La Chouette qui hioque

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La bourse ou la vie ?

La bourse de New York a salué le succès de Donald Trump par une hausse des cours, ne cachant pas la satisfaction des grandes entreprises comme celles d’Elon Musk ou de Jeff Bezos. En France, en revanche, le cours du CAC 40 a légèrement fléchi. Seulement fléchi, alors que la situation de la France est catastrophique. Pour autant, les boursicoteurs ne s’alarment pas. Les affaires des ultra-riches sont toujours aussi florissantes, quelle que soit la conjoncture. A New York, un analyste observait avec culot que le marché faisait une petite pause après un grand bond vers le haut. Tandis qu’à Paris, les innombrables annonces de plans de suppressions d’emplois ne produisent qu’un recul limité des cours.

La bourse n’a pas de cœur, cela se vérifie à nouveau. Mais elle vote à l’extrême droite !

Après la CGT qui a recensé plus de 180 plans dits sociaux, avec la perspective de 90 000 à 140 000 licenciements, c’est le Monde qui a recensé 52 214 procédures collectives ouvertes d’entreprises en difficulté depuis le début de l’année ; pour le quotidien vespéral, au total 150 000 emplois sont menacés. Il y a de quoi s’alarmer, sauf pour les gestionnaires de fonds. 

Le gouvernement, lui, ‘’joue petit bras’’ et annonce fièrement les investissements de trois groupes au Havre qui pourraient entraîner la création de quelques centaines d’emplois. De qui se moquent Barnier, Retailleau ou Migaud, l’ex-socialiste ?

Pendant que les salariés sont plongés dans l’angoisse du lendemain et de l’avenir de leurs enfants, les affaires continuent. Le numéro un mondial de gestion d’actifs, BlackRock, présent dans toutes les entreprises du CAC 40, gérait 10 646 milliards de dollars fin juin. Il ne sait plus où placer les sommes confiées par les ultra-riches à la recherche de dividendes quand les besoins de milliards d’hommes, de femmes et d’enfants ne sont plus assurés. Ce monstre de la finance, peu regardante sur ses méfaits, est en pourparlers avec un ‘’hedge fund’’, c’est-à-dire un fond spéculatif à gestion risquée pour dégager encore plus de profits, en investissant dans des sociétés pour réorganiser et licencier, avant de revendre. Autrement dit, ce hedge fund spécule sur le malheur des salariés.

Les négociations entre BlackRock et Millennium, donc, si elles devaient aboutir, seraient une nouvelle étape dans l’emprise de la finance sur l’économie mondiale et nos vies quotidiennes.

BlackRock, ainsi renforcé, pourrait revenir faire du lobbying auprès du gouvernement pour la création de fonds de retraite par capitalisation. Avec plus de chance de succès que lors de sa précédente opération avec le gouvernement d’Edouard Philippe.

Rien n’arrête les rois de la finance, qui dorment sur d’énormes matelas de dollars, quand le monde a faim, a soif et subit les conséquences du dérèglement climatique.

Les politiques ont abdiqué devant la finance, pour le plus grand malheur de peuples.

Quand remettra-t-on les choses à l’endroit ? Quand rétablirons-nous la démocratie ?

Morosité

Donald Trump a tout raflé au cours de l’élection présidentielle, y compris le vote populaire. Aujourd’hui, les électeurs de Kamala Harris ont la gueule de bois, tellement la défaite est lourde.

Le magazine de la gauche radicale américaine, Jacobin, a livré une analyse qui doit interpeller la gauche française. Il impute la défaite de la candidate démocrate, en premier lieu (mais pas seulement), à l’inflation et il écrit :

« L’Amérique a-t-elle vraiment élu un dictateur parce que les Frosted Flakes ont atteint 7,99 dollars à l’épicerie ? Relisez cette phrase et elle ne semble pas si absurde. Plus profondément, 2024 nous a enseigné une dure leçon : dans une société mondiale définie par la consommation plutôt que par la production, les électeurs détestent les augmentations de prix et sont prêts à punir les dirigeants qui les président. Au cours de la plus grande année électorale de l’histoire moderne, avec des milliards de votants dans le monde entier, les titulaires ont été battus à gauche, à droite et au centre : les conservateurs en Grande-Bretagne, Emmanuel Macron en France, le Congrès national africain en Afrique du Sud, le BJP de Narendra Modi en Inde, le kirchnerisme en Argentine l’automne dernier. Aujourd’hui, l’inflation post-pandémique, aggravée par les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, a coûté la tête à un autre gouvernement en place. »

La conjonction des résultats électoraux cités (il y en a d’autres qui ont été similaires) est inquiétante. Les politiques libérales et/ou sociales-démocrates portent une lourde responsabilité dans la montée des formations d’extrême droite. En privilégiant les ultra-riches et la finance et en refusant de gouverner pour le peuple, ils récoltent la tempête, laquelle épargnent les ultra-riches et la finance. Ces deux milieux de privilégiés n’hésitent pas à se tourner vers les fascistes quand leurs intérêts sont en jeu.   

Romain Huret, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), interrogé par Télérama et l’Humanité, partage partiellement l’analyse de Jacobin. Mais, comme la gauche radicale américaine, il ne cache pas son inquiétude. Questionné sur l’éventuelle bascule des Etats-Unis dans le fascisme, il répond sans détour :

« Tout est structurellement prêt pour que cela advienne : les facteurs économiques, sociaux et militaires sont là. Un élément très important à avoir en tête est la militarisation du pays depuis le 11 Septembre. Non seulement le pays compte des millions de soldats et de vétérans, mais des pans entiers de la population sont liés au complexe militaro-industriel américain par leur travail ou leurs liens familiaux. Or une corrélation énorme existe entre cet ensemble et le vote Trump. De nombreuses lois d’exception justifiées par la lutte contre le terrorisme ont réduit les libertés. C’est dans ce cadre-là que s’installe le ‘’trumpisme’’, au sein duquel on retrouve par ailleurs le culte de la personnalité, l’anti-intellectualisme et les attaques contre la presse caractéristiques des figures du fascisme. C’est donc envisageable. L’un des garde-fous restants, c’est paradoxalement… l’armée. Les généraux américains n’aiment pas Donald Trump et sont très attachés à la république. Il est possible que le président ne parvienne pas à leur faire faire ce que bon lui semble. »

Les analyses de Jacobin et de Romain Huret ne portent pas à l’enthousiasme ; l’un et l’autre sont moroses. La gauche française saura-t-elle prendre en compte l’analyse du trumpisme ou sombrera-t-elle comme Kamala Harris ?

L’optimisme n’est pas de mise, aux Etats-Unis comme en Europe ! 

