La Chouette qui hioque

Auteur/autrice : Michel (Page 12 of 83)

Pourriture

Que la France soit en crise, personne ne se hasardera à le nier. Quoi que le président de la République fasse pour détourner les regards par une activité vibrionnante hors de l’Hexagone, ses discours ne convainquent plus, ni le citoyen, ni même son gouvernement. La dette augmente, l’activité régresse, les licenciements prononcés ou annoncés se multiplient. Le climat est anxiogène (et chaud).

Bruno Retailleau tente bien d’éviter le désastre en rappelant les valeurs prétendument traditionnelles de la France en mettant en avant en toutes occasions ses flics chassant l’immigré. Sans beaucoup de succès. La vieille France coloniale n’attire plus les foules, comme la vieille Eglise catholique.

Nicolas Sarkozy a dû rendre sa Légion d’honneur ; il en est encore confit. Et voilà que sa petite protégée, Rachida Dati, multi-poursuivie elle aussi, s’emporte sur une chaîne de télévision où un journaliste a osé la questionner sur ses démêlés avec la justice. Elle a même osé la menace. Celle qui a été garde des Sceaux et qui s’enlise au ministère de la culture dans le dossier de fusion de l’audiovisuel public se montre d’une telle cruauté et d’une telle intolérance qu’elle doit être congédiée au plus vite.

Le service public aussi perd ses nerfs ; Anne-Sophie Lapix a appris sa mise à l’écart du journal de 20h sur France 2 en lisant Le Parisien. Comme un vulgaire salarié. La patronne, Delphine Ernotte, avait tellement d’occupations entre sa reconduction pour trois ans et la recherche de celle qui succédera à Anne-Sophie Lapix, qu’elle avait oublié de prévenir l’intéressée. Jetée, humiliée.

Notre société a fait de la violence un système de relations, mais on ne m’empêchera pas de penser qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark. Pardon dans la République française.

Pour le peuple

La littérature réserve de sublimes rencontres provoquant parfois des fulgurances. José Saramago, le prix Nobel portugais, m’a fait découvrir un auteur, portugais lui aussi, qui m’a aussitôt marqué profondément ; son nom : José-Maria Eça de Queiroz. Je lui ai déjà emprunté des citations dans ce blog.

La situation actuelle m’a renvoyé une nouvelle fois à lui ; dans Les Maia (1888), il écrit donc : « La politique ? Cela était devenu moralement et physiquement répugnant, depuis que les affaires avaient attaqué le constitutionnalisme comme une sorte de phylloxéra ! Les politiciens ne sont plus aujourd’hui que des pantins qui font des gestes et prennent des attitudes parce que par-derrière deux ou trois financiers tirent les ficelles. »

C’est le récent vote du Sénat, retoquant la ‘’taxe Zucman’’, visant à imposer le patrimoine des ultra-riches (c’est-à-dire 1800 foyers seulement) à hauteur de 2 % qui m’a ramené vers Eça de Queiroz. Les sénateurs ont vu rouge, se sont égosillés en dénonçant un impôt confiscatoire (sic), un motif d’exil fiscal et, surtout, son caractère inconstitutionnel. La belle affaire.

Le vote des sénateurs (de droite) a soulevé bien des indignations, dont celles d’économistes, sérieux et très compétents en matière de patrimoine et de justice fiscale. Le gouvernement, lui aussi très à droite, a salué le vote de la Chambre haute.

Ceux que Eça de Queiroz a qualifié à la fin du XIXe siècle de pantins ont ressorti les vieilles lunes, la TVA sociale et les retraites par capitalisation, c’est-à-dire ces mesures antisociales préconisées par ‘’les deux ou trois financiers qui tirent les ficelles’’.

Si Eça de Queiroz était encore parmi nous, observateur de ce monde qui nous gouverne, il aurait encore des mots très durs à son encontre. Le peuple est maltraité, invité à s’endormir devant les écrans (numériques ou pas) déversant l’intolérance irrationnelle, la violence en tant que système de relations et le mensonge comme auxiliaire de la gouvernance.

Quels citoyens sommes-nous devenus pour accepter de voter pour de tels pantins, en leur confiant les clés de tout l’espace social qu’ils défigurent chaque jour davantage ?

L’état du monde exige que nous relevions la tête tous ensemble pour dénoncer la vaste escroquerie pandémique de la finance et de ceux qui la servent. Et pour cela, imaginons comme Eça de Queiroz une gauche unie qui pense et qui agit pour le peuple.

Prendre le bon train

Les Britanniques ont fait l’expérience de la privatisation des transports ferroviaires pendant 30 ans. Résultat ? Ils sont excédés des dysfonctionnements et des prix ; le gouvernement travailliste de Keir Starmer a fini par admettre l’ineptie de la privatisation : il a renationalisé la South Western Railway le 25 mai.

Les autres régions reviendront dans le service public à l’expiration des concessions aux opérateurs privés jusqu’en 2027 ; les prochaines opérations auront lieu de 10 juillet et en octobre.

La situation outre-Manche devrait nous inciter à réfléchir et à interpeller cette droite revancharde et rétrograde qui est actuellement saisie d’une frénésie de privatisation : chemins de fer, RATP et bientôt métro, à l’image de la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, prête à brader tous les services publics.

Keir Starmer n’est pas un grand révolutionnaire, mais il a osé revenir sur ce qui caractérise la politique libérale : ‘’tout pour le privé et haro sur le service public’’.

Remarquons au passage qu’il a fallu quand même 30 ans aux Britanniques pour se rendre compte que la politique économique brutale initiée par la baronne Margaret Thatcher, « There is no alternative » (il n’y a pas d’autre choix), était anti-sociale.

Si nous voulons éviter de renouveler l’expérience douloureuse des Britanniques, autant le faire avant qu‘il ne soit trop tard ; agissons maintenant en prenant le bon train.

Du droit de se défendre et de la loi du plus fort

Benyamin Netanyahu met en avant en toutes circonstances le droit pour Israël de se défendre. L’argument a été repris par Emmanuel Macron.

Le droit de se défendre ouvre-t-il tous les droits, y compris celui de bombarder un pays comme l’Iran, au prétexte qu’il serait sur le point de détenir l’arme nucléaire, que les négociations avec les Etats-Unis piétinent, que le régime liberticide et obscurantiste des ayatollahs est affaibli et, enfin, que plusieurs pays vont reconnaître la Palestine et faire pression sur Israël pour lui demander de cesser son génocide à Gaza ?

