Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Page 25 of 83

Impatience

Dormons sur nos deux oreilles, la loi Darmanin sur l’immigration est « le bouclier qui nous manquait » pour se défendre d’une submersion migratoire. A croire que nous sommes revenus en 732 ou 733 (on ne sait plus) à Poitiers avec Charles Martel. Il fallait bien cette loi pour nous protéger non seulement de l’immigration clandestine, mais aussi « contre ce qui nourrit le Rassemblement national ». Le texte adopté (dans quelles conditions honteuses ?), le président sans qui nous ne saurions comment vivre, l’assume et le trouve courageux.

La loi Darmanin était donc nécessaire, comme la loi réformant le système de retraites, affirme un président qui affirme tout et n’importe quoi à propos de tout, de la politique migratoire qui touche tous les pays du Nord parce que les pays du Sud ont été colonisés puis spoliés de leurs ressources, victimes de la politique économique mondialisée et du réchauffement climatique.

Ce président premier de cordée est omniscient, aussi capable de reconstruire Notre-Dame de Paris en un temps record (à confirmer, cependant) que de détruire le système de santé le plus performant du monde ou le réseau de transport ferré, le tout au profit du privé et de ses copains du CAC40 et des oligopoles.

L’ancien élève des Jésuites d’Amiens, qui ne manque aucune occasion d’aller à la messe malgré sa fonction présidentielle d’une République laïque, doit estimer que sa foi et la main compatissante de Dieu le protègent de tout, même de ses turpitudes, y compris de sa croyance selon laquelle les biens de ce monde doivent être inégalement répartis entre les premiers de cordée et les manants qui ne savent pas traverser la rue pour trouver un emploi en espérant que, un jour, la fortune les tirera de leur vie de tristesse. Emmanuel Macron vient à nouveau d’afficher un mépris de classe indécrottable.

S’il vient de plonger la France dans une grave crise politique (au profit du parti familial Le Pen) et humanitaire (demain), il s’en défend par ses mensonges.

Le programme de la future présidente est déjà écrit ? Il affirme le contraire. Emmanuel Macron tourne le dos à la France de 1789 et aux utopies trop vite entravées des Résistants du CNR ? Non, vraiment, il affirme le contraire. Avec une suffisance éclatante.

Il suffira pourtant à Marine Le Pen d’appliquer demain toutes les lois déjà votées sous le règne d’Emmanuel Macron (et celles qu’il prépare car il a affirmé qu’il va continuer) sans en rajouter. Le bilan s’annonce grandiose.

Il ne nous reste que l’espérance de voir la gauche se réunir enfin. Le peuple de France est impatient.

Les 16 championnes du monde

Notre monde est fou ; la guerre et la répression font des ravages partout. L’intolérance sévit sous tous les régimes et l’extrême droite profite de cette ambiance pour déverser son poison xénophobe dans de nombreux pays d’Europe, faisant croire aux peuples à des jours meilleurs.

On nous promet d’éradiquer la pauvreté et que plus personne ne dormira dehors depuis si longtemps que nous ne pouvons plus y croire !

Dans cette ambiance catastrophique, un rayon de soleil s’est levé du côté du Danemark, grâce à 16 jeunes joueuses de handball. L’équipe de France a remporté le championnat du monde en terre scandinave, contre les équipes dominatrices.

Elles étaient 16, donc, au talent fou, à l’intelligence collective hors norme pour battre l’équipe de Norvège présentée comme ‘’la référence’’. Mais, aujourd’hui, la référence, c’est l’équipe de France, championne olympique et du monde à trois ans d’intervalle. Aujourd’hui, il n’y a plus de doute, car cette équipe a battu les grandes norvégiennes à deux reprises au cours de la quinzaine. 

Elles étaient 16, plus petites que les Norvégiennes, moins aguerries et plus jeunes (leur moyenne d’âge est de 25 ans, avec deux seules joueuses d’à peine 30, alors que les Scandinaves avaient une moyenne de 29 ans, avec 8 joueuses de plus de 30 ans).

Elles étaient 16, sans « bras monstrueux » capables de marquer des buts tout en puissance. Alors, elles ont imposé leur rapidité, leur sens de l’improvisation (une touche latine !) et, surtout, une rare intelligence collective.

C’est un régal de les voir jouer et j’ai honte pour un journaliste de L’Equipe qui avait osé dire que la France avait gagné la demi-finale parce que la Suède avait raté son match. Les joueuses pourront lui rétorquer, aujourd’hui, de façon limpide que leur intelligence avait étouffé les Suédoises, comme elle a submergé les Norvégiennes. Simple à écrire, moins à réaliser sur un terrain.

Il est difficile de donner une meilleure note à l’une ou à l’autre, mais quelle aventure pour une gamine de 20 ans, Léna Grandveau, nouvelle venue dans l’équipe et qui a marqué 5 buts en finale dont 4 dans les dernières minutes. Quelle aventure pour Pauletta Foppa, sans doute l’un des meilleurs pivots au monde, et qui, à 22 ans, peut exhiber un riche palmarès : championne d’Europe en 2018, championnat olympique en 2021 et championne du monde en 2023. Quelle aventure pour Laura Glauser, sacrée meilleure gardienne de but du championnat, après avoir connu bien des problèmes dans la vie. Mais il faudrait les citer toutes, y compris le sélectionneur Olivier Krumbholz qui peut prétendre afficher le plus beau palmarès de tous les sélectionneurs français.

L’équipe de France féminine de handball apporte un peu de fraîcheur dans le sport national, loin du sport business, loin des milliards que draîne le football, loin de toute exposition médiatique (honte à TF1 qui n’a pas cru bon retransmettre la finale entièrement, renvoyant le téléspectateur sur TMC).

Certes, ce n’est que du sport, mais que cela fait du bien de voir des femmes jeunes, intelligentes nous faire croire encore à l’humanité.

Incohérence et incompétences

La ligne politique suivie par Emmanuel Macron et son gouvernement nous plonge dans un abîme de perplexité. Politique du peuple, par le peuple et pour le peuple ? Absolument non. Ni de droite, ni de gauche ? Non, ni de gauche, ni de gauche. De plus en plus clairement à droite en n’hésitant pas à reprendre des arguments de l’extrême droite !

Ce pouvoir a condamné avec une rare violence verbale les députés qui ont voté la motion de rejet des écologistes, visant à ne pas examiner le projet de loi sur l’immigration. Elisabeth Borne, volant au secours d’un ministre de l’intérieur giflé, a osé affirmer que « les Français soutiennent très majoritairement » le texte pour mieux fustiger les représentants du peuple.

La première ministre est vraiment culottée ; aujourd’hui, elle invoque la volonté supposée du peuple, quand, hier, elle imposait la réforme des retraites à coup de 49-3 auquel le peuple était majoritairement opposé, manifestant en masse durant plusieurs mois.