Résistance

Tout a été dit sur l’abominable Donald Trump : misogyne et homophobe, menteur, schizophrène, haineux, climatosceptique, protectionniste, anti-social, va-t-en-guerre, fasciste. Il accumule les défauts et on ne lui reconnaît aucune qualité. Qu’il ait remporté l’élection présidentielle en dit long sur l’état de la démocratie aux Etats-Unis.

Il a reçu aussitôt les félicitations de ses semblables, Benyamin Netanyahu, Viktor Orban et même d’Emmanuel Macron. Marine Le Pen et Eric Ciotti se sont également réjouis du résultat en des termes identiques à ceux de Bolsonaro, par exemple ; on en n’attendait pas moins.

L’un des directeurs des Echos, Dominique Seux, voit dans ce résultat une victoire de l’énergie vitale de Trump, « mais la clé est probablement la simplicité de son message, son énergie et le rejet réaffirmé des élites », autrement dit tout ce qui caractérise un authentique dictateur. Le journal de Bernard Arnault n’a pas osé aller jusqu’à employer le mot pour préserver ses intérêts outre-Atlantique.

Heureusement, d’autres quotidiens et d’autres journalistes ont la plume moins serve. Le Monde, par exemple, a remarqué que « Donald Trump a cessé de dénoncer des élections truquées au moment de la publication des premiers résultats ». Quant à la Tribune, elle s’émeut de voir « Trump, le pape du mensonge de retour à la Maison Blanche » et dénonce « une victoire qui est aussi celle des ‘’fake news’’, poison démocratique que Trump n’a cessé d’injecter dans les veines de l’Amérique ».

L’Humanité, elle, révèle une enquête de l’Observatoire des multinationales : « Des filiales de groupes français aux États-Unis, comme le géant de la pharmacie Sanofi ou Pernod-Ricard, ainsi que des filiales d’entreprises à capitaux publics comme Airbus, EDF, Engie et Thales, ont contribué financièrement à la campagne pour la présidentielle américaine, souvent en faveur du camp républicain. » L’auteur de l’enquête « a passé au crible les financements politiques des filiales de groupes français aux États-Unis, sur la base des données compilées par OpenSecrets, en se concentrant sur l’argent transitant par les « political action committees » (PACs). »

Assurément, ce scandale ne fera l’objet d’aucune reprise dans les grands médias.

La victoire de Trump va être banalisée et considérée comme un épisode supplémentaire dans les progrès de l’extrême droite dans de nombreux pays.

Les démocrates, eux, doivent s’alarmer et se préparer à la résistance et à l’unité pour éviter de voir la France tomber à son tour dans le camp des obscurantistes en 2027.

Le monde de Macron est fou

Fallait-il un sondage publié par Le Figaro pour savoir qu’Emmanuel Macron est impopulaire ? Le quotidien de la droite dure (et de la famille Dassault) aurait pu faire des économies et envoyer des journalistes sur le terrain pour mesurer le rejet de l’actuel président de la République.

Par exemple, devant les magasins Auchan où la famille Mulliez vient d’annoncer près de 2400 suppressions d’emplois. Ou à la porte des usines Michel de Cholet et de Vannes où les propriétaires viennent d’annoncer la fermeture avant 2026, envoyant 1254 salariés à France Travail (il faut oser renommer ainsi l’ANPE, ghetto des chômeurs !). Pour faire de tels reportages, il ne faut pas être au Figaro !

Les près de 4000 salariés qui vont être licenciés ne sont sans doute pas à ranger dans les Français qui soutiennent encore Macron, le premier de cordée.

Au lendemain de ses Etats généraux de l’industrie et de l’environnement, la CGT avait dressé une liste noire des plans de licenciement. De septembre 2023 à septembre 2024, l’organisation syndicale avait recensé une liste de 180 entreprises où 47272 emplois sont menacés ou supprimés (dont 21191 pour la seule industrie). Et chaque jour la liste s’allonge. Les Français n’en peuvent plus d’observer un pays en ruine.

La CGT a fait remarquer que « Ces premiers chiffres sont à mettre en rapport avec les annonces faites lors de l’édition 2024 de Choose France : « Les 15 milliards d’euros d’investissements permettront de créer ou maintenir plus de 10 000 emplois » selon Business France, concernant 56 projets. »

Les Français ne sont pas dupes ; le bilan économique et social de Macron est catastrophique : la dette de l’Etat a été cachée et aujourd’hui la vérité est explosive, le nombre de chômeurs explose lui aussi, les faillites n’ont jamais été aussi élevées (plus de 30 % en un an).

Le Figaro ne voudrait pas laisser croire que les salariés victimes de sa politique remercient Emmanuel Macron ! C’est un miracle que 17 % des Français lui fassent encore confiance ; à moins qu’il s’agisse des actionnaires des grands groupes, ceux qui, ne connaissant que l’emploi comme variable d’ajustement, encouragent les patrons à licencier pour faire grossir les profits dont ils seront les seuls bénéficiaires.

Tous les salariés ont des raisons d’être en colère ; ce n’est pas le nouveau gouvernement qui va les rassurer en mettant en œuvre une autre politique : les ministres de Barnier ont déjà annoncé que ceux qui auront encore la chance d’avoir un emploi devront travailler plus.

Les pleurs et les drames familiaux n’en finissent pas de miner la société.

Ce monde de droite est fou !

Macron, petit Thatcher !

Il est de ces économistes pas atterrés du tout ; lui pencherait plutôt du côté des thèses de Keynes. Mais il est de ceux qui, n’épousant pas les dogmes de l’ultra-libéralisme, ne sont jamais invités dans les grands médias.

Olivier Passet est directeur de la recherche du cabinet Xerfi et ses analyses sont souvent à contre-courant. Il avait écrit un billet en février dernier qu’il est bon de relire aujourd’hui :

« En 2015, The Economist pointait le fait que si un Français s’arrêtait de travailler le vendredi, il produirait encore plus qu’un salarié britannique. Et quelques rares économistes hétérodoxes américains, à l’instar de Joseph Stiglitz, voyaient même dans la France un modèle à imiter, la générosité de son système social étant consubstantielle de son efficacité productive. »

Puis, en quelques lignes, il faisait le procès de la politique des gouvernements successifs, qui se sont acharnés sur le statut social des salariés, entraînant une baisse de leur productivité :

« Paradoxalement, ce relâchement va de pair avec une réorientation de la politique économique en faveur des entreprises : baisse des charges d’intérêt, après 2008, facilité de la dette, baisse de la pression fiscale et sociale, et allégement du droit du travail. Un tournant en faveur de l’offre qui est mené avec constance depuis 2013. Or, nous sommes loin des attendus de ces politiques, selon lesquels, le surcroît d’investissement qui en résulterait boosterait l’efficacité productive. Au contraire, tout se passe comme si la plus forte aisance financière dont bénéficient les entreprises, avait relâché la garde en matière de rationalisation des organisations. La France s’inspire du modèle anglo-saxon et sa productivité « s’anglo-saxonise ». Plus d’emplois cadres non directement productifs, qui viennent épaissir les coûts fixes, plus de services externalisés à bas salaire et travail dégradé, et financiarisation des stratégies industrielles qui privilégie les effets de levier par la croissance externe au détriment du développement organique des entreprises. »

Olivier Passet (après Hollande), émule de Margaret Thatcher ? Tiens donc ! Pas très flatteur pour celui qui se prétendait ‘’ni de droite, ni de gauche’’. Thatcher, elle, avait la franchise de revendiquer une politique de droite dure.

