette, Bruno Le Maire, a peut-être une idée sur la question. Dommage, il s’est exilé en Suisse.

L’économiste Maxime Combes, auteur de ‘’Un pognon de dingue mais pour qui ? L’argent magique de la pandémie’’, cité également par le Monde, avoue pour sa part : « Personne n’a de vision globale de ce qu’il se passe, on ne sait pas précisément où l’on en est, aide par aide, et personne ne s’y intéresse vraiment ; il paraît inconcevable d’en être encore là en 2025. Si le même constat était fait sur les aides sociales, cela ferait scandale depuis des années. » On peut le croire.

Mais, si tel était le cas, c’est que nous serions dans une démocratie, dans laquelle l’argent de l’Etat serait géré par le peuple et pour le peuple.

Au lecteur de conclure…

Trump, l’anti-démocrate

Donald Trump est surprenant ; le bureau Ovale de la Maison Blanche est toujours vide de dossiers. Pas une feuille, pas un cahier. Rien. Juste un portefeuille et un coffret d’épais feutres noirs quand le président s’apprête à apposer son imposante signature sur un décret ou la promulgation d’une loi, en direct devant les caméras de la Maison Blanche.

Donald Trump est déconcertant ; ses discours sont brefs, en général, et réduits à quelques mots, preuve d’un vocabulaire pauvre et étroit, faisant plus appel à des épithètes et des adjectifs qu’à de belles phrases bien construites.

Donald Trump est ahurissant ; le président de la République des Etats-Unis s’adresse à la population par son réseau social personnel. Comme sur X de son nouvel adversaire, Elon Musk, en une ou deux phrases. Il ne fait nul effort pour convaincre les citoyens, imbu de son autorité et drapé dans son orgueil.

Le plus bel exemple de l’expression politique de cet énergumène, la promulgation de la loi budgétaire qu’il a aussitôt qualifiée, triomphalement, de ‘’One Big Beautiful Bill’’ (OBBB) et qu’il a promulguée le jour de la fête nationale.

Donald Trump est (très) limité intellectuellement et n’est que le prête-nom d’un entourage qui a puisé ses idées dans le ‘’Project 2025’’, un programme de 922 pages élaboré par la puissante ‘’Heritage Foundation’’, un think tank réactionnaire et libertarien. Mais le président apparaît de plus en plus clairement comme le Guignol manipulé par les quelques cerveaux pervers de son entourage, au profit des ultra-riches, qui ont contribué, fort cher, à son élection.

Trump ? C’est « le roi dit nous voulons » à la sauce américaine. Trump ? Il devrait se méfier ; en France, les citoyens ont coupé la tête à celui qui répétait trop souvent « le roi a dit nous voulons ».

Le peuple américain n’est pas peuplé que de caractériels comme Trump. Ses chercheurs, ses écrivains, ses combattants de la paix ont été couronnés par 394 Prix Nobel. Ses universités sont parmi les plus prestigieuses qui attirent les étudiants ou chercheurs du monde entier. Le comportement de ce peuple cosmopolite interpelle : comment a-t-il pu élire un homme aussi vil et dangereux, veule et antidémocrate à la présidence ?

La démocratie est bien malade.

Les révélations de Haaretz

Peut-on encore parler du café Al-Baqa comme d’un lieu branché de Gaza ? C’est là que les milieux intellectuels palestiniens se retrouvaient pour échanger dans un territoire apocalyptique, sous les bombardements israéliens. Mais le café Al-Baqa était aussi le lieu, l’un des derniers, où les liaisons internet étaient encore possibles, où se retrouvaient les journalistes gazaouis pour transmettre témoignages et photos du quotidien d’une population qui n’en peut plus des exactions de Tsahal.

C’en était trop pour Netanyahu.

Israël qui nie et veut cacher son génocide aux yeux du monde, a bombardé le café Al-Baqa le 30 juin, faisant sans doute plus de 24 morts et de nombreux blessés. Parmi eux, évidemment, des journalistes. Des enfants aussi. Cet acte odieux, c’est une évidence, visait le dernier refuge des journalistes.

Pour Netanyahu, ce bombardement n’est qu’un incident, un de plus, qui visait des combattants du Hamas. Quelle indécence.

Hélas pour le boucher de Tel-Aviv, les révélations du quotidien Haaretz du 27 juin, trois jours plus tôt, viennent le contredire. Les journalistes ont recueilli de nombreux témoignages de soldats et officiers prouvant que Tsahal tire et tue délibérément des Gazaouis affamés qui se précipitent vers les centres de distribution alimentaire.

