La Chouette qui hioque

Auteur/autrice : Michel (Page 19 of 83)

Oracles

Les Etats-Unis ont eu leur oracle Donald, celui qui annonçait le bonheur retrouvé sur la terre US : « Make America Great again ».

La France aussi ; Emmanuel, qui, lui aussi, prédisait des jours heureux, si le bon peuple le suivait dans sa Révolution.

Les deux grands hommes pratiquent volontiers la divination, avec une connaissance de ce qui est bon pour le peuple et pour l’avenir.

Mais, Donald Trump et Emmanuel Macron sont assurément des usurpateurs ; leur idéologie s’inscrit dans une dérive totalitaire et réactionnaire, inégalitaire et liberticide, c’est-à-dire à l’opposé de ce qu’ils annoncent. Comme Merlin l’enchanteur, ils endorment le peuple en prétendant dicter ce qui est bien à la masse ignare, celle qui est incapable de traverser la rue pour trouver du travail, des citoyens qui ne sont rien et qui sont, pour beaucoup, illettrés.

A l’image de Trump, qu’il s’était empressé de rencontrer dès les lendemains de son élection, Emmanuel Macron a une haute idée de sa personne ; elle lui interdit de nommer une représentante du Nouveau Front populaire comme première ministre. Au nom de dogmes ultralibéraux qu’il sert avec persévérance. 

Le conflit est d’une intensité dramatique telle qu’on n’en avait jamais connu ; l’épisode est inédit. Mais Macron reste figé, sans s’apercevoir que la vie des citoyens qui ont du mal à boucler les fins de mois ne s’est pas mise entre parenthèses. La colère qui s’est traduite par le nombre de voix recueillies par les candidats du NFP, est toujours là.

Le peuple (ce n’est pas un gros mot !) veut faire de la politique autrement et il a trouvé en Lucie Castets une représentante qui a la tête bien faite et les idées claires. Il lui fait confiance pour mettre un terme à la crise économique, financière, politique, environnementale, éducative, énergétique, sociale, discriminatoire, xénophobe qui mine l’avenir.

Le capitalisme nous entraîne dans un désastre que Macron ne veut pas voir, ne veut pas combattre pour préserver les délinquants qui en ont tiré un bénéfice colossal.

Le peuple ne veut plus d’oracles mais des politiques, femmes et hommes, au seul service du bien commun.

Jeux interdits

Quand France 2 magnifie l’information ‘’people’’, elle consacre la totalité de ses journaux télévisés de dimanche à la disparition d’Alain Delon. Le chaîne publique récidive ce lundi. Alain Delon jusqu’à la nausée.

L’information permet d’éluder les centaines de morts de Gaza ou du conflit russo-ukrainien, les incendies de forêt dans l’Hérault, mais surtout le déni de démocratie d’Emmanuel Macron, peu pressé de nommer un nouveau gouvernement.

Les hiérarques du service public ont perdu la raison et surtout les principes professionnels concernant la hiérarchisation de l’information.

Heureusement, la presse écrite reste plus mesurée pour aborder le décès du très réactionnaire Alain Delon. Elle respecte encore ses lecteurs en réserve une place à la critique de la politique non moins réactionnaire du président de la République.

Le Monde consacre son éditorial à la crise institutionnelle, sous le titre « Emmanuel Macron doit cesser de jouer la montre », et écrit : « Pareille situation a des conséquences graves : sous prétexte d’expédier les affaires courantes, le gouvernement démissionnaire, dénué de toute légitimité, prend des décisions d’importance, comme la signature des ‘’lettres plafonds’’ préparatoires au budget 2025. Cette léthargie, inédite sous la Ve République, ne saurait perdurer. »

De son côté, L’Humanité fustige un président qui « n’est pas au-dessus de la Constitution, dont la raison d’être est de faire reculer l’absolutisme des pouvoirs ». Le quotidien du progrès dénonce « la méthode même choisie par Emmanuel Macron (qui) montre l’insincérité de sa démarche : le président n’a aucunement l’intention de s’en remettre au verdict des urnes, et travaille à une issue qui en est l’exact opposé. Une sorte d’alliance des battu de droite et du centre, ripolinée en coalition gagnante. »

Le président avait décrété la trêve olympique ; aujourd’hui, les médias à sa solde ont décrété un deuil national pour Alain Delon.

En multipliant les coups de force, Emmanuel Macron joue, certes, avec le feu, mais il s’agit d’un jeu dangereux auquel les citoyens ne sont pas contraints d’adhérer et adhèrent de moins en moins.

Alain Delon

C’était un homme profondément anticommuniste et il a fait du cinéma un peu par hasard. Il est devenu une star ou une icône, comme on veut. 

Il a fait quatre-vingts dix films, mais il doit tout à des cinéastes communistes. Luchino Visconti qui, en 1960, lui donne son premier grand rôle dans Rocco et ses frères en déclarant dans les Cahiers du cinéma : « Alain Delon est Rocco. Si on m’obligeait à prendre un autre acteur, je renoncerais à faire le film. J’ai écrit ce rôle pour lui, il est le personnage central de l’histoire ». Joseph Losey qui, en 1976, lui fait endosser le personnage de Monsieur Klein. Du grand cinéma d’auteur.

Entre les deux dates, René Clément (Plein soleil puis Paris brûle-t-il ?), Michelangelo Antonioni (L’éclipse), Henri Verneuil (Mélodie en sous-sol et Le clan des Siciliens), Robert Enrico (Les aventuriers), Jean-Pierre Melville (Le Samouraï et Le cercle rouge) et Jacques Deray (La piscine et Borsalino) ont su utiliser ses talents d’acteur.

L’homme était narcissique, parlant de lui à la troisième personne. A force de se regarder dans un miroir, il s’est perdu en répétant à l’envi : « Je m’appelle Alain Delon ». Son miroir renvoya une autre image, celle d’un homme boursouflé d’orgueil, ne doutant pas de lui. Il s’éloigna ostensiblement du cinéma qui l’avait fait. Comme Jean Gabin avant lui, Alain Delon a sombré en voulant jouer du Delon, moins grand que le précédent.

Proche de Jean-Marie Le Pen, il soutiendra aussi Giscard d’Estaing, Sarkozy, Raymond Barre et même Philippe de Villiers pour qui il fournit des prestations au Puy du Fou. Sa personnalité était détestable ; il finira par être naturalisé suisse. Le citoyen Delon s’est fourvoyé.