Son gouvernement a reproché aux députés de s’opposer au débat, quand elle-même dégaine le 49-3 à 21 reprises depuis son entrée en fonction le 16 mai 2022.

Quelle incohérence ! Mais, surtout, quel mépris pour les institutions et pour le peuple !

Emmanuel Macron ose tout ; n’est-ce pas lui qui autorise le recours au 49-3, qui passe outre les grèves contre la réforme des retraites, le vote de la motion de rejet, etc.

Son pouvoir vertical vacille et la fronde s’étend.

Après les deux départs à la commission scientifique sur la parentalité, on vient d’apprendre 11 démissions (sur 27) à la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise).

Les démissionnaires mettent en cause le remplacement du juge Edouard Durand à la présidence de la commission par l’ex-rugbyman Sébastien Boueilh ; l’un d’eux affirmant que « On a l’impression qu’on cherche à mettre un couvercle sur la libération de la parole que la Ciivise a entraînée ». Le juge Edouard Durand était apprécié pour son indépendance et son franc-parler, deux qualités qui, paraît-il, agaçaient.

Emmanuel Macron, aux abois, affiche son incohérence et ses incompétences ; son autoritarisme est de plus en plus contesté. C’est plutôt une bonne nouvelle, malgré les troubles dans l’opinion et les dégâts dans le fonctionnement des institutions.

Quelle connerie la guerre

Le bilan des guerres est toujours le même, une insupportable boucherie qui n’a jamais résolu les problèmes. Ce qui se passe à Gaza est insoutenable ; le Hamas a tué des innocents et l’armée de Benyamin Netanyahu tue des civils palestiniens.

Les messianistes et leur gouvernement d’extrême droite estiment pouvoir établir le Grand Israël sur les décombres de la bande de Gaza et dans les colonies de Cisjordanie ; ils ne feront qu’exacerber les Palestiniens en les jetant dans les bras des fous d’Allah.

En attendant, à Gaza comme en Israël, les populations comptent les victimes.

Le laboratoire de preuves d’Amnesty International recueille des éléments sur les atrocités et il vient de publier des informations sur deux cas « où des frappes israéliennes ont tués 46 civils, dont 20 enfants. La victime la plus âgée était une femme de 80 ans et la plus jeune un bébé de trois mois ». Il s’agit de deux attaques qui ont eu lieu les 19 et 20 octobre visant, un édifice religieux (où des centaines de Palestiniens s’étaient réfugiés) et une maison du camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza.

Photos d’impacts, témoignages, images satellites, documents audiovisuels, déclarations de l’armée israélienne ont permis de conclure à des frappes illégales et à des crimes de guerre : « Les recherches d’Amnesty International n’ont pas livré d’éléments indiquant que les bâtiments touchés pouvaient être considérés comme des objectifs militaires ou qu’ils étaient utilisés par des combattants », précise l’organisation. Avant de rappeler qu’elle appelle à un cessez-le-feu immédiat et durable, Amnesty relate que « depuis, nous avons également recueilli des preuves que des munitions fabriquées aux Etats-Unis ont tué au moins 43 personnes lors de deux frappes aériennes illégales menées par Israël contre des habitations où se trouvaient des civils ».Il est temps de stopper les bellicistes des deux camps et d’appliquer les résolutions de l’ONU, en reconnaissant le droit des peuples à vivre dans la paix. En relisant Jacques Prévert et son célèbre poème, Barbara.

Les gifles du 11 décembre

La gifle, la claque, le camouflet, un échec, le gouvernement désavoué, rejeté, retoqué, débouté, défait ; les quotidiens n’ont pas preuve d’originalité pour dire le résultat du vote des députés et, donc, le rejet de la loi immigration portée par Gérald Darmanin.

Le rejet est dû à une majorité de circonstances. Les partis de gauche se sont prononcés unanimement contre un texte qui aggrave les conditions d’entrée et d’installation des immigrés sur le sol français ; les Républicains et le Rassemblement national critiquant, eux, des dispositions trop laxistes.

Néanmoins, il s’agit d’une lourde défaite pour Emmanuel Macron et son ministre de l’intérieur, ouvrant la voie à une grave crise politique.

Le président de la République avait réussi à imposer ses décisions aux députés et sénateurs à coup de 49-3, aujourd’hui, sa stratégie répressive est mise en échec à deux reprises. Après la démission de trois membres de la commission sur la parentalité le matin, ce sont les députés qui ont porté le coup d’assommoir.

Si Jacques Chirac était encore là, il aurait pu lui rappeler sa citation empruntée à Michel Audiard : « Les cons, c’est comme les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ». Les cons sont trois (ils se reconnaîtront) ; en revanche, il est particulièrement difficile d’apprécier jusqu’où pourront s’étendre toutes les emmerdes.

Le président et ses ministres ont tout fait pour s’attirer ces emmerdes. Aurore Bergé ne mérite certainement pas d’occuper un fauteuil ministériel ; quant à Gérald Darmanin, il paie cash sa volonté de courir derrière le Rassemblement national pour le dépasser, trouvant Marine Le Pen trop molle.

Son projet de loi visant à durcir les conditions d’entrée sur le sol de France est le 30e depuis 1981 (un tous les 17 mois) et le 118e texte sur le même sujet depuis 1945, sans que cela ne freine l’immigration dont tous leurs auteurs connaissaient les causes (guerres, pauvreté, régimes autoritaires et répressifs, dérèglement climatique, etc.) sans chercher à leur apporter les bons remèdes, notamment la réduction de la fracture Nord-Sud. Ce mille-feuilles répressif n’a pas limité l’arrivée d’étrangers.

De Bonnet à Collomb, en passant par Peyrefitte, Pasqua, Debré, Sarkozy, Hortefeux et Collomb, la droite a tout tenté, recevant le renfort de quelques socialistes comme Defferre, Questiaux, Cresson ou Chevènement.

Mais les autistes sont au pouvoir ; ils campent sur les réflexes, considérant que tout immigré constitue une menace, favorisant ainsi la montée inexorable de l’extrême droite. Ils lui empruntent sa xénophobie, relayée à forte dose par les médias.

Les vrais démocrates et les citoyens engagés dans les associations de solidarité avec les migrants sont atterrés.

Aurore Bergé, ce cauchemar

Si Serge Hefez avait réagi vivement à la suite de l’entretien accordé par Aurore Bergé à La Tribune dimanche, la première réunion de la commission scientifique sur la parentalité a viré au fiasco pour la ministre.

Trois membres sur les 25 qui la composent ont déjà démissionné avec fracas : la sociologue Claude Martin, la directrice de recherche au CNRS Agnès Martial et la sociologue de la famille Irène Théry, ont signé un texte commun en réaction au rôle que la ministre voulait faire jouer à la commission, défini dans le quotidien du dimanche.