En relisant Ovide

Ovide, le poète latin, a écrit, il y a plus de 2000 ans, un très long poème, Les Métamorphoses, dans lequel j’ai relevé dans le Livre 1 et le chapitre consacré au Déluge, ces quelques vers :

« Le genre humain périra sous les eaux, qui, de toutes les parties du ciel, tomberont en torrents sur la terre (…) Les moissons sont renversées, les espérances du laboureur détruites, et, dans un instant, périt le travail pénible de toute une année (…) Les fleuves franchissent leurs rivages et, débordant dans les campagnes, ils entraînent, ensemble confondus, les arbres et les troupeaux, les hommes et les maisons, les temples et les dieux. »

Ovide n’était pas un devin ; il s’est simplement inspiré des mythologies grecques et latines. Mais, en relisant ces vers, comment ne pas faire un rapprochement avec la situation météorologique actuelle et notamment avec la tragédie que vient de connaître la région de Valence. Hélas, après bien d’autres et avant d’autres, annoncées.

Les ouragans, les cyclones, les canicules, les changements climatiques, les pluies torrentielles et les inondations ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat de la folie des hommes. Et on ne peut qu’enrager en observant l’inaction des gouvernements, malgré les appels désespérés des scientifiques.

Entendra-t-on enfin Ovide ? Entendra-t-on enfin les scientifiques ? Et prendrons-nous enfin des distances avec les pollueurs et les profiteurs, trop souvent alliés ?

Les gros mensonges du RN

Une fois encore, le RN de Marine Le Pen a été pris en flagrant délit de mensonge à l’Assemblée nationale. C’est une tradition familiale, qui gangrène tout le corps social.

Sa proposition de loi pour ‘’restaurer un système de retraite plus juste’’ n’était qu’une manœuvre pour tenter de piéger la gauche et occuper le terrain ; son projet ne prévoyant aucune mesure de financement de sa réforme ne pouvait être soumis au vote des députés.

Le RN a néanmoins maintenu l’examen de son projet toute la journée pour rien, preuve, s’il en faut, qu’il s’agissait d’une vulgaire opération de communication. Ses députés ont ensuite insulté la gauche en prétendant que le Nouveau Front populaire est ‘’l’ennemi des travailleurs’’. C’est osé, grossier de la part d’un parti comme celui-là, toujours prompt à voler au secours des patrons et qui, il y a quelques années seulement, prônait le départ à la retraite à 65 ans et qui a proposé hier un autre projet de loi en vue « d’assouplir les conditions d’expulsion des étrangers constituant une menace grave pour l’ordre du public » en fin de séance.

Il faut retenir de cet épisode peu glorieux dans l’hémicycle de la représentation nationale, que le RN est prêt à tout dans sa campagne de ‘’lepénisation’’ des esprits et que, comme son père, Marine Le Pen a fait des gros mensonges son fond de commerce. Comme Trump aux Etats-Unis.

Les néofascistes de tous les pays utilisent, là où ils sont, les mêmes programmes de propagande les plus abjectes. Hélas, ils prospèrent dans de trop nombreux pays, grâce aux politiques ultra-libérales au service des ultra-riches, au détriment des peuples.

La démocratie est en grave danger. Comme pour le climat, il serait temps de s’en soucier et de redonner la parole aux peuples.

Oui, c’est un génocide

Amos Goldberg, historien et professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, s’est dit révolté et traumatisé par l’attaque du Hamas le 7 octobre. Dans un entretien accordé au Monde, il dit : « Je comprenais bien le contexte de l’occupation, de l’apartheid [en Cisjordanie], du siège [de Gaza], mais, même si cela pouvait expliquer ce qu’il se passait, cela ne pouvait pas justifier de telles atrocités. Immédiatement après l’attaque, les bombardements israéliens massifs ont commencé et, en quelques semaines, des milliers de civils gazaouis sont morts. Et il n’y avait pas seulement les bombardements. Une rhétorique génocidaire est apparue et a dominé dans les médias, l’opinion publique et la sphère politique : « Nous devons les supprimer [les Palestiniens], ce sont des animaux humains » [Yoav Gallant, ministre de la défense, le 10 octobre 2023] ; « C’est toute une nation qui est responsable » [Isaac Herzog, président d’Israël, le 14 octobre 2023] ; « Nous devrions larguer une bombe nucléaire sur Gaza » [Amichai Eliyahu, ministre du patrimoine, le 5 novembre 2023] ; « C’est la Nakba de Gaza 2023 » [Avi Dichter, ministre de l’agriculture, le 11 novembre 2023, en référence audéplacement forcé et à l’expulsion de 700 000 Palestiniens, pendant la guerre de 1948, après la création d’Israël].Ces propos étaient tellement choquants que, pour cela non plus, je n’avais pas de mots. »

S’il reconnaît à Israël « le droit absolu de se défendre », il lutte néanmoins contre l’occupation et l’apartheid et il a pu écrire un texte en avril titré : « Oui, c’est un génocide ». Aujourd’hui, il ajoute : « Ce qui se passe à Gaza est un génocide, car Gaza n’existe plus. Le territoire a été totalement détruit. Le niveau et le rythme de tueries indiscriminées touchant un nombre énorme de personnes innocentes, y compris dans des lieux définis par Israël comme des zones sûres, la destruction de maisons, d’infrastructures, de presque tous les hôpitaux et universités, les déplacements de masse, la famine organisée, l’écrasement des élites et la déshumanisation étendue des Palestiniens dessinent l’image globale d’un génocide. »

Israël a franchi une étape supplémentaire hier : la Knesset a adopté un texte interdisant les activités de l’UNRWA sur son territoire. Cette étape supplémentaire, odieuse et répugnante, est la touche finale à l’épuration ethnique et au génocide.

Alors, oui, c’est un génocide car Gaza n’existe plus.