Alain Delon, l’acteur, a été brillant de 1960 à 1976 tant qu’il a été dirigé par de grands cinéastes. C’est ce qu’on retiendra de lui ; le reste est peu glorieux.

Il avait deux bébés

Caitlin Johnstone était une journaliste australienne. C’était hier ; elle a abandonné son métier au prétexte qu’elle s’est « vite rendue compte que travailler dans la grande presse équivaut à la resucée des dépêches de Reuters et d’Associated Press, à passer les plats des think-tanks et des communicants ». Alors, elle a ouvert un blog et écrit des livres ; son seul financement est la participation volontaire de ses lecteurs.

Caitlin Johnstone est une militante ; elle vient de publier un très beau texte, repris par l’excellent site du journaliste belge Michel Collon, Investig’Action. A mon tour de le publier en hommage aux victimes palestiniennes (ou d’ailleurs). 

« Il avait deux bébés. Des jumeaux. Aysal et Aser, un garçon et une fille.

Mohammad Abu Al Qumsan avait deux bébés et une femme aimante.

Aujourd’hui, il n’a plus personne.

Une frappe aérienne israélienne a tué ses deux bébés, ainsi que leur mère et leur grand-mère, alors qu’il était allé chercher leurs certificats de naissance.

Ils venaient de naître.

Une vidéo le montre en train de crier, de crier comme n’importe lequel d’entre nous crierait. Les cris d’un homme qui a soudainement perdu tout ce qu’un homme peut perdre. Les cris de Gaza.

Je trouve parfois étrange que nous ne criions pas tous comme cet homme, tout le temps, tant que nous partageons notre monde avec ce cauchemar. Parfois, j’en ai un peu envie.

Après l’auto-immolation d’Aaron Bushnell en signe de protestation contre ce génocide, je me souviens avoir lu quelqu’un écrire quelque chose comme « Je comprends d’autant plus l’homme qui s’est immolé que je ne comprends les gens de ma propre communauté qui font comme si de rien n’était ». Les cris d’Al Qumsan me rappellent ces mots aujourd’hui.

J’ai souvent l’impression qu’il relève de l’odieux sacrilège que notre civilisation ne se soit pas stoppée net alors que cela se produit jour après jour, mois après mois, avec le soutien inconditionnel de nos propres gouvernements occidentaux. Nous continuons à aller au cinéma et au restaurant, à rire et à plaisanter alors que des cris à glacer le sang retentissent à Gaza. On a l’impression de valser devant un camp d’extermination et d’essayer d’ignorer l’odeur de la fumée noire qui s’échappe des cheminées.

Nous avons l’air de fous. Nous sommes aussi fous que quelqu’un qui siffle et danse au milieu d’une maison en feu. Il serait certainement beaucoup plus sain de crier tout le temps que de suivre notre petit bonhomme de chemin comme si l’horreur n’existait pas.

Mais ce serait socialement inapproprié. Cela mettrait les gens mal à l’aise. Ici, dans cette civilisation dystopique, il est inconvenant d’en parler.

En Australie, l’orchestre symphonique de Melbourne (MSO) a annulé la représentation du célèbre pianiste Jayson Gillham. Il avait dédié un morceau aux journalistes tués à Gaza depuis un octobre – un bilan sans précédent. Le MSO a qualifié cette dédicace « d’intrusion d’opinions politiques personnelles dans ce qui aurait dû être une matinée consacrée à un programme d’œuvres pour piano solo », ajoutant que « le MSO comprend que ses remarques ont causé offense et désarroi et présente des excuses sincères ».

« Offense et désarroi ». Pour d’une dédicace à des journalistes assassinés. Dans une salle de concert.

Oubliez « l’offense et le désarroi » de Mohammad Abu Al Qumsan. Après tout, il n’a perdu que ses bébés, sa femme et sa belle-mère lors d’une frappe aérienne israélienne. Il n’a pas dû subir l’offense de quelqu’un évoquant les mauvaises actions d’Israël dans une salle raffinée de musique classique.

Oubliez Al Qumsan, et oubliez les deux millions de personnes qui, comme lui, poussent les mêmes cris et vivent le même cauchemar. Ce qui compte, c’est notre confort émotionnel et notre capacité à cloisonner psychologiquement nos convictions politiques dominantes pour les soustraire aux réalités de leurs conséquences.

Personne ne devrait s’immoler par le feu. Mais je peux comprendre pourquoi quelqu’un l’a fait.

Ici, dans cette fausse civilisation frauduleuse, nous ignorons les cris.

Nous ignorons les cris et nous allons dans les salles de concert, parés de nos plus belles robes et de nos plus beaux bijoux. Et nous exigeons des excuses si quelqu’un nous met mal à l’aise en raison de notre soutien à un État d’apartheid meurtrier qui mène actuellement un génocide.

Nous ignorons les cris tout en mourant lentement à l’intérieur, coupés de la vérité, de l’authenticité et d’une connexion sincère avec nos semblables.

Nous ignorons les cris tout en aspirant à la sincérité, comme un Palestinien piégé sous un immeuble détruit aspire à l’air libre et à une bouteille d’eau.

Nous ignorons les cris à l’extérieur de nous-mêmes. Et nous ignorons les cris en nous.

Mohammad Abu Al Qumsan, je suis avec toi ce soir.

Aaron Bushnell, je suis avec toi ce soir.

Je crie jusqu’à ce que ma voix s’éteigne.

Ce soir, je n’ai rien d’autre à offrir que ceci. »

Les mots

Quels mots utiliser pour dire l’effroyable tragédie palestinienne sans être qualifié aussitôt d’antisémite ? Peut-être dans la réaction du président israélien Isaac Herzog qui vient de déclarer après l’attaque de colons juifs contre la localité de Jit, localité entre Naplouse et Qalqilya en Cisjordanie occupée :

« Je condamne fermement les émeutes de la soirée en Samarie. Il s’agit d’une minorité extrême qui porte atteinte à la communauté des colons respectueux de la loi et à la colonie dans son ensemble, ainsi qu’au nom et au statut d’Israël dans le monde au cours d’une période particulièrement sensible et difficile. Ce n’est pas notre façon de faire et certainement pas celle de la Torah et du judaïsme. Les responsables de l’application de la loi doivent agir immédiatement contre ce phénomène grave et traduire les contrevenants en justice. »

Un jeune palestinien de 23 ans a été tué et un autre a été blessé grièvement. Selon l’AFP, depuis le 7 octobre et l’odieuse attaque du Hamas en Israël (indéfendable crime), au moins 633 Palestiniens ont été assassinés par des colons ou l’armée. Ils viennent grossir le nombre de victimes de la riposte israélienne qui a fait plus de 40 000 morts dans la seule bande Gaza.