Le Monde rapporte la position des trois démissionnaires selon Irène Théry : « Agnès Martial, Claude Martin et moi sommes arrivés avec un texte expliquant les raisons de notre démission. Nous avons regretté que les travaux à venir soient placés sous l’égide de méthodes répressives », déplorant « la confusion faite entre les politiques et les chercheurs ». Les trois spécialistes se disent effarées et interrogatives en apprenant qu’Aurore Bergé réalisait en parallèle un « tour de France de la parentalité ».

Agnès Martial précisait dans Le Monde : « J’ai été sollicitée il y a quelques semaines pour participer en tant que scientifique à ce qu’on m’a présenté comme une réflexion de fond sur la parentalité, avec l’objectif de dépasser les discours stigmatisants actuels sur ce qu’on appelle en ce moment les parents défaillants. Et on a appris hier par voie de presse que le gouvernement avait déjà un projet, avec des annonces au contenu opposé à celui pour lequel je m’étais engagée. »

Quand les méthodes d’Emmanuel Macron appliquées par Aurore Bergé tournent au cauchemar. Et quand des scientifiques ne veulent plus se faire dicter le prêt-à-penser sécuritaire et jouer les potiches.

On attend le rétropédalage de la ministre ou sa démission après un tel camouflet.

La punition d’Aurore Bergé

Aurore Bergé, à seulement 37 ans, a un long parcours politique derrière elle. Passée par l’UMP à 16 ans, elle a milité au syndicat étudiant d’extrême droite, l’UNI, a soutenu François Fillon, puis Nicolas Sarkozy, avant de rallier Les Républicains (LR) puis la République en marche d’Emmanuel Macron. On attend la suite avec envie !

Elle a de grandes ambitions, dont celle d’être ministre. Elle a connu plusieurs déceptions, mais a finalement eu gain de cause en juin 2023 en obtenant le maroquin des Solidarités et des familles, où elle n’a pas tardé à démontrer son ‘’talent’’.

Alors que le gouvernement a mis en place une commission scientifique pour réfléchir au problème de la restauration de l’autorité parentale, coprésidée par le psychiatre Serge Hefez et Hélène Roques, consultante, spécialiste des questions de jeunesse, la petite ministre dévoile dans La Tribune dimanche son plan pour responsabiliser les parents d’enfants délinquants. Aurore Bergé annonce donc la mise en place de travaux d’intérêt général pour les parents défaillants.

Cette sortie lui a valu une réaction vive de Serge Hefez, déclarant à Franceinfo que la commission fera des propositions concrètes dans six mois seulement ; celle-ci étant composée de 25 personnes « animées par le désir de faire des propositions qui vont aller dans le sens du soutien et de l’aide aux familles en difficulté plutôt que dans ce qu’on entend dans ses premières annonces (d’Aurore Bergé), qui va plutôt dans le sens de surveiller et punir. »

A la question « La proposition de travaux d’intérêt général pour les parents défaillants n’est pas l’alpha et l’oméga de votre démarche ? », Serge Hefez prend cruellement le contrepied de la ministre : « Non, sauf si on peut élargir cette notion peut-être à des systèmes d’information qui aident les parents à restaurer les processus d’autorité. Je travaille depuis l’aube de ma carrière avec les familles sur la thérapie familiale. J’ai l’habitude d’être confronté à des familles qui sont en difficulté. Des parents qui, pour des tas de raisons, n’arrivent plus à encadrer leur famille. Ça fait plusieurs années que je suis confronté également à des jeunes qui sont dans la radicalisation islamiste, des choses assez graves et assez sévères. J’ai pu constater qu’en faisant un travail auprès des familles de ces jeunes qui sont souvent dépassés, qui ne comprennent pas ce qui se passe, on arrive très nettement à améliorer la situation. »

Pan sur le bec d’Aurore Bergé, comme dirait le Canard enchaîné !

Une France à plusieurs vitesses

Le ministre des transports, Clément Beaune, veut que « le train soit abordable et populaire » ; l’intention est louable, mais ce brave ministre enfonce une porte ouverte : n’est-ce pas le propre du service public ? Dans ce grand élan de générosité, il annonce un gel des tarifs sur le Ouigo et les Intercités. Sans dire que l’Etat compensera le manque à gagner de la SNCF.

La justification des mesures laisse pantois : le Ouigo, « un TGV sur quatre, c’est souvent le TGV que prennent les jeunes et qui ont un peu moins les moyens ». Le ministre inaugure les trains à deux vitesses, l’une pour les riches, l’autre pour les pauvres (catégories dans laquelle il place les jeunes). C’est le retour des trois classes, mais plus dans le même train.

Le ministre de l’éducation nationale, Gabriel Attal, profite des résultats de l’enquête Pisa de l’OCDE pour annoncer une énième réforme de l’enseignement. La situation en mathématiques et en français est grave. Mais, digne élève du président de la République, le ministre apporte des réformes sans avoir eu le courage d’évaluer les différentes réformes menées par ses prédécesseurs et notamment celles initiées Jean-Michel Blanquer qui s’avèrent catastrophiques.

La situation proche du désastre de l’enseignement public est le résultat de la politique éducative menée depuis 2017 à l’arrivée de Macron à l’Elysée, et notamment la volonté de favoriser les établissements privés. En supprimant des postes d’enseignants et en accélérant les fermetures de classes (au même rythme que la suppression des lits à l’hôpital), les écoles publiques sont mises en état d’infériorité face aux établissements privés, majoritairement catholiques.

Parmi les réformes annoncées, on remarque la création de groupes de niveaux en maths, notamment. C’est-à-dire une volonté de tri social ; les enfants de pauvres se retrouveront dans les groupes des faibles et les gosses de riches, eux, seront dans les groupes des forts. Cette mesure ne fera qu’aggraver les inégalités.

Derrière les annonces de Clément Beaune et de Gabriel Attal (élève choyé à la très chère Ecole Alsacienne, établissement privé pour la haute société parisienne), on retrouve toute la philosophie de Macron : tout pour les riches, pas un crédit pour la SNCF et pour l’enseignement.

Emmanuel Macron n’a rien à ajouter ; c’est la déclinaison, ministère par ministère de ses choix de société. Quoi qu’il en coûte de l’exaspération du peuple et de son inclination vers le Rassemblement national

Racistes de toute l’Europe…

Roberto Vannacci est un général de l’armée italienne. Il est l’auteur d’un livre édité à compte d’auteur qui est devenu de façon surprenante le livre le plus vendu en Italie, avec 230 000 exemplaires écoulés, malgré le refus de nombreux libraires, parlant de désobéissance civile ; en revanche, il doit son succès à Amazon, moins regardant sur les idées réactionnaires…

Le général Vannacci est raciste et homophobe ; son livre, Il mondo al contrario (Le monde à l’envers) lui permet de déverser toute la logorrhée de la fachosphère.