Non, cent fois non.

Netanyahu a du sang sur les mains ; il est un dangereux personnage qu’il faudra bien juger pour ses crimes. Et cela même s’il obtient la chute du régime des ayatollahs.

Donald Trump, l’ami de Netanyahu, déploie la Garde nationale et l’armée à Los Angeles, prétextant que le gouverneur de Californie et la maire de la ville sont très incompétents.

Trump foule aux pieds la Constitution et les lois et ment en tentant de justifier ses décisions antidémocratiques. Il discrédite les élus démocrates, au risque de brouiller les facultés de ceux qui se reconnaissent dans la folie du président.

La surenchère verbale Trump n’a plus de limite et les esprits faibles y trouvent des encouragements à passer à l’acte.

Une élection à la présidence d’un pays comme les Etats-Unis qui regorge d’armes donne-t-elle le droit de s’affranchir de toute éthique et d’encourager la violence.

Non, cent fois non.

Le retour à la loi du plus fort a tué des milliers d’Indiens dans la marche d’immigrés vers le Far West ; de même elle a permis à Israël d’étendre son espace vital en chassant chaque jour des Palestiniens de leur village de Cisjordanie. Pour autant, la loi du plus fort n’a jamais eu de légitimité.

Aux Etats-Unis comme en Israël, les dirigeants ont ouvert la porte à tous les débordements possibles. Il faut condamner cette politique d’un autre âge, mais aussi venir en aide aux oppositions en rappelant les termes de la Déclaration des droits de l’homme. Si, pour Netanyahu et Trump, ils ne valent rien, il faut bannir de la scène internationale en toutes occasions ces esprits pervers et cyniques.

Le chemin sera long, mais nous devons exiger de revenir à un principe simple, le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. C’est-à-dire réaliser une véritable révolution copernicienne pour rétablir le bonheur d’un monde sans conflit et harmonieux.

Quelle connerie la guerre

Comment arrêter la folie meurtrière de Benyamin Netanyahu ? Il ne lui suffit plus de massacrer des milliers de Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen, il bombarde désormais à nouveau l’Iran.

Ceux qui lui fournissent avions, armes, missiles sont ses complices, Etats-Unis et France en premier lieu.

Entendre Netanyahu invoquer l’aide de Dieu pour justifier ses sales manœuvres guerrières et semer la mort, est insupportable. Dans la religion juive, la Torah, dont il se réclame, souligne la valeur de la vie humaine ; le meurtre y est une faute capitale : tu ne tueras pas s’écrit ‘’Lo Tirtsa’h’’ en hébreu.

Les bombardements en Iran ne doivent rien au hasard. Netanyahu est sous la pression des intégristes religieux du parti orthodoxe Shass qui ont menacé de quitter le gouvernement au début de la semaine ; la loi portant sur la dissolution de la Knesset a été rejetée de justesse (61 voix contre sur 120 votants) dans la nuit de mercredi à jeudi. Netanyahu est donc redevable envers l’extrême droite qui n’a pas voté la loi.

Netanyahu a obtenu le feu vert de Donald Trump, autre fou, qui, lui, va ainsi pouvoir entamer un nouveau cycle de négociations dimanche à Oman avec l’Iran sur le nucléaire en position de force. Sa première réaction est symptomatique : il a appelé les dirigeants iraniens à signer un accord de renonciation à l’armement nucléaire « avant qu’il ne soit trop tard », mais il s’est bien gardé d’appeler Netanyahu à stopper ses bombardements.

Trump et Netanyahu sont parfaitement d’accord pour redessiner la carte du Moyen-Orient selon leurs desseins et sont prêts à tout ; le premier ministre israélien profite du chaos dans la région pour mener à bien le projet de Grand Israël, en éliminant le peuple palestinien et en colonisant toutes ses terres. L’Iran des ayatollahs est encore une puissance qui domine la région et Israël est en guerre quasiment permanente avec elle et les bombardements perpétuels ; Israël veut l’éliminer. Comme la Palestine.

Toutes ces basses manœuvres et toute cette idéologie au nom de Dieu sont mortifères et font supporter aux peuples des atrocités.

Les mots de Jacques Prévert, « Quelle connerie la guerre » ne sont plus assez fort pour condamner les esprits belliqueux qui nous gouvernent. Leur monde, dangereux et égoïste, nous n’en voulons plus.

Les forçats du tennis

Les mots et les épithètes ont failli manquer aux commentateurs et aux journalistes pour qualifier la finale du tournoi hommes de Roland Garros 2025 : 5h29 de légende pour les uns, homérique, finale épique, une finale au Panthéon pour d’autres.

Jamais une finale n’avait duré aussi longtemps ; le précédent ‘’record’’ datait de 1982 quand Mats Wilander et Guillermo Vilas avaient échangé des petites balles jaunes pendant 4h42 !

Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, eux, ont joué pendant 5h29 (une heure de plus) un tennis de plus en plus physique, avec des balles expédiées autour de 200 kilomètres/heure (causant des dégâts aux tendons des bras et des épaules).

Aucun des commentateurs n’a crié à l’ineptie et au scandale de pousser deux hommes à s’affronter, raquettes en main, pendant 5h29 pour se départager. 

A Roland Garros, on a joué avec la santé des joueurs. A Roland Garros, on a évité de parler du dopage qui sévit dans le sport de haut niveau. Car, aujourd’hui, l’excitation dont Carlos Alcaraz faisait preuve après 4h, puis 5h de match pose question. A Roland Garros, tout est parfait, aucun cas de dopage n’est signalé.

Les deux joueurs ne sont pas des surhommes, même s’ils sont entraînés à des rencontres de longue durée, s’ils sont suivis médicalement et si leur alimentation est adaptée.

Il ne fallait pas compter sur les commentaires du service public pour dénoncer le scandale d’une finale ‘’homérique’’. Depuis longtemps et surtout depuis un certain Christian Quidet, les journalistes doivent valoriser l’événement auprès des téléspectateurs, des annonceurs et des sponsors, mais aussi auprès des organisateurs (ici la Fédération française de tennis) avec lesquels les chaînes ont signé des contrats fabuleux mais toujours remis en cause.

Je me refuse à parler de finale épique ou au Panthéon, mais plutôt du scandale de Roland Garros

Dans le même ordre d’idées, aucun commentateur n’a osé parler du fiasco du tennis français mis en lumière par la révélation de Loïs Boisson, qui, ce n’est pas un hasard, n’est pas passée par les structures fédérales.