Les mots du président israélien sont faibles au regard de la gravité des faits. Comment Isaac Herzog peut-il affirmer que ce n’est pas la façon de faire de son pays et qu’il ne s’agit que d’une minorité extrême ? Cette façon de faire est revendiquée par Benyamin Netanyahu et son gouvernement.

En revanche, il a raison de dire que ce n’est pas la façon de faire de la Torah et du judaïsme, mais c’est au nom d’une vision messianique que Netanyahu et la clique d’extrême droite justifient répressions inhumaines, assassinats, crimes contre l’humanité et occupations illégales de territoires palestiniens en Cisjordanie.

Quant aux colons respectueux de la loi, ils sont si peu nombreux ! D’ailleurs, ils sont aussitôt dénoncés par les fous d’une religion pervertie.

Serait-ce trop demander aux Israéliens de se conduire humainement en ne cherchant pas à imiter les esprits rétrogrades et sanguinaires de Téhéran ?

Les dieux d’ici et d’ailleurs sont convoqués par des intégristes sadiques et haineux, trop souvent corrompus ; il est urgent de leur contester les mots qu’ils utilisent dans leurs prêches pour le malheur de l’humanité.

Les Jeux de Macron

Les Jeux olympiques sont terminés. De beaux moments de sport, de beaux moments de partage d’émotions devant les prouesses de femmes et d’hommes toujours prêts à dépasser leurs limites et les limites humaines.

On a pu admirer de belles championnes et de beaux champions. Qui, le plus souvent, ne doivent rien à la politique sportive de leur pays. En France, on se gausse des 64 médailles conquises par nos athlètes et Emmanuel Macron en revendique quasiment la paternité, mettant en avant sa politique en matière d’éducation physique et sportive. Il ne manque pas de culot, quand on sait que les clubs qui forment les futurs champions sont constamment à la recherche de bénévoles, d’argent et d’installations adaptées pour permettre aux plus jeunes de prendre du plaisir et, éventuellement, de parvenir au plus haut niveau.

Les clubs sportifs français manquent de tout s’ils ne sont pas médiatisés, s’ils ne sont pas la propriété de fonds d’investissement et à la merci de sponsors recherchant, eux, les retombées, les profits toujours plus élevés. La financiarisation du sport gangrène tout et pourtant les sportifs savent garder leur fraîcheur et leurs valeurs.

Dans ce domaine, l’omniprésence des marques du groupe LVMH de Bernard Arnault, dès la cérémonie d’ouverture puis pour la remise des breloques, a atteint l’indécence.

On a longtemps douté, pourtant l’organisation fut quasi parfaite, à l’image des transports qui n’ont pas connu de ratés. Maintenant ce qui a été possible durant les Jeux olympiques doit devenir l’habitude pour les innombrables salariés qui connaissent les galères du métro et de la SNCF au quotidien.

Les cérémonies d’ouverture et de clôture ont été de grands moments festifs, intelligents, qui ont fait éructer la droite et l’extrême droite à l’unisson. Là, Macron n’y est pour rien, mais ces deux moments apportent la preuve que les artistes et créateurs ne demandent qu’à exprimer leur talent pour peu qu’on leur en donne les moyens. La culture est aussi malmenée que le sport !

Bref, les Jeux olympiques sont terminés. Et maintenant ? Macron doit apporter des réponses au peuple qui a voté pour la gauche. La trêve olympique est terminée et Lucie Castets doit être nommée première ministre. Ne lui en déplaise.

Macron ne gagnera pas le 100 mètres ; il a décidé, au contraire, de se lancer dans une course de lenteur pour tenter de contourner le verdict des urnes. Si Thomas Jolly a innové pour les cérémonies, Macron, lui, est décidé à ce que rien ne change. Son ministre de l’économie continue à prôner une politique de rigueur et à préparer un budget insensé, d’une rare orthodoxie libérale alors qu’il n’a plus aucun mandat.

Quand les Jeux olympiques, millénaires, s’adaptent au changement du monde, Macron, lui, reste inflexible. Malgré ses discours lénifiants et mensongers pour tenter de nous faire croire en sa modernité.

Les Jeux de Macron sont insupportables.

Honte à lui !

Un maire a voulu fermer un local associatif abritant une bibliothèque. Le local est sauvé, mais les bibliothécaires, bénévoles, ont abandonné le travail éducatif qu’elles menaient depuis de nombreuses années avec les trois écoles du quartier et avec les adultes.

Laisser fermer une des entités du réseau Bibliothèque pour tous, c’est amputer le réseau de lecture publique de proximité. C’est aussi une grave faute pour un maire, quand les idées obscurantistes ont failli porter l’extrême droite au pouvoir ; c’est étouffer les idées, l’imagination, la pensée, la liberté.

La lecture est d’abord le décryptage des mots et des phrases puis la compréhension critique de ce qu’on lit. Georges Séguy, l’ancien secrétaire général de la CGT avait eu des mots forts et pertinents pour encourager à la lecture : « Rien ne peut remplacer le livre comme instrument de l’intelligence globale de la réalité en transformation. Il nous faut veiller à privilégier le livre, tout simplement parce qu’il reste aujourd’hui pour beaucoup de travailleurs le passeport obligatoire pour accéder à d’autres activités culturelles. » Aujourd’hui, l’acte de lecture doit commencer dès le plus jeune âge. Or, trop d’enfants n’ont pas de livres entre les mains. 