Haaretz a repris les bilans établis par le ministère de la santé du Hamas, mais attestés par l’ONU ; les chiffres sont effarants : 19 ‘’incidents’’ provoqués par des tirs israéliens en moins d’un mois ont causé la mort de 549 Palestiniens et plus de 4000 blessés.

Ce ne sont plus des incidents, mais un massacre.

Netanyahu rejette évidemment les accusations. Mais les témoignages des militaires sont accablants ; l’un d’eux affirme : « Là où j’étais posté, entre une et cinq personnes étaient tuées chaque jour. Elles sont traitées comme des forces hostiles : pas de mesures de contrôle des foules, pas de gaz lacrymogènes ; juste des tirs à balles réelles avec tout ce qu’il est possible d’imaginer, mitrailleuses lourdes, lance-grenades, mortiers. Puis, une fois le centre ouvert, les tirs cessent et [les Gazaouis] savent qu’ils peuvent approcher. Notre moyen de communication, c’est la fusillade. » 

L’enquête de Haaretz a provoqué beaucoup d’émotions en Israël, où la politique de Netanyahu est de plus en plus critiquée, notamment celle qui consiste à fermer les yeux sur un usage disproportionné de la force.

L’opinion mondiale aussi est bouleversée, mais pas Macron qui continue à pérorer et à ne rien faire pour mettre un terme à cette guerre horrible.

A Gaza, le cauchemar de la population s’éternise dans l’indifférence des dirigeants mondiaux. Les journalistes de Haaretz ont pourtant témoigné.

Des records et des rêves

La France vole de record en record ; faut-il pour autant s’en réjouir ?

Selon la banque suisse UBS et le magazine Forbes, on y compte 46 ou 53 milliardaires, soit un peu moins que dans d’autres pays ; mais ces ultra-riches côtoient les sommets puisque la fortune de Bernard Arnault est équivalente à celle de Jeff Bezos ou d’Elon Musk, les hommes les plus riches du monde.

Si les ultra-riches français sont à la tête de fortunes insolentes et vertigineuses, le pays, lui, s’appauvrit dangereusement, inexorablement. La dette enfle et atteint le montant astronomique de 3 345,8 milliards d’euros à la fin du premier trimestre. Les magasins, les usines ferment, les agriculteurs et les artisans font faillite.

Alors, pourquoi ne pas aller faire les poches de ces ultra-riches si riches pour combler le trou ? C’est facile, une simple loi suffit. Les ultra-riches ne seraient même pas contraints pour autant d’aller se ravitailler aux Restos du cœur ou du Secours populaire comme tant de pauvres, de plus en plus pauvres.

Le raisonnement paraît simpliste (et il l’est), mais il aurait le mérite de l’efficacité et de la justice. L’étalage de leurs richesses par les milliardaires (comme le mariage inconvenant de Jeff Bezos à Venise) a quelque chose de choquant. Sauf pour Macron (qui aime bien recevoir Bezos ou Arnault à l’Elysée) et son gouvernement qui veille à préserver l’ordre établi. Celui qui préserve leurs richesses et leur permet tous les exils fiscaux.

Les ultra-riches ont décidé de contrôler minutieusement les médias pour en faire le reflet de leur hégémonie et préserver leur pré carré, mais aussi d’asséner qu’il n’y a pas d’autres solutions que le régime qui préserve les riches et affaiblit les pauvres.

Rachida Dati a cru être missionnée par un monde dont elle n’est pas issue pour renforcer les médias des ultra-riches en portant un mauvais coup au service public de l’audiovisuel (avant sa privatisation). Piètre manœuvre de la grenouille qui veut paraître aussi riche que le bœuf ; elle s’est pris une grande claque à l’Assemblée nationale où des députés de droite avaient quelques comptes à régler avec elle.

On s’en félicite et on se prend à rêver : si, dans un sursaut démocratique (et moral), quelques députés en arrivaient à voter une loi prenant l’argent là où il est.

Notre réveil n’en serait que plus beau et doux. Et le monde serait plus moral.

Saints transgenres et chrétiens ?

Aux Etats-Unis, un décret de Donald Trump a été intitulé : « Eradiquer les préjugés anti-chrétiens », dans lequel il est dit que les politiques de Biden en faveur de l’affirmation du genre étaient anti-chrétiennes.

