La Chouette qui hioque

Auteur/autrice : Michel (Page 26 of 83)

Versailles, l’envers du décor !

Versailles célèbre les quatre cents ans du château de Louis XIV. La présidente de l’établissement public, Catherine Pégard, qui fait du rab par la volonté d’Emmanuel Macron (à 68 ans, son troisième mandat aurait dû se terminer en octobre 2022), s’est fendue d’un éditorial à la hauteur de l’événement dans Les Carnets de Versailles.

Elle y parle de l’écho de la grandeur de Louis XIV, de son goût pour tous les arts, de sa passion démesurée et évoque même le récent « dîner d’Etat en l’honneur de Charles III ».

L’ex-journaliste nous invite à « butiner notre histoire ».

Je ne butinerai pas, mais je rappellerai quelques chiffres attachés à l’édification du château par les rois de Louis XIII à Louis XVI : 36 000 ouvriers, dont près de 10 000 sont morts sur le chantier ; beaucoup sont décédés du paludisme en asséchant les marais sur lesquels s’est érigé ce caprice.

Je rappellerai aussi les charrettes qui, chaque matin, faisaient le tour du chantier pour ramasser les morts.

Je rappellerai enfin que les femmes des ouvriers se sont rebellées parce que les conditions de travail, mais aussi de vies de leurs maris, étaient atroces.

Ce n’est pas un détail de l’histoire ; le château de Versailles a été construit sur les cadavres des ouvriers, surexploités, tels des esclaves.

La célébration des quatre cents ans du début de la construction de ce monument d’orgueil, gouffre financier insondable, aurait pu, et dû, avoir une pensée pour ces milliers de pauvres hères qui ont travaillé durant les 53 années du chantier, avant de mourir malades et épuisés sans voir la fin de l’œuvre de leurs mains.

Décidément, les ‘’accidents du travail’’ seront toujours occultés. Sous Louis XIV comme sous le règne d’Emmanuel 1er, malgré les révoltes et les Révolutions. 

Le toupet de Dominique Seux

Le quotidien économique de Bernard Arnault, Les Echos, est quelque peu gêné quand une association féministe, Les Glorieuses, rappellent que les femmes travaillent gratuitement depuis le 6 novembre à 11 heures 25. Car si les petites mains des multiples entreprises du groupe LVMH témoignaient, les directions des innombrables entreprises se sentiraient-elles fautives ?

Dominique Seux, en scrupuleux gardien du dogme libéral et envoyé très spécial des Echos sur le front de l’information de service public, s’est senti obligé de traiter de ce scandale des inégalités femmes/hommes dans sa chronique quotidienne sur France Inter.

Il concède bien que l’idée est juste, mais, pour lui, il y a un mais ; à savoir que Les Glorieuses n’ont pas tout à fait raison. Argument massue pour en faire la démonstration.

L’écart des salaires des femmes avec ceux des hommes ne serait pas de 15 % comme l’affirment ces féministes dérangeantes, mais de seulement 4 % à métier et poste équivalents. En revanche, « ce qui fait monter le chiffre à 15% (presque 4 fois plus tout de même), ce sont les métiers différents qu’exercent dans la vie les hommes et les femmes. En clair, les aides-soignantes, les assistantes de direction et les caissières, métiers majoritairement féminins, sont moins bien payées que les ouvriers qualifiés et les ingénieurs. »

Dominique Seux évoque alors « l’effort à faire pour que (les femmes) aillent vers les métiers mieux payés et pour revaloriser les métiers mal payés et comme par hasard très féminisés. »

Dominique Seux n’est pas allé jusqu’à fustiger ce capitalisme libéral qui cantonne les femmes dans les métiers de secrétaires (qui font aussi le café des patrons), des aides à domicile, des aides ménagères, des caissières, etc. M. Bernard Arnault pourrait en parler longuement avec ‘’son’’ directeur de rédaction

Conclusion osée de l’éditorialiste garant de la pérennité du patriarcat : « Le péché par omission est un péché véniel, pas mortel. » Quel toupet !

Bolloré est contagieux

Admirateur d’Eric Zemmour, Franck Ferrand vient d’être nommé directeur éditorial de la revue Historia. 

L’historien André Loez a qualifié de ‘’charlatan’’ un journaliste qui, selon un autre historien, Olivier Coquard, cherche « à utiliser Historia pour promouvoir sa vision du passé, faite de monarchisme, de catholicisme, de nationalisme conservateurs ».

Pour être complet, il faut ajouter que Franck Ferrand est un chroniqueur régulier de Cnews et Valeurs actuelles. Ce qui fait dire à une autre historienne, Mathilde Larrère : « Franck Ferrand a tendance à utiliser l’histoire au service de ses combats politiques qui, pour la plupart, sont des combats de haine ».

Voilà qui ressemble étrangement à une manœuvre de Vincent Bolloré recrutant Geoffroy Lejeune pour diriger Le Journal du dimanche (JDD).

Mais il ne s’agit pas ici de Bolloré, mais de Bernard Arnault qui vient de racheter Historia à Claude Perdriel, après avoir acquis 40 % du capital du groupe Croque Futur (éditeur de Challenges, Sciences et Avenir, L’Histoire, La Recherche et Historia).

Alors, Bolloré – Arnault, même combat ?

Assurément ! Les milliardaires se ressemblent tous.

Femmes, soyez actionnaires

A compter de ce jour les femmes travaillent gratuitement. Cantonnées le plus souvent dans des tâches subalternes et précaires, elles sont en outre mal payées. A capacité et responsabilité égales, leur salaire est largement inférieur à celui de leurs collègues masculins. Pour la seule raison qu’elles sont femmes.

Les journaux économiques de ce jour nous annoncent que les entreprises rachètent leurs propres actions à un rythme effréné : plus de 23 milliards depuis le début d’année. Pour les Echos, un record que le quotidien de Bernard Arnault est fier de mettre en avant, ajoutant que la crise épargne la Bourse de Paris.

Les actionnaires sont ravis ; ceux de Total en particulier. Selon les Echos, toujours, le rachat des actions permet au pétrolier d’annoncer qu’il reversera 9 milliards de dollars supplémentaires à ses actionnaires.