Gribouille

Michel Barnier est le Gribouille du XXIe siècle, ce triste personnage populaire qui se jette à l’eau pour éviter d’être mouillé par la pluie.

Michel Barnier est ce premier ministre qui a accepté le poste de premier ministre sans majorité et qui ne peut accumuler que déboires et revers.

Il cherche un petit milliard par ci, un deuxième par là ; tout en évitant de prendre de l’argent dans les poches de ceux qui en ont. Gribouille, donc, s’en prend aujourd’hui aux malheureux fonctionnaires qui ont l’audace de tomber malade. Il prétend leur prendre trois jours de carence (contre un seul aujourd’hui). Il laisse entendre que les professeurs, les pompiers, les gendarmes, les agents des douanes, les employés de mairie et de nombreux seraient des profiteurs, prétextant la maladie pour ne pas se rendre au travail. La mesure est avancée pour rétablir l’équilibre des finances publiques. De qui se moque Gribouille !

 Le projet est injurieux et digne des politiciens de droite méprisants pour les fonctionnaires.

Jordan Bardella, le président des fachos d’extrême droite, a applaudi ; Barnier a les supporters qu’il peut. Tous les Gribouille ont une imagination étroite, l’imagination de la classe des possédants.

Le maire écologiste de Grenoble, qui n’est pas Gribouille, a invité Barnier à travailler sur les raisons des accidents de travail et la cause des arrêts.

Barnier pense-t-il que les fonctionnaires seront assez bêtes pour avaler la pilule ?

Loose France

Si les jeunes générations ne connaissent pas l’histoire du terme popularisé par De Gaulle, la chienlit, qu’elles regardent l’état de la France. La cinquième puissance du monde se débat dans le désordre, l’anarchie, l’agitation au gouvernement, à l’Assemblée nationale, à l’Elysée (même si Macron parle beaucoup moins).

Alors, certains imaginent des bons mots ; j’ai particulièrement apprécié celui de Philippe Mabille, le directeur éditorial du quotidien économique La Tribune, qui a titré son billet de ce matin : ‘’De Choose France à Loose France’’.

Quand la France s’enlise et que le gouvernement Barnier cherche désespérément des milliards d’économies en faisant les poches des plus pauvres, l’expression de Mabille est plus élégante que les habituels ‘’tout fout le camp’’ ou ‘’rien ne va plus’’.

Les loosers sont au gouvernement, désemparés. A l’image de Rachida Dati, soi-disant ministre de la culture, dont le budget est en peau de chagrin (encore une expression toute faite !). Pour la candidate déclarée à la mairie de Paris « faire payer l’entrée de Notre-Dame, sauverait toutes les églises de France ». La pauvre Rachida parle trop vite, car en voulant bien faire, elle dit des âneries : la loi de 1905 interdit de faire payer l’entrée des lieux de culte !

En revanche, la ministre de la culture est restée muette en lisant un rapport de la Cour des comptes dénonçant l’augmentation du prix des billets pour l’Opéra. Pour les économistes de la rue Cambon, le prix moyen dépasse les 100 euros et les spectateurs sont les plus fortunés.

Si Rachida Dati n’a pas relevé ces ‘’détails’’, c’est que les directeurs de l’Opéra lui auraient aussitôt rétorqué que son ministère leur a annoncé une diminution de leur subvention de 6 millions d’euros qu’il faut bien compenser.

La culture populaire n’est pas le souci de Rachida Dati, ni de Barnier, ni de Macron. On le savait ; on en a la preuve. ‘’Loose France’’ se porte bien, merci. Et c’est la chienlit. 

Merci, M. Scorsese

Quel beau film, quelle intelligence et quel bel hommage à Georges Méliès (le plus sincère et le plus émouvant) !

Martin Scorsese en a réalisé des films intelligents, mais Hugo Cabret suffirait à le faire entrer dans le Panthéon du cinéma. Il ne s’agit pas seulement d’une œuvre pour enfants ; avec un rare brio, Scorsese en a fait un film à voir par tous, petits et grands pour célébrer la beauté du cinéma et le talent des précurseurs comme Méliès, montrant de nombreux extraits d’œuvres entrées dans la mémoire collective.

Alors que l’auteur du Voyage dans la lune (1902) a fini dans la misère, Scorsese a voulu faire de la dernière séquence de Hugo Cabret une cérémonie d’hommage à l’un des plus brillants réalisateurs, l’un des plus imaginatifs du cinéma.

Visiblement les acteurs ont pris beaucoup de plaisir à tourner ce film et ont rejoint l’intelligence de Scorsese pour en faire un chef d’œuvre.

Au moment où de trop nombreuses chaînes se vautrent dans la facilité et dans les programmes de divertissements bêtifiants, Arte a osé diffuser Hugo Cabret face à des comédies mièvres et insignifiantes.

Pour un soir, la magie de l’image était à l’honneur. Merci, M Scorsese.

Bolloré le taiseux

Vincent Bolloré est un taiseux ; il s’exprime peu sur la marche de ses entreprises. Il a souvent le visage fermé et sombre. Catholique intégriste, il réserve ses paroles à ses confesseurs, qui, eux, doivent recueillir des aveux peu catholiques. Eux aussi sont des taiseux ; ils respectent le secret du confessionnal. Et ce secret est particulièrement lourd.

A-t-on entendu le taiseux Vincent Bolloré à propos du licenciement d’Isabelle Saporta de la direction des éditions Fayard ? L’a-t-on entendu pour annoncer les raisons du choix de Lise Boëll pour la remplacer ? Les motivations n’apparaissent au grand jour qu’à la lecture d’un communiqué du 15 octobre dernier : « La maison Fayard, une des grandes maisons d’édition du groupe Hachette Livre, se réjouit d’annoncer la sortie du premier livre de Jordan Bardella […] le samedi 9 novembre en librairie ».

Bolloré se tait mais des salariés des éditions Fayard se sont exprimés dans une tribune dans laquelle ils constatent, dépités, que leur maison d’édition est « de plus en plus brune » ; ils ajoutent : « Nous pensons à nos auteurs et autrices, passé.es ou engagé.es contractuellement, ainsi qu’à nos ancien.nes et actuel.les collègues, qui n’ont d’autre choix que de rester ; qui ne peuvent se résoudre à laisser une maison d’édition historique dévaler une pente si dangereuse. Il faut du mérite pour se battre en interne. Pour elles et eux aussi, nous ne pouvons nous taire. »

Eux ne sont pas des taiseux ; ils prennent la parole pour dénoncer l’horrible et funeste croisade de Vincent Bolloré, qui, lui, continue sournoisement à faire campagne pour l’accession des fascistes à l’Elysée et au Parlement. Avec la bénédiction de tout ce qu’il y a de réactionnaire à droite et à l’extrême droite, et de ses confesseurs.