Dans un poème (A qui la faute ?), Victor Hugo écrit quelques vers merveilleux qui portent encore aujourd’hui : « Une bibliothèque est un acte de foi / Des générations ténébreuses encore / Qui rendent dans la nuit témoignage à l’aurore (…) Le livre est là sur la hauteur / Il luit ; parce qu’il brille et qu’il les illumine / Il détruit l’échafaud, la guerre, la famine / Il parle, plus d’esclave et plus de paria. »

Le vieil Hugo a raison, la lecture est un acte de résistance et un acte d’émancipation, pour penser par soi-même. Bertrand Poirot-Delpech, de son côté, alertait déjà dans un article du Monde, ‘’Alerte à la barbarie’’ : « Rien ne remplacera jamais l’immersion silencieuse dans les caractères d’imprimerie de tous les temps, réservoir inépuisable de sens constamment renouvelés, des pensées les plus élaborées, des rêves les plus vertigineux. Faute de ce recours, oui, une forme insidieuse de régression barbare peut se produire, par disparition de tout recul philosophique et moral, par abêtissement du débat public, par exaltation de l’instinct – dont les plus sournois, le grégaire – et par effacement de la jubilation verbale, voie royale de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. »

Avec le Rassemblement national et d’autres, très proches, la régression barbare, on y est. Alors, laisser fermer une bibliothèque pour quelques euros d’économies, c’est se placer aux côtés des barbares.

Le maire dont il est question, c’est celui d’Elancourt. Honte à lui !

José Saramago, si actuel

J’ai beaucoup d’admiration et d’affection pour un géant de la littérature, José Saramago. Communiste jusqu’à son dernier souffle, mais sachant garder son libre arbitre et sa liberté de pensée, il a ferraillé tout au long de sa vie et de son œuvre contre l’injustice sociale, sans mâcher ses mots.

Il a laissé des livres merveilleux.

Militant de l’athéisme, il a écrit dans le quotidien italien La Repubblica en 2001 :

« Aucune religion, sans exception, ne servira jamais à rapprocher et à réconcilier les hommes, au contraire, elles ont été et son toujours la cause de souffrances inénarrables, de massacres, de monstrueuses violences physiques et spirituelles qui constituent un des plus ténébreux chapitres de la misérable histoire de l’homme. » 

José Saramago avait toutes les raisons de s’indigner et il faut replacer ses livres dans ce positionnement idéologique. Car, au-delà de son analyse du quotidien, il a su être un homme engagé pour tenter d’installer sur notre vieille terre commune un espoir de concorde.

Aujourd’hui, près de 25 ans après son article dans La Repubblica, les guerres de religion font encore des milliers de victimes. José Saramago serait fou de rage en voyant ce qui se passe à Gaza, au Yémen, en Inde, en Afghanistan, au Pakistan, en Syrie, en Turquie, au Nigeria, au Mail et ailleurs. Il serait fou de rage et dans une colère noire en entendant Trump, Orban, Darmanin, Meloni, Modi et tant d’autres.

C’est pour toutes ces raisons que je conserve un enthousiasme sans faille en lisant  et relisant José Saramago.

Basses besognes

Aurélien Véron était sans doute en mission quand il a adressé une lettre au Parquet national financier, s’appuyant sur un article du Canard enchaîné, ‘’révélant’’ que Lucie Castets, haute-fonctionnaire, ne se serait pas mise en disponibilité auprès de la municipalité de Paris pour mener campagne de premier ministre.

Le Canard enchaîné est souvent mal inspiré, lui dont la direction n’est pas au-dessus de tout soupçon en matière d’éthique.

Aurélien Véron, conseiller Républicains de Paris, n’est pas mieux inspiré. La tête de liste de son groupe, Rachida Dati, ne cumule-t-elle pas actuellement les fonctions de conseillère de Paris et de ministre de la culture d’un gouvernement démissionnaire pour avoir été battu dans les urnes par les citoyens ?

Lucie Castets multiplie les déplacements et les entretiens. Et c’est bien cela qui est reproché par la droite et par l’entourage de Macron, curieusement relayés par quelques plumes du célèbre volatile. Elle va à la rencontre des Français quand le président de la République et les ministres se montrent aux Jeux olympiques.

Quand Aurélien Véron ose affirmer dans sa lettre que « cette situation amène à s’interroger sur l’existence d’un possible manquement à son devoir de réserve de la part de madame Castets, ainsi que d’un potentiel détournement de fonds publics à des fins de promouvoir sa candidature et, plus largement, les activités du NFP », Lucie Castets répond vertement et intelligemment :

« Je suis actuellement en congés […] payés » ; elle ajoute qu’elle est « libre de l’usage [qu’elle] fait de [ses] congés ». « Je me suis assurée que tout était en ordre. J’ai le droit d’avoir des opinions et activités politiques, en tant que fonctionnaire », puis de préciser que « s’il le faut, le moment venu, je me mettrai en disponibilité ».

Elle a en outre précisé que les forces du Nouveau Front populaire payaient les frais de déplacements et d’organisation de réunions.

Quand la droite voit un potentiel détournement de fonds publics de la part de Lucie Castets, c’est Nicolas Sarkozy qui est poursuivi dans de multiples affaires. Quand elle porte une accusation sur un possible manquement au devoir de réserve des fonctionnaires, ce sont les membres du gouvernement démissionnaires et pour certains, siégeant à l’Assemblée nationale qui risquent d’avoir quelques démêlés avec la justice.

La droite, alliée de Macron dans l’opération, cherche à priver les Français d’un gouvernement issu du Nouveau Font populaire. Ce n’est pas grandiose et cela ne ramènera pas les électeurs vers ce parti dit Républicain.

S’appuyer sur un article du Canard enchaîné pour redorer le blason d’un parti aux abois, bonjour les basses besognes.

Le revers de la médaille

On nous a vanté les retombées des Jeux olympiques. Mais, aujourd’hui, les chauffeurs de taxis, les restaurateurs et les hôteliers font grise mine, les clients sont rares. Le chiffre d’affaires d’aujourd’hui est très éloigné de leurs espérances.

Les Jeux olympiques se déroulent pendant la pleine saison touristique et les prix étourdissants ont fait fuir les visiteurs estivaux ; ils n’ont pas été remplacés par les supporters des compétiteurs, qui, d’ailleurs, ont des pratiques différentes de celles des touristes.

L’accent mis sur les questions de sécurité ont joué un rôle de repoussoir ; la peur de l’attentat a été amplifiée par la communication gouvernementale et, notamment, par Darmanin.

De nombreuses activités ont été impactées par les Jeux olympiques : chantiers à l’arrêt ou différés, déplacements difficiles en raison des nombreuses interdictions de zones au centre de Paris, etc.