Les dividendes sont versés sans distinction de sexes.

Alors, femmes, soyez actionnaires !

Lire, penser, agir

Dans de nombreuses discussions avec des amis revient, comme une antienne, le déficit démocratique, mettant en cause jusqu’à la citoyenneté et la pauvreté du débat public.

Certes, nous nous sommes éloignés de Maximilien Robespierre constatant que « les hommes d’affaires se sont toujours chargés d’enseigner eux-mêmes l’arithmétique afin que personne ne puisse vérifier leurs comptes ». Encore que…

Un syndicat, la CGT, a fait de la lecture un axe majeur de son activité. Eugène Varlin, dès la fin du XIXe siècle, encourageait les travailleurs à lire pour parvenir à leur émancipation et à leur affranchissement. Dès 1905, les Bourses du travail se dotèrent d’ailleurs de bibliothèques et la Confédération créera même une école de bibliothécaires.

Les dirigeants successifs insisteront tous pour développer la lecture. Ainsi Georges Séguy écrivait-il en 1981 :

« Chez nombre de militants, la sous-estimation de la lecture des livres repose, bien sûr au-delà des obstacles matériels et culturels objectifs, sur la méconnaissance de l’apport spécifique irremplaçable du livre. Et pourtant rien ne peut remplacer le livre comme instrument de l’intelligence globale de la réalité en transformation. Il nous faut veiller à privilégier le livre, tout simplement parce qu’il reste aujourd’hui pour beaucoup de travailleurs le passeport obligatoire pour accéder à d’autres activités culturelles. »

Nous sommes à une époque où le mouvement social est affaibli (malgré la puissante opposition sociale à la réforme des retraites) et où les comités d’entreprise (aujourd’hui transformé en comité social et économique par Macron en 2018) ont vu leurs moyens matériels et humains réduits drastiquement. Mais la CGT relève le défi.

Son Institut d’histoire sociale (IHS-CGT) organise son 6e Salon du livre d’histoire sociale (dans sa définition la plus large) mardi 7 novembre à la Bourse du travail de Montreuil, dont le thème est « Lire, penser, agir ». On y revient toujours.

Pour ne plus avoir à constater le déficit démocratique, l’initiative doit être soutenue et encouragée. L’occasion de rencontrer auteurs (en sciences sociales et humaines, historiens, économistes, sociologues), romanciers de fictions, auteurs de bandes dessinées, éditeurs et acteurs de la vie sociale, dont les œuvres questionnent le monde réel n’est pas si fréquente.

Comme l’écrivait en 1993 Jean-Michel Leterrier, alors responsable de la politique culturelle de la CGT, « Aux livres, citoyens ! »

Eviter l’inévitable

L’historien Patrick Boucheron, à qui on doit une somme exceptionnelle, Histoire mondiale de la France (Seuil), se livre dans un long entretien dans le Monde, sous le titre ‘’Le temps impose parfois à l’historien d’entrer dans la mêlée’’. Il explique les raisons de la publication d’un court texte dans la collection Libelle (toujours au Seuil) sous le titre ‘’Le Temps qui reste’’ (72 pages, 4,90 €) dans lequel il entre effectivement dans la mêlée avec beaucoup de détermination.

De son entretien au Monde, j’ai retenu un bref extrait : 

« Depuis la réforme des retraites et la grave crise de légitimité démocratique qu’elle a précipitée, il faudrait tenter, durant les quatre ans à venir, de ne plus commenter les faits et gestes du président, mais de considérer au contraire que son quinquennat est terminé. Si cela est impossible pour un journaliste, en tant qu’historien et citoyen, je n’accorderai qu’une attention distraite à ce qu’il dira. Dois-je commenter chacune de ses provocations sur l’enseignement de l’histoire ? C’est perdre du temps, quand on ferait mieux de se demander pourquoi personne ne trouve à redire lorsqu’il prétend que l’éducation est son ‘’domaine réservé’’, ce qui est institutionnellement scandaleux. Mais cessons là. Je tente de me désintoxiquer de cette indignation morale que suscite en moi l’arrogance de ceux qui nous gouvernent. Ce n’est pas si facile, car je n’ai pas l’expérience d’un gouvernement qui ait à ce point méprisé les sciences sociales, l’université, l’exercice collectif de l’intelligence, le mouvement social : tant de suffisance pour tant d’insuffisances. »

Hélas, le quinquennat n’est pas encore terminé et le méprisant de la République a encore quelques mauvaises lois à faire adopter, à coups de 49-3.

Patrick Boucheron appelle à ‘’s’arc-bouter’’ pour s’opposer à « l’inévitable retour du fascisme » Un retour qui le hante, car, dit-il au Monde : « En France, toutes les dispositions réglementaires, pour ne rien dire des habitudes policières, seraient disponibles en cas de victoire de l’extrême droite, qui s’accommoderait très bien de la Ve République. »

Rien à ajouter.

Le président le veult !

La France a un président vibrionnant ; il est partout ; il parle beaucoup (trop) ; il s’occupe et décide de tout (à la place des ministres) et il voyage souvent.

Il est parti en Asie centrale, plus précisément au Kazakhstan et en Ouzbékistan, deux pays riches en ressources pétrolifères, en charbon, en uranium et autres métaux rares. Il faut regarder la composition des délégations accompagnant le président pour connaître le but réel du voyage.

Auparavant, le président vibrionnant avait longuement parlé à Villers-Cotterêts à l’occasion de l’inauguration de la Cité internationale de la langue française. La cérémonie avait été annulée le 19 octobre en raison des obsèques de Dominique Bernard, le professeur de français assassiné dans son lycée d’Arras.

Le président contrarié avait un discours rentré ; qu’à cela ne tienne, la cérémonie a été reportée à lundi dernier. Non sans perturber le service public de télévision.

Les chaînes ont été entièrement consacrées à l’initiative présidentielle, du matin au soir. France 2 a pris l’antenne dès 9h55 pour retransmettre la cérémonie, diffusant le long discours de Macron en direct, en amputant le journal de 13h (Franceinfo et TV5 Monde étaient également de la fête). L’émission spéciale en direct de la cité, intitulée ‘’Voyages en langue française’’, également prévue le 19 octobre, a été diffusée ce lundi à 21h, entraînant une cascade de déprogrammation. Une journée insupportable pour les opposants. France 2 est outrageusement au service exclusif d’un Emmanuel Macron omniprésent. Sans état d’âme.