A-t-on entendu Vincent Bolloré annoncer le lendemain que la chaîne Planète+ (du groupe Canal+) a adapté en mini-série le livre d’Eric Zemmour, Le Suicide français, paru en 2014 dans lequel, il soutient que Pétain aurait sauvé des juifs pendant la guerre. Le choix est fort et significatif.

Vincent Bolloré est un taiseux, mais qui agit. Ses confesseurs l’encouragent dans sa croisade révisionniste et fascisante. Le Breton met donc l’ensemble de son groupe tentaculaire (livres, chaînes de télévision et de radio, presse écrite, publicité et communication) au service de cette croisade, sans tenir compte du respect du pluralisme que lui imposent les attributions de fréquence, par exemple.

Vincent Bolloré n’entend rien des critiques qui montent, assuré d’une impunité tombée du ciel (intégriste) et de nombreux hommes politiques aujourd’hui au gouvernement ou au Parlement, tellement couards que, sur le sujet, ils deviennent aux aussi, taiseux.

Face à cette campagne sans précédent par les moyens mis en œuvre, la seule solution est le démantèlement de l’empire Bolloré.

Crime d’Etat

Le 17 octobre 1961, les forces de police de Paris, sous les ordres de l’ignoble préfet Maurice Papon (condamné pour complicité de crimes contre l’humanité concernant arrestation, séquestration lors de l’organisation de la déportation de Juifs à Bordeaux en 1942) et couverts par le ministre de l’intérieur, Roger Frey, ont commis un crime d’Etat que personne ne doit oublier.

Des centaines d’Algériens manifestant pacifiquement ont été traqués puis jetés dans la Seine ; 14 000 de leurs camarades ont été arrêtés, matraqués, torturés, insultés, sur fond de racisme et traités de ratons, de bougnoules, de felouzes et autres bicots.

Ce qui s’est passé ce jour-là n’a rien à envier la rafle du Vel’d’hiv. Le pouvoir gaulliste a voulu effacer son crime en le niant et en censurant nombre de publications.

Des historiens, des journalistes et des hommes politiques de gauche ont mené des enquêtes courageuses et opiniâtres qui, toutes, prouvent la responsabilité de ce crime d’Etat au plus haut sommet.

Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui tentent de jeter un voile pudique sur des faits monstrueux. Ce n’est que le 28 mars dernier que l’Assemblée nationale a adopté une résolution ; mais son texte a dû être édulcoré pour être adopté :

« Rappelant que, le 17 octobre 1961, des familles algériennes manifestèrent pacifiquement à Paris contre le couvre‑feu discriminatoire imposé par la préfecture de Paris aux seuls « français musulmans d’Algérie » ;

Rappelant que les manifestants ont été victimes, sous l’autorité directe du préfet de police Maurice Papon, d’une répression violente et meurtrière entraînant de nombreux morts et blessés ;

Considérant que la poursuite de la réflexion conjointe sur ces événements devra contribuer à assurer un avenir en commun plus harmonieux pour le peuple algérien et le peuple français ;

Condamne la répression sanglante et meurtrière des Algériens commise sous l’autorité du préfet de police Maurice Papon le 17 octobre 1961 et rend hommage à toutes les victimes et à leurs familles ;

Souhaite l’inscription d’une journée de commémoration du massacre du 17 octobre 1961 à l’agenda des journées nationales et cérémonies officielles ;

Affirme son soutien à l’approfondissement des liens mémoriels unissant le peuple français et le peuple algérien ;

Invite le Gouvernement à travailler en commun avec les autorités algériennes pour appréhender leur histoire commune, y compris celle des événements du 17 octobre 1961. »

L’enseignant-chercheur Olivier Le Cour Grandmaison s’est indigné, à juste titre, de la tiédeur de cette résolution cherchant à évacuer et nier les responsabilités du gouvernement (en accentuant celles de Maurice Papon) et la reconnaissance des massacres comme crime d’Etat, comme le revendique le ‘’Collectif unitaire du 17 octobre 1961’’. Le chercheur reproche à Emmanuel Macron, mais aussi à François Hollande leur tiédeur et leur « sinistre persistance dans le refus de prendre en compte l’histoire singulière » de ces événements et leur propension à « flatter les électeurs du centre, de droite, voire d’extrême droite ».

Il ne faudra jamais oublier ce qui s’est passé le 17 octobre 1961.

Le pape et quelques ouailles

Le pape François a écrit une longue lettre « sur le rôle de la littérature dans la formation » et « sur son importance (…) dans le parcours de maturation personnelle », le 17 juillet dernier.

Une telle initiative est rare de la part d’un pape. C’est donc que la question est importante. François est volontiers iconoclaste, mais quand même ! Il écrit des phrases qui détonent dans une Eglise qui pratiquait (et pratique encore) l’Inquisition et a multiplié les autodafés : « Une œuvre littéraire est donc un texte vivant et toujours fécond, capable de parler à nouveau de multiples façons et de produire une synthèse originale avec chaque lecteur qu’elle rencontre. Dans la lecture, le lecteur s’enrichit de ce qu’il reçoit de l’auteur, mais cela lui permet en même temps de faire fleurir la richesse de sa propre personne, de sorte que chaque nouvelle œuvre qu’il lit renouvelle et élargit son univers personnel. »

François écrit encore : « De plus, pour un croyant qui veut sincèrement entrer en dialogue avec la culture de son temps, ou simplement avec la vie des personnes concrètes, la littérature devient indispensable. À bon droit, le Concile Vatican II affirme que la littérature et les arts […] s’efforcent d’exprimer la nature propre de l’homme » et de mettre en lumière les misères et les joies, les besoins et les énergies. En vérité, la littérature s’inspire de la quotidienneté de la vie, de ses passions et de la réalité des événements tels que l’action, le travail, l’amour, la mort et toutes les pauvres choses qui remplissent la vie. »

Les arguments du pape en faveur de la lecture sont définitifs quand il écrit encore : « La représentation symbolique du bien et du mal, du vrai et du faux, comme dimensions qui prennent dans la littérature la forme d’existences individuelles et d’événements historiques collectifs, ne neutralise pas le jugement moral mais l’empêche de devenir aveugle ou de condamner superficiellement. »

Les membres de l’association d’extrême droite SOS Education, proche d’Eric Zemmour et du Rassemblement national, n’ont pas dû lire cette lettre du pape : ils ont eux aussi écrit une lettre, au gouvernement, non pour encourager à la lecture mais pour dénoncer un livre retenu pour le Goncourt des lycéens au prétexte d’un « contenu pornographique et psychiquement dangereux ». Le livre en question, Le Club des enfants perdus de Rebecca Lighieri, n’aurait pas sa place entre les mains des lycéens. La lettre a été reprise par le JDD, l’organe dominical bien-pensant, patronné par Vincent Bolloré.