Quelques phrases sont exemplaires de ses idées nauséabondes :

« Chers homosexuels, vous n’êtes pas normaux, passez à autre chose » (…) Le lavage de cerveau de ceux qui voudraient promouvoir l’élimination de toutes les différences, y compris celles entre les groupes ethniques, pour ne pas les appeler races (…) Paola Egonu (joueuse de l’équipe nationale de volleyball italienne) est italienne par sa citoyenneté, mais il est clair que ses traits somatiques ne représentent pas l’italianité. »

Par ailleurs, Vannacci a osé déclarer : « S’il n’est pas dans la nature de l’homme d’être cannibale, pourquoi le serait-il pour le droit à la parentalité ? Les couples arc-en-ciel ne sont pas normaux. La normalité, c’est l’hétérosexualité. Mais si tout vous semble normal, c’est la faute aux complots dulobby gay international. »

Le ministre de la défense, Guido Crosetto, fondateur du parti Fratelli d’Italia avec Giogia Meloni et Ignazio La Russa, avait relevé Vannacci de son poste de commandant de l’Institut géographique militaire, dans un sursaut de lucidité.

Mais voilà que notre général vient d’être réintégré avec une belle promotion de chef d’état-major du commandement des forces opérationnelles terrestres. Sans doute doit-il remercier Giorgia Meloni, qui a été élue pour son adhésion au fascisme et son admiration pour Mussolini.

Jordan Bardella, président du Rassemblement national, n’a pas hésité à participer à Florence dimanche dernier à un meeting organisé par le vice-président du conseil italien, Matteo Salvini avait réuni toutes les composantes de l’extrême droite européenne, raciste, homophobe, complotiste, identitaire, antisémite. Le jeune supplétif de Marine Le Pen n’a pas paru gêné outre mesure. A-t-il rapporté le livre de Roberto Vannacci ?

Sans commentaire ? Un seul, en France, le racisme est un délit.

Ce monde inquiétant

L’espoir a été de courte durée à Gaza. Les faucons des deux camps ont repris leurs combats meurtriers sans issue, sinon celui de la comptabilité macabre du nombre de morts. A quelques kilomètres de Gaza, à Dubai, c’est le défilé des dirigeants du monde entier. Là aussi sans issue, tous (ou presque) sont sous influence des lobbies du pétrole, des intérêts immédiats des fonds d’investissement, des actionnaires des fonds d’investissements et des oligopoles en tous genres.

L’avenir est sombre, aujourd’hui.

Les réactionnaires, eux, continuent leur sale boulot de mise sous tutelle des esprits et censurent à tour de bras.

A Champigny-sur-Marne, le maire, Laurent Jeanne (Les Républicains) a fait recouvrir de peinture blanche une fresque de Chloé Wary, longue de 23 mètres et reprenant ses personnages de Saison des Roses. Le maire a découvert que sur 5 cm2 l’autrice avait inscrit ‘’Justice pour Nahel’’ et ‘’Rubiales Fuera’’.

Cellui qui a conquis en 2020 une municipalité qui avait été gérée par un élu PCF depuis 73 ans, a plaidé l’erreur. Erreur qui a bien du mal à passer !

A Saint-Malo, un festival de bande dessinée avait donné l’occasion de disposer des panneaux dans toute la ville. Ceux d’un auteur se faisant appeler tienstiens, extraits de sa BD Koko n’aime pas le capitalisme, ont provoqué des réactions de toutes la fachosphère. Les employés municipaux ont été priés de faire disparaître des panneaux satiriques et engagés. L’un, détournant le film Les Choristes, représentant un groupe d’enfants chantant « Tout le monde déteste la police » et l’autre faisant dire à Christine Kelly, l’une des journalistes de Vincent Bolloré sur CNews : « On rappelle pour nos téléspectateurs que vous n’avez aucune expertise sur le sujet. Mais votre stature d’homme blanc bourgeois hétéro d’extrême droite vous assure une certaine neutralité. On vous écoute… »

De l’autre côté de l’Atlantique, les disciples républicains de Trump mènent un combat quotidien contre tout ce qui n’est pas réactionnaire. Le patron de Disney, Bob Iger, est harcelé par le gouverneur de Floride, Ron DeSantis. Celui-ci reproche par exemple aux œuvres des célèbres studios un baiser homosexuel dans Buzz l’éclair, un héros gay dans Avalonia, l’étrange voyage, et d’avoir confié le rôle-titre de la Petite Sirène à une actrice noire, Halle Bailey.

Bob Iger a, hélas, succombé et vient de déclarer : « Les créateurs ont perdu de vue ce que devait être leur objectif numéro un. Nous devons d’abord divertir. Il ne s’agit pas d’[envoyer] des messages ».

Guerres, intolérance, censure, ce monde est inquiétant !

L’acte d’accusation

Quel grand moment de télévision publique sur France 5 hier ; il a duré plus de trois heures. D’abord avec un rappel historique intitulé ‘’Infirmières, notre histoire’’, puis un documentaire en deux parties, ‘’Nous soignants’’, qui a dressé l’acte d’accusation de tous les personnels, médecins, infirmières et infirmiers, aides-soignants, dénonçant la casse de l’hôpital public.

Des images fortes de soignants épuisés, désabusés, impuissants, en pleurs, mais aussi des paroles encore plus fortes pour dire leur amour du métier, mais pas un amour aveugle, un amour accusateur. Ils ont accusé avec beaucoup de dignité ceux qui, d’années en années, ont transformé les hôpitaux publics en une industrie de la santé qui doit être rentable : on laisse diminuer dangereusement le nombre de médecins, on ferme des lits et au bout du compte, on a fait des économies en réduisant l’accès aux soins. La voie est ouverte aux grands groupes privés comme Ramsay.

Toutes (de Sophie Crozier, neurologue à la Pitié-Salpêtrière, aux aides-soignantes au cœur énorme et aux auxiliaires de puériculture) et tous (d’André Grimaldi, ex-chef du service de diabétologie à la Pitié-Salpêtrière à Marc de Matos, infirmier aux urgences) ont dénoncé le numerus clausus de 1971, la tarification à l’acte des lois de 2004 et 2007, ou encore le scandaleux recours aux cabinets de conseil pour justifier la fermeture de lits et autres sources d’économies.

André Grimaldi a prononcé le réquisitoire le plus sévère à l’encontre du président de la République (rappelant que durant la crise du Covi19, Macron osait affirmer : « Les domaines de santé doivent échapper aux lois du marché (…) Il faut des ruptures, je les assumerai. »).