Une étude du Centre d’économie de droit et d’économie du sport publiée en avril chiffrait les retombées de l’événement entre 6,7 et 11,1 milliards d’euros. L’estimation était ambitieuse et ne sera pas atteinte, ni dans l’immédiat, ni dans les années futures. L’économie française se porte mal (quoi qu’en dise le gouvernement démissionné) et ce ne sont pas les Jeux olympiques qui redresseront la situation.

En revanche, le service public de France Télévisions multiplie les bonnes audiences et remplit ses caisses avec les retombées publicitaires, envahissantes et surtout irritantes par leur répétition, hachant les retransmissions en direct.

La direction des chaînes publiques a fait le choix contestable de décréter la trêve olympique (pour répondre au souhait du président de la République) ; il ne se passe plus rien dans le monde pendant les Jeux. Les informations sont réduites à la portion congrue et les chaînes sont dédiées au seul sport. La trêve exige aussi qu’on oublie la vacance de gouvernement.

France 2 programme une émission quotidienne dite de divertissement, Quels Jeux ! en fin de soirée. Un caprice de Léa Salamé et de sa société de production, Marinca Prod (associée à Winter Productions) ?

L’émission est franchouillarde, chauvine ; on n’y reçoit que des gagnants de médailles (les premiers de cordée) alors les ‘’losers’’ n’y ont pas leur place ; des personnalités démonétisées comme Roselyne Bachelot et autres y sont les bienvenues. Le bavardage est insipide et désolant de banalité. Du Salamé, tout simplement, omniprésente et énervante au possible.

Le revers de la médaille ? Peu enthousiasmant.

Si Dieu existe…

Si Dieu existe, il ne doit pas être particulièrement fier de la Conférence des évêques de France, ni de ses ouailles qui ont crié au scandale après la très belle cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Les mitrés ont réagi plus vite pour condamner cette fête que pour avouer les crimes de l’abbé Pierre !

Les bien-pensants ont clamé haut et fort que le spectacle relevait d’une provocation inadmissible pour la religion (catholique, bien sûr). Le sentiment de ces croyants est si obtus qu’ils voient des offenses partout. Ils ont même confondu Dieu et Dionysos, la Cène avec une fête orgiaque au pied du mont Olympe (pied de nez à l’olympisme).

Ils ont considéré comme hérétique le défilé de mode avec drag queens et se sont étouffés en voyant Marie-Antoinette, tête coupée mais entonnant ‘’Ah, ça ira, ça ira’’.

Heureusement, ils ont abandonné le délit de sacrilège et d’offense qui conduisait le maître de cérémonie païenne au bûcher. Devant ce spectacle grandiose certains ont sans doute rêvé de rétablir le tribunal de l’Inquisition.

Si Dieu existe, il doit se lamenter de voir ses ouailles joindre leurs condamnations à celle des plus extrémistes de la droite réactionnaire et raciste. Ce Dieu qui a, paraît-il, envoyé son fils sur terre pour prêcher la tolérance, la fraternité et l’amour de tous, unis sur un même sol et dans une même destinée, bannissant la haine et la discorde.

La fête olympique est belle ; elle unit pendant quinze jours des jeunes, sportifs, dans une même communion, celle de la liberté, de la fraternité et de la tolérance, comme Jésus l’a prêché.

Nous sommes, hélas, habitués aux éructations des réactionnaires de tous poils ; ils avaient exprimé leur racisme après la vague ‘’black-blanc-beur’’ de 1998 et, aujourd’hui, ils profitent de la politique économique et sociale, rétrograde et obscurantiste d’Emmanuel Macron et de ses ministres ultradroitiers, pour repartir en croisade.

Si Dieu existe, en revanche, il a dû applaudir en observant que les deux premières médailles françaises de la compétition de judo ont été gagnées par deux enfants de l’immigration, Shirine Boukli et Luka Mkheidze.

Thomas Jolly a eu bien raison de vouloir faire de sa cérémonie d’ouverture une fête de la fraternité.  Que les Le Pen, Ciotti, Wauqiez, de Villiers fulminent, c’est un (bon) signe, prouvant la permanence de la démocratie dans le peuple, dans cette France de la Révolution, plus forte que toutes les réactions, qui veulent réécrire l’Histoire.

Après le déferlement de cris racistes et homophobes au cours de la dernière période, un homme de théâtre, bien entouré, a montré le vrai visage que la France devrait afficher chaque jour.Et si Dieu existe, il reconnaîtra les siens !

Le vent se lève

Oui, le vent se lève à gauche. Quoi qu’en dise Emmanuel Macron, qui tente de se réfugier dans une prétendue trêve olympique et un déni de démocratie.

Lucie Castets est jeune, très compétente et engagée dans la défense des services publics martyrisés par le président de la République.

L’intervention de la première ministre désignée par le Nouveau Front populaire sur France Inter était en effet convaincante et aux antipodes des explications alambiquées de Macron sur France 2 la veille.

Lucie Castets connaît bien les dossiers et ne nie pas les problèmes comme la dette de la France, vertigineuse. Mais elle s’appuie sur un programme qui entend revoir la juste répartition de l’impôt et les dépenses de l’Etat au profit des grands groupes.

Lucie Castets n’ignore pas, par exemple, que la hausse des prix alimentaires que le gouvernement tente de nier, est le résultat de la seule hausse des profits des grands groupes qui dominent le marché.

Dans une tribune publiée dans le Monde, un économiste, Xavier Dupret écrit que « Aujourd’hui, cinq entreprises – Archer Daniels Midland (ADM), Bunge, Cofco, Cargill et Louis Dreyfus Company (LDC) – dominent la quasi-totalité de l’approvisionnement alimentaire dans le monde, et par conséquent influent fortement sur les prix de vente. Par exemple, ces multinationales maîtrisent environ 80 % du commerce mondial des grains. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que lorsqu’un oligopole, formé d’une poignée de compagnies, contrôle un marché aussi vital que l’alimentation de la majorité des habitants de la planète, il en résulte inévitablement une tendance à l’élévation du niveau des prix d’équilibre, au détriment des consommateurs. C’est ainsi que, dans un passé récent, ADM, Bunge, Cargill et LDC ont accru leurs marges de façon pour le moins marquée. En comparant les profits record de ces mastodontes en 2022 avec la moyenne de leurs bénéfices durant la période 2016-2020, on note une augmentation de 300 % pour ADM, 280 % pour Bunge, 250 % pour Cargill et 280 % pour LDC. »

Ce n’est qu’un exemple de ce que vivent au quotidien les citoyens du monde entier, soumis aux diktats des multinationales et ce à quoi le Nouveau Front populaire et Lucie Castets veulent mettre un terme, avec l’aide et surtout le soutien des citoyens-victimes des politiques ultralibérales, dont Emmanuel Macron est l’un des valets. Contrairement à ce que prétend le locataire de l’Elysée, les marges de manœuvre existent pour un programme de rupture.