On assiste à un nouveau procès en sorcellerie. Quand le livre de Rebecca Lighieri sera-t-il brûlé devant les cathédrales ?

L’association d’extrême droite s’était déjà manifestée en se dressant contre l’exposition « Zizi sexuel » à la Cité des Sciences. Elle persévère dans le culte de l’ignorance. Les réactionnaires sont plus prompts à dénoncer l’éducation à la sexualité à l’école que les prêtres pédophiles dans les diocèses ou à Stanislas.

Le pape François a encore une lourde tâche devant lui pour faire évoluer ceux qui se réclament de son Eglise catholique. Et ses lettres, aussi belles soient-elles, n’y suffiront pas.

Peut-on aimer un pays

Mona Cholet est une journaliste et une autrice de talent. Ses œuvres ne laissent pas indifférent.

Invitée de l’émission d’Augustin Trapenard, La Grande Librairie, le 9 octobre pour parler de son dernier ouvrage, En finir avec la culpabilisation (La Découverte), elle a pris la parole pour lire un texte particulièrement émouvant sur la Palestine. Ce grand moment de télévision est à regarder pour partager le bouleversement provoqué par cette lecture. Mais, ce texte est aussi à lire et relire pour saisir toutes les raisons que tout homme humaniste a de soutenir le peuple palestinien.

Peut-on aimer un pays
Qui n’est même pas un pays ?

Un pays
Dont on n’a jamais foulé le sol
Un pays avec lequel on n’a,
Pour tout lien physique,
Qu’une lampée d’huile d’olive
Parsemée de zaatar
Qui caresse le gosier
Qui enchante les papilles de sa verdeur

Un pays
Dont on regarde de vieilles photographies,
Le cœur battant,
En y cherchant le visage de ses ancêtres
Au détour d’une ruelle de Jérusalem

Peut-on aimer un pays
Que tant de gens autour de soi
Se réjouissent de voir brûler
Un pays défiguré, englouti par la corrosion d’un seul mot :
« Terroriste »

Un pays d’enfants radieux
Transformés en pantins mutilés
En cadavres poussiéreux

Un pays dont le nom, à lui seul,
Constitue une offense
Dont le drapeau peut vous mener au commissariat
Dont les habitants
Pèsent moins qu’une plume
Sur la balance des vies humaines

Peut-on aimer un pays
Dont même vos amis
Semblent ignorer la part de douceur

Un pays qui vous rend suspecte
Qui vous isole dans le tremblement de votre effroi
Dans le chagrin qui vous réveille la nuit
Dans l’infinie litanie
De souffrances trop vertigineuses
Pour que l’esprit les saisisse

Peut-on aimer un pays entêté

Qu’il serait si facile de renier

Mais qui vous interdit de l’oublier

Un pays qui vous appelle, qui vous oblige

Un pays qui vous demande

De mettre à l’abri ses trésors

Quand vient l’heure inexorable de la destruction

Dégâts collatéraux désastreux

On n’en finit pas de mesurer les dégâts collatéraux de la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron. Ulcéré par le résultat de l’élection européenne, il a pris une décision digne du souverain de droit divin ne supportant aucune contrariété, posture qu’il assume depuis sa première entrée à l’Elysée.

Mais si le peuple exaspéré avait ramené Louis XVI de Versailles à Paris, Macron, lui, reste en place, refusant de nommer un premier ministre de gauche, dévoilant ainsi, mais était-ce nécessaire, sa véritable nature.

Néanmoins, aujourd’hui, le roi est quasiment nu après avoir trouvé un allié, le LR, et un groupe de pression, le RN. Il partage le pouvoir avec le groupe parlementaire qui a été rejeté par les électeurs et sous le contrôle de Marine Le Pen. C’est peu glorieux. 

Les dégâts collatéraux immédiats sont considérables. La dette de l’Etat et la politique européenne sont avancées pour donner un nouveau tour de vis anti-social. Hausse des impôts directs et, surtout indirects touchant le peuple et préservant les ultra-riches ; coups de rabots sur les dépenses de santé ; report de l’augmentation des pensions de retraites ; suppression de postes de fonctionnaires et notamment d’enseignants quand il en faudrait davantage (l’école privée catholique réactionnaire pour les riches a de beaux jours devant elle malgré les scandales qui l’entourent) ; diminution du budget de la culture du fait de l’inflation (de nombreuses structures et initiatives ont déjà soit réduit, soit annulés leurs activités) ; etc.

La liste des dégâts s’allonge au fur et à mesure de la découverte du projet de budget.

Les grands groupes profitent de la chienlit pour faire leurs affaires. Ainsi, on apprend que Sanofi va vendre sa filiale Opella, spécialisée dans les médicaments ‘’grand public’’, à un fonds d’investissement américain, CD&R, pour 15 milliards, plutôt qu’à un fonds français cependant mieux disant social, mais moins généreux pour les actionnaires, le premier étant L’Oréal.

L’opération purement spéculative concerne quand même 115 médicaments et 11000 salariés dans 150 pays, qui, aujourd’hui, sont plongés dans l’angoisse. CD&R (pour Clayton, Dubilier & Rice), l’un des plus grands fonds américains, n’investit que pour réorganiser les entreprises rachetées à coups de milliards pour un retour sur investissement immédiat ; il n’hésite pas à couper les branches les moins rentables sous la pression de ceux qui lui ont confié des sommes considérables pour accumuler des dividendes. L’argent n’a pas de morale.

On est loin des vibrantes déclarations de Macron s’engageant à rapatrier la fabrication des médicaments essentiels en France. Aujourd’hui, curieusement, lui est d’habitude si disert, est étrangement muet. Il n’a pas un mot pour condamner l’opération.

Est-il fier de ce nouveau coup porté à l’industrie française par les détenteurs du capital ?

Confusions extrêmes

La démocratie, c’est-à-dire, l’organisation sociale du pays, est tourneboulée. Un groupe de 47 députés peut, par exemple, se targuer de détenir aujourd’hui 11 ministères, dont le premier et celui de l’intérieur.

Le pouvoir qui détermine l’organisation sociale est confisqué par une petite caste de réactionnaires rances, celle qui a mené la France à la quasi-faillite.

Le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple n’est qu’illusion ; il ne revient plus au peuple de s’administrer. La caste au pouvoir n’a pas été mise en place pour le bonheur du peuple et nous subissons l’inversion de la démocratie ; nous sommes de plus en plus en ploutocratie, tournant le dos aux résultats électoraux.