On aurait pu espérer qu’un tel documentaire déclenchât un vaste débat public. Hélas, les récepteurs de télévision éteints, Macron et ses ministres étaient déjà passés à autre chose et le service public de l’audiovisuel aussi. L’électrochoc souhaité et souhaitable ne s’est pas produit et ne se produira pas.

Si la plupart des soignants de l’hôpital public continueront à subir la situation, certains, à bout de souffle, démissionnerons, faute de pouvoir soigner sans mettre en jeu la santé des patients.

‘’Nous, soignants’’ ou la dignité des personnels de santé face au mur du libéralisme.

Extrême droite et culture

J’ai déjà abordé les questions posées par les pressions de la droite des catholiques intégristes et de l’extrême droite sur la culture.

Quelques établissements d’enseignement catholiques se sont distingués en interdisant la lecture de certains livres, notamment ceux qui abordent l’éducation sexuelle. Mais pas seulement. On a pu voir aussi des manifestations lors d’événements culturels (concerts, films, etc.) et on ne compte le nombre de conférences où les nervis de la droite et de l’extrême droite sont allés vociférer leur haine et faire le coup de poing, armés de matraques.

La Société des réalisateurs de films vient de publier un communiqué qui met l’accent sur une stratégie ignoble des milieux conservateurs les plus radicaux pour dénigrer certains films, notamment sur la plateforme Allociné.

« Le film Avant que les flammes ne s’éteignent de Mehdi Fikri est actuellement l’objet d’une violente campagne de dénigrement relayée par la chaîne Cnews et les réseaux sociaux, en particulier sur la plateforme Allociné où sa « note spectateur » a brutalement chuté à 1,4 le mercredi 15 novembre au matin, jour de sa sortie en salles, avant même la première séance de 9h. 

D’autres films, dont notamment Amin de Philippe Faucon en 2016, Rodéo de Lola Quivoron ou Les Engagés d’Émilie Frèche en 2022, ont déjà fait les frais de telles charges assorties de commentaires haineux imputables à des groupes d’extrême droite. Force est de constater que nous assistons à une offensive résolue, massive et coordonnée de cette mouvance sur le terrain culturel, dont le cinéma, art populaire par excellence, est une cible privilégiée.

Si nous, cinéastes de la SRF, restons viscéralement attachés à la liberté d’expression (dont fait partie l’appel au boycott), nous dénonçons vivement ces manœuvres d’intimidation car elles cherchent en réalité à pratiquer une censure de fait qui ne dit pas son nom. Elles portent ainsi atteinte à la liberté de création des cinéastes et à la libre diffusion des œuvres. En attaquant la pluralité des récits et des sujets, c’est aussi le droit à la fiction, élément indispensable de la vie en démocratie, qu’elles mettent en péril. »

De telles pratiques ne sont pas anodines. Elles doivent être observées dans un contexte de regain d’activité des groupuscules fascistes et de lepénisation de la société : ratonnades de Romans-sur-Isère, censures de livres, campagnes anti-arabes, etc. On peut ajouter des actes de censure par l’argent. Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, s’est signalé en coupant les subventions ou en réduisant les subventions de nombreux acteurs culturels au nom d’un prétendu ‘’rééquilibrage territorial’’. Il est allé jusqu’à supprimer la subvention de 149000 euros du Théâtre Nouvelle Génération (TNG) de Lyon, un centre dramatique national œuvrant auprès du jeune public. En Île-de-France, le RN propose de ne plus accorder d’aides aux films ‘’qui ne parleraient pas de l’Île-de-France’’.

Le climat est malsain et la culture est l’objet d’attaques inquiétantes.

Il y a, assurément, des ressemblances avec l’atmosphère que les ligues dites nationalistes aux profils divers faisaient régner dans les années 1930 ; la même idéologie fasciste se développe.

Ces ligues ont largement inspiré la naissance du Front national, aujourd’hui Rassemblement national, de Le Pen. Avec une différence notoire cependant. Si Jean-Marie Le Pen ne recherchait pas à accéder au pouvoir, sa fille, elle, a entrepris une campagne de dédiabolisation pour remporter les élections.

Avec le danger de voir la France tomber dans le fascisme comme l’Italie de Meloni.

Relire le Traité sur la tolérance

Jusqu’à quand laissera-t-on l’extrême droite parader impunément ? Exprimer publiquement ses haines ? Relayer les thèses les plus racistes qui soient, inspirées par le Front national hier et, son clone, le Rassemblement national, aujourd’hui ?

Pas un jour ne passe sans que des groupes ne manifestent sans être véritablement inquiétés.

Des croix gammées peintes sur le sol à Paris : les treize jeunes interpellés n’étaient pas musulmans, mais des Français racistes, antisémites, prêchant les prétendues valeurs de la France chrétienne et de l’Occident.

Le même jour, des militants d’ultradroite défilent à Romans-sur-Isère : les 80 manifestants sont venus de toute la France pour scander des slogans antimusulmans.

Quand le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, s’exprime, c’est pour relever qu’il y a eu 1518 actes ou propos antisémites depuis le 7 octobre. Ne pas citer les actes antimusulmans n’est pas un oubli.

L’extrême droite, dans le sillage de Marine Le Pen et de sa clique nauséabonde, a inspiré et inspire encore ces forcenés fanatiques. La loi ‘’immigration’’ de Darmanin, ‘’durcie’’ par une droite qui n’est plus républicaine, traduit le rapprochement inquiétant entre les nuances de ceux qui voient dans l’immigré un dangereux délinquant.

Et Emmanuel Macron s’est bien gardé de désavouer son ministre de l’intérieur.

Tous préparent l’élection triomphale de Marine Le Pen en 2027. Quel beau et brillant résultat d’une politique qui se voulait différente !

Le racisme est un délit ; les groupuscules qui défilent et vocifèrent ‘’Mort aux Juifs’’ un jour et ‘’Mort aux Arabes’’ dans le même temps, se voient-ils infliger des peines à la hauteur du délit ? Assurément non. 

Et Marine Le Pen, Jordan Bardella, Sébastien Chenu et autres sbires sont invités en permanence par les chaînes de télévision et de radio et continuent à déverser la haine et l’intolérance.

Après la tuerie de Charlie Hebdo, le Traité sur la tolérance de Voltaire s’était arraché dans les librairies. L’extrême droite et ses plus proches amis, eux, s’étaient sans doute refusés à dévorer les pages dénonçant les fanatismes religieux et les superstitions. Il est vrai que cette droite rance, celle de la Manif pour tous, les défenseurs des valeurs de la chrétienté, les téléspectateurs des chaînes de Bolloré, les auditeurs de Sud Radio, les lecteurs de Famille chrétienne, etc., dénoncent les livres qui s’opposent à leurs thèses et, parfois, les interdisent dans certaines écoles catholiques et bibliothèques.

« Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde. » Brecht, dans La résistible ascension d’Arturo Ui, ne s’est contenté de dénoncer, il a lancé un appel : « Agissez au lieu de bavarder. » Alors, agissons !

Entendre la voix des Palestiniens

L’information sur les événements israélo-palestiniens n’est pas satisfaisante. Les directions de trop nombreux médias français ont épousé les thèses de l’Etat hébreu et tendent à considérer que tous les Palestiniens sont des membres du Hamas.

Rien n’est plus faux.

Encore faut-il se reporter à d’autres sources pour avoir une information équilibrée. L’agence Médias Palestine fait un travail remarquable qui permet de comprendre ce qui se joue entre les deux peuples.

Elle vient de publier une interview de Sami Abu Salem, un journaliste palestinien de Gaza (par ailleurs formateur en charge de la sécurité à la Fédération internationale des journalistes, la FIJ).

A la question de savoir si tous les Palestiniens sont membres du Hamas, il a une réponse sans ambiguïté :

« Un autre point que tous celles et ceux qui critiquent Israël – ou même les Palestiniens et Palestiniennes en Europe – définissent comme un problème : lorsque nous attaquons Israël, cela signifie que nous sommes le Hamas. Mon Dieu ! C’est vraiment stupide. Je suis personnellement contre le Hamas et je critique Israël. Quand quelqu’un critique Israël, cela ne veut pas dire qu’il ou elle est du Hamas. »

Dans ce conflit, il y a un angle mort et à la question de savoir ce qui n’est traité mais qui devrait l’être dans les médias occidentaux, Sami Abu Salem apporte une réponse qui devrait interpeller les journalistes du monde entier :

« Le droit de résister. Le droit de résistance des Palestiniennes et Palestiniens, qui sont sous occupation depuis 75 ans. Personne n’en parle. Tout ce qui se passe à Gaza, tout cela, est dû à la continuité de l’occupation. Nous avons le droit de résister.

J’aimerais aussi parler de quelque chose dont ces médias ne parlent pas assez selon moi. Israël dit qu’il cible le Hamas. Selon eux, ils se cachaient ici ou là. D’accord. Ils [ndlr : Israël] ont des armes de haute technologie, ils ont des F-16 et des armes qui sont reliées aux satellites israéliens et américains. Ils peuvent choisir leurs cibles de manière sélective. Ils peuvent tuer une simple mouche. Ils peuvent tuer un simple chat. Mais lorsqu’il y a une cible, et s’il y en a une, ils bombardent un pâté de maisons entier, pas une maison. 20-30 maisons, 15 maisons… peu importe. Des maisons habitées. Et des dizaines, des centaines de personnes meurent dans la même frappe. »

Son analyse aussi est éclairante sur la stratégie incroyable d’Israël et des Etats-Unis :

« Le problème n’est pas le Hamas, ni le Fatah, ni aucune faction palestinienne, ce n’est pas le problème ! Le problème, c’est l’occupation israélienne, pas le Hamas. Le Hamas a été créé en 1987, mais nous nous battons et nous sommes assassiné-e-s depuis bien plus longtemps que 1987.

J’aimerais aussi que la presse étrangère s’intéresse davantage à la manière dont le Hamas a remporté les élections. Comment les présidents israéliens et américains ont appelé le prince du Qatar et lui ont demandé de dire au Hamas de se présenter aux élections. Ce sont des informations rendues publiques par le biais de Tamim (ndlr:Ben Hamad Al Thani), maintenant émir du Qatar, qui parlait à l’époque des actions son père. Ce n’est pas un secret. Et ils ont ouvert des bureaux du Hamas au Qatar sur ordre des Américains. Ce n’est pas un secret.  Ils ont amené le Hamas ici, et maintenant ils nous tuent parce qu’ils voudraient se débarrasser du Hamas. »

Les journalistes palestiniens de Gaza travaillent dans des conditions de danger extrême ; quarante d’entre eux ont été tués dans les bombardements israéliens. Comme si on voulait ne plus entendre leurs témoignages. Sami Abu Salem mérite d’être écouté et entendu et sa parole relayée.

Dénoncer les mensonges dans les médias

La tuerie barbare commise par le Hamas en Israël, l’assassinat tout aussi barbare de Dominique Bernard et les bombardements incessants de Gaza provoquant des dégâts sans discernement et en contravention avec le droit international sont un nouveau prétexte pour des instrumentalisations monstrueuses.

Antisémites, islamophobes, racistes en tous genres, xénophobes assumés jouent de toutes les émotions pour instiller leurs idéologies nauséabondes.

Parmi ces idéologues figure Caroline Fourest. Les micros et les caméras lui sont ouverts en permanence. Les militants du Réseau Education sans Frontières du lycée Paul Eluard de Saint-Denis ont publié un communiqué le 3 octobre dernier qui, hélas, est encore d’actualité aujourd’hui. Il mérite d’être publié in extenso pour dénoncer tous les traitements médiatiques d’une situation dramatique.

« Le collectif RESF du lycée Paul Éluard de Saint-Denis dénonce les mensonges proférés sur le plateau de LCI mardi 26 septembre par Caroline Fourest à l’encontre des mineur-es isolé-es et des migrant-es et demande à LCI et aux médias de mettre fin à la déshumanisation raciste qu’ils opèrent quotidiennement.

Personnels de l’Éducation nationale dans un lycée du 93, nous suivons dans leurs démarches administratives des mineur-es isolé-es, et, plus généralement, des jeunes migrant-es ou étrangers et étrangères, afin que les dysfonctionnements institutionnels, nombreux, n’entravent pas leur droit fondamental à l’éducation.

Caroline Fourest affirme publiquement que les mineur-es isolé-es sont « dangereux » : « agressifs, violents, violeurs ». Ces propos sont similaires à ceux qui ont valu à Éric Zemmour une condamnation pour incitation à la haine raciale. Que la polémiste attribue la supposée violence intrinsèque des mineur-es isolé-es à la violence qu’ils et elles ont subie lors de leur parcours migratoire ne change rien. Les mineurs isolés ne sont pas dangereux, ils sont en danger, abandonnés par les institutions et les responsables politiques.