Le tennis financiarisé à outrance rend quelques vedettes multimillionnaires, mais à quel prix pour la santé et l’intégrité physique de tous les pratiquants après une carrière marquée par de graves blessures. Les joueurs engrangent des gains fabuleux (le vainqueur, Alcaraz, a gagné 2,5 millions d’euros et le finaliste, Sinner, 1,275 million). A seulement 22 ans, l’Espagnol Carlos Alcaraz a déjà ramassé près de 42 millions de primes et cette somme vertigineuse ne compte pas les revenus publicitaires et autres. Novak Djokovic a encaissé plus de 187 millions et Rafael Nadal près de 135 millions.

Le tennis est conduit par le fric et il a complètement annihilé la conscience de classe des principaux joueurs : le total des primes distribuées cette année à Paris a atteint des records : 56,352 millions d’euros, en augmentation de plus de 5 % cette année, après une hausse de 8 % en 2024. Les éliminés du premier tour empochent quand même 78 000 euros. Seule consolation, les gains des hommes et des femmes sont identiques ; même au royaume du fric-roi, l’égalité homme/femme a été arrachée de haute lutte par les joueuses. Malgré tout, le tournoi de Roland Garros est bénéficiaire, avec droits de retransmission, publicité, sponsors et billetteries.

Forçats du tennis, quels que soient vos gains, réveillez-vous et imposez de nouvelles règles, comme la limitation de la durée des rencontres, par exemple.

Une fable d’aujourd’hui

Loïs Boisson a vingt-deux ans ; elle est une joueuse de tennis au talent fou. Pour preuve, elle était la seule Française présente sur les courts de Roland-Garros la deuxième semaine, bousculant la hiérarchie avec panache en éliminant les 3e et 6e mondiales.

Elle a dû surmonter de nombreuses difficultés pour arriver aux demi-finales du tournoi féminin. Elle a connu des moments de doute quand elle s’est gravement blessée ou quand elle a lancé sans succès une ‘’cagnotte’’ sur les réseaux sociaux pour pouvoir continuer sa carrière.

Sa carrière ? Justement, elle ne la doit qu’à elle-même ; les structures fédérales l’avaient ignorée puis rejetée, alors même que la politique de formation est un fiasco total. Sa performance et son parcours sont autant de pied de nez à des prétendus techniciens chargés de la détection des talents.

La fédération de tennis a des ennuis nombreux et divers et son président est visé par une enquête du parquet de Paris. Les résultats de la prétendue élite sont catastrophiques après les ‘’retraites’’ des joueuses et joueurs les plus en vue.

Loïs Boisson, jeune femme rayonnante, a donc donné une grande claque à la fédération, mais elle a aussi démontré l’absence de politique sportive du gouvernement qui, les Jeux olympiques terminés, a réduit des crédits déjà faméliques.

Loïs Boisson a mis au jour toutes ses lacunes ; elle doit en être également remerciée. 

Benjamin Duhamel est jeune lui aussi. Il a trente ans ; mais il a l’avantage d’être ‘’bien né’’. Il est le fils de Patrice Duhamel, l’ex-directeur général de France Télévisions et de Nathalie Saint-Cricq, directrice des rédactions nationales de France Télévisions (elle-même est la fille du principal actionnaire du quotidien La Nouvelle République du Centre-Ouest à Tours). Benjamin est également le neveu d’Alain Duhamel et cousin d’Amélie Oudéa-Castéra, ex-ministre.

Une telle parentèle ouvre bien des portes. Celles de la rédaction de RTL en 2017 à seulement 22 ans, puis LCI en 2018 et BFM TV en 2019. Il n’est peut-être pas nécessaire de préciser qu’il officie comme journaliste politique bien-pensant dans des entreprises privées bien-pensantes.

C’est sans doute ce qui a donné l’idée à Sybile Veil, la patronne de Radio France (elle aussi bien née), de confier à ce Benjamin Duhamel l’interview politique de 7h50, sans lui demander de quitter la chaîne BFM TV, détenue par le milliardaire Rodolphe Saadé. 

Curieux mélange des genres, qui a provoqué la réaction immédiate des organisations syndicales, mais aussi des producteurs, des réalisateurs et des programmateurs de la Maison ronde, dénonçant un cumul inédit, mettant en évidence le nécessaire attachement au service public et les conflits d’intérêts de ce mélange des genres.

Bref, quand Loïs Boisson doit galérer, Benjamin Duhamel est un petit protégé qu’on se partage et qu’on adule. L’une doit tout à sa persévérance et à son talent, l’autre tout à sa famille, pas à son talent.

Selon que vous serez puissant ou misérable…

Quelque chose de pourri

Bruno Le Maire, l’écrivain-ministre de l’économie, nous avait caché le montant incroyable de la dette. Pour être à l’abri, il s’est exilé en Suisse. Pas sûr que nos voisins helvètes apprécient qu’un menteur viennent enseigner l’art de la politique économique. D’ailleurs des tags peu amènes l’ont accueilli à son arrivée à l’université.

Bref, Bruno Le Maire parti, la catastrophe de l’économie française s’approfondit, preuve qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France. Et cette pourriture a un nom, libéralisme.

Le directeur de la conjoncture du cabinet Xerfi, Alexandre Mirlicourtois, lance un pavé dans la mare : « Chaque semaine, depuis le début de l’année, un millier de PME environ disparaissent dans l’indifférence générale, trop petites pour faire les gros titres. C’est pourtant une véritable hécatombe. » Il cite des chiffres qui font frémir comme quand nous avons découvert la réalité de la dette : « Près de 16 600 sont ainsi entrées en procédure collective au premier trimestre, qu’il s’agisse, selon la gravité des situations, d’une procédure de sauvegarde, d’un redressement judiciaire ou d’une liquidation… la plus radicale des issues (7 cas sur 10). En hausse de 2,4% par rapport aux trois premiers mois de 2024, le nombre de défauts explose, ce qui inscrit ce début d’année parmi les plus sombres jamais enregistrés depuis 1991. En élargissant l’échelle du temps à douze mois glissants, le seuil des 67 000 se profile. Record historique. » Et combien de chômeurs en plus ? Record historique en vue malgré les réformes ?