Les gesticulations ont permis d’occulter un nouveau rapport qui dérange le président vibrionnant, le quatrième rapport du comité d’évaluation des réformes de la fiscalité du capital. Il s’agissait pour ce comité Théodule de mesurer l’efficacité des mesures voulues par le président et notamment la baisse de la taxation des revenus du capital.

Hélas pour le président, les experts ont jugé que le pays a perdu des recettes fiscales (4,5 milliards en remplaçant l’ISF par l’IFI), que les riches sont plus riches, que les dividendes ont fortement augmenté et que les inégalités se sont aggravées. Pour faire bonne mesure, le comité a noté que, en définitive, les réformes n’ont pas eu d’effets sur les investissements.

Comme c’est curieux. On nous aurait menti ? Une fois encore…

La conclusion qu’en tire Alternatives économiques, c’est que « Emmanuel Macron est bien un président des plus riches ».  Ô, il ne s’agit pas d’une révélation, mais d’une preuve supplémentaire. Si cela gêne le président, France Télévisions n’en parlera pas. Le rapport est déjà passé à la broyeuse, comme les précédents. Les experts apprécieront.

Quant aux citoyens qui contemplent la montée des inégalités, qu’ils regardent France 2 et qu’ils se taisent. ‘’Le président le veult’’.

L’opération de Villers-Cotterêts

La pratique de la langue française est en recul dans le monde, n’en déplaise à Emmanuel Macron. Signe d’un affaiblissement de son économie et de sa culture.

Quand un président de la République veut transformer le pays en ‘’start-up nation’’ il apparaît pour le moins curieux d’inaugurer une ‘’cité internationale de la langue française’’ à Villers-Cotterêts.

D’une part, parce que le château bâti dans cette commune était le symbole de l’Ancien Régime, où aimait se déplacer la cour de François 1er pour festoyer ; d’autre part, parce que, bien qu’il s’en défende, Emmanuel Macron a choisi d’installer la langue française dans un musée.

La langue française a été une arme de domination, imposée aux peuples autochtones par l’armée et les colons. La décolonisation, le recul de l’économie et de l’influence de la culture ont entraîné le repli d’une pratique qu’il est vain de nier.

En choisissant de se placer dans la sphère d’influence des Etats-Unis, Emmanuel Macron a contribué au recul du français dans le monde. La création d’une cité internationale ne masquera pas l’affaiblissement du réseau de l’Alliance française, les restrictions sur le nombre d’étudiants étrangers dans les universités ou encore le nombre de livres français traduits à l’étranger.

Emmanuel Macron veut laisser une trace de son passage à l’Elysée ; il parle beaucoup et longuement (près d’une heure dans sa cité !) mais Villers-Cotterêts ne restera que comme une opération de communication de plus. Et rien d’autre.

Les Français sont de plus en plus nombreux à finir le mois ; leur souci principal n’est pas la langue française (même s’ils y sont attachés). Surtout quand le franglais fleurit au travail, à la télévision, dans la publicité, partout. 

Actualité et rugby

L’actualité est désespérante. Que l’on évoque la situation à Gaza, en Ukraine, en Arménie, en Ethiopie, au Daghestan, en Afrique centrale, à Marseille avant une rencontre de football, un seul mot vient à l’esprit : horreur.

On se sent impuissant devant tant de désastres, alors même que tous ensemble, nous aurions la possibilité de tout arrêter et ainsi rendre la terre souriante et accueillante pour tous. 

Malgré ce déferlement de violence la vie continue, avec ses joies et ses peurs.

Les joies ? Celle des joueurs de l’équipe de rugby d’Afrique du Sud appelée Springboks, qui a provoqué des scènes de liesse dans tout un pays. Celle du capitaine de l’équipe, Siya Kolisi, né dans un township de Port Elizabeth, d’une mère âgée de seulement 16 ans et d’un père encore à l’école lui aussi, qui a mesuré le chemin politique parcouru par l’ex-pays de l’apartheid.

Siya Kolisi affichait samedi un large sourire ; sa joie était immense. A la mesure du chemin parcouru par les Noirs dans le pays, lui qui est né en 1991 au moment où les dernières lois de ségrégation furent abolies, mais où la pratique du rugby restait réservée aux seuls Afrikaners blancs.

A l’issue de la coupe du monde disputée en France, il faut, hélas, constater que le rugby est, à son tour, gangréné par l’argent ; il s’enfonce dans le sport-business, multipliant les compétitions et les matches pour satisfaire les sponsors ; il devient également un spectacle de plus en plus féroce et dangereux.

Le rugby, sport d’évitement, est devenu un sport de combat avec un engagement physique outrancier (les joueurs sont de plus en plus grands et de plus en plus forts, frôlant tous les 100 kg). Les affrontements, violents, provoquent un nombre de blessures impressionnant. Le sang coule sur les terrains, malgré les nouvelles règles censées protéger les pratiquants de tous les chocs trop violents.

Le phénomène gagne tous les sports, mais le rugby s’apparente désormais aux combats de gladiateurs. Hélas. Il est à l’image de la société.

C’est pourquoi le rugby ne rendra pas l’actualité plus riante. Malgré les sourires des Springboks et de Siya Kolisi. 

Soigner les morts

Être soignant à Gaza est devenu une tâche impossible.

Comment imaginer une médecine de guerre sans électricité, sans eau, sans médicament, sous les bombardements incessants ; c’est un quotidien de détresse insoutenable infligé par l’armée de Benyamin Netanyahu à ceux qui tentent d’éviter un massacre et d’alléger des souffrances atroces engendrées par des déluges de bombes qui détruisent tout, des vies et des habitations.

Où sont les ONG comme Médecins du monde ? Les antennes à Gaza ne répondent plus depuis que les communications et Internet ont été coupés, plongeant les responsables à Paris dans l’angoisse. Les dispositifs de santé ont été anéantis.

L’information aussi est interdite depuis que l’AFP a dû quitter la cité martyre.