La ‘’fake news’’, comme on dit outre-Atlantique, n’a pas échappé à Sarah Barringer, une chercheuse en histoire et littérature médiévales de l’université de l’Iowa, qui, dit-elle, « a trouvé des preuves d’une longue histoire dans le christianisme de ce que l’on pourrait aujourd’hui appeler des saints ‘’transgenres’’ ». 

Dans un article relayé par The Conversation, Sarah Barringer écrit : « Parmi les 34 saints originaux, au moins trois ont acquis une grande popularité dans l’Europe médiévale : sainte Eugénie, sainte Euphrosyne et saint Marinos. Tous trois sont nés femmes, mais se sont coupé les cheveux et ont revêtu des vêtements masculins pour vivre comme des hommes et entrer dans des monastères. »

Elle affirme même que « le christianisme honorait la sainteté de ces saints transgenres ». Puis, citant d’autres chercheurs, elle relève que « la transidentité n’est pas seulement compatible avec la sainteté ; la transidentité elle-même est sacrée ».

Donald Trump va avaler en même temps son hostie et sa balle de golf.

En conclusion, elle assène un véritable camouflet aux réactionnaires obscurantistes qui, de Trump à Orban, en passant par Bruno Retailleau et, derrière lui, tous les prétendus catholiques intégristes de la Marche pour tous, sont entrés en guerre contre l’égalité des droits des communautés lesbienne, gai, bi, trans, intersexe, asexuel et queer : « Sur la base de ces récits, je soutiens que le christianisme a une histoire transgenre dont il peut s’inspirer et de nombreuses occasions d’accepter la transidentité comme une partie essentielle de ses valeurs. »

Amen.

Droit dans les yeux

Le 4 juin dernier, à la fin de l’émission La Grande Librairie, Augustin Trapenard avait convié Annie Ernaux à lire un texte dans lequel les autrices ou les auteurs s’expriment très librement ; intitulée Droit dans les yeux, elle a déjà été l’occasion d’entendre des mots forts sur la situation des Palestiniens à Gaza, comme ce fut le cas avec Mona Chollet.

Annie Ernaux, prix Nobel, s’est donc adressée ‘’Droit dans les yeux’’ aux téléspectateurs et, comme avec Mona Chollet, ce fut un moment de grande émotion. C’est la raison pour laquelle il m’a semblé opportun de publier un texte qui doit nous aider à réfléchir sur notre attitude personnelle, mais aussi collective. 

« Depuis des mois, un sentiment n’a cessé de grandir en moi en voyant chaque jour les images tournées à Gaza par des reporters au péril de leur vie. Écoles, immeubles et hôpitaux éventrés. Enfants morts ou mutilés. Toute une population fuyant en vain les bombes. Sentiment de quelque chose à faire que je ne fais pas et qui rend dérisoire et même lâche l’acte d’écrire. J’écrivais comme si je n’avais pas vu ces images effroyables. Pas lu que l’obsession des habitants de Gaza c’est de ne pas mourir éparpillés en morceaux. Parce que pour eux la réalité est maintenant la mort et non plus la vie.

Je n’étais pas seule avec ce sentiment. La semaine dernière nous sommes des centaines d’écrivains de langue française à avoir uni nos voix pour faire quelque chose, dénoncer le génocide qui se déroule à Gaza en direct et dont toutes les preuves sont sous nos yeux : blocus de la nourriture pour affamer les gens, déplacement des familles comme des bêtes en transhumance, massacre d’une population dont le seul tort est d’être né là. C’est l’anéantissement de la civilisation palestinienne qui est en cours par la destruction de ses monuments, ses traces ancestrales, par l’exil ou la mort de ses écrivains, de ses artistes, de ses cinéastes. À la place, une riviera et des touristes. Le silence est en train de se briser. Refusant d’être intimidée par les accusations les plus abjectes, la voix qui s’élève, je la souhaite puissante et déterminée pour exiger le cessez-le-feu définitif, le retour des otages israéliens et la libération des milliers de prisonniers palestiniens en Cisjordanie en pesant sur le Gouvernement français et les instances internationales. Cela suppose que cesse la répression des mouvements de solidarité avec la Palestine. Cela suppose que soit nommé et interrogé l’imaginaire raciste à l’égard des arabes qui est au cœur de l’acceptation du martyr de Gaza. Il en va de notre humanité comme l’écrit ces jours-ci la jeune écrivaine gazaouie Nour Elassy : Si les droits humains, la morale ont un sens, Gaza est l’endroit où ces valeurs doivent subsister ou mourir, car si le monde peut nous regarder disparaître sans rien faire, rien de ce qu’il prétend défendre n’est réel. »

Séisme à New York

Il est jeune, il a 33 ans ; il n’est pas né à New York, mais en Ouganda (il est naturalisé depuis 2018) et il est musulman. Il est inconnu en France et je parle de lui parce qu’il a remporté la primaire démocrate pour la mairie de la cité-Etat en s’imposant à Andrew Cuomo, élu et réélu depuis 2010 au poste de gouverneur.