L’économiste qui ne cache pas les vrais chiffres explique les raisons de cette hécatombe : le retrait des aides liées à la crise sanitaire (prêt garanti par l’Etat à rembourser, fin de l’exonération des charges sociales et fiscales), mais aussi flambée du prix des matières premières et de l’énergie, entre autres. Il annonce des chiffres inquiétants à propos du remboursement du prêt garanti par l’Etat (PGE) : « Cinq ans après son lancement, 71% des TPE-PME sont encore engagées dans son remboursement, avec comme date butoir fin 2026. En intégrant les ETI, l’encours résiduel atteint 37 milliards d’euros, soit 25% des volumes empruntés. » Autrement dit, l’hécatombe de PME va s’accentuer dans les prochains mois.

Les médias, les chaînes de télévision surtout, cachent ces chiffres ; ils préfèrent annoncer que le nombre de création d’entreprises reste élevé, environ 400 000 par an. Sans dire que 4 sur 10 d’entre elles échouent dans les cinq premières années.

Alexandre Mirlicourtois n’annonce rien de bon, tant la situation de l’économie tricolore est mauvaise avec des Français qui ont réduit leurs dépenses et l’industrie qui est gravement malade de sa financiarisation : « Les défaillances de PME ne sont plus des accidents passagers : elles s’installent. »

La crise s’est installée. Bruno Le Maire regarde le désastre de l’autre côté du Jura, devant les étudiants de l’université de Lausanne ; Macron multiplie les voyages à l’étranger pour ne plus rien voir. Quant à son gouvernement, il préfère parler de ‘’barbares’’ mettant la France en danger le soir de fête, de maintien de l’ordre, de sécurité pour n’avoir pas de comptes à rendre sur la crise économique et pour ne pas mettre les ultra-riches à contribution pour la résoudre.

Il y a effectivement quelque chose de pourri dans le royaume de France.

Guerre idéologique et de l’information

Le petit monde des médias est en ébullition sans même attendre la période estivale. La mise à l’écart d’Anne-Sophie Lapix par France 2 à peine annoncée, qu’une autre éviction est communiquée, par France Inter, celle de Sonia Devillers. 

On peut toujours trouver des explications à la valse des journalistes-présentateurs ; c’est la vie d’une rédaction. Mais faut-il être pervers pour rapprocher ces deux informations ?

L’une comme l’autre n’a pas révolutionné l’information de service public donnant toujours la priorité aux faits divers et à l’entertainment. Mais, rappelons que France 2 a cherché à innover en rallongeant quelques reportages pour mieux éclairer le téléspectateur, que le 7/10 de France Inter caracole en tête des audiences de la radio et n’a pas hésité pas à remplacer Léa Salamé par Sonia Devillers à 7h50 sans que l’audience n’en souffre.

Alors, pourquoi ces changements ?

Faut-il être pervers pour penser qu’il s’agit d’orienter l’information encore plus à droite dans la perspective des prochaines élections, municipales, présidentielle et (sans doute) législatives durant l’année de mars 2026 à juin 2027 ?

Emmanuel Macron mis dans l’impossibilité de se représenter, le président de la République pense sérieusement à aider les candidats ultra-libéraux à remporter ces scrutins pour empêcher la gauche d’être majoritaire et en état de promouvoir une politique de rupture. Peu lui importe, si le danger de voir le Rassemblement national s’installer à l’Elysée n’est plus à écarter, contrairement à son ambition de réduire son électorat.

Les évictions d’Anne-Sophie Lapix et de Sonia Devillers sont le symbole de la stratégie présidentielle dans la guerre idéologique que le ‘’ni de droite, ni de gauche’’ prétendait représenter. Les noms des ‘‘promus’’ (sans doute Caroline Roux à France 2 et confirmé pour Benjamin Duhamel à France Inter) ne laissent planer aucun doute : la guerre de l’information passe par une nouvelle manœuvre vers la droite la plus réactionnaire.

Pour rappel, Caroline Roux est l’actuelle épouse de Laurent Solly, ex-directeur de cabinet de Sarkozy et actuel patron de Facebook France, c’est-à-dire salarié de Mark Zuckerberg. Benjamin Duhamel est le fils de Patrice Duhamel (ex-directeur général de France Télévisions et ex-directeur général du très droitier Figaro Magazine) et de Nathalie Saint-Cricq (fille du patron de la Nouvelle République du Centre-Ouest). Ce Duhamel-là officie actuellement à BFM-TV et n’abandonnera pas son émission politique Tout le monde veut savoir ; le mélange des genres (service public-privé) dans toute sa splendeur.

Tout ce beau monde, toujours très proche du pouvoir, sait à qui il doit ses promotions et pourquoi chacun a été ‘’élu’’ par les gouvernants. Ce ne sont pas les nouveaux impétrants qui se différencieront du contenu obscurantiste de la galaxie Bolloré.

Quand la guerre idéologique est à ce niveau de mobilisation à droite, il est temps de reprendre les vieux slogans soixante-huitards, ‘’fermons la télé, ouvrons les yeux’’ ou ‘’la police vous parle tous les soirs à 20h’’.

Poser les bonnes questions

La Pologne a élu un président de la République d’extrême droite, Karol Nawrocki ; l’homme est peu recommandable, ses options politiques encore moins, puisées chez Donald Trump, dont il est un admirateur forcené.

Les victoires successives de l’extrême droite, en Hongrie, en Italie et leur progression dans tous les pays de l’Union européenne ne manquent pas d’inquiéter. Et de poser la question : pourquoi ?

Question simple, mais réponses compliquées, tant les raisons sont différentes d’un pays à l’autre et d’un électeur à l’autre.

Néanmoins, un peu d’histoire permet de dégager quelques pistes.

Le 29 mai 2005, les électeurs français rejetaient à près de 55 % par référendum le Traité constitutionnel européen (TCE), écrit par Valéry Giscard d’Estaing, présidant une convention réunie de février 2002 à juillet 2003. Ce jour-là, les Français avaient refusé un texte renforçant l’Europe libérale et ses orientations anti-sociales et, du même coup, envoyé un message à ceux qui gouvernaient : les électeurs s’étaient prononcés pour une Europe plus sociale et plus démocratique.