Netanyahu est sourd aux appels pour un cessez-le-feu immédiat ; le vice-président de Médecins du monde exprime toute son inquiétude et sa rage sur Franceinfo : « On est en train de vivre en direct, à huis clos, sans contact, à la mort de centaines d’humanitaires, de centaines voire de dizaines de milliers de civils, dans une forme d’indifférence (…) On est dans cette situation d’horreur absolue. »

Si Netanyahu, l’idéologue de la colonisation totale et de l’anéantissement de la Palestine est sourd. Le peuple israélien, lui, ne l’est pas ; peut-il arrêter son premier ministre, tout entier tourné vers l’anéantissement du peuple palestinien ?

Les massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre ne peuvent pas justifier des représailles aveugles envers un peuple palestinien qui, comme le peuple israélien, subit l’idéologie folle de quelques fous excités, armés et financés par les ayatollahs d’Iran, les ignobles personnages de quelques émirats, gorgés de l’argent du pétrole et du gaz de leur sous-sol.

Si le Coran a été dénaturé, aujourd’hui, Netanyahu a dénaturé la Torah, avec les ultra-orthodoxes. Il trahit la déclaration d’indépendance de 1948 qui proclamait l’égalité de tous les citoyens, juifs ou arabes, même si la stratégie de David Ben Gourion était de conquérir tout le territoire palestinien.

La folie de trop d’hommes de pouvoir est incommensurable, certes, mais comment la stopper et quand leurs homologues des prétendues démocraties sont si indifférents aux malheurs des peuples qu’on peut les croire complices ?

Les soignants de Gaza n’auront bientôt plus de victimes à tenter de soigner ; et eux aussi seront morts. Dans l’apathie.

Condamnation d’un système

Harry Bernas, spécialiste des nanosciences et de l’histoire de l’énergie nucléaire, a dirigé le Centre de sciences nucléaires et de sciences de la matière du CNRS. Il n’a rien de commun avec ces innombrables intervenants sur les chaînes de télévision, qualifiés de spécialistes pour justifier leur présence, alors qu’ils ne sont que des bavards ressassant les arguments de café du commerce en quelques phrases.

Harry Bernas, lui, est un vrai spécialiste et il s’exprime cette semaine dans Télérama. Il assène quelques vérités qui vont hérisser le locataire de l’Elysée, quand il dénonce le lobby nucléaire international et les choix de Macron.

A une question de savoir si les mini-réacteurs vantés par Emmanuel Macron sont la solution pour la fourniture d’électricité, sa réponse fait mouche :

« On est revenu aux concepts des années 1950 qui n’étaient pas aboutis. Lorsque Emmanuel Macron cherche une voie pour que le nucléaire français rejoigne la cohorte des SMR (small modular reactors), il parle de modernité, mais vu les délais impartis, va se retrouver avec le réacteur à eau légère du sous-marin américain de 1957, mis à jour par les sous-mariniers français ! Naval Group et TechnicAtome, constructeurs de sous-marins, sont sur le coup. Pas surprenant : seules les entreprises travaillant pour la marine ont conservé la capacité de construire des réacteurs. Donc on devrait assister à une reprise en main du nucléaire civile par le militaire, avec les équipes d’EDF, lesquelles seront aussi occupées au maintien des réacteurs actuels, qui atteignent les 40 ans, durée de vie qui leur était assignée. »

Quand le journaliste l’interroge sur le plan Macron de prolonger les réacteurs actuels, il dénonce le bradage du service public :

« Certes, mais EDF, transformé en entreprise financière, et n’étant plus le service public qu’elle se devait d’être, ne peut fournir le travail considérable qui permettait d’évaluer l’état de santé des réacteurs. La ‘’visite des 40 ans’’ ne sera pas terminée avant dix ans (…) EDF va devoir réaliser (le grand carénage) avec un personnel compétent mais insuffisamment nombreux, et un grand nombre de sous-traitants. »

Après avoir dit que « l’électricité est un bien commun » et que « EDF est géré comme une société de service privé, pas comme une entreprise qui a des responsabilités envers la nation », il propose que « la condition de la démocratie, c’est qu’on ait une utilisation cohérente avec son époque. Et la réalité objective, c’est la changement climatique ».

Pour le chercheur chevronné qu’il est, les choix politiques en matière d’énergie sont obsolètes :

« Avec les SMR qu’Emmanuel Macron propose, on reprend une technologie vieille de soixante-dix ans, à laquelle il faudra consacrer au moins quinze ans pour la perfectionner, et qui nécessitera cent mille travailleurs du nucléaire que nous n’avons pas (…) On traîne sur les renouvelables (…) Ne nous voilons pas la face : nous avons besoin d’embaucher des milliers de jeunes ingénieurs compétents pour développer rapidement les renouvelables, maintenir les réacteurs en état de fonctionnement dans les années qui viennent, puis pour les démanteler pendant trente ans, ce qui prendra des années, car on n’y arrive pas. »

La France a d’incontestables talents et des chercheurs ultra-compétents comme Harry Bernas ; hélas, ils ne sont pas entendus et à EDF, ils ont été mis à la retraite sans être remplacés. Les politiques ultra-libéraux préfèrent les effets d’annonces, les coups de communication pour masquer leurs choix de tout privatiser en cassant les services publics et de sacrifier l’enseignement et la recherche.

Ce que dit en creux Harry Bernas, c’est que la ‘’révolution’’ d’Emmanuel Macron n’est que le retour vers le ‘’nouveau libéralisme’’ de 1930, un système qui a largement fait faillite. Affligeant !

Nettoyage ethnique

Louis Imbert est envoyé spécial du Monde en Cisjordanie et il témoigne que la guerre israélo-palestinienne ne se déroule pas qu’à Gaza. Le 21 octobre, il écrit, par exemple : « Des centaines de Bédouins palestiniens sont chassés de leurs terres. Une stratégie de déplacement orchestrée par les colons depuis 2017 et qui s’accélère de façon quasiment invisible depuis le 7 octobre. » Il ajoute que « Depuis le début de la guerre, 545 personnes issues de 13 communautés d’éleveurs bédouins ont été contraintes au départ en Cisjordanie, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (…) Leur sort ne pèse rien en Israël, qui se consume dans son deuil après l’attaque menée par le Hamas, le 7 octobre. Quant aux Palestiniens, leurs yeux sont rivés sur Gaza sous les bombes, ils ont peu de temps pour plaindre ces frères infortunés. »

Les actions sont menées par des colons masqués et armés, entourés de soldats témoigne encore le journaliste. Il rapporte que des habitants ont filmé les violences ; certains ont été arrêtés. On aimerait que le service public de France Télévisions diffuse ces images plutôt que d’avoir une vision univoque des événements.