Quelle tâche exaltante ! Décidément, le vent se lève ; Jeux olympiques ou pas.

Ils ont peur de tout

Nous sommes entrés dans une période sombre où les gens de pouvoir ont peur de tout. Des opposants (quand ils ne sont pas en prison), des journalistes, des écrivains et même des chanteurs.

Poutine, Trump, Bolsonaro, Mieli, Giorgia Meloni, Orban, et de nombreux autres se sont déjà distingués, hélas, en poursuivant ceux qui ne les encensent pas.

En Tunisie, à l’agence nationale TAP, une dépêche annonçant la candidature d’un opposant a été supprimée, puis des animateurs d’une émission, ‘’L’Emission impossible ‘’ ont été arrêtés puis condamnés à un an de prison. Le président algérien s’est distingué comme son homologue tunisien : il a fait arrêter l’écrivaine française Dominique Martre dans une librairie pendant une séance de signature.

Ce sont, hélas, des faits de la censure ordinaire à peine évoquée dans les grands médias. Censure ordinaire en quelque sorte.

En France, où le président battu se multiplie sur les chaînes de télévision qu’il convoque à sa guise, c’est la chanteuse Zaho de Sagazan qui a vu sa magnifique chanson, La Symphonie des éclairs, déprogrammée des radios du groupe Lagardère (Europe 1, Europe 2 et RFM).

La chanteuse a dénoncé sur ses réseaux « une diabolisation de la gauche et une dédiabolisation de l’extrême droite par des médias depuis des semaines absolument immondes. » Il n’en suffit pas plus pour déclencher un réflexe pavlovien chez les réactionnaires.

Arnaud Lagardère a obtempéré aux ordres de Vincent Bolloré, spécialiste en matière de censure.

Que dire de pays où les dirigeants politiques et économiques en sont arrivés à ce stade ?

Il faut les balayer et s’émanciper.

Morale politique ?

Le président de la République, battu dans les urnes et désormais à l’Assemblée nationale, peut-il encore gouverner le pays comme il l’a fait jusqu’à présent ? Hélas, les institutions sont telles qu’elles lui donnent encore de nombreuses solutions pour passer outre le verdict des Français et il ne s’en prive pas. Sans état d’âme.

Par ailleurs, ce grand bluffeur est encore le maître des horloges puisqu’il est le seul à pouvoir convoquer un Parlement en session extraordinaire (ce qu’il n’envisage pas de faire) ; or, les élus du peuple ne reprendront leurs travaux que le 1er octobre.

La Constitution de 1958 est un modèle du genre anti-démocratique, donnant au président des droits exorbitants et même le pouvoir de gouverner avec un gouvernement démissionnaire depuis le 16 juillet et des ministres siégeant en même temps au Palais-Bourbon.

Emmanuel Macron peut se permettre de telles forfaitures quand la gauche tarde à se mettre d’accord sur le nom d’un premier ministre. Quelle bêtise !

Pendant que les institutions prouvent leur inadaptation à une véritable démocratie parlementaire, le pays plonge dans la crise avec une situation économique désastreuse, une dette colossale qui se creuse chaque jour davantage, des citoyens qui attendent des hausses de salaires pour faire face à la cherté de la vie. Emmanuel Macron compte sur les Jeux olympiques pour détourner l’attention et continuer à dérouler sa politique ultralibérale au seul profit des grands groupes multinationaux.

Si Marine Le Pen et son protégé, Bardella, ont été empêchés de remporter la majorité à l’Assemblée nationale, les manœuvres se multiplient pour préparer l’élection présidentielle de 2027. La bourgeoisie a eu peur, elle ne veut toujours rien lâcher et elle met ses fortunes à disposition des fascistes, catholiques intégristes et réactionnaires de tout poil pour s’opposer à la gauche. Elle se prépare quand la gauche se chamaille.

Le danger est toujours là et Macron, par son aveuglement, prépare bien le terrain. Scandaleusement.

La morale politique n’est plus qu’on mot.

Fuir d’un pays à l’autre…

Quelques heures seulement avant de ne plus être ministre, Gérald Darmanin a publié au Journal officiel huit nouveaux décrets d’application de la loi immigration. Il n’est pas nécessaire de préciser que les textes sont encore plus répressifs.

Marine Le Pen n’aura pas besoin de légiférer si, par malheur, elle arrive à s’emparer de l’Elysée en 2027. C’est-à-dire demain. Darmanin et Macron ont fait le travail. Merci.

Devant ce spectacle désolant de l’idéologie raciste en action, j’ai rouvert un livre d’Alberto Manguel, écrivain argentin naturalisé canadien, La Cité des mots, dans lequel l’auteur révèle une réflexion d’Alfred Döblin, médecin militaire dans l’armée allemande avant de devenir écrivain :

« Lorsqu’un confrère écrivain qui était demeuré en Allemagne durant les années de nazisme accusa ceux qui étaient partis de se prélasser dans les ‘’fauteuils et chaises longues’’ de l’émigration, Döblin répliqua : ‘’Fuir d’un pays à l’autre – perdre tout ce qu’on connaît, tout ce dont on s’est nourri, être toujours en fuite et vivre pendant des années comme un mendiant alors qu’on est encore fort, mais qu’on vit en exil – , voilà à quoi ressemblait mon ‘’fauteuil’’, ma ‘’chaise longue’’. »

Quoi d’autre ? Rien à ajouter.

Où est la gauche ?

Je me suis déjà posé la question dans ce blog et (pourquoi ?) je retrouve (hélas !) la même interrogation dans le Cahier de José Saramago, à la date du 1er octobre 2008.

L’immense écrivain avait lâché une phrase suivante lors d’une interview : « La gauche n’a pas la moindre putain d’idée du monde dans laquelle elle vit. »

Je relis, éberlué, la suite.