Zohran Mamdani, c’est son nom, vient de remporter la primaire démocrate pour la mairie de New York. Un véritable séisme car il a balayé tous les handicaps (noir, né en Afrique, musulman) ; il a été également soutenu par les figures de proue du socialisme américain, Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez.

Aussitôt les résultats connus, Zohran Mamdani a prononcé un très beau discours, duquel j’ai extrait quelques phrases symboliques :

« Une vie digne ne devrait pas être réservée à quelques privilégiés (…) Si cette campagne a démontré quelque chose au monde, c’est que nos rêves peuvent devenir réalité. Le rêve exige de l’espoir. Et quand je pense à l’espoir, je pense à la coalition sans précédent de New-Yorkais que nous avons construite. Car ce n’est pas ma victoire. C’est la nôtre (…) En ces temps sombres, je sais qu’il est plus difficile que jamais de garder la foi en notre démocratie. Elle a été attaquée par les milliardaires et leurs grosses dépenses, par des élus qui se soucient plus de l’enrichissement personnel que de la confiance du public, et par des dirigeants autoritaires qui gouvernent par la peur. Mais par-dessus tout, notre démocratie a été attaquée de l’intérieur. Pendant trop longtemps, les New-Yorkais se sont efforcés de trouver un leader qui nous représente, qui nous fasse passer en premier. Et nous avons été trahis, encore et encore. Après tant de déceptions, le cœur s’endurcit, la croyance devient insaisissable. Et lorsque nous ne croyons plus en notre démocratie, il devient plus facile pour des gens comme Donald Trump de nous convaincre de sa valeur. Pour que les milliardaires nous convainquent qu’ils doivent toujours diriger. »

Le résultat de cette primaire était très attendu après les compromissions du maire sortant, Eric Adams. Celui-ci, démocrate lui aussi et noir, était accusé de corruption ;  il s’était rapproché de Donald Trump, qui avait réussi à obtenir l’abandon des poursuites en multipliant les pressions sur le juge. La honte.

Zohran Mamdani a rétabli l’honneur du parti démocrate et s’est imposé à l’issue d’une campagne offensive.

Après ce séisme, on attendra avec espoir pour les New-Yorkais l’élection du mois de novembre prochain. Avec l’espoir aussi que l’exemple de la cité américaine ruisselle en France en 2026.

Cirage de pompes

Quelques médias américains ont repris les termes d’un rapport confidentiel du renseignement révélant que les bombardements n’auraient pas totalement détruit les installations nucléaires iraniennes. Donald Trump a vu rouge : « “Fake news” CNN ainsi que le New York Times en faillite se sont associés pour tenter de dénigrer l’une des frappes militaires les plus réussies de l’histoire. Les sites nucléaires iraniens sont complètement détruits ! » Le style de Trump est inimitable avec son usage des superlatifs.

Les invectives n’émeuvent plus les journalistes américains sérieux et ils ne cessent pas de dénoncer les mensonges de Trump. Tout n’est pas perdu.

S’il doit compter désormais avec des opposants, Donald Trump a des adorateurs inconditionnels, y compris en Europe. Mark Rutte, Néerlandais, ex-premier ministre de son pays, ex-directeur en chef des relations humaines de la multinationale Unilever, et, aujourd’hui, secrétaire général de l’OTAN, lui a envoyé un message époustouflant :

« Monsieur le Président, cher Donald, Félicitations et merci pour votre action décisive en Iran. C’était vraiment extraordinaire, et quelque chose que personne d’autre n’osait faire. Cela nous rend tous plus en sécurité. Vous vous dirigez vers un autre grand succès à La Haye ce soir. Ce n’était pas facile, mais nous les avons tous convaincus d’adhérer à l’objectif de 5 % ! Donald, vous nous avez conduits à un moment crucial pour l’Amérique, l’Europe et le monde. Vous accomplirez ce qu’aucun président américain n’a pu accomplir depuis des décennies. L’Europe va payer GROS, comme elle le devait, et ce sera votre victoire. Bon voyage et rendez-vous à l’hôtel pour le dîner avec Sa Majesté ! – Mark Rutte »

Compte tenu du mépris permanent proclamé par Trump aux pays européens, on aurait pu croire à un message au second degré. Eh bien non ! Qu’on se le dise, Rutte vénère Trump et il le fait savoir haut et fort.