Pourquoi cette recrudescence d’expulsion des Bédouins palestiniens ? « C’est le fantasme de l’extrême droite israélienne : « le transfert », l’expulsion des Palestiniens hors du « Grand Israël », vers la Jordanie et l’Egypte. Un projet impossible à l’heure actuelle, mais qui se normalise à une vitesse sidérante. »

Louis Imbert ajoute que le Hamas a ouvert une guerre totale : « Sa logique contamine Israël. Des rabbins militaires prêchent aujourd’hui dans les casernes l’éradication ‘’d’Amalek’’, le mal absolu selon la tradition juive, en l’occurrence le Hamas et, pour certains, tout le peuple palestinien. » 

Il s’agit d’une stratégie de déplacement de population, qui s’accroit donc depuis 2017 ; en 6 ans, les colons « ont fondé une soixantaine de fermes à travers les zones de Cisjordanie placées sous le contrôle direct de l’armée. Ces fermiers accaparent de vastes terres. Ils dirigent des réseaux mobiles de jeunes gens qui harcèlent les Bédouins, les privent de leurs pâturages et d’accès à leurs sources d’eau. Ils incitent l’armée à détruire toute nouvelle construction. »

François Dubuisson, de l’université libre de Bruxelles, explique dans Télérama que « « Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, a évoqué le 14 octobre un “risque de nettoyage ethnique” à l’encontre des Palestiniens. Cette expression n’a pas d’existence juridique, elle a été utilisée dans le contexte de la guerre en ex-Yougoslavie au début des années 1990 pour qualifier des politiques de la Croatie ou de la Serbie visant à construire des régions ethniquement pures. L’expression a ensuite été reprise par l’Assemblée générale des Nations unies, par le tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie, et par la Cour internationale de justice. C’est une manière de caractériser une politique, par exemple un transfert forcé de population – qui peut être un crime de guerre ou un crime contre l’humanité selon son ampleur – ou un génocide, en cas de massacre à très grande échelle. »

Les crimes de guerre odieux du Hamas ne peuvent et ne doivent pas occulter la sale politique de Benyamin Netanyahu et de ses crimes contre les Palestiniens.

Gaza souffre, la Cisjordanie aussi.

Les droits fondamentaux du peuple palestinien sont bafoués, dans l’indifférence allant jusqu’à la complicité de la communauté internationale. On ne peut plus se taire ; il est encore plus nécessaire aujourd’hui de dénoncer le mépris et les humiliations à son encontre.

Faut-il avoir la mémoire courte pour justifier un nettoyage ethnique quand on a connu soi-même la Shoah ?

Assez !

La chronique de François Morel chaque vendredi sur France Inter est un moment d’intelligence et d’humour ; on ne l’écrira jamais assez. Avec celle d’hier, le troubadour a atteint au sublime en nous rappelant que « Claude Nougaro et Maurice Vander ont écrit il y a une quarantaine d’années une chanson d’une éternelle actualité. »

Il a intitulé ses trois minutes hebdomadaires ‘’Assez’’, reprenant le titre d’un texte de Nougaro de 1980, sur une musique de Vander ! Un moment rare qui ne s’oublie pas :

« Un adverbe. Cinq lettres. Définition du Larousse. Du latin populaire, adsatis. Du latin classique, satis. Indique la quantité suffisante. Autant qu’il faut. Synonyme : suffisamment. Indique l’intensité. Passablement. Synonymes : pas mal, plutôt. 

Expression. En être excédé. Synonymes : en avoir marre (familier), en avoir plein le dos (familier), en avoir ras le bol (familier), en avoir plein le cul (populaire). Exprime l’impatience, l’irritation. En voilà assez ! C’en est assez ! Assez !

C’est un copain, Jean-Damien, Jean-Damien Barbin, qui sur Whats’app m’a rappelé l’existence de cette chanson de Nougaro. Elle date de 1980 et évoque les malheurs du monde, notamment cette petite fille en feu dans un village en pluie de napalm, près de la frontière cambodgienne, au moment de la guerre du Vietnam. L’horreur ne date pas d’aujourd’hui, ne date pas d’un hôpital bombardé, d’un professeur assassiné, d’une attaque à la roquette, de frappes sur les villages, de milliers de morts, de dépouilles trop abimées pour être identifiées et de commentaires politiques banalisant le mal, justifiant l’injustifiable. Quand il y a impossibilité d’apporter la moindre contribution consolatrice, quand les mots sont dérisoires, quand l’envie d’apporter un peu de légèreté paraîtrait déplacé, un seul mot vient à la bouche. »

Ce mot, partageons-le largement, crions-le à pleine voix. Encore plus fort. Toujours plus fort, peut-être pour être enfin entendus.

Claude Nougaro a, lui aussi, souvent atteint au sublime. J’en ai déjà parlé en évoquant une autre chanson, Bidonvilles, évoquant le triste quotidien des immigrés et l’empathie du poète envers ces hommes qui viennent d’un pays où il ne pleut pas, où les hommes sont beaux.

Avec Assez ! il exhorte les hommes à être plus humains et à s’aimer. J’en ai retenu deux strophes, terribles, mais dont le cri est porteur d’espoir : 

« Il serait temps que l’homme s’aime
Depuis qu’il sème son malheur
Il serait temps que l’homme s’aime
Il serait temps, il serait l’heure
Il serait temps que l’homme meure
Avec un matin dans le cœur
Il serait temps que l’homme pleure
Le diamant des jours meilleurs

« Assez ! Assez ! »

(…)

« Il serait temps que l’homme arrive

Sans l’ombre avec lui de la peur

Et dans sa bouche la salive

De son appétit de terreur. »

Avec François Morel et Claude Nougaro disons, nous aussi, à ceux qui nous gouvernent : Assez ! On n’en peut plus des guerres, des privations, du refus de l’autre, de l’exploitation de l’homme par le milliardaire, des interdits, des censures… On n’en veut plus de notre misère et de nos pleurs.