Ces dernières années, nous avons suivi F., jeune femme prise en charge comme mineure isolée, que la France veut expulser maintenant qu’elle est majeure et qu’elle a son bac, pour la renvoyer dans une famille qui l’a excisée et veut la marier de force ; O. qui est resté des semaines à la rue, a dû passer par un juge (comme 80 % de ces jeunes) pour que sa minorité soit reconnue alors qu’il en avait des preuves authentifiées par le ministère de l’Intérieur et a attendu un an pour être inscrit dans un collège ; A. qui a annoncé en pleine classe avoir fait une tentative de suicide quelques mois plus tôt du fait de l’attente d’une réponse à sa demande d’être reconnu comme mineur isolé ; J. à qui on a refusé le statut de mineur isolé, qui était hébergé à une heure et demie du lycée, qui a quand même eu son bac avec mention bien et qui poursuit maintenant comme majeur sans statut, dans une très grande précarité, des études supérieures en économie et gestion.

Sans aucune expérience de terrain ni compétence pour parler de ces jeunes, Caroline Fourest se moque bien de leur réalité : leur vie ne vaut pas qu’elle prenne 5 minutes de son temps pour se documenter quand elle va en parler devant des centaines de milliers de personnes. C’est ainsi qu’elle affirme défendre l’Aide Médicale État (AME) pour les mineur-es isolé-es contre les attaques de l’extrême-droite. Or, ils relèvent de la protection universelle maladie (Puma) et les renvoyer à l’AME serait une dégradation de leur situation. De plus, l’AME est attaquée par Emmanuel Macron lui-même ou Les Républicains.

De même, elle prétend défendre la scolarisation de ces jeunes contre l’extrême-droite. Or, même si l’extrême-droite est évidemment un danger, c’est bien le gouvernement actuel qui entrave la scolarisation de ces jeunes, les abandonne à la rue, les fait harceler par les forces de l’ordre pour empêcher tout regroupement qui visibiliserait le problème. Enfin, la polémiste efface la diversité et les légitimités des causes des migrations, par exemple les guerres ou les crises climatiques, en envisageant seulement le cas de « victimes des Talibans », ou des « complices de Daesh » qui voudraient venir en France.

Caroline Fourest rationalise son discours de déshumanisation et entend discréditer les défenseurs des droits humains universels. Pour elle, garantir des droits fondamentaux (santé, scolarisation, etc.) d’enfants et de jeunes, et dénoncer leur atteinte par la France seraient de la « morale » et non de la « politique ». Elle demande à ce qu’on puisse aborder « sans passion » la possibilité que la prise en charge des mineur-es isolé-es, une obligation à laquelle la France est tenue par les conventions internationales, ne soit plus effective. Elle projette sur l’ensemble des citoyen-nes son propre manque de compassion en affirmant que face aux milliers de migrant-es morts noyé-es, les Français-es seraient « fatigué-es, usé-es d’être sollicité-es, de voir la difficulté de l’accueil, l’effort que cela représente ».

Jamais elle n’aurait osé tenir de tels propos au sujet des Ukrainien-nes, jamais à leur sujet on ne l’aurait laissé dire les horreurs qui n’ont rencontré que le silence approbateur de David Pujadas et du plateau quand il s’agissait d’enfants ou de jeunes venu-es d’Afrique ou d’Asie. Nous refusons à Caroline Fourest le statut d’universaliste qu’elle usurpe depuis vingt ans ; quand des droits fondamentaux à l’accueil et à la protection sont niés à des mineurs en raison de leur origine, quand on justifie cette négation des droits au nom d’un prétendu danger que ces jeunes représenteraient pour la société, le jésuitisme avec lequel la polémiste se justifie ne peut faire oublier qu’il s’agit là d’une hiérarchisation des vies et d’une mise en danger. Nous combattons cette hiérarchisation des vies au nom des idéaux de liberté, d’égalité, de fraternité et des droits fondamentaux que nous reconnaissons, nous, à tous et toutes. »

Peuples en danger

Dans un long article sur les scientifiques hors la loi (ces chercheurs qui militent pour le climat en enfreignant la loi), Télérama a recueilli les paroles de quelques-uns de ces résistants de la cause environnementale.

L’un d’eux, Sébastien, maître de conférence, sera jugé pour ses actions destinées à attirer l’attention de celui qu’on appelle le grand public, notamment la peinture de la façade du ministère de la transition écologique. Le magazine a retenu quelques phrases assassines :

« Il y a un an, Emmanuel Macron osait demander “qui aurait pu prédire la crise climatique ?” — en totale contradiction avec ce que la science expose depuis des années. Aujourd’hui, il passe du déni au mensonge, en assurantqu’il a vraiment pris la question au sérieux… après avoir renvoyé l’essentiel des propositions de la Convention citoyenne et en proposant des techno-solutions qui ne seront, au mieux, qu’unpansement sur la catastrophe. Il refuse net de parler de sobriété, seule réponse efficace aux drames qui se préparent, et atteignable pourvu que l’on construise une société plus juste. »

Que dire de plus ?

Que ce n’est pas Sébastien et les militants de Scientifiques en rébellion, de Dernière Rénovation et des Soulèvements de la terre, qu’il faut juger, mais ceux qui détiennent le pouvoir pour non-assistance à peuples en danger.

Assez de mensonges !

Si le Hamas ment, Benyamin Netanyahu aussi. C’est la guerre ; l’expression est utilisée pour tout justifier. Même et surtout l’injustifiable.

La situation est identique en Ukraine, avec d’un côté Volodymyr Zelensky et de l’autre Vladimir Poutine.

Qui ment le plus ? Qui ment le mieux ? Il est impossible de partager ces professionnels du mensonge. De vrais professionnels.

Ursula von der Leyen, l’ultra-atlantiste qui se prend pour la présidente de l’Union européenne, ment aussi. Elle est prête à tout pour justifier la prolongation pour dix ans de l’autorisation du glyphosate par les agriculteurs. Emmanuel Macron n’a pas grand-chose à lui envier. Le président français justifie tout en prétendant qu’il n’y a pas d’alternative à ce poison.

Eric Dupond-Moretti, poursuivi pour prise illégale d’intérêts, saura bientôt si nous devons encore croire ses belles paroles ou s’il a menti. Dans l’attente du verdict de son procès devant la Cour de justice de la République, il est resté ministre de la justice. Quel désordre !

Après la France qui brûle (dans le Sud-Ouest surtout), la France qui a les pieds dans l’eau (dans le Nord-Pas-de-Calais surtout). Des milliers de concitoyens ont perdu toute une vie de dur labeur. Emmanuel Macron a annoncé le classement de toutes les communes qui l’ont demandé en catastrophe naturelle à la suite des inondations. Il s’est donné bonne conscience, car il savait pertinemment que les victimes ne seront pas entièrement indemnisées.

On n’est pas loin du mensonge !

En politique, le mensonge est devenu un mode de gouvernance. Un sénateur LR, Stéphane Le Rudulier, vient allonger la liste de ceux qui sont pris en plein délit de mensonge. Sa thèse de doctorat était entachée de plagiat et, aujourd’hui, il est reproché à l’élu de Rognac (Bouches-du-Rhône) des utilisations problématiques de l’argent public.