Dans le contexte de discussion du prochain budget de la nation, la secrétaire générale de la CGT, a eu raison de rappeler que « là où l’on peut faire des économies, c’est sur les aides aux entreprises. C’est 200 milliards d’euros chaque année, un tiers du budget de l’Etat (…) Il faut que le balancier passe de l’autre côté ; aux grandes entreprises et aux plus riches de passer à la caisse. »

Le gouvernement a bien écouté, mais pas entendu ; il est plus sensible aux fortes injonctions des ploutocrates.

Certains affidés des ploutocrates, dans les régions, ont pris un train d’avance. Par exemple, le département du Nord a décidé de ne plus financer Collège au cinéma, un dispositif national qui permet aux collégiens d’aller voir d’excellents films avec leurs professeurs. Le montant de l’économie : 230 000 euros, sur un budget de 3,9 milliards.

Le président (de droite) du conseil départemental, Christian Poiret, a avancé un argument imbécile : « Le cinéma, vous ne pensez pas qu’ils peuvent y aller avec leurs parents ? ». Ainsi, il prive 30 000 collégiens du Nord d’éducation à la culture au moment où celle-ci est la plus nécessaire.

C’est, une fois encore, les ploutocrates qui ne veulent pas toucher à leurs privilèges et qui abandonnent l’éducation nationale au marché, car c’est le marché qui conditionne les moyens attribués à chaque échelon du pouvoir. Pour eux, la culture n’est pas nécessaire au peuple.

Le marché est d’ailleurs de plus en plus soumis aux règles dictées par les ploutocrates, qui ont mis en place des structures privées pour les faire respecter. Les cabinets de conseil sont de puissants gardiens des dogmes. Le gouvernement est sous leur influence comme l’a montré Elise Lucet dans son émission Cash Investigation sur le cabinet McKinsey.

Les médias sont, eux aussi, sous contrôle étroit et Elise Lucet est passée à côté du sujet en voulant faire de son émission un spectacle où la journaliste doit rester la vedette. Elle n’a pas mis en exergue, ainsi que l’a noté Télérama, « comment les consultants sont devenus des acteurs invisibles au sein des gouvernements, ce qui affaiblit la transparence nécessaire au fonctionnement démocratique. Le documentaire minimise également l’ampleur des conflits d’intérêts, qui sont bien plus répandus qu’il ne le montre. »

Le mal est profond. La ploutocratie tien bon le gouvernail du système économique et financier mondial celui qui, comme le soutenait José Saramago (on y revient toujours) « n’est pas démocratique parce que ce n’est pas le peuple qui l’a élu, qui n’est pas démocratique parce qu’il n’est pas régi par le peuple, et qui n’est pas démocratique, enfin, parce qu’il ne vise pas le bonheur du peuple ».

La France du 14 juillet 1789 est à réinventer.

Patrons voyous

Le scandale est énorme : la société Milee (ex-Adrexo), spécialisée dans la distribution d’imprimés publicitaires, vient d’être placée en liquidation. Résultat : 10 100 salariés sont licenciés et, plus encore, privés de salaires depuis le mois de juillet.

Le scandale est énorme et les grands médias sont muets. Le sort de plus de 10 000 pauvres, salariés précaires, fragiles, distribuant des paquets publicités dans des conditions moyenâgeuses et avec des salaires de misère, n’intéresserait donc pas les Français !

Le scandale est énorme quand on saura que les trois patrons de la holding Hopps Group sont des habitués des coups tordus. L’un d’eux, Frédéric Pons a été condamné en 2012 pour travail dissimulé quand il était à la tête d’Adrexo. Les patrons des Bouches-du-Rhône, peu regardants, l’ont porté à la vice-présidence du MEDEF.

Sa condamnation ne l’avait pas empêché de racheter Adrexo avec deux compères, Eric Paumier et Guillaume Salabert en 2017 et de la filialiser au sein de Hopps Group.

Le premier nommé, ex-directeur d’Adrexo Mail, avait racheté en 2012 l’activité colis d’Adrexo pour 1 euro symbolique (avec une soulte de 67 millions) pour créer Colis Privé, revendue 600 millions d’euros en 2022 à l’inévitable Rodolphe Saadé (CMA CGM), l’ami d’Emmanuel Macron. Aujourd’hui, les salariés de Milee s’étonnent de ne pas trouver trace du produit de la vente et, surtout, d’apprendre que leurs patrons ont prélevé 70 millions d’euros de dividendes fin 2022 vers Hopps Group.

Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT dénonce ce scandale et s’étonne du mutisme du gouvernement, la situation de Milee n’étant que la partie émergée de l’iceberg : « Depuis la fin de Presstalis pendant le Covid, aucun modèle pérenne n’a été trouvé pour la distribution de la presse. Il faut plancher sur un modèle durable et nous avons des idées. La CGT propose de travailler sur des mutualisations et des complémentarités, notamment avec la distribution de produits pharmaceutiques. Ce serait un projet tenable économiquement et écologiquement intéressant. »

Les patrons voyous ont encore de beaux jours devant eux ; le silence des médias est leur meilleur allié.

7 octobre

José Saramago a écrit des phrases terribles mais tellement justes en 2000 sur la situation à Gaza et en Cisjordanie. Il osait déjà parler de génocide et de complicité criminelle des nations occidentales ; son analyse s’est perdue et il apparaît utile de la rappeler près de 25 ans plus tard :

« Israël a fait siennes les terribles paroles de Jéhovah dans le Deutéronome : « A moi la vengeance et la rétribution. » Israël veut que nous nous sentions coupables, nous tous, directement ou indirectement des horreurs de l’Holocauste, Israël veut que nous renoncions à notre plus élémentaire jugement critique et que nous nous transformions en un docile écho de sa volonté ; Israël veut que nous reconnaissions de jure ce qui pour eux est déjà un exercice de facto : l’impunité absolue. Du point de vue des juifs, Israël ne pourra jamais être soumis à jugement, puisqu’il a été torturé, gazé et brûlé à Auschwitz. » Benyamin Netanyahu agit à Gaza et au Liban, sûr de son impunité.