On veut vivre. Tout simplement.

Ecole bien-pensante

Les milieux catholiques traditionalistes veillent, paraît-il, sur l’éducation des enfants. Les agités de la calotte et les grenouilles de bénitiers épluchent tous les livres destinés à instruire la jeunesse et à former des citoyens. Dans leurs établissements privés on éduque donc dans la plus pure tradition catholique, celle des valeurs chrétiennes occidentales immuables. 

En janvier dernier, des enseignants du collège Saint-François d’Assise à Montigny-le-Bretonneux avaient écrit à Gallimard pour s’offusquer d’une scène de tentative de viol d’une esclave dans l’œuvre de Paula Jacques, Blue Pearl. Aujourd’hui, c’est le lycée La Mennais à Ploërmel qui se distingue en retirant Triste Tigre de Neige Sinno (éditions P.O.L.) de sa bibliothèque.

Le roman en question est en lice pour tous les prix (Goncourt, Médicis, Femina et Goncourt des lycéens). Mais il heurte les bonnes âmes de ce lycée au prétexte qu’il traite de l’inceste.

Pour mémoire, Ploërmel n’avait pas de lycée public ; depuis la rentrée, le lycée Mona Ozouf concurrence La Mennais, au grand désespoir des catholiques (ils s’étaient distingués raillant le nom choisi pour ce lycée, sans savoir que Mona Ozouf était bretonne !). La censure de Triste Tigre ne serait-elle pas une nouvelle façon de se singulariser et de montrer ses différences avec le lycée du diable ?

Les réactionnaires ont trouvé un allié de poids en Gérald Darmanin qui a interdit à la vente le roman Bien trop petit (éditions Thierry Magnier).

Que penser d’un enseignement hors du temps, fermant les yeux sur la vie réelle et les dangers auxquels peuvent être exposés les petits enfants du siècle ?

Est-ce la même pudeur qui interdit de dénoncer les innombrables actes de pédophilie des prêtres ?

Pauvres lycéens, soumis à la bien-pensance !

Idiots utiles

Deux ‘’idiots utiles’’, barbares, fanatisés, ont frappé à mort un professeur de lettres à Arras et deux supporters de l’équipe de football suédoise à Bruxelles.

‘’Idiots utiles’’ parce qu’ils ont déclenché une émotion bien compréhensible dans une population qui aspire avant tout à vivre dans la tranquillité et la sécurité, quand le monde qui nous entoure sombre dans la violence de guerres économiques ou de religions, déclenchées par des irresponsables qui ne devraient pas occuper des postes de haute responsabilité, mais qui ont été élus par les premières victimes.

Les partis politiques de droite et d’extrême droite attisent les réflexes émotionnels, déjà largement alimentés par des médias avides de sang et de sensationnel.

‘’Idiots utiles’’ parce l’Union européenne en profite pour passer sous silence le report de l’interdiction des pesticides (accédant aux vœux des lobbyistes de l’agro-chimie), et l’avancée des négociations du traité de libre-échange UE-Mercosur (accédant aux vœux des multinationales) dont les conséquences seront désastreuses pour l’environnement et le droit du travail).

‘’Idiots utiles’’ parce que le gouvernement et les médias des milliardaires ont détourné l’attention des citoyens pour continuer à prendre quelques mesures anti-sociales comme la loi sur l’immigration, le budget 2024 (assassin pour les services publics) dans lequel on découvre un nouveau cadeau aux patrons sous forme de crédit d’impôt au prétexte d’aider les investissements ‘’verts’’. Ce dernier, le C3IV (pour investissement industries vertes), coûtera 3,7 milliards aux contribuables et s’ajoutera aux 157 milliards d’aides aux entreprises.

‘’Idiots utiles’’ parce que la Conférence sociale voulue par Emmanuel Macron ne débouchera sur rien, mais qu’importe, le résultat est occulté par la vague d’émotion suscitées par les attentats.

‘’Idiots utiles’’ parce que les partis fascisants, eux, se déchaînent en n’hésitant pas à accuser les associations caritatives et la gauche d’être responsables des crimes perpétrés par leurs ‘’idiots utiles’’ ; ils piétinent la mémoire des victimes pour continuer à semer la haine et la division. Ils inondent les réseaux sociaux de fausses informations et attisent les réflexes de rejet des immigrés.

Tous, droite, extrême droite, gouvernement, réunis dans un ensemble funeste, entretiennent la confusion dans les esprits et les réflexes de déraison ; ils apportent des réponses simplistes dont ils savent qu’elles sont inopérantes. Mais, qu’importe, leurs fins justifient tous les moyens, même les plus répugnants.

L’atmosphère est lourde de menaces et de confusion, au point d’oublier ce qui se joue à Gaza, en Ukraine, en Arménie, en Azerbaïdjan, et ailleurs.

Les ‘’idiots utiles’’ ont rempli leur tâche au-delà de toute espérance.

Vivre en paix

L’horreur peut-elle anesthésier notre mémoire, l’ignoble et le fanatisme doivent-ils nous faire oublier l’Histoire ?

L’assassinat d’un professeur à Arras nous impose des questions et l’émotion (légitime) ne saurait nous en détourner ; à commencer par celle du manque de respect grandissant envers tous les enseignants (y compris de la part du gouvernement et des parents), du rejet grandissant de l’autre (surtout s’il est Arabe, musulman ou à la peau noire), de la gangrène des esprits inoculée par le Front national et désormais le Rassemblement national (un patronyme qui n’a jamais été aussi inadapté à son idéologie), etc.

Au-delà des frontières, c’est la question palestinienne qui ne peut plus être éludée.