Même le sport est gangréné. Ne vient-on pas d’apprendre que Bernard Laporte, ex-ministre de Sarkozy, ex-président de la Fédération française de rugby, etc., vient d’être nommé directeur du club de Montpellier, propriété de Mohed Altrad. Les deux hommes se connaissent bien : ils ont été prix la main dans le sac et condamné ensemble en première instance pour corruption et abus de biens sociaux. En gros, on reproche aux deux hommes de gros mensonges. Va-t-on les laisser continuer à mentir ?

Les peuples n’en peuvent plus de ces mensonges. Eux qui vivent chichement ne supportent plus la situation et demandent la réhabilitation de l’honnêteté. Rien de plus. Mais c’est beaucoup et, si cela venait à se produire, cela changerait la face du monde.

Racisme ordinaire sur Europe 1

Je ne connais pas Gaspard Proust et depuis ce matin après la lecture d’un article de Sophie Gindensperger sur le site de Télérama, je n’éprouve pas le besoin de l’écouter, ni de le connaître plus avant.

Le magazine culturel m’apprend que ce Gaspard Proust, prétendant acteur et humoriste, tient une chronique sur Europe1 et dans le Journal du dimanche, après avoir animé en 2022 un meeting politique organisé par Valeurs actuelles.

Sur Europe 1, le 9 novembre, Télérama rapporte quelques phrases de sa chronique :

« Plutôt que défiler contre l’antisémitisme, moi j’inventerais le happening “boire du champagne pour les décollages”’ (…) À un moment, t‘amène sur le tarmac (…) tout ce que la France compte de fichés S, délinquants multirécidivistes, OQTF, antisémites, porteurs de jogging casquette californiens, tu vois ce que je veux dire, franchement, toute la confrérie des “petits anges”, hop tu me charges tout ça dans la soute, direction plein sud, une escale à Cayenne pour les nationaux, et je pense que d’un coup, il y aurait moyen de transformer une sorte de désespoir en grande fête républicaine (…) Disons [qu’avec] la perspective pour un “petit ange” que son prochain rodéo urbain consiste à zigzaguer entre des figuiers de Barbarie sur un bourricot qui boîte, (…)  il y a des chances qu’ils commencent à faire de la réflexologie mentale. »

Il n’y a qu’un qualificatif : abject.

Pendant le même temps, l’Institut de France à Gaza était bombardé par les Israéliens, la ville était quasiment rasée et Gérard Larcher éructait pour dénoncer la chronique de Guillaume Meurice sur France Inter.

Gérard Proust, lui, peut continuer à étaler son racisme primaire avec la bénédiction de Vincent Bolloré ; le mutisme de la droite et de l’extrême droite est assourdissant.

Heureusement, il reste peu d’auditeurs à Europe1.

L’autre guerre, de la culture

Parmi ceux qui ont défilé contre l’antisémitisme, combien étaient-ils ceux qui relaient les idéologies révisionnistes de l’Histoire et à faire main basse sur la culture au nom de leurs croyances pour un retour à l’obscurantisme et au racisme ?

L’inquiétude devrait être grande quand on voit Vincent Bolloré devenir le premier éditeur de France et le troisième dans le monde, le propriétaire de chaînes de radio et de télévision, l’éditeur de presse écrite, l’organisateur de spectacles, etc.

L’inquiétude devrait être grande quand on voit Hubert de Torcy, patron de Saje, société de distribution de films d’inspiration chrétienne, relayer la sortie en France de ‘’Sound of Freedom’’, une œuvre ouvertement complotiste vantée par Steve Bannon.

L’inquiétude devrait être grande quand on voit que ce même Hubert de Torcy est le distributeur du film ‘’Vaincre ou mourir’’, à la gloire de la contre-révolution vendéenne, produit pas la société Le Puy du Fou Films, filiale de la société du parc à thème de Philippe de Villiers.

Ce beau monde qui se réclame des valeurs chrétiennes du pays est en croisade. Les chaînes de Bolloré sont à son service. Et demain ? Dans les livres d’Hachette, dans les Relay d’Hachette, dans les programmes de ses salles ?

Le monde de la culture doit décréter l’état d’urgence avant qu’il ne soit trop tard.

Le film de Costa Gavras, Amen (diffusé hier par Arte), inspiré de la pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire, est venu nous rappeler que la très sainte Eglise dont se réclament les Bolloré, de Torcy et de Villiers, avait eu une responsabilité historique dans l’extermination des Juifs par les nazis en se refusant de la condamner, alors que le pape Pie XII avait été alerté.

Verra-t-on bientôt des écrivains arrêtés et emprisonnés au seul motif qu’ils sont des défenseurs de la culture et de la liberté comme en Iran, en Russie, en Turquie, en Russie et en Israël, (où la jeune écrivaine Ahed Tamimi a été arrêtée à son domicile de Nabi Saleh en Cisjordanie et emprisonnée sans qu’on sache où) ?

La guerre idéologique fait rage en France, au nom de la chrétienté, sans que le président de la République ne bronche. Et la culture asservie pour remettre en cause nos libertés.

Le Parti d’en rire

L’époque n’est pas à la tolérance ; l’intolérance est partout. Elle se conjugue avec la peur, de tout. L’humour n’est plus nulle part.

Les sourires se font rares ; la faute à la crise, aux guerres et même à l’environnement devenu oppressant.

J’ai mesuré l’intolérance et ce manque d’humour ambiant en recevant un ‘‘e-mail’’ rageur, d’un rare mépris et à l’humour affligeant.

Mon interlocuteur pensait sans doute m’accabler quand j’ai éclaté de rire et décidé de rejoindre le Parti d’en rire de Pierre Dac, en repensant son programme (« Oui, pour vivre heureux/ Prenons le parti d’en rire/ Seules la joie et la gaieté peuvent nous sauver du pire/ La franche gaieté/ La saine gaieté/ La bonne gaieté des familles »)

Et je me suis remémoré quelques Pensées parues dans L’Os à moëlle, l’organe officiel des Loufoques :

« Par les temps qui courent, parler de rien, c’est déjà quelque chose ! »

« Qui ne dit rien consent, mais qui consent à tout sans rien dire est une belle lavette, un bon à tout et un propre à rien. »

« Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir. »

« Le crétin prétentieux est celui qui se croit plus intelligent que ceux qui sont aussi bêtes que lui. »

Et pour finir de désarmer mon grincheux interlocuteur, voici deux petites sentences définitives :

« Rien ne sert de penser, il faut réfléchir avant. »

« Le rire désarme, ne l’oublions pas. »

Ah ! Pierre Dac, quelle classe et toujours d’actualité pour désarmer les imbéciles !

« Articles précédents Articles suivants »