Le vote des Français était trahi aussitôt : les 18 pays qui avaient signé le TCE s’étaient réunis à Madrid en juin 2007 pour décider de rouvrir les discussions et approuver une ‘’projet de traité modificatif’’ dit Traité de Lisbonne. Le nouveau texte, élaboré en catimini, était à peine modifié, accepté en octobre et signé en décembre. Le président de la République, Nicolas Sarkozy s’affranchissant de l’expression du peuple, faisait alors voter en hâte au Parlement le 8 février 2008 une loi autorisant la ratification du fameux ‘’nouveau’’ Traité de Lisbonne ; celui-ci était ratifié le 14 février.

Sarkozy, toujours fâché avec la démocratie, osait prétendre que le ‘’succès’’ de ce véritable coup d’Etat (ou pour le moins un déni de démocratie) marquait ‘’le retour de France en Europe’’.

Certains des opposants écrivaient alors que le Traité de Lisbonne « comporte plusieurs centaines de pages avec 359 modifications des traités existants, 13 protocoles et quelques dizaines de projets de déclaration ayant la même valeur juridique que les traités ». L’ultra-libéralisme sortait renforcé.

On ne peut pas prétendre aujourd’hui que le Traité de Lisbonne a amélioré le sort des Européens. Au contraire. Ceux qui avaient rejeté le TCE ont gardé en mémoire la trahison de Sarkozy, de ses prédécesseurs et de ses successeurs, globalement des supposées élites, tous englués dans une politique ultra-libérale qui creuse le fossé entre les riches et les pauvres.

Faut-il dès lors s’étonner des progressions de l’extrême droite ici et là ?

Un autre football est possible

Comment expliquer l’engouement qui a saisi la France après la victoire d’une équipe de football en finale de la Coupe d’Europe ? Et quelle équipe ?

Cette équipe, vainqueur du trophée continental, est encore une équipe composée de stars (ceux qui ont débuté le match sont tous internationaux dans leur pays respectif), contrairement à ce que les médias colportent. Certes, tous n’ont pas encore la réputation de Kylian Mbappé, de Messi, Ibrahimovic, Neymar, Buffon, mais la génération des champions d’Europe a coûté cher au Qatar ; leurs salaires sont effarants, quand les pratiquants du dimanche ne savent pas comment acheter un ballon ou un jeu de maillots.

Cette équipe est une constellation de joueurs venus d’ailleurs et il est très difficile pour un joueur français de s’y intégrer. Deux seulement étaient sur le terrain au début de la rencontre (Dembélé et Doué). Son adversaire, l’Inter de Milan, affichait le même nombre de joueurs français !

Cette équipe est l’un des ‘’outils’’ du ‘’soft power’’ de l’émirat du Qatar (Qatar Airways et Visit Qatar), un pays au régime patriarcal, où la liberté d’expression est (très) limitée et la place de la femme réduite, malgré quelques progrès. Il a fait du football à Paris sa vitrine et il a englouti des milliards pour arriver à la victoire de Munich.

Cette équipe sert les visées d’un émir réactionnaire, intégriste pour tenter de taire les soupçons d’esclavage des travailleurs immigrés surexploités ou la corruption qui lui a permis d’obtenir l’organisation de la coupe du monde.

Cette équipe a englouti des milliards (dont plus de 1,5 milliard pour l’achat de vedettes) provenant de l’exploitation du gaz naturel, une énergie fossile, soumise aux fluctuations de la bourse et des besoins des producteurs. Chaque année, son bilan est pourtant déficitaire, tellement les coûts sont énormes.

On peut reprocher beaucoup d’autres choses au Qatar ; ce qui me fait dire que le PSG n’est pas la vitrine du football qu’on aime. Elle est à l’inverse, le reflet du football-business et le porte-parole politique d’un émir fortuné et arrogant comme tous les ultra-riches.

Alors, on peut se poser la seule question qui vaille : comme expliquer l’engouement qui a saisi la France le 31 mai, dans la nuit de Munich ?

What else ?

A quoi reconnaît-on un système politique de droite ? A son manque d’imagination et à son esprit revanchard, à son mépris pour le peuple et l’accaparement des richesses par quelques-uns. Un beau programme, illustré par quelques exemples récents.

Pour combler la dette abyssale, résultat de la politique financière favorable aux seuls riches, le gouvernement de droite pure et dure (Bayrou-Retailleau-Darmanin et quelques autres) a ressorti l’idée de la TVA (prétendument) sociale, imaginée en 1954 par un Polytechnicien, Maurice Lauré, et étendue au commerce par Giscard d’Estaing en 1966. Il s’agit, surtout, pour la clique de Macron de s’émanciper du financement de la protection (authentiquement) sociale par des cotisations sur les salaires, supportées par employeurs et salariés.

La date de la renaissance de cette TVA anti-sociale ne doit rien au hasard : on célèbre le 80e anniversaire de la Sécurité sociale, imaginée par le Conseil national de la Résistance. Président, gouvernement et patronat, main dans la main, ont préparé leur plan avec minutie, depuis 80 ans. En matière de droit social, ils sont opiniâtres.

Les financiers applaudissent à cette idée géniale : ils préparent les fonds de pension par capitalisation.

Et, pour tenter d’éviter les explosions elles aussi sociales, ils mentent avec l’aplomb qu’on leur connaît, nous annonçant pour demain le plein emploi et les beaux jours. Du Trump ou presque.

Les ringards de droite (ils sont hélas très nombreux et ils se partagent les postes de pouvoir avec un appétit d’ogre) ont d’autres idées dans tous les domaines. Par exemple, pour l’enseignement.

C’est ainsi que le rectorat de Dijon vient d’avoir une idée aussi géniale que la TVA sociale : on manque de professeurs de français ? Qu’à cela ne tienne, on va demander aux profs des autres spécialités d’assurer les cours pourvu qu’ils aient suivi « des études littéraires à un moment donné de leur parcours » (sic).

Il faut au moins être recteur (et de droite) pour avoir une aussi bonne idée.

Le rectorat de Dijon a pris soin de préciser dans sa circulaire que les inspecteurs pédagogiques auront un entretien de trente minutes avec les volontaires, avec pour consigne de « garder à l’esprit qu’ils ne sont pas spécialistes de la discipline et se trouvent dans une démarche d’ouverture à un nouveau champ disciplinaire et de formation ». C’est évident, l’urgence commande.

Le rectorat de Dijon (qui n’a pas agi sans l’accord de la ministre, Elisabeth Borne) a réinventé la polyvalence et, à terme, le professeur unique. Revalorisation des salaires et dégradation des conditions de travail sont du même coup passées sous silence. Parents, élèves et syndicats d’enseignants n’admirent pas le degré d’imagination déployé par ce pouvoir corrompu ? C’est à n’y rien comprendre.