A ce propos, Charles Enderlin débute son remarquable essai ‘’Israël. L’agonie d’une démocratie’’ (Seuil Libelle) par un rappel historique prémonitoire :

« Que dirait aujourd’hui Hannah Arendt en apprenant que Benjamin Netanyahu a créé une agence gouvernementale de ‘’l’identité nationale juive’’ ? Dès 1951, elle alertait des dangers qui guettaient l’Etat-nation Israël à sa création : « Cette solution de la question juive n’avait réussi qu’à produire une nouvelle catégorie de réfugiés, les Arabes, accroissant ainsi le nombre des apatrides et des sans-droits de quelques 700 à 800 000 personnes (…) Réfugiés et apatrides sont, telle une malédiction, le lot de tous les nouveaux Etats qui ont été créés à l’image de l’Etat-nation. Pour ces nouveaux Etats, ce fléau porte les germes d’une maladie incurable. Car l’Etat-nation ne saurait exister une fois que son principe d’égalité devant la loi a cédé. Sans cette égalité juridique, qui avait été prévue à l’origine pour remplacer les lois et l’ordre de l’ancienne société féodale, la nation se dissout en une masse anarchique d’individus et sous-privilégiés (Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, 2002) ».

Que dirait Hannah Arendt, quand de trop nombreux Etats, dont la France, ont une attitude insupportable en acquittant Israël de ses crimes de guerre ? Quand l’Organisation des Nations Unies (ONU) bien mal nommée en l’occurrence, se contente d’une déclaration minimale ne nommant pas ouvertement les choses ?

Se taire aujourd’hui c’est être complice des actions répressives et criminelles du gouvernement Netanyahu et de ses prédécesseurs. Le peuple israélien a droit à vivre en paix ; le même droit doit être reconnu au peuple palestinien. Aucun peuple ne doit martyriser un autre avec cette violence aveugle, cette humiliationpermanente qui fait dire à Netanyahu que les Gazaouis sont des animaux. A quand le génocide assumé ?L’évacuation de Gaza et le déplacement d’un million de personnes sur des routes encombrées, avec des Palestiniens hagards, effarés, allant sans but, montre une population poussée au dernier désespoir et à l’ultime exaspération.

Le Hamas a prospéré sur la politique d’apartheid d’Israël et d’une classe politique de plus en plus proche de la théologie du messianisme et des lois fascistes. Mais, le peuple de Gaza n’est pas le Hamas ; il souffre du manque de tout : de liberté, de travail et des denrées de première nécessité et même de tout ce qui fait culture. 

José Saramago, pour sa part, estimait en 2008 que « le processus d’extorsion violente des droits fondamentaux du peuple palestinien et de son territoire par Israël s’est poursuivi imparable face à la complicité ou à l’indifférence de la mal nommée communauté internationale. »

Le décompte macabre de tous les morts, ici ou là-bas, est devenu trop insupportable ; les citoyens ont le devoir de contraindre Israël à reconnaître les innombrables résolutions de l’ONU et à revenir à la table de négociation, quand les instances dirigeantes ne le font pas. Le conflit embrase le Moyen-Orient et au-delà et pervertit le légitime débat public ; il est devenu quasiment impossible de critiquer le gouvernement israéliensans être taxé d’antisémitisme. Il est également hasardeux de faire entendre la voix de la paix à Jérusalem, à Tel-Aviv, à Gaza et dans toute la Cisjordanie.

Vivre en paix est une revendication légitime, après tant de guerres monstrueuses, mondiales et régionales ; aujourd’hui, c’est la planète qui brûle et nous emmène à la catastrophe.

L’Homme de 2023 a-t-il rayé les mots sagesse, paix et respect de son vocabulaire ?

L’information manipulée

Une fois encore, la première victime de la guerre, c’est la vérité. Les manipulations, les fausses informations, les images trafiquées sont colportées à la vitesse des réseaux sociaux et des technologies numériques. Les informations, vraies, pèsent peu face à ce déluge de malversations.

Comme si le nombre hallucinant de victimes, de part et d’autre, n’était pas suffisant pour nous plonger dans l’horreur.

Charles Enderlin, juif, israélien et français, journaliste à France 2, avait donné une interview à La Revue des médias en octobre 2021, dans laquelle il dénonçait les difficultés à informer vraiment sur le conflit israélo-palestinien : intox militaire permanente, désintérêt des médias ouest-européens pour les sujets de politique internationale et suppression des envoyés spéciaux permanents, pressions sur les rédactions, notamment. Mais l’envoyé spécial avait glissé une phrase qui en dit long sur le contenu de l’information aujourd’hui : « Je n’ai jamais aimé quand on m’appelait en me disant ‘’Donne-nous de l’émotion’’. Le journalisme, c’est donner des explications, montrer la réalité et non pas jouer sur l’émotion du téléspectateur ».

Les chaînes françaises font dans l’émotion aujourd’hui, mais n’informent guère ou que très superficiellement. Elles s’abstiennent hélas de faire appel à des professionnels reconnus pour combattre toutes les fausses nouvelles et pour éclairer le débat sur les responsabilités de chacun.

Le 9 octobre, par exemple, le quotidien israélien Haaretz rappelle sur Twitter (aujourd’hui X) une déclaration de Netanyahu datant de 2019 :

« Anyone who wants to thwart the establishment of a Palestinian state has to support bolstering Hamas and transferring money to Hamas.” Netanyahu told his Likud party’s Knesset members in March 2019. “This is part of our strategy » https://t.co/7lTQs9E5Zf— Haaretz.com (@haaretzcom) October 9, 2023. »

(Traduisez par : « Quiconque veut contrecarrer l’établissement d’un État palestinien doit soutenir le renforcement du Hamas et le transfert d’argent au Hamas. Cela fait partie de notre stratégie. » « C’est ce qu’a dit Nethanyhu aux membres de son parti, le Likoud, à la Knesset. Cela fait partie de notre stratégie »)

L’information est importante, déterminante même pour comprendre la situation. La politique du gouvernement israélien consiste à préparer une conquête totale de la Cisjordanie, en faisant régner la terreur sur les colonies et, en se servant de la violence imbécile du Hamas, favoriser l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite religieuse et messianique, raciste et homophobe. Les médias français ont ‘’raté’’ ce rappel.

Charles Enderlin a publié en septembre dans la collection Libelle des Editions du Seuil un essai intitulé ‘’Israël. L’agonie d’une démocratie’’. Un court texte qui donne des clés de l’évolution de la politique du pays.