« A mon intention, délibérément provocatrice, la gauche ainsi interpellée a répondu par le silence le plus glacial. Aucun parti communiste, par exemple, à commencer par celui dont je suis membre, n’est monté au créneau pour s’insurger ou simplement argumenter sur l’à-propos ou le manque d’à-propos des paroles que j’avais proférées. A fortiori, aucun non plus des partis socialistes qui sont au gouvernement dans leurs pays respectifs, je pense surtout à ceux du Portugal et d’Espagne, n’a jugé nécessaire d’exiger des explications à l’écrivain effronté qui avait osé lancer un pavé dans la mare putride de l’indifférence. Rien de rien, silence total, comme si les tombes idéologiques où ils s’étaient réfugiés ne contenaient rien d’autre que poussière et araignées, tout juste un vieil os qui ne pourrait même pas servir de relique. Pendant quelques jours, je me suis senti exclu de la société humaine comme si j’étais un pestiféré, victime d’une sorte de cirrhose mentale, qui ne sait plus ce qu’il dit. J’en étais même arrivé à penser que la phrase compatissante qui n’allait pas manquer de circuler parmi ceux qui se taisaient serait plus ou moins celle-ci : « Le pauvre, à quoi pouvait-on s’attendre à cet âge ? » Il est clair qu’ils ne me trouvaient pas à la hauteur pour donner mon avis.

Le temps a passé, le temps a passé, l’état du monde est devenu de plus en plus compliqué, et la gauche, impavide, a continué à jouer les rôles qui, au pouvoir ou dans l’opposition, lui avaient été distribués. Et moi, qui entre-temps, avait fait une autre découverte, à savoir que Marx n’avait jamais eu autant raison qu’aujourd’hui, j’ai imaginé, quand il y a un an a éclaté l’escroquerie cancéreuse des hypothèques aux Etats-Unis, que la gauche, où qu’elle fût, si elle était encore vivante, allait enfin ouvrir la bouche pour dire ce qu’elle pensait de l’affaire. J’ai l’explication : la gauche ne pense pas, n’agit pas, ne se risque pas. Il s’est passé ce qui s’est passé ensuite, jusqu’à ce jour, et la gauche, lâchement, continue à ne pas penser, à ne pas agir, à ne pas se risquer. Ne vous étonnez donc pas de l’insolente question du titre : « Où est la gauche ? » Je ne verse pas d’obole, j’ai déjà payé bien trop cher mes illusions. »

Il suffit de changer quelques détails et quelques mots et transposer ce billet de José Saramago dans la situation présente de la gauche, qui n’agit pas pour stopper la marche inexorable de l’extrême droite vers l’Elysée, n’agit pas pour trouver un premier ministre de gauche pour stopper les remèdes de charlatan du président de la République, ne pense pas aux pauvres de plus en plus nombreux dans la cinquième puissance mondiale, ne se risque pas de s’unir pour créer les conditions d’un monde meilleur.

Désillusions, encore ?

Le vieux réac et le Tour

Franck Ferrand, titulaire d’un DEA d’histoire, a forgé sa réputation en défendant des thèses révisionnistes de l’Histoire. Il est celui qui, par exemple, ose situer Alésia dans le Jura, ou la ville de Troie en Angleterre.

Bon, j’arrête ; ces deux exemples sont amplement suffisants pour situer le personnage : on peut avoir un diplôme d’histoire et être d’une profonde imbécilité. Ses thèses lui ont valu un profond mépris de la part des vrais historiens.

L’homme a des idées politiques très réactionnaires ; il admire Eric Zemmour et Philippe de Villiers. Ces proximités lui ont ouvert les portes des rédactions de CNews et de Valeurs actuelles, cela s’entend. Mais aussi d’Historia, c’est plus surprenant. Et, là, on se demande pourquoi, il a été recruté d’abord par France 3, ensuite par France 2 où il commente les étapes du Tour de France depuis 2023.

Ses sorties lui valent souvent des volées de bois vert, en raison de ses erreurs et de sa vision de l’histoire indigne d’un historien. Exemple : l’étape entre Aurillac et Villeneuve-sur-Lot du 11 juillet, alors que les coureurs traversaient la commune, il a osé : « Saint-Céré, c’est la ville natale de Pierre Poujade, qui défendait, vous savez, les petits commerçants dans les années 50. On parlait de “poujadisme”. » Sans plus de précision.

Pierre Poujade était un politicien d’extrême droite, défenseur de l’Algérie française, raciste, adorateur de Pétain, devenu ensuite proche de Jean-Marie Le Pen, élu député en 1956 sous l’étiquette poujadiste. Bref, un personnage odieux. Le téléspectateur n’en saura rien.

Est-ce ce genre de commentaire qu’attend la direction de France Télévisions ? N’est-ce pas une nouvelle preuve de la volonté de dédiaboliser le Rassemblement national ?

Franck Ferrand qui se définit lui-même comme un ‘’vieux réac’’ n’a pas sa place sur le service public. A ce stade, il faut rappeler que le racisme est un délit.

Le Tour de France, épreuve populaire, mérite d’autres commentateurs.

Les gardiens du libéralisme

Emmanuel Macron, le président qui a tant méprisé le Parlement et les corps intermédiaires, écrit aux Françaises et aux Français. Faut-il s’étonner qu’il soit une fois encore dans le déni. Il se refuse à nommer un premier ministre de gauche pour appliquer un programme de rupture, écrit en trois jours et adopté par les électeurs aussi rapidement.

Selon le président, l’Assemblée nationale serait constituée de trois blocs de forces quasi équivalentes. Emmanuel Macron feint de ne pas voir que ‘’son groupe’’, Renaissance, il le doit à des électeurs de gauche qui n’ont pas hésité à voter pour des députés qui n’ont pas manqué de soutenir ceux qui ont défendu l’usage inconsidéré du 49-3. Par esprit républicain. Comme ils avaient voté Macron pour ne pas voir Marine Le Pen accéder à l’Elysée en 2017 et 2022.

Bref, Macron se conduit odieusement ; il cultive cet orgueil qui caractérise si bien les bourgeois. Et il n’hésite pas à convoquer les patrons et le gouverneur de la Banque de France pour voler à son secours. Ce qu’ils font avec empressement ; le programme du Nouveau Front populaire les a plongés dans le tourment.