L’explosion (authentiquement et massivement) sociale n’est peut-être pas très loin.

Silence, on tue

Sommes-nous revenus à l’origine de l’homme, féroce et cruel ? Partout, on tue ; la civilisation n’aurait-elle par évolué ?

Les guerres se multiplient, et pas seulement à Gaza (mais aussi en Cisjordanie), en Ukraine (et en Russie), en Syrie, en Turquie et au Liban (où les Kurdes, progressistes sont pourchassés), en Inde et au Pakistan (où on réinvente les guerres de religion), en Afrique centrale (où les islamistes tentent d’imposer leur régime). 

Les cadavres se comptent par milliers (par millions ?). En 2025, on peut se demander si les hommes ont abandonné un jour l’instinct belliqueux.

On parle moins des morts du quotidien dans les pays néo-libéraux. En France, parle-t-on des 855 personnes mortes dans la rue quand Emmanuel Macron avait promis qu’il n’y aurait plus personne dans la rue à la fin de l’année 2017 ?

On parle moins des morts qui se sont détournés des soins faute de moyens (quand les riches s’offrent le luxe le plus tapageur), ou de médecins (quand le gouvernement ne fait rien pour remédier aux déserts médicaux), ou de médicaments (quand les laboratoires pharmaceutiques organisent la pénurie ou se tournent vers les molécules les plus rentables pour gonfler leurs profits).

On parle moins des morts par suicide des salariés désespérés après la perte de leur emploi (quand les plans dits sociaux se multiplient, désertifient le tissu industriel et raréfient les usines).

On parle moins des agriculteurs victimes des pesticides utilisés pour tenter d’assurer la rentabilité de leur exploitation (quand les dirigeants de la FNSEA issus des puissants groupes de l’agro-industrie se déchaînent pour rétablir l’autorisation d’utiliser les produits cancérigènes).

On parle moins de l’accroissement de la mortalité infantile, faute de prévention et de pédiatres.

On continue cet inventaire macabre ?

 Il est préférable d’ouvrir les yeux en grand et de dénoncer la politique financière mondiale qui a tout perverti pour quelques milliardaires égoïstes et pour des fonds de pension américains, prêts à tout pour assurer un système de retraites assis, comble de l’ironie et de la perversion, sur la financiarisation de leurs sociétés-employeurs.

Il y a quelque chose de pourri dans notre monde. On y tue, beaucoup, avec des armes de plus en plus sophistiquées, mais aussi en silence, sans bruit, sans comptabilité et sans remettre le système politique en cause.

Silence, on tue. Quand finira-t-on de l’accepter ?

Agir vite à Gaza

A Gaza, l’armée israélienne tue. Il est difficile de singulariser un drame parmi des milliers de drames atroces ; pourtant le 23 mai les soldats de Tsahal ont franchi l’indicible en bombardant la maison de deux soignants de l’hôpital Nasser, Hamdi Al-Najjar, médecin, et Alaa Al-Najjar, pédiatre.

Des décombres, les secouristes ont sorti neuf petits corps déchiquetés. Yahya, Rakan, Eve, Jubran, Raslan, Rifan, Sidine, Lougman, Sidra avaient entre 12 ans et 7 mois, soit neuf des dix enfants du couple. Un seul, Adam, 11 ans, est sorti indemne, tandis que son père est grièvement blessé et dans un état critique. La mère, elle, avait pris son service à l’hôpital quelques instants plus tôt et a donc échappé à ce carnage ignoble.

A Gaza, l’armée israélienne tue. Délibérément. Ici, il s’agit d’un acte visant le système de santé palestinien, à savoir deux médecins, et de rajouter à la cruauté folle des militaires de Netanyahu en fauchant la vie de neuf innocents. Et toujours en pleine impunité.

Un historien et professeur de Sciences Po, Jean-Pierre Filiu, connaît bien Gaza pour y avoir séjourné à plusieurs reprises. Il a réussi à entrer dans le territoire ravagé dans un convoi humanitaire ; il y a vécu du 19 décembre 2024 au 21 février 2025. Interrogé par les lecteurs du Monde, il a apporté un témoignage bouleversant ; à l’un d’eux qui lui demandait s’il y avait un espoir pour Gaza et sur quoi il pourrait reposer, il a répondu :

« C’est fondamentalement le courage et la dignité des femmes et des hommes de Gaza, même plongés dans une telle horreur, qui me donnent, malgré tout, des raisons d’espérer. Qu’ils soient parvenus à conserver leur humanité plus ou moins intacte dans un tel désastre force le respect. Mais reconnaissons que notre monde les a abandonnés durant beaucoup trop longtemps. Et cette tragédie, qui s’est littéralement déroulée sous nos yeux, va désormais nous hanter. Il n’en est que plus urgent d’agir pour un cessez-le-feu immédiat, avec libération des otages et retrait de l’armée israélienne. La clé de l’apaisement durable réside cependant dans la levée du blocus qui, imposé durant seize longues années, n’a pas épargné à Israël la journée la plus sanglante de son histoire, le 7 octobre 2023. Il est impératif que Gaza revienne au monde et que le monde revienne à Gaza. Alors tout sera possible, dans le cadre de la coexistence d’Israël avec un Etat palestinien pacifique et démilitarisé. »

Qu’attendent donc les démocrates, les vrais, pour reconnaître la Palestine ? Qu’attendent-ils pour boycotter les produits israéliens ? Qu’attendent-ils pour envoyer des Casques bleus, s’il en faut, pour arrêter le bras sanglant de Netanyahu ?

Il faut agir, vite, et rejoindre le camp de la paix.

Rapprochement troublant

Il est difficile d’imaginer jusqu’où pourra aller Donald Trump, imprévisible, dangereux, menteur, raciste, relayant avec gourmandise les fausses nouvelles (fake news en anglais), jubilant en humiliant les chefs d’Etat étrangers dans son bureau ovale. Un être abject et compulsif.

Mais voilà qu’il s’en prend aussi à l’intelligence, interdisant des livres, fermant des bibliothèques, coupant les crédits de certains musées, faisant signer des déclarations d’allégeance à sa pensée à ceux qui réaliseront le pavillon américain à la Biennale d’art de Venise, insultant des artistes qui ne partagent pas ses goûts. Donc, où s’arrêtera-t-il quand, chaque matin, on s’attend à l’entendre proférer un nouvel interdit.