Même Macron n’a pas osé aller aussi loin dans le ‘’cirage de pompes’’.

Les victimes des bombardements, elles, apprécieront la situation !

Dati, la gribouille

La violence des attaques contre le service public de l’audiovisuel inquiète ses salariés ; elle devrait inquiéter plus encore ceux qui rêvent d’une démocratie épanouie.

C’est Rachida Dati, la ministre de la culture, qui est chargée des basses œuvres ; dans son rôle, la ministre inculte est pathétique, brutale, mais ses mensonges sont si énormes qu’elle perd son peu de crédibilité. Ses colères en direct à la télévision sont tragiques.

Rachida Dati n’est qu’une pitoyable exécutante d’un gouvernement aux abois, qui voit la consommation et l’inflation ralentir. Les deux éléments combinés sont une mauvaise nouvelle pour les finances publiques. Si la consommation et l’inflation ralentissent, ce sont autant de recettes en moins (la TVA rapporte moins et les intérêts de la dette augmentent) et le déficit des finances publiques enfle. 

Les ministres en charge du dossier n’ont pas pris le temps d’expliquer à Rachida Dati que les coupes dans les budgets sont devenues vitales puisqu’ils se refusent à taxer les plus riches. Alors Rachida Dati étale les arguments les moins justifiés pour couper drastiquement dans les crédits accordés à France Télévisions, Radio France, l’INA, mais aussi la culture. Embourbée dans ses mensonges, elle menace à défaut de pouvoir convaincre. Le spectacle est pitoyable

En outre, elle se permet de mener, aussi, une guerre personnelle et idéologique contre les journalistes et le service public ; jouant les vertus outragées elle dénonce ceux qui ont osé révéler ses turpitudes avec la justice ou simplement lui poser des questions sur des affaires de conflits d’intérêts. Le journaliste fait son travail d’informateur en direction de citoyens qui sont en droit de savoir dans une démocratie.

Décidément, il est temps pour le peuple de reprendre ses affaires en main et de renvoyer ces gribouilles idéologues du libéralisme.

Tempête dans les bénitiers

La tempête souffle dans les bénitiers ; le vent mauvais est attisé par toute la fachosphère. Elle éructe, elle s’égosille, elle tonne, elle vocifère, elle excommunie, elle insulte, bref, elle retrouve ses bons vieux réflexes salaces quand on touche à ‘’ses’’ dogmes.

Le motif de son immense émoi ? Une lesbienne, maman d’un petit garçon, ex-professeur d’histoire-géographie, élue socialiste de Paris et favorable à l’avortement a été élue présidente du mouvement Scouts et guides de France.

Peut-on imaginer les petits enfants du XVIe arrondissement entre les mains d’une homosexuelle, qui plus est socialiste. 

La tempête a gagné la calotte des prêtres. Les cierges sont allumés. Prions, prions, prions mille fois pour chasser les traîtres à la Tradition de Pie X.

L’élue, Marine Rosset, c’est le diable. Pourtant, son élection est sans contestation : elle recueilli 22 voix sur 24 votants. Ces 22 là, sans doute, ont mérité le bûcher ; mais, en attendant, ces 22 courageux viennent de démontrer qu’il y a encore des croyants intelligents. Bref, que tout n’est pas encore entre les mains de la fachosphère, celle de Pierre-Edouard Stérin et de Vincent Bolloré.

La fachosphère des Stérin et Bolloré, dont les ancêtres avaient rejoint Pétain et l’Algérie française, serait mieux inspirée en s’émouvant de la recrudescence de dévoilements d’agressions sexuelles dans les écoles cathos. Mais là, chut, on fait silence ; on vitupère contre ceux qui ont osé parler, ces blasphémateurs qui portent atteinte à la ‘’Sainte-Eglise’’.

Que va-t-il advenir maintenant ? Les fachos iront-ils jusqu’à retirer leurs enfants des Scouts et guides de France, jugés trop progressistes, pour rejoindre un mouvement intégriste ?

L’accalmie dans les bénitiers n’est pas pour demain. On mesure à la lumière de cet épisode combien l’Eglise catholique est tiraillée entre le progrès et l’intégrisme. 

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