Le 7 octobre 2023, Le Hamas, créature d’Israël, aussi fanatique que les plus fanatiques des Israéliens, a perpétré un crime de guerre terrible et inacceptable. Gideon Levy, journaliste israélien au quotidien Haaretz, en témoigne aujourd’hui dans L’Humanité : «Il y a eu un choc et un traumatisme. Je suis allé dans les kibboutz et les villages attaqués, deux jours plus tard ; j’ai vu des scènes terribles. Je ne minimise rien. Mais, dorénavant, tout se passe comme si nous pouvions faire ce que nous voulons. »

Gideon Levy prend néanmoins des distances avec le génocide décidé par Netanyahu : « Il faut néanmoins rappeler que ce qui s’est passé ce jour-là s’inscrit dans un contexte. Il y a une raison à tout ; cela ne veut pas dire que je justifie tout. Mais, pensez-vous vraiment que 2,3 millions de personnes vivraient pendant dix-huit ans dans la plus grande prison au monde et l’accepteraient pour toujours ? Le 7 octobre est arrivé de la manière la plus brutale, mais après dix-huit ans en prison, les gens peuvent devenir fous. Nous pouvons tuer 41 000 personnes sans que quiconque n’ait le droit de nous dire que c’est criminel, illégal et génocidaire ? Nous pouvons tuer 17 000 enfants et dire que c’est de l’autodéfense ? Non. Israël a le droit de se défendre, mais pas de commettre un génocide. Le 7 octobre ne donne pas à Israël la liberté de se comporter en sauvage. »

La critique du gouvernement israélien est devenue inaudible et expose ceux qui osent le faire à un procès en antisémitisme. Gideon Levy, lui un juif, nous lance cependant un appel vibrant : « Ignorez cela. C’est une manipulation cynique de la propagande israélienne. Il y a de l’antisémitisme, et il faut le combattre. Mais tous ceux qui critiquent Israël ne sont pas des antisémites, pour l’amour de Dieu ! La plupart d’entre eux ne le sont pas car ce sont des gens de conscience. Quand un citoyen français voit le massacre d’enfants et crie « Arrêtez ça ! », il crie à son gouvernement de faire quelque chose. Qu’est-ce que cela a à voir avec l’antisémitisme ? »

Le bilan du crime du Hamas le 7 octobre 2023 est terrible, mais le génocide du peuple palestinien est effroyable et insupportable. Une ONG créée par Paul Biggar, un développeur irlandais, en janvier dernier, TechforPalestine, regroupant des centaines de contributeurs dans le monde, a compilé les bilans publiés par les autorités gazaouis. Parmi les 41 825 victimes dans la bande de Gaza, 34 343 ont été identifiées ; parmi elles, 1332 avaient moins de 2 ans, 5923 de 2 à 11 ans, 4100 de 11 à 17 ans, 20255 avaient plus de 17 ans et 2733 plus de 60 ans. L’ONG a dénombré 1423 attaques de colons en Cisjordanie, faisant 699 morts. Le bilan est macabre.

A qui Netanyahu fera-t-il croire que toutes ces victimes étaient des suppôts du Hamas ? La bande de Gaza n’est qu’une ruine.

Il faut entendre les appels au secours déchirants venus de Gaza et désormais du Liban ; il faut entendre ceux qui souffrent, interminablement et attendent de nous d’appeler et, surtout, d’agir pour stopper le massacre d’un peuple.

Et toc !

Vincent Bolloré a colonisé ‘’ses’’ médias pour y déverser une idéologie hyper-réactionnaire. ‘’Ses’’ journalistes ne font donc pas d’information, mais du bourrage de crâne. Hélas, il n’est pas le seul milliardaire à se livrer à une confiscation du pluralisme.

On n’est pas obligés de les regarder, écouter ou lire.

En effet, tout n’est pas perdu ; il reste encore des journalistes, des vrais, notamment dans la presse écrite.

Ce n’est pas dans la presse Bolloré qu’on lira ces deux exemples des bons principes professionnels ; ils sont tirés de Télérama et pas dans les pages les plus lues (dans les dernières pages réservées à la radio), mais ils sont réconfortants. Il s’agit de deux articles écrits par deux jeunes consœurs (bravo à elles).

L’une, Elise Racque, a interviewé Marina Carrère d’Encausse (nouvelle venue sur France Culture) qui, à la question : « Les inégalités sociales traverseront-elles l’émission ? », a livré une très belle réponse : 

« Toujours, toujours, toujours ! Parler de santé, c’est parler d’injustices et de discriminations. Vous pouvez aborder l’IVG sous le prisme purement médical, mais vous pouvez aussi consacrer une émission à expliquer pourquoi ce droit est menacé. L’impact des inégalités sociales sur la santé des gens m’a toujours préoccupée. En France, on a la chance de garantir un accès aux soins gratuits pour les plus défavorisés, mais il ne faut pas ignorer les conséquences de ces inégalités. Par exemple, sur l’obésité et la malnutrition. Je soutiens évidemment les discours qui consistent à dire qu’il faut faire du sport, manger sainement et bio. Mais à qui on parle ? J’ai un peu de mal à entendre ça quand je vois une femme seule qui élève quatre enfants dans une cité et qui ne va certainement pas faire un jogging le soir en rentrant du boulot, ni acheter du bio avec son budget serré. Ces injonctions très globales ne prennent pas en compte la réalité sociale des gens, je crois même qu’elles tendent à aggraver les inégalités. Je voudrais faire en sorte que les messages de prévention et de dépistage puissent vraiment aider le plus grand nombre. On en est loin. »

Le second exemple, on le doit à Marion Mayer qui, dans une rubrique intitulée ‘’Dans les oreilles’’, écrit un court article titré ‘’Taxer les ultra-riches’’ bien troussé :

« Je suis souvent frustrée par le débat du 7/10 d’Inter. Mais entendre Cécile Duflot, directrice d’Oxfam France, rappeler que l’impôt sur l’héritage que propose l’ONG ne concerne que les sommes au-delà de 13 millions d’euros m’a semblé important. « Les Français sont contre cet impôt, mais l’immense majorité d’entre eux ne le paieront jamais. », précise-t-elle face au secrétaire général de LR Geoffroy Didier, qui préfère parler égalité des chances à l’école. « Ça nécessite que l’école ait les moyens de faire son travail », rétorque-t-elle. Et toc ! »

Alors, oui, et toc ! Et bravo aux deux jeunes journalistes.

L’une permet à Marina Carrère d’Encausse affirmer un beau parti pris (c’est tout à l’honneur du service public et de France Culture) ; l’autre se permet de critiquer ‘’le grand entretien’’ (sic) de France Inter (également service public) et, par ricochet, la star Léa Salamé, trop souvent insupportable.

Tout cela me rappelle le titre du livre rendant compte des Etats généraux de la culture en 1987, initiés par Jack Ralite : ‘’La culture française se porte bien pourvu qu’on la sauve’’. On pourrait décliner ce titre à propos de l’information : ‘’’l’information en France se porte bien pourvu qu’on la sauve de Bolloré et de quelques autres milliardaires’’.

Et toc !

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