L’homme particulièrement inculte qu’il est n’aime pas les citoyens qui pensent ; il a vilipendé les universités les plus prestigieuses et, dernière trouvaille, il vient d’interdire à Harvard (162 lauréats d’un prix Nobel au compteur !) d’accueillir des étudiants étrangers.

Certes, les Etats-Unis ne sont pas l’Afghanistan, mais je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle entre la prétendue démocratie selon Donald Trump et la théocratie islamique et son Commandeur des croyants, Haibatullah Akhundzada.

Les talibans, eux aussi, exècrent l’intelligence. Le leader suprême a exclu les femmes de l’école et des universités, interdit des livres et restreint la liberté de la presse, fait disparaître le rubab, le luth traditionnel, et la musique, le théâtre, le cinéma, la photographie, etc.

Certes, l’Afghanistan n’est pas les Etats-Unis, mais les atteintes aux libertés et le déni de tout ce qui fait culture, parce qu’ils visent le même asservissement des citoyens, doivent interpeller avec la même détermination dans les deux pays.

Après tout, dans l’imbécilité et l’obscurantisme, il n’y a qu’une différence de degré.

Le siècle de Périclès

Quelle outrecuidance ! Quel culot ! Les ultra-riches, comme toujours, ont la vanité de croire qu’avec leurs fortunes, ils peuvent tout acheter, notre force de travail, notre esprit, nos bulletins de vote, notre acquiescement à leur supposée supériorité, assise sur le fric. Et j’en passe.

Pierre-Edouard Stérin est de cette catégorie d’individus, un cénacle de nantis, qui peut tout se permettre. Lui, il s’identifie à un projet, baptisé Périclès, un acronyme pour Patriotes / Enracinés / Résistants / Identitaires / Chrétiens / Libéraux / Européens / Souverainistes. Ouf ! Grâce à cette énumération, les buts du milliardaire sont clairs.

Pierre-Edouard Stérin, donc, s’est assigné la tâche « d’infiltrer tous les échelons du pouvoir en France ». La modestie n’est donc pas sa qualité première pour se comparer à ce personnage de l’Antiquité grecque qui avait limité la citoyenneté aux personnes ayant une filiation athénienne par leurs deux ascendances, alors que celle du père suffisait auparavant.

L’Assemblée nationale s’est indignée ; le projet de Stérin soulève de graves préoccupations démocratiques. Elle a donc créé une commission d’enquête ; dans l’exposé des motifs on peut lire : « Elaboré à la manière d’un business plan, il propose de déployer environ 150 millions d’euros sur dix ans pour financer des initiatives alignées avec les intérêts de la droite libérale-conservatrice et de l’extrême-droite. Les principaux objectifs du projet Périclès incluent la victoire idéologique, électorale et politique de l’extrême droite dans notre pays, en promouvant les idées conservatrices et en sapant tous les principes républicains, enformant les candidats des partis de droite et d’extrême droite pour les élections ainsi qu’en préparant une réserve d’hommes de pouvoir prêts à servir à tous les postes clés (cabinets, structures parapubliques, haute administration). »

Stérin cherche à influencer médias, réseaux sociaux, think tanks, organismes internationaux, a ouvert une école, créé un collectif d’avocats, etc. Vincent Bolloré doit être jaloux.

Le projet Périclès fait immédiatement penser à ceux qui ont porté Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis, à savoir le Réseau Atlas, l’Heritage Foundation et autres think tanks, financés par les milliardaires, fervents défenseurs du libertarisme.

Pierre-Edouard Stérin, redoublant de culot, a refusé de se rendre aux convocations de la Commission d’enquête parlementaire. Son attitude en dit long sur sa morgue vis-à-vis des instances de la République. Cet homme et son projet sont dangereux.

Stérin et son entourage sont des putschistes, anti-républicains, racistes. Avec eux, la République est menacée. La bête immonde se réorganise.

Heureusement, la France a encore des ressources pour s’indigner et s’éviter un pouvoir digne de Donald Trump. Du moins, on peut encore l’espérer. Le siècle de Périclès n’est pas encore advenu ; faisons en sorte qu’il n’advienne jamais.

Pour Fatma Hassona

La cinéaste Sepideh Farsi a permis de mettre un nom et un visage sur l’une des victimes du génocide israélien à Gaza, parmi des dizaines de milliers d’autres.

Fatma Hassona avait 25 ans, elle était gazaouie et reporter-photographe. Elle était riante malgré la situation ; elle a croisé par hasard le chemin de Sepideh Farsi, qui a voulu raconter son quotidien dans un documentaire. Ce travail commun a été réalisé à distance, par téléphone compte tenu des restrictions imposées par Israël. Documentaire important, retenu pour être présenté à Cannes.

Sepideh l’a annoncé à Fatma le 15 avril et, dans la nuit suivante, celle qui incarnait la résilience des Gazaouis a été assassinée par une bombe qui a fauché également cinq membres de sa famille. Cruelle coïncidence ou volonté délibérée ?

Fatma n’a pas assisté à la projection du film, son film. N’a pas témoigné devant le monde entier du sort de son peuple. Restent les images, accusatrices.

Une organisation, Forensic Architecture, enquêtant sur les crimes d’Etat, a examiné images satellite et analyse balistique, concluant que Fatma a été visée délibérément.

A Cannes, les gens du cinéma ont massivement signé une tribune appelant Israël à stopper le massacre du peuple palestinien. 

Fatma est aujourd’hui le symbole de la folie meurtrière de Netanyahu. Le premier ministre devra répondre de ce génocide et de ses crimes de guerre. Quand les gouvernements occidentaux auront eu, enfin, le courage de s’associer à la réprobation du monde.

Un documentaire n’a pas le pouvoir d’arrêter le bras de l’assassin, mais il peut contribuer à éclairer l’opinion publique. Fatma ne verra pas ce moment où Netanyahu sera condamné et son peuple enfin libre dans l’Etat de Palestine enfin reconnue. Son sourire n’a pas été effacé.