France 2 aurait été bien inspiré de donner la parole à son ex-envoyé spécial et connaisseur particulièrement incisif d’Israël et de la Palestine. Mais, jusque-là, la chaîne a préféré l’émotion pour éviter les critiques des milieux juifs radicaux.

Paroles juives

Simone Bitton est juive ; née à Rabat, elle a la double nationalité franco-marocaine.  Emigrée en Israël en 1966 avec sa famille, elle a fait la guerre du Kippour en 1973 dans les rangs de Tsahal ; elle en est sortie avec un fort engagement pacifiste.

Réalisatrice de documentaires, notamment sur le conflit israélo-palestinien, elle se déclare à Télérama « doublement atteinte par ce qui se passe ».

Elle avoue n’avoir « vraiment aucune sympathie » pour les leaders du Hamas, « ni pour les moyens qu’ils emploient, ni pour le projet de société terrible qu’ils offrent aux Palestiniens, mais il faut bien comprendre que le réservoir de chair à canon qui compose les rangs des combattants du Hamas ne se tarira que si la politique d’Israël à l’égard de la Palestine change. »

Evidemment, elle condamne les actes commis par le Hamas ; pour elle, il s’agit de crimes de guerre. Simone Bitton constate que « pour en arriver là, il faut clairement avoir été soumis à un haut niveau d’endoctrinement religieux, mais aussi être dans un désespoir inouï ».

Il faut entendre les paroles d’une femme, juive, mais pacifiste : « Je suis affligée par les réactions de la classe politique française. Je ne dis pas que la France peut résoudre le conflit israélo-palestinien d’un coup de baguette magique, mais la moindre des choses qu’on peut demander à la communauté internationale est précisément de ne pas sombrer dans l’émotion facile et de proposer des solutions. Rappelons qu’Israël bafoue une loi internationale depuis des décennies. »

Paroles rares parmi la communauté juive et, surtout, dans la classe politique française qui a sombré dans l’émotion facile !

Simone Bitton appelle à la négociation entre les deux parties, mais on sent chez elle un certain désarroi et beaucoup de pessimisme : « Une chose est sûre : si les Palestiniens n’accèdent pas à un minimum de liberté, d’indépendance et de dignité, alors le pire est encore devant nous. »

Hélas, les politiques occidentaux et israéliens ne semblent pas prêts à accepter l’idée même de création d’un Etat palestinien comme le souhaite Simone Bitton. Faut-il donc se résigner à attendre le pire ?

Insupportable

Si les attaques du Hamas sur des populations civiles sont insupportables, que dire des représailles de l’armée israélienne ?

Un déluge de bombes frappe Gaza et fait des victimes innocentes. Est-ce la réponse la plus appropriée d’une nation civilisée à l’offensive du Hamas ?

Les paroles du ministre de la défense israélien, Yoav Galant, sont scandaleuses : « Nous combattons des animaux et nous agissons en conséquence. » 

Les Gazaouis ne sont pas des animaux !

Quant aux mesures de rétorsion prises à l’encontre la population de Gaza, « Pas d’électricité, pas d’eau, pas de gaz. », qui s’ajoutent aux mesures de blocus du territoire, elles sont d’une cruauté sans nom. Yoav Galant, cité dans les Panama Papers en 2016, a perdu la raison. Il faut stopper l’escalade de la violence.

Processus de paix

Elie Barnavi, historien et ambassadeur d’Israël en France de 2000 à 2002, a qualifié les événements de Gaza de surprenants et prévisibles. Dans une tribune publiée dans le Monde, il s’étonne : « Comment l’armée la plus puissante de la région, l’une des premières au monde nous assure-t-on, comment des services secrets aussi performants, capables de localiser un chef terroriste au troisième étage à gauche dans un immeuble qui en compte trente, ont-ils été incapables de voir venir le coup, puis de le prévenir ? » Mais il considère que ces attaques du Hamas étaient prévisibles : « Ce que nous venons de subir n’est pas un décret du ciel. C’est la résultante d’une conjonction de deux facteurs : une organisation islamiste fanatique dont l’objectif déclaré est la destruction d’Israël ; et une politique israélienne imbécile à laquelle se sont accrochés les gouvernements successifs et que le dernier a portée à l’incandescence. »

De son côté, l’ONG Amnesty International n’exonère pas les responsabilités d’Israël dans la situation : « Les causes profondes de ces cycles de violence répétés doivent être traitées de toute urgence. Il faut pour cela faire respecter le droit international et mettre fin au blocus illégal qu’Israël impose à Gaza depuis 16 ans, ainsi qu’à tous les autres aspects du système d’apartheid israélien imposé à tous les Palestiniens. Le gouvernement israélien doit s’abstenir d’inciter à la violence et aux tensions en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, en particulier autour des sites religieux. Amnesty International appelle la communauté internationale à intervenir de toute urgence pour protéger les civils et empêcher de nouvelles souffrances. »

Elie Barnavi en appelle à la résurrection du ‘’processus de paix’’, et fait le procès des petits arrangements de Netanyahou avec l’extrême droite : « L’unique souci du premier ministre étant de s’extraire du mauvais pas judiciaire où il s’est fourré, il a composé sa coalition d’ultra-orthodoxes et de nationaux-religieux messianiques – la version juive du Hamas –, dont l’Etat de droit est le dernier souci, et avec lesquels il a conclu un pacte faustien : à lui la tête des juges de la Cour suprême, à eux la ‘’Judée-Samarie’’ biblique et le libre accès au mont du Temple, de plus en plus investi par les zélotes. Comme on sait, ce pacte a eu un prix : l’insurrection civile de l’Israël démocratique et libéral, le coup grave porté à la cohésion de l’armée et des services, l’atmosphère de guerre civile latente qui s’est installée dans le pays. Le Hamas, comme le Hezbollah dans le nord et son patron iranien à l’est, a bien étudié la situation. »

Les peuples, israélien et palestinien, sont les victimes des deux fanatismes religieux et d’un homme politique crapuleux, par milliers depuis plus de cinquante ans. Il est de la responsabilité de chacun d’agir pour contraindre la communauté internationale à revenir au processus de paix.

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