François Villeroy de Galhau, ci-devant gouverneur de la Banque de France, a entendu l’appel de Macron et il est parti en guerre contre la proposition de SMIC à 1600 euros. Selon lui, « dans la compétition économique, nos PME, nos entreprises ne peuvent pas être alourdies par des coûts salariaux excessifs, y compris le Smic, et par des impôts trop lourds. Ça serait très mauvais pour l’emploi tout de suite, et très mauvais pour le pouvoir d’achat à terme. »

Dire cela, c’est osé quand le cabinet Altarès vient de publier une étude dans laquelle on peut lire que le nombre de défaillances d’entreprises a bondi de 23,4 % en un an, c’est-à-dire entre le second trimestre 2023 et le second trimestre 2024. Le directeur des études d’Altarès confie à la Tribune : « Nous avons un trimestre assez terrible. Il y a assez peu de référence équivalente dans notre histoire récente. Les rares périodes aussi douloureuses correspondent à la crise financière de 2009 ou la crise des dettes souveraines de 2012-2013. » Il apparaît difficile de mettre cette période douloureuse sur le compte des réformes proposées par le NFP, mais bien plutôt sur les conséquences de la politique de Macron et Le Maire. Les résultats de l’ultra-libéralisme sont catastrophiques pour l’économie française.

Les gardiens des dogmes du libéralisme sont incapables de relever l’économie, partout dans monde et pas seulement en France. En revanche, ils se refusent à l’admettre et ils s’accrochent à tous leurs pouvoirs, quitte à s’affranchir de la démocratie.

De ce côté-là, il n’y a rien de nouveau et seule l’intervention des citoyens peut les amener à céder. La lettre de Macron aux Françaises et aux Français ne changera rien à la problématique. Elle n’est qu’un faux-fuyant.

On tue, on colonise

Le quasi silence est imposé sur ce qui se passe actuellement à Gaza et en Cisjordanie.

L’armée israélienne bombarde les écoles et tue des enfants. Le gouvernement de Benyamin Netanyahu a également décrété 1270 hectares de la vallée du Jourdain « propriété du gouvernement ». Il s’agit de la plus vaste confiscation de terre depuis les accords d’Oslo en 1993.

L’agence Média Palestine précise en effet que « cette décision rejoint celles des saisies de 264 hectares, en février, entre les colonies de Ma’ale Adumim et Keidar, de 800 hectares en mars dans une zone adjacente à la déclaration actuelle, et 17 hectares près de l’Hérodium. Depuis le début de l’année 2024, Israël a déclaré 2 370 hectares de la Cisjordanie comme terres d’État. » L’agence ajoute que « les terres déclarées comme « terres d’État » ne sont plus considérées comme propriété privée des Palestiniens aux yeux d’Israël, qui leur interdit de les utiliser. En outre, Israël loue les « terres gouvernementales » exclusivement aux Israéliens. »

On ne compte plus les colonies sauvages opérées par les extrémistes israéliens, en plus des colonies ainsi ‘’autorisées’’ (sic), légalisées ensuite.

Les propriétaires palestiniens sont privés de leurs terres et de leurs maigres moyens de subsistance. Pour les chasser, l’armée israélienne n’hésite pas à utiliser la force et les armes.

Dans son dernier rapport, le bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), déplore la mort de 539 Palestiniens, dont 131 enfants, en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, entre le 7 octobre et le 1er juillet. Elle ajoute que « parmi eux, 522 ont été tués par les forces israéliennes, dix par des colons israéliens et sept n’ont pas été identifiés comme étant des soldats ou des colons israéliens. En outre, plus de 5 420 Palestiniens ont été blessés au cours de la même période, dont environ 830 enfants. Plus d’un tiers de ces blessures ont été causées par des balles réelles. L’OCHA a enregistré 28 incidents de frappes aériennes sur le territoire, au cours desquels 77 Palestiniens, dont 14 enfants, ont été tués. »

Les médias et les gouvernements occidentaux (à quelques exceptions près) sont étrangement muets. Comment peut-on encore taire de tels actes inadmissibles et inhumains ? Comment ne pas prendre les mesures pour s’opposer au génocide du peuple palestinien ?

Tout est à nous

Le méprisant de la République a inondé son entourage (ce qui en reste) des fameux éléments de langage que chacun est chargé de délivrer tout au long des entretiens dans les médias. Partout où ils seront repris pour les transformer à force de redites en idées dominantes et en évidences.

Le méprisant de la République reste fidèle à sa ligne de conduite : il continue à mépriser les électeurs qui ont voté en masse pour le Nouveau Front populaire, les députés, les partis politiques qui ne lui ont pas fait allégeance, les salariés qui ont font confiance à leurs syndicats, etc.

Emmanuel Macron, donc, ne reconnaît pas sa défaite et fait répéter à longueur de discours que le Nouveau Front populaire ne peut pas gouverner. L’idée n’est pas seulement saugrenue, mais elle est osée dans la bouche d’un homme qui a réussi à faire adopter des lois sans majorité, à coup de 49-3.

Son illustre ministre des finances, lui, répète que le programme économique du NFP mènerait la France à la faillite, alors qu’il a réussi à endetter la France comme jamais et à faire dégrader la note du pays.

Ces gens-là ne manquent pas de culot !

Curieusement, dans le même temps, ils ont fait appel aux fameuses agences de notation et Moody’s, gardienne des dogmes d’austérité pour les pauvres et de cadeaux pour les riches, sort du bois la première. Elle fait savoir que l’abrogation des réformes des retraites et de l’assurance-chômage entraînerait ipso facto la dégradation de la note de la France.

Où l’on constate que, effectivement, la bourgeoisie ne lâche rien. Et ne respecte pas le verdict des urnes.

A quelques jours du 14 juillet, 235e anniversaire de la prise de la Bastille, il est plus que jamais nécessaire de reprendre les paroles de la Marseillaise pour ne pas se laisser voler un succès électoral, même étriqué. Dans les usines, tous les lieux de travail (ou de vacances), dans les rues. Seul un soulèvement fort et uni, puissant, permettra au Nouveau Front populaire de mettre en œuvre son programme de rupture avec l’ultra-libéralisme.

A ceux qui scandent « Touche pas à mon fric », le peuple doit répondre « Tout est à nous, rien n’est à eux ». Comme en 36 !

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