Donald Trump dans le texte 

Le dernier message de Donald Trump sur son réseau Truth social (vérité sociale en français :

« Je vois que Bruce Springsteen, surfait, se rend à l’étranger pour critiquer le président des États-Unis. Il ne l’a jamais aimé, n’a jamais aimé sa musique, ni ses idées politiques radicales de gauche, et surtout, il n’a aucun talent. Juste un crétin arrogant et odieux, qui a soutenu avec ferveur Joe Biden, un idiot mentalement incompétent, et notre pire président de tous les temps, qui a failli détruire notre pays. Si je n’avais pas été élu, il aurait disparu depuis longtemps ! Joe l’endormi n’avait aucune idée de ce qu’il faisait, mais Springsteen est « bête comme un roc » et n’a pas compris ce qui se passait, ou le pouvait-il (et c’est encore pire !) ? Ce rocker desséché (il a la peau toute atrophiée !) devrait se taire jusqu’à son retour au pays, c’est juste la routine. Après, on verra bien comment ça se passe pour lui ! »

Et dire que l’auteur de ces lignes a été élu président des Etats-Unis !

L’insulte et la menace comme mode de gouvernement, c’est la marque de Trump. L’agence Moody’s qui a eu l’audace de rétrograder la note des Etats-Unis en raison de la hausse de son endettement, a eu droit, elle aussi, aux mots grossiers du locataire de la Maison Blanche. 

A qui le tour ?

Pepe Mujica

L’ex-président de l’Uruguay (2010-2015) Pepe Mujicca qui vient de décéder, était un homme hors du commun, mais un homme du peuple. Cet ancien Tupamaros, prisonnier de la dictature de Bordaberry commanditée par les Etats-Unis, a subi des tortures atroces, sans jamais renier ses engagements anticapitalistes.

En tant que président, il avait refusé d’habiter l’Estevez Palace pour continuer à vivre modestement dans la ferme de son épouse et il avait même abandonné 90 % de son salaire à un programme de logement social. Chapeau bas.

Avec Noam Chomsky, il a écrit un livre, Survivre au XXIe siècle, à paraître en septembre (il ne le verra donc pas), dans lequel on peut lire :

« Ma génération a commis une erreur naïve. Nous pensions que le changement social consistait uniquement à remettre en question les modes de production et de distribution de la société. Nous n’avons pas compris le rôle immense de la culture. Le capitalisme est une culture, et nous devons y répondre et y résister par une culture différente. Autrement dit, nous sommes aux prises avec une lutte entre une culture de la solidarité et une culture de l’égoïsme. Je ne parle pas d’une culture qui se vend, comme la musique ou la danse professionnelles. Tout cela est important, bien sûr, mais quand je parle de culture, je fais référence aux relations humaines, à l’ensemble des idées qui régissent nos relations sans que nous en ayons conscience. C’est un ensemble de valeurs tacites qui déterminent la manière dont des millions de personnes anonymes à travers le monde interagissent. »

Rejetant le consumérisme effréné qu’il qualifie « d’éthique nécessaire au capitalisme dans sa lutte pour l’accumulation infinie », il ajoute que « On ne peut pas construire un édifice socialiste avec des maçons capitalistes. Pourquoi ? Parce qu’ils voleront les barres d’armature, ils voleront le ciment, parce qu’ils ne cherchent qu’à résoudre leurs propres problèmes, parce que c’est ainsi que nous sommes faits. »

Appelant à rompre avec le capitalisme, sans tomber dans la social-démocratie, il définit son idéal politique dénué de toute formule magique :

« La gauche doit être fidèle à d’autres valeurs, et c’est pourquoi j’insiste sur le problème de la culture, sur celui de l’engagement et sur celui de la valorisation de certains aspects de la vie que le capitalisme ne valorise pas. Nos sociétés, pourtant riches, sont pleines de tristesse. Nous sommes un peuple suralimenté, étouffé par la quantité de déchets que nous produisons. Nous infestons tout, nous achetons des choses dont nous n’avons pas besoin et nous vivons ensuite dans le désespoir en payant nos factures. Nous devons proposer un autre mode de vie ! Pour moi, la gauche doit être plus révolutionnaire que jamais. Cela signifie vivre comme on pense. Sinon, on finit par penser comme on vit. »

Dans ce monde troublé (c’est le moins qu’on puisse dire) et troublant, où la guerre se propage comme une pandémie, il faut entendre les paroles de Pepe Mujica pour construire un nouveau système, un monde nouveau, pour vivre et non survivre.

On résiste et on agit

S’il y a des jours moroses (voir le billet précédent), il y a heureusement des jours qui incitent plutôt à l’optimisme. Hier soir, à Cannes, l’excellent acteur Robert De Niro nous a apporté ce supplément de gaieté et d’espoir qui nous manque en contemplant la situation mondiale. Une intervention réjouissante.

Robert De Niro, donc, a prononcé un discours en recevant sa palme d’honneur qui nous confirme qu’on ne peut pas réduire les Etats-Unis à la clique de Donald Trump.

Pour De Niro, Donald Trump est inculte. Il a raison et il aurait pu égrainer les noms de l’entourage présidentiel, comme celui d’Elon Musk, mais pas seulement, pour compléter son discours. Trump inculte, certes, mais pas sans programme obscurantiste, inégalitaire, égoïste, revanchard, autoritaire, libertarien.

Robert De Niro a eu des paroles fortes pour défendre la culture : « L’art est inclusif, l’art est en quête de liberté, l’art inclut la diversité et c’est pourquoi l’art est menacé ! C’est pourquoi nous sommes une menace pour les autocrates et les fascistes de ce monde ». Ceci peut s’adresser à Rachida Dati.

Il a ajouté en parlant des Etats-Unis : « Nous luttons d’arrache-pied pour défendre la démocratie que nous considérions toujours comme acquise » puis il a poursuivi à propos de Donald Trump. « Il a tout simplement coupé les fonds pour les sciences humaines, pour la formation supérieure, et il annonce maintenant 100% de droits de douane sur les films produits à l’extérieur des Etats-Unis. C’est inacceptable (…) et ce n’est pas simplement un problème américain, c’est un problème de portée globale. »

En conclusion, il a fort opportunément lancé un appel ses auditeurs sans détours : « Nous devons agir aujourd’hui, tout de suite, sans violence mais avec passion, avec détermination ! Le temps est venu, tout un chacun qui aime la liberté doit organiser, protester et le moment est venu aussi de voter, lorsqu’il y a des élections (…) Ce soir, et dans les 11 jours à venir, nous allons montrer notre engagement en rendant hommage à la liberté, l’égalité, la fraternité. »

Quelle belle chute et quel bel appel à l’engagement. Merci, Monsieur.

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